{"id":4218,"date":"2012-04-09T20:43:29","date_gmt":"2012-04-09T20:43:29","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=4218"},"modified":"2012-04-09T20:43:29","modified_gmt":"2012-04-09T20:43:29","slug":"presidentielle-j-13-la-campagne-vue-par-le-psychanalyste-jean-pierre-winter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/presidentielle-j-13-la-campagne-vue-par-le-psychanalyste-jean-pierre-winter\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9sidentielle J-13 : la campagne vue par le psychanalyste Jean-Pierre Winter"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div class=\"t12-artop\">\n<p>\n\t\tPr&eacute;sidentielle J-13 : la campagne vue par le psychanalyste Jean-Pierre Winter<\/p>\n<\/div>\n<section class=\"t12-art\">\n<figure>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/figure>\n<div class=\"t12-art-txt\">\n<p>\n\t\t\t<strong><font size=\"3\">Lapsus<\/font><\/strong><br \/>\n\t\t\tQuand donc, les femmes et les hommes politiques, les commentateurs agr&eacute;&eacute;s, les politologues, et autres experts de la vie politique, quand donc reconnaitront-ils que l&rsquo;invention d&rsquo;un inconscient freudien a compl&egrave;tement modifi&eacute;, que nous le voulions ou que l&rsquo;ignorions, notre approche de tout discours ? Quand ce jour arrivera il leur faudra admettre que les &eacute;lecteurs n&rsquo;&eacute;coutent plus seulement ce qu&rsquo;ils sont somm&eacute;s d&rsquo;entendre. Ils entendent aussi, le plus souvent &agrave; leur insu, ce que les candidats auraient pr&eacute;f&eacute;r&eacute; garder pour eux.<\/p>\n<p>\t\t\tJusqu&rsquo;&agrave; Freud, le lapsus, l&rsquo;acte manqu&eacute;, l&rsquo;oubli intempestif, trouvaient toujours une excuse m&eacute;canique ou &eacute;taient simplement ignor&eacute;s. Apr&egrave;s Freud, comme le dit excellemment Nestor A. Braunstein dans Les Pr&eacute;sages (&eacute;dition Stock), &laquo; <em>l&rsquo;on [devait] se justifier et donner des explications &agrave; propos de ce dont on ne se [souvenait] pas &raquo;,<\/em> de nos erreurs de langage, de nos &eacute;garements etc., car ils sont la trace d&rsquo;un conflit et les r&eacute;v&eacute;lateurs de ce que le locuteur pr&eacute;f&egrave;re ne pas savoir et partant, ne pas nous dire.<\/p>\n<p>\t\t\tL&rsquo;hypoth&egrave;se de l&rsquo;inconscient, contrairement &agrave; ce qu&rsquo;affirmait Hannah Arendt, accro&icirc;t notre responsabilit&eacute; : nous soup&ccedil;onnons que tous ces incidents de discours ou de comportements ne sont pas innocents et nous savons qu&rsquo;il nous faudrait en rendre compte. Pourtant qui a jamais entendu un homme politique revenir sur un de ses lapsus pour dire ce qu&rsquo;il en a saisi et surtout dire que pour lui, volontaire ou involontaire, la parole a un poids ? Ainsi, par exemple, que sous-entend Martine Aubry le 26 mars dernier quand elle prof&egrave;re, &agrave; propos de F. Hollande : <em>&laquo; Notre candidat sortant&hellip; &raquo;<\/em> ?<\/p>\n<p>\t\t\tA se fier aux &eacute;clats de rire qui saluent son propos ce &laquo; dire &raquo; n&rsquo;est pas sans effets. Ou quelle explication Pierre Moscovici, qui est le directeur de campagne de Hollande, peut-il donner &agrave; ceux qui l&rsquo;&eacute;coutent apr&egrave;s avoir annonc&eacute; la cr&eacute;ation d&rsquo;un site qu&rsquo;il nomme :<em> &laquo; toutsaufhollande &raquo;<\/em> ? Et que dire de Jean-Fran&ccedil;ois Cop&eacute; qui confond Fran&ccedil;ois Hollande et Fran&ccedil;ois Fillon ? Ou Bernadette Chirac qui affirme que Sarkozy est le meilleur candidat puisqu&rsquo;il <em>&laquo; a du maintenir la crise et qu&rsquo;il l&rsquo;a fait &raquo;<\/em> ! Il en est de plus croustillants mais l&agrave; n&rsquo;est pas la question.