{"id":4038,"date":"2015-05-26T23:32:32","date_gmt":"2015-05-26T23:32:32","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=4038"},"modified":"2015-05-26T23:55:48","modified_gmt":"2015-05-26T23:55:48","slug":"maimonide-rambam","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/maimonide-rambam\/","title":{"rendered":"Maimonide &#8211; Rambam"},"content":{"rendered":"<p>\n\tMaimonide &#8211; Rambam<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\tMaimonide &#8211; Rambam<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMo&iuml;se ben-Maimoun (c&rsquo;est son v&eacute;ritable nom) est un Juif d&rsquo;Andalousie du XIIe si&egrave;cle . Il naquit &agrave; Cordoue le 30 mars 1135. Fils d&rsquo;un homme instruit, son &eacute;ducation fut lib&eacute;rale. Il eut pour ma&icirc;tre aux &eacute;coles juives un disciple du fameux Avempace (nom d&eacute;figur&eacute; d&rsquo;Ibn-Babja) et fr&eacute;quenta aussi les &eacute;coles arabes, o&ugrave; il trouva pour condisciple un fils de l&rsquo;astronome Geber de S&eacute;ville (Dj&acirc;ber ben-Allah), bien connu des arabisans. &Agrave; peine avait-il treize ans que la conqu&ecirc;te de Cordoue par Abd-el-Moumen, le farouche et fanatique chef de la dynastie des Almohades, d&eacute;cha&icirc;na sur les Juifs et les chr&eacute;tiens d&rsquo;Andalousie la plus terrible pers&eacute;cution. La famille de Ma&iuml;monide courba la t&ecirc;te sous l&rsquo;orage, et pour &eacute;viter la mort ou l&rsquo;exil f&icirc;t profession ext&eacute;rieure de mahom&eacute;tisme. &Eacute;trange effet des violences des hommes, on put pendant dix-sept ans voir agenouill&eacute; dans les mosqu&eacute;es celui qui devait &ecirc;tre le plus grand docteur de la synagogue, le flambeau d&rsquo;Isra&euml;l, la lumi&egrave;re de l&rsquo;Orient et de l&rsquo;Occident, un autre Mo&iuml;se. Toujours en danger &agrave; Cordoue, Ma&iuml;monide chercha un asile plus s&ucirc;r &agrave; Fez, o&ugrave; la l&eacute;gende a gard&eacute; souvenir de son passage, puis &agrave; Saint-Jean-d&rsquo;Acre, puis enfin, apr&egrave;s un pieux et p&eacute;rilleux p&egrave;lerinage &agrave; J&eacute;rusalem, il s&rsquo;&eacute;tablit en &Eacute;gypte, au vieux Caire. C&rsquo;est l&agrave; qu&rsquo;apr&egrave;s trente ans de pers&eacute;cutions et de vicissitudes il devait trouver le repos, et par surcro&icirc;t la fortune, les honneurs et la gloire. Le sultan Saladin venait de renverser le khalifat des Fatimites et d&rsquo;&eacute;tendre sur l&rsquo;&Eacute;gypte une domination g&eacute;n&eacute;reuse. Ma&iuml;monide lui fut d&eacute;sign&eacute; par la grande r&eacute;putation qu&rsquo;il s&rsquo;&eacute;tait faite en quelques ann&eacute;es comme th&eacute;ologien, philosophe et m&eacute;decin. Sur l&rsquo;indication du kadhi Al-F&acirc;dhel, il fut choisi pour m&eacute;decin du sultan et devint un personnage en cr&eacute;dit. On peut voir dans les lettres m&ecirc;mes de Ma&iuml;monide combien son existence fut alors brillante et occup&eacute;e. &laquo; Je te le dirai franchement, &eacute;crit-il &agrave; Samuel Ibn-Tibbon, qui se disposait &agrave; lui faire visite pour jouir de ses entretiens et se pr&eacute;parer &agrave; traduire ses &eacute;crits de l&rsquo;arabe en h&eacute;breu, je ne te conseille pas de t&rsquo;exposer &agrave; cause de moi aux p&eacute;rils de ce voyage, car tout ce que tu pourras obtenir, ce sera de me voir ; mais quant &agrave; en retirer quelque profit pour les sciences ou les arts, ou avoir avec moi ne f&ucirc;t-ce qu&rsquo;une heure de conversation particuli&egrave;re, soit dans le jour, soit dans la nuit, ne l&rsquo;esp&egrave;re pas. Le nombre de mes occupations est immense, comme tu vas le comprendre&hellip; Tous les jours, de grand matin, je me rends au Caire, et lorsqu&rsquo;il n&rsquo;y a rien qui m&rsquo;y retienne, j&rsquo;en pars &agrave; midi pour regagner ma demeure. Rentr&eacute; chez moi, mourant de faim, je trouve toutes mes antichambres remplies de musulmans et d&rsquo;Isra&eacute;lites, de personnages distingu&eacute;s et de gens vulgaires, de juges et de collecteurs d&rsquo;imp&ocirc;ts, d&rsquo;amis et d&rsquo;ennemis qui attendent avidement l&rsquo;instant de mon retour. &Agrave; peine suis-je descendu de cheval et ai-je pris le temps de me laver les mains, selon mon habitude, que je vais saluer avec empressement tous mes h&ocirc;tes et les prier de prendre patience jusqu&rsquo;apr&egrave;s mon d&icirc;ner. Cela ne manque pas un jour. Mon repas termin&eacute;, je commence &agrave; leur donner mes soins et &agrave; leur prescrire des rem&egrave;des. Il y en a que la nuit trouve encore dans ma maison. Souvent m&ecirc;me, Dieu m&rsquo;en est t&eacute;moin, je suis ainsi occup&eacute;, pendant plusieurs heures tr&egrave;s avanc&eacute;es dans la nuit, &agrave; &eacute;couter, &agrave; parler, &agrave; donner des conseils, &agrave; ordonner des m&eacute;dicamens, jusqu&rsquo;&agrave; ce qu&rsquo;il m&rsquo;arrive quelquefois de m&rsquo;endormir par l&rsquo;exc&egrave;s de la fatigue et d&rsquo;&ecirc;tre &eacute;puis&eacute; au point d&rsquo;en perdre la parole. &raquo;<\/p>\n<p>\n\tTant d&rsquo;occupations, de devoirs et d&rsquo;affaires n&rsquo;emp&ecirc;ch&egrave;rent pas Ma&iuml;monide de se recueillir et de travailler &agrave; la composition de ses nombreux ouvrages. Il y en a de trois sortes : d&rsquo;abord des trait&eacute;s de m&eacute;decine, puis des &eacute;crits purement th&eacute;ologiques, parmi lesquels le plus estim&eacute; est la <i>Mischn&eacute;-Torah<\/i>, abr&eacute;g&eacute; du Talmud, enfin des trait&eacute;s o&ugrave; la philosophie et la th&eacute;ologie se combinent, et c&rsquo;est dans cette classe que brille au premier rang <i>le Guide des &Eacute;gar&eacute;s<\/i>, principal titre de l&rsquo;auteur &agrave; l&rsquo;attention de l&rsquo;histoire et &agrave; l&rsquo;estime de la post&eacute;rit&eacute; ; mais on n&rsquo;est pas impun&eacute;ment th&eacute;ologien philosophe, m&ecirc;me quand on est favori du sultan. Ma&iuml;monide fut inqui&eacute;t&eacute; pour la libert&eacute; et la hardiesse de ses opinions. Un th&eacute;ologien musulman, nomm&eacute; Aboul-Arab ben-Mo&iuml;scha, l&rsquo;attaqua sous pr&eacute;texte qu&rsquo;il &eacute;tait retourn&eacute; au juda&iuml;sme apr&egrave;s s&rsquo;&ecirc;tre fait musulman. Le voil&agrave; convaincu d&rsquo;&ecirc;tre un h&eacute;r&eacute;tique relaps, comme aurait dit un juge de notre inquisition. Ma&iuml;monide eut besoin, pour parer le coup, de toute la faveur du sultan et de l&rsquo;adroite intercession de son ministre, le kadhi Al-F&acirc;dhel. Plus tard, un des disciples qu&rsquo;il avait form&eacute;s au Caire ayant soutenu &agrave; Damas que la r&eacute;surrection des morts n&rsquo;est qu&rsquo;un symbole, un orage &eacute;clata dans la synagogue, et, pour ne pas &ecirc;tre excommuni&eacute; par les siens, Ma&iuml;monide fut oblig&eacute; de capituler sur ce point, sauf &agrave; revenir &agrave; sa doctrine par un d&eacute;tour subtil ; mais ce fut apr&egrave;s sa mort, arriv&eacute;e en 1204, que, n&rsquo;&eacute;tant plus contenue par la haute position de Ma&iuml;monide &agrave; la cour, la col&egrave;re des orthodoxes en Isra&euml;l parut dans toute sa violence. Un rabbin de Tol&egrave;de, M&eacute;ir ben-Todros-Halevy, d&eacute;clara que le <i>Mor&eacute; Neboukhim<\/i>, sous pr&eacute;texte de fortifier les racines de la religion, en coupait toutes les branches. De nombreuses