{"id":43804,"date":"2026-10-03T03:30:50","date_gmt":"2026-10-03T03:30:50","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=43804"},"modified":"2026-10-03T03:30:50","modified_gmt":"2026-10-03T03:30:50","slug":"preserver-la-memoire-comment-un-couple-de-polonais-sauva-sept-juifs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/preserver-la-memoire-comment-un-couple-de-polonais-sauva-sept-juifs\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9server la M\u00e9moire : Comment un couple de Polonais sauva sept Juifs."},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/div><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<p><b><\/p>\n<p> Par Elizabeth Williamson, Wall Street Journal<\/p>\n<p> JANCZEWKO, Pologne &#8211; Le 10 juillet 1941 une fermi\u00e8re polonaise de 25 ans arr\u00eata sa besogne pour surveiller les collines alentour. La journ\u00e9e \u00e9tait chaude et sans vent et au-dessus d&rsquo;un champ de seigle elle aper\u00e7ut une colonne de fum\u00e9e noire s&rsquo;\u00e9levant au-dessus d&rsquo;un bourg a l&rsquo;est.<br \/> Debout dans la cour de sa ferme au milieu du brouhaha de ses poulets et moutons, elle se mit \u00e0 pleurer.<\/p>\n<p> Le bourg au loin \u00e9tait Jedwabne et la fum\u00e9e venait d&rsquo;une cour de ferme ou plusieurs centaines de juifs etaient br\u00fbles vif par leurs voisins polonais. Un pogrom similaire avait eu lieu dans une autre ville voisine la m\u00eame semaine et les \u00e9v\u00e8nements horrifiaient cette femme, Antonina Wyrzykowski, et son mari, Aleksander. Ensemble, ils allaient illuminer un sombre recoin de l&rsquo;histoire de cette p\u00e9riode de guerre en d\u00e9cidant d&rsquo;aider des Juifs qui survivraient \u00e0 ces attaques.<\/p>\n<p> A la fin de la 2eme guerre mondiale, le couple cachait 5 hommes et 2 femmes qui restaient allonges le jour dans une tranch\u00e9e peu profonde, bien camoufl\u00e9e entre les planchers de la grange et du poulailler des Wyrzykowski. Mais le couple pr\u00e9servait quelque chose de plus : le t\u00e9moignage vivant d&rsquo;un pogrom, perp\u00e9tr\u00e9  par des civils, qui allait troubler la conscience du peuple polonais.<\/p>\n<p> Chuchotant dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de la grange, les sept clandestins racontaient les d\u00e9tails horrifiants de ce jour \u00e0 Jedwabne. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux, Szmul Wasersztajn, t\u00e9moignera devant la Commission Historique Juive Polonaise apr\u00e8s la guerre. Ce t\u00e9moignage deviendra le pilier de deux \u00e9tudes&#8211;un film documentaire et un livre&#8211;qui ont maintenant fait exploser la version pr\u00e9dominante que les assassins de plusieurs centaines de Juifs \u00e0 Jebwane \u00e9tait l&rsquo;oeuvre de l&rsquo;arm\u00e9e des envahisseurs nazis. Ces \u00e9tudes ont mis un terme a 50 ann\u00e9es de d\u00e9n\u00e9gation de la part de la population locale et de falsification communiste. Mardi, pour le 60\u00e8me anniversaire du massacre, le pr\u00e9sident polonais Aleksander Kwasniewski demandera pardon a la communaut\u00e9 juive du monde pour ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 \u00e0 Jedwabne.