{"id":43140,"date":"2026-10-03T03:29:26","date_gmt":"2026-10-03T03:29:26","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=43140"},"modified":"2026-10-03T03:29:26","modified_gmt":"2026-10-03T03:29:26","slug":"le-bouraz-par-albert-simeoni","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-bouraz-par-albert-simeoni\/","title":{"rendered":"LE BOURAZ, par Albert Simeoni"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><b>Les m\u00e9moires d&rsquo;un goulettois.<br \/> Par Albert Sim\u00e9oni ( B\u00e9bert)<\/p>\n<p> Paris le 18\/6\/1989.<\/p>\n<p> J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 narre auparavant ma situation de pr\u00e9-adolescent bien &lsquo;gard\u00e9&rsquo; par ma maman car il\u00a0 fallait que je sois \u00e0 port\u00e9e de <br \/> voix quand elle me h\u00e9lait du balcon..<\/p>\n<p> Le Bouraz.<\/p>\n<p> R\u00e9cit.<\/p>\n<p> Que pouvait-il bien y avoir l\u00e0-bas \u00e0 la pointe du Bouraz.? Le Bouraz comme on le\u00a0 nomme encore aujourd&rsquo;hui. <\/p>\n<p> Jusqu&rsquo;\u00e0 un certain \u00e2ge, je ne pouvais\u00a0 me permettre de d\u00e9passer une certaine fronti\u00e8re que ma ch\u00e9re maman m&rsquo;avait trac\u00e9e <br \/> dans les limites de son porte voix. C&rsquo;est \u00e0 dire 50 m\u00e8tres aux alentours de la maison familiale. J&rsquo;ai respect\u00e9 cette directive <br \/> jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 j&rsquo;ai eu mon ind\u00e9pendance \u00e0 13\u00a0 ans. <\/p>\n<p> Alors le Bouraz et son phare, ce point lumineux,c&rsquo;\u00e9tait la grande aventure. J&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s curieux de le d\u00e9couvrir. Escalader-<br \/> les &lsquo;blocs&rsquo; tels que mes amis me le rapportaient, attisaient ma grande curiosit\u00e9. Ces grosses pierres qui prot\u00e9geaient ce long <br \/> bras qui s&rsquo;avan\u00e7ait d&rsquo;une centaine de m\u00e8tres dans le ventre de la mer. L&rsquo;oil lumineux, dress\u00e9 comme une b\u00e9quille, signalait <br \/> aux navires de toutes sortes, l&rsquo;entr\u00e9e du canal de Halque-El-Ooued pour poursuivre leur\u00a0 route vers\u00a0 le chenal qui m\u00e8ne \u00e0 <br \/> Tunis. En longeant la voie ferr\u00e9e du TGM. <\/p>\n<p> Mes comp\u00e9titions\u00a0 nautiques, excit\u00e8rent mon envie de franchir le pas.\u00a0 A l&rsquo;insu de ma m\u00e8re. La piscine municipale 4 \u00e9toiles, un <br \/> plan d&rsquo;eau souvent\u00a0 balay\u00e9 par le vent ,\u00e9t\u00e9 comme hiver, \u00e9tait \u00e0 proximit\u00e9 des blocs.<\/p>\n<p> Ces allers-retour, sac au dos, aiguis\u00e8rent\u00a0 mon c\u00f4t\u00e9 t\u00e9m\u00e8raire\u00a0 pour aller conqu\u00e9rir ce haut lieu que je voyais de loin, debout,\u00a0 <br \/> sur ma plage de Goulette Casino. <\/p>\n<p> J&rsquo;avais une tr\u00e8s grande appr\u00e9hension car la voix de ma m\u00e8re mari\u00e9e \u00e0 ma conscience..me disait.<\/p>\n<p> .&rsquo; Y\u00e8 ouldi.! Evite le\u00a0 danger.!&rsquo;<br \/> Or les blocs \u00e9taient un danger.