{"id":43380,"date":"2026-10-03T03:29:50","date_gmt":"2026-10-03T03:29:50","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=43380"},"modified":"2026-10-03T03:29:50","modified_gmt":"2026-10-03T03:29:50","slug":"un-ciel-de-guerre-par-claude-azria","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/un-ciel-de-guerre-par-claude-azria\/","title":{"rendered":"Un ciel de guerre&#8230;.., par Claude Azria"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><b><\/b><\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><b><i>C\u0092\u00e9tait donc un samedi.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Un de ces beaux samedis d\u0092un printemps pr\u00e9coce tels que nous les aimions\u00a0: Atmosph\u00e8re claire et ouat\u00e9e, ciel d\u0092azur avec de ci de l\u00e0 un de ces petits nuages blancs que j\u0092affectionnais tant, odeurs enivrantes des plantes multiples qui environnaient la maison et qui manifestaient \u00e0 leur mani\u00e8re la joie du renouveau.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Il \u00e9tait midi. Nous \u00e9tions \u00e0 table.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Depuis plusieurs jours nous entendions le ronronnement lointain des avions de reconnaissance des troupes alli\u00e9es. Nous nous \u00e9tions habitu\u00e9s \u00e0 ce bruit qui aurait pu \u00eatre inqui\u00e9tant mais qui r\u00e9jouissait nos parents car il pr\u00e9sageait l\u0092arriv\u00e9e prochaine de nos lib\u00e9rateurs\u00a0: nous n\u0092\u00e9tions pas abandonn\u00e9s\u00a0!<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Ce samedi l\u00e0 le ronronnement s\u0092\u00e9tait consid\u00e9rablement rapproch\u00e9 et avait pris rapidement l\u0092allure d\u0092un effroyable vrombissement qui emplissait le ciel tout entier.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Laissant nos assiettes, nous nous \u00e9tions pr\u00e9cipit\u00e9s sur le balcon pour voir et pour comprendre.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Le ciel de Sfax avait perdu sa douce s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. C\u0092\u00e9tait maintenant un ciel de\u00a0 guerre. Une multitude d\u0092avions alli\u00e9s charg\u00e9s de bombes vengeresses survolaient le port et la gare et commen\u00e7aient \u00e0 larguer avec fr\u00e9n\u00e9sie leur redoutable chargement. Les explosions se rapprochaient au fur et \u00e0 mesure que les tirs se faisaient plus pr\u00e9cis.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Mon p\u00e8re ordonnait brutalement le repli dans la pi\u00e8ce la plus \u00e9loign\u00e9e de la rue et il \u00e9tait temps. Les vitres de nos fen\u00eatres \u00e9clataient sous la pression du souffle des bombes qui maintenant tombaient de plus en plus pr\u00e8s de la maison.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>A la premi\u00e8re accalmie la d\u00e9cision \u00e9tait prise d\u0092aller s\u0092abriter sous le porche de l\u0092entr\u00e9e de l\u0092immeuble o\u00f9 se trouvaient d\u00e9j\u00e0 la plupart de nos voisins. L\u0092angoisse marquait maintenant tous les visages. Certaines voisines pleuraient et hurlaient de peur \u00e0 chaque nouvelle explosion. Dans cette ambiance de terreur la panique m\u0092avait pris et, en guise de protection, je m\u0092\u00e9tais r\u00e9fugi\u00e9 sous la jupe longue et ample d\u0092une de nos voisines amies ce qui avait eu pour effet de d\u00e9tendre un moment l\u0092atmosph\u00e8re. J\u0092y \u00e9tais rest\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du premier bombardement.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Et que faire maintenant\u00a0? C\u0092\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9, nous devions quitter la maison pour nous \u00e9loigner du p\u00e9rim\u00e8tre strat\u00e9gique o\u00f9 anglais et am\u00e9ricains allaient poursuivre sans rel\u00e2che leur \u009cuvre destructrice afin de pr\u00e9parer le terrain \u00e0 une prochaine offensive terrestre. Il fallait aller \u00e0 la campagne tr\u00e8s loin du port et de la gare.