communaut&eacute;s, entre autres celles de la Provence et du Languedoc, prononc&egrave;rent contre les &eacute;crits philosophiques de Ma&iuml;monide l&rsquo;anath&egrave;me et la peine du feu. D&rsquo;un autre c&ocirc;t&eacute;, plusieurs communaut&eacute;s se lev&egrave;rent pour le d&eacute;fendre. On s&rsquo;excommunia r&eacute;ciproquement, on ne se fit pas faute d&rsquo;en appeler au bras s&eacute;culier. Ce fut un v&eacute;ritable schisme qui s&rsquo;&eacute;tendit peu &agrave; peu &agrave; toutes les synagogues pendant tout un si&egrave;cle. Au milieu de ces temp&ecirc;tes, la gloire de Ma&iuml;monide a surnag&eacute;. Le temps, en calmant les passions et en dissipant les fum&eacute;es du combat, a fait de plus en plus para&icirc;tre les v&eacute;ritables traits de cette calme et haute physionomie : science, mesure, &eacute;tendue. Peu &agrave; peu ces dons sup&eacute;rieurs ont exerc&eacute; leur influence insinuante et victorieuse, d&rsquo;abord sur les Juifs, bient&ocirc;t sur les musulmans, et jusque sur les chr&eacute;tiens. Les th&eacute;ologiens coptes traduisent les &eacute;crits de Ma&iuml;monide ; les grands docteurs chr&eacute;tiens du XIIIe si&egrave;cle, un Albert le Grand, un saint Thomas d&rsquo;Aquin, les lisent dans des traductions latines et les citent avec respect et admiration. Son nom, partout r&eacute;pandu, reste un glorieux symbole de la hardiesse des id&eacute;es contenue par un grand esprit de mod&eacute;ration et de sagesse.<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;auteur du <i>Guide des &Eacute;gar&eacute;s<\/i>, au d&eacute;but de son ouvrage, en explique l&rsquo;objet &agrave; son cher disciple Rabbi Joseph, fils de R. Jehouda. Cet ouvrage ne s&rsquo;adresse pas au commun des hommes, ni &agrave; de jeunes &eacute;coliers, ni m&ecirc;me &agrave; ces lecteurs d&rsquo;ailleurs &eacute;clair&eacute;s, mais qui ne veulent savoir que l&rsquo;interpr&eacute;tation pratique et traditionnelle de la loi ; il est fait pour des philosophes, pour ces sortes d&rsquo;esprits qui aspirent &agrave; p&eacute;n&eacute;trer le sens le plus &eacute;lev&eacute; des traditions. Ceux-l&agrave; sont souvent ind&eacute;cis et troubl&eacute;s &agrave; cause de l&rsquo;opposition qu&rsquo;ils rencontrent entre la lettre de l&rsquo;&Eacute;criture sainte et les donn&eacute;es de la raison. Faut-il prendre au sens litt&eacute;ral la parole des proph&egrave;tes ? faut-il n&rsquo;y voir que des symboles et des all&eacute;gories ? On ne sait, on h&eacute;site, et l&rsquo;esprit reste en suspens, douloureusement agit&eacute;. Ma&iuml;monide se propose de tirer ces douteurs de leur ind&eacute;cision et de leur perplexit&eacute; ; c&rsquo;est pourquoi il intitule son livre <i>le Guide des &Eacute;gar&eacute;s<\/i>, ou, pour traduire plus exactement le texte <sup class=\"reference\" id=\"cite_ref-7\"><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/La_Philosophie_des_Juifs_%E2%80%93_Ma%C3%AFmonide_et_Spinoza#cite_note-7\">[8]<\/a><\/sup>, <i>le Guide des Ind&eacute;cis, dux perplexorum<\/i>, comme dit l&rsquo;ancienne version latine de 1520.<\/p>\n<p>\n\tVoil&agrave; un grand dessein. Ma&iuml;monide en mesure la hauteur et les p&eacute;rils avec un sentiment profond d&rsquo;inqui&eacute;tude. Aussi se garde-t-il bien d&rsquo;&eacute;taler aux yeux la m&eacute;thode nouvelle dont il est en possession. Cette m&eacute;thode en effet n&rsquo;est pas moins que ce qu&rsquo;on nomme aujourd&rsquo;hui l&rsquo;ex&eacute;g&egrave;se rationnelle, ou plus nettement le rationalisme. Le principe g&eacute;n&eacute;ral de Ma&iuml;monide, c&rsquo;est que la r&eacute;v&eacute;lation ne peut &ecirc;tre en contradiction avec la raison. Tout r&eacute;cit, toute parole qui heurte la raison doivent donc &ecirc;tre ramen&eacute;s par l&rsquo;interpr&eacute;tation &agrave; un sens raisonnable : il faut y voir une hyperbole, une all&eacute;gorie, une figure symbolique, et d&egrave;s lors mettre &agrave; l&rsquo;&eacute;cart la lettre et chercher l&rsquo;esprit ; mais cette raison elle-m&ecirc;me, qui s&rsquo;impose ici en ma&icirc;tresse de l&rsquo;interpr&eacute;tation et donne des r&egrave;gles &agrave; la foi, sera-ce la raison de l&rsquo;ignorant, de l&rsquo;homme frivole, du premier venu ? Non, ce sera la raison guid&eacute;e par la science, soutenue par la droiture du c&oelig;ur et la puret&eacute; de la vie, la raison des sages ; or parmi ces sages &raquo; Ma&iuml;monide donne un rang tout &agrave; fait &agrave; part &agrave; Aristote.<\/p>\n<p>\n\tCette pr&eacute;dilection veut &ecirc;tre expliqu&eacute;e. Ma&iuml;monide a &eacute;tudi&eacute; la philosophie &agrave; l&rsquo;&eacute;cole des Arabes. Son ma&icirc;tre le plus v&eacute;n&eacute;r&eacute;, c&rsquo;a &eacute;t&eacute;, non pas Ibn-Rosch (Averro&euml;s), comme on l&rsquo;a faussement cru jusqu&rsquo;&agrave; ces derniers temps, mais Ibn-Sina (Avicenne). Or Avicenne et les Arabes, quand ils s&rsquo;initi&egrave;rent aux &eacute;tudes philosophiques, trouv&egrave;rent &eacute;tablie dans le monde ancien, m&ecirc;me &agrave; Alexandrie, l&rsquo;autorit&eacute; d&rsquo;Aristote, qui avait pr&eacute;valu peu &agrave; peu sur celle de Platon et absorb&eacute; en elle toute l&rsquo;ancienne philosophie de la Gr&egrave;ce. La science se r&eacute;duisait alors &agrave; commenter les &eacute;crits du Stagyrite. Les Arabes ne connurent gu&egrave;re Aristote que par les commentaires de Th&eacute;mistius, de Philopon, de Simplicius, d&rsquo;Alexandre d&rsquo;Aphrodise, et ils ne furent eux-m&ecirc;mes que des commentateurs. Ainsi se pr&eacute;parait par les Arabes, et bient&ocirc;t par les Juifs, la domination presque absolue qu&rsquo;Aristote a exerc&eacute;e sur l&rsquo;&eacute;ducation de la pens&eacute;e moderne. Ma&iuml;monide est un des hommes qui ont le plus contribu&eacute; &agrave; cette royaut&eacute; de l&rsquo;id&eacute;e p&eacute;ripat&eacute;ticienne. Aristote est pour lui le sage par excellence, le philosophe accompli, l&rsquo;organe presque infaillible de la raison. Interpr&eacute;ter la Bible selon la raison, c&rsquo;est donc l&rsquo;interpr&eacute;ter au sens d&rsquo;Aristote. &Agrave; ce point de vue, le probl&egrave;me d&rsquo;ex&eacute;g&egrave;se que Ma&iuml;monide s&rsquo;&eacute;tait pos&eacute; s&rsquo;identifie avec celui qu&rsquo;essay&egrave;rent de r&eacute;soudre. un si&egrave;cle plus tard tous les grands docteurs du christianisme, je veux dire la conciliation de la sagesse divine, repr&eacute;sent&eacute;e par la Bible, avec la sagesse humaine, incarn&eacute;e dans Aristote. Ma&iuml;monide est le pr&eacute;curseur de saint Thomas d&rsquo;Aquin, et le <i>More Neboukhim<\/i> annonce et pr&eacute;pare la <i>Summa theologi&oelig;<\/i>.<\/p>\n<p>\n\tLa diff&eacute;rence est grande toutefois dans les proc&eacute;d&eacute;s. Au lieu de cette d&eacute;marche solennelle du docteur ang&eacute;lique allant chercher ses pr&eacute;misses au plus haut du ciel et de l&agrave; descendant par degr&eacute;s sur terre et d&eacute;roulant la cha&icirc;ne de ses cons&eacute;quences, le philosophe de la synagogue, plus hardi au fond, mais discret et modeste en ses allures, commence humblement par des remarques de d&eacute;tail sur quelques versets de la Bible. Saint Thomas d&eacute;ploie et impose sa doctrine ; Ma&iuml;monide laisse deviner la sienne et doucement l&rsquo;insinue.