{"id":42934,"date":"2026-10-03T03:29:04","date_gmt":"2026-10-03T03:29:04","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=42934"},"modified":"2026-10-03T03:29:04","modified_gmt":"2026-10-03T03:29:04","slug":"claude-taieb-psychanalyste-penseur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/claude-taieb-psychanalyste-penseur\/","title":{"rendered":"Claude Taieb, Psychanalyste, Penseur"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><strong>L&rsquo;article paru dans Tribune Juive,  Num\u00e9ro 1289 du 7 juillet 1994<br \/> Message urgent adress\u00e9 au Grand Rabbin de France<br \/> Il faut r\u00e9parer un Hilloul HM gravissime.<br \/> Pri\u00e8re r\u00e9pondre \u00e0 ces deux questions: <\/p>\n<p> 1\/ Dans la Bible du Rabbinat, Exode 3,3, s&rsquo;est gliss\u00e9e une monumentale erreur de traduction. Laquelle?<\/p>\n<p> 2\/ Pouvez-vous, Monsieur le Grand Rabbin, confirmer ou \u00e9ventuellement d\u00e9mentir, l&rsquo;information selon laquelle le g\u00e9nitif de Zeus serait Dios, lequel a donn\u00e9 Dios, Dio et Dieu?<br \/> Pouvez-vous me dire pourquoi mon fils doit lire dans un livre juif que Zeus a cr\u00e9\u00e9 le ciel et la terre?<\/p>\n<p> Je vais vous raconter une histoire.<\/p>\n<p> Un jour, je me promenais, et j&rsquo;ai vu quelque chose d&rsquo;extraordinaire.<br \/> Et l\u00e0, j&rsquo;ai entendu une voix, et je lui ai parl\u00e9, et elle m&rsquo;a r\u00e9pondu, et comme j&rsquo;\u00e9tais craintif et respectueux, j&rsquo;ai cru que c&rsquo;\u00e9tait Dieu.<br \/> Vous comprenez quel danger j&rsquo;ai couru.<br \/> J&rsquo;\u00e9tais \u00e0 deux doigts d&rsquo;\u00eatre fou.<br \/> Heureusement, j&rsquo;avais \u00e0 peine avais commenc\u00e9 \u00e0 dire: \u00ab\u00a0Mon Dieu&#8230;\u00a0\u00bbque la Voix m&rsquo;interrompit et me dit: <br \/> \u00ab\u00a0Je ne m&rsquo;appelle pas Dieu.\u00a0\u00bb<br \/> Et l\u00e0 je fus gu\u00e9ri de ma folie et je pus retourner parmi les hommes.<br \/> Effectivement je n&rsquo;avais pas parl\u00e9 \u00e0 Dieu et Dieu ne m&rsquo;avait pas r\u00e9pondu.<br \/> Si l&rsquo;enjeu de cette question \u00e9chappe \u00e0 certains, je serais heureux qu&rsquo;on me donne l&rsquo;occasion de l&rsquo;expliciter.<br \/> Le r\u00e8gne de Dieu prend fin aujourd&rsquo;hui et nous, Juifs, nous sortons de l&#8217;emprise romaine.<br \/> <\/strong> <\/p>\n<p><strong>LETTRE AU PAPE <\/p>\n<p> Je suis un enfant de la colonisation. C&rsquo;est \u00e0 dire \u00e0 la fois victime et heureux b\u00e9n\u00e9ficiaire de la conqu\u00eate de mon pays par une grande civilisation.<\/p>\n<p> L&rsquo;histoire est remplie de ces visites dont vous honorent vos voisins.<\/p>\n<p> Parfois, comme le raconte Eduardo Galeano dans Les veines ouvertes de l&rsquo;Am\u00e9rique Latine, ces visites sont une brutale agression, un \u00e9pouvantable crime, et parfois, comme ce fut le cas en Tunisie, vous avez la chance de voir d\u00e9barquer chez vous un<br \/> po\u00e8te qui vous fait aimer Bach.<\/p>\n<p> Je remercie le ciel de m&rsquo;avoir fait na\u00eetre au bon moment. Le lyc\u00e9e Carnot \u00e9tait un magnifique \u00e9tablissement et la qualit\u00e9 de l&rsquo;enseignement dispens\u00e9 nous a permis, malgr\u00e9 le terrible soleil africain, de rivaliser avec nos camarades de Henri IV ou de Louis<br \/> le Grand dans d&rsquo;\u00e9piques concours g\u00e9n\u00e9raux.<\/p>\n<p> Non, je ne suis pas dupe de cet \u00e9change de bons proc\u00e9d\u00e9s. J&rsquo;ai servi l&rsquo;Empire, et il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 avare puisque non seulement il me compte aujourd&rsquo;hui parmi ses citoyens (naturalis\u00e9, on dit, j&rsquo;esp\u00e8re que son intention n&rsquo;\u00e9tait pas de m&#8217;empailler) mais il m&rsquo;a permis de choisir mon m\u00e9tier, la vie que je veux mener et m&rsquo;a m\u00eame, avec une<br \/> \u00e9tonnante g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, une assurance surprenante, confi\u00e9 des t\u00e2ches assez importantes.<\/p>\n<p> Le m\u00e9tier que j&rsquo;ai appris me permet de dire aujourd&rsquo;hui que l&rsquo;Empire est malade.<\/p>\n<p> Venant, comme Andr\u00e9 Chouraqui, de ces zones troubles o\u00f9 s&rsquo;affrontent, se f\u00e9condent, se dissolvent nos identit\u00e9s juive arabe et occidentale (ou chr\u00e9tienne), j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t frapp\u00e9 par l&rsquo;importance des facteurs culturels et identitaires dans les diff\u00e9rentes formes<br \/> de pathologie que j&rsquo;observais, tout comme mon \u00e9minent coll\u00e8gue Tobie Nathan.<\/p>\n<p> Le g\u00e9nie de Lacan nous a apport\u00e9 une formulation universitaire de ce que nous avions toujours su, c&rsquo;est que le signifiant nous construit, nous habite, d\u00e9termine et explique nombre de nos comportements, de nos myst\u00e8res.<\/p>\n<p> Lacan est all\u00e9 m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 proposer un m\u00e9canisme d&rsquo;explication de la psychose par une aberration fonctionnelle si\u00e9geant en un point pr\u00e9cis de l&rsquo;\u00e9difice psychique, ce point \u00e9tant un signifiant-ma\u00eetre, le \u00ab\u00a0nom du p\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> Je ne pense pas qu&rsquo;il soit n\u00e9cessaire d&rsquo;\u00e9tayer mon affirmation. La maladie de notre civilisation est telle que certains pr\u00e9f\u00e8rent la nommer syphilisation.<\/p>\n<p> Les manifestations de ce mal se sont tellement \u00e9tendues, diversifi\u00e9es, que nous sommes contraints \u00e0 l&rsquo;indiff\u00e9rence, \u00e0 l&rsquo;anesth\u00e9sie, \u00e0 la distorsion de nos perceptions pour pouvoir continuer \u00e0 vivre sans devenir tout simplement fous (ils y en a tout de m\u00eame qui ont ce courage).<\/p>\n<p> Ma th\u00e8se est double.<\/p>\n<p> D&rsquo;abord, je me suis appliqu\u00e9 depuis des d\u00e9cennies \u00e0 construire des passerelles, qui sont devenues des ponts, entre les th\u00e9rapies individuelles et les th\u00e9rapies de groupes.<\/p>\n<p> Rien n&#8217;emp\u00eache de soigner une civilisation, une soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p> Ensuite, je pense qu&rsquo;un des sympt\u00f4mes de ce mal est le morcellement, la dissociation, au sens o\u00f9 on l&rsquo;entend dans la schizophr\u00e9nie:<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Cette d\u00e9sagr\u00e9gation peut se d\u00e9finir comme un d\u00e9sordre discordant des ph\u00e9nom\u00e8nes psychiques qui ont perdu leur coh\u00e9sion interne. On parle aussi de dislocation (Spaltung, en allemand) pour d\u00e9signer ce trouble fondamental.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> (Henri Ey. Manuel de Psychiatrie.)<\/p>\n<p> D&rsquo;o\u00f9 cette question fondamentale. <\/p>\n<p> Qu&rsquo;est-ce qui divise aujourd&rsquo;hui Juifs, Chr\u00e9tiens et Musulmans? (pour ne parler que des fils d&rsquo;Abraham)<\/p>\n<p> Qu&rsquo;est-ce qui fait qu&rsquo;ils ont perdu leur coh\u00e9sion interne, qu&rsquo;est-ce qui les disloque?<\/p>\n<p> La r\u00e9ponse est \u00e9tonnamment simple, au moins dans sa formulation. <\/p>\n<p> La lire, la comprendre, c&rsquo;est une tout autre affaire.<\/p>\n<p> C&rsquo;est Dieu.<\/p>\n<p> Pas \u00e9tonnant diront certains, c&rsquo;est le ma\u00eetre du monde et rien n&rsquo;arrive qu&rsquo;il ne l&rsquo;ait d\u00e9cid\u00e9.<\/p>\n<p> Idiot diront d&rsquo;autres, Dieu n&rsquo;existe pas.<\/p>\n<p> Aussi, pour \u00e9viter d&rsquo;oiseuses querelles, je pr\u00e9cise tout de suite que je parle du signifiant \u00ab\u00a0Dieu\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Saint Fran\u00e7ois Xavier arriva au Japon en 1550 pour convertir les insulaires. Il lui fallait de toute urgence un nom japonais pour leur annoncer le vrai Dieu qu&rsquo;ils devaient adorer. Son interpr\u00e8te, un Japonais r\u00e9cemment devenu chr\u00e9tien, d\u00e8s qu&rsquo;il comprit son<br \/> probl\u00e8me, lui sugg\u00e9ra une solution: Da\u00efnitchi. Or, ce nom, dans le bouddhisme, d\u00e9signe Bouddha identifi\u00e9 au Grand Soleil. Dans la pr\u00e9dication de saint Fran\u00e7ois Xavier, \u00abBouddha Grand Soleil \u00bb cr\u00e9ait les ciels et la terre, parlait \u00e0 Adam, \u00e0 Abraham, \u00e0 Mosh\u00e9,<br \/> \u00e0 J\u00e9sus&#8230; Les auditeurs de tels pr\u00eaches avaient de quoi \u00eatre surpris. Notre missionnaire s&rsquo;aper\u00e7ut de la confusion, \u00e9limina le nom de Da\u00efnitchi de son discours et le rempla\u00e7a&#8230; par quoi ? Pour ne plus se tromper, il choisit d&rsquo;appeler \u00c9lohim du nom qui lui \u00e9tait donn\u00e9<br \/> \u00e0 la fois en latin et en portugais: Dominus Deus. Mais ce nom, chaque fois qu&rsquo;il le pronon\u00e7ait, soulevait l&rsquo;hilarit\u00e9 de ses auditoires. Il finit par comprendre sa seconde erreur, plus grave que la premi\u00e8re: Dominus Deus prononc\u00e9 \u00e0 la portugaise signifiait en sino-japonais Gros Mensonge. Cette fois, ce n&rsquo;\u00e9tait plus Bouddha mais le Gros<br \/> Mensonge qui se r\u00e9v\u00e9lait \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9, d&rsquo;Adam \u00e0 J\u00e9sus!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> (Andr\u00e9 Chouraqui. L&rsquo;amour fort comme la mort.)