{"id":427,"date":"2015-10-13T00:07:12","date_gmt":"2015-10-13T00:07:12","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=427"},"modified":"2015-10-13T00:11:34","modified_gmt":"2015-10-13T00:11:34","slug":"etre-et-avoir-ete-un-juif-tunisien-par-elio-cohen-boulakia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/etre-et-avoir-ete-un-juif-tunisien-par-elio-cohen-boulakia\/","title":{"rendered":"Etre et avoir \u00e9t\u00e9 un juif tunisien Par Elio Cohen Boulakia"},"content":{"rendered":"<p>\n\tEtre et avoir &eacute;t&eacute; un juif tunisien&nbsp;Par Elio Cohen Boulakia<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tJuif, plus que tunisien?<\/p>\n<p>\n\tDevenu fran&ccedil;ais &agrave; l&#39;&acirc;ge de trente ans, en 1964, j&#39;ai &eacute;t&eacute;, je suis un juif tunisien.<\/p>\n<p>\n\tPourquoi d&#39;abord juif avant d&#39;&ecirc;tre tunisien? C&#39;est le regard des autres, y compris lorsqu&#39;il<\/p>\n<p>\n\tsemblait d&eacute;nu&eacute; du moindre racisme, qui a toujours fait de moi, en Tunisie, d&#39;abord un juif.<\/p>\n<p>\n\tC&#39;est aussi en raison de la vigueur du lien communautaire. D&eacute;bordant largement de la<\/p>\n<p>\n\tsph&egrave;re du religieux, ce lien se caract&eacute;risait par un affichage social d&eacute;lib&eacute;r&eacute;. Aussi &eacute;tait-il<\/p>\n<p>\n\tparfois bien difficile de tenter de vivre sa jud&eacute;it&eacute; sur un mode la&iuml;c.<\/p>\n<p>\n\tL&#39;empreinte familiale<\/p>\n<p>\n\tJe suis issu d&#39;une famille modeste qui a lentement acc&eacute;d&eacute; au niveau de classe moyenne. Je<\/p>\n<p>\n\tgarde de l&#39;&eacute;ducation que j&#39;ai re&ccedil;ue une croyance forte dans les vertus du travail, dans la<\/p>\n<p>\n\tpossibilit&eacute; d&#39;une &eacute;mancipation sociale par le savoir. Une morale exigeante, d&#39;essence<\/p>\n<p>\n\treligieuse, mettait en avant l&#39;esprit de tol&eacute;rance, le souci du respect et de l&#39;&eacute;coute de l&#39;autre,<\/p>\n<p>\n\ttout particuli&egrave;rement des plus d&eacute;munis. Mon p&egrave;re, habituellement enclin &agrave; l&#39;indulgence,<\/p>\n<p>\n\tcondamnait le comportement de ceux qui, boursoufl&eacute;s par leur vanit&eacute;, ne pr&ecirc;taient pas<\/p>\n<p>\n\tattention aux humbles.<\/p>\n<p>\n\tMa famille faisait un pont entre les deux parties de la communaut&eacute; juive que tout opposait :<\/p>\n<p>\n\tles Twans&acirc;, les Tunisiens, auxquels se rattachait la famille de mon p&egrave;re et les Grana, les<\/p>\n<p>\n\tLivournais dont ma m&egrave;re &eacute;tait issue.<\/p>\n<p>\n\tGrana et Twansa<\/p>\n<p>\n\tLa communaut&eacute; des &quot;granas&quot;, pluriel de gorni, habitant de Ligorno, Livourne, d&eacute;fendra avec<\/p>\n<p>\n\tt&eacute;nacit&eacute; jusqu&#39;au milieu du XX &egrave;me si&egrave;cle, sa revendication d&#39;autonomie face aux juifs<\/p>\n<p>\n\t&quot;twansa&quot;. Elle avait ses synagogues, ses lieux d&#39;abattage rituel, sa juridiction propre, des<\/p>\n<p>\n\tr&egrave;gles de vie diff&eacute;rentes de celles des twansa et m&ecirc;me des cimeti&egrave;res distincts ..<\/p>\n<p>\n\tIls &eacute;taient pr&eacute;sents &agrave; Tunis d&eacute;s le XVII &egrave;me si&egrave;cle, et c&#39;est &agrave; propos d&#39;une querelle sur la<\/p>\n<p>\n\tdistribution de la viande que se produisit en 1710, le schisme par lequel la communaut&eacute;<\/p>\n<p>\n\tlivournaise se constitua. Elle s&#39;arrogea en particulier un droit d&#39;abattage rituel. Apr&egrave;s un long<\/p>\n<p>\n\tcontentieux, l&#39;accord de 1741 organisa le partage des droits et devoirs au sein de chaque<\/p>\n<p>\n\tcommunaut&eacute;, y compris au niveau de l&#39;imp&ocirc;t d&ucirc; au souverain.<\/p>\n<p>\n\tL&#39;opposition &eacute;tait culturelle; europ&eacute;anis&eacute;s, les granas ne voulaient pas habiter la Hara , ni<\/p>\n<p>\n\trenoncer aux coutumes ni &agrave; l&#39;habit europ&eacute;ens. Ils comptaient dans leur rang des n&eacute;gociants,<\/p>\n<p>\n\tdes armateurs. Les liens permanents que ces commer&ccedil;ants maintenaient avec leurs<\/p>\n<p>\n\tcorrespondants europ&eacute;ens leur ont permis de p&eacute;renniser cette ouverture culturelle. Ils<\/p>\n<p>\n\thabitaient &agrave; Tunis en lisi&egrave;re du quartier franc (rue de la Glaci&egrave;re) puis, d&eacute;s la construction de<\/p>\n<p>\n\tcette derni&egrave;re, dans la ville europ&eacute;enne. Tout en pratiquant l&#39;usage de l&#39;arabe, ils ne<\/p>\n<p>\n\trenon&ccedil;aient pas &agrave; l&#39;italien. Ils ont beaucoup contribu&eacute; &agrave; r&eacute;pandre en Tunisie au XIX &egrave;me si&egrave;cle<\/p>\n<p>\n\tla connaissance des oeuvres philosophiques et litt&eacute;raires de l&#39;Europe des Lumi&egrave;res. Comme<\/p>\n<p>\n\tl&#39;accord de 1741 pla&ccedil;ait sous leur juridiction l&#39;ensemble des juifs issus des pays chr&eacute;tiens, le<\/p>\n<p>\n\tterme grana devint peu &agrave; peu un terme g&eacute;n&eacute;rique qui pouvait &eacute;galement concerner des juifs<\/p>\n<p>\n\tnon originaires de Livourne mais d&#39;autres parties de l&#39;Italie ou d&#39;autres pays d&#39; Europe.<\/p>\n<p>\n\tAussi, &agrave; la d&eacute;nomination de communaut&eacute; livournaise s&#39;est peu &agrave; peu substitu&eacute;e celle de<\/p>\n<p>\n\t2<\/p>\n<p>\n\tcommunaut&eacute; portugaise. En effet, le Portugal avait &eacute;t&eacute; &agrave; la fin du XV &egrave;me si&egrave;cle la derni&egrave;re<\/p>\n<p>\n\t&eacute;tape de l&#39;expulsion des juifs ib&eacute;riques .