{"id":43322,"date":"2026-10-03T03:29:46","date_gmt":"2026-10-03T03:29:46","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=43322"},"modified":"2026-10-03T03:29:46","modified_gmt":"2026-10-03T03:29:46","slug":"refus-didentite-livournais-et-tunisiens-par-elia-boccara","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/refus-didentite-livournais-et-tunisiens-par-elia-boccara\/","title":{"rendered":"Refus d\u2019identit\u00e9 ? Livournais et Tunisiens, par Elia Boccara"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/div><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p> <b><i> Par Elia Boccara, professeur de litt\u00e9rature fran\u00e7aise<\/i><\/b><\/p>\n<p> <b>\u00a0Sympathie ne se discute pas<\/b><\/p>\n<p> <b>  \u00abD<i>e plus en plus nombreux, de plus en plus riches, de plus en plus influents, [&#8230;] les Grana <\/i>(les Livournais) <\/b><i><b>devinrent de plus en plus arrogants, \u00e9crasant de leur superbe, leurs humbles coreligionnaires africains\u00a0\u00bb<\/b><a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn1\"><sup><b><sup>[1]<\/sup><\/b><\/sup><\/a><b>.<\/b><\/i><b> Ainsi Jacques Ta\u00efeb d\u00e9crivait-il en 1998, devant l\u2019auditoire de l\u2019Universit\u00e9 de Tunis-Manouba, ses coreligionnaires livournais. Il y avait l\u00e0 comme une antipathie d\u00e9clar\u00e9e. Sympathie et antipathie ne se discutent pas, il est vrai, mais ne devraient pas compter dans le discours d\u2019un historien. Est-ce ce sentiment-l\u00e0 qui interdirait \u00e0 Ta\u00efeb de citer le plus important des historiens du groupe livournais, Lionel L\u00e9vy\u00a0? Celui-ci est connu notamment \u00e0 travers une importante th\u00e8se de doctorat publi\u00e9e en 1999 par l\u2019Harmattan<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn2\"><sup><sup>[2]<\/sup><\/sup><\/a>, puis une \u00e9tude fouill\u00e9e sur les noms des juifs livournais, \u00e9chelonn\u00e9e sur plusieurs num\u00e9ros de <i> La Lettre S\u00e9pharade<\/i><a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn3\"><sup><sup>[3]<\/sup><\/sup><\/a>(r\u00e9ponse au livre de Paul Sebag sur <i>Les noms des Juifs de Tunisie<\/i><a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn4\"><sup><sup>[4]<\/sup><\/sup><\/a>)\u00a0? Ce silence se poursuit d\u2019ailleurs dans l\u2019article que Ta\u00efeb vient de publier sur la m\u00eame question<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn5\"><sup><sup>[5]<\/sup><\/sup><\/a>. J\u2019y reviendrai. <\/b><\/p>\n<p> <b>  Jacques Ta\u00efeb semble \u00e9crire en sp\u00e9cialiste de ce sujet et je ne discute certes pas sa valeur d\u2019historien chevronn\u00e9 des juifs d\u2019Afrique du Nord, \u00e0 la solide culture. C\u2019est lorsqu\u2019il traite des Livournais de Tunisie qu\u2019il para\u00eet parfois comme emp\u00each\u00e9 de tirer toutes les conclusions de ses pr\u00e9misses. La citation plac\u00e9e en t\u00eate de cet article ne signifierait-elle pas qu\u2019il n\u2019aurait pas encore surmont\u00e9 un regard particulier, jusqu\u2019au XIXe si\u00e8cle, de certains juifs autochtones de Tunisie, voyant arrogance l\u00e0 o\u00f9 n\u2019existait \u00e0 vrai dire qu\u2019une certaine distance sociale ? Depuis lors, les Juifs tunisiens, ou une grande partie d\u2019entre eux, ont fait bien du chemin, \u00e9galant, voire d\u00e9passant leurs coreligionnaires nagu\u00e8re plus favoris\u00e9s\u00a0! Quant aux Livournais<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn6\"><sup><sup>[6]<\/sup><\/sup><\/a>, c\u2019est bien, je crois\u00a0; le but qu\u2019ils se proposaient en Tunisie: on a suffisamment \u00e9crit sur ce sujet pour insister. Et n\u2019est-il pas classique de voir l\u2019assistant, par son paternalism<i>e<\/i>, se rendre peu sympathique \u00e0 l\u2019assist\u00e9\u00a0?<\/b><\/p>\n<p> <b>  Avouons que les Juifs livournais, travers \u00e0 la fois bourgeois et ib\u00e9rique, n\u2019\u00e9taient pas toujours modestes, et cela sans \u00e9gard \u00e0 leur portefeuille, qui pouvait \u00eatre vide\u00a0: il faudrait n\u2019avoir pas rencontr\u00e9 les <i> hidalgos<\/i> d\u00e9sargent\u00e9s d\u00e9filant dans <i> Lazarillo<\/i><i> de Tormes <\/i>(\u0153uvre \u00e9crite par des marranes) pour l\u2019ignorer. Myriam Bodian, historienne am\u00e9ricaine, a bien analys\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0: <i> les descendants de conversos ont voulu restaurer un authentique h\u00e9ritage perdu comme les peuples colonis\u00e9s qui recouvrent leur ind\u00e9pendance. La fiert\u00e9 d\u2019\u00eatre ib\u00e9riques est une composante importante de leur mentalit\u00e9 collective<\/i>. Plus loin elle explique : <i>Les conversos ont d\u00e9velopp\u00e9 une contre-mythologie assez puissante pour soutenir leur sens de dignit\u00e9 en un milieu satur\u00e9 de symboles et de rh\u00e9torique de sup\u00e9riorit\u00e9 espagnole. <\/i> Ta\u00efeb dit d\u2019ailleurs\u00a0: <\/b><i> <b>\u00abLeur niveau de richesse \u00e9tait tr\u00e8s sup\u00e9rieur \u00e0 celui de leurs humbles coreligionnaires autochtones. Leur orgueil de caste de juifs espagnols [&#8230;], la connaissance des langues europ\u00e9ennes, une certaine endogamie [&#8230;] composaient une personnalit\u00e9 socio-culturelle fort contrast\u00e9e par rapport aux Twansa\u00a0\u00bb<\/b><a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn7\"><sup><b><sup>[7]<\/sup><\/b><\/sup><\/a><b>.<\/b><\/i><\/p>\n<p> <b>L\u2019histoire dramatique et tourment\u00e9e des Portugais<\/b><\/p>\n<p> <b>  Mais il ne rappelle gu\u00e8re l\u2019histoire dramatique et tourment\u00e9e v\u00e9cue par ces Portugais. Souvent juifs espagnols r\u00e9fugi\u00e9s au Portugal en 1492 pour \u00e9viter la conversion, ils connurent le rapt de leurs jeunes enfants destin\u00e9s \u00e0 peupler l\u2019\u00eele \u00e9quatoriale de S\u00e3o Tom\u00e9, \u00e0 la merci des crocodiles et des serpents. On les leur arracha au dessous de quatorze ans, pour les confier \u00e0 des familles catholiques. Eux-m\u00eames, enfin, furent convertis de force en 1497 avec d\u00e9fense de s\u2019expatrier. Puis, victimes de l\u2019Inquisition portugaise, nombreux regagn\u00e8rent l\u2019Espagne o\u00f9 ils jou\u00e8rent un r\u00f4le \u00e9conomique et financier de tout premier plan, sans pour autant \u00e9viter de retomber sous la coupe de l\u2019Inquisition, ce qui les poussa souvent \u00e0 trouver asile dans les <i> terres de libert\u00e9\u00a0<\/i>: Venise, Livourne, Amsterdam, Tunis, par exemple, o\u00f9 ils retourn\u00e8rent \u00e0 la foi de leurs anc\u00eatres, apr\u00e8s plus d\u2019un si\u00e8cle parfois de crypto-juda\u00efsme. Entre temps l\u2019\u00e9preuve commune de la conversion