{"id":3754,"date":"2014-05-23T02:52:01","date_gmt":"2014-05-23T02:52:01","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=3754"},"modified":"2014-05-23T00:07:58","modified_gmt":"2014-05-23T00:07:58","slug":"les-pieds-noirs-50-ans-apres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-pieds-noirs-50-ans-apres\/","title":{"rendered":"Les pieds-noirs, 50 ans apr\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLes pieds-noirs, 50 ans apr&egrave;s<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<iframe loading=\"lazy\" allowfullscreen=\"\" frameborder=\"0\" height=\"360\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/SMEv6BcQgFg\" width=\"640\"><\/iframe><\/p>\n<p>\n\tEn 1962, comme si un barrage s&#39;&eacute;tait rompu, 700.000 Fran&ccedil;ais d&#39;Alg&eacute;rie d&eacute;ferlent sur la m&eacute;tropole. Drame national &agrave; leur arriv&eacute;e, cet exode, vu avec cinquante ans de recul, a connu un &eacute;pilogue heureux: la r&eacute;ussite de leur int&eacute;gration.<\/p>\n<div class=\"texte\">\n\t<img decoding=\"async\" border=\"0\" src=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/icones\/coeur-.gif\" \/><\/p>\n<p>\n\t\tQuelques lignes sur le terme pied-noir. En g&eacute;n&eacute;ral, les Fran&ccedil;ais d&#39;Alg&eacute;rie ne l&#39;aiment pas. On leur a coll&eacute; cette &eacute;tiquette au moment de l&#39;exode. Ses origines sont contest&eacute;es. Les uns affirment que le mot remonte aux soldats fran&ccedil;ais d&eacute;barqu&eacute;s en 1830 qui portaient des gu&ecirc;tres noires. Les autres pensent que le sobriquet vient des colons viticulteurs qui &eacute;crasaient le raisin en le pi&eacute;tinant et sortaient du pressoir les pieds noircis par le jus. Quelle que soit son &eacute;tymologie, l&#39;expression va s&#39;imposer en France et &eacute;clipser les autres.En 1962, au moment des accords d&#39;Evian, la m&eacute;tropole les appelle d&eacute;j&agrave; rapatri&eacute;s. Un secr&eacute;tariat d&#39;Etat aux Rapatri&eacute;s a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute; l&#39;ann&eacute;e pr&eacute;c&eacute;dente, confi&eacute; &agrave; Robert Boulin. Dans la foul&eacute;e, des d&eacute;crets ont &eacute;t&eacute; publi&eacute;s pr&eacute;voyant l&#39;accueil des Fran&ccedil;ais d&#39;Alg&eacute;rie ainsi que leur acc&egrave;s &agrave; des aides sp&eacute;cifiques. Mais ce dispositif, copi&eacute; sur celui mis en place pour les Fran&ccedil;ais du Maroc, de Tunisie et d&#39;Indochine, va &ecirc;tre totalement submerg&eacute;.Depuis la Toussaint 1954, cela fait plus de sept ans que l&#39;Alg&eacute;rie vit dans la guerre. D&#39;abord dans les campagnes puis dans les villes avec, pour ne citer que quelques &eacute;pisodes, la bataille d&#39;Alger, le terrorisme, les assassinats, sans oublier les fameuses nuits bleues o&ugrave; les explosions succ&egrave;dent aux explosions. Quand des n&eacute;gociations secr&egrave;tes, &agrave; l&#39;initiative du g&eacute;n&eacute;ral de Gaulle, aboutissent aux accords du 18 mars 1962 conduisant &agrave; un cessez-le-feu, pr&eacute;lude &agrave; l&#39;ind&eacute;pendance, fureur et d&eacute;sespoir se m&ecirc;lent dans le coeur des Europ&eacute;ens d&#39;Alg&eacute;rie. L&#39;Organisation arm&eacute;e secr&egrave;te (OAS), cr&eacute;&eacute;e un an auparavant dans le but de maintenir l&#39;Alg&eacute;rie fran&ccedil;aise, redouble de violence. &Agrave; Alger, l&#39;arm&eacute;e impose un blocus au quartier (europ&eacute;en) de Bab el-Oued et en bombarde certains b&acirc;timents. Des soldats fran&ccedil;ais tirent sur d&#39;autres Fran&ccedil;ais rue d&#39;Isly. Pour une immense majorit&eacute; de pieds-noirs, ces combats fratricides, qui s&#39;ajoutent aux exactions