<\/p>\n<p>\n\tAu XIX &egrave;me si&egrave;cle, alors que les puissances europ&eacute;ennes convoitent de &quot;mettre la main&quot; sur<\/p>\n<p>\n\tle pays, et avant que la France ne l&#39;emporte, les grana se mirent sous la protection de ces<\/p>\n<p>\n\tpuissances, celle de l&#39;Angleterre, de la France ou de l&#39;Italie apr&egrave;s 1870.<\/p>\n<p>\n\tCe sont les grana qui se sont entremis pour favoriser les implantations des &eacute;coles de<\/p>\n<p>\n\tl&#39;Allliance d&eacute;s 1878.<\/p>\n<p>\n\tMais cette division grana \/ twansa n&#39;a pas emp&ecirc;ch&eacute; rabbins livournais et tunisiens d&#39;avoir<\/p>\n<p>\n\tdes grands ma&icirc;tres communs : David Bembaron en est un exemple . N&eacute; en 1885 , ce rabbin<\/p>\n<p>\n\tlivournais fut l&#39;&eacute;l&egrave;ve du Rabbi Chelomo Dana grande figure du Juda&iuml;sme tunisien &agrave; qui l&#39;on<\/p>\n<p>\n\tdoit le renouveau de l&#39;&eacute;tude de la Torah &agrave; Tunis &agrave; la fin du XIX &egrave;me si&egrave;cle . David Bembaron<\/p>\n<p>\n\tcontinua l&#39;oeuvre de son ma&icirc;tre ; il a pu par son autorit&eacute; morale devenir le chef des deux<\/p>\n<p>\n\tcommunaut&eacute;s et mettre fin en 1944, au moins sur le papier, &agrave; cette existence distincte de la<\/p>\n<p>\n\tcommunaut&eacute; portugaise.<\/p>\n<p>\n\tMais dans la m&eacute;moire collective le vieil antagonisme subsistera sans doute tant que<\/p>\n<p>\n\tvivront&hellip; les gens de ma g&eacute;n&eacute;ration ! J&#39;ai pu en effet mesurer combien &eacute;taient tenaces ces<\/p>\n<p>\n\tpr&eacute;jug&eacute;s m&eacute;prisants : quoique mon p&egrave;re ait su conqu&eacute;rir par son urbanit&eacute; et ses qualit&eacute;s de<\/p>\n<p>\n\tcoeur tous les membres de sa belle famille livournaise il demeurait n&eacute;anmoins &agrave; leur yeux<\/p>\n<p>\n\tune exception&hellip; rarissime !<\/p>\n<p>\n\tLe r&ocirc;le de l&#39;AIU (Alliance Isra&eacute;lite Universelle)<\/p>\n<p>\n\tMon p&egrave;re a grandi &agrave; proximit&eacute; de la hara, le vieux ghetto de Tunis fond&eacute; &agrave; la fin du X i&egrave;me<\/p>\n<p>\n\tsi&egrave;cle gr&acirc;ce &agrave; Sidi Mahrez, dans le quartier populaire de la Hafsia. Il fut &eacute;l&egrave;ve de l&#39;Alliance<\/p>\n<p>\n\tIsra&euml;lite dans l&#39;&eacute;cole de la rue Malta Sghrira (la petite Malte), implant&eacute;e d&eacute;s 1878, avant<\/p>\n<p>\n\tm&ecirc;me l&#39;installation du protectorat fran&ccedil;ais en 1881.<\/p>\n<p>\n\tC&#39;est pendant la Grande Guerre qu&#39;il obtint brillamment le certificat d&#39;&eacute;tudes primaires. Son<\/p>\n<p>\n\tinstituteur ne put fl&eacute;chir la d&eacute;cision familiale de mettre le jeune David en apprentissage; et<\/p>\n<p>\n\tmon p&egrave;re quitta l&#39;&eacute;cole &agrave; l&#39;&acirc;ge de 12 ans. Mon grand-p&egrave;re ne pouvait agir autrement; il &eacute;tait<\/p>\n<p>\n\tcourant dans les familles modestes que les gar&ccedil;ons aident leur p&egrave;re &agrave; faire grandir la famille<\/p>\n<p>\n\tqui en l&#39;occurrence comptait 8 enfants.<\/p>\n<p>\n\tDe l&#39;Alliance, mon p&egrave;re a gard&eacute; toute sa vie une grande admiration pour la patrie de la<\/p>\n<p>\n\tR&eacute;volution et des Droits de l&#39;homme, un grand attachement &agrave; la R&eacute;publique et &agrave; ses valeurs,<\/p>\n<p>\n\taux grands hommes qu&#39;&eacute;taient pour lui Hugo, Zola et quelques autres. Aussi, Vichy et le<\/p>\n<p>\n\tstatut des juifs le remplirent &#8211; il de d&eacute;sarroi. J&#39;ai vu mon p&egrave;re pleurer pour la premi&egrave;re fois, &agrave;<\/p>\n<p>\n\tcette occasion. La France mythifi&eacute;e de son enfance se trahissait elle-m&ecirc;me.<\/p>\n<p>\n\tL&#39;h&eacute;ritage du juda&iuml;sme s&eacute;pharade<\/p>\n<p>\n\tComme c&#39;&eacute;tait souvent le cas dans les communaut&eacute;s au d&eacute;but du si&egrave;cle dernier, mon p&egrave;re<\/p>\n<p>\n\tnous a transmis un fort attachement aux enseignements de la Torah, tandis que ma m&egrave;re,<\/p>\n<p>\n\tvestale du foyer, elle-m&ecirc;me anim&eacute;e d&#39;une foi quasi mystique, veillait en particulier &agrave; la<\/p>\n<p>\n\tpr&eacute;paration des temps forts que sont le Shabat et les grandes f&ecirc;tes qui rythment l&#39;ann&eacute;e<\/p>\n<p>\n\tjuive.<\/p>\n<p>\n\tJusqu&#39;&agrave; l&#39;&acirc;ge de mes 15 ans, ont beaucoup compt&eacute; pour moi, outre la lecture de la Torah,<\/p>\n<p>\n\tma participation active aux offices religieux dans notre synagogue, tapie au fond de la vieille<\/p>\n<p>\n\tville et b&acirc;tie en bordure d&#39;une venelle &agrave; laquelle on acc&eacute;dait par la rue Zarkoun.<\/p>\n<p>\n\tJ&#39;en ai conserv&eacute; un fort attachement au caract&egrave;re primordial de la justice, justice due &agrave; tous,<\/p>\n<p>\n\tce qui garantit l&#39;&eacute;gale dignit&eacute; de chacun.<\/p>\n<p>\n\t3<\/p>\n<p>\n\tJ&#39;en ai conserv&eacute; &eacute;galement ce besoin de chercher sens &agrave; ce qu&#39;on fait, &agrave; ce qu&#39;on est.<\/p>\n<p>\n\tBesoin de croire &agrave; la possibilit&eacute; d&#39;oeuvrer pour un monde meilleur et que j&#39;ai ensuite assez<\/p>\n<p>\n\tnaturellement, transpos&eacute; en militant, pour un temps, au parti communiste.