{"id":3872,"date":"2016-08-22T06:23:05","date_gmt":"2016-08-22T06:23:05","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=3872"},"modified":"2016-08-22T00:25:10","modified_gmt":"2016-08-22T00:25:10","slug":"la-rue-cette-ecole-par-albert-simeoni","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-rue-cette-ecole-par-albert-simeoni\/","title":{"rendered":"LA RUE, CETTE ECOLE, par Albert Simeoni"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n\tLA RUE, CETTE ECOLE.<\/div>\n<p>\n\t<span>EL CHARRA.<\/span><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tSi l&#39;&eacute;cole m&#39;a instruit jusqu&#39;&agrave; l&#39;&acirc;ge de la pr&eacute;retraite JJJ, la rue m&#39;a beaucoup appris dans ma jeunesse et adolescence.<\/p>\n<p>\n\tOn ne trouve pas dans les bouquins d&#39;histoire, des histoires &agrave; la gloire des rues.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEt portant. Chaque rue &agrave; une histoire dans ma ville natale.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n\tLA RUE, CETTE ECOLE.<\/div>\n<p>\n\t<span>EL CHARRA.<\/span><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tSi l&#39;&eacute;cole m&#39;a instruit jusqu&#39;&agrave; l&#39;&acirc;ge de la pr&eacute;retraite JJJ, la rue m&#39;a beaucoup appris dans ma jeunesse et adolescence.<\/p>\n<p>\n\tOn ne trouve pas dans les bouquins d&#39;histoire, des histoires &agrave; la gloire des rues.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEt portant. Chaque rue &agrave; une histoire dans ma ville natale.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tJe suis &agrave; m&ecirc;me de raconter chaque &eacute;v&eacute;nement important ou d&eacute;suet des rues de mon patelin parce que chacune d&#39;elles m&#39;a donn&eacute; quelque chose et surtout elles m&#39;ont appris &agrave; partager, &agrave; me faire des amis, &agrave; jouer autant de jeux que nous avons et inventons &agrave; chaque saison. Elles m&#39;ont appris le courage. Le gout du risque. Elles m&#39;ont appris &agrave; me battre. Elles m&#39;ont donn&eacute;es cette libert&eacute; qui a fait de moi un enfant de la RUE.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPourtant la rue est dangereuse.<\/p>\n<p>\n\tAvec ses risques, ces bagarres qui pouvaient tourner aux drames, ces accidents, ces mauvaises rencontres.<\/p>\n<p>\n\tLa rue est pleine de tentations et s&#39;y on n&#39;y prend pas garde, elle peut vous d&eacute;truire. Vous menez en tolle.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa rue fait la renomm&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\tOn vous traite de voyou si vos fr&eacute;quentations sont mauvaises.<\/p>\n<p>\n\tOu alors elle catalogue de mauvaise vie.des jeunes filles innocentes.<\/p>\n<p>\n\tUne jeune fille marchant avec un simple ami et voil&agrave; la rumeur qui nait.<\/p>\n<p>\n\tDeux amis qui marchent souvent ensemble et voil&agrave; la rumeur qui enfle.<\/p>\n<p>\n\tLa rue est destructrice.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa rue c&#39;est comme un miroir o&ugrave; tout un chacun toise l&#39;autre et porte un jugement sur autrui.<\/p>\n<p>\n\tC&#39;est un peu comme un caf&eacute; o&ugrave; tout le monde vient s&#39;abreuver de cancans, faire son stock de m&eacute;disances. Remettre ses fiches &agrave; jour. Cataloguer de braves gens pour n&#39;importe quoi.<\/p>\n<p>\n\tJalouser l&#39;autre et surtout jouir en secret du malheur du voisin parce que voyez vous, en ce temps l&agrave;, personne ne remarquait sa bosse. Ils &eacute;taient tous blancs bleus, normaux et sans handicaps. Mais jamais noirs ou gris. Surtout dans ces caf&eacute;s de petites villes o&ugrave; tout se sait et rien ne se cache.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMes rues ont &eacute;t&eacute; pour moi des havres de joie et de bonheur &agrave; la Goulette.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEmprisonn&eacute; pendant 3 ans dans un &#39;SENDOUQ&#39; (Caisse en bois, mon youpalla immobile, mon parc de mis&egrave;re).<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tJ&#39;ai eu la chance d&#39;en sortir 4 ans plus tard, libre mais en tenant la main de ma m&egrave;re qui m&#39;accompagnait &agrave; l&#39;&eacute;cole. Et c&#39;est &agrave; partir de cet &acirc;ge que la rue s&#39;est ouverte &agrave; moi. Belle, grande, immense, bruyante, fleurie, chahutant, myst&eacute;rieuse avec ses impasses, ses coins et recoins et ses couloirs d&#39;immeubles qui avaient souvent deux issues. Une sur rue, l&#39;autre sur la plage.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa rue m&#39;a appris la ruse. Les caract&egrave;res des gens. De d&eacute;couvrir des visages sinc&egrave;res, hypocrites, ignobles, des com&eacute;diens, des charlatans, des saltimbanques, des musiciens, des vendeurs ambulants, des commerces tenus par des communaut&eacute;s diverses, des gens m&eacute;chants aussi.