<\/p>\n<p>\n\t\t\tCe ne sont pas les lapsus qui importent mais l&rsquo;indiff&eacute;rence de ces pr&eacute;tendants &agrave; la plus haute charge de l&rsquo;Etat &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de la parole. Je me demande comment ils s&rsquo;arrangent de ce qui est un fait facile &agrave; constater : contrairement &agrave; l&rsquo;adage Verba volent scripta manent il s&rsquo;av&egrave;re qu&rsquo;en politique comme dans la plupart des &eacute;changes entre humains ce sont les paroles qui restent quand les &eacute;crits sombrent dans l&rsquo;oubli. Tout le monde se souvient des phrases brutales ou grossi&egrave;res de Nicolas Sarkozy alors qu&rsquo;il serait impossible &agrave; quiconque de citer une seule phrase qu&rsquo;il aurait &eacute;crite. Ce qui est dit est dit et nous le retenons parce-que nous en sommes l&rsquo;adresse. Il n&rsquo;y a gu&egrave;re que les adolescents et les enfants pour s&rsquo;imaginer comme Fillon r&eacute;cemment que cela peut s&rsquo;effacer avec un simple : &laquo; Je retire ce que j&rsquo;ai dit &raquo;.<\/p>\n<p>\t\t\tLes lapsus comme les r&ecirc;ves s&rsquo;adressent avant tout &agrave; celui qui les commet et chacun est libre de les analyser ou pas. Mais ils s&rsquo;adressent &agrave; soi par l&rsquo;interm&eacute;diaire de l&rsquo;autre qui n&rsquo;est pas libre de faire la sourde oreille, qui les interpr&egrave;te sciemment ou inconsciemment, selon ce qu&rsquo;il sait de celui qui lui parle. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;interpr&eacute;tation sauvage mais de communication d&rsquo;inconscient &agrave; inconscient. S&rsquo;en d&eacute;fendre, comme le font certains psychanalystes sous pr&eacute;texte que les hommes publics ne sont pas allong&eacute;s sur un divan est une posture douteuse car, en tant qu&rsquo;&eacute;lecteurs, nous sommes bien l&rsquo;objet d&rsquo;une demande. Et cette demande &ndash; qui comme toujours est une demande d&rsquo;amour &ndash; &ecirc;tre l&rsquo;&eacute;lu &ndash; rec&egrave;le un d&eacute;sir qui se d&eacute;crypte dans les mots qui la porte. Except&eacute;s ceux qui savent bien avant leur naissance pour qui ils vont voter, except&eacute;s ceux dont le choix est dict&eacute; par d&rsquo;&eacute;videntes consid&eacute;rations &eacute;conomiques et historiques, ceux qui se d&eacute;cident une fois qu&rsquo;ils sont dans l&rsquo;isoloir r&eacute;pondent autant &agrave; ce qui leur semble &ecirc;tre leur int&eacute;r&ecirc;t qu&rsquo;&agrave; ce qui les a &eacute;mus ou sollicit&eacute;s dans les copeaux de la langue de bois.<\/p>\n<p>\t\t\tMais il n&rsquo;y a pas que les lapsus ! Tout aussi informative est la pratique des injures, des grossi&egrave;ret&eacute;s, des amalgames, des tours de passe-passe rh&eacute;toriques, etc.&hellip; A cet &eacute;gard, Nicolas Sarkozy s&rsquo;est trouv&eacute; un rival &agrave; sa mesure : Jean-Luc M&eacute;lenchon. Voil&agrave; un homme qui n&rsquo;h&eacute;site pas &agrave; prendre &agrave; parti ses adversaires en maniant l&rsquo;invective publique, l&rsquo;insulte, la col&egrave;re feinte ou pas et qui dans le m&ecirc;me temps exige qu&rsquo;on ne lui rappelle pas ses d&eacute;rapages, qu&rsquo;on veuille bien tenir compte de sa fatigue, de son temp&eacute;rament, de l&rsquo;imb&eacute;cilit&eacute; de ses interlocuteurs&hellip;<\/p>\n<p>\t\t\tSa mauvaise foi rigolarde donne un peu de souffle &agrave; cette campagne atone