forc\u00e9e<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn8\"><sup><sup>[8]<\/sup><\/sup><\/a><\/b><b>avait eu pour effet de cr\u00e9er une internationale portugaise, vraie nationalit\u00e9 d\u2019un peuple solidaire ayant tiss\u00e9 des liens dans toute la M\u00e9diterran\u00e9e et dans le monde entier. \u00ab\u00a0Nation\u00a0\u00bb fi\u00e8re d\u2019avoir surmont\u00e9 les plus terribles \u00e9preuves, b\u00fbchers, ge\u00f4les inquisitoriales, pour le seul crime de n\u2019avoir pas mang\u00e9 de porc ou de n\u2019avoir pas cuisin\u00e9 le samedi. Les historiens contemporains espagnols et portugais ont largement exalt\u00e9 les deux r\u00f4les \u00e9conomique et culturel de ces crypto-juifs dans un monde qu\u2019un catholicisme fanatique orientait vers l\u2019ignorance et l\u2019obscurantisme. C\u2019est cet arri\u00e8re-plan que n\u2019aper\u00e7oit sans doute pas Ta\u00efeb lorsqu\u2019il s\u2019il s\u2019\u00e9tonne de la cr\u00e9ation officielle de la communaut\u00e9 portugaise de Tunis, en 1710, et l\u2019analyse comme un \u00ab\u00a0schisme\u00a0\u00bb. <i>\u00ab\u00a0Le curieux de l\u2019affaire<\/i> &#8211; \u00e9crit-il <\/b><i> <b>est qu\u2019il se soit produit justement au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle. \u00c0 cette date en effet, les grana s\u2019\u00e9taient largement arabis\u00e9s et tunisifi\u00e9s. Ils employaient l\u2019arabe dans leurs \u00e9crits communautaires, s\u2019habillaient comme des indig\u00e8nes, payaient la jizya ce qui d\u00e9montrait qu\u2019ils \u00e9taient devenus sujets du beys. Pourquoi s\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9s&#8230;\u00a0?\u00a0\u00bb<\/b><a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn9\"><sup><b><sup>[9]<\/sup><\/b><\/sup><\/a><b>. <\/b><\/i><\/p>\n<p> <b>Fr\u00e8res schismatiques\u00a0? Non, mais s\u00e9par\u00e9s<\/b><\/p>\n<p> <b>  Une premi\u00e8re rapide remarque\u00a0: le mot schisme est ici inappropri\u00e9. L\u2019auteur s\u2019en est rendu compte. Dans un tout r\u00e9cent article, en effet, il se contente d\u2019\u00e9crire\u00a0: \u00ab\u00a0En 1710 les Livournais prirent la d\u00e9cision de se <i> s\u00e9parer<\/i> des institutions communautaires\u00a0\u00bb. Observons que jusqu\u2019en 1710 nous ne disposons pas d\u2019<i>\u00e9crits communautaires<\/i>. Le registre le plus important de ces \u00e9crits, publi\u00e9 par Avrahami, contient 114 pi\u00e8ces en quatre langues : h\u00e9breu rabbinique (47 pi\u00e8ces), jud\u00e9o-arabe de Tunis (46), italien (12) et espagnol (9)\u00a0\u00bb<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn10\"><sup><sup>[10]<\/sup><\/sup><\/a>. Nul doute que l\u2019h\u00e9breu ait \u00e9t\u00e9 largement employ\u00e9 par les rabbins de m\u00eame que le jud\u00e9o-arabe, langue locale officielle commune, entre autres, des \u00e9coles rabbiniques prioritairement tunisiennes. Les juifs \u00e9tant traditionnellement polyglottes, l\u2019arabe leur \u00e9tait connu, sans \u00eatre leur langue principale. Les documents en espagnol, pr\u00e9sents pendant le XVIIIe si\u00e8cle, concernent les<i> Escamot<\/i>, c\u2019est-\u00e0-dire les r\u00e8gles particuli\u00e8res \u00e9dict\u00e9es par les <i> parnassim<\/i>, auxquelles tous les membres se devaient d\u2019ob\u00e9ir, ce qui implique que cette langue \u00e9tait bien la plus populaire parmi les juifs livournais de Tunis. La primaut\u00e9 de l\u2019espagnol, langue toujours connue par les juifs portugais, peut \u00eatre due au fait qu\u2019ils avaient, pour la plupart, longuement s\u00e9journ\u00e9 en Espagne avant de gagner l\u2019Italie et Tunis. Les contrats de mariage \u00e9taient sign\u00e9s en espagnol jusqu\u2019au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle. Certes, les Actes de la Chancellerie du Consulat de France \u00e0 Tunis concernant les juifs italo-ib\u00e9riques sont presque toujours r\u00e9dig\u00e9s en italien, langue europ\u00e9enne la plus r\u00e9pandue \u00e0 Tunis. Ces juifs, pass\u00e9s par l\u2019Italie, connaissaient aussi cette langue. Toutefois un d\u00e9tail est r\u00e9v\u00e9lateur\u00a0: lorsqu\u2019ils pr\u00e9sentaient un document pr\u00eat \u00e0 enregistrer, il \u00e9tait presque toujours r\u00e9dig\u00e9. en espagnol. <\/b><\/p>\n<p> <b>  Pour l\u2019usage de l\u2019espagnol par les juifs ib\u00e9riques, l\u2019exemple de ceux qui avaient trouv\u00e9 refuge dans l\u2019Empire Ottoman est \u00e9loquent. Jusqu\u2019au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, ils parlaient encore un dialecte jud\u00e9o-espagnol tandis que les hispano-portugais de Livourne avaient adopt\u00e9 plus rapidement l\u2019italien. En effet, l\u2019acclimatation \u00e9tait beaucoup plus facile dans un monde chr\u00e9tien qu\u2019ils connaissaient par c\u0153ur et dont la langue latine \u00e9tait proche de leur langue maternelle, que dans un univers plus lointain, comme celui de la Turquie\u00a0: il en \u00e9tait de m\u00eame en Tunisie.<\/b><\/p>\n<p> <b>Forte identit\u00e9 dans un cadre binational<\/b><\/p>\n<p> <b>  Ce n\u2019est d\u2019ailleurs qu\u2019au XIXe si\u00e8cle que paraissent, dans le recueil publi\u00e9 par Avrahami, les documents en langue italienne devenue langue v\u00e9hiculaire de la majorit\u00e9 des juifs livournais sous la pouss\u00e9e de la nouvelle immigration provenant d\u2019Italie, et surtout de l\u2019apparition du fait national dans la p\u00e9ninsule. Loin d\u2019\u00e9loigner les juifs livournais de leur monde ancestral, les impositions du Bey \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme des avatars parmi d\u2019autres, d\u2019autant plus que la renonciation officielle du Grand Duc au maintien de leur nationalit\u00e9 toscane ne date que de 1822. Pendant tout le XVIIIe si\u00e8cle les Actes enregistr\u00e9s \u00e0 la Chancellerie du Consulat de France font suivre le nom des marchands originaires de Livourne de la mention <i>marchand livournais<\/i> ou <i> di Nazione livornese<\/i>. Ce n\u2019est qu\u2019au XIXe si\u00e8cle, apr\u00e8s l\u2019accord de 1822, qu\u2019appara\u00eet dans les Actes notari\u00e9s de cette Chancellerie la mention <i> tunisien<\/i>ou <i>de nationalit\u00e9 tunisienne<\/i>. <\/b><\/p>\n<p> <b>  Le ph\u00e9nom\u00e8ne est plus complexe si l\u2019on souligne l\u2019importance du Consulat de France comme p\u00f4le d\u2019attraction, gr\u00e2ce \u00e0 une <i>protection<\/i> qui, de fait sinon de droit, s\u2019exer\u00e7ait depuis le XVIIe si\u00e8cle sur les juifs portugais, protection que quelques familles, tels les Valensi et les Garsin, s\u2019assur\u00e8rent \u00e0 part enti\u00e8re, d\u00e8s lors qu\u2019ils faisaient partie du personnel du Consulat de France. Cette protection, le Bey refusait