<\/p>\n<p> Je d\u00e9cidais de passer outre\u00a0 en me soustrayant\u00a0 \u00e0 son oil et \u00e0 ses  paroles incrust\u00e9es, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ma t\u00eate.<\/p>\n<p> Le mauvais temps s\u00e9vissait\u00a0 cet apr\u00e8s midi l\u00e0, quand je quittais vers les 18 heures, mon entra\u00eeneur de natation\u00a0 Mimi Vigano, <br \/> avec comme secret, dans mes neurones, l&rsquo;exp\u00e9dition tant attendue; Atteindre le Bouraz.<\/p>\n<p> Je contournais donc la piscine, bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 affronter aussi bien ma conscience scell\u00e9e par la voix de ma prog\u00e9niture qui me <br \/> disait sans arr\u00eat.<\/p>\n<p> &lsquo; Y\u00e8 ouldi..! Evite le danger..!&rsquo;<br \/> Et le vent qui me fouettait le visage.<\/p>\n<p> Je livrais un combat interne, et externe. <\/p>\n<p> Je marchais donc,\u00a0 mon sac en bandouli\u00e8re, vers le grand m\u00f4le.\u00a0 Une centaine de m\u00e8tres \u00e0 parcourir.<\/p>\n<p> La plage de la Jet\u00e9e, \u00e9tait devant moi. Je\u00a0 franchissais cette premi\u00e8re barri\u00e8re, non naturelle,\u00a0 en ciment;\u00a0 le parapet de <br \/> protection qui retenait\u00a0 l&rsquo;invasion de\u00a0 sable qui\u00a0 venait se d\u00e9poser sur\u00a0 les art\u00e8res et ruelles de la ville. Par grand vent.<\/p>\n<p> Je posais mon pied sur le granuleux. Les premi\u00e8res grosses pierrailles \u00e9taient en vue. Et au fond, se dressait majestueux, <br \/> l&rsquo;objet de ma convoitise. <\/p>\n<p> Debout comme une vieille\u00a0 sentinelle. <\/p>\n<p> Je sautais sur les premi\u00e8res pierres bien plus hautes que moi,\u00a0 tout en \u00e9vitant le faux pas qui m&rsquo;aurait mis \u00e0 mal. L&rsquo;eau <br \/> s&rsquo;engouffrait d&rsquo;entre les grosses caillasses, pour se retirer L&rsquo;\u00e9cume  vite \u00e9vapor\u00e9e,  laissait\u00a0 d\u00e9couvrire de petites poches <br \/> lacustres, dans lesquels crabes, petits gougeons et\u00a0 sparlottes barbotaient.<\/p>\n<p> Surpris par mon oil, cette\u00a0 petite faune marine fuyait,\u00a0 extrapolant\u00a0 sans doute \u00e0 une mauvaise intention de ma part.<\/p>\n<p> Je me baissais, par moment, pour scruter le petit fond marin, pour surprendre de longues brindilles d&rsquo;algues vertes se <br \/> mouvant, en ballet,\u00a0 par le flux et le reflux de l&rsquo;eau. Elles dansaient sous mes yeux une danse en va et vient, rythm\u00e9 par le <br \/> grondement de la mer. Un mouvement dont j&rsquo;ignorais le pas sous l&rsquo;\u00e9cho encastr\u00e9\u00a0 de la grande bleue, en effervescence. <br \/> J&rsquo;en oubliais la voix de ma m\u00e8re;\u00a0 La mer l&rsquo;ayant \u00e9touff\u00e9e par le petit spectacle son et lumi\u00e8re qui m&rsquo;\u00e9tait offert \u00e0 quelques <br \/> centim\u00e8tres de ma vue. Dans ma recherche de la jouissance visuelle et auditive.<\/p>\n<p> Je fis une \u00e9trange d\u00e9couverte..Une paire d&rsquo;amis, agenouill\u00e9e\u00a0 et pench\u00e9e, d&rsquo;entre les excavations rocheuses, s&rsquo;\u00e9chinait \u00e0 <br \/> p\u00eacher en laissant leur fil \u00e0 plomb &lsquo;Hamecenter&rsquo; et &lsquo;Asticot\u00e9&rsquo; au bout\u00a0 couler dans la profondeur m\u00e9diterran\u00e9enne..