<\/p>\n<p>\n\tOuvrez la Bible. Vous trouverez aux premiers versets de la <i>Gen&egrave;se<\/i> ces mots remarquables : &laquo; Faisons l&rsquo;homme &agrave; notre image et &agrave; notre ressemblance. &raquo; (<i>Gen&egrave;se<\/i>, I, 26.) Que signifie cette parole ? Prendrons-nous le mot image au sens litt&eacute;ral ? &Eacute;videmment c&rsquo;est impossible. Se repr&eacute;senter Dieu par une image, c&rsquo;est lui donner un corps, c&rsquo;est l&rsquo;humaniser. Dieu est l&rsquo;acte pur de la pens&eacute;e, l&rsquo;invisible et immat&eacute;rielle intelligence. Voil&agrave; ce que dit la raison, et il est &eacute;crit dans la Bible m&ecirc;me : &laquo; Tu ne feras pas d&rsquo;image de l&rsquo;&Eacute;ternel. &raquo; Aristote et Mo&iuml;se sont ici d&rsquo;accord. Que faut-il conclure de l&agrave; ? Qu&rsquo;il y a beaucoup de m&eacute;taphores dans l&rsquo;&Eacute;criture et beaucoup de mots qui ont un double sens. Le mot image (en h&eacute;breu <i>celem<\/i>) veut dire <i>forme ext&eacute;rieure<\/i>, mais il veut dire aussi forme sp&eacute;cifique. Il faut rejeter le premier sens et s&rsquo;attacher au second. Au lieu de mat&eacute;rialiser Dieu, on se souviendra que Dieu, c&rsquo;est la raison m&ecirc;me, et comme la raison est la forme sp&eacute;cifique de l&rsquo;homme ; on comprendra que c&rsquo;est en tant que raisonnable que l&rsquo;homme ressemble &agrave; Dieu, d&rsquo;o&ugrave; il suit qu&rsquo;&agrave; mesure qu&rsquo;il cultive mieux sa raison, il se rapproche davantage du divin mod&egrave;le.<\/p>\n<p>\n\tMa&iuml;monide poursuit cette ex&eacute;g&egrave;se hardie et profonde sous son apparente simplicit&eacute;. Il se demande ce qu&rsquo;il faut entendre par ces mots de la Bible : &laquo; Dieu bit que c&rsquo;&eacute;tait bien ; &raquo; (<i>Gen&egrave;se<\/i>, I, <i>passim<\/i>.) &mdash; &laquo; Ainsi a dit l&rsquo;&Eacute;ternel : le ciel est <i>mon tr&ocirc;ne<\/i>. &raquo; (<i>Isaie<\/i>, LXVI, 1.) &mdash; &laquo; Et l&rsquo;&Eacute;ternel <i>descendit<\/i> sur, le mont Sina&iuml;. &raquo; (<i>Exode<\/i>, XIX, 20.) &mdash; &laquo; Et Dieu <i>remonta<\/i> au-dessus d&rsquo;Abraham. &raquo; (<i>G&eacute;n&egrave;se<\/i>, XVII, 22.) &mdash; &laquo; Maintenant <i>je serai debout<\/i>, &raquo; dit l&rsquo;&Eacute;ternel. (<i>Psaumes<\/i>, XII, 6.) &mdash; Peut-on croire que Dieu ait des organes mat&eacute;riels, des yeux, des mains, qu&rsquo;il soit assis sur un tr&ocirc;ne d&rsquo;o&ugrave; il descend et o&ugrave; il remonte ? Ce sont l&agrave; des expressions manifestement all&eacute;goriques. Et la Bible elle-m&ecirc;me nous pr&eacute;munit contre une interpr&eacute;tation grossi&egrave;re quand elle dit : &laquo; Et par les proph&egrave;tes je fais des similitudes &raquo; (<i>Hos<\/i>., XII, 11), ou encore quand elle vante la parole des sages et leurs &eacute;nigmes. (<i>Prov<\/i>., I, 6), et quand elle appelle les proph&egrave;tes des <i>faiseurs d&rsquo;all&eacute;gories<\/i>. (<i>&Eacute;z&eacute;chiel<\/i>, XXI, 5.) Les organes corporels attribu&eacute;s &agrave; Dieu par la Bible indiquent donc des perfections spirituelles ; les instrumens de locomotion signifient que Dieu est la vie, dont le mouvement est le symbole ; les instrumens de sensation, qu&rsquo;il est la pens&eacute;e, forme supr&ecirc;me de la sensibilit&eacute; ; enfin les organes d&rsquo;expression, qu&rsquo;il est la parole, c&rsquo;est-&agrave;-dire qu&rsquo;il communique l&rsquo;intelligence.<\/p>\n<p>\n\tTandis que Ma&iuml;monide semble se complaire et s&rsquo;&eacute;garer dans cette ex&eacute;g&egrave;se un peu minutieuse, on ne tarde pas &agrave; voir se dessiner par degr&eacute;s sous sa main prudente et discr&egrave;te toute une th&eacute;orie m&eacute;taphysique, qui tant&ocirc;t se d&eacute;couvre et tant&ocirc;t se voil&eacute;, mais qui est &eacute;videmment tr&egrave;s arr&ecirc;t&eacute;e d&rsquo;avance dans son esprit et appuy&eacute;e sur une r&eacute;flexion profonde. C&rsquo;est la th&eacute;orie de l&rsquo;indivisibilit&eacute; absolue de Dieu.<\/p>\n<p>\n\tSi Ma&iuml;monide se bornait &agrave; opposer aux symboles de l&rsquo;imagination l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;un Dieu immat&eacute;riel et infini, il n&rsquo;y aurait rien l&agrave; de tr&egrave;s original ; mais il a d&rsquo;autres vues. Il pr&eacute;tend nous amener &agrave; reconna&icirc;tre que Dieu est un, d&rsquo;une unit&eacute; absolue et ind&eacute;composable, ce qu&rsquo;il exprime en d&eacute;clarant que Dieu n&rsquo;a point d&rsquo;attributs. La port&eacute;e de cette doctrine est consid&eacute;rable. Que Dieu soit infini et par suite ind&eacute;finissable, que sa nature immense ne puisse &ecirc;tre resserr&eacute;e dans les limites d&rsquo;une d&eacute;termination pr&eacute;cis&eacute;, que toute &eacute;num&eacute;ration de ses attributs reste infiniment au-dessous de ses perfections innombrables, ce sont l&agrave; des opinions tr&egrave;s philosophiques, et dont Ma&iuml;monide fait ressortir &agrave; merveille la v&eacute;rit&eacute; par un r&eacute;cit ing&eacute;nieux tir&eacute; du Talmud <sup class=\"reference\" id=\"cite_ref-8\"><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/La_Philosophie_des_Juifs_%E2%80%93_Ma%C3%AFmonide_et_Spinoza#cite_note-8\">[9]<\/a><\/sup> : &laquo; Quelqu&rsquo;un, venu en pr&eacute;sence de rabbi Han&icirc;n&acirc;, s&rsquo;exprima ainsi en faisant sa pri&egrave;re : O Dieu grand, puissant, redoutable, magnifique, fort, craint, imposant&hellip; Le rabbi lui dit en l&rsquo;interrompant : As-tu achev&eacute; toutes les louanges de ton Seigneur ? Certes, m&ecirc;me les trois premiers attributs, si Mo&iuml;se ne les avait pas &eacute;nonc&eacute;s dans la loi et que les hommes du <i>grand synode<\/i> ne fussent pas venus les fixer dans la pri&egrave;re, nous n&rsquo;oserions pas les prononcer. Et toi, tu en prononces un si grand nombre ! Pour faire une comparaison, un roi mortel par exemple qui poss&eacute;derait des millions de pi&egrave;ces d&rsquo;or, et qu&rsquo;on vanterait pour poss&eacute;der des pi&egrave;ces d&rsquo;argent, ne serait-ce pas une offense pour lui ? &raquo;<\/p>\n<p>\n\tMa&iuml;monide fait remarquer subtilement et finement que l&rsquo;offense consiste ici, non pas &agrave; rester au-dessous du nombre des pi&egrave;ces, mais &agrave; substituer l&rsquo;argent &agrave; l&rsquo;or, ce qui signifie qu&rsquo;entre Dieu et la cr&eacute;ature il n&rsquo;y a pas une simple diff&eacute;rence de degr&eacute;s, de plus et de moins, mais une diff&eacute;rence de nature et d&rsquo;essence. Or, s&rsquo;il en est ainsi, il ne faut pas dire que Dieu se distingue de la cr&eacute;ature par un plus grand nombre d&rsquo;attributs ; il faut dire que Dieu n&rsquo;a point d&rsquo;attributs. Qu&rsquo;est-ce en effet qu&rsquo;un attribut ? C&rsquo;est quelque chose qu&rsquo;on ajoute &agrave; l&rsquo;essence d&rsquo;un sujet ; mais il est absurde d&rsquo;ajouter quelque chose &agrave; l&rsquo;essence infinie de Dieu. Ou bien c&rsquo;est une simple d&eacute;finition du sujet ; mais d&eacute;finir un sujet, c&rsquo;est le rapporter &agrave; un genre et &agrave; une esp&egrave;ce. Or Dieu, &eacute;tant seul de son genre et de son esp&egrave;ce, se d&eacute;robe &agrave; toute d&eacute;finition. Ou bien enfin c&rsquo;est une d&eacute;termination d&rsquo;un sujet, c&rsquo;est-&agrave;-dire l&rsquo;assignation d&rsquo;un mode particulier d&rsquo;existence ; mais alors donner des attributs &agrave; Dieu, c&rsquo;est le d&eacute;terminer, le limiter, c&rsquo;est transporter en lui les limitations et les modes de la cr&eacute;ature : c&rsquo;est donc diviser son essence et la d&eacute;grader.