<\/p>\n<p> Pourquoi, alors que le fran\u00e7ais (langue admirable, langue qu&rsquo;il faut d\u00e9fendre contre l&rsquo;ab\u00eatissement qui l&rsquo;assaille de tous c\u00f4t\u00e9s) a choisi de poser la question de cette fa\u00e7on: comment t&rsquo;appelles-tu? comment s&rsquo;appelle-t-il? pourquoi traduisez-vous les noms<br \/> propres, pourquoi ne laissez-vous pas \u00e0 Sitting Bull, \u00e0 J\u00e9sus, leur nom?<\/p>\n<p> Pourquoi avoir choisi \u00ab\u00a0Dieu\u00a0\u00bb qui n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une des formes grammaticales de Zeus?<\/p>\n<p> Tout comme d&rsquo;ailleurs God n&rsquo;est qu&rsquo;un des avatars de Wotan. <\/p>\n<p> Pourquoi sinon parce que nous sommes toujours dans cette civilisation gr\u00e9co-romaine, sous ce ciel peupl\u00e9 de plan\u00e8tes comme Jupiter, Mars ou V\u00e9nus, que nous traversons le temps de notre semaine avec ces m\u00eames pensionnaires de l&rsquo;Olympe, que la lettre juive est rest\u00e9e dans son enveloppe, et que je me demande si l&rsquo;accusation fondamentale de l&rsquo;Eglise envers les Juifs (ne pas avoir reconnu la messianit\u00e9 de J\u00e9sus) n&rsquo;est pas tout simplement une projection (au sens psychanalytique du terme) sur un bouc \u00e9missaire de sa propre trahison.<\/p>\n<p> Oui, si le Sauveur est d\u00e9j\u00e0 venu, les Juifs veulent le savoir.<\/p>\n<p> Oui, si le Pape m&rsquo;entend, s&rsquo;il veut bien que je m&rsquo;adresse \u00e0 lui, je lui dirais ceci.<\/p>\n<p> Si un inconnu peut te parler, si tu r\u00e9ponds aux humbles, alors je n&rsquo;ai pas besoin de ce d\u00e9tour immense et comique dans lequel je me suis engag\u00e9. Inutile d&rsquo;\u00eatre Grand rabbin de France pour demander au Pape qu&rsquo;il me fasse conna\u00eetre J\u00e9sus, lui, son enseignement, et sa bonne nouvelle.<\/p>\n<p> Mais n&rsquo;oublie pas que je viens du peuple du Livre, du peuple de la Lettre, et que je ne crois pas au P\u00e8re No\u00ebl.<\/p>\n<p> J\u00e9sus disait-il \u00ab\u00a0Dieu\u00a0\u00bb en s&rsquo;adressant \u00e0 son P\u00e8re?<\/p>\n<p> Et si tu te demandes, comme Saint Fran\u00e7ois Xavier, comment tu vas Le nommer, sache qu&rsquo;Il a plusieurs noms, mais que ta question Lui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e par Mosh\u00e9 (et non pas Mo\u00efse):<\/p>\n<p> \u00a0\u00bb Mais s&rsquo;ils me demandent quel est son nom, que leur r\u00e9pondrai-je?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> (La Bible. Traduction de Louis Segond.)<\/p>\n<p> Tu trouveras ce passage dans Noms (et non pas Exode) 3, 13. <\/p>\n<p> Et si tu veux quelque chose de plus court, rien ne t&#8217;emp\u00eache de faire comme nous, et de L&rsquo;appeler tout simplement \u00ab\u00a0le Nom\u00a0\u00bb (HM.).<br \/> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Paru dans TENOUA<\/p>\n<p> Revue des lib\u00e9raux du rabbin Daniel FARHI<\/p>\n<p> Num\u00e9ro 49 de d\u00e9cembre 1988<\/p>\n<p> A DIEU<\/p>\n<p> Un voyageur interstellaire d\u00e9barque sur une plan\u00e8te lointaine nomm\u00e9e Olma.<\/p>\n<p> L\u00e0 aussi il y a des Juifs, l\u00e0 aussi ils ont servi d&rsquo;interm\u00e9diaire et de bouc \u00e9missaire, l\u00e0 aussi Rome domine le monde, et les Juifs doivent lutter pour pr\u00e9server leur identit\u00e9.<\/p>\n<p> Il est, comme il se doit, invit\u00e9 \u00e0 passer Shabbat chez le Rav du coin.<\/p>\n<p> Et l\u00e0, on lui enseigne que Jupiter a fait sortir d&rsquo;Egypte les enfants d&rsquo;Isra\u00ebl et qu&rsquo;il a donn\u00e9 la Torah \u00e0 Mo\u00efse sur le Sina\u00ef.<\/p>\n<p> N&rsquo;en croyant pas ses oreilles, il se pr\u00e9cipite sur des livres et s&rsquo;aper\u00e7oit que, par respect pour le Nom, on a \u00e9crit J.piter.<\/p>\n<p> Puis, cet homme se r\u00e9veille, et cherche \u00e0 comprendre le sens de son r\u00eave.<\/p>\n<p> Il se demande: qui est Dieu?<\/p>\n<p> Il ne lui faut pas beaucoup de temps pour avoir la r\u00e9ponse: Dios, qui a donn\u00e9 Dios en espagnol, Dio en italien et Dieu en fran\u00e7ais est tout simplement le g\u00e9nitif de Zeus.<\/p>\n<p> Et voil\u00e0 dans quelle situation nous sommes.<\/p>\n<p> Voil\u00e0 que Manitou dans sa traduction de la Haggadah, voil\u00e0 que la Bible du rabbinat, voil\u00e0 que les papiers distribu\u00e9s par les Loubavitch, voil\u00e0 que le sermon du grand rabbin, voil\u00e0 que les \u00e9coles juives, voil\u00e0 que les parents, voil\u00e0 que les enfants, voil\u00e0 un peuple entier, opprim\u00e9, bris\u00e9, d\u00e9cim\u00e9, voil\u00e0 quelques rescap\u00e9s, voil\u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;Isra\u00ebl enr\u00f4l\u00e9e sous la banni\u00e8re de la plus c\u00e9l\u00e8bre des idoles grecques.<\/p>\n<p> Difficile de dig\u00e9rer l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 d&rsquo;une situation pareille.<\/p>\n<p> D&rsquo;ailleurs, jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour, toutes les r\u00e9actions des autorit\u00e9s spirituelles ont \u00e9t\u00e9 unanimes: c&rsquo;est impossible!<\/p>\n<p> Il est impossible d&rsquo;imaginer que le peuple juif puisse un jour chanter la gloire de Jupiter, il est impossible qu&rsquo;il puisse offrir des sacrifices \u00e0 Zeus, et, en disant Dieu, personne, absolument personne ne pense un seul instant \u00e0 ce personnage dont je ne prononcerai m\u00eame pas le nom.<\/p>\n<p> Ah, d\u00e9cadence d&rsquo;une brillante intelligence! Ah, essoufflement d&rsquo;une conscience \u00e9crabouill\u00e9e par l&rsquo;histoire!<\/p>\n<p> C&rsquo;est vous, vous qui nous enseignez que le monde a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par le Verbe, par la supr\u00eame perfection d&rsquo;une combinaison de lettres, c&rsquo;est vous qui dites qu&rsquo;un nom propre n&rsquo;a aucune importance!<\/p>\n<p> Quelque chose m&rsquo;intrigue pourtant. Tous ces gens n&rsquo;accepteraient jamais de nous dire qu&rsquo;Isra\u00ebl est la fianc\u00e9e de Jupiter, cette seule id\u00e9e leur ferait horreur et ils seraient prompts \u00e0 d\u00e9masquer la supercherie qui se cacherait derri\u00e8re Jupimer ou J.piter.<br \/> Comment se fait-il que Zeus, \u00e0 peine voil\u00e9 ait r\u00e9ussi \u00e0 les mystifier, \u00e0 les \u00e9garer? <\/p>\n<p> Une fois surmont\u00e9e la phase d&rsquo;affolement, une fois retir\u00e9e la main qu&rsquo;on a mise devant les yeux, on se demande quelles sont les r\u00e9percussions d&rsquo;une telle erreur, on fait le bilan des d\u00e9g\u00e2ts.<\/p>\n<p> Depuis notre plus tendre enfance, on nous dit que Hashem, Adona\u00ef, El, Elohim, Shadda\u00ef, Hammakom (je demande pardon pour mon irrespect mais je trouve excessif le \u00ab\u00a0Adoba\u00ef\u00a0\u00bbde mon vieil oncle), tout \u00e7a c&rsquo;est Dieu.<\/p>\n<p> C&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;on nous a enseign\u00e9 que Zeus avait rafl\u00e9 tous les attributs, toutes les formes perceptibles de, de Qui au fait?<\/p>\n<p> Le pire c&rsquo;est que m\u00eame quand on a bien compris qu&rsquo;on s&rsquo;est fait avoir, c&rsquo;est pas \u00e9vident de penser autrement. Faites l&rsquo;essai, vous verrez que cette id\u00e9e-idole ne se laisse pas d\u00e9boulonner comme \u00e7a.<\/p>\n<p> Nous ne sommes pas encore sorti de l&rsquo;exil, nous sommes encore \u00ab\u00a0\u00e9glis\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> Cet Occident romain nous a habitu\u00e9s, anesth\u00e9si\u00e9s au crime que repr\u00e9sente la modification du nom. Depuis J\u00e9sus jusqu&rsquo;\u00e0 Sitting Bull, la liste est longue de ces effacements d&rsquo;identit\u00e9 qui pr\u00e9ludent aux exterminations.<\/p>\n<p> Pourtant ce m\u00eame Occident est imm\u00e9diatement sensible \u00e0 la perversion qui consisterait, pour un groupe qui se veut fid\u00e8le au marxisme, \u00e0 se r\u00e9clamer de Karl Farx et on imagine mal le nom de Victor Hugo traduit en William \u00ab\u00a0Baulkner\u00a0\u00bb par exemple. On peut m\u00eame aller jusqu&rsquo;\u00e0 se demander quelle serait la position de l&rsquo;intelligentsia fran\u00e7aise si les Palestiniens portaient leur nom de Philistins.<\/p>\n<p> La r\u00e9ponse la plus extraordinaire, celle qui me laisse sans voix, c&rsquo;est ce qu&rsquo;on entend parfois:<\/p>\n<p> &#8211; Quelle importance qu&rsquo;on l&rsquo;appelle Jupiter ou Tartempion? nous savons tr\u00e8s bien qui c&rsquo;est.<\/p>\n<p> En somme, pour d\u00e9signer la libert\u00e9, on pourrait choisir un mot quelconque, esclavage par exemple, l&rsquo;important \u00e9tant de savoir ce qu&rsquo;on dit.<\/p>\n<p> L\u00e0 je passe le relais. <\/p>\n<p> (suite).<\/p>\n<p> Notes.<\/p>\n<p> (1). A propos de cette \u00ab\u00a0Bible\u00a0\u00bb, relisez Exode 3 versets 2 et 3 et comparez avec l&rsquo;original.<\/p>\n<p> (2). Nous nous sommes plac\u00e9s dans la langue fran\u00e7aise, mais God ou Gott ne sont pas plus innocents puisqu&rsquo;ils d\u00e9signent Wotan.