{"id":3880,"date":"2012-02-14T17:44:40","date_gmt":"2012-02-14T17:44:40","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=3880"},"modified":"2012-02-14T17:44:40","modified_gmt":"2012-02-14T17:44:40","slug":"mythes-rites-representations-le-sacre-vu-par-regis-debray","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/mythes-rites-representations-le-sacre-vu-par-regis-debray\/","title":{"rendered":"Mythes, rites, repr\u00e9sentations, le sacr\u00e9 vu par R\u00e9gis Debray"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMythes, rites, repr&eacute;sentations, le sacr&eacute; vu par R&eacute;gis Debray<\/p>\n<div class=\"txt-infos\">\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLE PLUS. Dans son dernier livre, <a href=\"http:\/\/www.gallimard.fr\/catalog\/html\/actu\/index\/index_debray.html\" target=\"_blank\">&quot;Jeunesse du sacr&eacute;&quot;<\/a>, R&eacute;gis Debray s&#39;attache &agrave; analyser la place du sacr&eacute; dans nos soci&eacute;t&eacute;s &agrave; travers l&#39;Histoire, qu&#39;il soit religieux ou non. Micha&euml;l de Saint Cheron, auteur et chercheur &agrave; Paris 3-Sorbonne Nouvelle, analyse le travail du philosophe.<\/p>\n<div class=\"perso\" itemprop=\"author\" itemscope=\"\" itemtype=\"http:\/\/schema.org\/Person\">\n<p class=\"avatar\">\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tPar <strong itemprop=\"name\">Micha&euml;l de Saint-Cheron<\/strong> <span class=\"fonction\" itemprop=\"description\">Essayiste et &eacute;crivain<\/span><\/p>\n<p class=\"parrain\">\n\t\t\tEdit&eacute; par <strong>H&eacute;l&egrave;ne Decommer<\/strong> Auteur parrain&eacute; par <strong>Henri Guirchoun<\/strong><\/p>\n<\/p><\/div>\n<div itemprop=\"articleBody\">\n<p>\n\t\t\tR&eacute;gis Debray, dans son nouveau livre &quot;Jeunesse du sacr&eacute;&quot;, entend tordre le cou aux gardiens des lieux sacr&eacute;s mais il sait aussi qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas qu&rsquo;une sorte de lieux sacr&eacute;s et propose de nous y introduire.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Il touche l&agrave; une question terrible car nous savons<\/strong> qu&rsquo;il y a des hordes des fanatiques de par le monde pour lesquelles un lieu de pierres est plus sacr&eacute; que des hommes, et qu&#39;ils peuvent tuer pour que des &ecirc;tres humains qualifi&eacute;s d&rsquo;&quot;impurs&quot; n&rsquo;en approchent point. Un sacr&eacute; devenant blasph&eacute;matoire. C&rsquo;est ici que la superstition se substitue &agrave; la religion. Paul Val&eacute;ry ne disait-il pas &quot;la superstition est plus profonde que la religion&quot; ?<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Devant l&rsquo;image d&rsquo;un cimeti&egrave;re vandalis&eacute;, Debray prononce les mots de blasph&egrave;me,<\/strong> de sacril&egrave;ge. Il rappelle aussi que d&rsquo;aucuns disaient &quot;on n&rsquo;a jamais gaz&eacute; que des poux&quot; !<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe stade comme temple par excellence du dieu du sport ou la Mecque repr&eacute;sentent deux formes de sacr&eacute; que la t&eacute;l&eacute;vision a rendus plan&eacute;taires. Debray les nomme &quot;le carr&eacute;&quot;. Ils ont en commun un pouvoir unificateur le temps d&rsquo;une c&eacute;r&eacute;monie, d&rsquo;un p&egrave;lerinage, d&rsquo;&eacute;preuves sportives mondiovis&eacute;es, le pouvoir de faire &quot;communier&quot; des hommes et des femmes par dizaines de milliers, qui partagent en fait si peu.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Debray cherche sans doute moins &agrave; comprendre ce qui gouverne une foule,<\/strong> un ensemble de spectateurs, que le pourquoi de cette volont&eacute; universelle aussi ancienne que l&rsquo;homme, de cr&eacute;er des espaces sacr&eacute;s, sacramentels. Pourquoi faire corps, demande-t-il . &quot;Parce qu&rsquo;ils y retrouvent leur &acirc;me&quot; faut-il croire.