<\/p>\n<p> Antonina Wyrzykowski et deux des sept Juifs qu&rsquo;elle a sauv\u00e9s, Elka et Mietek Olszewicz, se sont retrouves sur une plage du Connecticut. \u00ab\u00a0Cela a \u00e9t\u00e9 le premier rapport \u00e9crit de ces crimes, d\u00e9clenchant l&rsquo;ouverture de l&rsquo;affaire\u00a0\u00bb dit Pawel Machcewicz, un historien qui dirige une enqu\u00eate gouvernementale au sujet du massacre. Alors que certains d\u00e9tails sont remis en question, \u00ab\u00a0ce<br \/> que Szmul Wasersztajn a produit \u00e9tait la m\u00e9moire collective de ces 7 personnes et ce qu&rsquo;elles avaient entendu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Apr\u00e8s la guerre, les sept Juifs sauv\u00e9s par les Wyrzykowski se sont dispers\u00e9s \u00e0 travers 3 continents. Cependant ils ont maintenu leur amiti\u00e9 pour la vie avec la simple femme polonaise qui les a nourris de pomme de terre et de chou (et sera par la suite battue et pers\u00e9cut\u00e9e) pour qu&rsquo;ils puissent survivre. Voici, racont\u00e9e par les sauveurs et les sauv\u00e9s, les familles et les voisins, l&rsquo;histoire de ce lien.<\/p>\n<p> Les cheveux d&rsquo;Antonina Wyrzykowski sont d\u00e9sormais blancs comme la neige, son visage de ch\u00e9rubin est \u00e9tonnement lisse pour une femme de 85 ans. Elle mesure seulement 1m55 et ses pieds atteignent \u00e0 peine le sol tandis qu&rsquo;elle s&rsquo;installe dans un profond fauteuil dans l&rsquo;appartement ensoleill\u00e9 de son fils Antoni en dehors de Varsovie. Maintenant veuve elle vit en g\u00e9n\u00e9ral avec une petite-fille pr\u00e8s de Chicago.<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0J&rsquo;erre de lieu en lieu\u00a0\u00bb dit-elle en riant. Pourtant o\u00f9 qu&rsquo;elle aille, une chose ne cesse de la poursuivre: son souvenir du jour ou elle vit la fum\u00e9e.<br \/> \u00ab\u00a0Croyez-moi, beaucoup de gens etaient extr\u00eamement d\u00e9soles de ce qui arrivait\u00a0\u00bb dit-elle. \u00ab\u00a0Je suppose que la diff\u00e9rence a \u00e9t\u00e9 que j&rsquo;ai pris l&rsquo;engagement de sauver des gens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Les Wyrzykowski (Antonina, Aleksander, leurs 2 enfants et les parents d&rsquo;Antonina) habitaient au bout d&rsquo;un des deux chemins sales de Janczewko. Leur village \u00e9tait un village de 18 maisons simples en bois, sans peinture, avec des vergers et des jardins potagers, des chiens errants et des outils de ferme dans les cours d&rsquo;entr\u00e9e. La famille \u00e9tait prosp\u00e8re poss\u00e9dant 14 hectares d&rsquo;une terre riche. Cela avait peu de sens alors dans ce coin du nord est de la Pologne, qui<br \/> depuis 1939 avait \u00e9t\u00e9 submerg\u00e9e par les vagues des occupations et d\u00e9portations sovi\u00e9tiques et nazies. Cependant cela permit aux Wyrzykowski d&rsquo;aider leurs voisins.<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Je me souviens de quand notre vache fut vol\u00e9e\u00a0\u00bb juste apr\u00e8s le d\u00e9but de la guerre, dit Witold Kurkowski, un neveu qui habite encore en haut de la route qui part de l&rsquo;ancienne maison des Wyrzykowski. \u00ab\u00a0Le p\u00e8re d&rsquo;Antonina Wyrzykowski insista pour nous donner du lait\u2026 Nous avions honte, mais si nous ne venions pas chercher le lait, ils venaient nous l&rsquo;apporter.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Dans les semaines qui suivirent le massacre, la relative richesse des Wyrzykowski leur permit de faire quelque chose d&rsquo;autre, \u00e9galement : de payer les commandants allemands locaux 70 marks par mois pour avoir un travailleur forc\u00e9 juif pour travailler dans leurs champs, qui s&rsquo;\u00e9tendaient entre leur maison et Jedwabne. Les r\u00e9cits historiques disent que les autorit\u00e9s allemandes avaient donne aux habitants, aid\u00e9s de voyous vagabonds, un seul jour pour d\u00e9barrasser Jedwabne de ses juifs. La foule, d&rsquo;apr\u00e8s les t\u00e9moins, ob\u00e9it avec enthousiasme.