{"id":42872,"date":"2026-10-03T03:28:59","date_gmt":"2026-10-03T03:28:59","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=42872"},"modified":"2026-10-03T03:28:59","modified_gmt":"2026-10-03T03:28:59","slug":"a-propos-de-thierry-saada","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/a-propos-de-thierry-saada\/","title":{"rendered":"A propos de Thierry Saada"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div> <strong>A propos de Thierry Saada &#8211; article ds Paris Match <\/strong> <\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><strong>Thierry Saada, 26 ans, avait d\u00e9croch\u00e9 son job de trader en juin dernier. Il avait \u00e9t\u00e9 choisi parmi 34 000 candidats. <br \/> De notre envoye special Arnaud Bizot &#8211; Enqu\u00eate en France Constance Vergara <\/p>\n<p> Elle l&rsquo;attend. Quinze jours apr\u00e8s elle l&rsquo;attend. D&rsquo;un instant \u00e0 l&rsquo;autre, il peut t\u00e9l\u00e9phoner ou monter les escaliers et sonner \u00e0 la porte de l&rsquo;appartement de la 6e Rue. Delphine Saada, 26 ans, garde encore espoir. <br \/> Thierry n&rsquo;est peut-\u00eatre pas mort. Les premiers jours apr\u00e8s l&rsquo;attentat, lorsque commen\u00e7aient les recherches des survivants, et m\u00eame les jours suivants, elle \u00e9tait plut\u00f4t d\u00e9tendue. Les h\u00f4pitaux n&rsquo;avaient rien donn\u00e9, mais la mairie de New York parlait d&rsquo;une cavit\u00e9 dans les sous-sols, au niveau des parkings, o\u00f9 l&rsquo;air semblait passer. Thierry est tr\u00e8s sportif, il a s\u00fbrement pu descendre les 104 \u00e9tages et peut-\u00eatre s&rsquo;y r\u00e9fugier. <br \/> Aujourd&rsquo;hui elle dort mal, mais elle n&rsquo;a pas vraiment de chagrin. Elle rassure parfois les amis. Eux, ils se taisent. Ils n&rsquo;osent pas encore la pr\u00e9parer au pire. Ils savent que Delphine se prot\u00e8ge, pour l&rsquo;enfant qu&rsquo;elle porte en elle. Son premier enfant. Elle ne veut pas lui donner la vie dans les larmes. Thierry et Delphine ne d\u00e9siraient pas savoir si c&rsquo;\u00e9tait un gar\u00e7on ou une fille. Le b\u00e9b\u00e9 devait na\u00eetre le 11 ou le 12 septembre, avec un peu d&rsquo;avance. Mais aujourd&rsquo;hui elle attend que Thierry rentre pour accoucher. Delphine veut qu&rsquo;il soit l\u00e0 pour l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. <br \/> \u00ab Un avion est tomb\u00e9 sur le toit de la tour. Pr\u00e9viens les parents que \u00e7a va. <br \/> Je te laisse, on va \u00eatre \u00e9vacu\u00e9s. \u00bb La voix de Thierry est calme. Il est environ 9 heures du matin, mardi 11 septembre, lorsqu&rsquo;il appelle sa femme, de son bureau du 104e \u00e9tage o\u00f9 il est arriv\u00e9, comme chaque matin, \u00e0 8 heures. Thierry est trader-broker chez Cantor Fitzgerald. Ce jeune homme de 26 ans, dipl\u00f4m\u00e9 d&rsquo;une ma\u00eetrise et d&rsquo;un D.e.s.s. de finances, a d\u00e9croch\u00e9 ce job en juin dernier. Il vivait depuis deux ans \u00e0 New York, il avait travaill\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 de Bourse puis il \u00e9tait retourn\u00e9 en France, o\u00f9 des propositions de travail l&rsquo;attendaient. Mais il avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 repartir aux Etats-Unis, prospecter dans des soci\u00e9t\u00e9s prestigieuses; et retrouver Delphine, rencontr\u00e9e l\u00e0-bas. Cantor Fitzgerald l&rsquo;avait choisi parmi les 34000 candidats qui postulent chaque ann\u00e9e dans l&rsquo;entreprise, apr\u00e8s une s\u00e9rie d&rsquo;entretiens qui avaient dur\u00e9 six mois. <br \/> Delphine raccroche le t\u00e9l\u00e9phone. Elle s&rsquo;appr\u00eate ce matin-l\u00e0 \u00e0 partir \u00e0 un rendez-vous chez le m\u00e9decin pour son enfant. Travaillant \u00e0 mi-temps dans le marketing, elle est en cong\u00e9 maternit\u00e9. Elle doit accoucher dans les heures qui viennent. Elle t\u00e9l\u00e9phone en France, aux parents de Thierry. Jean-Marc et Martine Saada ne sont au courant de rien. \u00ab Ne vous inqui\u00e9tez pas, il y a un probl\u00e8me dans la tour de Thierry, mais tout va bien.\u00bb Puis elle allume la t\u00e9l\u00e9, la regarde quelques instants. Elle va se mettre en retard. Elle rappelle tout de m\u00eame ses beaux-parents : \u00ab Si vous regardez la t\u00e9l\u00e9vision, vous verrez, c&rsquo;est tr\u00e8s impressionnant. Mais Thierry m&rsquo;a dit qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e9vacu\u00e9. \u00bb De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Atlantique, Martine est cent fois plus pessimiste. Elle le dit \u00e0 Delphine qui, du coup, rappelle son mari. Elle tombe sur la messagerie du portable : \u00ab Tu connais ta m\u00e8re, elle s&rsquo;inqui\u00e8te facilement. Passe-lui un coup de fil. Je pars chez le m\u00e9decin. \u00bb <br \/> Thierry ne sait pas que l&rsquo;avion d&rsquo;American Airlines a tap\u00e9 quelques \u00e9tages plus bas. Ou peut-\u00eatre veut-il prot\u00e9ger sa femme. Plusieurs de ses coll\u00e8gues donnent \u00e0 leur \u00e9pouse, au t\u00e9l\u00e9phone, une version plus alarmante de la situation. \u00ab On est descendus au 103e \u00e9tage, on ne peut ni descendre ni remonter \u00bb, dit l&rsquo;un. \u00ab Il y a de la fum\u00e9e partout. Je ne vois plus mes mains. C&rsquo;est sans doute la fin \u00bb, dit un autre. Delphine ne voit pas les tours s&rsquo;\u00e9crouler \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Elle est sur le chemin du retour apr\u00e8s son rendez-vous. Entre-temps, la m\u00e8re de Thierry a tent\u00e9 d&rsquo;appeler le portable, qui sonne longtemps dans le vide, avant que la messagerie ne se d\u00e9clenche. <br \/> Elle se dit que son fils a d\u00fb le perdre en descendant du gratte-ciel. Elle ne quitte plus la t\u00e9l\u00e9vision des yeux. Dieu sait pourquoi, elle se dit qu&rsquo;elle le verra parmi les rescap\u00e9s. Elle repense au jour de son bac, o\u00f9 T.f.1 avait fait un reportage dans son \u00e9cole. Thierry d\u00e9couvrait les r\u00e9sultats en direct. Elle parle \u00e0 Delphine, qui minimise la situation. \u00ab <br \/> Vous voyez \u00e7a de Paris, mais ici les rues sont boucl\u00e9es et les t\u00e9l\u00e9phones, coup\u00e9s. Thierry peut mettre des heures pour rentrer. \u00bb La premi\u00e8re nuit et les deux suivantes, Delphine s&rsquo;inqui\u00e8te sans rien montrer. Il y a s\u00fbrement