<\/p>\n<p> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Le Talmud<\/p>\n<p> Il y a dans ce Talpud qu&rsquo;on pourrait aussi bien appeler Kalbass, ou Pourna, dans un trait\u00e9 enlumin\u00e9, dans des caract\u00e8res d\u00e9mod\u00e9s, entre les vers qui ont tout bouff\u00e9, il y a l&rsquo;histoire de l&rsquo;Isra\u00e9lien et du Palestinien, il y a l&rsquo;histoire de Justinien, il y a des chiens. <\/p>\n<p> Mais comment sais-tu qu&rsquo;il ne voit rien? Je le sais parce que j&rsquo;ai \u00e9crit sur une ardoise \u00ab\u00a0ATTENTION \u00ab\u00a0, que je la lui ai mise sous le nez, et que \u00e7a l&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 de marcher sur la crotte que tu tenais. <\/p>\n<p> Pardonnez! pardonnez! s&rsquo;enflamma le Rabbi aux yeux masqu\u00e9s, cet homme \u00e9tait un Japonais! <\/p>\n<p> D&rsquo;o\u00f9 le tiens-tu? lui r\u00e9pliqua le jeune Rav Yab\u00e8s. <\/p>\n<p> Je le tiens de mes ma\u00eetres, lui r\u00e9pondit le Rabbi aux yeux masqu\u00e9s, si tu avais \u00e9tudi\u00e9, tu le saurais! La l\u00e9gende rapporte qu&rsquo;on l&rsquo;appelait le Rabbi aux yeux masqu\u00e9s parce qu&rsquo;une fois il avait essay\u00e9 de s&rsquo;approcher du buisson que Mo\u00efse avait dessin\u00e9, et que sa r\u00e9tine<br \/> fut bless\u00e9e. <\/p>\n<p> Alors, Rav Jungson se leva: je viens d&rsquo;apprendre, dit-il d&rsquo;une voix tremblante, je viens d&rsquo;apprendre que Massada est tomb\u00e9e. <\/p>\n<p> Rabbi Akiva, lui, souriait. Lui, qui avait eu un jour l&rsquo;immense privil\u00e8ge d&rsquo;avoir Moise comme \u00e9l\u00e8ve, lui savait, et savait qu&rsquo;on raconterait, l&rsquo;histoire du chacal, et celle du soulier, l&rsquo;histoire de la veuve, l&rsquo;histoire du pain.<\/p>\n<p> Mais Rav Yab\u00e8s insistait: pourquoi nous rappeler cette triste affaire? Nous leur avions bien dit de ne pas r\u00e9sister. J&rsquo;insiste pour que mon interlocuteur me r\u00e9ponde: qu&rsquo;est-ce qui lui permet de dire que l&rsquo;homme \u00e9tait un Japonais? <\/p>\n<p> Et comme cela arrive souvent dans le Talmud, la partie se termine sur un match nul, la question reste ouverte, le noeud sera tranch\u00e9 le jour o\u00f9 le Messie sera arriv\u00e9, quand il se mettra \u00e0 r\u00e9parer les filets, pour les p\u00eacheurs de Galil\u00e9e. (Saint Claude. Ep\u00eetre aux Chr\u00e9tiens.) <\/p>\n<p> Pardonnez leur, ils ne savent pas ce qu&rsquo;ils sont. J&rsquo;ai voulu faire ce que je voulais, mais je n&rsquo;ai pu faire que ce que je pouvais. J&rsquo;ai \u00e9crit: je r\u00eave d&rsquo;avoir ce que j&rsquo;avais quand je r\u00eavais d&rsquo;avoir ce que j&rsquo;ai, et \u00e7a ne m&rsquo;a rien rapport\u00e9. Je suis all\u00e9 danser, et je me suis fatigu\u00e9. J&rsquo;ai appris le fran\u00e7ais, et voil\u00e0 ce que je fais. En tout cas, y a pas de quoi se marrer! Je suis d\u00e9sol\u00e9, je suis tr\u00e8s bouscul\u00e9, j&rsquo;ai un boulot monstre, je suis d\u00e9bord\u00e9, je l&rsquo;ouvrirai quand j&rsquo;aurai \u00e0 qui parler. J&rsquo;ai des tonnes de papiers \u00e0 classer, j&rsquo;ai tout le Malmud a r\u00e9diger. je vous \u00e9crirai, c&rsquo;est \u00e7a, et moi aussi, ne manquez pas d&#8217;embrasser<br \/> Ernest, merci, oui, oui, nous viendrons, c&rsquo;est promis, \u00e7a y est, ils sont partis, tu viens, Louise, je suis \u00e9puis\u00e9, rentrons, je t&rsquo;ai pr\u00e9par\u00e9 un bon caf\u00e9, viens donc, Louise, mais que fais-tu? Pourquoi me tires-tu le bras? Tu veux que je vienne, c&rsquo;est \u00e7a, n&rsquo;est-ce pas,<br \/> Louise, tu veux que je te suive. Pauvre Louise, elle \u00e9tait devenue mongolienne \u00e0 la suite d&rsquo;une chute que fit sa m\u00e8re le jour m\u00eame ou elle \u00e9pousa mon p\u00e8re. Louise est ma fille bien s\u00fbr, quelle question! me soup\u00e7onneriez-vous d&rsquo;adult\u00e8re par hasard? Je suis une femme honn\u00eate, ne vous d\u00e9plaise, oh, vous ne me direz pas le contraire, j&rsquo;ai bien vu comment vous lorgniez vers mes seins, bein oui, ils sont beaux mes seins, et mes reins aussi, si vous voulez le savoir mais Madre de Dios, que la Vierge me foudroie si je continue \u00e0 deviner ce que vous pensez, je ne veux pas vous entendre, partez! partez! <\/p>\n<p> Et le Talmud continue, sur des kilom\u00e8tres et des kilom\u00e8tres, fleuve de vie, \u00e9cheveau d&rsquo;avis, partag\u00e9s, disput\u00e9s, rogn\u00e9s, pressuris\u00e9s, encapuchonn\u00e9s, tournebiscott\u00e9s, plein de tourments surprenants, plein d&rsquo;arrogance suave, arros\u00e9 d&rsquo;essence noire, acte de foi inquisitoire, br\u00fbl\u00e9 sous la robe de Jeanne d&rsquo;Arc, le Talmud de mes \u00e9tudes, mon insouciance confiante. <\/p>\n<p> <\/strong><\/p>\n<p><strong>VICTOR HUGO<\/strong><\/p>\n<p><strong>Docteur Fran\u00e7oise est dans son bureau. Avant de faire entrer le patient, elle consulte son dossier. Peu de d\u00e9tails sur les ant\u00e9c\u00e9dents, cet homme semble avoir eu une conduite irr\u00e9prochable. Il a \u00e9t\u00e9 conduit au d\u00e9p\u00f4t \u00e0 la suite d&rsquo;une manifestation au cours de laquelle il distribuait des tracts. Fran\u00e7oise lit ce papier:<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Les uns \u00e9taient assis sur d&rsquo;informes d\u00e9combres;<\/p>\n<p> D&rsquo;autres, je les voyais quoiqu&rsquo;un vent les chass\u00e2t, <\/p>\n<p> Terribles, agitaient des vestes de for\u00e7at;<\/p>\n<p> D&rsquo;autres \u00e9taient au joug li\u00e9s comme des b\u00eates;<\/p>\n<p> D&rsquo;autres \u00e9taient des corps qui n&rsquo;avaient pas de t\u00eates;<\/p>\n<p> Des femmes sur leur sein montraient les clous du fouet; <\/p>\n<p> Des enfants morts tenaient encore leur jouet,<\/p>\n<p> Et leur cr\u00e2ne entrouvert laissait voir leurs cervelles;<\/p>\n<p> D&rsquo;autres gisaient en tas ainsi que des javelles;<\/p>\n<p> D&rsquo;autres avaient au cou la corde du gibet;<\/p>\n<p> D&rsquo;autres tra\u00eenaient des fers; un autre se courbait, <\/p>\n<p> L&rsquo;affreux plafond trop bas d&rsquo;un cachot solitaire<\/p>\n<p> Ayant ploy\u00e9 sa t\u00eate \u00e0 jamais vers la terre;<\/p>\n<p> Des vieillards, dont le sang coulait \u00e0 longs ruisseaux,<\/p>\n<p> Tiraient avec leurs mains des balles de leurs os;<\/p>\n<p> D&rsquo;autres touchaient leurs yeux crev\u00e9s par les mitrailles.<\/p>\n<p> D&rsquo;autres avec leurs mains soutenaient leurs entrailles; <\/p>\n<p> Innommables, meurtris, p\u00e2les, \u00e9chevel\u00e9s,<\/p>\n<p> Tous, dans la nuit farouche affreusement m\u00eal\u00e9s,<\/p>\n<p> Dressaient leur front, et ceux qui n&rsquo;avaient pas de t\u00eates<\/p>\n<p> Elevaient leurs deux poings, et le vent des temp\u00eates <\/p>\n<p> Soufflait, et derri\u00e8re eux, accroupis, accabl\u00e9s,<\/p>\n<p> On voyait un monceau de fant\u00f4mes voil\u00e9s,<\/p>\n<p> Muets et noirs; c&rsquo;\u00e9taient les veuves et les m\u00e8res.<\/p>\n<p> La rumeur qui sortait de ces ombres am\u00e8res<\/p>\n<p> Ressemblait au bruit sourd que les grands arbres font;<\/p>\n<p> Et, devant la clart\u00e9 qui flamboyait au fond,<\/p>\n<p> Joignant leurs mains, tordant leurs bras, ils s&rsquo;arr\u00eat\u00e8rent.<\/p>\n<p> Et, comme tous sortaient de la fosse, ils \u00f4t\u00e8rent<\/p>\n<p> La terre de leur bouche, et cri\u00e8rent: Seigneur! \u00a0\u00bb <\/p>\n<p> Olma \u00e9tait quadrill\u00e9e par les troupes mitl\u00e9riennes. Nome, sa capitale, poss\u00e9dait un d\u00e9partement capostolique, ayant \u00e0 sa t\u00eate un Cape, si\u00e9geant au Datican, avec pour embl\u00e8me la croit (la cloix,<br \/> la poix), Nome, cit\u00e9 des cirques, fond\u00e9e par les fils de la douve, Nome dont Hugo disait:<\/p>\n<p> Rome horrible chantait. Parfois devant ses portes,<\/p>\n<p> Quelque Crassus, vainqueur d&rsquo;esclaves et de rois,<\/p>\n<p> Plantait le grand chemin de vaincus mis en croix ;<\/p>\n<p> Et, quand Catulle, amant que notre extase \u00e9coute,<\/p>\n<p> Errait avec D\u00e9lie, aux deux bords de la route, <\/p>\n<p> Six mille arbres humains saignaient sur leurs amours.<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Seigneur! Seigneur! Seigneur! Justice pour la terre!<\/p>\n<p> Nous sommes les martyrs, nous sommes l&rsquo;\u00e9quit\u00e9,<\/p>\n<p> La loi sainte, l&rsquo;honneur, la foi, la libert\u00e9 ;<\/p>\n<p> Chass\u00e9s par les brigands que l\u00e0-haut on encense,<\/p>\n<p> Nous sommes la vertu, nous sommes l&rsquo;innocence,<\/p>\n<p> Que Satan forgeron frappe \u00e0 coups de marteau.<\/p>\n<p> Nous sommes ceux qu&rsquo;on a li\u00e9s au vil poteau,<\/p>\n<p> Ceux qu&rsquo;\u00e9gorgea le sabre et que per\u00e7a l&rsquo;\u00e9p\u00e9e ;<\/p>\n<p> Nous sommes le sang ti\u00e8de et la t\u00eate coup\u00e9e ;<\/p>\n<p> Nous sommes ceux qu&rsquo;on jette aux chiens, ceux que la dent <\/p>\n<p> D\u00e9chire, ceux qu&rsquo;on brise et qu&rsquo;on foule, pendant <\/p>\n<p> Que les vices lascifs et les crimes \u00e9normes<\/p>\n<p> Au-dessus de leurs fronts chantent, g\u00e9ants difformes,<\/p>\n<p> Nous crions vers vous, p\u00e8re! O Dieu bon, punissez! <\/p>\n<p> Car vous \u00eates l&rsquo;espoir de ceux qu&rsquo;on a chass\u00e9s,<\/p>\n<p> Car vous \u00eates patrie \u00e0 celui qu&rsquo;on exile,<\/p>\n<p> Car vous \u00eates le port, la demeure et l&rsquo;asile ;<\/p>\n<p> Les oiseaux ont le nid et les hommes ont Dieu.<\/p>\n<p> L\u00e0-haut le meurtre seul est libre ; c&rsquo;est un jeu <\/p>\n<p> D&rsquo;\u00e9gorger les vivants ; le droit n&rsquo;a plus de base, <\/p>\n<p> Et le bien et le mal, comme l&rsquo;eau dans un vase,<\/p>\n<p> Sont m\u00eal\u00e9s, et le monde est en proie \u00e0 la mort.<\/p>\n<p> Au sud on tue, on pend, on extermine ; au nord<\/p>\n<p> On \u00e9largit le bagne, on \u00e9largit les fosses ; <\/p>\n<p> On coupe \u00e0 coups de knout le ventre aux femmes grosses ;<\/p>\n<p> Le glaive a reparu, hideux, comme jadis.