<\/p>\n<p>\n\tL&#39;universalit&eacute; du message des &quot;Justes&quot; qui traversent la Bible, de No&eacute;, d&#39;Abraham, des<\/p>\n<p>\n\tproph&egrave;tes, est sans doute ce que j&#39;ai le plus retenu.<\/p>\n<p>\n\tIl est de bon ton aujourd&#39;hui dans une partie de la communaut&eacute; juive tunisienne exil&eacute;e en<\/p>\n<p>\n\tFrance de d&eacute;nigrer le Juda&iuml;sme s&eacute;pharade. On lui reprocherait en quelque sorte d&#39;avoir<\/p>\n<p>\n\tconduit &agrave; une repr&eacute;sentation ab&acirc;tardie, scl&eacute;ros&eacute;e, du Juda&iuml;sme, de n&#39;y voir qu&#39;une collection<\/p>\n<p>\n\tde rites coup&eacute;s de leur sens, qu&#39;un ensemble de pratiques superstitieuses.<\/p>\n<p>\n\tL&#39;histoire rendra compte de la place de ce Juda&iuml;sme dans la constitution du patrimoine<\/p>\n<p>\n\tculturel de la Tunisie.<\/p>\n<p>\n\tL&#39;originalit&eacute; du Juda&iuml;sme tunisien, avant m&ecirc;me et depuis l&#39;h&eacute;ritage ib&eacute;rique de l&#39;Andalousie,<\/p>\n<p>\n\ta marqu&eacute; de son empreinte l&#39;interpr&eacute;tation, la tonalit&eacute; des commentaires bibliques. La<\/p>\n<p>\n\tTunisie a compt&eacute; des rabbins de grands renoms dont t&eacute;moignent les archives des<\/p>\n<p>\n\tacad&eacute;mies religieuses de Babylone. Citons pour le Moyen Age les grands noms de l&#39;Ecole<\/p>\n<p>\n\tde Kairouan: HUSHIEL, HANANEL, NISSIM BEN JACOB&hellip;<\/p>\n<p>\n\tPlus pr&egrave;s de nous, au XVIIIi&egrave;me et XIXi&egrave;me si&egrave;cle: TSEMAH TSARFATI, AVRAHAM TA&Iuml;EB (dit BABA<\/p>\n<p>\n\tSIDI), ITSHAK LUMBROSO, RABBI ITSHAK HA&Iuml; TA&Iuml;EB LO MET ( lo met: celui qui n&#39;est pas mort )&hellip;<\/p>\n<p>\n\tEn plus de leur &eacute;rudition, de leur passion pour l&#39;enseignement, ces figures d&#39;&eacute;lite marqu&egrave;rent<\/p>\n<p>\n\tleur temps par leur capacit&eacute; d&#39;&eacute;coute et leur compassion pour les souffrances des plus<\/p>\n<p>\n\thumbles. Ils furent souvent, tout &agrave; la fois des m&eacute;decins du corps et de l&#39;&acirc;me.<\/p>\n<p>\n\tApr&egrave;s 2000 ans de vie en Tunisie, apr&egrave;s 1300 ans d&#39;une coexistence avec une civilisation<\/p>\n<p>\n\tarabo-islamique, coexistence, parfois difficile certes, mais dont on ne trouve pas d&#39;&eacute;quivalent<\/p>\n<p>\n\tdans l&#39;occident chr&eacute;tien, est venue l&#39;&eacute;preuve du d&eacute;racinement. Ce d&eacute;racinement, qui s&#39;est<\/p>\n<p>\n\top&eacute;r&eacute; au milieu du XX &egrave;me si&egrave;cle, en une &agrave; deux d&eacute;cennies, aura concern&eacute; au total 98% des<\/p>\n<p>\n\teffectifs de la communaut&eacute; et constitu&eacute;, somme toute, un d&eacute;fi insurmontable &agrave; la survie de<\/p>\n<p>\n\tcette culture mill&eacute;naire.<\/p>\n<p>\n\tMais fallait-il pour autant que le juda&iuml;sme s&eacute;pharade tunisien connaisse l&#39;affront d&#39;un<\/p>\n<p>\n\td&eacute;nigrement syst&eacute;matique qui a &eacute;t&eacute; jusqu&#39;&agrave; vouloir l&#39;effacer de la m&eacute;moire collective?<\/p>\n<p>\n\tComment des juifs tunisiens exil&eacute;s se sont donn&eacute;s des anc&ecirc;tres lituaniens.<\/p>\n<p>\n\tDe par sa tradition, le juda&iuml;sme s&eacute;pharade tunisien a toujours privil&eacute;gi&eacute; la cl&eacute;mence<\/p>\n<p>\n\tmis&eacute;ricordieuse d&#39;essence abrahmanesque &#8211; le Hissed &#8211; sur la pr&eacute;&eacute;minence dogmatique de<\/p>\n<p>\n\tla Loi .<\/p>\n<p>\n\tAussi, est-ce bien par une volont&eacute; d&eacute;lib&eacute;r&eacute;e de rupture que peut s&#39;expliquer, dans les<\/p>\n<p>\n\tann&eacute;es 80, l&#39;adh&eacute;sion fr&eacute;n&eacute;tique &agrave; la mouvance Loubavitch de juifs tunisiens dont les<\/p>\n<p>\n\tfamilles s&#39;&eacute;taient exil&eacute;es en France, 15 &agrave; 20 ans plus t&ocirc;t.<\/p>\n<p>\n\tCette mouvance se rattache &agrave; la tradition hassidique. Ce mouvement pi&eacute;tiste populaire, n&eacute;<\/p>\n<p>\n\ten Europe Orientale au 18i&egrave;me si&egrave;cle, s&#39;&eacute;tait assign&eacute;e la &quot;rejuda&iuml;sation&quot; de ceux dont la foi,<\/p>\n<p>\n\tpensaient-ils, avait &eacute;t&eacute; &eacute;branl&eacute;e par les effets de la philosophie des Lumi&egrave;res.<\/p>\n<p>\n\tDans de nombreuses &eacute;tudes sur ce sujet, Laurence Podselver1 a rendu compte de ce mode<\/p>\n<p>\n\ttout &agrave; fait surprenant d&#39;int&eacute;gration en France de certains juifs tunisiens.<\/p>\n<p>\n\tD&#39;ob&eacute;dience ultra orthodoxe, ce mouvement religieux issu du juda&iuml;sme ashkenase a donc<\/p>\n<p>\n\tfait des &eacute;mules aupr&egrave;s de jeunes adultes juifs issus de l&#39;&eacute;migration tunisienne.<\/p>\n<p>\n\tCes jeunes auraient pu s&#39;int&eacute;grer &agrave; la communaut&eacute; nationale fran&ccedil;aise. Ils exprimaient<\/p>\n<p>\n\tn&eacute;anmoins m&eacute;fiance et rancoeur &agrave; l&#39;&eacute;gard de la R&eacute;publique dont le discours officiel<\/p>\n<p>\n\t1 De Laurence Podselver on peut citer notamment :&quot;Le mouvement Loubavitch; d&eacute;racinement et r&eacute;insertion des<\/p>\n<p>\n\ts&eacute;pharades&quot; Paris Pardes n&deg;3 1986.