des rescap\u00e9s et les h\u00f4pitaux d\u00e9bord\u00e9s n&rsquo;ont pas encore donn\u00e9 la liste de leurs bless\u00e9s. Ce n&rsquo;est que vendredi qu&rsquo;on saura que la soci\u00e9t\u00e9 Cantor Fitzgerald compte 670 disparus, la totalit\u00e9 de ses effectifs des Twin Towers. <br \/> C&rsquo;est le jour o\u00f9 Jean-Marc et Martine Saada atterrissent \u00e0 New York. Ils devaient y venir pour la naissance du b\u00e9b\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait leur premier voyage aux Etats-Unis. Ils d\u00e9barquent dans l&rsquo;angoisse et dans l&rsquo;attente. Depuis trois jours, les amis de Thierry passent chez Delphine pour parler avec elle. <br \/> Mercredi, les parents de Thierry rencontrent Jacques Chirac au consulat : \u00abC&rsquo;est comme si c&rsquo;\u00e9tait quelqu&rsquo;un de ma famille \u00bb, dit-il en embrassant Martine. Le lendemain, elle se rend au centre des secours porter des v\u00eatements de son fils ainsi qu&rsquo;une brosse \u00e0 dents. Les familles des \u00ab manquants \u00bb font toutes cela pour l&rsquo;A.d.n. Elle remplit une fiche de description. \u00ab Sexe masculin, 1,78 m\u00e8tre, Blanc europ\u00e9en, yeux marron, cheveux bruns. Portait un tee-shirt polo jaune et un pantalon noir. Une montre bracelet m\u00e9tal. \u00bb <br \/> Le lundi, elle essaie avec son mari de s&rsquo;approcher le plus pr\u00e8s possible du site. Lorsqu&rsquo;elle aper\u00e7oit les d\u00e9g\u00e2ts, la fum\u00e9e qui se d\u00e9gage encore des d\u00e9bris, elle r\u00e9alise. Elle assiste au ballet d&rsquo;immenses camions qui transportent dans leurs bennes des tonnes de morceaux m\u00e9talliques. Martine passe cette \u00e9preuve avec un immense courage. Elle croise quelqu&rsquo;un du F.b.i. qui lui fait part de son pessimisme. A l&rsquo;h\u00f4tel Pierre, o\u00f9 Cantor Fitzgerald a install\u00e9 un centre de soutien aux familles, le pr\u00e9sident de la soci\u00e9t\u00e9, effondr\u00e9, dit qu&rsquo;on n&rsquo;a retrouv\u00e9 personne. Martine Saada a regagn\u00e9 Paris samedi 22 septembre. Son mari est rest\u00e9 avec Delphine. Elle tient \u00e0 raconter de vive voix \u00e0 ses autres enfants, \u00e2g\u00e9s de 9 \u00e0 22 ans, ce qui se passe vraiment. Eux n&rsquo;ont qu&rsquo;une envie, c&rsquo;est d&rsquo;aller l\u00e0-bas. Leur m\u00e8re y retournera bient\u00f4t. Le jour de son d\u00e9part, elle a r\u00e9ussi \u00e0 convaincre Delphine de se rendre au Pier 54, le centre des secours situ\u00e9 entre la 12e Avenue et la 55e Rue. Delphine souhaite toujours la pr\u00e9sence et l&rsquo;aide de son mari pour accoucher; son beau-p\u00e8re l&rsquo;a accompagn\u00e9e. Au Pier 54, elle s&rsquo;est approch\u00e9e un peu plus de la r\u00e9alit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A propos de Thierry Saada &#8211; article ds Paris Match Thierry Saada, 26 ans, avait d\u00e9croch\u00e9 son job de trader en juin dernier. Il avait \u00e9t\u00e9 choisi parmi 34 000 candidats. De notre envoye special Arnaud Bizot &#8211; Enqu\u00eate en France Constance Vergara Elle l&rsquo;attend. Quinze jours apr\u00e8s elle l&rsquo;attend. 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