mais le ton sur lequel il nous parle me fait fr&eacute;mir &agrave; l&rsquo;id&eacute;e qu&rsquo;il pourrait un jour d&eacute;cider de nos destin&eacute;es. Et ce d&rsquo;autant plus qu&rsquo;avec le culot qui lui est un blason il nous demande de bien vouloir oublier ses ind&eacute;niables talents de tribun qui masqueraient la profondeur de son propos. Aussi culott&eacute; que cet homme qui tue p&egrave;re et m&egrave;re et qui, aux Assises, demande l&rsquo;indulgence du jury parce qu&rsquo;il est d&eacute;sormais orphelin ! Monsieur M&eacute;lenchon, vous qui avez &eacute;t&eacute; professeur de lettres, vous savez bien que le fond c&rsquo;est la forme. Toutefois ne boudons pas notre plaisir et reconnaissons qu&rsquo;il est jouissif de l&rsquo;entendre poser sur Marine Le Pen le diagnostic de <em>&laquo; semi-d&eacute;mente &raquo;<\/em>. Quelle maladresse pourtant d&rsquo;avoir choisi le nom &laquo; Front &hellip; de Gauche &raquo; pour faire pi&egrave;ce au &laquo; Front&hellip; national &raquo;.<\/p>\n<p>\t\t\t<font size=\"3\"><strong>Toulouse<\/strong><\/font><br \/>\n\t\t\tA Toulon en f&eacute;vrier 2007 Nicolas Sarkozy d&eacute;clarait : <em>&laquo; Quand l&rsquo;enfant grec cessera de d&eacute;tester l&rsquo;enfant turc, quand l&rsquo;enfant palestinien cessera de ha&iuml;r l&rsquo;enfant juif&hellip; la M&eacute;diterran&eacute;e redeviendra le plus haut lieu de la culture et de l&rsquo;esprit humain et elle p&egrave;sera de nouveau sur le destin du monde. &raquo;<\/em> Toujours cette impr&eacute;cision irresponsable dans le choix des mots. Pourquoi, effet de cette pens&eacute;e syst&eacute;matiquement binaire, opposer &laquo; palestinien &raquo; &agrave; &laquo; juif &raquo; plut&ocirc;t qu&rsquo;&agrave; &laquo; isra&eacute;lien &raquo; ? Pourquoi imaginer en le pr&eacute;sentant comme une &eacute;vidence une guerre entre enfants, qu&rsquo;ils soient grecs, turcs, sunnites, chiites, etc. Si seulement l&rsquo;on pouvait se rassurer en pensant que ces simplifications d&eacute;magogiques sont sans cons&eacute;quences mais ce n&rsquo;est pas le cas. Elles contribuent &agrave; cr&eacute;er un climat dont se saisira le premier psychopathe venu qui ne fera pas la diff&eacute;rence entre les mots et les actes. Le lien de cause &agrave; effet n&rsquo;est pas imm&eacute;diat mais nombreux sont les travaux qui ont montr&eacute; (cf. : JP Faye, Orwell, Victor Klemperer) comment les langages totalitaires engendrent les syst&egrave;mes &eacute;ponymes. <em>&laquo; Il n&rsquo;y a d&rsquo;&eacute;thique que du bien-dire &raquo;,<\/em> disait Lacan dans T&eacute;l&eacute;vision.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<br \/>\n\t\t\tElie Wiesel dans le Monde du 24 mars 2012 &eacute;crivait : <em>&laquo; Cela a toujours &eacute;t&eacute; ainsi dans l&rsquo;histoire. Depuis le roi pharaon d&rsquo;Egypte et Nabuchodonosor de Babylone jusqu&rsquo;&agrave; Hitler, tous les ennemis d&rsquo;Isra&euml;l virent dans ses enfants leur cible premi&egrave;re &agrave; ch&acirc;tier, &agrave; &eacute;liminer&hellip; &raquo;<\/em> Il aurait pu ajouter : la dixi&egrave;me plaie d&rsquo;Egypte, le massacre des Innocents, ou le mythe du meurtre rituel pour rappeler que la tuerie d&rsquo;enfants occupe une place de choix quand il s&rsquo;agit d&rsquo;aller jusqu&rsquo;au bout de la passion meurtri&egrave;re. La mort r&eacute;elle de l&rsquo;enfant se substitue-t-elle &agrave; la mort non symbolis&eacute;e du P&egrave;re ? <em>&laquo; Les enfants apportent les derni&egrave;res nouvelles de l&rsquo;Eternit&eacute; &raquo;<\/em> disait Maeterlinck. L&rsquo;application d&rsquo;une loi du talion &eacute;voqu&eacute;e par Mohammed Merah pour justifier l&rsquo;atrocit&eacute; de ses crimes, alibi inf&acirc;me recycl&eacute; par ceux qui approuvent son passage &agrave; l&rsquo;acte tout en d&eacute;clarant qu&rsquo;ils le condamnent, belles &acirc;mes militantes, serait alors le prix &agrave; payer pour la d&eacute;faite du symbolique dont nous p&acirc;tissons ?