<\/p>\n<p>\n\t&quot;La tradition r&eacute;invent&eacute;e: les Hassidim de Loubavitch en France &quot; Paris Revue des Etudes Juives juil-d&eacute;c 1992<\/p>\n<p>\n\t4<\/p>\n<p>\n\tmasquait, disaient-ils, des zones d&#39;ombre, notamment sur la politique antis&eacute;mite de Vichy et<\/p>\n<p>\n\tsa collusion avec l&#39;occupant nazi. Ils semblaient &eacute;galement d&eacute;&ccedil;us de la ti&eacute;deur de l&#39;accueil<\/p>\n<p>\n\tque leur avait r&eacute;serv&eacute; la communaut&eacute; juive de France. Il y avait donc tout &agrave; la fois une forte<\/p>\n<p>\n\tr&eacute;ticence &agrave; l&#39;&eacute;gard de l&#39;int&eacute;gration citoyenne et une attente d&eacute;&ccedil;ue. C&#39;est par un rejet violent<\/p>\n<p>\n\tdu juda&iuml;sme s&eacute;pharade de leurs p&egrave;res, accompagn&eacute; d&#39;une adh&eacute;sion spectaculaire au<\/p>\n<p>\n\tmouvement Loubavitch, que cette crise identitaire allait trouver son d&eacute;nouement.<\/p>\n<p>\n\tLe mode de vie de ces Ashk&eacute;nases d&#39;adoption allait subir une v&eacute;ritable r&eacute;volution. Avec<\/p>\n<p>\n\tl&#39;ardeur des n&eacute;ophytes et par crainte de manquer au d&eacute;tail de certaines r&egrave;gles de vie, il leur<\/p>\n<p>\n\test arriv&eacute; de rajouter des interdits &agrave; une pratique ultra-orthodoxe dont l&#39;observance en soi,<\/p>\n<p>\n\test d&eacute;j&agrave; fort contraignante. Par crainte de leur influence, ils ont tenu leur propres parents, &agrave;<\/p>\n<p>\n\tl&#39;&eacute;cart de leurs enfants parce qu&#39;ils jugeaient leur pratique peu conforme &agrave; la &quot;vraie&quot;<\/p>\n<p>\n\treligion, provoquant ainsi la rupture des cha&icirc;nes de transmission familiales. Ces<\/p>\n<p>\n\ttraumatismes ont donn&eacute; lieu &agrave; des transferts au profit de leur nouvelle famille spirituelle, et<\/p>\n<p>\n\tl&#39;on peut voir le portrait d&#39;un &quot;Rav&quot; v&eacute;n&eacute;r&eacute; du mouvement, tr&ocirc;ner souvent en bonne place<\/p>\n<p>\n\tdans la salle &agrave; manger familiale. Ce reniement est all&eacute;, dans certains cas, jusqu&#39;&agrave; bannir la<\/p>\n<p>\n\tcuisine traditionnelle; et la &quot;carpe farcie&quot; -cuisin&eacute;e sans g&eacute;nie- a pris alors tristement la place<\/p>\n<p>\n\tdu couscous!<\/p>\n<p>\n\tLa minorit&eacute; qu&#39;ils repr&eacute;sentent sur le total des juifs issus de Tunisie est une minorit&eacute;<\/p>\n<p>\n\tagissante, embl&eacute;matique m&ecirc;me et qui revendique toute sa place dans les institutions<\/p>\n<p>\n\tconsistoriales. Elle exerce &eacute;galement une activit&eacute; importante au plan scolaire puisqu&#39;un<\/p>\n<p>\n\tcinqui&egrave;me environ des &eacute;coles juives de France appartiennent &agrave; leur mouvance.<\/p>\n<p>\n\tDe cette aventure de notre temps, bien des images surprennent mais je voudrais ici n&#39;en<\/p>\n<p>\n\trapporter qu&#39;une: celle d&#39;un jeune rabbin que j&#39;ai retrouv&eacute; affubl&eacute; d&#39;un manteau noir &agrave; queue<\/p>\n<p>\n\tde pie et qui semblait sorti d&#39;une vieille photographie lituanienne, lui, dont le grand-p&egrave;re, &agrave;<\/p>\n<p>\n\tDjerba portait le burnous et le costume traditionnel tunisien!<\/p>\n<p>\n\tRegard sur un pass&eacute; r&eacute;cent : autonomie et vigueur de la vie sociale<\/p>\n<p>\n\tUne br&egrave;ve incursion dans l&rsquo;histoire sociale de la communaut&eacute; juive permet de mesurer le<\/p>\n<p>\n\tpoids du pass&eacute;, de l&rsquo;impr&eacute;gnation culturelle au moment o&ugrave; allait s&rsquo;op&eacute;rer une marche &agrave;<\/p>\n<p>\n\tcadence forc&eacute;e vers l&lsquo;assimilation aux valeurs de l&rsquo;occident.<\/p>\n<p>\n\tJusqu&#39;au XX&egrave;me si&egrave;cle, la vie sociale de la communaut&eacute; juive &eacute;tait marqu&eacute;e par une forte<\/p>\n<p>\n\tautonomie, sous le r&eacute;gime de la dhimma.<\/p>\n<p>\n\tAutour de la synagogue, v&eacute;ritable centre de la vie sociale, la communaut&eacute; organisait sa<\/p>\n<p>\n\trepr&eacute;sentation de la vie politique et sociale. Elle disposait de ses propres tribunaux, au civil<\/p>\n<p>\n\tcomme au p&eacute;nal du moment que les parties &eacute;taient toutes juives. Elle avait ses &eacute;coles, ses<\/p>\n<p>\n\t&eacute;quipements rituels tels que : bains publics, cimeti&egrave;res, lieux d&rsquo;abattage pour la viande de<\/p>\n<p>\n\tboucherie&hellip;<\/p>\n<p>\n\tToute la vie sociale et d&rsquo;&eacute;changes &eacute;tait inspir&eacute;e par les pr&eacute;ceptes de la Thora et c&rsquo;est<\/p>\n<p>\n\td&rsquo;abord par l&rsquo;&eacute;tude du Talmud que commen&ccedil;ait, pour ceux qui pouvaient y acc&eacute;der,<\/p>\n<p>\n\tl&rsquo;apprentissage du savoir.<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;arabe &eacute;tait le langage des lettr&eacute;s, tandis que le peuple parlait le jud&eacute;o-arabe, un savoureux<\/p>\n<p>\n\tdialecte qui a donn&eacute; lieu &agrave; une abondante litt&eacute;rature populaire. Pour le passage &agrave; l&rsquo;&eacute;crit,<\/p>\n<p>\n\tcette langue empruntait.. l&rsquo;alphabet h&eacute;breu ! Au d&eacute;but du XX&egrave;me si&egrave;cle, dans les ann&eacute;es 20, il<\/p>\n<p>\n\texistait quelques cinq cents ouvrages de litt&eacute;rature la&iuml;que en jud&eacute;o-arabe, parmi lesquels on<\/p>\n<p>\n\tretrouvait des traductions de romans populaires fran&ccedil;ais, dont les oeuvres d&rsquo;Alexandre<\/p>\n<p>\n\tDumas. C&rsquo;est sans doute dans le domaine de la musique, avec l&rsquo;h&eacute;ritage andalou, de la<\/p>\n<p>\n\tdanse, du th&eacute;&acirc;tre et de la