<\/p>\n<p> Apres que les voyous fussent partis, M. Wyrzykowski accrocha son cheval de trait \u00e0 une charrette en bois et partit pour le village \u00e0 moiti\u00e9 vide et pill\u00e9. Il vit Szmul Wasersztajn, qui avait perdu presque toute sa famille, assis sur les marches de ce qui avait \u00e9t\u00e9 sa maison.<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Si vous voulez travailler, sautez \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur\u00a0\u00bb dit M. Wyrzykowski, sans s&rsquo;arr\u00eater. Le jeune homme grimpa dans la charrette et les deux hommes firent les 5 km de retour afin de regagner la ferme.<\/p>\n<p> Un nouveau m\u00e9morial \u00e0 Jedwabne rappelle M. Wasersztajn, un n\u00e9gociant en viande avant le pogrom, comme un homme \u00e9nergique aux oreilles pro\u00e9minentes. Il dormait dans la grange des Wyrzykowski, aidait pour les foins et allait environ une fois par semaine \u00e0 Jedwabne. Mais un dimanche de la fin de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1942, il ne revint pas. Les Allemands avaient choisi ce dimanche pour rassembler les derniers juifs de Jedwabne et les envoyer dans le ghetto juif de la ville voisine de Lomza, a 20 km au sud ouest. M Wasersztajn fut bient\u00f4t parmi la petite foule de juifs qui marchaient, tenus en joue.<\/p>\n<p> Le bl\u00e9 le long de la route \u00e9tait haut. Aussi profitant d&rsquo;un instant o\u00f9 les gardes les plus proches ne le regardaient pas, M Wasersztajn plongea dans les champs et continua \u00e0 courir jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il atteigne une grange appartenant \u00e0 un ami d&rsquo;\u00e9cole. L\u00e0 il trouva Mojzesz Olszewicz, un homme robuste connu de ses amis comme Mietek, son surnom, et comme \u00ab\u00a0l&rsquo;ing\u00e9nieur\u00a0\u00bb pour ses comp\u00e9tences en m\u00e9canique. M Olszewicz, sa femme Elka et son fr\u00e8re Berek s&rsquo;\u00e9taient enfuis du ghetto de Lomza et se cachaient ensemble dans le foin. Les 3 hommes d\u00e9cid\u00e8rent de demander aux Wyrzykowski de les cacher ainsi que d&rsquo;autres juifs. Les 2 fr\u00e8res, qui connaissaient la famille polonaise, se rendirent chez eux de nuit et vinrent avec une proposition.<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Ils dirent qu&rsquo;ils allaient construire des cachettes\u00a0\u00bb se souvient Mme Wyrzykowski. \u00ab\u00a0mon mari \u00e9tait tr\u00e8s nerveux mais Mietek dit \u2018nous allons nous cacher, cherchez et si vous r\u00e9ussissez \u00e0 nous trouver nous partirons'\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Tandis que M Wyrzykowski \u00e9tait a Jedwabne, le test commen\u00e7a. Travaillant fi\u00e9vreusement, les fr\u00e8res commenc\u00e8rent \u00e0 creuser une tranch\u00e9e de 1m30 de profondeur sous le fourrage jonchant le<br \/> sol de l&rsquo;\u00e9table \u00e0 cochons et \u00e0 moutons. M Olszewicz alors recouvrit la tranch\u00e9e d&rsquo;1m50 de longueur avec une petite trappe en bois ; elle avait un hublot qui pouvait \u00eatre soulev\u00e9 un peu pour avoir plus d&rsquo;air mais qui resterait recouvert par une couche de fumier et de paille. Dans le poulailler les deux hommes creus\u00e8rent une cachette identique. Puis ils se cach\u00e8rent.<\/p>\n<p> Quand M Wyrzykowski les chercha il ne r\u00e9ussi pas a les trouver. \u00ab\u00a0C&rsquo;est Mietek, rit Mme Wyrzykowski, quel cerveau !