<\/p>\n<p>\t\t\tQuoiqu&rsquo;il en soit, dans les derni&egrave;res d&eacute;cennies les enfants arabes meurent principalement sous les bombes aveugles des int&eacute;gristes musulmans, en Alg&eacute;rie, en Irak, en Syrie&hellip;<br \/>\n\t\t\tLes candidats, l&rsquo;espace d&rsquo;un instant, ont fait front pour manifester l&rsquo;unit&eacute; du Pays contre la barbarie. C&rsquo;est provisoirement rassurant car dans le m&ecirc;me mouvement Madame Ashton, chef de la politique &eacute;trang&egrave;re de l&rsquo;Union europ&eacute;enne, s&egrave;me sciemment la confusion en d&eacute;clarant : <em>&laquo; Quand nous pensons &agrave; ce qui s&rsquo;est pass&eacute; en Norv&egrave;ge il y a un an, quand nous savons ce qui se passe en Syrie, quand nous voyons ce qui se passe &agrave; Gaza et dans diff&eacute;rentes parties du monde, nous pensons aux jeunes et aux enfants qui perdent leur vies. &raquo;<\/em> Certes elle est d&eacute;savou&eacute;e mais pas d&eacute;missionn&eacute;e.<\/p>\n<p>\t\t\tCe qui pose, entre autre, le probl&egrave;me du fonctionnement d&eacute;mocratique des institutions europ&eacute;ennes. L&agrave;-dessus notre Pr&eacute;sident-candidat improvise d&rsquo;imposer une minute de silence dans toutes les &eacute;coles. Ca semble partir d&rsquo;un bon sentiment, du genre de ceux qui pavent l&rsquo;enfer. Mais je laisse la parole &agrave; une professeure qui m&rsquo;&eacute;crit de Lyon :<\/p>\n<blockquote><p>\n\t\t\t&laquo; Pour la minute de silence, les choses se sont incroyablement cors&eacute;es hier en cours, les gamins sont remont&eacute;s &agrave; bloc contre cette minute de silence pour des &ldquo;fran&ccedil;ais, juifs&rdquo; alors qu&#39;il n&#39;y en a pas eu pour l&#39;antillais et les musulmans (et en avant le mix origine \/ religion \/ nationalit&eacute;&#8230;!). Hier je n&#39;ai pas pu faire cours en 3&egrave;me parce qu&#39;ils ne voulaient parler que de &ccedil;a avec moi. Mohammed Merah est &agrave; la limite d&#39;&ecirc;tre un martyr pour certains, il a fait &ccedil;a pour venger les enfants palestiniens, pour d&#39;autres c&#39;est un martyr du syst&egrave;me policier qui l&#39;a tu&eacute; et a essay&eacute; de nous faire croire qu&#39;il s&#39;&eacute;tait suicid&eacute;&#8230; En bref, la tension &eacute;tait intenable au coll&egrave;ge hier. Et je ne te parle m&ecirc;me pas de mon pauvre petit X&hellip; Merah, un gamin trop sympa qui a le malheur de s&#39;appeler comme le tueur, et qui se fait harceler par tout le coll&egrave;ge, que j&#39;ai r&eacute;cup&eacute;r&eacute; prostr&eacute; au fond d&#39;une salle hier au bout du rouleau&hellip; Vive Sarkozy ! Il a juste oubli&eacute; de faire une circulaire avec les instructions post-minute de silence&#8230; &raquo;<br \/>\n\t\t\t&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n<p>\n\t\t\tOn ne saurait mieux d&eacute;crire la situation qu&rsquo;engendre tout &agrave; la fois des initiatives et des propos irr&eacute;fl&eacute;chis, une internationalisation de la d&eacute;sinformation via internet et les satellites (Al Jazeera&hellip;) et une d&eacute;valorisation continue de la transmission des savoirs au profit du r&egrave;gne de l&rsquo;opinion sur le mode Robert M&eacute;nard. Toutes les opinions ont le droit de s&rsquo;exprimer m&ecirc;me quand elles sont aussi criminog&egrave;nes que celle d&rsquo;une candidate qui va se pavaner &agrave; Vienne &agrave; un bal de n&eacute;o-nazis .