chanson populaires que les affinit&eacute;s et les &eacute;changes avec les<\/p>\n<p>\n\tautres parties de la soci&eacute;t&eacute; tunisienne ont &eacute;t&eacute; les plus visibles. La premi&egrave;re moiti&eacute; du XX &egrave;me<\/p>\n<p>\n\tsi&egrave;cle a laiss&eacute; la trace de &laquo; gloires &raquo; locales o&ugrave; se m&ecirc;lent artistes juifs et arabes : Cheikh El<\/p>\n<p>\n\t5<\/p>\n<p>\n\tAfrit, Habiba Messika, Fritna Darmon, Leila Sfez, Chafia Rochdi, Ali Riahi, Raoul Journo,<\/p>\n<p>\n\tSaliha&hellip;<\/p>\n<p>\n\tEn f&eacute;vrier 1930, l&rsquo;enterrement de la jeune et talentueuse artiste Habiba Messika, disparue<\/p>\n<p>\n\ttragiquement au sommet de sa gloire, donna lieu &agrave; des sc&egrave;nes de tristesse populaire o&ugrave; la<\/p>\n<p>\n\tfoule de ses &laquo; fans &raquo; comptait autant d&rsquo;arabes que de juifs.<\/p>\n<p>\n\tCes juifs s&eacute;farades, tout en ayant donc une forte identit&eacute; juive, &eacute;taient &laquo; maghr&eacute;bis&eacute;s &raquo; en<\/p>\n<p>\n\tprofondeur, par la langue, par le v&ecirc;tement, par la culture populaire, par les coutumes aussi,<\/p>\n<p>\n\tdont une place faite au maraboutisme, rattach&eacute; &agrave; la tradition religieuse. Les habitudes<\/p>\n<p>\n\tculinaires &ndash; d&rsquo;aucuns parleront m&ecirc;me de gastronomie- constituaient une remarquable<\/p>\n<p>\n\tsynth&egrave;se des multiples apports qui sont venus enrichir, au fil des si&egrave;cles, le fond araboberb&egrave;re,<\/p>\n<p>\n\tavec la place de choix revenant au couscous ! Les influences italienne, espagnole,<\/p>\n<p>\n\t&eacute;gyptienne, grecque&hellip; ont donn&eacute; lieu &agrave; des mets, &agrave; des saveurs qui restent pr&eacute;sents dans la<\/p>\n<p>\n\tcuisine traditionnelle juive de Tunisie et qui en font toute la richesse.<\/p>\n<p>\n\tAinsi, jusqu&rsquo;au premier quart du XX&egrave;me si&egrave;cle, le juda&iuml;sme tunisien a constitu&eacute; une<\/p>\n<p>\n\tauthentique composante de ce pays du Maghreb et &agrave; l&rsquo;instar de la soci&eacute;t&eacute; islamique au sein<\/p>\n<p>\n\tde laquelle il se mouvait, la religion y constituait &ndash; encore &#8211; la base m&ecirc;me de l&rsquo;identit&eacute;<\/p>\n<p>\n\tcollective.<\/p>\n<p>\n\tLa marche forc&eacute;e &agrave; l&rsquo;assimilation occidentale par la francisation<\/p>\n<p>\n\tJe fais partie de la g&eacute;n&eacute;ration qui a imm&eacute;diatement succ&eacute;d&eacute; &agrave; celle qui avait v&eacute;cu la<\/p>\n<p>\n\ttransition. Transition vers l&#39;ouverture r&eacute;solue &agrave; la modernit&eacute; occidentale elle-m&ecirc;me pr&eacute;par&eacute;e<\/p>\n<p>\n\tpar l&rsquo;acc&egrave;s massif &agrave; l&rsquo;&eacute;cole fran&ccedil;aise.<\/p>\n<p>\n\tContrairement &agrave; ce qui s&rsquo;&eacute;tait pass&eacute; en Alg&eacute;rie, les juifs tunisiens n&rsquo;ont pas collectivement<\/p>\n<p>\n\tacquis la nationalit&eacute; fran&ccedil;aise avec l&rsquo;instauration du pouvoir colonial. Mais rapidement, la<\/p>\n<p>\n\tmise en place d&rsquo;une administration de droit fran&ccedil;ais a fait dispara&icirc;tre le statut de la dhimma.<\/p>\n<p>\n\tLa place du religieux dans la vie publique allait s&rsquo;estomper en deux g&eacute;n&eacute;rations.<\/p>\n<p>\n\tDans cette marche acc&eacute;l&eacute;r&eacute;e du juif &agrave; l&rsquo;assimilation, comment se situait la communaut&eacute; face<\/p>\n<p>\n\tau combat des partis nationalistes contre le pouvoir colonial? La g&eacute;n&eacute;ration dont j&rsquo;ai fait<\/p>\n<p>\n\tpartie jugeait positivement les cons&eacute;quences de la pr&eacute;sence fran&ccedil;aise. L&rsquo;&eacute;galit&eacute; de tous<\/p>\n<p>\n\tdevant la loi &ndash; au moins dans le principe &#8211; mettait fin aux restrictions qu&rsquo;accompagnait<\/p>\n<p>\n\tnagu&egrave;re le statut de dhimmi. L&rsquo;acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;instruction et &agrave; la pr&eacute;paration au m&eacute;tier ouvrait la<\/p>\n<p>\n\tvoie &agrave; un &eacute;panouissement individuel. Cet acc&egrave;s a &eacute;galement favoris&eacute; la promotion sociale :<\/p>\n<p>\n\tm&eacute;decins, avocats, enseignants, ing&eacute;nieurs, cadres de l&rsquo;industrie et du commerce&hellip;.<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;ascenseur social a jou&eacute; &agrave; plein.<\/p>\n<p>\n\tDans le m&ecirc;me temps, cette assimilation d&eacute;tachait de leurs racines une partie au moins de<\/p>\n<p>\n\tces juifs tunisiens : abandon progressif de l&rsquo;usage du jud&eacute;o-arabe ; migration continue de<\/p>\n<p>\n\tl&rsquo;habitat vers les quartiers r&eacute;sidentiels europ&eacute;ens des villes, francisation des moeurs, du<\/p>\n<p>\n\tcostume&hellip;<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;attitude m&ecirc;me des partis nationalistes, qui r&eacute;pugnaient &agrave; accueillir des juifs tunisiens, a<\/p>\n<p>\n\tconfort&eacute; cette tendance majoritaire &agrave; &laquo; choisir son camp &raquo; du c&ocirc;t&eacute; de la pr&eacute;sence fran&ccedil;aise.<\/p>\n<p>\n\tMais d&eacute;s le d&eacute;but des ann&eacute;es 50, la fin du statut colonial devenait une hypoth&egrave;se plausible<\/p>\n<p>\n\tet d&eacute;j&agrave; le dilemme douloureux qu&rsquo;allait conna&icirc;tre cette communaut&eacute; se faisait jour : que faire,<\/p>\n<p>\n\tune fois l&rsquo;ind&eacute;pendance venue et la France partie ? Demeurer dans son pays, la Tunisie,<\/p>\n<p>\n\tavec l&rsquo;incertitude qui serait la sienne sur son nouveau statut ? Partir, partir sans espoir de<\/p>\n<p>\n\tretour ?