{"id":43335,"date":"2026-10-03T03:29:47","date_gmt":"2026-10-03T03:29:47","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=43335"},"modified":"2026-10-03T03:29:47","modified_gmt":"2026-10-03T03:29:47","slug":"rita-de-panama-par-albert-simeoni","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/rita-de-panama-par-albert-simeoni\/","title":{"rendered":"Rita de Panama, par Albert Simeoni"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"MARZOUK N\u00b0 10.jpg (48056 bytes)\" height=\"352\" src=\"https:\/\/harissa.com\/D_forum\/images\/MARZOUK_No_10.jpg\" width=\"342\"\/><\/p>\n<p><strong><br \/> Les feuilles des ficus, jaunies et \u0091craquantes\u0092, jonchaient les caniveaux et formaient un long tapis \u00e9ph\u00e9m\u00e8re sur le macadam gris-noir de la chauss\u00e9e goulettoise. Une l\u00e9g\u00e8re brise matinale les soulevait en tourbillons. L\u0092atmosph\u00e8re \u00e9tait emprunte par cette odeur \u0091de terre et de sel marin\u0092, propre \u00e0 toutes les villes en bordure de la M\u00e9diterran\u00e9e et tr\u00e8s caract\u00e9ristique aux nez des goulettois. L\u0092\u00e9t\u00e9 indien achevait la fin de l\u0092autre.<\/p>\n<p> Les rayons du soleil s\u0092\u00e9chinaient \u00e0 traverser les premiers nuages \u0091moutonneux\u0092 de ce nouvel automne. Les mouettes s\u0092en donnaient \u00e0 coeur joie sur la plage d\u00e9serte a pr\u00e9sent rendu aux insectes. La mer, en pareille p\u00e9riode, soulevait \u0091ses enfants rageurs et \u00e9cumeux\u0092 pour les fracasser au pieds des murs de b\u00e9ton des maisons milles fois rong\u00e9es par le sel marin . <\/p>\n<p> Tout \u00e9tait calme en ce matin de Septembre&#8230;.Kippour est pass\u00e8 depuis quelques jours&#8230;<\/p>\n<p> Rita ,comme \u00e0 son habitude ,v\u00eatue d\u0092un chandail vert d\u00e9boutonn\u00e9 et d\u0092une robe l\u00e9g\u00e8re \u00e0 fleurs sans boutons laissant appara\u00eetre sa combinaison et, chauss\u00e9e d\u0092une paire de mules, &#8230;..arpentait les rues et ruelles de la ville encore endormie \u00e0 cette heure matinale.<\/p>\n<p> Elle \u00e9tait enceinte &#8230;..son gros ventre n\u0092allait pas tarder \u00e0 \u0091vomir \u0091 sa premi\u00e8re prog\u00e9niture.<\/p>\n<p> On l\u0092a surnomm\u00e9e Rita de Panama&#8230;.allez savoir pourquoi&#8230;&#8230;peut \u00eatre parce que Panama, que je ne connais pas, est un beau pays..?.<\/p>\n<p> Tr\u00e8s belle..?&#8230;.. Rita l\u0092\u00e9tait&#8230;Ses yeux bleus logeaient dans un visage de Madone. Ses cheveux lisses, tr\u00e8s noirs, pareils \u00e0 une longue queue de cheval, ondulaient sous sa d\u00e9marche f\u00e9line. A 20 ans, Rita \u00e9tait la coqueluche des hommes &#8230;..qui se retournaient sur son passage&#8230;..elle \u00e9tait tr\u00e8s attirante &#8230;.bien qu\u0092un peu d\u00e9rang\u00e9e&#8230;&#8230; un membre de sa famille \u00e9tait intern\u00e9 \u00e0 l\u0092h\u00f4pital des fous de la Manouba (centre hospitalier pour les ali\u00e9n\u00e9s mentaux). Elle portait donc en elle un sage grain de folie. Cet handicap ne l\u0092emp\u00eachait nullement de se faire accepter dans les bals par les jeunes gens d\u00e9nu\u00e9s d\u0092arri\u00e9res- pens\u00e9es.