opini\u00e2trement de la reconna\u00eetre lorsqu\u2019elle s\u2019exer\u00e7ait en faveur d\u2019autres juifs europ\u00e9ens\u00a0; abstraitement tunisifi\u00e9s pour des raisons purement fiscales, accept\u00e9es \u00e0 contrec\u0153ur par les Livournais. <\/b><\/p>\n<p> <b>Cr\u00e9ation de la communaut\u00e9 livournaise, pourquoi, comment\u00a0<\/b><\/p>\n<p> <b>  Reste \u00e0 expliquer le choix du moment retenu par les Juifs livournais pour fonder leur communaut\u00e9, acte jug\u00e9 absurde par Ta\u00efeb. Je me suis longuement occup\u00e9 du cheminement des juifs livournais \u00e0 Tunis tout au cours du XVIIe si\u00e8cle \u00e0 l\u2019occasion de la publication de deux articles<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn11\"><sup><sup>[11]<\/sup><\/sup><\/a>, dont je vais essayer de r\u00e9sumer l\u2019essentiel. <\/b><\/p>\n<p> <b>  Dans le premier, je d\u00e9montrais qu\u2019au cours des premi\u00e8res d\u00e9cennies du XVIIe si\u00e8cle l\u2019arriv\u00e9e des <i>Livournais<\/i> \u00e0 Tunis \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre un ph\u00e9nom\u00e8ne stable. Il se place sous le signe de la mobilit\u00e9. Venus souvent de Venise, avant de choisir Pise ou Livourne comme port d\u2019attache, nombre de ces marchands pratiquaient le va-et-vient en des s\u00e9jours plus ou moins prolong\u00e9s \u00e0 Tunis o\u00f9, g\u00e9n\u00e9ralement, ils ne mouraient qu\u2019accidentellement.<\/b><\/p>\n<p> <b>  Dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XVIIe si\u00e8cle, la pr\u00e9sence des livournais \u00e0 Tunis commence \u00e0 devenir stable et d\u00e9finitive\u00a0: c\u2019est de cette deuxi\u00e8me p\u00e9riode que je me suis occup\u00e9 dans le deuxi\u00e8me des articles cit\u00e9s, o\u00f9 j\u2019indiquais les diff\u00e9rentes \u00e9tapes ayant conduit les Livournais, non seulement \u00e0 une prise de distance vis-\u00e0-vis du juda\u00efsme local, mais aussi \u00e0 une forte et explicite affirmation de leur propre identit\u00e9. Loin de s\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0largement arabis\u00e9s et tunisifi\u00e9s\u00a0\u00bb, comme l\u2019affirme Ta\u00efeb, on peut dire qu\u2019en particulier pendant les ann\u00e9es quatre-vingt, dans la tourmente, l\u2019isolement et une extr\u00eame d\u00e9tresse financi\u00e8re et sociale renforcent le sentiment d\u2019une forte identit\u00e9 jamais d\u00e9mentie, dont je crois avoir parcouru les principales \u00e9tapes, telles qu\u2019elles d\u00e9coulent des Actes du Consulat de France \u00e0 Tunis, consult\u00e9s au Centre des Archives Diplomatiques de Nantes (d\u00e9sormais CADN), de la correspondance (conserv\u00e9e elle aussi au CADN) du marchand marseillais Nicolas B\u00e9ranger, pr\u00e9sent \u00e0 Tunis de 1684 \u00e0 1707 (en \u00e9troit rapport avec les juifs livournais, grand ami en particulier de Jacob Lombroso, qui a patiemment planifi\u00e9 l\u2019\u00e9closion de la communaut\u00e9 portugaise). L\u2019information est compl\u00e9t\u00e9e par deux textes de Jacob Sasportas, grand adversaire de Shebbatai Zevi. Ci-dessous quelques points importants, dignes selon moi d\u2019attention. <\/b><\/p>\n<p> <b>  La situation politique pendant les r\u00e8gnes des derniers beys mouradites fut perturb\u00e9e par des guerres civiles, des invasions alg\u00e9riennes et des usurpations du pouvoir. Cela exposa les Livournais \u00e0 des exactions arbitraires, voire des emprisonnements et des assassinats dans des p\u00e9riodes d\u2019arr\u00eat complet du commerce et de d\u00e9nuement presque total. <\/b><\/p>\n<p> <b>  Un fait divers de moindre importance eut de graves r\u00e9percussions psychologiques et financi\u00e8res sur le groupe livournais, compromettant les rapports avec la communaut\u00e9 locale. En ao\u00fbt 1685 le jeune juif livournais David de Rafael Salon, en \u00e9tat d\u2019ivresse, \u00e9tait entr\u00e9 dans une synagogue et avait poursuivi de ses assiduit\u00e9s une femme juive du service de nettoyage. Cela se passait au cours d\u2019une des nombreuses usurpations du pouvoir. Le Dey Ahmed Shalabi avait \u00e9vinc\u00e9 les deux Beys mouradites Mohamed et Ali, qui assi\u00e9geaient la ville. Au lieu de r\u00e9gler en famille cette malencontreuse affaire qui ne concernait que des juifs, le Ca\u00efd des juifs avait livr\u00e9 le gar\u00e7on \u00e0 l\u2019Agha des Turcs, qui lui fit administrer une s\u00e9v\u00e8re bastonnade. Ne supportant pas le supplice, le jeune Livournais crut s\u2019y soustraire en d\u00e9clarant qu\u2019il se faisait musulman. De graves complications surgirent \u00e0 la suite desquelles David Salon courait le risque de succomber, ce qui mobilisa tout le groupe livournais pour sauver et sa vie et sa foi juive. D\u00e9j\u00e0 largement spoli\u00e9s par Shalabi les Livournais durent emprunter cinq cents pi\u00e8ces d\u2019or de huit r\u00e9aux au consul d\u2019Angleterre pour corrompre les gardiens de la prison et embarquer en toute h\u00e2te le jeune Salon pour Livourne<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn12\"><sup><sup>[12]<\/sup><\/sup><\/a>. Ausst\u00f4t apr\u00e8s, compl\u00e8tement priv\u00e9s d\u2019une protection internationale convaincante, dans un acte en espagnol (qui commence ainsi\u00a0: <i>\u00ab Nos abaxo firmados en nombre de toda la Nation ebrea liorneses en Tunes\u00a0\u00bb<\/i>) quarante-neuf notables livournais d\u00e9cident de nommer un repr\u00e9sentant officiel de cette embryonnaire communaut\u00e9 en la personne de Samuel de Medina<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn13\"><sup><sup>[13]<\/sup><\/sup><\/a>, marchand de Livourne.<\/b><\/p>\n<p> <b>  Le pire devait encore venir. Le 24 Avril 1686 les chefs livournais, conduits par Jacob et Rafael Lombroso se rendent chez le Consul de France auquel en un mauvais italien, que j\u2019essaye de rendre en fran\u00e7ais, ils repr\u00e9sentent \u00abl\u2019extr\u00eame n\u00e9cessit\u00e9 o\u00f9 ils se trouvent r\u00e9duits par les vexations et les assassinats auxquels ils sont soumis, aussi bien dans le pass\u00e9 que dans le pr\u00e9sent\u00a0\u00bb\u00a0: ils viennent donc \u00ab\u00a0les larmes aux yeux\u00a0\u00bb afin de \u00ab\u00a0pouvoir affranchir une communaut\u00e9, une congr\u00e9gation&#8230;\u00a0\u00bb. Bref, le dey Shalabi les obligeant a verser une somme de mille pi\u00e8ces de huit r\u00e9aux qu\u2019ils ne poss\u00e8dent pas, ils risquent la prison et peut-\u00eatre leur vie. Ils ont recours au Consul de France pour qu\u2019il leur pr\u00eate cette somme \u00e0 titre personnel. Le Consul accepte, posant diff\u00e9rentes conditions\u00a0: la somme sera rembours\u00e9e \u00e0 Livourne avec un int\u00e9r\u00eat de 