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Entre deux accalmies ma m\u00e8re \u00e9tait remont\u00e9e dans l\u0092appartement pour regrouper rapidement quelques affaires indispensables tandis que mon p\u00e8re, son feutre viss\u00e9 sur la t\u00eate, \u00e9tait parti en courant \u00e0 travers les rues de la ville pour aller r\u00e9cup\u00e9rer \u00e0 l\u0092usine \u00e0 huile la cal\u00e8che familiale tir\u00e9e par notre bon vieux cheval que nous appelions Tarzan.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Deux heures apr\u00e8s il \u00e9tait de retour ext\u00e9nu\u00e9 par la course \u00e0 laquelle il s\u0092\u00e9tait astreint et nous attendait dans la rue, en bas de la maison. Ma m\u00e8re avait tir\u00e9 pr\u00e9cipitamment la porte de l\u0092appartement. Une valise \u00e0 la main, deux couvertures sous le bras elle d\u00e9valait deux \u00e0 deux les marches de l\u0092escalier ses trois enfants accroch\u00e9s l\u0092un \u00e0 son bras, les deux autres\u00a0 \u00e0 sa jupe et elle nous installait sans mot dire dans la cal\u00e8che pour fuir cette zone devenue maintenant infernale.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Tandis que nous partions et que montaient derri\u00e8re nous d\u0092inqui\u00e9tantes colonnes de fum\u00e9es noires, mon p\u00e8re &#8211; tout en fouettant nerveusement Tarzan \u0096 avait murmur\u00e9 sans conviction\u00a0<\/i>: <\/b><\/p>\n<p><b>\u00ab Nous allons passer la nuit \u00e0 la villa de l\u0092oncle Albert et demain nous reviendrons chez nous.\u00a0\u00bb <\/b><\/p>\n<p><b><i>Nous autres, les petits, blottis contre notre m\u00e8re, regardions dispara\u00eetre dans le lointain la maison o\u00f9 nous \u00e9tions n\u00e9s sans nous douter que plus jamais nous ne reverrions ce gentil petit immeuble encore plein de nos cris d\u0092enfants.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Le jardin de mon oncle.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Sfax \u00e9tait en \u00e9tat de choc. Les premiers tirs de l\u0092aviation alli\u00e9e avaient \u00e9t\u00e9 pour le moins impr\u00e9cis. Des bombes \u00e9taient tomb\u00e9es au milieu de la ville semant une panique indescriptible. Des militaires en armes couraient dans tous les sens, des camelots ambulants, profitant de la fin de l\u0092alerte, remettaient leurs affaires en place et rentraient pr\u00e9cipitamment chez eux. Des hommes et des femmes\u00a0 terroris\u00e9s marchaient comme des automates sans doute pour rejoindre leurs habitations.<\/i><\/b><\/p>\n<p><strong>Sur la route que nous avions prise et qui menait hors de la ville, nous n\u0092\u00e9tions pas seuls. A pied, en v\u00e9lo-taxi, en cal\u00e8che, en automobile, des familles enti\u00e8res s\u0092enfuyaient hors de la ville pour s\u0092\u00e9loigner des zones expos\u00e9es aux bombardements. Dans cette foule, mon p\u00e8re avait reconnu quelques amis ou relations et il les interpellait pour en savoir un peu plus sur l\u0092ampleur des d\u00e9g\u00e2ts\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0Le quartier de la rue de la R\u00e9publique a \u00e9t\u00e9 terriblement touch\u00e9\u00a0\u00bb<i> affirmait quelqu\u0092un qui courait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de notre attelage. A cette information le visage de mon P\u00e8re s\u0092\u00e9tait assombri. C\u0092\u00e9tait l\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment o\u00f9 se situait son bureau et son entrep\u00f4t rempli de marchandises diverses qui constituaient le fond de son commerce.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0Le th\u00e9\u00e2tre est \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9moli\u00a0\u00bb<i> criait \u00e0 la cantonade\u00a0 une autre personne comme pour \u00eatre entendue de tous.