<\/p>\n<p>\n\tToutefois ne fera-t-on pas exception pour quatre attributs qui paraissent n&rsquo;avoir rien d&rsquo;incompatible avec l&rsquo;essence divine : la vie, la puissance, la science et la volont&eacute; ? Erreur ! C&rsquo;est dans notre &ecirc;tre in&eacute;gal et compos&eacute; que la vie et la pens&eacute;e, que le savoir et le pouvoir se divisent. En Dieu, tout cela est un. Quel rapport d&rsquo;ailleurs entre notre science et celle de Dieu ? Ceux qui veulent obstin&eacute;ment attribuer &agrave; Dieu la pens&eacute;e sont oblig&eacute;s d&rsquo;ajouter qu&rsquo;il ne pense pas comme l&rsquo;homme, qu&rsquo;il ne raisonne pas, qu&rsquo;il ne se souvient pas. Alors &agrave; quoi bon employer le m&ecirc;me mot, pour d&eacute;signer des choses radicalement diff&eacute;rentes ? A quoi bon dire de Dieu qu&rsquo;il poss&egrave;de la volont&eacute; et la f&eacute;licit&eacute; pour se d&eacute;dire aussit&ocirc;t apr&egrave;s en d&eacute;clarant qu&rsquo;il ne conna&icirc;t ni l&rsquo;esp&eacute;rance, ni la crainte, ni la tristesse, ni la joie, en d&rsquo;autres termes que sa mani&egrave;re d&rsquo;&ecirc;tre n&rsquo;a aucun rapport avec la n&ocirc;tre ? Il vaut mieux convenir que nous savons ce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas ; non ce qu&rsquo;il est ; Mais quoi ! s&rsquo;il y a du p&eacute;ril &agrave; dire de Dieu qu&rsquo;il a la sagesse, la puissance, la libert&eacute;, ne pourrons-nous pas dire au moins qu&rsquo;il est, qu&rsquo;il est un, qu&rsquo;il poss&egrave;de l&rsquo;&ecirc;tre et l&rsquo;unit&eacute; ? Non. Dieu sans doute est l&rsquo;&ecirc;tre des &ecirc;tres, et il dit de lui-m&ecirc;me &agrave; Mo&iuml;se : <i>Ehy&eacute; ascher ehy&eacute; (ego sum qui sum<\/i>) ; mais l&rsquo;&ecirc;tre de Dieu n&rsquo;a aucune proportion, aucune analogie avec l&rsquo;&ecirc;tre des cr&eacute;atures. Ma&iuml;monide en donne une raison tr&egrave;s remarquable, c&rsquo;est que dans la cr&eacute;ature, qui commence d&rsquo;&ecirc;tre et qui peut finir, l&rsquo;existence est quelque chose de fortuit et d&rsquo;accidentel, tandis qu&rsquo;en Dieu l&rsquo;existence est n&eacute;cessaire ; elle ne fait qu&rsquo;un avec l&rsquo;essence. Et quant &agrave; l&rsquo;unit&eacute;, on peut dire assur&eacute;ment et m&ecirc;me on ne saurait trop dire que Dieu est un ; mais il faut s&rsquo;entendre. Les paroles, les formules ne sont qu&rsquo;un vain bruit, si on ne p&eacute;n&egrave;tre pas au-dessous. L&rsquo;unit&eacute; dans les cr&eacute;atures est toujours jointe &agrave; la multiplicit&eacute;. Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;unit&eacute; pure et absolue &raquo; c&rsquo;est l&rsquo;unit&eacute; multiple, l&rsquo;unit&eacute; qui se divise et se d&eacute;ploie comme notre intelligence par exemple, qui s&rsquo;&eacute;panouit en images et en id&eacute;es, ou comme le soleil qui rayonne et resplendit. Toutes ces analogies sont fausses quand on les applique &agrave; Dieu. L&rsquo;unit&eacute; de Dieu ne souffre aucune division. C&rsquo;est une unit&eacute; concentr&eacute;e et ramass&eacute;e en soi. Ce qui &eacute;mane d&rsquo;elle au dehors, ce n&rsquo;est plus elle-m&ecirc;me, ce sont des &ecirc;tres sans analogie et sans proportion avec elle, des &ecirc;tres contingens, divisibles, p&eacute;rissables. Par cons&eacute;quent on est dupe d&rsquo;une m&eacute;taphore trompeuse quand on dit que Dieu poss&egrave;de l&rsquo;unit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\tMais si Dieu n&rsquo;a point d&rsquo;attributs, comment le saisir ? S&rsquo;il &eacute;chappe par sa simplicit&eacute; absolue &agrave; toutes les prises de la pens&eacute;e humaine, comment &eacute;lever vers lui notre esprit et notre c&oelig;ur ? Le moyen m&ecirc;me d&rsquo;invoquer son nom, si tout nom donn&eacute; &agrave; Dieu couvre une injure et un blasph&egrave;me ? Il est vrai, dit Ma&iuml;monide, Dieu est ineffable et le seul moyen de l&rsquo;adorer, c&rsquo;est le silence. &laquo; Pour toi, dit l&rsquo;&Eacute;criture, le silence est la louange. &raquo; (<i>Psaumes<\/i>, LV, 2.) Et encore : &laquo; Pensez dans votre c&oelig;ur, sur votre couche, et demeurez silencieux. &raquo; (IV, 5.) C&rsquo;est pourquoi le nom de Dieu chez les Juifs ne devait &ecirc;tre prononc&eacute; que dans le sanctuaire, par les pr&ecirc;tres <i>sanctifi&eacute;s &agrave; l&rsquo;Eternel<\/i> et par le grand-pr&ecirc;tre au jour des expiations. Hors du sanctuaire, on y substituait le nom d&rsquo;Adona&iuml; (<i>le Seigneur<\/i>) ; mais <i>Adonai<\/i> comme <i>Elohim<\/i>, ce sont des noms communs qui d&eacute;signent l&rsquo;action de Dieu hors de lui-m&ecirc;me et non son essence. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;un nom qui soit ce que l&rsquo;&Eacute;criture appelle le <i>nom particulier<\/i> de Dieu. N&rsquo;en cherchez point l&rsquo;&eacute;tymologie ; il n&rsquo;a aucun rapport avec les autres noms. Ce nom myst&eacute;rieux, ce nom redoutable, Ma&iuml;monide n&rsquo;ose pas le prof&eacute;rer. Il se borne &agrave; en &eacute;peler les quatre lettres sacr&eacute;es <i>yod, h&eacute;, w&acirc;u, h&eacute;<\/i> (J&eacute;hovah). C&rsquo;est l&agrave; le nom t&eacute;tragrammatique, le <i>schem ha-mephorash<\/i> (c&rsquo;est-&agrave;-dire le nom de Dieu distinctement articul&eacute;). Ma&iuml;monide nous apprend que la plupart des Juifs &eacute;taient hors d&rsquo;&eacute;tat de le prononcer. Les hommes instruits ne l&rsquo;enseignaient qu&rsquo;au disciple d&rsquo;&eacute;lite une fois par semaine. Ma&iuml;monide conjecture avec sa finesse habituelle qu&rsquo;on ne se bornait pas &agrave; une le&ccedil;on de prononciation, mais qu&rsquo;on expliquait aussi au disciple le myst&egrave;re sacr&eacute; de l&rsquo;ineffabilit&eacute; divine.<\/p>\n<p>\n\tParmi ces raffinemens, qui dans leur subtilit&eacute; scientifique touchent &agrave; la superstition, on trouve chez Ma&iuml;monide un profond sentiment de l&rsquo;infinit&eacute; divine, myst&egrave;re immense qui plane comme un &eacute;pais nuage sur l&rsquo;intelligence humaine, assombrit tous nos horizons, et, jetant ses t&eacute;n&egrave;bres sur l&rsquo;origine et sur la fin de notre existence d&rsquo;un jour, enveloppe la vie humaine d&rsquo;obscurit&eacute;. Aussi n&rsquo;est-ce point sans &eacute;motion et sans sympathie qu&rsquo;au milieu d&rsquo;un d&eacute;dale de distinctions subtiles et d&rsquo;arides abstractions on entend la voix &eacute;mue du raisonneur s&rsquo;&eacute;crier : &laquo; Louange &agrave; celui qui est tellement &eacute;lev&eacute; que lorsque nos intelligences contemplent son essence, leur compr&eacute;hension se change en incapacit&eacute;, et lorsqu&rsquo;elles examinent comment ses actions r&eacute;sultent de sa volont&eacute;, elles se changent en ignorance, et lorsque les langues veulent le glorifier par des attributs, toute &eacute;loquence devient un balbutiement <sup class=\"reference\" id=\"cite_ref-9\"><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/La_Philosophie_des_Juifs_%E2%80%93_Ma%C3%AFmonide_et_Spinoza#cite_note-9\">[10]<\/a><\/sup> ! &raquo;<\/p>\n<p>\n\tCette doctrine du Dieu sans attributs, du Dieu indivisible et ineffable, qui l&rsquo;a inspir&eacute;e ou enseign&eacute;e &agrave; Ma&iuml;monide ? Vient-elle de la Bible ? et dans la Bible, est-ce de l&rsquo;Ancien