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tDes mus&eacute;es aux salles de concert, des temples aux m&eacute;moriaux des guerres, des g&eacute;nocides, des catastrophes, il analyse les voies qui y conduisent ou les voix qui s&rsquo;y font entendre. Il fait converger les psaumes davidiques et les hymnes nationaux vers une transcendance tant&ocirc;t religieuse, tant&ocirc;t patriotique. La patrie n&rsquo;est pas la seule transcendance sans divin, nous le savons bien.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<span style=\"font-size: medium;\"><strong>Sacralisation de la m&eacute;moire<\/strong><\/span><\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLes morts, la m&eacute;moire g&eacute;nocidaire, sont de tout temps l&rsquo;un des plus puissants ferments unificateurs. S&rsquo;il y eut le communisme, le gaullisme, ou d&rsquo;autres grandes causes &quot;sacr&eacute;es&quot; hier, il y a aujourd&rsquo;hui la sacralisation de la m&eacute;moire qu&rsquo;interroge R&eacute;gis Debray d&rsquo;un bout &agrave; l&rsquo;autre de son ouvrage avec en ligne de mire &quot;la sacralisation de la Shoah&quot;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Le philosophe engag&eacute; qui approfondit depuis des ann&eacute;es les fronti&egrave;res entre<\/strong> la sph&egrave;re la&iuml;que et la sph&egrave;re religieuse, commet malgr&eacute; tout (mais qui n&rsquo;en commet pas ?) des approximations. J&rsquo;en ai relev&eacute; quelques-unes.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tS&rsquo;il est tout &agrave; fait exact d&rsquo;&eacute;crire &quot;pas de juifs &agrave; El Aqsa&quot;, il est faux de dire que le S&eacute;der de Pessah, la P&acirc;que juive, est ferm&eacute; aux non-juifs. Combien de chr&eacute;tiens ou de musulmans, ou de libres penseurs, ne furent-ils invit&eacute;s depuis des d&eacute;cennies &agrave; une table de juif observant ou orthodoxe ? Il n&rsquo;est qu&rsquo;&agrave; se souvenir des repas du s&eacute;der auxquels fut invit&eacute; tel pr&eacute;sident de la R&eacute;publique par le grand rabbin de France. Mais plus simplement, dans l&rsquo;intimit&eacute; des familles, combien de non-juifs n&rsquo;ont-ils pas &eacute;t&eacute; convi&eacute;s chaque ann&eacute;e ?<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>De m&ecirc;me, dire que la Grande Chartreuse est ferm&eacute;e herm&eacute;tiquement<\/strong> (le mot est de moi, mais le sens est de Debray) aux la&iuml;ques, est aussi inexact. Combien de la&iuml;ques en qu&ecirc;te d&rsquo;absolu n&rsquo;y font-ils leur probation quelques semaines ou quelques mois durant, avant de s&rsquo;apercevoir que cette vie n&rsquo;est d&eacute;cid&eacute;ment pas pour eux ?<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tDe m&ecirc;me, dans les abbayes b&eacute;n&eacute;dictines (un certain nombre d&rsquo;entre elles au moins), les h&ocirc;tes acc&egrave;dent au r&eacute;fectoire des moines pour le repas de midi en traversant une partie du clo&icirc;tre, qui est sous cl&ocirc;ture. Et combien de la&iuml;ques et m&ecirc;me de non chr&eacute;tiens ont pu &ecirc;tre guid&eacute;s par un moine pour visiter son abbaye, qu&rsquo;elle soit ou non monument historique ? Ces remarques n&rsquo;&ocirc;tent rien au sens profond du discours de Debray affirmant &quot;qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de sacralit&eacute; sans p&eacute;nalit&eacute;s&quot;. Alimentaires, vestimentaires et sexuelles bien s&ucirc;r aussi.