16% sous forme de risque maritime; le pr\u00eat est garanti par la r\u00e9duction en esclavage de deux membres de la <i>communaut\u00e9 livournaise<\/i>, transf\u00e9r\u00e9s au bagne du Grand Duc de Toscane o\u00f9 ils resteront jusqu\u2019au remboursement de la dette<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn14\"><sup><sup>[14]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/b><\/p>\n<p> <b>  Les grands mots entre-temps ont \u00e9t\u00e9 l\u00e2ch\u00e9s. Cette Nation livournaise, \u00e0 laquelle d\u2019ailleurs le Dey s\u2019adresse comme \u00e0 une institution l\u00e9galement constitu\u00e9e, se pr\u00e9sente de fait comme une communaut\u00e9 et comme une congr\u00e9gation ind\u00e9pendante. Rien de nouveau sous le soleil. Aucun schisme religieux. C\u2019est ainsi qu\u2019il est advenu dans les diff\u00e9rentes villes europ\u00e9ennes o\u00f9 se sont rencontr\u00e9s des groupes juifs de diff\u00e9rentes origines\u00a0: ainsi \u00e0 Venise, ainsi \u00e0 Rome, ainsi \u00e0 Amsterdam, ainsi donc \u00e0 Tunis, m\u00eame s\u2019il n\u2019en est pas ainsi \u00e0 Livourne pour des raisons tout \u00e0 fait particuli\u00e8res dont il sera question plus loin. <\/b><\/p>\n<p> <b>La difficile situation des Livournais \u00e0 Tunis \u00e0 la fin du XVIIe.<\/b><\/p>\n<p> <b>  Diff\u00e9rents t\u00e9moignages de B\u00e9ranger confirment le fait que la difficile situation des Livournais \u00e0 Tunis se prolongera dans les ann\u00e9es suivantes, vraisemblablement jusqu\u2019\u00e0 la prise de pouvoir par la dynastie husseinite en 1705. Dans une lettre du 3 D\u00e9cembre 1694 il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0On lie toujours quelques juifs pour avoir de l\u2019argent qu\u2019ils ne doivent pas, ce qui signifie mis\u00e8re et cessation d\u2019affaires, emprisonnements [&#8230;]\u00a0; ce matin m\u00eame, on a emprisonn\u00e9 Daniel Lombroso, juif de Venise, pour n\u2019avoir su bien faire le mesquin.\u00a0\u00bb<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn15\"><sup><sup>[15]<\/sup><\/sup><\/a>. Et encore en mars 1704\u00a0: \u00ab\u00a0Moy, par pure compassion de la rigueur avec laquelle on traitait les sindics des dits juifs, je leur preste gratis p. 200 [&#8230;]. Nous voici au quatorzi\u00e8me mois sans en avoir encore pu sortir nonobstant que j\u2019aye en main les lampes d\u2019argent de leur synagogue.\u00bb<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn16\"><sup><sup>[16]<\/sup><\/sup><\/a> Ce qui confirme d\u2019ailleurs d\u2019autres indices selon lesquels les juifs livournais disposaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Tunis d\u2019une ou plusieurs synagogues.<\/b><\/p>\n<p> <b>  J\u2019ai mis en \u00e9vidence le r\u00f4le primordial de la famille Lombroso, en particulier de Jacob Lombroso durant tout le parcours qui conduira graduellement vers la cr\u00e9ation officielle de la communaut\u00e9 portugaise de Tunis. Jacob Lombroso ne fut pas seulement le marchand livournais (livournais au sens large\u00a0: les Lombroso \u00e9taient des juifs v\u00e9nitiens d\u2019origine ib\u00e9rique) le plus important, entre les XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles. Ce fut un homme pr\u00e9voyant en vue de la d\u00e9cision de 1710. Cette d\u00e9cision fut retard\u00e9e par la dramatique situation dans laquelle se trouvait tout le groupe \u00e0 la fin du XVIIe si\u00e8cle, mais aussi par la n\u00e9cessit\u00e9 de pourvoir la communaut\u00e9 naissante d\u2019une direction rabbinique issue de son sein m\u00eame. Donnant l\u2019exemple, Jacob pensa \u00e0 ses propres fils, Daniel, Itshaq et Avraham. Daniel \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 lui succ\u00e9der comme homme d\u2019affaires. Il dirigea les deux autres vers les \u00e9tudes rabbiniques. Malheureusement Daniel disparut apr\u00e8s quelques mois des registres du consulat de France. D\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9\u00a0? Grave maladie\u00a0? On l\u2019ignore. Le fait est que nous apprenons qu\u2019Avraham dut renoncer \u00e0 la carri\u00e8re rabbinique d\u00e9j\u00e0 entreprise, pour remplacer Daniel dans le n\u00e9goce. Il est \u00e9vident qu\u2019Itshaq s\u2019\u00e9tait entre temps r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le plus dou\u00e9 comme rabbin. Il devait parfaire sa formation dans le cadre du rabbinat tunisien, qui ne manquait pas de personnalit\u00e9s de valeur, dont le rabbin Abraham Ta\u00eeeb. Il est fort possible, mais non prouv\u00e9, qu\u2019Itshaq ait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 \u00e0 Venise pour un stage suppl\u00e9mentaire. <\/b><\/p>\n<p> <b>Diff\u00e9rent autour du \u00ab\u00a0faux messie\u00a0\u00bb Shebbatai Tsev\u00ec\u00a0<\/b><\/p>\n<p> <b>  Suivant une piste d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9e par Hanna Avrahami Foa<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn17\"><sup><sup>[17]<\/sup><\/sup><\/a>, j\u2019ai personnellement pr\u00e9sent\u00e9, enti\u00e8rement traduits en italien, deux passages du livre (\u00e9crit en h\u00e9breu) <i> Tsitsat<\/i><i> Novel Tsev\u00ec <\/i>du rabbin Jacob Sasportas (Oran 1610-Amsterdam 1698), dont le manuscrit n\u2019a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 qu\u2019au si\u00e8cle dernier en Isra\u00ebl<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn18\"><sup><sup>[18]<\/sup><\/sup><\/a>. En r\u00e9sum\u00e9 il s\u2019agit d\u2019un s\u00e9rieux diff\u00e9rent surgi vers 1674 entre les deux branches du juda\u00efsme tunisien \u00e0 propos de l\u2019identit\u00e9 messianique de Shebbatai Tsev\u00ec\u00a0: les juifs tunisiens \u00e9taient partisans du \u00ab\u00a0faux messie\u00a0\u00bb, alors que les juifs livournais, guid\u00e9s par le rabbinat v\u00e9nitien, le contestaient. L\u2019agitation \u00e9tait n\u00e9e \u00e0 la suite de l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Tunis du sabbatien Michael Cardoso. Les livournais soudoy\u00e8rent le gouverneur de la ville, qui exila le propagandiste. Celui-ci tenta de se rendre \u00e0 Livourne avec ses quatre femmes, mais la communaut\u00e9 de cette ville lui en refusa l\u2019entr\u00e9e, si bien qu\u2019il dut rembarquer. <\/b><\/p>\n<p> <b><i> \u00ab\u00a0\u2026<\/i>une fusion qui serait une violation flagrante des droits de la conscience\u00a0\u00bb<\/b><\/p>\n<p> <b>  Je crois avoir d\u00e9montr\u00e9 que la th\u00e8se n\u00e9gatrice du caract\u00e8re fortement identitaire du groupe italo-ib\u00e9rique juif de Tunis, connu sous le nom de <i>Livournais<\/i>, n\u2019est pas confirm\u00e9e par la documentation dont nous disposons aussi bien pour le XVIIe que pour le XVIIIe si\u00e8cle. Quant au XIXe