<\/p>\n<p> Dans Brescia, dans Milan, on a vu des bandits<\/p>\n<p> Ecraser du talon le sein des vierges mortes ;<\/p>\n<p> Des vieillards aux fronts blancs, massacr\u00e9s sur leurs portes<\/p>\n<p> Imprimaient \u00e0 leur seuil leurs doigts ensanglant\u00e9s ;<\/p>\n<p> Et les petits enfants, du haut des toits jet\u00e9s,<\/p>\n<p> Etaient re\u00e7us en bas sur les pointes des piques. <\/p>\n<p> Les mines de Tobolsk, les cachots des tropiques,<\/p>\n<p> Cayenne, Lambessa, le Spielberg, les pontons<\/p>\n<p> Sont pleins de nos douleurs! Seigneur, nous en sortons. <\/p>\n<p> Nous nous nommons le peuple, et sommes une plaie.<\/p>\n<p> Le genre humain saignant est tra\u00een\u00e9 sur la claie.<\/p>\n<p> Nous venons de l&rsquo;exil, nous venons du tombeau,<\/p>\n<p> Et nous vous rapportons l&rsquo;\u00e2me, notre flambeau!<\/p>\n<p> O Dieu juste, il est temps que votre bras nous venge.<br \/> <\/strong><\/p>\n<p><strong>FREUD ET L&rsquo;HEBREU<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le sujet que nous allons aborder dans ce bref propos est d&rsquo;une complexit\u00e9 et d&rsquo;une \u00e9tendue telles qu&rsquo;il est hors de question de le traiter de fa\u00e7on exhaustive. Tout au plus essayerons-nous de donner un aper\u00e7u de travaux actuellement en cours et qui portent<br \/> sur Freud, son \u00cfuvre et le mouvement psychanalytique. <\/p>\n<p> Nous dirons, de la fa\u00e7on la plus sch\u00e9matique, qu&rsquo;il s&rsquo;agit de savoir si, dans l&rsquo;exploration de son propre inconscient, Freud n&rsquo;a pas n\u00e9glig\u00e9 un aspect fondamental de ce paysage, si son oeuvre ne s&rsquo;en est pas trouv\u00e9 gauchie, si ce d\u00e9faut originel ne s&rsquo;est pas perp\u00e9tu\u00e9 dans l&rsquo;ensemble des recherches sur l&rsquo;inconscient, et enfin quels seraient les effets de cette m\u00e9connaissance sur la situation actuelle de la psychanalyse.<\/p>\n<p> Nous rappellerons bri\u00e8vement quelques donn\u00e9es de base qui structurent l&rsquo;espace de la d\u00e9marche psychanalytique, en ayant soin d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;\u00e9cueil d&rsquo;une terminologie par trop technique.<\/p>\n<p> La psychanalyse est dans son essence une science du cach\u00e9. Le suppl\u00e9ment d&rsquo;information introduit par la formule cach\u00e9 \u00e0 la conscience n&rsquo;est qu&rsquo;apparent, il recouvre une tautologie : \u00e0 qui ou \u00e0 quoi ces choses seraient-elles cach\u00e9es si ce n&rsquo;est \u00e0 une conscience ? Nous verrons que le probl\u00e8me majeur qui se profile derri\u00e8re cette<br \/> question est celui de savoir de quelle conscience il s&rsquo;agit.<\/p>\n<p> Mais ce cach\u00e9 qui int\u00e9resse la psychanalyse a ceci de particulier par rapport \u00e0 l&rsquo;immense \u00e9tendue de ce qui est simplement inconnu, et qui fait l&rsquo;objet d&rsquo;autres disciplines scientifiques, d&rsquo;\u00eatre d\u00e9fendu par des barri\u00e8res ou des obstacles que nous ne pouvons pas franchir (on sait que cette loi admet quelques exceptions). Ou, pour rester dans la m\u00e9taphore spatiale, nous constatons dans ces zones un ph\u00e9nom\u00e8ne particuli\u00e8rement surprenant : parvenons-nous \u00e0 y acc\u00e9der, que nous sommes alors frapp\u00e9s de c\u00e9cit\u00e9. Il se peut que la cause en soit la force aveuglante de l&rsquo;\u00e9vidence. Il existe en fran\u00e7ais une expression qui d\u00e9crit assez bien ce paradoxe : on dit alors que \u00ab\u00a0\u00e7a cr\u00e8ve les yeux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> L&rsquo;essentiel de l&rsquo;effort de la psychanalyse porte sur les moyens de surmonter ces difficult\u00e9s majeures. La perception directe \u00e9tant impossible, la d\u00e9marche psychanalytique va proc\u00e9der de fa\u00e7on m\u00e9diate. L&rsquo;apparent et le cach\u00e9, la surface et la profondeur sont en \u00e9troite relation. Les accidents du visible seront utilis\u00e9s comme des<br \/> indices, comme des signaux venant de l&rsquo;invisible.<\/p>\n<p> Freud a longuement insist\u00e9 sur la disproportion fr\u00e9quente entre l&rsquo;aspect insignifiant de ces indices et l&rsquo;importance de leur source. L&rsquo;ensemble de son \u00cfuvre est l\u00e0 pour nous rappeler que les grandes choses se cachent derri\u00e8re les petits d\u00e9tails. Et on pourrait dire que l&rsquo;essentiel des rapports entre le conscient et l&rsquo;inconscient se joue autour d&rsquo;une strat\u00e9gie de la dissimulation (l\u00e0 non plus, nous ne sommes pas loin du pl\u00e9onasme).<\/p>\n<p> Nous nous en tiendrons l\u00e0 pour ce qui est de la mise en place des coordonn\u00e9es fondamentales. En effet, outre qu&rsquo;il est hors de propos de d\u00e9crire ce que l&rsquo;on trouve au-del\u00e0 de ces limites de la perception, nous pensons que le paysage inconscient n&rsquo;a aucune raison de rester toujours le m\u00eame et que si, au moment de la d\u00e9couverte<br \/> freudienne, ce qui \u00e9tait dans l&rsquo;ombre \u00e9tait surtout le sexe, il se pourrait qu&rsquo;\u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la sexualit\u00e9 se prom\u00e8ne toute nue au grand jour, cette zone d&rsquo;ombre soit peupl\u00e9e d&rsquo;autres fant\u00f4mes. N&rsquo;est-ce pas ce que semble sugg\u00e9rer Daniel Sibony en commen\u00e7ant<br \/> ainsi son ouvrage L&rsquo;Autre incastrable ?<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Quelqu&rsquo;un me tint un jour ce propos amer : autrefois, quand on pr\u00e9sentait \u00e0 un analyste une \u00ab\u00a0situation\u00a0\u00bb, un r\u00eave, un nuage de mots, il lui suffisait de palper un peu la chose pour vous en sortir du sexe ; aujourd&rsquo;hui, vous pr\u00e9sentez la m\u00eame chose \u00e0 un analyste, il vous en extrait pompeusement un concept, une formule logique, un n\u00cfud borrom\u00e9en s&rsquo;il est lacanien, ou une connerie quelconque s&rsquo;il r\u00e9siste \u00e0 l&rsquo;\u00eatre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> &#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.<\/p>\n<p> Revenons \u00e0 notre probl\u00e8me et reprenons les termes de notre hypoth\u00e8se premi\u00e8re : il y aurait une zone qui serait rest\u00e9e dans l&rsquo;ombre chez Freud et dans son \u00cfuvre. Quelque chose serait rest\u00e9e inaccessible \u00e0 Freud dans l&rsquo;exploration de son propre inconscient.<br \/> Cette zone aurait gard\u00e9 son obscurit\u00e9 tout au long de l&rsquo;\u00e9volution du mouvement psychanalytique. (Notons qu&rsquo;a priori, rien n&#8217;emp\u00eache d&rsquo;\u00e9mettre une telle hypoth\u00e8se. Au contraire, c&rsquo;est l\u00e0 le genre de pr\u00e9jug\u00e9 dont s&rsquo;arme tout analyste au seuil d&rsquo;un travail de recherche).<\/p>\n<p> Si tel est bien le cas, alors on peut affirmer que des forces tr\u00e8s importantes ont d\u00e9tourn\u00e9 Freud de cette r\u00e9gion. On peut en outre avance que ce sont ces m\u00eames forces qui ont emp\u00each\u00e9 la multitude d&rsquo;explorateurs qui l&rsquo;ont suivi de s&rsquo;en approcher. On peut enfin \u00eatre s\u00fbr que de telles forces vont avoir des effets d\u00e9celables, analogues \u00e0 la modification de la trajectoire d&rsquo;un corps c\u00e9leste. Car, de m\u00eame qu&rsquo;en constatant une perturbation de l&rsquo;orbite d&rsquo;une plan\u00e8te, on est en droit de supposer la pr\u00e9sence d&rsquo;une masse responsable de cet effet, de la m\u00eame fa\u00e7on, lorsqu&rsquo;on constate une perturbation du fonctionnement analytique, un trouble de la logique, un oubli, on peut penser que quelque chose en est responsable.<\/p>\n<p> Nous allons donc adopter cette m\u00e9thode d&rsquo;observation au cours de notre recherche.<br \/> Nous allons relever une certain nombre de d\u00e9tails \u00e9tranges, surprenants, incoh\u00e9rents, illogiques, \u00e0 la fois chez Freud et chez ses ex\u00e9g\u00e8tes. Et nous allons avoir la surprise de constater une convergence de tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes vers un noyau central.<\/p>\n<p> Reprenons le texte de D. Sibony et lisons la suite : <\/p>\n<p> \u00ab\u00a0&#8230; Je ne r\u00e9pondis rien (que r\u00e9pondre ?), mais je me fis la r\u00e9flexion qu&rsquo;au point o\u00f9 nous en sommes, on aurait tort de n\u00e9gliger quelque piste que ce soit, \u00ab\u00a0sexuelle\u00a0\u00bb, logique ou topologique, qui puisse nous orienter vers ce que c&rsquo;est que l&rsquo;inconscient, dont nous ne<br \/> savons pas encore ce qu&rsquo;il est&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Soulignons ce \u00ab\u00a0point o\u00f9 nous en sommes\u00a0\u00bb dans lequel nous lisons un certain d\u00e9sarroi.<br \/> Serions-nous perdus ? Quelle direction prendre ? Cette perte du sens de l&rsquo;Orient est, nous le verrons, en relation \u00e9troite avec notre zone d&rsquo;ombre.<\/p>\n<p> Un autre auteur, Marie Balmary, semble avoir aussi conscience que la psychanalyse est devenue un labyrinthe dans lequel nous nous effor\u00e7ons de retrouver notre chemin :<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0La psychanalyse est un \u00e9difice o\u00f9 des questions se posent \u00e0 tous les \u00e9tages. Mais l&rsquo;architecte est mort. Il ne nous reste rien d&rsquo;autre \u00e0 faire que de descendre nous-m\u00eames dans les fondations et d&rsquo;essayer de comprendre. Ces fondations, ce sont la vie et l&rsquo;\u00cfuvre<br \/> de Freud lui-m\u00eame et l&rsquo;articulation entre les deux &#8230;<\/p>\n<p> Et pourtant, comment trouver du nouveau dans ces lieux tant de fois visit\u00e9s par tant de gens ? Descendre dans les fondations de la psychanalyse, tel est bien notre projet, mais par o\u00f9 ? Quel fil d&rsquo;Ariane nous guidera ?