<\/p>\n<p>\n\tSeul le parti communiste tunisien &ndash; mais le consid&eacute;rait-on alors vraiment comme un parti<\/p>\n<p>\n\tnational ? &#8211; admettait sans r&eacute;ticence dans ses rangs, des juifs tunisiens. Ces derniers &eacute;taient<\/p>\n<p>\n\tm&ecirc;me si nombreux en proportion du total &hellip; que cela en &eacute;tait devenu embarrassant pour le<\/p>\n<p>\n\tparti lui-m&ecirc;me !<\/p>\n<p>\n\t6<\/p>\n<p>\n\tComment se revendiquer et &ecirc;tre reconnu comme tunisien &agrave; part enti&egrave;re, sans &laquo; &eacute;preuve &raquo;<\/p>\n<p>\n\tpr&eacute;alable ? Ce d&eacute;sir, je n&rsquo;ai jamais pu le voir se r&eacute;aliser.<\/p>\n<p>\n\tIl me revient en m&eacute;moire une discussion dans une r&eacute;union du parti communiste tunisien<\/p>\n<p>\n\tauquel j&#39;ai adh&eacute;r&eacute; &agrave; la fin des ann&eacute;es 50. C&#39;&eacute;tait peu de temps apr&egrave;s l&#39;ind&eacute;pendance. Nous<\/p>\n<p>\n\t&eacute;tions dans la p&eacute;riode de Ramadan, et un camarade faisait remarquer que pour &ecirc;tre admis<\/p>\n<p>\n\tcomme &quot;vrai&quot; tunisien et ne pas choquer ceux que nous voulions gagner &agrave; nos id&eacute;es, il<\/p>\n<p>\n\tconvenait sans doute que nous fassions le car&ecirc;me nous aussi et il ajoutait &agrave; mon adresse, &quot;y<\/p>\n<p>\n\tcompris toi, Elio&quot;. M&ecirc;me dans le combat que nous menions pour la reconnaissance du<\/p>\n<p>\n\tmultipartisme il m&#39;&eacute;tait bien difficile de ne pas ressembler &agrave; un OVNI! Un soir de collage,<\/p>\n<p>\n\tavant des &eacute;lections, notre groupe apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; molest&eacute; par la police politique du N&eacute;o<\/p>\n<p>\n\tDestour, subit un contr&ocirc;le de police; je garde en m&eacute;moire l&#39;ahurissement qui se lisait sur le<\/p>\n<p>\n\tvisage du policier d&eacute;couvrant mon nom: un juif communiste dans un combat national ;<\/p>\n<p>\n\tdouble enfermement et aberration, qui &agrave; ses yeux, semblait constituer un cas d&#39;ali&eacute;nation!<\/p>\n<p>\n\tRetour sur les &eacute;tapes de l&#39;exil<\/p>\n<p>\n\tVers 1950, au moment o&ugrave; commen&ccedil;ait l&#39;exode vers le nouvel &eacute;tat d&#39;Isra&euml;l, la Tunisie<\/p>\n<p>\n\tcomptait 105 000 juifs, de nationalit&eacute; tunisienne pour plus des deux tiers du total.<\/p>\n<p>\n\tL&#39;enracinement des juifs en Tunisie se refl&eacute;tait par le nombre &eacute;lev&eacute; de localit&eacute;s et d&#39;humbles<\/p>\n<p>\n\tbourgades o&ugrave; les juifs &eacute;taient install&eacute;s, constituant parfois des communaut&eacute;s r&eacute;duites &agrave; 10<\/p>\n<p>\n\tou 20 familles, et ce, jusqu&#39;aux confins sahariens. A l&#39;&eacute;poque contemporaine, c&#39;est la<\/p>\n<p>\n\tcommunaut&eacute; de la r&eacute;gion tunisoise qui s&#39;est le plus d&eacute;velopp&eacute;e. En 1950, elle repr&eacute;sentait<\/p>\n<p>\n\talors, avec environ 65000 personnes, 15%de la population tunisoise.<\/p>\n<p>\n\tLe d&eacute;but de l&#39;exode vers Isra&euml;l (alya)<\/p>\n<p>\n\tSa raison majeure a bien r&eacute;sid&eacute; dans un &eacute;lan fait d&#39;id&eacute;al sioniste et de foi messianique. D&eacute;s<\/p>\n<p>\n\tle d&eacute;but du XX &egrave;me si&egrave;cle, on trouve trace de l&#39;enracinement de cet id&eacute;al sioniste d&#39;inspiration<\/p>\n<p>\n\tmoderniste p&eacute;n&eacute;tr&eacute; de la philosophie des Lumi&egrave;res. Ce mouvement avait souvent une<\/p>\n<p>\n\torientation la&iuml;que et m&ecirc;me socialiste o&ugrave; l&#39;id&eacute;e moderne de la nation n&#39;ob&eacute;issait plus au<\/p>\n<p>\n\tprimat du religieux. En 1923 est cr&eacute;&eacute;e la section de Tunisie de l&#39;UUJJ, Union Universelle de<\/p>\n<p>\n\tla Jeunesse Juive. Elle se tourna r&eacute;solument vers le sionisme en d&eacute;saccord avec les<\/p>\n<p>\n\torientations de l&#39;organe central de l&#39;Union.<\/p>\n<p>\n\tEn liaison avec les organisations sionistes allait s&#39;implanter en Tunisie au lendemain de la<\/p>\n<p>\n\tdeuxi&egrave;me guerre mondiale des &eacute;tablissements de l&#39;OSE, l&#39;oeuvre de Secours &agrave; l&#39;Enfance et<\/p>\n<p>\n\tde l&#39;ORT, Organisation &ndash; Reconstruction -Travail. Tout en contribuant &agrave; am&eacute;liorer le niveau<\/p>\n<p>\n\tsanitaire et la formation professionnelle dans les milieux populaires, ces organisations<\/p>\n<p>\n\tcontribu&egrave;rent aussi &agrave; la propagation de l&#39;id&eacute;al sioniste.<\/p>\n<p>\n\tTout cela explique, le caract&egrave;re massif des d&eacute;parts vers Isra&euml;l d&eacute;s la fondation de l&#39;Etat.<\/p>\n<p>\n\tLes Juifs de l&#39;int&eacute;rieur sont parmi les premiers: 3 bateaux sionistes feront le plein au d&eacute;part<\/p>\n<p>\n\tde Djerba, Gab&egrave;s et Sfax. En 1952 15000 Juifs avaient d&eacute;j&agrave; &eacute;migr&eacute; en Isra&euml;l; ils &eacute;taient<\/p>\n<p>\n\t25000 au moment de la proclamation de l&#39;ind&eacute;pendance tunisienne. Le mouvement se<\/p>\n<p>\n\tcontinuera &agrave; un rythme moins soutenu, pour atteindre en 1970 environ 47000 personnes.