si\u00e8cle, ce fut celui de l\u2019italianisation. Il est fort possible qu\u2019entre les deux p\u00e9riodes, par suite de la d\u00e9ception que le Grand Duc de Toscane avait caus\u00e9e \u00e0 ses ressortissants de Tunis en 1822, il y e\u00fbt des mouvements d\u2019arabisation linguistique, vite invers\u00e9s \u00e0 la suite de l\u2019Unit\u00e9 de l\u2019Italie. Si nous faisons un saut de deux si\u00e8cles nous rencontrons encore la th\u00e8se parall\u00e8lement n\u00e9gationniste du grand rabbin tunisien Eliau Borgel, \u00e0 laquelle le Grand rabbin fran\u00e7ais Zadoc Kahn r\u00e9pondit en ces termes<\/b><i><b>. \u00ab\u00a0Jamais il n\u2019est venu \u00e0 l\u2019esprit de personne d\u2019imposer de force une fusion qui serait une violation flagrante des droits de la conscience. [&#8230;] Venus du dehors, les anc\u00eatres auxquels se rattache le groupe livournais ont introduit \u00e0 Tunis leurs traditions religieuses, leurs coutumes, leurs minhagim [&#8230;]. Ils \u00e9taient assez nombreux pour se constituer en communaut\u00e9 distincte et assez attach\u00e9s \u00e0 leurs habitudes pour vouloir maintenir leur autonomie gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019esprit large et tol\u00e9rant qui guidait les communaut\u00e9s juives d\u2019autrefois\u00a0\u00bb<\/b><a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn19\"><sup><b><sup>[19]<\/sup><\/b><\/sup><\/a>.<\/i><\/p>\n<p> <b>L\u2019\u0153uvre philanthropique des juifs livournais<\/b><\/p>\n<p> <b>  Quant \u00e0 l\u2019\u0153uvre philanthropique des juifs livournais en faveur de leurs coreligionnaires tunisiens d\u00e9favoris\u00e9s je me contente ici de remarquer qu\u2019on a beaucoup brod\u00e9 sur l\u2019\u00e9viction de l\u2019italien Giacomo Castelnuovo de la pr\u00e9sidence du comit\u00e9 tunisien de l\u2019A.I.U. au profit du fran\u00e7ais Raymond Valensi, \u00e0 la faveur du grand bouleversement politique repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019introduction du protectorat fran\u00e7ais sur la R\u00e9gence. Le changement avait pu ne pas plaire, vu qu\u2019il \u00e9liminait des \u00e9coles de l\u2019A.I.U. l\u2019enseignement de l\u2019italien, ce qui du point de vue culturel repr\u00e9sentait une grave amputation. Mais au-del\u00e0 de cette f\u00e2cheuse initiative due aux rivalit\u00e9s coloniales franco-italiennes, dont les juifs livournais n\u2019\u00e9taient que des pions, il ne faudrait pas oublier que Raymond Valensi, appartenant \u00e0 une famille d\u2019origine italo-ib\u00e9rique, install\u00e9e en Tunisie depuis le XVIIe si\u00e8cle<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn20\"><sup><sup>[20]<\/sup><\/sup><\/a>, ne devait pas tarder \u00e0 devenir membre du comit\u00e9 central parisien de l\u2019A.I.U, \u00e9tant, une soixantaine d\u2019ann\u00e9es, un des principaux traits d\u2019union entre les juda\u00efsmes portugais et tunisien. C\u2019est en faveur de ce dernier qu\u2019il se d\u00e9voua \u00e0 travers l\u2019\u0153uvre en Tunisie de l\u2019A.I.U, dont il fut le principal correspondant au moins jusqu\u2019en 1939 (ann\u00e9e o\u00f9, \u00e0 92 ans, il \u00e9tait encore interpell\u00e9 par la direction parisienne de l\u2019Alliance, sous la forme constante de <i> \u00ab\u00a0Cher Pr\u00e9sident<\/i> \u00bb. Les archives de l\u2019A.I.U. en t\u00e9moignent. C\u2019est lui qui signalait \u00e0 Paris toute violence dirig\u00e9e contre les juifs de Tunisie, les fr\u00e9quents assassinats, les actes antis\u00e9mites. Concomitamment, Raymond Valensi succ\u00e9dait \u00e0 son p\u00e8re Gabriel \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Communaut\u00e9 juive portugaise de Tunis, pr\u00e9sidence qu\u2019il assumerait jusqu\u2019\u00e0 sa mort en septembre 1942. Si j\u2019ose introduire un petit d\u00e9tail autobiographique, c\u2019est bien la figure de Raymond Valensi, mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re (que j\u2019ai connu) qui me lie \u00e0 la France, tandis que mon lien avec l\u2019Italie est d\u00fb \u00e0 mon grand-p\u00e8re Isaac Boccara, que son p\u00e8re Judah Hai envoya tout jeune \u00e0 Venise, pendant deux ans, pour qu\u2019il y fr\u00e9quent\u00e2t l\u2019\u00e9cole italienne. <\/b><\/p>\n<p> <b>Les noms des juifs livournais de Tunis<\/b><\/p>\n<p> <b>  Ceci dit, j\u2019en viens au r\u00e9cent article de Jacques Ta\u00efeb sur les noms des juifs livournais de Tunis, dont le but semble \u00eatre de d\u00e9montrer qu\u2019au XXe si\u00e8cle il ne restait pratiquement plus rien du pass\u00e9 ib\u00e9rique puisque la grande majorit\u00e9 des noms n\u2019\u00e9taient plus <i> espagnole. <\/i>C\u2019est \u00e9videmment une nouvelle d\u00e9marche qui viserait au m\u00eame r\u00e9sultat\u00a0: d\u00e9plorer un particularisme de groupe, qui en r\u00e9alit\u00e9 n\u2019aurait plus rien de particulier. J\u2019aborderai ce sujet en \u00e9num\u00e9rant pr\u00e9alablement les pr\u00e9misses devant guider le chercheur qui s\u2019interrogerait sur l\u2019origine de ces noms, avec le souci de distinguer les familles d\u2019origine ib\u00e9rique des autres, et en recherchant dans quelle mesure l\u2019auteur en a tenu compte. <\/b><\/p>\n<p> <b>  1) Une partie importante des marranes ayant quitt\u00e9 la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique pour revenir au juda\u00efsme changea de nom et de pr\u00e9nom. Le changement se fit le plus souvent en faveur d\u2019un nom espagnol, mais pas toujours. Il convenait de choisir un nom italien en particulier dans les \u00c9tats o\u00f9 l\u2019origine ib\u00e9rique aurait constitu\u00e9 un s\u00e9rieux danger pour des baptis\u00e9s ayant reni\u00e9 le catholicisme. Un nom italien n\u2019exclue donc pas \u00e0 priori l\u2019origine ib\u00e9riqe.<\/b><\/p>\n<p> <b>  2) La communaut\u00e9 juive de Livourne a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e exclusivement par des juifs ib\u00e9riques et, selon l\u2019\u00e9dit de 1593 du Grand Duc de Toscane, il ne pouvait exister \u00e0 Livourne qu\u2019une seule synagogue adoptant uniquement le rite hispano-portugais\u00a0: tout autre immigr\u00e9 juif qui devait \u00eatre <i> ballot\u00e9<\/i>par les <i> massari<\/i> admettait implicitement cette condition. Dans un passage c\u00e9l\u00e8bre, Renzo Toaff \u00e9crivait\u00a0: \u00ab\u00a0Le mod\u00e8le de communaut\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par les habiles l\u00e9gislateurs de la Nation [&#8230;] n\u2019admettait pas de d\u00e9rogation [&#8230;]\u00a0: la Nation \u00e9tait et demeurait s\u00e9farade; <i>volens<\/i><i> nolens<\/i>\u00a0: tous s\u00e9farades.