{"id":4186,"date":"2012-04-01T19:31:56","date_gmt":"2012-04-01T19:31:56","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=4186"},"modified":"2012-04-01T19:31:56","modified_gmt":"2012-04-01T19:31:56","slug":"lhistoire-de-france-et-autres-fadaises","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lhistoire-de-france-et-autres-fadaises\/","title":{"rendered":"L\u2019Histoire de France, et autres fadaises"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;Histoire de France, et autres fadaises<\/p>\n<p style=\"text-align: left; font-size: 10pt; border-top-color: rgb(239, 239, 239); border-top-width: 1px; border-top-style: solid; \">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tNous avons tous appris un jour que Clovis &eacute;tait le premier des rois de France. Or, il &eacute;tait Fran&ccedil;ais pour la France, il &eacute;tait Belge pour la Belgique et il &eacute;tait Allemand pour l&rsquo;Allemagne. De Saint Louis, on garde l&rsquo;image d&rsquo;un grand souverain, rendant la justice sous son ch&ecirc;ne. On ignore qu&rsquo;il imposa aux Juifs de porter l&rsquo;&eacute;quivalent de l&rsquo;&eacute;toile jaune. Jeanne d&rsquo;Arc est la grande h&eacute;ro&iuml;ne du Moyen &Acirc;ge. Pourquoi a-t-on oubli&eacute; toutes les autres ?<\/p>\n<p>\tPar Fabrice Copeau.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tRevue de l&rsquo;ouvrage de Fran&ccedil;ois Reynaert, <em>Nos anc&ecirc;tres les gaulois et autres fadaises<\/em>, Fayard, 2010.<a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/2213655154\/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=liberauxorg-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2213655154\"><\/p>\n<p>\t<\/a><\/p>\n<p>\n\tNombreux sont les Fran&ccedil;ais qui s&rsquo;int&eacute;ressent &agrave; leur pass&eacute;, nombreux aussi ceux qui se d&eacute;solent de mal le conna&icirc;tre. Fran&ccedil;ois Reynaert, chroniqueur au <em>Nouvel Observateur<\/em>, nous livre ici un ouvrage qui non seulement met &agrave; mal les pr&eacute;jug&eacute;s de l&rsquo;&eacute;cole de la IIIe R&eacute;publique et les images d&rsquo;Epinal du <em>Mallet et Isaac<\/em>, mais aussi les laudateurs d&rsquo;une France mill&eacute;naire&hellip; et fantasm&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;histoire dite de France a de tous temps &eacute;t&eacute; manipul&eacute;e, r&eacute;&eacute;crite, r&eacute;cup&eacute;r&eacute;e par les diff&eacute;rents courants politiques religieux, royalistes ou nationalistes, qui en avaient un besoin id&eacute;ologique. Ce ph&eacute;nom&egrave;ne se poursuit aujourd&rsquo;hui. Et il reste bien des traces des manipulations pass&eacute;es. Les Gaulois qui ouvrent le livre, d&eacute;couverts au XIX&egrave;me si&egrave;cle et transform&eacute;s en nos anc&ecirc;tres dans un temps de nationalisme anti allemand, nous ont &eacute;t&eacute; transmis sous la forme risible d&rsquo;Asterix. Aujourd&rsquo;hui, si tout le monde croit savoir qui &eacute;taient les Gaulois, combien en ont une id&eacute;e &agrave; peu pr&egrave;s juste ? Combien comprennent &agrave; quel point il est absurde d&rsquo;en faire les descendants fort opportuns des &laquo; Fran&ccedil;ais &raquo; ?<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\tLa plupart du temps, les Gaulois suffirent, ils disposaient d&rsquo;un avantage certain : ils plaisaient &agrave; tout le monde. La droite nationaliste &eacute;tait contente de voir ainsi la &laquo; race fran&ccedil;aise &raquo;, comme on disait encore, assise sur cette souche issue du fond des &acirc;ges. La gauche anticl&eacute;ricale voyait dans ces anc&ecirc;tres un atout majeur : ils permettaient de commencer l&rsquo;histoire de France avant l&rsquo;arriv&eacute;e du christianisme. C&rsquo;&eacute;tait bien la preuve qu&rsquo;elle pouvait &eacute;ventuellement se perp&eacute;tuer apr&egrave;s sa disparition. Les historiens, puis les romanciers, les dramaturges ou m&ecirc;me les chansonniers, en touillant tant et plus les rares sources dont ils disposaient dans les casseroles de leurs fantasmes, r&eacute;ussirent peu &agrave; peu &agrave; forger une id&eacute;e des Gaulois correspondant opportun&eacute;ment &agrave; l&rsquo;image que les Fran&ccedil;ais voulaient bien avoir d&rsquo;eux-m&ecirc;mes : querelleurs, un peu grossiers parfois, mais au grand coeur et si braves. Et les Fran&ccedil;ais, ravis, ador&egrave;rent d&rsquo;autant plus leurs nouveaux grands-p&egrave;res : comment ne pas les aimer ? Ils nous ressemblent tellement !