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tAttachons-nous (parmi tant de questions d&eacute;battues dans ce livre) &agrave; une derni&egrave;re question touchant &agrave; l&rsquo;interdit de la repr&eacute;sentation et aux marques d&rsquo;intol&eacute;rance totalitaire dont ont fait preuve les ayatollah au moment des carricatures de Mahomet publi&eacute;es dans le journal danois Jylland-Posten. Mais aussi des gropuscules surtout catholiques au moment de la sortie de films r&eacute;cents ou du spectacle <a href=\"http:\/\/actualite.nouvelobs.com\/Sur%20le%20concept%20du%20visage%20du%20fils%20de%20Dieu\/\" rel=\"follow\" target=\"_blank\">&quot;Sur le concept du visage du fils de Dieu&quot;<\/a> ces derni&egrave;res ann&eacute;es en France comme en Europe.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Ou encore ces rabbins ou religieux mus par une phallocratie extr&eacute;miste<\/strong> r&eacute;prouvant que les femmes juives chantent dans des ch&oelig;urs en Isra&euml;l lors des c&eacute;r&eacute;monies officielles (pour ne pas parler des fanatiques hindous ou m&ecirc;me bouddhistes)&#8230; L&rsquo;art et la libert&eacute; de l&rsquo;artiste, du cr&eacute;ateur comme de l&rsquo;interpr&egrave;te, sont ici de plus en plus vis&eacute;s de fa&ccedil;on intol&eacute;rable.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tDans le m&ecirc;me temps, certains de ces donneurs de le&ccedil;ons, ces donneurs-d&rsquo;ordres-divins, peuvent sans complexe contester ou nier tel ou tel g&eacute;nocide (m&eacute;moire &ocirc; combien sacr&eacute;e pour ceux qui la portent en eux !) et avoir une conduite contraire &agrave; leur propre religion.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<span style=\"font-size: medium;\"><strong>En qu&ecirc;te d&#39;un id&eacute;al<\/strong><\/span><\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tDebray &eacute;crit justement que &quot;le sacralis&eacute; est irr&eacute;dentiste et jusqu&rsquo;au-boutiste&quot;. Levinas intitula l&rsquo;un de ses ouvrages Du sacr&eacute; au saint et dans les premi&egrave;res pages de son livre, R&eacute;gis Debray &eacute;voque et peut-&ecirc;tre aussi invoque Malraux et &quot;sa somptueuse M&eacute;tamorphose des dieux&quot; dans le but de prouver encore une fois que le sacr&eacute; est un stade inf&eacute;rieur au spirituel, inf&eacute;rieur &agrave; la morale et &agrave; l&rsquo;&eacute;thique, sans m&ecirc;me parler de la saintet&eacute; qui a plut&ocirc;t mauvaise presse ces temps-ci, tant elle est mal comprise.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Le sacr&eacute; est souvent, sous une forme ou une autre de communion, la porte ferm&eacute;e <\/strong>&agrave; l&rsquo;autre, &agrave; celui, &agrave; celle, qui n&rsquo;est pas de &quot;La communaut&eacute;&quot;, alors que seule l&rsquo;aspiration aux valeurs &eacute;thiques, &agrave; &laquo; l&rsquo;amour sans concupiscence &raquo; (Pascal), &agrave; la responsabilit&eacute; pour les autres, t&eacute;moigne d&rsquo;une vraie spiritualit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe constat du philosophe est sans appel &quot;Chacun pour soi. Comme dans un naufrage&quot;. Il n&rsquo;est pas certain que le constat soit pourtant si noir &ndash; bien qu&rsquo;aucun optimisme b&eacute;at ne soit de mise &#8211; car il faut compter aussi sur ces millions et ces millions d&rsquo;&ecirc;tres qui ont quitt&eacute; le sacr&eacute; et ses pompes au profit d&rsquo;une &eacute;thique, voire d&rsquo;une spiritualit&eacute;, fond&eacute;es sur un id&eacute;al auquel avec R&eacute;gis Debray nous voulons encore croire.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Mythes, rites, repr&eacute;sentations, le sacr&eacute; vu par R&eacute;gis Debray &nbsp; LE PLUS. Dans son dernier livre, &quot;Jeunesse du sacr&eacute;&quot;, R&eacute;gis Debray s&#39;attache &agrave; analyser la place du sacr&eacute; dans nos soci&eacute;t&eacute;s &agrave; travers l&#39;Histoire, qu&#39;il soit religieux ou non. 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