<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn21\"><sup><sup>[21]<\/sup><\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. En effet un certain nombre de juifs italiens d\u2019origine non ib\u00e9rique s\u2019\u00e9tablit \u00e0 Livourne apr\u00e8s la cr\u00e9ation de la communaut\u00e9. Avant de rejoindre Tunis, les descendants de ces juifs <i> italiens<\/i> s\u2019\u00e9taient fondus dans le creuset s\u00e9farade que repr\u00e9sentait Livourne et \u00e9taient les premiers \u00e0 revendiquer avec fiert\u00e9 leur origine livournaise. \u00c0 Tunis, on avait beau s\u2019appeler Veroli ou Piperno, ce qui comptait c\u2019\u00e9tait Livourne o\u00f9 ses propres anc\u00eatres avaient s\u00e9journ\u00e9 pendant des g\u00e9n\u00e9rations. Par ailleurs \u00e0 Tunis disparaissait toujours l\u2019\u00e9ventuelle distinction entre <i> ib\u00e9riques <\/i>et <i> italiens<\/i>, m\u00eame lorsque ces derniers \u00e9taient immigr\u00e9s au XIXe si\u00e8cle<i>.<\/i> Les mariages entre les uns et les autres avaient effac\u00e9 tout particularisme int\u00e9rieur, il \u00e9tait bien rare d\u2019ailleurs dans la Communaut\u00e9 portugaise de trouver une personne qui n\u2019ait pas eu des juifs ib\u00e9riques dans son ascendance. La chose \u00e9tait rare aussi dans la bourgeoisie juive tunisienne. Psychologiquement, le ph\u00e9nom\u00e8ne est d\u2019ailleurs fort semblable \u00e0 ce qui se passe en cas de conversion\u00a0: la conversion au juda\u00efsme correspond \u00e0 une adoption, \u00e0 la suite de laquelle on devient juif \u00e0 part enti\u00e8re, fils d\u2019Abraham, d\u2019Isaac et de Jacob. Il en a \u00e9t\u00e9 de m\u00eame pour les non ib\u00e9riques adopt\u00e9s par la grande famille livournaise, ou portugaise si l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re. Et si j\u2019en crois les nombreux courriels que je re\u00e7ois, cette origine est souvent recherch\u00e9e, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, comme une sorte de titre de noblesse. <\/b><\/p>\n<p> <b>  3) Il y a eu une Espagne et un Portugal arabes avec des juifs qui portaient des noms arabes ou h\u00e9breux\u00a0; ces noms sont rest\u00e9s apr\u00e8s leur passage dans l\u2019Espagne ou le Portugal chr\u00e9tiens. Un nom arabe ne peut donc pas exclure l\u2019origine ib\u00e9rique. Je cite mon propre nom <i> Boccara<\/i>.<\/b><\/p>\n<p> <b>  4) Les noms italiens sont souvent des traductions de noms h\u00e9breux, qui sont, eux, universels et qui ne peuvent donc pas exclure l\u2019origine ib\u00e9rique. De m\u00eame d\u2019autres noms franchement italiens ne sont que la traduction de noms ib\u00e9riques\u00a0: <i> Bono<\/i>, par exemple, est g\u00e9n\u00e9ralement une traduction de l\u2019espagnol <i> Bueno<\/i>. <\/b> <\/p>\n<p> <b>  5) Enfin, l\u2019espagnol et l\u2019italien sont des langues latines. Certains noms pourraient \u00eatre aussi bien italiens qu\u2019espagnols, seule une bonne connaissance des sources ib\u00e9riques peut permettre de trancher. Et l\u2019exp\u00e9rience d\u00e9montre qu\u2019on n\u2019a jamais fini de d\u00e9couvrir des origines ib\u00e9riques auparavant insoup\u00e7onn\u00e9es. Dans le cas du nom <i>Eminente<\/i>, comme nous le verrons, une pratique \u00e9l\u00e9mentaire des sources inquisitoriales espagnoles ne devrait laisser aucun doute\u00a0: le nom est bel et bien ib\u00e9rique\u00a0! C\u2019est l\u00e0 que le chercheur devrait \u00eatre muni d\u2019un bagage de connaissances d\u00e9passant de loin les bornes d\u2019un seul cadre nord-africain. <\/b><\/p>\n<p> <b>Des noms class\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e0 vue de nez\u00a0\u00bb<\/b><\/p>\n<p> <b>  Une certaine h\u00e2te avait conduit Paul Sebag \u00e0 publier une annexe \u00e0 son livre sur <i>Les noms des Juifs de Tunisie <\/i>sous le titre <i>Les noms des Livournais<\/i>, dans lequel il se basait sur des listes de noms livournais class\u00e9s \u00e0 vue de nez, selon les sonorit\u00e9s pr\u00e9sum\u00e9es, croyant d\u00e9montrer que l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 de ces noms excluait \u00e0 priori l\u2019origine ib\u00e9rique. Lionel L\u00e9vy y r\u00e9pondit par un long article o\u00f9 il d\u00e9montra l\u2019absence de fondement de la majorit\u00e9 de ces attributions. Sebag, qui malheureusement n\u2019est plus parmi nous, et par ailleurs r\u00e9unissait d\u2019autres grands m\u00e9rites, est pardonnable\u00a0; <i>errare humanum est<\/i>. Or, Jacques Ta\u00efeb, dans son article<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn22\"><sup><sup>[22]<\/sup><\/sup><\/a>, r\u00e9p\u00e8te, avec quelques variantes, les m\u00eames erreurs, occultant d\u2019ailleurs tout le travail ant\u00e9rieur de L\u00e9vy. <\/b><\/p>\n<p> <b>  C\u00a0est que les pr\u00e9misses g\u00e9n\u00e9rales sus indiqu\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 largement ignor\u00e9es au service de l\u2019option n\u00e9gatrice de l\u2019auteur, bas\u00e9e cette fois sur la fausse apparence de noms dont les origines espagnoles ou portugaises auraient sembl\u00e9 minoritaires. Or, l\u2019\u0153uvre des chercheurs est un travail collectif o\u00f9 chacun contribue \u00e0 pr\u00e9ciser un tableau, au d\u00e9but souvent tr\u00e8s flou. Si on avance en vase clos, excluant \u00e0 priori ceux qui \u00e9noncent quelques v\u00e9rit\u00e9s inopportunes, on ne fait plus de l\u2019Histoire, mais de la plaidoirie. <\/b><\/p>\n<p> <b>  Que penser, quand je vois mon nom, <i>Boccara<\/i><i>,<\/i> class\u00e9 parmi les patronymes d\u2019origine arabe, sans que nulle part ne soit pr\u00e9cis\u00e9 que des patronymes arabes \u00e9taient couramment port\u00e9s par des juifs espagnols ? Il suffit de feuilleter un important ouvrage publi\u00e9 r\u00e9cemment en France pour savoir qu\u2019en 1670 une Do\u00f1a Isabel Henriquez Bocarra, madril\u00e8ne dont la famille provenait du Portugal, fut condamn\u00e9e \u00e0 la prison irr\u00e9missible \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 par l\u2019Inquisition de Tol\u00e8de<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn23\"><sup><sup>[23]<\/sup><\/sup><\/a>\u00a0? Je trouve entre autres le nom <i> Eminente<\/i> (qui \u00e9tait port\u00e9 par des amis livournais r\u00e9fugi\u00e9s en Tunisie en 1938, \u00e0 la suite des lois raciales italiennes) class\u00e9 parmi les patronymes de langue italienne. Or, je lis dans l\u2019ouvrage pr\u00e9cit\u00e9 qu\u2019en 1691 Francisco Baez Eminente, un important financier, \u00e9tait condamn\u00e9 par l\u2019Inquisition espagnole<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn24\"><sup><sup>[24]<\/sup><\/sup><\/a>. Ces deux personnages n\u2019\u00e9taient-ils pas des Espagnols \u00e0 part enti\u00e8re\u00a0? Lorsque je lis le nom <i> Valensi<\/i> class\u00e9 parmi les noms h\u00e9bra\u00efques, dois-je croire que l\u2019on s\u2019est tromp\u00e9 en pensant \u00e0 la ville espagnole de Valence (ou \u00e0 une petite localit\u00e9 portugaise au nom semblable)\u00a0?