<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa mani&egrave;re dont nous percevons la &laquo; chute &raquo; de l&rsquo;Empire romain, assi&eacute;g&eacute; et envahi par les Barbares, ne correspond en rien &agrave; la mani&egrave;re dont celui-ci a &eacute;t&eacute; per&ccedil;u en Orient, &agrave; Constantinople en particulier, pas plus qu&rsquo;il ne correspond &agrave; l&rsquo;Empire d&rsquo;Otton Ier.<\/p>\n<p>\n\tAutre exemple, la pouss&eacute;e Arabe en Europe, port&eacute;e par la richesse et la splendeur d&rsquo;Al-Andalus. Si l&rsquo;on a port&eacute; aux nues la bataille de Poitiers par laquelle Charles Martel arr&ecirc;ta Abd El Rahman, ce fut avant tout, explique Reynaert, pour valoriser le fondateur de la dynastie carolingienne et cacher son coup de main sur l&rsquo;Aquitaine, but r&eacute;el de l&rsquo;op&eacute;ration.<\/p>\n<p>\n\tEn passant au Moyen-&Acirc;ge, l&rsquo;auteur s&rsquo;amuse avec une ironie savoureuse &agrave; montrer l&rsquo;absurdit&eacute; de vouloir interpr&eacute;ter l&rsquo;histoire de l&rsquo;&eacute;poque en fonction des valeurs nationalistes des XIXe et XXe si&egrave;cles.<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;histoire populaire continue en effet de fonctionner sur de vieux arch&eacute;types&hellip; C&rsquo;est &agrave; travers les films, la t&eacute;l&eacute;vision que l&rsquo;on continue &agrave; v&eacute;hiculer certains clich&eacute;s. Par exemple, le <em>Robin des Bois<\/em> de Ridley Scott, qui a fait l&rsquo;ouverture du festival de Cannes, v&eacute;hicule de mauvaises images : on y voit deux peuples ennemis avec deux identit&eacute;s particuli&egrave;res. Or &agrave; cette &eacute;poque, il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;id&eacute;e de nation, c&rsquo;&eacute;tait un syst&egrave;me f&eacute;odal. Les rois s&rsquo;&eacute;changeaient des terres&hellip; comme le Duch&eacute; de Normandie. Et puis, on voit Richard Coeur de Lion comme un grand roi d&rsquo;Angleterre, or il &eacute;tait le fils d&rsquo;Ali&eacute;nor d&rsquo;Aquitaine, il a &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute; dans le Poitou et il y est mort. Il ne parlait pas anglais et n&rsquo;a v&eacute;cu que six mois en Angleterre&hellip;<\/p>\n<p>\n\tLes &laquo; trahisons &raquo; de Ferrand de Flandre &agrave; Bouvines (1214) et du conn&eacute;table de Bourbon &agrave; Pavie (1515) sont &agrave; relativiser en des &eacute;poques o&ugrave; les Nations n&rsquo;existaient pas encore.<\/p>\n<p>\n\tAutre illustration, le trait&eacute; de Troyes de 1420, qui, durant la Guerre de Cent ans, marque la supr&eacute;matie anglaise et qui pr&eacute;voit que le roi de France Charles VI aurait &agrave; sa mort pour successeur le roi d&rsquo;Angleterre Henri V. En r&eacute;alit&eacute;, et contrairement &agrave; la propagande nationaliste, les grands opposants au trait&eacute; de Troyes et &agrave; ce qu&rsquo;il impliquait se compt&egrave;rent surtout au parlement de Londres, et parmi eux les grands de ce c&ocirc;t&eacute;-l&agrave; de la Manche. Leur raisonnement &eacute;tait simple. L&rsquo;Angleterre &eacute;tait bien moins vaste, bien moins riche, bien moins peupl&eacute;e que la France.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\tEn devenant souverain &agrave; la fois des deux pays, le roi finirait bien vite par s&rsquo;occuper uniquement du gros pour d&eacute;laisser le petit. En outre, le choix m&ecirc;me de ce prince-l&agrave; ne leur plaisait gu&egrave;re : quelle confiance accorder &agrave; ce petit Henri, &eacute;lev&eacute; en France par une m&egrave;re princesse fran&ccedil;aise ? Il leur paraissait &eacute;vident qu&rsquo;un tel individu n&rsquo;aurait de cesse de chercher &agrave; les franciser. Avaient-ils tort ? Sans doute pas.