\u00a0\u00bb <\/p>\n<p> (L&rsquo;homme aux statues)<\/p>\n<p> Arr\u00eatons-nous un instant et voyons o\u00f9 nous en sommes. Nous cherchons quelque chose sans savoir ce que c&rsquo;est, et pour y parvenir, il nous faut des indices qui puissent nous montrer une direction. Sibony proposait d&rsquo;essayer n&rsquo;importe quoi. Balmary semble avoir fait un pas de plus ; pour elle, tous les chemins ne se valent pas :<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Peut-\u00eatre nous faudra-t-il &#8230; emprunter d&rsquo;\u00e9troits passages jusqu&rsquo;ici \u00e0 peine remarqu\u00e9s &#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Excellente id\u00e9e.<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0&#8230; nous arr\u00eater \u00e0 des indices tr\u00e8s minces, recouverts de poussi\u00e8re&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Nous sommes dans la plus pure orthodoxie psychanalytique. <\/p>\n<p> \u00ab\u00a0&#8230; En bref, retourner radicalement nos habitudes de recherche&#8230;\u00a0\u00bb <\/p>\n<p> Bon d\u00e9part qui devrait la mener loin. Laissons la poursuivre :<\/p>\n<p> \u00a0\u00bb &#8230; Que faire pour devenir capables d&rsquo;entendre du nouveau dans ce que Freud dit vraiment et non plus dans ce que la tradition psychanalytique, Freud le premier, nous a appris \u00e0 entendre de ce qu&rsquo;il dit ? O\u00f9 d\u00e9sapprendre, un temps, l&rsquo;analyse ? O\u00f9 laver nos<br \/> yeux trop habitu\u00e9s ? Changer d&rsquo;\u00e9poque ? Changer de pays ? &#8230;\u00a0\u00bb <\/p>\n<p> Ou, pourquoi pas, changer de langue.<\/p>\n<p> Mais l\u00e0, brusquement, sa trajectoire va s&rsquo;infl\u00e9chir de fa\u00e7on tellement nette, tellement consid\u00e9rable qu&rsquo;elle va nous indiquer la voie que nous cherchions : c&rsquo;est celle qu&rsquo;elle va refuser, celle devant laquelle elle va se d\u00e9tourner. Car notre fil d&rsquo;Ariane est celui, toujours le m\u00eame, qui nous est fourni par ce genre d&rsquo;accident de surface. Plut\u00f4t que d&#8217;emprunter \u00ab\u00a0quelque piste que ce soit\u00a0\u00bb, notre technique consiste \u00e0 observer, \u00e0 rechercher la piste n\u00e9glig\u00e9e. Nous avons eu au cours de nos recherches de nombreuses surprises, nous avons d\u00e9couvert des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9tranges. Cette piste existe bien. D&rsquo;ailleurs, dire piste rel\u00e8ve de l&rsquo;euph\u00e9misme, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agirait plut\u00f4t d&rsquo;une avenue. Et pourtant, personne \u00e0 notre connaissance ne s&rsquo;y est engag\u00e9. Tout porte \u00e0 croire que la situation est analogue \u00e0 celle de La lettre vol\u00e9e :<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Ces mots-l\u00e0, comme les enseignes et les affiches \u00e0 lettres \u00e9normes, \u00e9chappent \u00e0 l&rsquo;observateur par le fait m\u00eame de leur excessive \u00e9vidence\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p> (Edgar Poe)<\/p>\n<p> Il existe mille mani\u00e8res de se cacher, et ce n&rsquo;est pas le Nom qui me d\u00e9mentira.<\/p>\n<p> Marie Balmary, donc, qui se proposait d&rsquo;explorer les fondations de la vie et de l&rsquo;\u00cfuvre de Freud, ajoute ceci :<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Justement, la pierre angulaire de la psychanalyse se trouve en Gr\u00e8ce &#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Et nous voil\u00e0 revenus dans le labyrinthe. Et d&rsquo;insister :<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0&#8230; La langue elle-m\u00eame, le grec ancien, langue morte, conviendrait \u00e0 notre d\u00e9paysement &#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Dommage, elle s&rsquo;en \u00e9tait pourtant bien approch\u00e9e. La piste qui vient de se refuser \u00e0 Marie Balmary est celle de l&rsquo;h\u00e9breu.<\/p>\n<p> Nous allons maintenant pouvoir progresser plus vite et montrer que chaque fois qu&rsquo;un auteur va s&rsquo;approcher de ce noyau juif, sa d\u00e9marche va subir des perturbations consid\u00e9rables. <\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Qu&rsquo;elle (la Lettre) soit en souffrance, c&rsquo;est eux qui vont en p\u00e2tir.\u00a0\u00bb <\/p>\n<p> (Lacan. S\u00e9minaire sur La lettre vol\u00e9e.)<\/p>\n<p> Le fondateur de la psychanalyse est la premi\u00e8re victime de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Freud a, en effet, tr\u00e8s vite per\u00e7u l&rsquo;importance du d\u00e9tour par les langues pour le d\u00e9codage des r\u00eaves, des mots d&rsquo;esprit, et plus g\u00e9n\u00e9ralement de tout propos soumis \u00e0 l&rsquo;analyse. Ses ouvrages fourmillent d&rsquo;exemples de d\u00e9tours par le fran\u00e7ais, l&rsquo;anglais, l&rsquo;italien, et l&rsquo;allemand bien s\u00fbr. On y trouve du latin et du grec. Mais d&rsquo;h\u00e9breu point. Une exception cependant, \u00e0 la fois comique et tr\u00e8s significative. Dans Psychopathologie de la vie quotidienne, il se permet un relais par l&rsquo;h\u00e9breu \u00e0 propos d&rsquo;un marteau oubli\u00e9.<\/p>\n<p> Hammer, marteau, le renvoie \u00e0 Chamer, \u00e2ne :<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0&#8230; car la premi\u00e8re id\u00e9e qui me vient \u00e0 l&rsquo;esprit \u00e0 propos de \u00ab\u00a0Hammer\u00a0\u00bb est \u00ab\u00a0Chamer\u00a0\u00bb (\u00e2ne en h\u00e9breu).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Voil\u00e0 pour le c\u00f4t\u00e9 amusant. Mais qu&rsquo;on ne s&rsquo;y fie pas. Quelque chose de beaucoup plus important se cache derri\u00e8re le fait que l&rsquo;h\u00e9breu s&rsquo;adresse \u00e0 lui par ce mot.<\/p>\n<p> Notons que Freud n&rsquo;y voit aucune allusion \u00e0 son professeur d&rsquo;h\u00e9breu et ami intime, pass\u00e9 lui aussi dans l&rsquo;oubli : Hammerschlag.<\/p>\n<p> Il est bien s\u00fbr difficile en si peu de temps de montrer toute l&rsquo;importance de ce refus, de cet oubli, de cette n\u00e9gligence. Mais l&rsquo;important pour nous reste de montrer qu&rsquo;un chemin n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9 par Freud et surtout, ce qui est bien plus grave et bien<br \/> plus \u00e9tonnant, qu&rsquo;il n&rsquo;ait tent\u00e9 personne .<\/p>\n<p> Nous allons donner deux exemples de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de ce d\u00e9tour. Le premier est tir\u00e9 de Freud. La tradition psychanalytique rapporte qu&rsquo;au cours de son voyage aux Etats-Unis, o\u00f9 il \u00e9tait accompagn\u00e9 par Jung et Ferenczi, Freud aurait prononc\u00e9 ces mots historiques : \u00ab\u00a0Ils ne savent pas que nous allons leur apporter la peste\u00a0\u00bb. Pourquoi diable la peste ? Si qui que ce soit avait pris un dictionnaire et cherch\u00e9 comment s&rsquo;\u00e9crivait peste en h\u00e9breu, il aurait imm\u00e9diatement \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par le fait que le m\u00eame mot \u00ab\u00a0DVR\u00a0\u00bb<br \/> d\u00e9signe aussi la parole. Anecdotique ? Erreur. Dans l&rsquo;inconscient de Freud, la lettre h\u00e9bra\u00efque oubli\u00e9e fonctionne de fa\u00e7on tr\u00e8s active.<\/p>\n<p> &#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.<\/p>\n<p> Examinons maintenant un autre type de perturbations engendr\u00e9es par l&rsquo;action de ce noyau refoul\u00e9.<\/p>\n<p> L&rsquo;\u00cfuvre de Freud que nous tenons pour la plus importante, eu \u00e9gard \u00e0 nos crit\u00e8res, est bien Mo\u00efse et le monoth\u00e9isme. Et ce pour plusieurs raisons. Freud lui-m\u00eame a dit que ce travail l&rsquo;avait poursuivi toute sa vie. D&rsquo;autre part, c&rsquo;est le seul essai o\u00f9 il s&rsquo;approche un tant soit peu de notre noyau actif. De plus, il y est confront\u00e9 \u00e0 des probl\u00e8mes de filiation, d&rsquo;identit\u00e9. Enfin, c&rsquo;est, de tous les ouvrages de Freud, le moins lu, le moins \u00e9tudi\u00e9, celui qui fait perdre aux analystes l&rsquo;attitude qu&rsquo;on serait en droit d&rsquo;attendre d&rsquo;eux, puisqu&rsquo;ils l&rsquo;accueillent d&rsquo;un \u00ab\u00a0ce n&rsquo;est pas un ouvrage s\u00e9rieux\u00a0\u00bb. Comme si ce n&rsquo;\u00e9tait pas justement l\u00e0 le signe qu&rsquo;on peut y trouver une mine d&rsquo;enseignements.<\/p>\n<p> Or, cet ouvrage pr\u00e9sente une telle quantit\u00e9 d&rsquo;oublis, d&rsquo;erreurs, de troubles de la logique, de bizarreries, que nous sommes tr\u00e8s rapidement d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9s. Certaines de ces erreurs sont tellement grossi\u00e8res, tellement visibles qu&rsquo;il peut venir \u00e0 l&rsquo;esprit que Freud a fait en quelque sorte expr\u00e8s de les y mettre pour nous dire quelque chose.<br \/> Mais, en ce qui concerne le silence des commentateurs, le myst\u00e8re reste entier. Le recensement de ces \u00e9tranget\u00e9s ainsi que l&rsquo;analyse globale de l&rsquo;ouvrage font l&rsquo;objet d&rsquo;un travail actuellement en cours. <\/p>\n<p> Conseillons simplement \u00e0 qui veut se faire une id\u00e9e de ce que nous avan\u00e7ons la lecture du troisi\u00e8me paragraphe : \u00ab\u00a0Ce qui, dans la personnalit\u00e9 de Mo\u00efse &#8230;\u00a0\u00bb dont nous extrairons ceci : Freud veut nous montrer que l&rsquo;explication donn\u00e9e par le Texte de l&rsquo;origine du nom Mosh\u00e9 est erron\u00e9e. L&rsquo;argument est que Mosh\u00e9 ne signifie pas \u00ab\u00a0retir\u00e9\u00a0\u00bb mais \u00ab\u00a0retireur\u00a0\u00bb. Et il ajoute : <\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Cet argument s&rsquo;appuie encore sur deux faits :<\/p>\n<p> 1. Il est insens\u00e9 d&rsquo;attribuer \u00e0 une princesse \u00e9gyptienne quelque connaissance de l&rsquo;\u00e9tymologie h\u00e9bra\u00efque.