Testament ou du Nouveau ? Et si elle n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; puis&eacute;e aux sources sacr&eacute;es, vient-elle de la sagesse profane ? est-elle d&rsquo;Aristote ? Il est tr&egrave;s clair d&rsquo;abord que cette th&eacute;orie est contraire &agrave; la lettre et &agrave; l&rsquo;esprit du christianisme. Pour n&rsquo;en donner qu&rsquo;une preuve, quoi de plus anti-chr&eacute;tien que d&rsquo;&eacute;tablir entre Dieu et l&rsquo;homme un ab&icirc;me infranchissable ? Le dogme essentiel du christianisme, c&rsquo;est l&rsquo;union intime de Dieu avec l&rsquo;humanit&eacute; par l&rsquo;incarnation. Le Dieu des chr&eacute;tiens est parfait et infini sans doute, et son incarnation dans l&rsquo;homme est un myst&egrave;re ; mais enfin, s&rsquo;il n&rsquo;y avait entre cet &ecirc;tre sublime et sa cr&eacute;ature imparfaite et finie aucun rapport, aucune analogie, le dogme de l&rsquo;homme-Dieu ne serait plus un myst&egrave;re, mais une flagrante absurdit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\tAu surplus, Ma&iuml;monide est Juif, Juif d&rsquo;esprit comme de race, et personne ne sait mieux que lui que sa th&eacute;orie du Dieu indivisible est diam&eacute;tralement contraire au dogme chr&eacute;tien. Dans un passage tr&egrave;s remarquable du <i>Guide des Egar&eacute;s<\/i>, il parle de ceux qui, proclamant de bouche l&rsquo;unit&eacute; de Dieu, la nient au fond du c&oelig;ur, ou du moins qui, l&rsquo;acceptant et la niant tour &agrave; tour, tombent dans une contradiction manifeste. &laquo; Celui, dit-il <sup class=\"reference\" id=\"cite_ref-10\"><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/La_Philosophie_des_Juifs_%E2%80%93_Ma%C3%AFmonide_et_Spinoza#cite_note-10\">[11]<\/a><\/sup>, qui croirait que Dieu est un, et en m&ecirc;me temps qu&rsquo;il poss&egrave;de de nombreux attributs, exprimerait bien par sa parole qu&rsquo;il est un, mais dans sa pens&eacute;e il le croirait multiple. Cela ressemblerait &agrave; ce que disent les chr&eacute;tiens : &laquo; Il est un, cependant il est <i>trois<\/i>, et les trois sont un. &raquo; Voil&agrave; le dogme de la sainte Trinit&eacute; tourn&eacute; en d&eacute;rision. On dira : Quoi de plus simple ? C&rsquo;est un Juif qui parle ; il proteste au nom de l&rsquo;ancienne loi contre les nouveaut&eacute;s chr&eacute;tiennes. Soit, j&rsquo;entends cela ; mais la question n&rsquo;est pas si simple qu&rsquo;elle peut le para&icirc;tre, car, si le dogme de la sainte Trinit&eacute; ne se trouve pas sous une forme explicite dans l&rsquo;Ancien Testament, il faut accorder au moins aux p&egrave;res et aux docteurs de l&rsquo;&eacute;glise chr&eacute;tienne qu&rsquo;il y est contenu en germe. Qu&rsquo;est-ce en effet que ce principe que la Bible appelle l&rsquo;<i>habitation de Dieu, ou, comme traduisent les Septante,<\/i> la gloire de Dieu<i>, &eacute;manation myst&eacute;rieuse qui sans doute n&rsquo;est pas encore s&eacute;par&eacute;e du premier principe, mais qui tend de plus en plus &agrave; s&rsquo;en distinguer, &agrave; prendre un caract&egrave;re et une physionomie propres, &agrave; se personnifier enfin sous le nom de<\/i> sagesse <i>dans les livres de Salomon ? Cette<\/i> sagesse <i>est le m&eacute;diateur par lequel Dieu a tout fait et conserve tout <sup class=\"reference\" id=\"cite_ref-11\"><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/La_Philosophie_des_Juifs_%E2%80%93_Ma%C3%AFmonide_et_Spinoza#cite_note-11\">[12]<\/a><\/sup>, c&rsquo;est le souffle qui sort de la bouche de Dieu <sup class=\"reference\" id=\"cite_ref-12\"><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/La_Philosophie_des_Juifs_%E2%80%93_Ma%C3%AFmonide_et_Spinoza#cite_note-12\">[13]<\/a><\/sup>, c&rsquo;est l&rsquo;arbre de vie <sup class=\"reference\" id=\"cite_ref-13\"><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/La_Philosophie_des_Juifs_%E2%80%93_Ma%C3%AFmonide_et_Spinoza#cite_note-13\">[14]<\/a><\/sup>, en un mot c&rsquo;est d&eacute;j&agrave; presque le Verbe cr&eacute;ateur du christianisme.<\/i><\/p>\n<p>\n\tQuelque parti qu&rsquo;on prenne sur cette question d&eacute;licate, il y a certainement un point commun entre l&rsquo;ancienne loi et la nouvelle : c&rsquo;est que, dans l&rsquo;une et dans l&rsquo;autre, Dieu n&rsquo;est point con&ccedil;u comme une unit&eacute; morte, ind&eacute;termin&eacute;e, envelopp&eacute;e, ensevelie en soi, mais comme une unit&eacute; vivante, comme un libre cr&eacute;ateur, comme une providence bienfaisante. C&rsquo;est l&agrave; le grand caract&egrave;re qui distinguera th&eacute;odic&eacute;e juive des mystiques conceptions de l&rsquo;extr&ecirc;me Orient, et ce sentiment d&rsquo;un Dieu personnel et vivant est pass&eacute; de la tradition d&rsquo;Isra&euml;l dans les dogmes du christianisme.<\/p>\n<p>\n\tSerait-ce donc l&rsquo;autorit&eacute; d&rsquo;Aristote qui aurait pr&eacute;valu dans l&rsquo;esprit de Ma&iuml;monide sur le sentiment juif ? Pas le moins du monde. Cette conception du Dieu un et indivisible, il n&rsquo;y en a aucune trace chez Aristote. Ouvrez le douzi&egrave;me livre de la <i>M&eacute;taphysique<\/i>. Dieu y est d&eacute;fini : l&rsquo;Intelligence ou la Pens&eacute;e (N\u03cc&eta;&sigma;&sigmaf;), non la pens&eacute;e virtuelle et ind&eacute;termin&eacute;e, mais la pens&eacute;e en acte, la pens&eacute;e qui a pleine conscience de soi et se pense soi-m&ecirc;me &eacute;ternellement, en un mot la pens&eacute;e de la pens&eacute;e. Quoi de plus contraire &agrave; cette unit&eacute; ind&eacute;composable, &agrave; ce principe myst&eacute;rieux, imp&eacute;n&eacute;trable, enferm&eacute; en soi, sans analogie avec le reste des &ecirc;tres ? La pens&eacute;e est partout r&eacute;pandue dans l&rsquo;univers ; elle y appara&icirc;t en traits de plus en plus sensibles &agrave; mesure que l&rsquo;on s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve de degr&eacute; en degr&eacute;, de r&egrave;gne en r&egrave;gne. D&eacute;j&agrave;, dans la vie organique, elle jette ses premi&egrave;res lueurs ; peu &agrave; peu elle se d&eacute;ploie, elle rayonne, et parvient enfin dans l&rsquo;homme &agrave; son plus haut degr&eacute; d&rsquo;&eacute;panouissement et de clart&eacute;, &agrave; la conscience et &agrave; la possession d&rsquo;elle-m&ecirc;me. Mais la pens&eacute;e humaine, si pure qu&rsquo;elle soit, est pleine de mis&egrave;res ; elle a ses &eacute;clipses, signes d&rsquo;une nature imparfaite qui d&eacute;pend d&rsquo;un plus haut principe. En effet, cette vie sublime de la pens&eacute;e, dont nous ne jouissons que par &eacute;clairs, Dieu la poss&egrave;de &eacute;ternellement. La pens&eacute;e est son essence ; elle fait sa vie et sa f&eacute;licit&eacute;. Dieu, dit Aristote, est un <i>vivant<\/i> &eacute;ternel et parfait <sup class=\"reference\" id=\"cite_ref-14\"><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/La_Philosophie_des_Juifs_%E2%80%93_Ma%C3%AFmonide_et_Spinoza#cite_note-14\">[15]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>\n\tCe n&rsquo;est point dans une telle th&eacute;odic&eacute;e, &agrave; la fois si sens&eacute;e et si haute, que Ma&iuml;monide a pu trouver l&rsquo;&eacute;trange doctrine d&rsquo;un Dieu abstrait et ind&eacute;termin&eacute; ; mais, s&rsquo;il ne la tient ni de la Bible ni d&rsquo;Aristote, o&ugrave; donc l&rsquo;a-t-il trouv&eacute;e ? Ce probl&egrave;me n&rsquo;a rien d&rsquo;insoluble. Il suff&icirc;t pour trouver le mot de l&rsquo;&eacute;nigme de rappeler comment s&rsquo;est faite l&rsquo;&eacute;ducation philosophique de Ma&iuml;monide. Il n&rsquo;a pas pratiqu&eacute; directement Aristote ; il l&rsquo;a connu par l&rsquo;interm&eacute;diaire des Arabes, d&rsquo;Avicenne surtout. Or l&rsquo;Aristote d&rsquo;Avicenne et des Arabes n&rsquo;est pas l&rsquo;Aristote pur : c&rsquo;est un Aristote alt&eacute;r&eacute; par les commentaires n&eacute;oplatoniciens, c&rsquo;est l&rsquo;Aristote d&rsquo;Alexandrie. En d&eacute;finitive, la th&eacute;orie du Dieu sans attributs n&rsquo;est rien autre chose que la pure doctrine de Plotin <sup class=\"reference\" id=\"cite_ref-15\"><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/La_Philosophie_des_Juifs_%E2%80%93_Ma%C3%AFmonide_et_Spinoza#cite_note-15\">[16]<\/a><\/sup>).