<\/p>\n<p>\n\t\t\t<font size=\"3\"><strong>&ldquo;Petites mis&egrave;res&rdquo;<\/strong><\/font><br \/>\n\t\t\t<em>Le Parisien <\/em>de ce matin titre page 4 : <em>&laquo; M&eacute;lenchon comme une superstar &raquo;<\/em>. Dans l&rsquo;article, la journaliste Ava Djamshidi mentionne la derni&egrave;re envol&eacute;e du candidat citant Robespierre : <em>&laquo; Je ne suis pas du peuple. Je suis le peuple quand je pense pour tous et je m&eacute;prise tous ceux qui veulent &ecirc;tre autre chose que le peuple &raquo;.<\/em><\/p>\n<p>\t\t\tSon propre bras droit s&rsquo;inqui&egrave;te : <em>&laquo; Ce n&rsquo;est pas un contact normal, c&rsquo;est le probl&egrave;me de cette &eacute;lection. Les gens veulent le toucher, il y a une pression physique. D&egrave;s le d&eacute;but, on a dit ne pas vouloir une campagne d&rsquo;adoration. Il faut lutter contre ce risque qui a tendance &agrave; s&rsquo;accro&icirc;tre depuis que c&rsquo;est le troisi&egrave;me homme &raquo;. Et d&rsquo;ajouter : &laquo; Il est dans un &eacute;tat d&rsquo;&eacute;nervement tel qu&rsquo;on n&rsquo;est pas &agrave; l&rsquo;abri d&rsquo;un p&eacute;tage de plombs. &raquo;<\/em> Non, Monsieur Delapierre, ce n&rsquo;est pas de l&rsquo;&eacute;nervement c&rsquo;est de la jouissance. N&rsquo;est-ce pas dans ses meeting qu&rsquo;on chante : <em>&laquo; Il n&rsquo;est pas de sauveur supr&ecirc;me &hellip; &raquo; ?<\/em><\/p>\n<p>\t\t\tEn serait-on arriv&eacute; l&agrave; si la gauche s&rsquo;&eacute;tait plus pr&eacute;occup&eacute;e de ce qui pourrit r&eacute;ellement la vie des gens plut&ocirc;t que de ce qui enchante les &laquo; progressistes &raquo; concentr&eacute;s sur la nouvelle morale germanopratine en mati&egrave;re de bio&eacute;thique ? Si peu de mots sur ce qui rend invivable la vie quotidienne de tout un chacun : le management &eacute;valuateur, la surveillance g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e par cam&eacute;ras toujours plus nombreuses, les radars qui plut&ocirc;t que de flasher les grands exc&egrave;s des fous du volant traquent les d&eacute;passements insignifiants, l&rsquo;obligation d&rsquo;avoir un compte bancaire qui implique le paiement de v&eacute;ritables imp&ocirc;ts aux banques priv&eacute;es, les suicides en s&eacute;rie dans les grandes entreprises d&rsquo;&eacute;tat, les p&eacute;ages toujours en augmentation sur des autoroutes d&eacute;j&agrave; pay&eacute;es par nos imp&ocirc;ts, la d&eacute;shumanisation par la destruction syst&eacute;matique de tous les lieux de rencontres et d&rsquo;&eacute;changes de paroles dans nos villes et nos campagnes&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;&eacute;vocation de toutes ces &laquo; petites mis&egrave;res &raquo; pourra para&icirc;tre bien peu de choses au regard des trag&eacute;dies que sont les 8 millions de fran&ccedil;ais vivants sous le seuil de pauvret&eacute;, du ch&ocirc;mage, du r&eacute;chauffement de la plan&egrave;te, du d&eacute;ficit de la s&eacute;curit&eacute; sociale&hellip; Mais &ndash; est-ce par d&eacute;formation professionnelle ? &ndash; je sais l&rsquo;importance dans la vie psychique de ce qui appara&icirc;t comme insignifiant, voire ind&eacute;cent. Qui, par exemple, dans le personnel politique s&rsquo;inqui&eacute;tera vraiment de l&rsquo;angoisse suscit&eacute;e par le fait d&rsquo;&ecirc;tre toujours plus contraint d&rsquo;ob&eacute;ir &agrave; des voix synth&eacute;tiques, sans corps et sans r&eacute;ponses, v&eacute;ritables objets non identifi&eacute;s, voix d&rsquo;un Ma&icirc;tre absolu omnipr&eacute;sent et aussi absent que Dieu en personne ?