<\/p>\n<p> Rita se retrouva seule vers les 23 ans, suite aux d\u00e9c\u00e8s de ses parents. Orpheline donc &#8230;..seule contre tous&#8230;..contre toute la terre &#8230;&#8230;contre la soci\u00e9t\u00e9 &#8230;..contre les yeux concupiscents et avin\u00e9s des hommes qui d\u00e9siraient profiter de l\u0092\u00e9tat de sa petite maladie. Ils ne voyaient en elle qu\u0092un corps sans esprit. Alors \u0091La Panama\u0092 fuyait les souvenirs de sa maison&#8230;..les hommes malsains&#8230;&#8230;elle rentrait tard, se levait t\u00f4t pour oublier sa morosit\u00e9&#8230;.son sort qui ne l\u0092a pas g\u00e2t\u00e9e&#8230;..sa vie d\u0092\u00e9corch\u00e9e. Elle \u00e9tait d\u0092une grande sagesse&#8230;.parlait na\u00efvement. Ses paroles<br \/> pu\u00e9riles faisaient rire souvent ses \u0091pseudo amis\u0092. Douce comme je ne vous le dis<br \/> pas&#8230;&#8230;, m\u00e9lancolique comme je ne vous le raconte pas. Un bout de chair me diriez vous&#8230;? non&#8230;..une jeune fille vierge que la nature et le destin se sont unis pour ne pas la choyer. Une nature et un destin qui s\u0092unissent pour se \u0091foutre\u0092des \u00eatres humains. Rita dans sa t\u00eate, se sentait bien &#8230;.alors l\u0092avis des autres ne l\u0092effleurait m\u00eame pas&#8230;<\/p>\n<p> Roger ,le fils de Ren\u00e9 Z&#8230;&#8230;..,c\u00e9libataire et r\u00e9parateur d\u0092appareils m\u00e9nagers \u00e0 domicile vivait avec ses parents. Ne trouvant pas de femme, il jeta son d\u00e9volu sur l\u0092handicap\u00e9e et demanda sa main \u00e0 &#8230;..personne. Rita, la simple d\u0092esprit ..acqui\u00e8sca &#8230;sans se poser de questions&#8230;.et d\u0092ailleurs ont- ils des questions et des r\u00e9ponses les d\u00e9biles&#8230;.? Ils se mari\u00e8rent en priv\u00e9&#8230;en famille et \u00e9lirent domicile dans la famille du gar\u00e7on. Les gens l\u0092ont su par hasard &#8230;au d\u00e9tour d\u0092un chemin&#8230;..dans un wagon de train&#8230;..autour d\u0092un caf\u00e9 au Rex.<\/p>\n<p> Ni bans&#8230;ni f\u00eate. On a ri \u00e0 l\u0092union.<\/p>\n<p> Les mois pass\u00e8rent et Roger \u00e9tait plus absorb\u00e9 \u00e0 trifouiller les ventres creux des t\u00e9l\u00e9s et frigos que le bas ventre de sa femme. Rita n\u0092\u00e9tait pas \u00e0 l\u0092aise chez ses beaux- parents&#8230;.alors elle s\u0092en est retourn\u00e9e dans la rue &#8230;.tard le soir&#8230;..t\u00f4t le matin. Sans grandes illusions. Son mal empirait de plus en plus. Les ann\u00e9es passaient sans retenue.<\/p>\n<p> De la belle Rita &#8230;.il ne restait qu\u0092un visage fan\u00e9&#8230;..sans fard&#8230;.une robe rapi\u00e9c\u00e9e&#8230;&#8230;et pas de mules. L\u0092\u00e9cho de sa voix r\u00e9sonnait dans l\u0092air quand elle parlait seule. Les goulettois s\u0092aper\u00e7urent de son \u00e9tat de grand d\u00e9labrement &#8230;..que pouvait-ils donc faire \u00e0 pr\u00e9sent qu\u0092elle \u00e9tait mari\u00e9e&#8230;.<\/p>\n<p> Et d\u0092ailleurs qu\u0092ont t\u0092ils fait lorsque \u0091La Panama\u0092 \u00e9tait jeune fille..?<\/p>\n<p> Rien. La piti\u00e9&#8230;&#8230;.? cette vertu ou sentiment ..qu\u0092on offre gratuitement aux gens \u0091l\u00e8gers\u0092 avec un soupir lancinant &#8230;. n\u0092 a aucune valeur pour ceux qui la re\u00e7oivent. Elle ne peut que s\u0092entendre&#8230; et puis Rita n\u0092en connaissait m\u00eame pas le sens.<\/p>\n<p> 5 ans ont pass\u00e9 depuis son mariage \u0091bidon\u0092. Par un heureux concours de circonstances, Rita se retrouva enceinte. Les t\u00eates bien pensantes, les g\u00e9nies de cette \u00e9poque ont vite d\u00e9duit que sa grossesse \u00e9tait l\u0092oeuvre d\u0092un inconnu&#8230;..Un b\u00e2tard vivrait donc dans son ventre&#8230;?