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> 1 jour ou 2 apr\u00e8s les 3 Olszewiczes emm\u00e9nag\u00e8rent dans la grange. M Wasersztajn et Josef Grundowski, un ami de Jedwabne, emm\u00e9nag\u00e8rent dans le poulailler. Peu de temps apr\u00e8s les 2 derniers les rejoignirent : Janek Kubrzanski, le fils d&rsquo;un cordonnier de Jedwabne et sa femme Lejka qui avaient partage un logement avec les Olszewicze dans le ghetto et avaient fui en entendant qu&rsquo;il allait \u00eatre liquid\u00e9. Mme Wyrzykowski connaissait M Kubrzanski du ghetto de Lomza ; elle y avait fr\u00e9quemment fait passer de la nourriture a travers les barbel\u00e9s.<\/p>\n<p> Au d\u00e9but les clandestins furent capables de sortir de leur tranch\u00e9e tant qu&rsquo;ils restaient hors de vue. Ils pouvaient aussi se d\u00e9placer autour de la grange la nuit, et souvent ils s&rsquo;asseyaient \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la grange bavardant avant d&rsquo;aller se coucher dans leurs bunkers pour la nuit.<\/p>\n<p> Cela ne prit pas longtemps \u00e0 la Gestapo pour venir voir, raconte une voisine, sur les renseignements d&rsquo;une femme travaillant \u00e0 la gendarmerie a Jedwabne.  D\u00e9bouchant \u00e0 travers le portail, 4 soldats align\u00e8rent la famille contre le mur de la grange. Tandis que 2 soldats les tenaient en joue, les 2 autres recherchaient dans toutes les d\u00e9pendances avec un berger allemand, d\u00e9fon\u00e7ant les meules de foin avec des  ba\u00efonnettes et des fourches. Ils ne trouv\u00e8rent personne. Mme Wyrzykowski avait imbibe le sol autour des cachettes avec du k\u00e9ros\u00e8ne, mettant les chiens hors d&rsquo;usage.<\/p>\n<p> A peu pr\u00e8s \u00e0 cette \u00e9poque, M Wyrzykowski dut aller se cacher dans les bois des alentours pour \u00e9viter d&rsquo;\u00eatre pris comme travailleur force. Mme Wyrzykowski et ses parents ages rest\u00e8rent seuls pour le travail de la ferme et pour nourrir 12 personnes. Ses enfants (H\u00e9l\u00e8ne \u00e2g\u00e9e de 7 ans et Antoni age de 3 ans) etaient trop jeunes pour accomplir beaucoup de travail. \u00a0\u00bb Dieu que c&rsquo;\u00e9tait difficile, ma ch\u00e8re\u00bb, dit-elle aujourd&rsquo;hui. \u00ab\u00a0Mais c&rsquo;\u00e9tait mon devoir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> Une routine s&rsquo;installa. Une fois par jour Mme Wyrzykowski d\u00e9posait un seau en fer, lui arrivant aux genoux, rempli de pommes de terre, a l&rsquo;ext\u00e9rieur de la grange et le laissait pr\u00e8s du puits. Un peu plus tard elle retournait prendre les pommes de terre qui etaient pel\u00e9es. Elle les faisait cuire en ajoutant du chou, de la betterave ou un morceau de viande quand la famille en avait. Le soir elle apportait du pain et parfois le m\u00eame seau rempli d&rsquo;eau pour se laver ou laver les v\u00eatements et aussi des vieilles nippes pour remplacer les v\u00eatements usages.<\/b> <\/p>\n<p><b>Mme Wyrzykowski appelait les clandestins \u00ab\u00a0nos juifs\u00a0\u00bb. Ils l&rsquo;appelaient par son diminutif, \u00ab\u00a0Antosia\u00a0\u00bb. Le groupe passait du temps accroupi dans la grange \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;une lanterne, avec<br \/> une personne qui faisait le guet. Longuement ils lui parlait  en polonais, et en Yiddish entre eux. Le plus qu&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais aborde le sujet religieux, rapporte Mme Wyrzykowski \u00ab\u00a0c&rsquo;\u00e9tait pour demander \u00e0 Dieu de survivre\u2026 Nous avons surv\u00e9cu en parlant du futur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> Apr\u00e8s que Mme Wyrzykowski allait se coucher, alors seulement, les clandestins parlaient aussi du pass\u00e9, partageant des souvenirs sinistres du massacre de Jebwabne comme celui-ci de M<br \/> Kubrzanski. \u00ab\u00a0De tous les coins de la ville, les assassins polonais rassembl\u00e8rent les habitants juifs dans une vaste grange\u00a0\u00bb raconte-t-il dans un livre \u00e9crit par des survivants de Jedwabne.