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0Il para\u00eet que la villa de votre cousin Jules est compl\u00e8tement d\u00e9truite\u00a0\u00bb<i> criait une dame \u00e0 l\u0092adresse de ma M\u00e8re dont le visage fatigu\u00e9 \u00e9tait maintenant compl\u00e8tement d\u00e9fait \u00e0 l\u0092annonce de cette nouvelle.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Nous avions bifurqu\u00e9 sur la route de Madhia. La voie \u00e9tait un peu moins encombr\u00e9e, Tarzan donnait \u00e0 pr\u00e9sent le meilleur de lui-m\u00eame et mon P\u00e8re l\u0092encourageait du mieux qu\u0092il pouvait en \u00e9mettant des claquements de langue qui semblaient stimuler notre bon vieux cheval.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b>La \u00ab\u00a0campagne\u00a0\u00bb<\/b><b><i> de notre oncle n\u0092\u00e9tait plus maintenant tr\u00e8s loin. Il fallait traverser un grand passage \u00e0 niveau qui nous \u00e9loignait d\u00e9finitivement\u00a0 du danger de la gare ferroviaire, longer l\u0092\u00e9cole catholique tenue par des religieuses o\u00f9 ma M\u00e8re et ses soeurs avaient appris \u00e0 broder et \u00e0 jouer du piano, passer devant une magnifique villa construite en forme de bateau et nous voici arriv\u00e9s devant le portail de la maison qui devait provisoirement nous accueillir<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Nous autres <\/i>\u00ab\u00a0citadins\u00a0\u00bb<i> nous aimions beaucoup cette villa qui nous offrait des charmes auxquels nous n\u0092\u00e9tions pas habitu\u00e9s et surtout le sentiment d\u0092une grande libert\u00e9. Nous pouvions entrer et sortir de la maison sans autorisation car la cl\u00f4ture du pavillon nous emp\u00eachait d\u0092atteindre la route toute proche. Mais ce qui nous plaisait le plus c\u0092\u00e9tait le jardin.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Devant la maison, des espaces garnis de fleurs multiples et vari\u00e9es que le jardinier avait admirablement compos\u00e9s. En d\u00e9grad\u00e9, une rang\u00e9e de g\u00e9raniums rouge vif\u00a0 doublait et cachait pour partie la cl\u00f4ture de pierre. Entrecoup\u00e9s d\u0092all\u00e9es, des massifs d\u0092\u009cillets multicolores, de gueules de loup, de pois de senteur, d\u0092iris violets, de rosiers \u00e0 fleurs rouge sang et rose tendre formaient d\u0092\u00e9tonnants et merveilleux parterres de fleurs. Enfin, en bordure, des tapis de capucines oranges, de pens\u00e9es et de lantana camara dont les fleurs nombreuses r\u00e9unies en capitules arrondies passaient du jaune p\u00e2le au jaune dor\u00e9 pour finir \u00e0 l\u0092orange au fur et \u00e0 mesure de la floraison.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Derri\u00e8re la maison c\u0092\u00e9tait un autre style que j\u0092aimais plus encore. C\u0092\u00e9tait le potager avec ses rang\u00e9es bien align\u00e9es de poireaux, carottes, haricots verts, jeunes salades, radis\u00a0 le tout croissant\u00a0 \u00e0 l\u0092ombre de deux magnifiques citronniers charg\u00e9s de fruits en permanence renouvel\u00e9s<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>\u00a0Et tout au fond du jardin, dans une \u00e9table improvis\u00e9e, deux magnifiques vaches suisses que mon Oncle avait eu le bonheur d\u0092acqu\u00e9rir avant le d\u00e9but de la grande p\u00e9nurie alimentaire. Enfants, nous \u00e9tions fascin\u00e9s par ces deux b\u00eates \u00e9normes aux yeux et aux mouvements si doux. Aussi allions nous r\u00e9guli\u00e8rement leur tapoter le flanc en signe d\u0092amiti\u00e9 et regardions avec \u00e9merveillement\u00a0 le jardinier extraire de leurs mamelles gonfl\u00e9es un lait fumant qui n\u0092allait pas tarder \u00e0 remplir les bols de nos petits d\u00e9jeuners.<\/i><\/b><\/p>\n<p><strong><br \/> Claude Azria\u00a0\u00bb <\/strong><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u0092\u00e9tait donc un samedi. 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