<\/p>\n<p> \\rouge{ &lsquo;B\u00e9bert&rsquo;..! Chut ne fais pas de bruit.On p\u00eache.!&rsquo;.<\/p>\n<p> Je n&rsquo;en fis pas, laissant l&rsquo;\u00e9norme vacarme r\u00e9gner \u00e0 ma place. <\/p>\n<p> Un peu plus loin,\u00a0 laissant mes investigations vivrent\u00a0 un moment d\u00e9licieux, je surprenais un jeune couple enlac\u00e9, malgr\u00e9 la <br \/> grande brise fra\u00eeche, entrain de se b\u00e9coter, coinc\u00e9 dans un petit abri de fortune sans toit, \u00e0 ciel ouvert,\u00a0 ayant comme paroi, les <br \/> grandes caillasses. Entre roches et mer.<\/p>\n<p> Pourvu me disais-je que rien ne vienne faire trembler la terre.<\/p>\n<p> Un vieil arabe, pris par\u00a0 d\u00e9faut par mon regard inquisiteur de lynx effarouch\u00e8,\u00a0 pantalon baiss\u00e9, et\u00a0 mal inspir\u00e9, &lsquo;mgamez&rsquo; ( <br \/> agenouille) dans une inconfortable position, en \u00e9quilibre pr\u00e9caire, une main sur une roche et l&rsquo;autre tenant sa &lsquo;kacach\u00e8bi\u00e8&rsquo; <br \/> soulageait sans contrainte, dans la cuvette naturelle \u00e0 fond bleu, sa retenue enfin lib\u00e9r\u00e9e. K\u00e2\u00e2d i khra. Sur la t\u00eate des <br \/> poissons.\u00a0 <\/p>\n<p> Je sautais toujours de roche en roche, en prenant soin d&rsquo;\u00e9viter les surfaces glissantes, recouvertes de mousse verte\/gluante <br \/> d\u00e9couvrant ainsi ce qui pouvait \u00eatre surpris.<br \/> . <br \/> Et toujours la voix de ma m\u00e8re..<br \/> &lsquo;..Y\u00e8 ouldi.! Evite le danger..!&rsquo;<\/p>\n<p> J&rsquo;y \u00e9tais et ne pouvais plus reculer.<\/p>\n<p> J&rsquo;abordais enfin\u00a0 l&rsquo;all\u00e9e centrale qui m&rsquo;ouvrait la bonne direction; la voie du phare. <\/p>\n<p> La grande\u00a0 rumeur des vagues, parvenait \u00e0 mes oreilles bien tendues. Du c\u00f4t\u00e9, versant droit, je regardais l&rsquo;\u00e9tendue de la mer, <br \/> la grande bleue\/ verte rugissante dont les &lsquo;b\u00e9liers rageurs&rsquo;, les vagues, venaient se fracasser comme des rouleaux <br \/> compresseurs sur les avants postes, les blocs, premiers remparts contre les &lsquo;casseuses de flanc&rsquo;.<\/p>\n<p> Je croisais un navire marchand qui tanguait sous les remous\u00a0 tandis que d&rsquo;autres au loin attendaient leur tour pour franchir le <br \/> canal.<br \/> La houle, le faisait battre la mesure comme une note\u00a0 folle\u00a0 pos\u00e9e  sur du papier \u00e0\u00a0 musique,\u00a0 qui ne tenait\u00a0 plus en place.<\/p>\n<p> Les\u00a0 mouettes, ivres, \u00e9ternelles\u00a0 compagnes\u00a0 des navires, avaient du mal \u00e0 planer au-dessus des flots en pleine bataille.; Un <br \/> combat in\u00e9gal, contre le vent, se jouait devant mes yeux.<\/p>\n<p> Je battais \u00e0 pr\u00e9sent le gravier de l&rsquo;all\u00e9e centrale qui m\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;objet de ma convoitise. Le versant gauche \u00e9tait cach\u00e9 \u00e0 mes yeux <br \/> par ces grosses pierres pos\u00e9es disgracieusement.