\u00a0 Et je ne fais que citer quelques fruits de mes recherches personnelles au milieu de la mer d\u2019informations que Lionel L\u00e9vy nous offre. Un vieil adage, l\u00e9g\u00e8rement juda\u00efs\u00e9, dit qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0on ne r\u00e9p\u00e8te pas le kaddish pour les sourds\u00a0\u00bb. Mais \u2014mieux vaut tard que jamais\u00a0\u2014. Ta\u00efeb trouvera bien un moment pour parcourir l\u2019article de L\u00e9vy, \u00e9ventuellement le contredire s\u2019il a de bons \u00e9l\u00e9ments. Sinon, c\u2019est forc\u00e9ment cet article qui servira d\u2019unique r\u00e9f\u00e9rence en la mati\u00e8re. Il n\u2019y a aucune honte \u00e0 admettre quelque erreur, c\u2019est au contraire un signe qui vous grandit. Que celui qui ne s\u2019est jamais tromp\u00e9 jette la premi\u00e8re pierre.<\/b><\/p>\n<p> <b>Noms trait\u00e9s par Lionel L\u00e9vy<\/b><\/p>\n<p> <b>  Sans r\u00e9p\u00e9ter toutes les informations fournies par L\u00e9vy pour chaque patronyme, je me bornerai \u00e0 \u00e9num\u00e9rer les noms qu\u2019il traite, dans le cadre des classements de Ta\u00efeb\u00a0: <\/b><b> Fano-Modigliani<\/b><b>, Fiorentino, Donato, Bensasson, Coen, Isra\u00eal, Levy, Menasce, Ouziel, Semah, Abeasis, Abouaf, Arous, Attia (selon Ta\u00efeb d\u2019origine arabe, alors que, toujours selon lui, Attias serait d\u2019origine espagnole&#8230;), <\/b><b> Bembaron<\/b><b>, Darmon (je fais ici une exception pour signaler que Mordechai Darmon et d\u2019autres de sa famille furent \u00e0 la fin du XVIIe si\u00e8cle parmi les piliers de la Nation livournaise de Tunis), <\/b> <b>El-Ha\u00efk<\/b><b>, Flak ou Flah, Halfon, Hayoun, Lasry, Meimon, Moatty, Sebouk, Zerafa, Boccara. Nombre des patronymes \u00e9tudi\u00e9s par L\u00e9vy dans son article ne sont pas cit\u00e9s ici parce qu\u2019ils sont absents de l\u2019article de Ta\u00efeb. L\u2019impression que l\u2019on retire de l\u2019article de L\u00e9vy confirme finalement l\u2019impression n\u00e9gative que provoque celui de Ta\u00efeb. Le noyau central de la population juive livournaise nous appara\u00eet ainsi comme fortement ib\u00e9rique d\u2019origine, outre la s\u00e9fardisation pouss\u00e9e des juifs <i> italiens<\/i>, aussi bien \u00e0 Livourne qu\u2019\u00e0 Tunis. Si la communaut\u00e9 s\u2019est appel\u00e9e <i> Portugaise<\/i> (jusque dans la majorit\u00e9 de ses documents du milieu du XIXe si\u00e8cle), ce ne fut pas un choix malheureux. C\u2019est le nom qu\u2019elle porta d\u00e8s ses premiers d\u00e9buts en 1710. Ce nom implique une origine largement majoritaire de ses membres, les mariages ayant fondu les \u00e9l\u00e9ments minoritaires dans un creuset unique. Ces mariages \u00e9taient largement ouverts depuis le XIXe si\u00e8cle. Nous sommes mieux renseign\u00e9s, en effet, sur les unions avec les membres de la Communaut\u00e9 s\u0153ur, g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 parit\u00e9 de classe sociale. Quant aux barri\u00e8res entre juifs portugais fran\u00e7ais et italiens, leurs motivations \u00e9tant exclusivement politiques, les mariages finissaient toujours par unir sentimentalement ceux qui \u0153uvraient pour deux patries diff\u00e9rentes, souvent rivales. Raymond Valensi, fran\u00e7ais chauvin, maria trois de ses filles \u00e0 un Molco, un Boccara et un Darmon, italiens, tandis que la quatri\u00e8me avait \u00e9pous\u00e9 un Bessis, tunisien. Lui-m\u00eame avait \u00e9pous\u00e9 une Cardoso, italienne, et dans ses vieux jours, cohabitait avec son gendre le Dr. Emilio Molco, florentin de naissance. <\/b><\/p>\n<p> <b>Conclusion\u00a0: Zachor\u00a0! Souviens-toi<\/b><\/p>\n<p> <b>  Bien s\u00fbr, si l\u2019on pense au Portugal moderne, on peut bien dire qu\u2019au XXe si\u00e8cle les juifs portugais de Tunis avaient tr\u00e8s peu de choses en commun. Peut-\u00eatre avaient-ils conserv\u00e9 inconsciemment dans leurs m\u0153urs ataviques un souvenir des valeurs transmises par les anc\u00eatres. Nous nous somme bien raill\u00e9s les uns les autres, nous juifs livournais et tunisiens. Les uns riaient de <\/b><i> <b>l\u2019arkeka gornia<\/b><a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftn25\"><sup><b><sup>[25]<\/sup><\/b><\/sup><\/a><\/i> tandis que les autres s\u2019amusaient \u00e0 imiter l\u2019accent des Tunisiens parlant fran\u00e7ais. Les Livournais enfermaient leurs enfants dans les bonnes mani\u00e8res, alors que les tunisiens \u00e9taient souvent plus libres et plus heureux. Il y a l\u00e0 une compl\u00e9mentarit\u00e9 qui faisait le charme de notre vieille Tunisie et qui devrait nous unir, nous qui sommes arriv\u00e9s au cr\u00e9puscule de notre \u00e2ge, nous pousser \u00e0 nous respecter et, pourquoi pas, nous aimer. <\/p>\n<p> <b>  Quant \u00e0 ce devoir\u00a0: ne pas renier son propre pass\u00e9, sa propre histoire, la m\u00e9moire des anc\u00eatres, ce long pass\u00e9 ib\u00e9rique \u00e0 la fois dramatique et exaltant, je m\u2019en tiendrai \u00e0 cette vieille devise juive que nul ne devrait ignorer\u00a0: <i>Zachor<\/i>! Souviens-toi  <\/b><\/p>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<hr\/>\n<div>\n<p> <b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref1\"> <sup> <sup> [1]<\/sup><\/sup><\/a> J. Ta\u00efeb, <i> Les Juifs livournais de 1660 \u00e0 1881<\/i>, ouvrage collectif, \u00ab\u00a0Histoire communautaire, Histoire plurielle \u2013 la communaut\u00e9 juive de Tunisie, Tunis 1999, p. 161 <\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref2\"> <sup> <sup> [2]<\/sup><\/sup><\/a> L. L\u00e9vy, La <i>Nation juive portugaise\u00a0: Livourne, Amsterdam, Tunis, 1591-1951<\/i>, Paris 1999.<\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p> <b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref3\"> <sup> <sup> [3]<\/sup><\/sup><\/a> L. L\u00e9vy, sur Paul Sebag, <i> Les noms des Juifs de Tunisie<\/i>, in \u00ab\u00a0La Lettre S\u00e9pharade, nos 46, 47 et 48 de Juin, Septembre et D\u00e9cembre 2003, respectivement pp. 6-8, 9-11 et 11-13.<\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref4\"> <sup> <sup> [4]<\/sup><\/sup><\/a> P. Sebag, <i> Les noms des Juifs de Tunisie<\/i>, Paris 2002.<\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p> <b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref5\"> <sup> <sup> [5]<\/sup><\/sup><\/a> J, Ta\u00efeb, <i> Les Juifs livournais de Tunis: d\u00e9mographie et anthroponymie historiques<\/i>, in \u00ab\u00a0Revue du cercle de G\u00e9n\u00e9alogie juive\u00a0\u00bb, n. 95 \u2013 Juillet-Septembre 2008, pp. 14-19.