{"id":3764,"date":"2012-01-30T18:07:45","date_gmt":"2012-01-30T18:07:45","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=3764"},"modified":"2012-01-30T18:07:45","modified_gmt":"2012-01-30T18:07:45","slug":"birobidjan-dans-letat-yiddish-de-staline","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/birobidjan-dans-letat-yiddish-de-staline\/","title":{"rendered":"Birobidjan Dans l\u2019Etat yiddish de Staline"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div id=\"article-head\">\n<p>\n\t\tBirobidjan Dans l&rsquo;Etat yiddish de Staline<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"article-body\">\n<p>\n\t\tFace &agrave; la chine, dans les ann&eacute;es 30, l&rsquo;URSS a install&eacute; des milliers de juifs dans une r&eacute;publique cr&eacute;&eacute;e pour eux. Marek Halter a fait le voyage.<\/p>\n<div class=\"social\" id=\"article-aut\">\n<p class=\"author\">\n\t\t\tPar Marek Halter &#8211; Paris Match<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\t<span class=\"first-letter\">Z<\/span>iama Mikha&iuml;lovitch Geffen a 92 ans. Il s&rsquo;appuie lourdement sur une canne en montrant sa basse-cour et un chapelet de ch&egrave;vres. &laquo; Elles comprennent le yiddish ! &raquo; dit-il en rigolant. Son &oelig;il bleu s&rsquo;anime quand il se rem&eacute;more son arriv&eacute;e dans la r&eacute;gion. C&rsquo;&eacute;tait tout au d&eacute;but, dans les ann&eacute;es 1930. Il avait 11 ans. &laquo; Il n&rsquo;y avait rien ici, dit-il, rien que la ta&iuml;ga. Nous avons tout fait. Nous avons d&eacute;frich&eacute; la terre, construit la ville, la gare, les &eacute;coles. Nous avons m&ecirc;me lanc&eacute; un journal&hellip; &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tQui conna&icirc;t le Birobidjan, cette R&eacute;publique autonome juive sur le fleuve Amour, face &agrave; la Chine ? Autour de moi, personne. Moi-m&ecirc;me qui en ai entendu parler, je la croyais disparue depuis longtemps. En ce d&eacute;but de XXIe si&egrave;cle, le Birobidjan existe encore, et le yiddish, ma langue maternelle, en est la langue officielle !<br \/>\n\t\tJ&rsquo;y suis all&eacute; par le train, &agrave; 9 000 kilom&egrave;tres de Moscou, comme ces Juifs des ann&eacute;es 1930. Mais, &agrave; la diff&eacute;rence de ceux qui les ont parcourus dans des wagons de marchandises &agrave; peine am&eacute;nag&eacute;s, &eacute;quip&eacute;s de gros po&ecirc;les centraux qu&rsquo;il fallait alimenter avec des b&ucirc;ches entass&eacute;es dans les gares, je suis dans le Transsib&eacute;rien. &laquo; O&ugrave; allez-vous ? me demande avec curiosit&eacute; le contr&ocirc;leur en chef, voyant qu&rsquo;un photographe et une &eacute;quipe de t&eacute;l&eacute;vision m&rsquo;accompagnent.<br \/>\n\t\t&ndash; Birobidjan.<br \/>\n\t\t&ndash; Ah, les Juifs ! &raquo; s&rsquo;exclame-t-il. Et, pas peu fier, il ajoute : &laquo; Chez nous, les Juifs eux-m&ecirc;mes ont leur r&eacute;publique. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tLa gare de Birobidjan est une b&acirc;tisse en brique rouge et, sur le fronton, bien en vue, l&rsquo;enseigne en russe et en yiddish : Birobidjan. J&rsquo;esp&eacute;rais rencontrer quelques Juifs dans le hall. J&rsquo;en aper&ccedil;ois trois, la kippa sur la t&ecirc;te. Je m&rsquo;approche. Je me pr&eacute;sente et leur demande de quoi ils parlent. Ils se disputent &agrave; propos du nouveau rabbin, trop jeune &agrave; leur go&ucirc;t. J&rsquo;&eacute;clate d&rsquo;un rire teint&eacute; d&rsquo;une infinie nostalgie tant ces Juifs de Birobidjan ressemblent aux acteurs du th&eacute;&acirc;tre yiddish de mon &shy;enfance. A cela pr&egrave;s que nous ne sommes pas au th&eacute;&acirc;tre mais en Sib&eacute;rie, &agrave; 400 kilom&egrave;tres de Harbin, capitale du Heilongjiang en Mandchourie o&ugrave;, il y a des si&egrave;cles, fleurissait aussi une communaut&eacute; juive.<\/p>\n<p>\n\t\tCombien sont rest&eacute;s &agrave; Birobidjan, dans cette ville de 77 000 habitants ? Personne ne le sait. Officiellement, 8 000. Mais un habitant sur deux a une arri&egrave;re-grand-m&egrave;re ou un &shy;arri&egrave;re-grand-oncle juif, y compris les nombreux Cor&eacute;ens et Chinois. Lorsque la r&eacute;volution bolchevique &eacute;clate, les Juifs sont pr&egrave;s de 5 millions dans l&rsquo;empire des tsars. Parqu&eacute;s dans des zones de r&eacute;sidence, interdits au sein de l&rsquo;administration et dans les &eacute;coles. Ils s&rsquo;organisent pourtant. Ils cr&eacute;ent leurs propres &eacute;coles et leurs syndicats, mais ils restent les pauvres des pauvres. Le jour o&ugrave; des commissaires bolcheviques les appellent &laquo; camarades &raquo; en yiddish, ils se sentent enfin reconnus et rejoignent en masse la r&eacute;volution. D&egrave;s les ann&eacute;es 1920-1930, on les retrouve dans toutes les instances de la nouvelle Russie, la politique, les journaux, la litt&eacute;rature et le cin&eacute;ma, le th&eacute;&acirc;tre et les arts plastiques. Les plus grands se nomment Sergue&iuml; &shy;Eisenstein, Isaac Babel, Boris Pasternak, Marc Chagall, &shy;Vassili Grossman, David O&iuml;strakh, Emil Gilels&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tStaline commence &agrave; trouver ses amis juifs trop voyants. Et trop remuants. Le pr&eacute;sident du Soviet supr&ecirc;me, le vieux &shy;Mikha&iuml;l Kalinine, a une id&eacute;e. Pourquoi ne pas donner aux Juifs une r&eacute;publique, une r&eacute;gion autonome comme &agrave; tous les peuples de l&rsquo;Union sovi&eacute;tique ? Cela &eacute;tablirait leurs droits et permettrait au pouvoir, sans &ecirc;tre tax&eacute; d&rsquo;antis&eacute;mitisme, de les &eacute;vincer des nombreux postes &agrave; responsabilit&eacute;. Les Juifs se &shy;r&eacute;jouissent du projet. Ils esp&egrave;rent le Caucase, ils re&ccedil;oivent un morceau de la Sib&eacute;rie. Cette r&eacute;gion s&rsquo;appelle le Birobidjan.<\/p>\n<p>\n\t\tLes autorit&eacute;s y exp&eacute;dient des milliers de familles juives ; Staline pr&eacute;voyait 100 000 personnes. Beaucoup partent &shy;volontairement. Un Etat juif, et socialiste de surcro&icirc;t ! Nous sommes quinze ans avant la proclamation de l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra&euml;l. La guerre et les pers&eacute;cutions en Europe et dans la partie russe occup&eacute;e par les nazis poussent des milliers de Juifs vers &shy;Birobidjan, cet &laquo; Isra&euml;l de Sib&eacute;rie &raquo;, comme certains le nomment alors. La vie culturelle se d&eacute;veloppe. L&rsquo;agriculture aussi. Le kolkhoz Waldheim, la maison de la for&ecirc;t, devient l&rsquo;un des plus exemplaires de l&rsquo;Union sovi&eacute;tique.