<\/p>\n<p>\n\tIl est si vrai que cette doctrine r&eacute;pugne tout ensemble &agrave; l&rsquo;esprit de la philosophie d&rsquo;Aristote et au vrai sens de la Bible que Ma&iuml;monide, apr&egrave;s l&rsquo;avoir accept&eacute;e des mains d&rsquo;Avicenne, fait tout au monde pour l&rsquo;adoucir. Sa ferme raison, sa foi d&rsquo;Isra&eacute;lite se r&eacute;voltent contre un p&eacute;ripat&eacute;tisme corrompu, dont les cons&eacute;quences l&rsquo;&eacute;pouvantent sans qu&rsquo;il ose en r&eacute;pudier le principe. Que fait-il ? Il s&rsquo;&eacute;chappe par un d&eacute;tour. Il imagine un biais pour restituer &agrave; la Divinit&eacute; les attributs qu&rsquo;il vient de lui ravir, et voici comment : &laquo; Je maintiens, dit-il, que supposer en Dieu des attributs, c&rsquo;est alt&eacute;rer la simplicit&eacute; de son essence ind&eacute;composable ; mais j&rsquo;entends par attributs ces d&eacute;terminations positives par o&ugrave; l&rsquo;on s&rsquo;imagine caract&eacute;riser et enrichir la nature de Dieu. Que s&rsquo;il s&rsquo;agit de d&eacute;terminations non plus positives &raquo; mais n&eacute;gatives, il en va tout autrement, car autant nous ignorons ce que Dieu est, autant nous savons de science certaine et nous pouvons dire ce que Dieu n&rsquo;est pas. Ainsi Dieu n&rsquo;est pas multiple ; il n&rsquo;est pas divisible ; il n&rsquo;est ni dans le temps, ni dans l&rsquo;espace. Rien de plus l&eacute;gitim&eacute; que ces attributs n&eacute;gatifs, et on ne saurait trop les multiplier ; car plus vous les multipliez, plus vous distinguez la Divinit&eacute; de tout ce qui n&rsquo;est pas elle, plus vous apprenez &agrave; concevoir son essence comme pure, simple et incompr&eacute;hensible. Or, s&rsquo;il en est ainsi, nous avons parfaitement le droit de dire que Dieu n&rsquo;est jamais injuste, jamais ignorant, jamais impr&eacute;voyant et aveugle, qu&rsquo;il est pur de toute malice, de tout mensonge, de toute erreur. Et si c&rsquo;est dans ce sens qu&rsquo;on lui attribue la science, la justice, la bont&eacute;, la libert&eacute;, la conscience, il n&rsquo;y a rien l&agrave; que de tr&egrave;s conforme &agrave; la raison et &agrave; la foi. &raquo; On sourira peut-&ecirc;tre de cet artifice de raisonnement ; mais il faut savoir gr&eacute; &agrave; Ma&iuml;monide d&rsquo;avoir retrouv&eacute;, m&ecirc;me au prix d&rsquo;un peu de subtilit&eacute; et d&rsquo;incons&eacute;quence, ces attributs d&rsquo;intelligence, de justice et de libert&eacute; qui constituent la personnalit&eacute; divine, et sans lesquels Dieu n&rsquo;est plus qu&rsquo;une vaine et morte abstraction.<\/p>\n<p>\n\tM&ecirc;me bon sens, m&ecirc;me &eacute;tendue d&rsquo;esprit, non pas peut-&ecirc;tre aussi sans quelque d&eacute;faut de cons&eacute;quence logique, dans une autre th&eacute;orie de Ma&iuml;monide qui vient, comme la pr&eacute;c&eacute;dente, d&rsquo;une origine alexandrine, th&eacute;orie &eacute;trange qu&rsquo;il faut bien appeler par son nom traditionnel et scolastique, la th&eacute;orie de l&rsquo;<i>Intelligence active<\/i>. Sur la foi de ses ma&icirc;tres arabes, Ma&iuml;monide admet qu&rsquo;entre Dieu et l&rsquo;homme, la plus parfaite des cr&eacute;atures sublunaires, il existe un certain nombre d&rsquo;&ecirc;tres interm&eacute;diaires : ce sont d&rsquo;abord les &acirc;mes des sph&egrave;res c&eacute;lestes ; ce sont aussi des intelligences s&eacute;par&eacute;es, libres de toute alliance avec le corps. Parmi ces &ecirc;tres sup&eacute;rieurs, il faut placer une certaine intelligence, dite Intelligence active (<i>Intellctus agens<\/i>), dont le r&ocirc;le consiste &agrave; mettre en activit&eacute; les intelligences des hommes <sup class=\"reference\" id=\"cite_ref-16\"><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/La_Philosophie_des_Juifs_%E2%80%93_Ma%C3%AFmonide_et_Spinoza#cite_note-16\">[17]<\/a><\/sup>. Nos facult&eacute;s intellectuelles sont par elles-m&ecirc;mes inertes et comme endormies. C&rsquo;est l&rsquo;Intelligence active qui les r&eacute;veille et les f&eacute;conde ; c&rsquo;est elle, pour parler le langage d&rsquo;Aristote, qui les fait passer de la simple puissance &agrave; l&rsquo;acte. On sait l&rsquo;importance que prit au moyen &acirc;ge la question de l&rsquo;Intelligence active, surtout quand Averro&egrave;s et ses disciples en firent une sorte d&rsquo;oc&eacute;an dont les intelligences des hommes sont les flots. Chacun de ces flots, &agrave; son heure marqu&eacute;e dans l&rsquo;&eacute;ternit&eacute;, monte &agrave; la surface, para&icirc;t un instant, puis dispara&icirc;t au fond de l&rsquo;ab&icirc;me pour laisser la place &agrave; d&rsquo;autres flots destin&eacute;s &agrave; dispara&icirc;tre &agrave; leur tour, et ainsi de suite, sans fin et sans repos. Cet oc&eacute;an, c&rsquo;est Dieu m&ecirc;me, et le mouvement alternatif de ces flots, c&rsquo;est la suite des g&eacute;n&eacute;rations humaines qui se poussent l&rsquo;une l&rsquo;autre, et se perdent successivement dans le gouffre &eacute;ternel.<\/p>\n<p>\n\tVoil&agrave; l&rsquo;id&eacute;e sacril&egrave;ge que le moyen &acirc;ge crut d&eacute;couvrir au fond des commentaires p&eacute;ripat&eacute;ticiens d&rsquo;Averro&egrave;s, et qui lui valut ces anath&egrave;mes dont l&rsquo;&eacute;cho, prolong&eacute; pendant plusieurs si&egrave;cles, a retenti dans l&rsquo;imagination populaire, et s&rsquo;est exprim&eacute; par mille l&eacute;gendes en France et en Italie. L&rsquo;esprit juste et &eacute;tendu de Ma&iuml;monide est fort &eacute;loign&eacute; de telles pens&eacute;es. Il est probable qu&rsquo;en &eacute;crivant <i>le Guide des Egar&eacute;s<\/i> il ne les connaissait pas, n&rsquo;ayant eu entre les mains les livres d&rsquo;Averro&egrave;s qu&rsquo;&agrave; la fin de sa vie. &Agrave; coup s&ucirc;r, il les e&ucirc;t d&eacute;savou&eacute;s comme Juif et comme philosophe. Nous le voyons en effet accueillir sans d&eacute;fiance la th&eacute;orie de l&rsquo;Intelligence active telle qu&rsquo;Avicenne l&rsquo;avait expos&eacute;e. Tout en reconnaissant que nos faibles intelligences re&ccedil;oivent la lumi&egrave;re et, la vie d&rsquo;un principe sup&eacute;rieur, il croit fermement &agrave; la personnalit&eacute;, &agrave; la libert&eacute; de l&rsquo;individu humain, &agrave; la persistance du moi apr&egrave;s la mort, et &agrave; toutes les cons&eacute;quences morales et religieuses qui en d&eacute;coulent <sup class=\"reference\" id=\"cite_ref-17\"><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/La_Philosophie_des_Juifs_%E2%80%93_Ma%C3%AFmonide_et_Spinoza#cite_note-17\">[18]<\/a><\/sup>. Il y a l&agrave;, beaucoup de sens, mais si peu d&rsquo;originalit&eacute;, que nous, qui ne cherchons dans <i>le Guide des &Eacute;gar&eacute;s<\/i> que les traits caract&eacute;ristiques, nous n&rsquo;aurions m&ecirc;me pas mentionn&eacute; cette th&eacute;orie, si elle ne se rattachait aux vues de Ma&iuml;monide, curieuses cette fois et profond&eacute;ment originales sur la proph&eacute;tie et sur les miracles.