<br \/> \u00ab\u00a0Un polonais prenait plaisir \u00e0 pousser chacun par les portes de la grange les conduisant \u00e0 la mort. Ils furent br\u00fbles vifs. Mes tympans faillirent \u00e9clater par l&rsquo;intensit\u00e9 des voix humaines criant et pleurant dans la grange. L&rsquo;odeur et la fum\u00e9e de chaire br\u00fbl\u00e9e \u00e9tait impossible \u00e0 supporter. Sachant que ma famille se trouvait \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur \u00e9tait absolument insupportable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> M Wasersztajn rappelle comment son plus jeune fr\u00e8re a \u00e9t\u00e9 battu \u00e0 mort par une foule arm\u00e9e de gourdins ce jour-l\u00e0, et comment il observa le b\u00fbcher, cach\u00e9 dans un endroit du cimeti\u00e8re juif de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la rue. Comme d&rsquo;autres survivants qui ajout\u00e8rent leurs t\u00e9moignages de ce jour, M Wasersztajn prit l&rsquo;engagement de tout conserver pour la m\u00e9moire.<\/p>\n<p> Pendant presque 2 ans la routine continua. Malgr\u00e9 les pr\u00e9cautions de Mme Wyrzykowski ses voisins savaient qu&rsquo;elle cachait des juifs. Cela importait peu : la gestapo avait affiche des menaces concernant de telles familles qui seraient tu\u00e9es jusqu&rsquo;au troisi\u00e8me degr\u00e9 de parente, et la plupart des villageois etaient apparentes aux Wyrzykowski.<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Mon fr\u00e8re en allant chercher le lait avait vu un visage a la fen\u00eatre\u00a0\u00bb se rappelle M kurwoski, le neveu d&rsquo;en bas de la route. \u00ab\u00a0Ma m\u00e8re lui dit, ne r\u00e9p\u00e8te jamais jamais ce que tu as vu en dehors de la maison\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Les Allemands dans la cave<\/p>\n<p> Puis, durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 de 1944, 2 soldats allemands vinrent et expropri\u00e8rent la cave  de la ferme(une pi\u00e8ce rectangulaire en briques au plancher sale) pour en faire une r\u00e9serve. Ils etaient l\u00e0 pour suppl\u00e9er l&rsquo;arm\u00e9e en nourriture. Ils rest\u00e8rent 6 mois (jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les Allemands se retirent de la r\u00e9gion en janvier 1945) dormant dans la cave juste a quelques enjamb\u00e9s de la maison et 10 pas de la grange.<\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Nous \u00e9tions follement tendus\u00a0\u00bb rappelle Mme Wyrzykowski. \u00ab\u00a0Un mouvement de travers et le village entier aurait \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit en cendres\u00a0\u00bb.  Toute la journ\u00e9e, les juifs restaient allonges t\u00eate-b\u00eache sous la terre, ne sortant que dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de la nuit pour soulager leurs besoins. Mme Wyrzykowski continua \u00e0 marcher nonchalamment jusqu&rsquo;\u00e0 la grange et jusqu&rsquo;au poulailler avec leurs repas, en faisant semblant que le seau en fer contenait la p\u00e2t\u00e9e des cochons. Mais il \u00e9tait impossible d&rsquo;\u00e9pargner aux clandestins la crasse, les poux ou leur lutte contre la fi\u00e8vre et la panique.