<br \/>\n\t\tUn t&eacute;moin de cette histoire vit &agrave; Paris : le psychanalyste Charles Melman. Son p&egrave;re, Mo&iuml;se, charpentier et par &shy;ailleurs communiste, fut charg&eacute; par le parti d&rsquo;organiser et de guider les Juifs vers cette nouvelle &laquo; Terre promise &raquo;. Charles &shy;Melman se souvient des isbas que des &eacute;quipes construisaient sous la direction de son p&egrave;re. Chacune de ces maisons contenait 40 m&egrave;tres carr&eacute;s habitables que deux familles se &shy;partageaient. En leur centre, un grand po&ecirc;le marquait la ligne de s&eacute;paration.<\/p>\n<p>\n\t\tBient&ocirc;t, les purges staliniennes freinent cet &eacute;lan. Dix-sept ans plus tard, en 1953, la mort du ma&icirc;tre du Kremlin ouvre les portes du Birobidjan. Les Juifs sovi&eacute;tiques partent en masse en Isra&euml;l. La lente agonie du Birobidjan, ajout&eacute;e &agrave; la disparition des communaut&eacute;s juives d&rsquo;Europe centrale, sonnait le glas de la culture et de la langue yiddish. Il me semblait &ecirc;tre le &shy;t&eacute;moin de l&rsquo;engloutissement d&eacute;finitif de ce monde auquel, avec ma m&eacute;moire, ma tradition et mon accent, j&rsquo;appartiens aussi.<\/p>\n<h2>\n\t\tCe monde vibre encore comme l&rsquo;&eacute;cho lointain d&rsquo;une civilisation bless&eacute;e<\/h2>\n<p>\n\t\tBirobidjan donc. Aussit&ocirc;t sorti de la gare, un monument domine la place. Au sommet d&rsquo;une sorte de tour : une menora, le chandelier &agrave; sept branches, qui sert aussi d&rsquo;embl&egrave;me &agrave; la r&eacute;gion. A quelques m&egrave;tres de l&agrave;, une imposante sculpture en bronze repr&eacute;sente le h&eacute;ros populaire juif invent&eacute; par Cholem Aleikhem : Tevi&eacute; le laitier. La statue le montre transportant un bidon de lait sur son chariot attel&eacute; &agrave; un maigre cheval. A c&ocirc;t&eacute; du bidon, sa femme, Gold&eacute;. Ceux qui ont vu la com&eacute;die musicale &laquo; Un violon sur le toit &raquo; s&rsquo;en souviennent. Au Birobidjan, tout le monde conna&icirc;t ce personnage.<br \/>\n\t\tEn ville, il y a deux synagogues. La premi&egrave;re, la grande, est vaste, accol&eacute;e &agrave; un autre b&acirc;timent qui abrite un centre &shy;culturel et une association de bienfaisance. Dans la biblioth&egrave;que, je trouve avec &eacute;motion les livres de po&egrave;mes de ma m&egrave;re. Au premier &eacute;tage, une douzaine de femmes se r&eacute;unissent trois fois par semaine pour chanter des airs traditionnels yiddish, m&eacute;lodies de mon enfance.<br \/>\n\t\tLa seconde synagogue est une isba des ann&eacute;es 1940. Il y en avait aussi une troisi&egrave;me, plus ancienne, mais elle a br&ucirc;l&eacute;. &laquo; C&rsquo;&eacute;tait &agrave; l&rsquo;&eacute;poque de Khrouchtchev, me dit le rabbin &shy;Andre&iuml; Loukatski. Il n&rsquo;est pas impossible qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un incendie d&eacute;lib&eacute;r&eacute;. &raquo; Le rabbin me raconte alors que son p&egrave;re a pu sauver des flammes les rouleaux de la Torah. Ces rouleaux, il les a lui-m&ecirc;me fait restaurer gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;aide de la communaut&eacute; juive japonaise toute proche. &laquo; Vous voulez