<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est, je crois, avec <i>le Guide des Egar&eacute;s<\/i> qu&rsquo;appara&icirc;t pour la premi&egrave;re fois dans le monde une th&eacute;orie philosophique de la proph&eacute;tie. Proph&eacute;tie, th&eacute;orie philosophique, ces deux mots semblent se contredire, car qu&rsquo;y a-t-il qui, semble &eacute;chapper davantage aux cat&eacute;gories de la science que l&rsquo;inspiration surnaturelle ? C&rsquo;est un &eacute;clair d&rsquo;en haut qui tombe sur une &acirc;me et lui d&eacute;couvre les myst&egrave;res &eacute;ternels ; c&rsquo;est un ravissement soudain qui l&rsquo;emporte aux r&eacute;gions c&eacute;lestes. C&rsquo;est Mo&iuml;se sur le Sina&iuml;, entendant la voix de l&rsquo;&Eacute;ternel parmi les tonnerres et les &eacute;clairs ; c&rsquo;est &Eacute;z&eacute;chiel saisi par une main divine qui l&rsquo;enl&egrave;ve de terre et le met face &agrave; face avec la gloire du Dieu d&rsquo;Isra&euml;l ; c&rsquo;est saint Paul s&rsquo;arr&ecirc;tant sur le chemin de Damas, foudroy&eacute; par une voix qui lui crie : &laquo; Saul, Saul, pourquoi me pers&eacute;cutes-tu ? &raquo; Toute cette br&ucirc;lante po&eacute;sie se glace sous la froide analyse de Ma&iuml;monide ; il recueille m&eacute;thodiquement les r&eacute;cits des anciens proph&egrave;tes ; il analyse leurs visions, compare leurs songes avec le sang-froid d&rsquo;un anatomiste qui fouille, &agrave; l&rsquo;aide du scalpel et du microscope, les circonvolutions du cerveau, et de tout cela r&eacute;sulte une d&eacute;finition du proph&egrave;te, une &eacute;chelle des formes et des degr&eacute;s de la proph&eacute;tie, en un mot une de ces th&eacute;ories r&eacute;guli&egrave;res et scientifiques&rsquo; comme les aime Aristote, comme les demande le <i>Novum Organum<\/i>.<\/p>\n<p>\n\tIl faut trois conditions pour faire un proph&egrave;te : d&rsquo;abord une condition pr&eacute;liminaire, la droiture de l&rsquo;&acirc;me et la puret&eacute; des m&oelig;urs ; puis deux conditions essentielles, la force de l&rsquo;entendement et la force de l&rsquo;imagination. Voici comment Ma&iuml;monide d&eacute;finit la proph&eacute;tie : &laquo; Sache que la proph&eacute;tie est une &eacute;manation de Dieu qui se r&eacute;pand par l&rsquo;interm&eacute;diaire de l&rsquo;Intelligence active sur la facult&eacute; imaginative ; c&rsquo;est le plus haut degr&eacute; de l&rsquo;homme et le terme de la perfection &agrave; laquelle son esp&egrave;ce peut atteindre, et cet &eacute;tat est la plus haute perfection de la facult&eacute; imaginative <sup class=\"reference\" id=\"cite_ref-18\"><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/La_Philosophie_des_Juifs_%E2%80%93_Ma%C3%AFmonide_et_Spinoza#cite_note-18\">[19]<\/a><\/sup>. &raquo;<\/p>\n<p>\n\tCette d&eacute;finition est toute rationaliste. La proph&eacute;tie, au lieu d&rsquo;&ecirc;tre quelque chose de miraculeux, de surnaturel, est un fait naturel et r&eacute;gulier. De plus elle a sa source non dans une intervention directe de la volont&eacute; divine, mais dans l&rsquo;op&eacute;ration naturelle et universelle de l&rsquo;Intelligence active, foyer commun des intelligences.<\/p>\n<p>\n\tSa d&eacute;finition pos&eacute;e, le docteur juif s&rsquo;attache &agrave; maintenir une sorte d&rsquo;&eacute;quilibre entre la raison et l&rsquo;imagination, ces deux conditions essentielles de l&rsquo;inspiration proph&eacute;tique. Il fait remarquer que c&rsquo;est sur la raison et non sur l&rsquo;imagination du proph&egrave;te que s&rsquo;exerce directement l&rsquo;influence de l&rsquo;Intelligence active ; elle ne se r&eacute;pand sur l&rsquo;imagination qu&rsquo;apr&egrave;s avoir travers&eacute; la raison. Alors le ph&eacute;nom&egrave;ne est complet. En m&ecirc;me temps que l&rsquo;imagination du proph&egrave;te voit l&rsquo;avenir, sa raison con&ccedil;oit la nature des choses, et saisit par une intuition spontan&eacute;e et imm&eacute;diate ce que les hommes ordinaires ne peuvent concevoir qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;aide de la r&eacute;flexion et d&rsquo;une longue suite de raisonnemens <sup class=\"reference\" id=\"cite_ref-19\"><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/La_Philosophie_des_Juifs_%E2%80%93_Ma%C3%AFmonide_et_Spinoza#cite_note-19\">[20]<\/a><\/sup>. Otez l&rsquo;une des deux conditions de la proph&eacute;tie, le ph&eacute;nom&egrave;ne change de nature. L&rsquo;inspiration divine s&rsquo;arr&ecirc;te-t-elle &agrave; la raison, sans aller jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;imagination : au lieu d&rsquo;un proph&egrave;te, vous avez un simple philosophe. Au contraire cette inspiration rencontre-t-elle une &acirc;me o&ugrave; l&rsquo;imagination seule est forte, mais o&ugrave; la raison est faible : elle ne produit plus qu&rsquo;un de ces hommes subalternes, &agrave; la fois dupes d&rsquo;eux-m&ecirc;mes et artisans de pieux mensonges, qu&rsquo;on appelle des devins, des augures, des magiciens. C&rsquo;est de l&agrave; que sortent les faux proph&egrave;tes. Le vrai proph&egrave;te est donc un homme deux fois sup&eacute;rieur et deux fois inspir&eacute; de Dieu.<\/p>\n<p>\n\tIl y a des degr&eacute;s toutefois dans l&rsquo;inspiration proph&eacute;tique. Ma&iuml;monide en compte jusqu&rsquo;&agrave; onze, qui forment une &eacute;chelle de perfection croissante. L&rsquo;inspiration proph&eacute;tique n&rsquo;est d&rsquo;abord qu&rsquo;une forte agitation de l&rsquo;&acirc;me, un g&eacute;n&eacute;reux &eacute;lan qui dispose &agrave; concevoir de grandes actions et &agrave; prononcer des oracles de sagesse. Le proph&egrave;te parle, et il sent que les mots qui s&rsquo;&eacute;chappent de ses l&egrave;vres viennent de plus haut que lui. Bient&ocirc;t &agrave; l&rsquo;extr&ecirc;me agitation succ&egrave;de le calme. Le proph&egrave;te s&rsquo;assoupit, et il a des songes. Quelquefois le songe se r&eacute;duit &agrave; des images ; mais au degr&eacute; sup&eacute;rieur le proph&egrave;te entend des voix. Tant&ocirc;t ces voix retentissent sans qu&rsquo;il sache comment, tant&ocirc;t il voit le personnage qui lui parle ; mais quel est cet interlocuteur myst&eacute;rieux ? C&rsquo;est tour &agrave; tour un simple mortel, un ange, et enfin, &agrave; ce que croit le proph&egrave;te endormi, Dieu lui-m&ecirc;me. &Agrave; un degr&eacute; encore plus sublime, le proph&egrave;te est &eacute;veill&eacute;. Ce n&rsquo;est pas dans un songe qu&rsquo;il aper&ccedil;oit l&rsquo;avenir, c&rsquo;est dans une vision. La vision est au-dessus du songe, comme le song&eacute; est au-dessus de la simple exaltation. Dans l&agrave; vision m&ecirc;me, il y a des degr&eacute;s. Le proph&egrave;te en atteint le plus haut quand il voit un ange et entend distinctement sa voix ; mais n&rsquo;est-il pas possible qu&rsquo;un proph&egrave;te atteigne plus haut encore, que dans une vision il soit convaincu que c&rsquo;est Dieu m&ecirc;me qui lui parle ? Non, r&eacute;pond Ma&iuml;monide avec un sang-froid qui para&icirc;t m&ecirc;l&eacute; de quelque ironie, non, <i>la force de l&rsquo;imagination ne peut pas aller jusque-l&agrave;<\/i> <sup class=\"reference\" id=\"cite_ref-20\"><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/La_Philosophie_des_Juifs_%E2%80%93_Ma%C3%AFmonide_et_Spinoza#cite_note-20\">[21]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>\n\tIl est clair par ces paroles, comme par tout l&rsquo;ensemble du livre, que, malgr&eacute; les efforts sinc&egrave;res de Ma&iuml;monide pour maintenir l&rsquo;&eacute;galit&eacute; entre les deux conditions de l&rsquo;inspiration proph&eacute;tique, la condition ma&icirc;tresse &agrave; ses yeux, le don caract&eacute;ristique du proph&egrave;te, c&rsquo;est la force de l&rsquo;imagination. De l&agrave; toute sa th&eacute;orie.