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\tPlus encore :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\tSi Jeanne d&rsquo;Arc n&rsquo;avait pas &eacute;t&eacute; l&agrave;, entend-on parfois, nous serions devenus anglais, nous parlerions leur langue, nous roulerions &agrave; gauche. Erreur, sans Jeanne d&rsquo;Arc, le contraire aurait pu se produire : les Anglais se seraient remis &agrave; parler le fran&ccedil;ais et ils rouleraient &agrave; droite. La France n&rsquo;aurait pas &eacute;t&eacute; perdue. Elle aurait &eacute;t&eacute; doubl&eacute;e.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\tL&rsquo;Allemagne d&eacute;cr&eacute;t&eacute;e &laquo;ennemie h&eacute;r&eacute;ditaire&raquo; en 1914 et 1939 succ&egrave;de dans ce r&ocirc;le &agrave; l&rsquo;Angleterre qui l&rsquo;a &eacute;t&eacute; jusqu&rsquo;en 1898 (Fachoda) et &agrave; l&rsquo;Autriche, qui le fut par &eacute;pisodes.<\/p>\n<p>\n\tReynaert essaie aussi de voir comment est per&ccedil;ue l&rsquo;histoire de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute;&hellip; Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;histoire allemande raconte de la guerre de 1914-1918 par exemple ? On n&rsquo;a toujours vu que le c&ocirc;t&eacute; fran&ccedil;ais. Mais personne ne sait, par exemple, que les blocus anglais ont affam&eacute; la population berlinoise en 1916-1917. 800 000 personnes sont mortes de faim. &Ccedil;a n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; le cas le cas dans les villes fran&ccedil;aises par exemple&hellip; m&ecirc;me si la Premi&egrave;re Guerre Mondiale a &eacute;t&eacute; atroce pour une petite partie de la France occup&eacute;e. Selon les &eacute;poques, la guerre n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; trait&eacute;e de la m&ecirc;me mani&egrave;re.<\/p>\n<p>\n\tDerri&egrave;re les mots se d&eacute;voile un auteur plein d&rsquo;empathie et d&rsquo;amour pour la France. Il donne vie aux grands personnages du &laquo; roman national &raquo; et &agrave; d&rsquo;autres moins connus, comme le vigneron juif Rachi (1040-1105).<\/p>\n<p>\n\tLutter contre ces &laquo; clich&eacute;s nationalistes &raquo; est le programme que se donne ce livre. Avec souvent quelques formules savoureuses, qui raisonnent particuli&egrave;rement de nos jours :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\tPour les nationalistes que le nom de Charles Martel fait vibrer encore, J&eacute;sus-Christ est aussi fran&ccedil;ais que le roquefort ou le g&eacute;n&eacute;ral de Gaulle. Ils oublient juste que si ce malheureux arrivait aujourd&rsquo;hui de sa Palestine natale avec ses pratiques bizarres et son dieu &eacute;tonnant, ils appelleraient la police pour le faire reconduire &agrave; la fronti&egrave;re.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\tMaintes fois, il nous met en garde contre le risque d&rsquo;anachronisme, le p&eacute;ch&eacute; mortel de l&rsquo;historien qui nous am&egrave;ne &agrave; juger nos anc&ecirc;tres avec nos &laquo; valeurs &raquo; d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>\n\tFran&ccedil;ois Reynaert atteint l&rsquo;objectif louable affich&eacute; en quatri&egrave;me de couverture : &laquo; Offrir au lecteur une synth&egrave;se claire des vingt si&egrave;cles qui nous pr&eacute;c&egrave;dent et donner &agrave; la France d&rsquo;aujourd&rsquo;hui une histoire ouverte et g&eacute;n&eacute;reuse&hellip; &raquo;\n<\/p>\n<div id=\"extra_buttons\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<p>\n\t<small><strong>Lien raccourci<\/strong>: http:\/\/www.contrepoints.org\/?p=75447<\/small><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; L&rsquo;Histoire de France, et autres fadaises &nbsp; Nous avons tous appris un jour que Clovis &eacute;tait le premier des rois de France. 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