r&eacute;currentes du Front de lib&eacute;ration nationale (FLN), donnent le signal du d&eacute;part. L&#39;arm&eacute;e n&#39;est plus l&agrave; pour les d&eacute;fendre et ils refusent de rester dans un pays gouvern&eacute; par leur ennemi FLN. Les massacres d&#39;Oran (plusieurs milliers de victimes), perp&eacute;tr&eacute;s le 5 juillet, jour de la proclamation de l&#39;ind&eacute;pendance, sans que la garnison fran&ccedil;aise n&#39;intervienne, emporteront les doutes de ceux qui h&eacute;sitaient encore. C&#39;est &laquo;la valise ou le cercueil&raquo;.<\/p>\n<h3>\n\t\tCertains pensent encore revenir pour un vrai d&eacute;m&eacute;nagement<\/h3>\n<p>\n\t\tEntre mars et septembre 1962, villes et villages d&#39;Alg&eacute;rie se vident de leur population europ&eacute;enne comme si un barrage s&#39;&eacute;tait rompu. Des rotations incessantes de navires vers Marseille et Port-Vendres ainsi qu&#39;une noria d&#39;avions d&eacute;versent pr&egrave;s de 700.000 rapatri&eacute;s sur le sol de la m&eacute;tropole &#8211; 70 % de la population fran&ccedil;aise d&#39;Alg&eacute;rie. Rares sont ceux qui ont pu d&eacute;m&eacute;nager. La plupart sont partis d&egrave;s qu&#39;ils ont d&eacute;croch&eacute; un passage maritime ou un billet d&#39;avion. On a bourr&eacute; les valises &agrave; la h&acirc;te et chaque membre de la famille en transporte une ou deux. Certains songent &agrave; revenir plus tard pour effectuer un d&eacute;m&eacute;nagement en bonne et due forme. Mais beaucoup croient ce d&eacute;part d&eacute;finitif. Dans son &eacute;mouvant ouvrage La Travers&eacute;e, l&#39;&eacute;crivain Alain Vircondelet raconte: &laquo;On savait que sit&ocirc;t partis, la porte serait fractur&eacute;e et qu&#39;une famille, peut-&ecirc;tre d&eacute;j&agrave; aux aguets, occuperait les lieux.&raquo; Ainsi, nombre de portes resteront ouvertes et des voitures abandonn&eacute;es avec les cl&eacute;s sur le tableau de bord &#8211; d&#39;autres, au contraire, incendieront leur v&eacute;hicule plut&ocirc;t que de le laisser aux &laquo;vainqueurs&raquo;.Quand ils embarquent et jettent un dernier regard vers cette terre d&#39;Alg&eacute;rie qui les a vus na&icirc;tre, ces rapatri&eacute;s &eacute;prouvent le go&ucirc;t amer de la trahison. Le gouvernement, rem&acirc;chent-ils, a pr&eacute;cipit&eacute; leur perte, d&eacute;truit leur existence et brad&eacute; &laquo;leur&raquo; pays. Jet&eacute;s sur les routes de l&#39;exil, beaucoup esp&egrave;rent trouver le r&eacute;confort en gagnant la &laquo;m&egrave;re patrie&raquo;. C&#39;est De Gaulle qui les a trahis, pas la France, veulent-ils croire pendant leur travers&eacute;e sans retour. Du moins la France des livres d&#39;histoire et des manuels de g&eacute;ographie. Car ce peuple d&#39;artisans, d&#39;employ&eacute;s, de commer&ccedil;ants, de fonctionnaires cher &agrave; Albert Camus n&#39;a, dans sa majeure partie, jamais foul&eacute; le sol de l&#39;Hexagone. Ceux qui l&#39;ont visit&eacute; n&#39;y ont souvent pass&eacute; que quelques semaines de vacances et n&#39;en ont donc rapport&eacute; que des souvenirs heureux.Leur vision idyllique ne r&eacute;sistera pas aux premi&egrave;res heures pass&eacute;es sur les quais de Marseille ou dans les salles de d&eacute;barquement d&#39;Orly. Policiers suspicieux &#8211; l&#39;Int&eacute;rieur traque les hommes de l&#39;OAS &#8211; et douaniers pinailleurs transforment les premiers instants en une attente interminable. Les rapatri&eacute;s d&eacute;couvrent soudain une France marqu&eacute;e par la guerre d&#39;Alg&eacute;rie, mais pas comme ils l&#39;ont &eacute;t&eacute; eux-m&ecirc;mes. Ces Fran&ccedil;ais-l&agrave; les accueillent souvent mal, parce que des dizaines