<\/p>\n<p> 2. Il est presque certain que les eaux d&rsquo;o\u00f9 fut retir\u00e9 l&rsquo;enfant n&rsquo;\u00e9taient pas celles du Nil\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> Sans commentaire. ( Pour l&rsquo;instant).<\/p>\n<p> Mais voici le fait le plus extraordinaire. Mo\u00efse et le monoth\u00e9isme commence par cette phrase :<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0D\u00e9poss\u00e9der un peuple de l&rsquo;homme qu&rsquo;il c\u00e9l\u00e8bre comme le plus grand de ses fils est une t\u00e2che sans agr\u00e9ment et qu&rsquo;on n&rsquo;accomplit pas d&rsquo;un c\u00cfur l\u00e9ger\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> Marthe Robert \u00e9crit, \u00e0 la fin de D&rsquo;Oedipe \u00e0 Mo\u00efse, en conclusion de son commentaire du Mo\u00efse et le monoth\u00e9isme :<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0De sorte qu&rsquo;au moment de quitter la sc\u00e8ne o\u00f9 il (Freud) a tenu si vaillamment son r\u00f4le, il peut dire qu&rsquo;il n&rsquo;est plus ni juif, ni allemand, ni quoi que ce soit qui puisse encore porter un nom : il ne veut \u00eatre que le fils de personne et de nulle part, le fils de ses \u00cfuvres, et de son \u00cfuvre, qui, \u00e0 l&rsquo;instar du proph\u00e8te assassin\u00e9, laisse perplexes les<br \/> si\u00e8cles devant le myst\u00e8re de son identit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> Pourquoi Marthe Robert affirme-t-elle que Freud dit \u00ab\u00a0qu&rsquo;il n&rsquo;est plus juif\u00a0\u00bb ? Est-ce parce qu&rsquo;il ne dit pas qu&rsquo;il l&rsquo;est ?<\/p>\n<p> Supposons un instant que Freud ait dit dans ce livre qu&rsquo;il \u00e9tait juif. Alors on serait en droit de demander des explications \u00e0 Marthe Robert. Allons plus loin, et supposons que cette affirmation de Freud ait \u00e9t\u00e9 censur\u00e9e. Impossible, direz-vous. Pourquoi aurait-on<br \/> fait cela ? Et d&rsquo;abord cela se saurait. Eh bien, imaginons que cette affirmation ait \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e et que personne n&rsquo;en ait souffl\u00e9 mot. Quand nous disons personne, nous pensons surtout aux sp\u00e9cialistes de la question, ceux qui connaissent les textes et<br \/> surtout ceux qui savent l&rsquo;importance des oublis, de la censure, des erreurs.<\/p>\n<p> L\u00e0, nous pourrions bien faire perdre patience au lecteur. Qu&rsquo;est-ce que cela veut dire ?<br \/> A quoi riment toutes ces suppositions absurdes ? En bien voici : nous venons de d\u00e9crire tr\u00e8s exactement la r\u00e9alit\u00e9. La traduction d&rsquo;Anne Berman, publi\u00e9e en 1948, a supprim\u00e9 la fin de la premi\u00e8re phrase que voici dans son int\u00e9gralit\u00e9 :<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0D\u00e9poss\u00e9der un peuple de l&rsquo;homme qu&rsquo;il c\u00e9l\u00e8bre comme le plus grand de ses fils est une t\u00e2che sans agr\u00e9ment et qu&rsquo;on n&rsquo;accomplit pas d&rsquo;un c\u00cfur l\u00e9ger, surtout quand on appartient soi-m\u00eame \u00e0 ce peuple.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Et, depuis 1948, aucune correction, pas d&rsquo;autre traduction, et surtout aucun commentaire. Cet oubli est pass\u00e9 inaper\u00e7u .<\/p>\n<p> On se prend \u00e0 r\u00eaver \u00e0 ce que Freud aurait fait d&rsquo;une telle omission. Et quel hasard que manque justement cette partie-l\u00e0 dans une pareille phrase. Que penser maintenant des conclusions de Marthe Robert ? Freud reste bien le fils de ses \u00cfuvres par ce tour posthume qu&rsquo;il vient jouer \u00e0 ses soi-disant fid\u00e8les.<\/p>\n<p> La psychanalyse, qui est n\u00e9e et qui s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e dans l&rsquo;Occident chr\u00e9tien a subi la force consid\u00e9rable du refoulement qui s&rsquo;exerce sur tout ce qui est juif.<\/p>\n<p> De m\u00eame que Freud s&rsquo;est \u00e9cart\u00e9 de l&rsquo;h\u00e9breu, de la m\u00eame fa\u00e7on, personne, quelle que soit sa langue, n&rsquo;a pu s&rsquo;en approcher. La trajectoire de la psychanalyse depuis Freud a toujours contourn\u00e9 cette question de la filiation juda\u00efque, ob\u00e9issant en cela aux lois du<br \/> christianisme.<\/p>\n<p> L&rsquo;expression \u00ab\u00a0pour moi c&rsquo;est de l&rsquo;h\u00e9breu \u00a0\u00bb donne une id\u00e9e de la force du refoulement qui s&rsquo;est exerc\u00e9e sur cette langue qui est pourtant celle du Dieu du locuteur.<\/p>\n<p> Nous tenons pour assur\u00e9 que l&rsquo;extraordinaire pouss\u00e9e de la linguistique en psychanalyse, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;insistance de la Lettre dans l&rsquo;aile lacanienne est due \u00e0 l&rsquo;action de ce que nous avons appel\u00e9 le noyau refoul\u00e9.<\/p>\n<p> A la formule trop g\u00e9n\u00e9rale de Lacan : <\/p>\n<p> \u00a0\u00bb L&rsquo;inconscient est structur\u00e9 comme un langage.\u00a0\u00bb <\/p>\n<p> Nous opposerons, puisque la psychanalyse est science du particulier, ceci :<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0L&rsquo;inconscient de Freud est structur\u00e9 comme une langue h\u00e9bra\u00efque.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Nous esp\u00e9rons que cette mise au point permettra de contrecarrer un peu la force qui emp\u00eache ce genre de travaux de voir le jour, et nous souhaitons que le n\u00f4tre n&rsquo;y succombe pas.<\/p>\n<p> Un travail immense reste \u00e0 faire, et peut-\u00eatre aurons-nous contribu\u00e9 \u00e0 ouvrir une voie prometteuse.<\/p>\n<p> Postface \u00e0 l&rsquo;\u00e9dition 95<\/p>\n<p> Une nouvelle traduction du Der Mann Moses und die monotheistische Religion est parue qui a restitu\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re phrase son bout manquant mais sans qu&rsquo;une note vienne signaler, l\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment, la diff\u00e9rence avec la traduction pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<p> Plus fort, ce livre s&rsquo;ouvre sur un Avertissement de l&rsquo;\u00e9diteur :<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Dans la traduction fran\u00e7aise ant\u00e9rieure, et m\u00eame dans la Standard Edition due \u00e0 James Strachey, le titre de cet ouvrage est curieusement abr\u00e9g\u00e9: Mo\u00efse et le monoth\u00e9isme.<br \/> Quant au sous-titre, il a purement et simplement disparu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Mais curieusement, alors que l&rsquo;attention est port\u00e9e sur les diff\u00e9rences entre les traductions, on ne dit pas un mot de l&rsquo;oubli, de la bizarrerie que nous avons signal\u00e9e.<\/p>\n<p> Extraordinaire confirmation de la persistance de ce refoulement dans la production intellectuelle.<\/p>\n<p> AUTRE EXEMPLE<br \/> <\/strong><\/p>\n<p><strong><\/p>\n<p> LE JASMIN<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Ceci avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en exergue \u00e0 une oeuvre d&rsquo;une \u00e9tranget\u00e9 o\u00f9 la moire laisse transpara\u00eetre les anfractuosit\u00e9s de l&rsquo;angoisse, les \u00e9cailles d&rsquo;un printemps qui s&rsquo;\u00e9chappe en rampant au milieu des \u00e9pis d&rsquo;un \u00e9t\u00e9 qui n&rsquo;en finit pas de beugler. <\/p>\n<p> Il y a dans ces textes des d\u00e9fil\u00e9s qui nous laissent pantois, des fils d&rsquo;azur nou\u00e9s sur des trames d&rsquo;\u00e9pines, des tr\u00f4nes de g\u00e9latine gluante o\u00f9 viennent mourir des potentats ail\u00e9s, cependant que dans les murmures visqueux qui montent de nos propres visc\u00e8res nous<br \/> croyons reconna\u00eetre les r\u00e2les proph\u00e9tiques que nous guettions sur nos \u00e9crans \u00e0 \u00e9lectrons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> (Resto Bunazzo)<\/p>\n<p> Un Juif tune<\/p>\n<p> Lorsque je suis arriv\u00e9 \u00e0 Paris, il pleuvait. J&rsquo;aurais d\u00fb me m\u00e9fier.<\/p>\n<p> A l&rsquo;\u00e9poque, on accueillait les \u00e9trangers avec un plaisir pas forc\u00e9ment condescendant, c&rsquo;\u00e9tait plut\u00f4t la satisfaction du travail bien fait. Voil\u00e0 la justification de la colonisation, voil\u00e0 le r\u00e9sultat de notre \u00e9ducation, voil\u00e0 des gens que nous avons sauv\u00e9 des t\u00e9n\u00e8bres, du sous-d\u00e9veloppement, voil\u00e0 les affranchis, voil\u00e0 l&rsquo;\u00e9lite du monde barbare qui vient rejoindre nos rangs, nous avons l&rsquo;habitude des mercenaires, nous savons honorer leurs services, c&rsquo;est une vieille tradition qui remonte aux Romains.<\/p>\n<p> Le probl\u00e8me c&rsquo;est que j&rsquo;\u00e9tais n\u00e9 \u00e0 Carthage. <\/p>\n<p> Longtemps je me suis lev\u00e9 de bonne heure, longuement j&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9, je voulais devenir un vrai Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p> Malheureusement quelque chose en moi se r\u00e9voltait. Un noir encha\u00een\u00e9, un juif concentr\u00e9, puis gaz\u00e9, puis cram\u00e9, un indien \u00e9corch\u00e9, une baleine d\u00e9pec\u00e9e, un taureau corrid\u00e9, de l&rsquo;ozone corrod\u00e9, quelque chose que je n&rsquo;arrivais pas \u00e0 identifier me<br \/> regardait d&rsquo;un air \u00e9plor\u00e9. Et cette belle langue que j&rsquo;avais tant cultiv\u00e9e s&rsquo;est mise \u00e0 jouer. Ce jeu provoqua des d\u00e9rapages et il me fallut faire appel \u00e0 un technicien.