<\/p>\n<p> Un jour cet \u00e9t\u00e9, un des soldats allemands eu une grave crise de douleurs stomacales pendant que le deuxi\u00e8me \u00e9tait parti. Mme Wyrzykowski essaya des rem\u00e8des de maison, mais l&rsquo;\u00e9tat du soldat empira et elle craignait qu&rsquo;il ne meure. Elle se glissa dans la grange pour demander aux fr\u00e8res Olszewski les mots allemands pour avertir ses sup\u00e9rieurs. C&rsquo;\u00e9tait une \u00e9trange requ\u00eate  de demander de l&rsquo;aide pour un de leur tortionnaire. \u00ab\u00a0Nos Allemands \u00e9taient aussi des \u00eatres humains\u00a0\u00bb explique Mme Wyrzykowski aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p> Apr\u00e8s une \u00e2pre discussion en Yiddish entre eux, ils lui dirent d&rsquo;essayer \u00ab\u00a0Kamarad Krank\u00a0\u00bb. Elle apporta le message au quartier g\u00e9n\u00e9ral allemand et le soldat fut \u00e9vacue. Plusieurs jours apr\u00e8s il revint. Reconnaissant envers elle, il aida son p\u00e8re pour les derniers mois de son s\u00e9jour \u00e0 la ferme et joua souvent avec Antoni.<\/p>\n<p> Le 18 janvier 1945, les Allemands battirent en retraite et \u00e9vacu\u00e8rent la r\u00e9gion. Tandis que l&rsquo;Arm\u00e9e Rouge s&rsquo;installait, tous les clandestins, except\u00e9 M Wasersztajn retourn\u00e8rent dans leurs maisons, y compris M Wyrzykowski, le fermier. Mais les ennuis des Wyrzykowski \u00e9taient pas finis.  Peu apr\u00e8s, disent des t\u00e9moins, des habitants locaux qui avaient participe au massacre de Jedwabne commenc\u00e8rent \u00e0 \u00e9liminer les t\u00e9moins de la tuerie.<br \/> Un apr\u00e8s-midi alors que M Wyrzykowski n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0, un gang de 5 polonais entr\u00e8rent \u00e0 la recherche de M Wyrzykowski. \u00ab\u00a0Ils dirent de lui livrer, qu&rsquo;ils le tueraient et qu&rsquo;il ne les d\u00e9rangerait plus\u00a0\u00bb rappelle M Wyrzykowski dans une d\u00e9position apr\u00e8s la guerre. \u00ab\u00a0Ma femme r\u00e9pondit que j&rsquo;\u00e9tais parti rendre visite \u00e0 ma s\u0153ur et que le juif \u00e9tait parti \u00e0 Lomza et n&rsquo;\u00e9tait pas revenu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> Alors ils pouss\u00e8rent Mme Wyrzykowski a terre, se rappelle-t-elle aujourd&rsquo;hui. L&rsquo;appelant une \u00ab\u00a0domestique juive\u00a0\u00bb dit-elle, \u00ab\u00a0ils me battirent et me bourr\u00e8rent de coups de pieds jusqu&rsquo;\u00e0 ce que je sois toute bleue et noire. \u00ab\u00a0Ils vol\u00e8rent un vieux manteau de fourrure, des brides de cheval et des v\u00eatements. Ensuite ils lui ordonn\u00e8rent de les conduire \u00e0 Jedwabne. Il \u00e9tait clair que la vie dans la r\u00e9gion ne serait jamais plus la m\u00eame. Dans un geste ultime, Mme Wyrzykowski vola la vache personnelle de ses parents, la vendant au march\u00e9 pour aider \u00e0 financer une nouvelle vie pour ses clandestins.<\/p>\n<p> Trois Continents<\/p>\n<p> M Grundowski resterait \u00e0 Jedwabne. Mietek, Elka et Berek Olszewski immigr\u00e8rent en Argentine. Les Kubrzanski s&rsquo;install\u00e8rent \u00e0 Hartford, Connecticut, changeant leurs noms en Jack et Leah Kubran.  M Wasersztajn s&rsquo;enfuit \u00e0 Cuba ou son fr\u00e8re plus age \u00e9tait parti avant la guerre.