<\/p>\n<p> Quelques p\u00eacheurs t\u00e9m\u00e9raires, assis sur le\u00a0 rebord du m\u00f4le, ajustaient\u00a0 tant bien que mal, leurs lignes, redoublant d&rsquo;effort <br \/> pour ne pas laisser leurs fils s&rsquo;entrem\u00ealer avec ceux du voisin,  et\u00a0 que le vent essayait de\u00a0 confondre.<\/p>\n<p> Et toujours la voix de ma m\u00e8re..<\/p>\n<p> &lsquo;..Y\u00e8 ouldi.! Evite le danger..!&rsquo;<\/p>\n<p> Qui se m\u00ealait aux rugissements de la grande bleue, d\u00e9cha\u00een\u00e9e.<\/p>\n<p> Je marchais, toujours r\u00e9solu, contre vent et voix,\u00a0 \u00e0 poursuivre ma marche h\u00e9ro\u00efque. Je pi\u00e9tinais depuis un bon moment\u00a0 le <br \/> ciment de la voie centrale, les yeux fix\u00e9s sur la tourelle\u00a0 pos\u00e9e sur son socle de b\u00e9ton.\u00a0 La grande cime, le point lumineux, le <br \/> phare,\u00a0 n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;\u00e0 quelques m\u00e8tres. <\/p>\n<p> J&rsquo;\u00e9tais enfin sous la tourelle. Je levais les yeux pour d\u00e9couvrir, une longue \u00e9chelle de coup\u00e9e en fer,\u00a0 couleur vert\/fonc\u00e9 et le <br \/> corps de la tour. Une porte, donnant acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e au\u00a0 ventre\u00a0 du phare, \u00e9tait ferm\u00e9e. Quelques endroits \u00e9taient rouilles. Je <br \/> venais de faire connaissance avec la grande &lsquo;concombre&rsquo;\u00a0 d&rsquo;acier. Notre fiert\u00e9.<\/p>\n<p> Puis mon regard, fut hypnotis\u00e9\u00a0 par le grand large en perp\u00e9tuel mouvement. Je m&rsquo;avan\u00e7ais un peu plus, d\u00e9passant de <br \/> quelques m\u00e8tres le tronc de fer, pour me pencher par- dessus le m\u00f4le. Je dominais, \u00e0 pr\u00e9sent,\u00a0 fi\u00e8rement, \u00e0 une hauteur de 5 <br \/> \u00e0 6 m\u00e8tres, cette grande \u00e9tendue rageuse et mugissante dont la grosse \u00e9cume bouillonnante \u00e0 mes pieds, venait  sans <br \/> rel\u00e2che livrer\u00a0 bataille, au quotidien, t\u00eate baiss\u00e9e,\u00a0 contre le front b\u00e9tonn\u00e9  du bras de fer.<\/p>\n<p> Je reculais..Car la voix de ma m\u00e8re me disait..<\/p>\n<p> &lsquo;..Y\u00e8 ouldi..! Evite le danger..!&rsquo;<\/p>\n<p> Sa voix\u00a0 recouvrait le vacarme assourdissant de celle avec qui j&rsquo;ai ouvert les yeux et qui m&rsquo;a accompagn\u00e9 durant 45 ans;\u00a0 La mer.<\/p>\n<p> J&rsquo;avais relev\u00e9 le d\u00e9fi et\u00a0 conquis la tour de fer. Notre phare.<br \/> <\/b><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les m\u00e9moires d&rsquo;un goulettois. Par Albert Sim\u00e9oni ( B\u00e9bert) Paris le 18\/6\/1989. J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 narre auparavant ma situation de pr\u00e9-adolescent bien &lsquo;gard\u00e9&rsquo; par ma maman car il\u00a0 fallait que je sois \u00e0 port\u00e9e de voix quand elle me h\u00e9lait du balcon.. Le Bouraz. R\u00e9cit. 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