<\/p>\n<p>\n\tAinsi aucune proph&eacute;tie, aucune r&eacute;v&eacute;lation n&rsquo;arrive que dans un songe ou dans une vision. &laquo; Mo&iuml;se seul, dit Ma&iuml;monide, a eu des r&eacute;v&eacute;lations &agrave; l&rsquo;&eacute;tat de veille, dans un calme parfait et sans avoir besoin d&rsquo;imagination. &raquo; Or il faut savoir que Ma&iuml;monide place Mo&iuml;se en dehors de sa th&eacute;orie. L&rsquo;exception est grave sans doute, mais cette concession n&eacute;cessaire faite &agrave; l&rsquo;orthodoxie ne laisse que mieux para&icirc;tre le vrai caract&egrave;re de la doctrine.<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;imagination &eacute;tant la facult&eacute; ma&icirc;tresse des proph&egrave;tes, il faut, pour proph&eacute;tiser, avoir l&rsquo;imagination libre. C&rsquo;est pourquoi les proph&egrave;tes, quand Ils ont des acc&egrave;s de col&egrave;re ou de tristesse, perdent leur propri&eacute;t&eacute; : &laquo; Notre patriarche Jacob, dit Ma&iuml;monide, n&rsquo;eut point de r&eacute;v&eacute;lation pendant les jours de son deuil, parce que sa facult&eacute; Imaginative &eacute;tait occup&eacute;e de la perte de Joseph <sup class=\"reference\" id=\"cite_ref-21\"><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/La_Philosophie_des_Juifs_%E2%80%93_Ma%C3%AFmonide_et_Spinoza#cite_note-21\">[22]<\/a><\/sup>. &raquo; Une autre cons&eacute;quence du r&ocirc;le pr&eacute;pond&eacute;rant de l&rsquo;imagination, c&rsquo;est que les proph&egrave;tes ne parlent que par all&eacute;gories et paraboles : &laquo; Les montagnes et les collines &eacute;clateront de joie devant vous, et tous les arbres d&egrave;s champs frapperont des mains. &raquo; (<i>Isa&iuml;e<\/i>, LV, 12.) Ici il y a &eacute;videmment m&eacute;taphore. D&rsquo;autres fois les simples peuvent s&rsquo;y tromper &raquo; comme quand le Psalmiste dit : &laquo; Il a ouvert les battans du ciel et leur a fait pleuvoir la manne &raquo; (<i>Psaumes<\/i>, LXXVIII, 23,24), ou encore : &laquo; J&rsquo;effacerai l&rsquo;impie de mon livre. &raquo; (<i>Exode<\/i>, V, 83.) &mdash; &laquo; Qu&rsquo;ils soient effac&eacute;s du livre des vivans. &raquo; (<i>Psaumes<\/i>, LXIX, 29.) Tout cela, observe Ma&iuml;monide. est dit en mani&egrave;re de <i>similitude<\/i>, car le ciel n&rsquo;a ni portes, ni battans, et il n&rsquo;y a pas un livre o&ugrave; Dieu &eacute;crive ou efface le nom des hommes.<\/p>\n<p>\n\tMais voici une suite plus grave de cette force d&rsquo;imagination qui caract&eacute;rise essentiellement les proph&egrave;tes. Tout ce qui arrive, ils le rapportent directement &agrave; Dieu. Pour eux, point de causes prochaines ; C&rsquo;est la volont&eacute; divine qui fait tout. Rien de plus simple que cette pr&eacute;occupation des proph&egrave;tes. Qui, en effet, cherche les causes prochaines des choses et s&rsquo;efforce de les expliquer soit par les lois de la nature, soit par les passions, les caprices ou les desseins des hommes ? Qui fait cela ? C&rsquo;est la raison. Or l&rsquo;imagination trouve ce chemin trop d&eacute;tourn&eacute;. Frapp&eacute;e, &eacute;blouie par un grand ph&eacute;nom&egrave;ne, elle n&rsquo;y veut voir qu&rsquo;une cause, la main du Tout-Puissant. &laquo; Dieu parle, s&rsquo;&eacute;crie le Psalmiste, et il fait lever un vent de temp&ecirc;te qui &eacute;l&egrave;ve les vagues. &raquo; (<i>Psaumes<\/i>, CXLVIII, 18.) Voil&agrave; un ph&eacute;nom&egrave;ne naturel expliqu&eacute; par la volont&eacute; divine. Ailleurs ce sera tel accident de l&rsquo;histoire, une victoire, une d&eacute;faite, une invasion que l&rsquo;imagination du proph&egrave;te rapportera imm&eacute;diatement &agrave; un ordre de Dieu : &laquo; J&rsquo;ai appel&eacute; mes h&eacute;ros pour ex&eacute;cuter ma col&egrave;re &raquo; (<i>Isa&iuml;e<\/i>, XIII, 3), et dans <i>J&eacute;r&eacute;mie<\/i> : &laquo; J&rsquo;enverrai contre Babylone des barbares qui la disperseront. &raquo; (LI, 2.)<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est avec une tranquillit&eacute; parfaite que Ma&iuml;monide ram&egrave;ne toutes ces m&eacute;taphores &agrave; leur sens raisonnable et tous ces prodiges &agrave; des faits naturels. Quelquefois m&ecirc;me on croirait voir errer sur les l&egrave;vres de l&rsquo;imperturbable docteur le sourire de l&rsquo;incr&eacute;dulit&eacute;, comme par exemple quand il s&rsquo;agit du miracle de Jonas : &laquo; Et l&rsquo;&Eacute;ternel, dit. la Bible, parla au poisson. &raquo; (<i>Jonas<\/i>, II, 2.) Sur quoi Ma&iuml;monide fait observer que la cause prochaine qui d&eacute;termina la baleine &agrave; engloutir Jonas, ce n&rsquo;est pas Dieu, c&rsquo;est tout simplement la faim ; &laquo; car, ajoute-t-il, la Bible ne veut pas dire que le poisson ait entendu la parole de Dieu, que Dieu ait rendu le poisson proph&egrave;te et se soit r&eacute;v&eacute;l&eacute; &agrave; lui <sup class=\"reference\" id=\"cite_ref-22\"><a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/La_Philosophie_des_Juifs_%E2%80%93_Ma%C3%AFmonide_et_Spinoza#cite_note-22\">[23]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>\n\tMa&iuml;monide r&eacute;sume tout ce syst&egrave;me d&rsquo;ex&eacute;g&egrave;se par ces fortes paroles qu&rsquo;il adresse &agrave; son disciple bien-aim&eacute; : &laquo; S&eacute;pare et distingue les choses par ton intelligence, et tu comprendras ce qui a &eacute;t&eacute; dit par all&eacute;gorie, ce qui a &eacute;t&eacute; dit par m&eacute;taphore, ce qui a &eacute;t&eacute; dit par hyperbole et ce qui a &eacute;t&eacute; dit selon ce qu&rsquo;indique l&rsquo;acception primitive des termes. Et alors toutes les proph&eacute;ties te deviendront claires et &eacute;videntes ; tu auras des croyances raisonnables, bien ordonn&eacute;es et agr&eacute;ables &agrave; Dieu, car la v&eacute;rit&eacute; seule est agr&eacute;able &agrave; Dieu, et le mensonge seul lui est odieux&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Maimonide &#8211; Rambam &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[105,110,72,20,217,15,1],"tags":[],"class_list":["post-4038","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-alberta","category-alexandrie","category-damas","category-juif","category-mont-sinaiuml","category-religion","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4038","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4038"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4038\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4038"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4038"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4038"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}