<\/p>\n<p>\n\tC&#39;est donc, &agrave; cette date &#8211; l&agrave;, 45% de l&#39;ensemble de la communaut&eacute; qui avait choisi d&#39;aller<\/p>\n<p>\n\tvers Isra&euml;l.<\/p>\n<p>\n\tDe l&#39;autonomie interne au choc de la guerre des Six Jours.<\/p>\n<p>\n\tLorsque le 31 juillet 1954 Pierre Mend&eacute;s France proclame au palais de Carthage le principe<\/p>\n<p>\n\tde l&rsquo;autonomie interne, le N&eacute;o Destour a, en fait, gagn&eacute; la partie. L&#39;entr&eacute;e triomphale dans<\/p>\n<p>\n\t7<\/p>\n<p>\n\tTunis le 1ier juin 1955, de celui qui incarne la nation nouvelle: Habib Bourguiba est un<\/p>\n<p>\n\tsouvenir fort que je garde en m&eacute;moire. La Convention francotunisienne du 3 juin est<\/p>\n<p>\n\ts&eacute;curisante pour les juifs. Le premier gouvernement tunisien compte un ministre juif, Andr&eacute;<\/p>\n<p>\n\tBarouch, militant du N&eacute;o Destour. En r&eacute;affirmant la libert&eacute; de circulation de tous les citoyens<\/p>\n<p>\n\tHabib Bourguiba r&eacute;pond positivement &agrave; l&#39;inquI&eacute;tude de la communaut&eacute;. Et c&#39;est en citoyens<\/p>\n<p>\n\tqu&#39;avec les autres tunisiens, les juifs sont appel&eacute;s &agrave; &eacute;lire les d&eacute;put&eacute;s de l&#39;Assembl&eacute;e<\/p>\n<p>\n\tNationale Constituante.<\/p>\n<p>\n\tEt pourtant l&#39;inqui&eacute;tude et la crispation identitaire sont plus fortes que jamais. La<\/p>\n<p>\n\tcommunaut&eacute; juive en pleine effervescence se d&eacute;chire pour l&#39;&eacute;lection de ses repr&eacute;sentants ; il<\/p>\n<p>\n\ty aura m&ecirc;me un r&eacute;f&eacute;r&eacute; contre l&#39;&eacute;lection de la liste conduite par Charles Haddad qui l&#39;emporte<\/p>\n<p>\n\tmalgr&eacute; tout. Emotion et f&eacute;brilit&eacute; &eacute;galement &agrave; l&#39;occasion de la suppression du tribunal<\/p>\n<p>\n\trabbinique. Elle s&#39;inscrivait pourtant dans la logique de la promulgation du statut personnel.<\/p>\n<p>\n\tOnze magistrats juifs furent &agrave; cette occasion nomm&eacute;s et int&eacute;gr&eacute;s &agrave; la nouvelle Chambre de<\/p>\n<p>\n\tstatut personnel. Pourquoi donc cette inqui&eacute;tude et cette crispation? On peut se risquer &agrave;<\/p>\n<p>\n\tune explication: avec le d&eacute;part programm&eacute; de la France, la fraction assimil&eacute;e &agrave; la francit&eacute;<\/p>\n<p>\n\taccusait le choc en retour de cet arrachement. Quant aux couches populaires, peu atteintes<\/p>\n<p>\n\tpar l&#39;assimilation, toute nouveaut&eacute;, toute remise en cause du pass&eacute; les inqui&eacute;taient<\/p>\n<p>\n\t&eacute;galement. Et des motifs d&#39;inqui&eacute;tude, il y en eut d&#39;ailleurs &hellip; pour tous. Le plus fort &eacute;tant<\/p>\n<p>\n\tque la constitution de 1958 &eacute;dictait dans son article premier, que la Tunisie est un Etat dont<\/p>\n<p>\n\tla religion est l&#39;Islam et la langue l&#39;arabe. Il y eut aussi, en f&eacute;vrier 1958, la d&eacute;cision brutale et<\/p>\n<p>\n\tmal pr&eacute;par&eacute;e par les autorit&eacute;s, de faire dispara&icirc;tre le vieux cimeti&egrave;re juif de l&#39;avenue de<\/p>\n<p>\n\tLondres pour raisons d&#39;urbanisme. Il y avait l&agrave; des tombes d&#39;anc&ecirc;tres v&eacute;n&eacute;r&eacute;s dont celle de<\/p>\n<p>\n\tRabbi Itshak Ha&iuml; Ta&iuml;eb Lo met (celui qui n&#39;&eacute;tait pas mort)&hellip;<\/p>\n<p>\n\tTout &agrave; fait pr&eacute;visible dans le cadre de l&#39;ind&eacute;pendance acquise, le d&eacute;part en 1956 d&#39;une<\/p>\n<p>\n\timportante partie des juifs de nationalit&eacute; fran&ccedil;aise, avait n&eacute;anmoins &eacute;t&eacute; ressenti comme un<\/p>\n<p>\n\tchoc suppl&eacute;mentaire. Environ 15000 juifs fran&ccedil;ais quitteront alors la Tunisie. Au total, les<\/p>\n<p>\n\tann&eacute;es 54, 55, et 56 connurent un important flux de d&eacute;parts, avec en 56, une reprise de<\/p>\n<p>\n\tl&#39;alya.<\/p>\n<p>\n\tLes deux derni&egrave;res &eacute;tapes de l&#39;exode furent occasionn&eacute;es par deux crises: celle de Bizerte<\/p>\n<p>\n\ten 1961, et en 1967, celle qui marqua le choc de la guerre des six jours en Isra&euml;l. Bizerte,<\/p>\n<p>\n\trappelons-le, fut un &eacute;pisode tragique de la fin de la colonisation. Une revendication l&eacute;gitime<\/p>\n<p>\n\tde la Tunisie, mais dont sans doute la traduction politique fut mal engag&eacute;e, se soldait par un<\/p>\n<p>\n\tmassacre perp&eacute;tr&eacute; par l&#39;arm&eacute;e fran&ccedil;aise. La fin du mois de juillet et le mois d&#39;ao&ucirc;t fut une<\/p>\n<p>\n\tp&eacute;riode tr&egrave;s agit&eacute;e. Dans Tunis, il &eacute;tait courant de voir des attroupements, des chasses &agrave;<\/p>\n<p>\n\tl&#39;homme, motiv&eacute;s par des rumeurs: on avait vu un l&eacute;gionnaire (en uniforme!) qui tentait de se<\/p>\n<p>\n\tcacher. La col&egrave;re populaire trouva un exutoire dans des d&eacute;nonciations d&#39;un &quot;complot juif&quot;, qui<\/p>\n<p>\n\taurait &eacute;t&eacute; &agrave; l&#39;origine du drame survenu. Il n&#39;y eut pas &agrave; proprement parler de s&eacute;vices graves<\/p>\n<p>\n\tmais une mortelle inqui&eacute;tude qui, pour beaucoup, allait balayer l&#39;incertitude sur la lancinante<\/p>\n<p>\n\tquestion, qui se posait sans cesse depuis tant d&#39;ann&eacute;es : partir ou rester? Le flot des d&eacute;parts<\/p>\n<p>\n\tfut d&eacute;sormais continu.