<\/p>\n<p> C&rsquo;\u00e9tait un lacanien.<\/p>\n<p> Depuis, bien des mots ont poul\u00e9 sous les cons et je me retrouve aujourd&rsquo;hui dans une situation que je voudrais clarifier.<\/p>\n<p> Installons-nous confortablement sur le divan et laissons flotter nos id\u00e9es.<\/p>\n<p> L&rsquo;analyse m&rsquo;a permis de mieux accepter mon destin. Fran\u00e7ais je suis et Fran\u00e7ais je resterai. Je n&rsquo;y peux rien. C&rsquo;est comme vouloir avoir un autre p\u00e8re ou une autre m\u00e8re.<br \/> C&rsquo;est vrai, je regrette qu&rsquo;ils soient ce qu&rsquo;ils sont, mais je peux encore leur parler.<\/p>\n<p> J&rsquo;aurais voulu avoir des parents papous, qui rentrent chez eux \u00e0 reculons, avec un petit balai pour effacer leurs traces. Des parents sioux, avec qui j&rsquo;aurais p\u00each\u00e9 du saumon, des comanches ou des apaches, pour \u00eatre plus fort que le Blanc, des aborig\u00e8nes, pour<br \/> parler aux com\u00e8tes, j&rsquo;aurais voulu un p\u00e8re esquimau, une m\u00e8re lapone, j&rsquo;aurais voulu na\u00eetre dans une youtre, zut, voil\u00e0 ce fichu inconscient qui se manifeste, il me fait faire un lapsus pour dire que j&rsquo;oublie quelque chose. Oui, pourquoi pas une m\u00e8re youpine, et<br \/> j&rsquo;aurais pu \u00eatre Woody Allen, non, il a fallu que je naisse \u00e0 Carthage, juste au moment o\u00f9 Rome avait d\u00e9barqu\u00e9, il a fallu que je voie tout ce qui s&rsquo;est pass\u00e9, et, comme si tout \u00e7a ne suffisait pas, il a fallu que je promette&#8230; je ne peux pas d\u00e9voiler ce secret, mais il y a un \u00e9l\u00e9phant \u00e0 qui j&rsquo;ai promis que je le ram\u00e8nerai dans son pays.<\/p>\n<p> J&rsquo;ai des lombalgies, des insomnies, je suis \u00e9puis\u00e9, parfois d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, j&rsquo;ai essay\u00e9 de me droguer, j&rsquo;ai bu l&rsquo;alcool des pharmacies, j&rsquo;ai m\u00e2ch\u00e9 l&rsquo;herbe de l&rsquo;oubli, j&rsquo;ai plong\u00e9 dans le<br \/> lac mort, j&rsquo;ai lu le livre des fianc\u00e9s, et j&rsquo;ai err\u00e9 dans la for\u00eat des pleurotes.<\/p>\n<p> Et puis, il y a des moments o\u00f9 l&rsquo;analyse s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re, un flot d&rsquo;images et de mots vient se bousculer \u00e0 la sortie et on reste paralys\u00e9, traumatis\u00e9 comme apr\u00e8s le Heysel. <\/p>\n<p> Brusquement c&rsquo;est Akiba, G\u00e9ronimo et Spartacus qui demandent la parole.<\/p>\n<p> En m\u00eame temps c&rsquo;est mon p\u00e8re qui va crever et ma femme qui va accoucher.<\/p>\n<p> Je dois soigner mes patients et me faire op\u00e9rer. <\/p>\n<p> Et j&rsquo;aimerais me faire un joint et tout oublier.<\/p>\n<p> Mon p\u00e8re est n\u00e9 berb\u00e8re et ma m\u00e8re \u00e0 J\u00e9rusalem. Quand je prends le 86 pour me rendre \u00e0 mon cabinet rue de Rennes, je me dis que j&rsquo;en ai fait du chemin. Et je songe au miracle de la langue fran\u00e7aise. Rennes, par exemple, quel mot magnifique!<\/p>\n<p> Vous savez peut-\u00eatre que la langue d\u00e9termine l&rsquo;agencement des circuits neuronaux.<br \/> C&rsquo;est \u00e0 dire que je suis c\u00e2bl\u00e9, c\u00e2bl\u00e9 dans une langue, c\u00e2bl\u00e9 fran\u00e7ais. <\/p>\n<p> Probablement pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9, mes ma\u00eetres ont pris la pr\u00e9caution de mettre \u00e0 l&rsquo;abri certaines zones, o\u00f9 ils ont implant\u00e9 des textes dans d&rsquo;autres langues.<\/p>\n<p> Ce serait une configuration somme toute banale si ce n&rsquo;\u00e9tait le choix particulier de ces langues qui entretiennent entre elles des rapports complexes et conflictuels.<\/p>\n<p> Mais la majorit\u00e9 de mes cellules nerveuses, la plus grosse partie du troupeau, est bien fran\u00e7aise, et ses racines sont profondes.<\/p>\n<p> J&rsquo;ai, comme beaucoup d&rsquo;autres, travers\u00e9 la M\u00e9diterran\u00e9e, happ\u00e9 par le myst\u00e8re. <\/p>\n<p> Ma vie l\u00e0-bas fut plut\u00f4t ordinaire et je ne vois pas l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de vous raconter ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 depuis le jour o\u00f9 j&rsquo;ai aper\u00e7u le Carmel assoupi dans la brume de juillet.<\/p>\n<p> Ce que je voudrais vous dire a trait au pr\u00e9sent. <\/p>\n<p> Nous \u00e9tions, hier, r\u00e9unis \u00e0 quelques uns et nous discutions de la situation plan\u00e9taire.<\/p>\n<p> Un Chr\u00e9tien, qui se trouvait l\u00e0 par erreur, nous fit remarquer que nous \u00e9tions enlis\u00e9s dans la mat\u00e9rialit\u00e9, et que le peuple \u00e9lu du Seigneur devait retrouver sa dignit\u00e9.<\/p>\n<p> Il avait confiance dans nos capacit\u00e9s, et, pour lui, dans un avenir qui ne pouvait \u00eatre lointain, nous allions atteindre la v\u00e9rit\u00e9 et voir, un beau matin, Sainte Th\u00e9r\u00e8se, accompagn\u00e9e de l&rsquo;enfant J\u00e9sus, au beau milieu des brebis de Samarie, avec le petit Palestinien qui caresse le serpent Isra\u00e9lien. Nous l&rsquo;avons regard\u00e9 comme un pensionnaire d&rsquo;un asile d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s, comme un d\u00e9lirant dont il avait d&rsquo;ailleurs le regard brillant<\/p>\n<p> J&rsquo;ai toujours v\u00e9cu avec le sentiment qu&rsquo;il me manquait l&rsquo;essentiel.<\/p>\n<p> L&rsquo;essentiel c&rsquo;est \u00e0 dire la vie. La vie c&rsquo;est \u00e0 dire le soleil. Le soleil c&rsquo;est \u00e0 dire la mer. La mer c&rsquo;est \u00e0 dire Tunis. Tunis c&rsquo;est \u00e0 dire mon pass\u00e9. <\/p>\n<p> Je dois, vers midi, recevoir mes patients. <\/p>\n<p> Lorsque je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 ce qui m&rsquo;arrive, je me dis que je suis moi aussi tr\u00e8s patient.<\/p>\n<p> Isra\u00ebl est le pays du lait sucr\u00e9, et la boucle est boucl\u00e9e.<\/p>\n<p> L&rsquo;essentiel c&rsquo;est le sein de ma m\u00e8re.<\/p>\n<p> Bon, et apr\u00e8s?<\/p>\n<p> Je fume un joint, et je sors le livre de Michaux.<\/p>\n<p> Me revoil\u00e0 sous la cascade d&rsquo;Ein Gu\u00e9di. L&rsquo;oeil du chevreau, la source du verseau.<\/p>\n<p> Je sais que je vais mourir bient\u00f4t. Mourir de cet Occident, de cette soi-disant civilisation.<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Et dans les cavernes rocheuses des milliers soleils \u00e9closent\u00a0\u00bb (Y\u00e9roushala\u00efm shel zahav)<\/p>\n<p> Je ne voudrais pas mourir sans revoir J\u00e9rusalem. <\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Eh bien! prenez vos cliques et vos claques et allez-y.\u00a0\u00bb <\/p>\n<p> Ainsi me parlait mon analyste, ainsi parlent les p\u00e8res.<\/p>\n<p> Et moi, comme mon fils Rapha\u00ebl, je criais \u00ab\u00a0les bras! les bras papa!\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p> A l&rsquo;origine de cette aventure, une ancienne et banale crise d&rsquo;identit\u00e9. <\/p>\n<p> Mon histoire, contrairement \u00e0 ce que l&rsquo;on m&rsquo;a enseign\u00e9, n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec celle des Gaulois. Le seul point commun entre ces sympathiques moustachus et mes v\u00e9ritables anc\u00eatres c&rsquo;est que nous aussi, Rome nous a vaincus. Rome a fait de nous des Latins. <\/p>\n<p> Mes racines remontent loin dans le temps.<\/p>\n<p> Avant d&rsquo;\u00eatre Berb\u00e8re, et de subir la loi de la conqu\u00eate arabe, ma famille vivait entre Carthage et Salamb\u00f4.<\/p>\n<p> Nous avons d\u00e9barqu\u00e9 sur cette c\u00f4te hospitali\u00e8re apr\u00e8s le d\u00e9sastre de Massada, fuyant les l\u00e9gions de Titus et Vespasien, mais notre r\u00e9pit fut de courte dur\u00e9e.<\/p>\n<p> Je me suis donc d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 faire mon alyah. Pour ceux qui ignorent ce que j&rsquo;entends par l\u00e0, c&rsquo;est un mot h\u00e9breu qui veut dire mont\u00e9e, ou escalade. Escalade en solitaire de la face noire de son destin. Je dois ajouter, pour donner une id\u00e9e exacte de ce qui se passait dans ma pens\u00e9e, que j&rsquo;\u00e9tais compl\u00e8tement obs\u00e9d\u00e9 par les cris des baleines.<br \/> <\/strong><\/p>\n<p> <strong>Lettre \u00e0 mon analyste<\/p>\n<p> Le v\u00e9ritable travail du psychanalyste, donc la \u00ab\u00a0bonne\u00a0\u00bb interpr\u00e9tation, c&rsquo;est d&rsquo;entendre, de comprendre, d&rsquo;identifier un sujet dans le sujet, une parole, un \u00eatre m\u00eame, prisonnier d&rsquo;une oppression, d&rsquo;une ali\u00e9nation, d&rsquo;une colonisation culturelle et affective, bref, d&rsquo;un<br \/> v\u00e9ritable \u00ab\u00a0\u00eatricide\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> Mais pour cela il faut savoir ce qu&rsquo;est une identit\u00e9. Reconna\u00eetre \u00e0 chaque instant le bourreau et la victime, le prisonnier et son ge\u00f4lier, le malade et son psychiatre, l&rsquo;indien et son assassin, le noir et le blanc.<\/p>\n<p> C&rsquo;est un travail de r\u00e9sistant.<\/p>\n<p> Et vous, Melman, \u00eates-vous pour ou contre la \u00ab\u00a0r\u00e9sistance\u00a0\u00bb?