<\/p>\n<p>\n\t\t\t<br \/>\n\t\t\t<font size=\"3\"><strong>Eros, dieu du risque<\/strong><\/font><br \/>\n\t\t\tAvec un candidat qui se veut &laquo; normal &raquo;, d&eacute;signant par l&agrave;-m&ecirc;me son principal adversaire comme &laquo; fou &raquo;, est pos&eacute;e la question du statut de la folie et au-del&agrave; du sort que notre soci&eacute;t&eacute; r&eacute;serve &agrave; ceux qui ne marchent pas dans les clous. Pr&eacute;sentant l&rsquo;enfant comme un individu dont on pourrait pr&eacute;dire la dangerosit&eacute; d&egrave;s son entr&eacute;e en cr&egrave;che ou le schizophr&egrave;ne que des discours insistants pr&eacute;sentent comme potentiellement dangereux, une opinion se r&eacute;pand qui s&rsquo;appuie sur le fameux principe de pr&eacute;caution qui n&rsquo;est qu&rsquo;une tentative de renouveler le gouvernement par la crainte.<\/p>\n<p>\n\t\t\tD&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;hygi&eacute;nisme ambiant qui transforme nos &eacute;lus en parents qui, pour leur bien &ndash; et leurs biens &ndash; , emp&ecirc;chent leurs enfants de prendre les risques sans lesquels il n&rsquo;est pas de d&eacute;ploiements possible de leurs &eacute;lans d&eacute;sirants. <em>&laquo; Eros est un dieu noir ! &raquo;<\/em> rappelait Lacan. Et tout ce qui se met en travers de sa route est vou&eacute; &agrave; plus ou moins long terme &agrave; s&rsquo;effondrer. Ce principe de pr&eacute;caution, sans doute utile en mati&egrave;re industrielle, devient un principe d&rsquo;assujettissement au profit des riches et des puissants quand il est g&eacute;n&eacute;ralis&eacute; pour contraindre les individus &agrave; se normaliser.<\/p>\n<p>\n\t\t\tEst-ce un effet lat&eacute;ral de la marche forc&eacute;e du capitalisme outranci&egrave;rement lib&eacute;ral ? Je ne pourrai pas le d&eacute;montrer mais j&rsquo;ai encore la libert&eacute; de poser la question. Le capitalisme comme son nom l&rsquo;indique se pr&eacute;occupe du capital ce qui signifie qu&rsquo;il ne veut rien savoir d&rsquo;Eros qui est avant tout le dieu du Risque. Et ce dieu ne sait rien et ne veut rien savoir de nos comptabilit&eacute;s sordides, de nos &eacute;valuations, de nos statistiques et de nos profits imp&eacute;ratifs. L&rsquo;amour dont il est ici question est celui qui limite notre toute-puissance.<\/p>\n<p>\n\t\t\tOr de quoi t&eacute;moigne la crise dont se d&eacute;lectent ceux qui nous dirigent (et qui ne sont pas exclusivement nos hommes politiques, bien s&ucirc;r) ? La crise c&rsquo;est la preuve par la faillite que le capitalisme ne conna&icirc;t aucune limite. Tout juste est-il capable de construire des digues dont nul n&rsquo;ignore qu&rsquo;elles n&rsquo;emp&ecirc;cheront aucun d&eacute;bordement. Seule S&eacute;gol&egrave;ne Royal avait os&eacute; aborder frontalement la question de l&rsquo;amour pendant la campagne de 2007. Etait-ce parce qu&rsquo;elle est femme ? Mais elle n&rsquo;&eacute;tait pas tout &agrave; fait cr&eacute;dible parce-que l&rsquo;amour dont elle nous parlait &eacute;tait par trop emprunt de religiosit&eacute; &agrave; peine dissimul&eacute;e. <em>&laquo; Ath&eacute;e serait celui, &raquo;<\/em> disait Lacan dans son S&eacute;minaire sur l&rsquo;angoisse, <em>&laquo; qui aurait r&eacute;ussi &agrave; &eacute;liminer le fantasme du Tout-Puissant &raquo;.