de milliers d&#39;appel&eacute;s du contingent ont &eacute;t&eacute; envoy&eacute;s dans les Aur&egrave;s &laquo;&agrave; cause d&#39;eux&raquo; ; parce que l&#39;OAS a commis des attentats en m&eacute;tropole et qu&#39;on les tient pour responsables ; et parce que des g&eacute;n&eacute;raux ont organis&eacute; un putsch un an plus t&ocirc;t contre la R&eacute;publique. L&#39;hostilit&eacute; a &eacute;t&eacute; amplifi&eacute;e par une certaine presse et par la propagande communiste, qui les pr&eacute;sentent tous comme des &laquo;colons&raquo;: propri&eacute;taires latifundiaires exploitant de pauvres fellahs ou bourgeois nantis dont les Arabes ciraient les chaussures aux terrasses des caf&eacute;s. En r&eacute;alit&eacute;, les trois quarts des Fran&ccedil;ais d&#39;Alg&eacute;rie avaient des revenus inf&eacute;rieurs de 20 % &agrave; ceux des m&eacute;tropolitains. Et les riches que le PC brocardait ne repr&eacute;sentaient que&#8230; 3 % des pieds-noirs.<\/p>\n<h3>\n\t\tUn quart des biens d&eacute;barqu&eacute;s ont &eacute;t&eacute; vol&eacute;s<\/h3>\n<p>\n\t\tGaston Defferre, alors maire de Marseille, se place au premier rang du &laquo;comit&eacute; d&#39;accueil&raquo;. Supporter de l&#39;ind&eacute;pendance, il n&#39;&eacute;prouve pas de sympathie pour ces intrus qui d&eacute;barquent par milliers chaque jour dans la cit&eacute; phoc&eacute;enne. Le 2 juillet 1962, dans une interview &agrave; Paris-Presse, il d&eacute;clare: &laquo;Au d&eacute;but, le Marseillais &eacute;tait &eacute;mu par l&#39;arriv&eacute;e de ces pauvres gens, mais, bien vite, les pieds-noirs ont voulu faire comme ils le faisaient en Alg&eacute;rie quand ils donnaient des coups de pieds aux fesses des Arabes. Alors les Marseillais se sont rebiff&eacute;s. Vous-m&ecirc;me, regardez en ville: toutes les voitures immatricul&eacute;es en Alg&eacute;rie sont en infraction!&raquo; &laquo;Halte au p&eacute;ril pied-noir&raquo;, peut-on lire sur des affiches placard&eacute;es sur les murs du port. Dans ce climat tendu, des pieds-noirs verront m&ecirc;me leurs caisses jet&eacute;es dans les bassins par des dockers CGT&#8230; L&#39;historien Jean-Jacques Jordi estime que le quart des biens des rapatri&eacute;s d&eacute;charg&eacute;s &agrave; Marseille ont &eacute;t&eacute; purement et simplement vol&eacute;s.Le gouvernement n&#39;est pas en reste. Le g&eacute;n&eacute;ral de Gaulle observe cet exode avec inqui&eacute;tude: il discr&eacute;dite les accords d&#39;Evian qui stipulaient des garanties pour les Fran&ccedil;ais d&#39;Alg&eacute;rie et rejette vers la m&eacute;tropole ses plus farouches d&eacute;tracteurs. Louis Joxe, ministre des Affaires alg&eacute;riennes, qui a men&eacute; les n&eacute;gociations avec le FLN, voit ces arriv&eacute;es massives comme une catastrophe. Robert Boulin, secr&eacute;taire d&#39;Etat aux Rapatri&eacute;s, tente de minimiser l&#39;&eacute;v&eacute;nement. En Conseil des ministres, il explique que cet afflux cache un grand nombre de vacanciers qui retourneront en Alg&eacute;rie &agrave; la rentr&eacute;e et que seulement 160.000 pieds-noirs sont partis pour de bon&#8230;En fait, quelles qu&#39;aient &eacute;t&eacute; les arri&egrave;re-pens&eacute;es politiques des uns ou des autres, l&#39;afflux soudain de pieds-noirs prend le gouvernement et l&#39;administration au d&eacute;pourvu. Ni le secr&eacute;tariat d&#39;Etat, ni le minist&egrave;re de l&#39;Int&eacute;rieur, ni les pr&eacute;fectures ne sont pr&ecirc;ts &agrave; y faire face. Le probl&egrave;me est &eacute;norme. Il faut loger, nourrir, scolariser des milliers de Fran&ccedil;ais arriv&eacute;s en six mois.Les plus argent&eacute;s, une minorit&eacute;, poss&egrave;dent une maison ou