les voir ? &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tNous sommes dans sa synagogue &agrave; lui, son isba, orn&eacute;e d&rsquo;une &eacute;norme &eacute;toile de David taill&eacute;e dans le bois. A l&rsquo;int&eacute;rieur, sur un banc, je remarque un bedeau et, sur un autre, adoss&eacute;es au mur, la femme du rabbin et trois vieilles dames qui, en hiver, viennent ici pour se r&eacute;chauffer. Le rabbin prend un trousseau de clefs et ouvre non pas l&rsquo;armoire qui, traditionnellement, abrite les rouleaux de la Torah, mais un coffre-fort. Emu, je l&rsquo;aide &agrave; enlever le mantelet de velours joliment brod&eacute; qui prot&egrave;ge les rouleaux.<br \/>\n\t\tAndre&iuml; Loukatski me raconte qu&rsquo;il a deux grands fils en Isra&euml;l. Mais il en a aussi un troisi&egrave;me, &acirc;g&eacute; de 6 ans. Il l&rsquo;a con&ccedil;u avec sa femme afin de reprendre la tradition apr&egrave;s lui. &laquo; La rel&egrave;ve est assur&eacute;e &raquo;, dit-il, satisfait.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;ancienne actrice Polina Moissenevna Kleinerman tient &agrave; chanter pour moi &laquo; Mein Yiddische Mame &raquo; (&laquo; Ma m&egrave;re juive &raquo;). Elle n&rsquo;a plus de voix, mais il lui reste les gestes et la mimique. Je l&rsquo;&eacute;coute et je pleure. Le journal dont me parlait le vieux Ziama Mikha&iuml;lovitch Geffen existe encore. A l&rsquo;origine, le &laquo; Birobidjaner Stern &raquo; (&laquo; L&rsquo;Etoile de Birobidjan &raquo;) &eacute;tait un quotidien, int&eacute;gralement publi&eacute; en yiddish. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est un hebdomadaire en russe, avec seulement quatre pages en yiddish. Sa directrice n&rsquo;est pas juive. Elena Ivanovna Sarashevskaya, &agrave; peine 30 ans, a &eacute;pous&eacute; un Juif et appris le yiddish &agrave; l&rsquo;universit&eacute;. Le journal est tir&eacute; &agrave; 5 000 exemplaires, vendus dans les kiosques. J&rsquo;en ach&egrave;te deux en souvenir. Apr&egrave;s avoir choisi deux revues en russe, un monsieur, plut&ocirc;t jeune et blond, en prend, lui aussi, un exemplaire. Je lui demande s&rsquo;il est juif. &laquo; Non. Mais je l&rsquo;ach&egrave;te toutes les semaines. J&rsquo;aime savoir ce qu&rsquo;il se passe chez les Juifs. Avec eux, on apprend toujours&hellip; &raquo;<br \/>\n\t\tDoit-on expliquer ainsi le succ&egrave;s de l&rsquo;&eacute;mission &laquo; Yiddishkeit &raquo; (&laquo; Juda&iuml;t&eacute; &raquo;) programm&eacute;e sur la t&eacute;l&eacute;vision locale et qui pr&eacute;sente une introduction &agrave; la culture et aux traditions juives ? &laquo; Avant, me dit Tatiana Kandinska&iuml;a, l&rsquo;animatrice, nous faisions l&rsquo;&eacute;mission en yiddish. Aujourd&rsquo;hui, il n&rsquo;y aurait plus grand monde pour comprendre. Mais depuis que nous sommes pass&eacute;s au russe, cette &eacute;mission est devenue l&rsquo;une des plus populaires de notre cha&icirc;ne. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tNous nous rendons au th&eacute;&acirc;tre en voiture. A Birobidjan, tout le monde roule dans des v&eacute;hicules cor&eacute;ens, le &shy;volant &agrave; droite. Ici, la Cor&eacute;e est toute proche, tandis que l&rsquo;Europe, &agrave; 10 000 kilom&egrave;tres, dispara&icirc;t dans le brouillard. Nous arrivons devant le Th&eacute;&acirc;tre national juif, inaugur&eacute; en 1936 par le second de Staline, Lazare Kaganovitch, en personne. Quand j&rsquo;entre dans la salle, la troupe r&eacute;p&egrave;te une com&eacute;die musicale, &laquo; Les chercheurs de bonheur &raquo;, d&rsquo;apr&egrave;s un film de propagande r&eacute;alis&eacute; en 1936. C&rsquo;est l&rsquo;histoire de Juifs am&eacute;ricains qui partent pour le Birobidjan, leur patrie socialiste. Je suis troubl&eacute; de voir ces jeunes com&eacute;diens danser et chanter sur la fameuse musique d&rsquo;Isaac &shy;Douna&iuml;evski : &laquo; Adieu l&rsquo;Am&eacute;rique, adieu l&rsquo;Europe, bonjour notre patrie, notre Birobidjan. &raquo; Pourtant, nous sommes au XXIe si&egrave;cle et l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra&euml;l existe depuis bient&ocirc;t soixante-cinq ans.<\/p>\n<p>\n\t\tMais ici, contrairement &agrave; Isra&euml;l, on apprend le yiddish. Dans une classe que je visite, une jeune institutrice enseigne l&rsquo;alphabet aux enfants. La plupart des &eacute;l&egrave;ves ne sont pas juifs. Il y a parmi eux deux Russes, un Kazakh, un Chinois, un &shy;Cor&eacute;en. &Ccedil;a les amuse d&rsquo;apprendre le yiddish.<br \/>\n\t\tBoulevers&eacute; de me retrouver chez moi, oui, chez moi, &agrave; plus de 11 000 kilom&egrave;tres de Paris, je croise en sortant une Chinoise, m&egrave;re d&rsquo;un des &eacute;l&egrave;ves, et lui demande : &laquo; Pourquoi faites-vous apprendre le yiddish &agrave; votre fils ? &raquo; Elle me &shy;r&eacute;pond : &laquo; &Ccedil;a peut servir&hellip; &raquo; J&rsquo;&eacute;clate de rire. Les Chinois sont 1,4 milliard et les Juifs, &agrave; peine 14 millions. Et parmi eux, seule une poign&eacute;e parle encore le yiddish !<br \/>\n\t\tJ&rsquo;ai toujours pens&eacute; que Hitler avait perdu ses deux paris : effacer la pr&eacute;sence des Juifs de la surface de la Terre et les transformer en autre chose que des hommes. Je croyais &shy;cependant qu&rsquo;il avait r&eacute;ussi sur un point : la destruction d&rsquo;une civilisation juive, celle du yiddish. Quand je suis n&eacute; &agrave; Varsovie, sur pr&egrave;s de 1 million d&rsquo;habitants, on y comptait plus de 380 000 Juifs, avec leurs restaurants et leurs journaux, leurs cin&eacute;mas et leurs th&eacute;&acirc;tres, leurs pauvres et leurs riches, leurs voleurs et leurs mendiants, leurs synagogues et leurs partis politiques. Et leur langue, donc, le yiddish. J&rsquo;ai cru que le &shy;nazisme avait an&eacute;anti tout entier ce monde-l&agrave;. Or, l&agrave;-bas, au Birobidjan, &agrave; la fronti&egrave;re chinoise, ce monde vibre encore comme l&rsquo;&eacute;cho lointain d&rsquo;une civilisation bless&eacute;e.<br \/>\n\t\tOui, il est plus difficile d&rsquo;ensevelir la m&eacute;moire que les corps, et singuli&egrave;rement celle d&rsquo;une langue.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Birobidjan Dans l&rsquo;Etat yiddish de Staline &nbsp; Face &agrave; la chine, dans les ann&eacute;es 30, l&rsquo;URSS a install&eacute; des milliers de juifs dans une r&eacute;publique cr&eacute;&eacute;e pour eux. Marek Halter a fait le voyage. Par Marek Halter &#8211; Paris Match Ziama Mikha&iuml;lovitch Geffen a 92 ans. 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