<br \/> Cependant, avant il se rendit \u00e0 Bialystok, situ\u00e9 \u00e0 80 km \u00e0 l&rsquo;est de Jedwabne o\u00f9 il soumit la premi\u00e8re de deux d\u00e9positions au bureau r\u00e9gional de la Commission Historique Juive, responsable de pr\u00e9server l&rsquo;histoire des juifs polonais.<\/p>\n<p> En 1949 ces d\u00e9positions aid\u00e8rent \u00e0 apporter 22 des accus\u00e9s criminels devant la justice. Cependant le proc\u00e8s f\u00fbt b\u00e2cle, les sentences l\u00e9g\u00e8res, et avec les ann\u00e9es le bl\u00e2me pour le<br \/> massacre f\u00fbt transf\u00e9r\u00e9 aux Nazis. Dans les ann\u00e9es soixante une organisation de v\u00e9t\u00e9rans appuy\u00e9e par l&rsquo;\u00e9tat \u00e9rigea un monument dans ce but, sur le site de la grange.<\/p>\n<p> Pendant ces ann\u00e9es interm\u00e9diaires, les Wyrzykowski tomb\u00e8rent victimes de viles \u00e9motions mises \u00e0 nu par la guerre. Ils furent conduit de ville en ville, chaque fois accus\u00e9s par des voisins<br \/> d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 paye grassement pour \u00ab\u00a0servir\u00a0\u00bb les Juifs.<br \/> Finalement, la famille trouva l&rsquo;anonymat a Varsovie, o\u00f9 les Wyrzykowski s&rsquo;\u00e9tablir en travaillant comme concierges.<\/p>\n<p> Puis un jour a la fin des ann\u00e9es 50, une lettre arriva de Jack Kubran.  Avec l&rsquo;aide d&rsquo;agences internationales et d&rsquo;amis, les survivants \u00e9taient retrouves et la recherchaient.<\/p>\n<p> Elle r\u00e9pondit imm\u00e9diatement, mais il lui faudrait attendre presque 2 d\u00e9cennies avant de visiter les Etas-Unis \u00e0 cause des restrictions sur les voyages de l&rsquo;\u00e8re communiste et \u00e0 cause d&rsquo;engagements personnels. Finalement au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, elle s\u00e9journa 4 mois chez les Kubran dans le Connecticut. Les Olszewski les rejoignirent, et, comme durant la guerre, ils s&rsquo;assirent ensemble pour discuter avidement. Mais cette fois, ils s&rsquo;assirent en maillots de bains sur une plage de l&rsquo;atlantique, survivants grisonnants d\u00e9sireux de raconter \u00e0 leur protectrice, leurs familles, emplois et les ann\u00e9es de vie normale dont elle leur avait fait pr\u00e9sent. A la fin de son s\u00e9jour, la synagogue des Kubran rendit hommage \u00e0 la fermi\u00e8re, tout embarrass\u00e9e tandis que ses h\u00f4tes traduisaient les mots.<\/p>\n<p> En 1988, Mme Wyrzykowski, alors veuve, d\u00e9m\u00e9nagea avec sa petite-fille Urszula \u00e0 Chicago, et les visites aux Kubran devinrent plus fr\u00e9quentes.<\/p>\n<p> Bient\u00f4t M Wasersztajn et sa femme Rachel rejoignirent le groupe. Ils avaient quitte Cuba en 1963, abandonnant un commerce de chaussures au r\u00e9gime castriste, et ouvrant un commerce de v\u00eatements au Costa Rica. Mme Wyrzykowski commen\u00e7a alors \u00e0 rendre visite aux Wasersztajn une fois par an pour un s\u00e9jour de 2 mois, devenant proche des 4 enfants du couple et de leurs 11<br \/> petits-enfants.<\/p>\n<p> En creusant dans les documents<\/p>\n<p> En 1989, la Pologne renversa son r\u00e9gime communiste. Parmi les flots de r\u00e9v\u00e9lations qui s&rsquo;ensuivirent Agnieszka Arnold, une r\u00e9alisatrice polonaise de documentaires, faisait des recherches sur des milliers de documents \u00e0 l&rsquo;institut historique juif. L\u00e0 elle d\u00e9couvrit le t\u00e9moignage de M Wasersztajn. \u00ab\u00a0Je ne pouvais pas cesser d&rsquo;y penser\u00a0\u00bb dit Mme Arnold. \u00ab\u00a0\u00e9tape par \u00e9tape, Je commen\u00e7ais \u00e0 en v\u00e9rifier des passages. Son t\u00e9moignage accusait sans \u00e9quivoque des Polonais du