<\/p>\n<p> \u0091La choun ara \u0091, la m\u00e9disance allait bon train&#8230;mais Rita &#8230;.la pauvre Rita de Panama, compl\u00e8tement d\u00e9rang\u00e9e, se moquait bien de ces ragots&#8230;..des m\u00e9chantes langues \u0091cigu\u00e9es\u0092. Comment d\u00e9fendre sa vertu quand on est seule&#8230;.malade et sans arguments&#8230;&#8230;.contre la meute&#8230;&#8230; cette horde de loups aux yeux et pens\u00e9es pleins de cancans scabreux.<\/p>\n<p> Rita \u00e9tait enceinte de son mari qui trouva le temps, entre deux boulons \u00e0 serrer, \u00e0 introduire son \u0092bout de chair rigide et graisseux \u0091 dans le bas ventre de l\u0092handicap\u00e9e&#8230;&#8230;.sa bien aim\u00e9e.<\/p>\n<p> Rita ignorant sa grossesse &#8230;&#8230;.comme elle ignorait tout l\u0092univers&#8230;ne prenait aucune pr\u00e9caution. Elle disait qu\u0092elle avait pris du poids&#8230;tout simplement.<\/p>\n<p> Ce que je viens de narrer, \u00e0 pr\u00e9sent, contient une grande part de v\u00e9rit\u00e9&#8230;..ce que je raconte ici bas &#8230;&#8230;est la v\u00e9rit\u00e9&#8230;.tout nue et crue.<\/p>\n<p> Rita au neuvi\u00e8me mois &#8230;.\u00e0 ressenti les premi\u00e8res douleurs &#8230;..vers les 5 heures du matin, \u00e0 l\u0092aube de cet automne naissant &#8230;..la belle Rita &#8230;..l\u0092admirable Rita &#8230;&#8230;.la magnifique fille aux tristes yeux bleus &#8230;..comme une chatte de goutti\u00e8re s\u0092est assise \u00e0 m\u00eame le sol, dos contre le mur, sous ma fen\u00eatre, \u00e0 quelques m\u00e8tres de mon lit, et avec un courage inou\u00ef&#8230;.ni cris &#8230;.ni g\u00e9missements&#8230;.sans drap&#8230;..sans personne&#8230;..avec l\u0092aide de D.ieu et de tous les anges de la terre et du ciel qui l\u0092assistaient&#8230;..loin du monde sourd et de la nature aveugle &#8230;..les jambes \u00e9cart\u00e9es &#8230;..Rita &#8230;..l\u0092ancienne belle Rita de Panama&#8230;..\u0092la folle\u0092 poussa&#8230;.poussa&#8230;&#8230;et mit au<br \/> monde aux premiers rayons du soleil \u00e9mergeants, un b\u00e9b\u00e9&#8230;.un gar\u00e7on&#8230;..reli\u00e9 avec son cordon&#8230;&#8230;plein de sang&#8230;..mort sur le champ, sa t\u00eate ayant cogn\u00e9 le maudit goudron noir&#8230;&#8230;.AHHHH&#8230;.mes fr\u00e9res et soeurs.<\/p>\n<p> Une ambulance la releva et la conduisit \u00e0 l\u0092h\u00f4pital .<\/p>\n<p> Quelques jours plus tard, elle r\u00e9apparaissait dans la rue &#8230;..<\/p>\n<p> \u0091Vous n\u0092avez pas vu mon b\u00e9b\u00e9&#8230;.mon fils&#8230;..\u0092<\/p>\n<p> Qu\u0092elle disait \u00e0 son entourage, \u00e0 tout le monde dans la rue ,en ber\u00e7ant une poup\u00e9e de chiffon.<\/p>\n<p> Ne vous \u00e9mouvez pas mesdames&#8230;.c\u0092est le t\u00e9moignage que je vous narre avec beaucoup de peine. Je me suis senti, alors que j\u0092ignorais compl\u00e9tement le drame qui se jouait \u00e0 3 m\u00e8tres de mon lit, rempli d\u0092une tristesse incommensurable. Je dormais.<\/p>\n<p> Des Rita avec ou sans \u0091Panama\u0092&#8230;&#8230;vivent en grande quantit\u00e9 \u00e0 travers le monde &#8230;&#8230;elles foisonnent sur cette terre avec leur mille chagrins, en silence&#8230;..parfois pas tr\u00e8s loin de chez nous&#8230;&#8230;pr\u00e9s de nos portes closes.<br \/> <\/strong><\/p>\n<p><strong><br \/> Albert Simeoni<\/strong><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les feuilles des ficus, jaunies et \u0091craquantes\u0092, jonchaient les caniveaux et formaient un long tapis \u00e9ph\u00e9m\u00e8re sur le macadam gris-noir de la chauss\u00e9e goulettoise. Une l\u00e9g\u00e8re brise matinale les soulevait en tourbillons. 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