un appartement en m&eacute;tropole et peuvent s&#39;y installer. Mais que faire des autres? Quand ils ont encore des liens familiaux, les pieds-noirs campent chez des parents. Mais ces solutions de fortune, &agrave; cinq ou six dans une pi&egrave;ce, ne sont pas durables. Elles ne font que repousser le probl&egrave;me et grossir les rangs des m&eacute;contents. Quant &agrave; ceux qui n&#39;ont pas de famille en France &#8211; c&#39;est par exemple le cas des pieds-noirs d&#39;origine espagnole ou des juifs s&eacute;farades -, ils n&#39;ont rien.La question du logement est la plus urgente. H&eacute;las, en ce d&eacute;but des ann&eacute;es 60, la France se d&eacute;bat d&eacute;j&agrave; avec ce probl&egrave;me. Les dossiers des rapatri&eacute;s vont donc &eacute;paissir le fichier des mal-log&eacute;s et s&#39;ajouter aux cohortes de demandeurs de HLM. &Agrave; l&#39;&eacute;t&eacute; 1962, on les h&eacute;berge dans des internats, vides durant les vacances scolaires, dans des entrep&ocirc;ts d&eacute;saffect&eacute;s ou d&#39;anciennes casernes, voire dans de petits h&ocirc;tels sans confort r&eacute;quisitionn&eacute;s par les pr&eacute;fectures. La Croix-Rouge, le Secours catholique, la Cimade (protestante), le Fonds social juif d&eacute;ploient leurs b&eacute;n&eacute;voles pour assister les pieds-noirs. Ces &laquo;solutions&raquo; rel&egrave;vent toutes de l&#39;exp&eacute;dient ou de la charit&eacute; plut&ocirc;t que du plan r&eacute;fl&eacute;chi et concert&eacute;. Longtemps encore, ils furent des milliers &agrave; occuper des logements insalubres en payant des loyers prohibitifs au regard de l&#39;&eacute;tat des locaux. Il faudra des ann&eacute;es pour r&eacute;gler le relogement des pieds-noirs en France. Le chercheur Yann Scioldo-Z&uuml;rcher, auteur d&#39;une &eacute;tude d&eacute;taill&eacute;e sur l&#39;int&eacute;gration des rapatri&eacute;s d&#39;Alg&eacute;rie (Devenir m&eacute;tropolitain, &eacute;ditions EHESS), souligne n&eacute;anmoins que l&#39;&Eacute;tat a veill&eacute; &agrave; ce que les rapatri&eacute;s n&#39;&eacute;chouent pas dans les bidonvilles, nombreux autour des grandes villes fran&ccedil;aises de l&#39;&eacute;poque.<\/p>\n<h3>\n\t\tAttir&eacute;s par le climat du midi de la France<\/h3>\n<p>\n\t\tL&#39;objectif d&#39;origine &#8211; veiller &agrave; &eacute;viter des concentrations trop importantes dans certaines r&eacute;gions de France &#8211; n&#39;a pas &eacute;t&eacute; atteint. Le midi de la France, notamment le pourtour m&eacute;diterran&eacute;en, concentre la majorit&eacute; des pieds-noirs. Viennent ensuite la r&eacute;gion parisienne, puis le Rh&ocirc;ne et l&#39;Is&egrave;re. Une r&eacute;partition g&eacute;ographique qui r&eacute;v&egrave;le deux tendances fortes. Premi&egrave;rement, beaucoup de pieds-noirs ont privil&eacute;gi&eacute; le climat. N&#39;oublions pas que cette population composite, m&ecirc;lant Fran&ccedil;ais, Espagnols, Maltais, Italiens, Grecs, S&eacute;farades, repr&eacute;sentait une sorte de concentr&eacute; de M&eacute;diterran&eacute;e qui n&#39;avait que peu, ou pas du tout, de racines en France. D&#39;o&ugrave; l&#39;envie de s&#39;&eacute;tablir pr&egrave;s de la &laquo;grande bleue&raquo; ou, en tout cas, d&#39;&eacute;viter les hivers trop rudes. Deuxi&egrave;mement, les zones de forte expansion ont accueilli de nombreux pieds-noirs. Le constat est vrai pour l&#39;Ile-de-France et la r&eacute;gion Rh&ocirc;ne-Alpes. Mais il l&#39;est aussi pour les grandes villes du Midi: Marseille, Nice, Montpellier, Perpignan, Toulon. L&#39;arriv&eacute;e des pieds-noirs a correspondu avec le moment fort des Trente Glorieuses, marqu&eacute; par une croissance annuelle sup&eacute;rieure &agrave; 6 % jusqu&#39;en 1965. Ils y prirent leur part.