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa rue m&#39;a appris &agrave; faire des choix ; &agrave; s&eacute;parer le bon grain de l&#39;ivraie. La rue m&#39;a appris &agrave; me cacher. A me d&eacute;couvrir vis-&agrave;-vis des autres car la rue fait la r&eacute;putation.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa rue m&#39;a offert l&#39;occasion d&#39;&ecirc;tre inviter dans des maisons qui ressemblaient presque toutes &agrave; la mienne. Elles avaient toutes une porte qui donnait sur la rue.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa rue a &eacute;moustill&eacute; mon odorat. Les odeurs de cuisine qui s&#39;&eacute;chappaient par les fen&ecirc;tres et les ouvertures parfumaient l&#39;air de la rue.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLes pri&egrave;res me parvenaient par la rue, les querelles entre mari et femme, les enfants qui pleuraient. Les insultes et les blasph&egrave;mes qui tombaient drus des premiers &eacute;tages. Des r&acirc;les de mourants, des hurlements d&#39;horreur, des g&eacute;missements de famille en deuil.<\/p>\n<p>\n\tDes f&ecirc;tes religieuses et des enterrements de toutes sortes.<\/p>\n<p>\n\tDes rires aussi. Et surtout.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tElle m&#39;a fait aussi d&eacute;couvrir certains corps de jeunes filles surprises dans leur nudit&eacute; par un volet ma ferm&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tElle m&#39;a fait entendre de la musique.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa rue m&#39;a donn&eacute; cette formidable occasion d&#39;&ecirc;tre &agrave; mon &acirc;ge un homme averti.<\/p>\n<p>\n\tDe faire la part des choses et surtout, la rue m&#39;a donn&eacute;e le sens du partage et l&#39;amour des filles. G&eacute;n&eacute;reuse ??? La rue l&#39;est.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tElle m&#39;a donn&eacute; l&#39;occasion de sentir la chaleur d&#39;un premier baiser &eacute;chang&eacute; le c&oelig;ur battant avec ma premi&egrave;re girl friend. &#39;&#8230;Comment oublier mes rues&#8230; ?&#39;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tElle a su m&#39;apprivoiser. Provoquer en moi des d&eacute;sirs, des envies.<\/p>\n<p>\n\tElle a su me faire respecter les anciens.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMa grand m&egrave;re Meiha z&#39;a me disait &#39;&#8230;Obyad mel louled l&#39;ahram&#8230;&#39; Evite les enfants du p&eacute;ch&eacute;&#8230;!&#39; Sous entendus les Voyous. Il y avait de ces jeunes gens, rares heureusement il est vrai, non pas n&eacute;s du p&egrave;che mais porteurs de vices de toutes sortes.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tOui, je me souviens de ma rue Pasteur.<\/p>\n<p>\n\tL&agrave; o&ugrave; j&#39;habitais avec candeur et chaleur.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDe la rue Hamouda Pacha,<\/p>\n<p>\n\tPuis renomm&eacute;e Cheikh Albelaziz Thalbi<\/p>\n<p>\n\tElle aussi rest&eacute;e encore dans mon qalbi. (Mon c&oelig;ur).<\/p>\n<p>\n\tJ&#39;en garde les cl&eacute;s ye si El Becha.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPas loin la rue du Colonel Bourdenneau<\/p>\n<p>\n\tJ&#39;ai les oreilles qui bourdonnent<\/p>\n<p>\n\tPar tant des souvenirs heureux.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tRue Rebbi Rahmine Chmila,<\/p>\n<p>\n\tPas loin de mes voisins Smilla,<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEt la rue de Bourgogne et voil&agrave; cela ma rappelle la France.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tRue Chadly Kaznadar,<\/p>\n<p>\n\tA quelques m&egrave;tres de mon DAR (Maison).<\/p>\n<p>\n\tMa syna, ma yechiva mon sacr&eacute; lieu de torah.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEt cette rue de Marseille,<\/p>\n<p>\n\tQui me guidait vers le canal.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tAvenue Cardinal Lavigerie<\/p>\n<p>\n\tMe voil&agrave; chez les italiens.<\/p>\n<p>\n\tEt sur la grande avenue Franklin Roosevelt,<\/p>\n<p>\n\tJe croisais Pierre, Tilda ou Tchicho le svelte<\/p>\n<p>\n\tSans oublier Ahmed, Noura, Frej et mon cin&eacute;ma Rex.<\/p>\n<p>\n\tEt enfin la Rue du Limousin.<\/p>\n<p>\n\tEt voil&agrave; la fin de mon refrain.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tSous les ponts de la Goulette<\/p>\n<p>\n\tLes rues se refl&eacute;taient comme se refl&egrave;te<\/p>\n<p>\n\tMa vie sur la surface de mon onde pure.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; LA RUE, CETTE ECOLE. 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