<\/p>\n<p>\n\tEnfin, l&#39;&eacute;pisode de 1967, cons&eacute;cutif &agrave; la guerre des Six Jours pr&eacute;cipita, apr&egrave;s les troubles<\/p>\n<p>\n\tsurvenus les derniers d&eacute;parts et en 1970, il ne devait plus rester que quelques &quot;noyaux&quot;<\/p>\n<p>\n\tr&eacute;sistants, dont celui de Djerba et de Tunis.<\/p>\n<p>\n\tComme dans tout le monde arabe, la victoire isra&eacute;lienne de 1967 a provoqu&eacute; un vif<\/p>\n<p>\n\tm&eacute;contentement populaire qui s&#39;est canalis&eacute; contre les biens, les b&acirc;timents juifs, les<\/p>\n<p>\n\tsynagogues. La grande Synagogue de l&#39;avenue de Paris fut saccag&eacute;e &agrave; cette occasion.<\/p>\n<p>\n\t8<\/p>\n<p>\n\tLa communaut&eacute; juive de Tunisie aujourd&#39;hui.<\/p>\n<p>\n\tElle est aujourd&#39;hui r&eacute;duite &agrave; moins de 2000 personnes. C&#39;est &agrave; Djerba qu&#39;elle est la plus<\/p>\n<p>\n\timportante, 1100 personnes. Tunis compte environ 500 r&eacute;sidents ; la moyenne d&#39;&acirc;ge y est<\/p>\n<p>\n\t&eacute;lev&eacute;e; de nombreuses personnes isol&eacute;es, parfois en foyer.<\/p>\n<p>\n\tQuelques autres localit&eacute;s c&ocirc;ti&egrave;res conservent des &eacute;l&eacute;ments dispers&eacute;s mais qui ont cess&eacute; de<\/p>\n<p>\n\tconstituer des communaut&eacute;s organis&eacute;es.<\/p>\n<p>\n\tPour les jeunes tunisiens d&#39;aujourd&#39;hui &#8211; &agrave; l&#39;exception peut-&ecirc;tre de Djerba &#8211; le concept m&ecirc;me<\/p>\n<p>\n\tde juif tunisien ne fait plus sens : si l&#39;on est juif et que l&#39;on parle arabe &hellip;c&#39;est que l&#39;on est<\/p>\n<p>\n\tisra&eacute;lien ! ..C&#39;est ce que j&#39;ai d&eacute;couvert r&eacute;cemment &agrave; l&#39;occasion de vacances en Tunisie.<\/p>\n<p>\n\tToujours juif tunisien<\/p>\n<p>\n\tJ&#39;ai quitt&eacute; Tunis en juillet 1962, apr&egrave;s 6 ann&eacute;es pass&eacute;es comme enseignant dans l&#39;annexe<\/p>\n<p>\n\tdu lyc&eacute;e Sadiki &agrave; Khaznadar pr&egrave;s de Tunis. Des ann&eacute;es dont je conserve un souvenir<\/p>\n<p>\n\tintact; des &eacute;l&egrave;ves passionn&eacute;s par l&#39;&eacute;tude, par la d&eacute;couverte&hellip;Une situation dont beaucoup<\/p>\n<p>\n\tde prof, sans doute, r&ecirc;veraient aujourd&#39;hui! M&#39; ayant adopt&eacute;, ils m&#39;avaient affectueusement<\/p>\n<p>\n\trebaptis&eacute;; j&#39;&eacute;tais pour eux &quot;Si Ahmed&quot;.<\/p>\n<p>\n\tDe Paris, j&#39;ai obtenu ma radiation de la fonction publique tunisienne apr&egrave;s &ecirc;tre pass&eacute;, pour<\/p>\n<p>\n\tabandon de poste, devant le conseil de discipline.<\/p>\n<p>\n\tIl m&#39;aurait fallu beaucoup de courage pour ma&icirc;triser l&#39;arabe classique, langue bien plus<\/p>\n<p>\n\t&eacute;labor&eacute;e que ne l&#39;&eacute;tait le jud&eacute;o arabe! Beaucoup de courage aussi pour m&#39;accommoder du<\/p>\n<p>\n\thandicap de ma condition de juif dans le combat citoyen que j&#39;aurais eu &agrave; mener aux c&ocirc;t&eacute;s<\/p>\n<p>\n\td&#39;autres tunisiens si j&#39;avais tent&eacute; de rester.<\/p>\n<p>\n\tHistoire et M&eacute;moire<\/p>\n<p>\n\tLe groupe de recherches, &quot;Histoire et m&eacute;moire communautaire&quot; de l&#39;Universit&eacute; de Tunis I,<\/p>\n<p>\n\ttravaille activement sur l&#39;histoire des Juifs de Tunisie; il a particip&eacute; aux c&ocirc;t&eacute;s d&#39;historiens<\/p>\n<p>\n\tfran&ccedil;ais et isra&eacute;liens &agrave; un colloque sur l&#39;histoire des relations jud&eacute;o-musulmanes en Tunisie.<\/p>\n<p>\n\tCe colloque qui s&#39;est tenu en Sorbonne en 1999, &eacute;tait organis&eacute; par la SHJT, Soci&eacute;t&eacute;<\/p>\n<p>\n\td&#39;Histoire des Juifs de Tunisie, association fran&ccedil;aise qui entretient des liens permanents<\/p>\n<p>\n\tavec ce groupe de Recherches tunisien. La SHJT pr&eacute;voit un nouveau colloque en avril 2003.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Etre et avoir &eacute;t&eacute; un juif tunisien&nbsp;Par Elio Cohen Boulakia &nbsp; &nbsp; Juif, plus que tunisien? Devenu fran&ccedil;ais &agrave; l&#39;&acirc;ge de trente ans, en 1964, j&#39;ai &eacute;t&eacute;, je suis un juif tunisien. Pourquoi d&#39;abord juif avant d&#39;&ecirc;tre tunisien? C&#39;est le regard des autres, y compris lorsqu&#39;il semblait d&eacute;nu&eacute; du moindre racisme, qui a toujours fait&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15207,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[105,441,19,10,20,235,14,97,73,17,13,9,1,87],"tags":[],"class_list":["post-427","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-alberta","category-alliance-israeacutelite-universelle","category-europe","category-france","category-juif","category-malte","category-paris","category-portugal","category-royaume-uni","category-souvenirs","category-tunis","category-tunisie","category-uncategorized","category-vichy"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/427","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=427"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/427\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15207"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=427"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=427"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=427"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}