<\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p> <b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref6\"> <sup> <sup> [6]<\/sup><\/sup><\/a> Il faut bien pr\u00e9ciser que depuis le d\u00e9part ce nom de <i>livournais<\/i> avait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 par les juifs italo-ib\u00e9riques de Tunis au nom du rapport privil\u00e9gi\u00e9 qui s\u2019\u00e9tait instaur\u00e9 entre Tunis et Livourne. J\u2019ai pu constater que, au d\u00e9but en particulier, nombre de ces Juifs venaient de Venise qui les avait accueillis avant Livourne. Dans certains cas ces juifs v\u00e9nitiens avaient gagn\u00e9 directement Tunis, dans d\u2019autres (les Valensi par exemple) ils avaient pr\u00e9alablement s\u00e9journ\u00e9 en Toscane, parfois \u00e0 Pise avant\u00a0 Livourne. Dans les Actes du\u00a0 Consulat de France on trouve parfois l\u2019indication <i> juif<\/i><i> de Venise<\/i>, mais finalement, m\u00eame pour la grande famille des Lombroso, d\u2019origine v\u00e9nitienne, c\u2019est l\u2019appellation <i> juif livournais <\/i>qui pr\u00e9domine. <\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref7\"> <sup> <sup> [7]<\/sup><\/sup><\/a> J. Ta\u00efeb, Les Juifs livournais de 1661\u2026, op. cit., pp. 157-158. <\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref8\"> <sup> <sup> [8]<\/sup><\/sup><\/a> Voir sur <a href=\"https:\/\/harissa.com\/\"> www.harissa.com<\/a>: E.Boccara, <i> Le drame des Juifs portugais. <\/i><\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref9\"> <sup> <sup> [9]<\/sup><\/sup><\/a> J. Ta\u00efeb, ibidem, pp. 157-158.<\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref10\"> <sup> <sup> [10]<\/sup><\/sup><\/a> I. Avrahami, <i> Le M\u00e9morial de la Communaut\u00e9 Isra\u00e9lite Portugaise de Tunis<\/i>, Lod 1997, p. 6.<\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p> <b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref11\"> <sup> <sup> [11]<\/sup><\/sup><\/a> E. Boccara, <i>Gli ebrei italo-iberici presenti a Tunisi (o in relazione con Tunisi) dalla conquista turca al regno di Yusuf Dey, <\/i>in Pier Cesare Ioly Zorattini (dir.), \u201cPercorsi di storia ebraica\u201d (Actes du colloque international de Cividale del Friuli \u2013 Gorizia \u2013 7-9 Septembre 2004), Udine 2005; <i>Una famiglia di mercanti ebrei italo-iberici a Tunisi nella seconda met\u00e0 del XVII secolo: i Lombroso<\/i>, in Materia Giudaica, XII\/1-2 2007 (Actes du XX\u00e8me Colloqui international de l\u2019AISG, Ravenna 11-13 septembre 2006). <\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p> <b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref12\"> <sup> <sup> [12]<\/sup><\/sup><\/a> CADN, Tunisie, 1er versement, vol. 422, 5 septembre 1686, feuillet non num\u00e9rot\u00e9. Cet acte porte entre autres les signatures de Gabriel de Manuel Valensy, de Rafael et Benjamin Boccara (a\u00efeul de l\u2019auteur de cet article), dont la descendance r\u00e9sida \u00e0 Tunis jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Cet acte a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 un an apr\u00e8s l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e0 l\u2019occasion du remboursement du pr\u00eat.<\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref13\"> <sup> <sup> [13]<\/sup><\/sup><\/a> Ibidem, 30 Ao\u00fbt 1685, f. non num.<\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref14\"> <sup> <sup> [14]<\/sup><\/sup><\/a> Ibidem, 24 Avril 1686, f. non\u00a0 num.<\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p> <b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref15\"> <sup> <sup> [15]<\/sup><\/sup><\/a>CADN Tunisie, 1er versement <i>Papiers B\u00e9ranger<\/i>, 557*, 3 D\u00e9cembre 1694. <\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p> <b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref16\"> <sup> <sup> [16]<\/sup><\/sup><\/a> Ibidem, 558*, 3 Mai 1704.<\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p> <b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref17\"> <sup> <sup> [17]<\/sup><\/sup><\/a> H. Avrahami Foa, <i>Yehude Livornese-qsharehem \u2018im Tunis be-meot<\/i>, Ramat Gan 1979, pp. 38-39. <\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref18\"> <sup> <sup> [18]<\/sup><\/sup><\/a> J. Sasportas, <i>Tsitsat Novel Tsev\u00ec<\/i>, J\u00e9rusalem 1954, pp. 38-39 et 42; E. Boccara, <i> Una famiglia\u2026<\/i>, op. cit. pp. 209-210.<\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref19\"> <sup> <sup> [19]<\/sup><\/sup><\/a> Les Cahiers de l\u2019Alliance Isra\u00e9lite Universelle, Ao\u00fbt 1995, n. 11, pp. 21-22. <\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p> <b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref20\"> <sup> <sup> [20]<\/sup><\/sup><\/a> Selon mes r\u00e9centes recherches au CADN (qui feront l\u2019objet d\u2019un livre qui sera publi\u00e9 prochainement), Raymond Valensi, n\u00e9 en 1847, mais fran\u00e7ais seulement depuis 1873, descend en droite ligne de Samuel Valensin attest\u00e9 \u00e0 Pise, depuis 1602, vraisemblablement immigr\u00e9 de la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique, via Venise. <\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref21\"> <sup> <sup> [21]<\/sup><\/sup><\/a> R. Toaff, <i>La Nazione ebrea a Livorno e a Pisa \u2013 1591-1700<\/i>, Firenze 1990, pp. 418-417.<\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref22\"> <sup> <sup> [22]<\/sup><\/sup><\/a> J. Ta\u00efeb, <i> Les Juifs livournais de Tunis: d\u00e9mographie&#8230;<\/i>, op cit\u00e9.<\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref23\"> <sup> <sup> [23]<\/sup><\/sup><\/a> M. Escamilla-Colin, <i>Crime set ch\u00e2timents dans l\u2019Espagne Inquisitoriale<\/i>, Paris 1992, T. 1, pp. 640-641. <\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref24\"> <sup> <sup> [24]<\/sup><\/sup><\/a> Ibidem, T. 1, p. 312.<\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/Culture_Tune\/refusdidentiteeliaboccara.htm#_ftnref25\"> <sup> <sup> [25]<\/sup><\/sup><\/a> Lourdeur ou antipathie livournaise, mais \u201cArk\u00e8ka\u201d est peu traduisible en fran\u00e7ais.<\/b><\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Elia Boccara, professeur de litt\u00e9rature fran\u00e7aise \u00a0Sympathie ne se discute pas \u00abDe plus en plus nombreux, de plus en plus riches, de plus en plus influents, [&#8230;] les Grana (les Livournais) devinrent de plus en plus arrogants, \u00e9crasant de leur superbe, leurs humbles coreligionnaires africains\u00a0\u00bb[1]. 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