<\/p>\n<h3>\n\t\tDans l&#39;agriculture, une r&eacute;ussite moins harmonieuse<\/h3>\n<p>\n\t\tIl est bien entendu tr&egrave;s difficile de mesurer la r&eacute;ussite sp&eacute;cifique de la population rapatri&eacute;e une fois install&eacute;e sur le territoire de la m&eacute;tropole. A leur arriv&eacute;e, l&#39;&eacute;conomie fran&ccedil;aise en g&eacute;n&eacute;ral et le march&eacute; de l&#39;emploi en particulier n&#39;avaient pas forc&eacute;ment besoin d&#39;eux. Artisans, petits commer&ccedil;ants, modestes employ&eacute;s, agriculteurs, ils faisaient irruption dans une France en pleine mutation: exode rural, industrialisation, av&egrave;nement des grandes surfaces commerciales. Au d&eacute;part, les autorit&eacute;s ont attribu&eacute; des aides aux ind&eacute;pendants pour qu&#39;ils se r&eacute;installent tout en octroyant des surprimes, substantielles, &agrave; ceux qui optaient pour un emploi salari&eacute;. La rabbia, ce mot italien utilis&eacute; &agrave; Bab el-Oued qui signifie rage, animait-elle les rapatri&eacute;s &agrave; leur arriv&eacute;e? En tout cas, ces Fran&ccedil;ais qui avaient tout perdu ont trac&eacute; leur chemin en cr&eacute;ant des PME, notamment dans le b&acirc;timent, dans la confection et dans les services. Dans les professions lib&eacute;rales, m&eacute;decins, v&eacute;t&eacute;rinaires, dentistes, avocats, notaires, les r&eacute;ussites sont patentes. Dans le monde agricole, le tableau est moins harmonieux. &Agrave; c&ocirc;t&eacute; de grands succ&egrave;s, notamment en Corse avec la viticulture et les agrumes ou sur la C&ocirc;te d&#39;Azur avec les p&eacute;pini&eacute;ristes, on d&eacute;plore de nombreux &eacute;checs. Les pieds-noirs, parfois incit&eacute;s par les pouvoirs publics ou les chambres d&#39;agriculture, ont repris des exploitations abandonn&eacute;es par des paysans qui avaient gagn&eacute; la ville. Pay&eacute;es au prix fort, les terres n&#39;ont pas produit les revenus attendus et ont plong&eacute; leurs acqu&eacute;reurs dans les difficult&eacute;s, voire la faillite.Les fonctionnaires sont un cas particulier. Les administrations les ont int&eacute;gr&eacute;s, parfois avec quelques retards dans la carri&egrave;re, et les agents des organismes locaux ont fini par &ecirc;tre r&eacute;affect&eacute;s au sein de services publics en France. Exemple c&eacute;l&egrave;bre dont beaucoup de lyc&eacute;ens des ann&eacute;es 60 se souviendront: les infirmi&egrave;res des h&ocirc;pitaux d&#39;Alg&eacute;rie que l&#39;on r&eacute;orienta vers la m&eacute;decine scolaire.N&#39;oublions pas la musique, le cin&eacute;ma et le show-business o&ugrave; les r&eacute;ussites sont l&eacute;gion. C&#39;est vrai pour les S&eacute;farades qui dominent la com&eacute;die, au grand dam de certains qui se sentent caricatur&eacute;s par leur genre d&#39;humour.Mal partis et finalement bien arriv&eacute;s, les rapatri&eacute;s auront quand m&ecirc;me obtenu de r&eacute;elles compensations de la R&eacute;publique &#8211; ce que certains ont sembl&eacute; oublier. En 1970, le S&eacute;nat chiffrait &agrave; 26 milliards de francs le total des aides et allocations. Quant aux indemnisations au titre des lois de 1970, 1974 et 1978, elles se montent &agrave; pr&egrave;s de 29 milliards de francs. Des sommes obtenues de haute lutte, bien apr&egrave;s que le G&eacute;n&eacute;ral eut quitt&eacute; le pouvoir, notamment sous Giscard. Au bout du compte, les pieds-noirs n&#39;ont pas &laquo;tout&raquo; perdu. La France, quant &agrave; elle, a gagn&eacute; des citoyens qui ne demandaient qu&#39;&agrave; l&#39;int&eacute;grer. 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