<\/em> Raison, entre autres, pour laquelle la mont&eacute;e en puissance des int&eacute;grismes religieux est pain-b&eacute;ni pour nos soci&eacute;t&eacute;s dites lib&eacute;rales.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<br \/>\n\t\t\tCe qui pose, pour finir, la question de savoir ce que nous attendons de ceux qui esp&egrave;rent que nous allons les &eacute;lire. Notre d&eacute;ception sera comme de coutume &agrave; la hauteur de nos illusions. Tous les candidats, de l&rsquo;extr&ecirc;me droite &agrave; l&rsquo;extr&ecirc;me gauche, nous disent qu&rsquo;il faut dire la v&eacute;rit&eacute; aux fran&ccedil;ais. Et tous savent qu&rsquo;ils l&rsquo;ignorent ou ne peuvent pas la dire. Aussi les sages aguerris et lucides du <em>Trait&eacute; des P&egrave;res du Monde (<\/em>un trait&eacute; du Talmud) conseillaient-ils : <em>&laquo; Prenez garde au pouvoir car rien ne le rapproche de l&rsquo;homme hormis son int&eacute;r&ecirc;t : il appara&icirc;t amical tant qu&rsquo;il en a profit mais il n&rsquo;accorde aucun soutien &agrave; l&rsquo;homme au moment de sa d&eacute;tresse &raquo;.<\/em> Notre d&eacute;tresse n&rsquo;est-elle pas, de fait, le fin mot de nos vaines esp&eacute;rances ?<\/p>\n<p>\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<div align=\"left\" style=\"margin-right: 5px; float: left;\">\n\t\t\t<strong><img decoding=\"async\" alt=\"\" border=\"0\" src=\"http:\/\/images.telerama.fr\/medias\/2012\/04\/media_79952\/presidentielle-j-13-la-campagne-vue-par-le-psychanalyste-jean-pierre-winter,M83763.jpg\" title=\"\" \/><\/strong><\/div>\n<p>\t\t<strong>Jean-Pierre Winter <\/strong><em>est psychanalyste, essayiste. Cofondateur et actuel pr&eacute;sident du Mouvement du Co&ucirc;t Freudien, il a publi&eacute; de nombreux ouvrages dont :<\/em> Les Hommes politiques sur le divan,<em> Calmann-L&eacute;vy (1995) <\/em>; Les Errants de la chair. Etudes sur l&rsquo;hyst&eacute;rie masculine, <em>Calmann-L&eacute;vy (1998) <\/em>; Stupeur dans la civilisation, <em>Pauvert (2002), <\/em>Homoparent&eacute;, <em>Albin Michel (2010)<\/em> ; Choisir la psychanalyse, <em>Point Seuil (2010)<\/em>. Son dernier livre paru : Dieu, l&rsquo;amour et la psychanalyse,<em> Bayard (2011).&nbsp;<\/em><\/div>\n<\/section>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Pr&eacute;sidentielle J-13 : la campagne vue par le psychanalyste Jean-Pierre Winter &nbsp; Lapsus Quand donc, les femmes et les hommes politiques, les commentateurs agr&eacute;&eacute;s, les politologues, et autres experts de la vie politique, quand donc reconnaitront-ils que l&rsquo;invention d&rsquo;un inconscient freudien a compl&egrave;tement modifi&eacute;, que nous le voulions ou que l&rsquo;ignorions, notre approche de&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":16897,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[10,356,43,65,1],"tags":[],"class_list":["post-4218","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-france","category-hannah-arendt","category-le-monde","category-nicolas-sarkozy","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4218","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4218"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4218\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16897"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4218"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4218"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4218"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}