<\/p>\n<p> Il me semble aujourd&rsquo;hui que j&rsquo;en veux au SILENCE.<\/p>\n<p> Un peu comme si je reprenais mon analyse avec vous.<\/p>\n<p> Vous voyez, c&rsquo;est vraiment pas la peine de se demander comment commence une analyse. C&rsquo;est quelque chose qui vous tombe dessus comme une grippe.<\/p>\n<p> Donc puisque je me sens gripp\u00e9, je vais vous parler. <\/p>\n<p> Ce que je voudrais en fait, c&rsquo;est vous faire parler.<\/p>\n<p> Bon, je commence.<\/p>\n<p> Il m&rsquo;est venu une id\u00e9e bizarre.<\/p>\n<p> J&rsquo;\u00e9tais Artaud. Antonin Artaud.<\/p>\n<p> Non, non, ne souriez pas, l&rsquo;affaire est beaucoup plus compliqu\u00e9e.<\/p>\n<p> J&rsquo;ai re\u00e7u un message intergalactique, extra-plan\u00e9taire, un message cosmique, irr\u00e9el et comique, une sorte d&rsquo;aventure hom\u00e9rique dans un univers satanique.<\/p>\n<p> J&rsquo;ai communiqu\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 une table mouvante, avec Victor Hugo.<\/p>\n<p> Et puis de fil en anguille (sic), l&rsquo;histoire a grossi, et j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 entrer en contact avec Adam, Abraham, Mo\u00efse, le Baal Shem Tov, rebbi Ha\u00ef Ta\u00efeb, le rabbi de Loubavitch et, pour finir, avec Dieu lui-m\u00eame.<\/p>\n<p> Tout est not\u00e9, tout est \u00e9crit, consign\u00e9, enregistr\u00e9, informatis\u00e9. Il y a m\u00eame des documents imprim\u00e9s et d&rsquo;autre publi\u00e9s.<\/p>\n<p> Tenez, vous qui \u00eates, qui vous efforcez tout au moins, d&rsquo;\u00eatre psychanalyste, que pensez-vous de ce que j&rsquo;ai \u00e9crit sur Freud?<\/p>\n<p> Vous n&rsquo;avez pas lu mon article? Je vais imm\u00e9diatement r\u00e9parer ce dommage et je vous pr\u00e9sente mes excuses pour ce manque de correction: j&rsquo;ai effectivement omis de vous l&rsquo;adresser au moment de sa parution. Vous le trouverez sans probl\u00e8me. <\/p>\n<p> C&rsquo;est Freud et l&rsquo;h\u00e9breu.<\/p>\n<p> J&rsquo;ajoute, pendant que j&rsquo;y suis, un document que vous recevez avant sa parution. Il s&rsquo;agit des lettres de Pablo, un Indien hospitalis\u00e9 \u00e0 Maison-Blanche, o\u00f9 j&rsquo;ai pass\u00e9 quelques ann\u00e9es.<\/p>\n<p> J&rsquo;aimerais savoir ce que vous en pensez en tant que coll\u00e8gue, que confr\u00e8re, que clinicien. De quel d\u00e9lire souffre ce jeune homme?<\/p>\n<p> Au fait, quand est-ce que je vous ai vu pour la premi\u00e8re fois?<\/p>\n<p> Ce qui est certain c&rsquo;est qu&rsquo;aux alentours de mai 68 (26 ans d\u00e9j\u00e0! mon dieu, que le temps passe vite) j&rsquo;\u00e9tais psychiatre en formation \u00e0 Sainte Anne et l\u00e0 je parlais de mon d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9migrer en Isra\u00ebl \u00e0 un gars dont le nom m&rsquo;\u00e9chappe qui \u00e9tait chef de clinique chez Delay (oui, j&rsquo;ai connu Pichot, g\u00e9nial ce mec!).<\/p>\n<p> Et lui m&rsquo;a r\u00e9torqu\u00e9: pourquoi vous ne feriez pas une analyse?<\/p>\n<p> A l&rsquo;\u00e9poque, ceux qui n&rsquo;\u00e9taient pas en analyse marchaient en rasant les murs.<\/p>\n<p> J&rsquo;ai aussi travaill\u00e9 avec Anne Lise Stern dans le service de p\u00e9dopsychiatrie (\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque \u00e7a ne s&rsquo;appelait pas comme \u00e7a) de Jenny Aubry, la m\u00e8re de Roudinesco, \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital des Enfants malades, mais celui qui m&rsquo;a montr\u00e9 le chemin, je crois que c&rsquo;\u00e9tait Arlabosse, mon interne dans le Service de neurologie de Schwob \u00e0 Lariboisi\u00e8re vers 1965 qui m&rsquo;a le premier parl\u00e9 de Lacan et m&rsquo;a conseill\u00e9 de lire Mannoni. <\/p>\n<p> Oui, je sais, j&rsquo;ai commenc\u00e9 tard, mais je dois dire que Freud me passionnait d\u00e9j\u00e0 en 1960.<\/p>\n<p> Trente et quatre ans d&rsquo;analyse. Je vais peut-\u00eatre avoir droit au Guiness des records. <\/p>\n<p> En tout cas je me souviens bien de ce qui fut notre premi\u00e8re ou notre deuxi\u00e8me rencontre. <br \/> J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 fait mon ann\u00e9e de y\u00e9shiva \u00e0 Strasbourg puisque quand je vous ai dit: \u00ab\u00a0une sorte d&rsquo;\u00e9cole&#8230;\u00a0\u00bb avec un air embarrass\u00e9, vous m&rsquo;avez imm\u00e9diatement interrompu en demandant:<\/p>\n<p> &#8211; Une y\u00e9shiva?<\/p>\n<p> Oui, c&rsquo;\u00e9tait \u00e7a! vous aviez tap\u00e9 dans le mille, c&rsquo;\u00e9tait la seule bonne r\u00e9ponse.<\/p>\n<p> Vous \u00e9tiez juif, intelligent, sinc\u00e8re, courageux. (saviez-vous \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j&rsquo;\u00e9tais juif moi-m\u00eame? Je ne sais pas. Vous avez peut-\u00eatre gard\u00e9 des notes?)<\/p>\n<p> Je n&rsquo;avais pas besoin de chercher midi \u00e0 quatorze heures. Vous \u00e9tiez l&rsquo;adresse qu&rsquo;il me fallait, l&rsquo;homme de la situation.<\/p>\n<p> D&rsquo;autant plus que je venais de voir Perrier, Raimbault et je ne sais plus qui encore.<\/p>\n<p> Je tenais ces adresses de Claude Olievenstein, un vieux copain de l&rsquo;UEJF (Union des Etudiants Juifs de France), que j&rsquo;ai connu vers 1962.<\/p>\n<p> C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 Manitou, un homme qui a certainement jou\u00e9 le r\u00f4le d&rsquo;un contre-analyste, et qui a marqu\u00e9 ma vie comme seul peut le faire un ma\u00eetre v\u00e9ritable.<\/p>\n<p> J&rsquo;ai donc commenc\u00e9, vous devez vous en souvenir, une analyse avec vous.<\/p>\n<p> Analyse qui n&rsquo;est probablement pas termin\u00e9e. Et aujourd&rsquo;hui que j&rsquo;ai rejoint vos rangs je peux dire: heureusement qu&rsquo;une analyse ne finit jamais.<\/p>\n<p> Ce serait la fin d&rsquo;un regard, d&rsquo;une conscience, la fin de la libert\u00e9.<\/p>\n<p> Donc, mon regard sur moi, sur nous ne s&rsquo;est pas encore \u00e9teint.<\/p>\n<p> Et je regarde, et qu&rsquo;est-ce que je vois?<\/p>\n<p> Je vois que cette fois-ci vous ne m&#8217;emp\u00eacherez plus de d\u00e9lirer.<\/p>\n<p> Cette fois je suis Artaud.<\/p>\n<p> Et je peux vous apporter la preuve que Dieu m&rsquo;a parl\u00e9. <\/p>\n<p> Pas si vite, pas si vite. Cette preuve vous l&rsquo;aurez, je la mettrai sur la table, je l&rsquo;inscrirai en noir sur blanc, mais plus tard. <br \/> Le sens secret dans les mailles des mots\u00a0\u00bb <br \/> Un jour Pablo a envoy\u00e9 ceci \u00e0 Lacan: <\/p>\n<p> \u00ab\u00a0On dit texte, vous dites sexe, on parle, et vous dites qu&rsquo;on sexe prime, con sexe pose, et pourtant il faut bien qu&rsquo;on sperme mette!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Sur quoi Lacan, boulevers\u00e9, a \u00e9dict\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 partir de ce jour les analystes s&rsquo;autoriseraient d&rsquo;eux-m\u00eames. <\/p>\n<p> Je n&rsquo;ai pas toujours pleur\u00e9 avec Pablo. Je vous assure que certains jours c&rsquo;\u00e9tait m\u00eame une franche rigolade. <\/p>\n<p> C&rsquo;est lui qui disait:<\/p>\n<p> Il y a ambivalence lorsque l&rsquo;envie balance. <\/p>\n<p> Vous \u00eates dans le vrai mais le vrai n&rsquo;est pas en vous. <\/p>\n<p> Je r\u00eave d&rsquo;avoir ce que j&rsquo;avais quand je r\u00eavais d&rsquo;avoir ce que j&rsquo;ai.<\/p>\n<p> A d\u00e9faut d&rsquo;effet on fait des faux. <\/p>\n<p> Martyr c&rsquo;est pourrir un peu.<\/p>\n<p> La maldie est une maldiction.<\/p>\n<p> Amis, donnez pour que l&rsquo;\u00e9cole dure. <\/p>\n<p> Ecole de maboule qui est-ce.<\/p>\n<p> Homosexuel amoureux d&rsquo;un homme au sexe cruel.<\/p>\n<p> Pour parvenir vaut mieux papartir.<\/p>\n<p> Je mets du vain dans mon mot.<\/p>\n<p> Les Juifs veulent \u00eatre mis au ban des accus\u00e9s.<\/p>\n<p> A l&rsquo;\u00e9cole on s&rsquo;aime antiquement. <\/p>\n<p> Ils veulent s&rsquo;avoir, ils s&rsquo;ont, ils s&rsquo;existent.<\/p>\n<p> L&rsquo;inconscient est structur\u00e9 comme un chantage.<\/p>\n<p> Morts \u00e9touff\u00e9s par un serrement d&rsquo;hypnocrate.<\/p>\n<p> (l&rsquo;hypnose peut \u00eatre rapide ou s&rsquo;installer en plusieurs ann\u00e9es)<\/p>\n<p> Descartes a-t-il dit:<\/p>\n<p> Je crois que je pense, donc je pense que je suis<\/p>\n<p> ou<\/p>\n<p> je pense que je crois donc je crois que je suis?<\/p>\n<p> La qualit\u00e9 qui me manque c&rsquo;est celle de me contenter de ce que j&rsquo;ai.<\/p>\n<p> Prendre la voie de l&rsquo;\u00e9chec et r\u00e9ussir.<\/p>\n<p> Pathologie de l&rsquo;intelligence, logique incestueuse.<\/p>\n<p> Psychose maniaco-r\u00e9pressive: ce n&rsquo;est pas en proposant une expression qu&rsquo;on agira sur la d\u00e9pression.<\/p>\n<p> C&rsquo;est pas possible que mai soit sans suite. <\/p>\n<p> &#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.<\/p>\n<p> Il appelait \u00e7a les expressions imprim\u00e9es de ses impressions exprim\u00e9es.<\/p>\n<p> (Pour les lacaniens)<\/strong><\/p>\n<p><b>Mon Site : <a href=\"http:\/\/perso.orange.fr\/clauta\/\">http:\/\/perso.orange.fr\/clauta\/<\/a><\/b><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;article paru dans Tribune Juive, Num\u00e9ro 1289 du 7 juillet 1994 Message urgent adress\u00e9 au Grand Rabbin de France Il faut r\u00e9parer un Hilloul HM gravissime. Pri\u00e8re r\u00e9pondre \u00e0 ces deux questions: 1\/ Dans la Bible du Rabbinat, Exode 3,3, s&rsquo;est gliss\u00e9e une monumentale erreur de traduction. 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