crime\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> Mme Arnold retrouva Mme Wasersztajn, et son histoire devait devenir une partie d&rsquo;un nouveau documentaire, \u00ab\u00a0Voisins\u00a0\u00bb. Le r\u00e9cit de M Wasersztajn allait aussi stup\u00e9fier l&rsquo;historien de l&rsquo;Universit\u00e9 de New York, Jan Tomasz Gross, qui titra son livre sur Jedwabne \u00e9galement \u00ab\u00a0Voisins\u00a0\u00bb, et appela son t\u00e9moignage le \u00ab\u00a0premier et plus compr\u00e9hensible rapport sur le massacre de Jedwabne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> En 1996, M Wasersztajn rendit une derni\u00e8re visite a Janczewko. La ferme o\u00f9 lui-meme et les 6 autres \u00e9taient caches appartient encore \u00e0 la famille Wyrzykowski. La maison en bois et les d\u00e9pendances n&rsquo;existent plus depuis longtemps, l&rsquo;endroit sert maintenant de p\u00e2turage pour le troupeau d&rsquo;un grand neveu. Seul la cave a salaisons demeure, son plafond encore enduit de fum\u00e9e. Dans une vid\u00e9ocassette familiale montr\u00e9e dans le documentaire de Mme Arnold, M Wasersztajn s&rsquo;agenouille dans l&rsquo;herbe, et, \u00e9cras\u00e9 par l&rsquo;\u00e9motion, \u00e9tale un tissu sur le sol et y d\u00e9pose quelques cuill\u00e8res de terre.<\/p>\n<p> L&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, Rachel, la femme de M Wasersztajn  envoya \u00e0 Mme Wyrzykowski un billet d&rsquo;avion pour leur rendre visite \u00e0 San Jose, Costa Rica. Son mari \u00e9tait gravement malade, atteint d&rsquo;une maladie cardiaque et demandait a voir Mme Wyrzykowski.  Un apr\u00e8s-midi ensoleill\u00e9, les deux vieux amis se reposaient dans le salon familial, regardant une vid\u00e9ocassette du voyage en Isra\u00ebl de Mme Wyrzykowski en 1998.  En effet 3 ans auparavant, elle avait re\u00e7u la m\u00e9daille de Yad Vashem, l&rsquo;Organisme Officiel du Souvenir des Martyrs et Heros de la Shoa en Isra\u00ebl. M Wasersztajn \u00e9tait assis dans un fauteuil de brocart rouge, parlant faiblement mais s&rsquo;exclamant \u00ab\u00a0te voil\u00e0, je te vois\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> A environ 15 h, il l&rsquo;accompagna en haut, lui disant de se reposer. Elle pria et a 16h25 elle entendit du bruit en bas. Des domestiques r\u00e9clamaient de l&rsquo;aide et M Wasersztajn \u00e9tait affaisse dans son fauteuil. Elle se pencha et murmura en pleurant, \u00ab\u00a0quand j&rsquo;ai pu, je t&rsquo;ai sauve. Mais d\u00e9sormais je ne peux pas t&rsquo;aider\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> M Wasersztajn fut enterre, \u00e0 sa demande, avec la cuill\u00e8re de terre qu&rsquo;il avait ramass\u00e9e \u00e0 l&#8217;emplacement de sa cachette.<\/p>\n<p> &#8211; Keith Johnson \u00e0 Madrid a contribu\u00e9 \u00e0 cet article.<\/p>\n<p> \u00c9crivez \u00e0 Elizabeth Williamson \u00e0 <a href=\"mailto:elizabeth.williamson@wsj.com\"> elizabeth.williamson@wsj.com<\/a>\u00a0<br \/> \u00a9 The Wall Street Journal, 10 juillet 2001.<\/b> <\/p>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Elizabeth Williamson, Wall Street Journal JANCZEWKO, Pologne &#8211; Le 10 juillet 1941 une fermi\u00e8re polonaise de 25 ans arr\u00eata sa besogne pour surveiller les collines alentour. La journ\u00e9e \u00e9tait chaude et sans vent et au-dessus d&rsquo;un champ de seigle elle aper\u00e7ut une colonne de fum\u00e9e noire s&rsquo;\u00e9levant au-dessus d&rsquo;un bourg a l&rsquo;est. 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