{"id":445,"date":"2015-12-08T04:38:26","date_gmt":"2015-12-08T04:38:26","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=445"},"modified":"2015-12-08T01:03:53","modified_gmt":"2015-12-08T01:03:53","slug":"le-bouraz-par-albert-simeoni-bebert","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-bouraz-par-albert-simeoni-bebert\/","title":{"rendered":"Le Bouraz par Albert Sim\u00e9oni ( B\u00e9bert)"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLe Bouraz par Albert Sim&eacute;oni ( B&eacute;bert)<\/p>\n<p>\n\tQue pouvait-il bien y avoir l&agrave;-bas &agrave; la pointe du Bouraz.? Le Bouraz comme on le&nbsp; nomme encore aujourd&#39;hui.<\/p>\n<p>\tJusqu&#39;&agrave; un certain &acirc;ge, je ne pouvais&nbsp; me permettre de d&eacute;passer une certaine fronti&egrave;re que ma ch&eacute;re maman m&#39;avait trac&eacute;e&nbsp;dans les limites de son porte voix. C&#39;est &agrave; dire 50 m&egrave;tres aux alentours de la maison familiale. J&#39;ai respect&eacute; cette directive&nbsp;jusqu&#39;au jour o&ugrave; j&#39;ai eu mon ind&eacute;pendance &agrave; 13&nbsp; ans.<\/p>\n<p>\tAlors le Bouraz et son phare, ce point lumineux,c&#39;&eacute;tait la grande aventure. J&#39;&eacute;tais tr&egrave;s curieux de le d&eacute;couvrir. Escalader-&nbsp;les &#39;blocs&#39; tels que mes amis me le rapportaient, attisaient ma grande curiosit&eacute;. Ces grosses pierres qui prot&eacute;geaient ce long<br \/>\n\tbras qui s&#39;avan&ccedil;ait d&#39;une centaine de m&egrave;tres dans le ventre de la mer. L&#39;oil lumineux, dress&eacute; comme une b&eacute;quille, signalait&nbsp;aux navires de toutes sortes, l&#39;entr&eacute;e du canal de Halque-El-Ooued pour poursuivre leur&nbsp; route vers&nbsp; le chenal qui m&egrave;ne &agrave;<br \/>\n\tTunis. En longeant la voie ferr&eacute;e du TGM.<\/p>\n<p>\tMes comp&eacute;titions&nbsp; nautiques, excit&egrave;rent mon envie de franchir le pas.&nbsp; A&nbsp; l&#39;insu de ma m&egrave;re. La piscine municipale 4 &eacute;toiles, un&nbsp;plan d&#39;eau souvent&nbsp; balay&eacute; par le vent ,&eacute;t&eacute; comme hiver, &eacute;tait &agrave; proximit&eacute; des blocs.<\/p>\n<p>\t&nbsp;Ces allers-retour, sac au dos, aiguis&egrave;rent&nbsp; mon c&ocirc;t&eacute; t&eacute;m&egrave;raire&nbsp; pour aller conqu&eacute;rir ce haut lieu que je voyais de loin, debout, &nbsp;sur ma plage de Goulette Casino.<\/p>\n<p>\tJ&#39;avais une tr&egrave;s grande appr&eacute;hension car la voix de ma m&egrave;re mari&eacute;e &agrave; ma conscience..me disait.<\/p>\n<p>\t.&#39; Y&egrave; ouldi.! Evite le&nbsp; danger.!&#39;<br \/>\n\tOr les blocs &eacute;taient un danger.<\/p>\n<p>\tJe d&eacute;cidais de passer outre&nbsp; en me soustrayant&nbsp; &agrave; son oil et &agrave; ses&nbsp;&nbsp; paroles incrust&eacute;es, &agrave; l&#39;int&eacute;rieur de ma t&ecirc;te.<\/p>\n<p>\tLe mauvais temps s&eacute;vissait&nbsp; cet apr&egrave;s midi l&agrave;, quand je quittais vers les 18 heures, mon entra&icirc;neur de natation&nbsp; Mimi Vigano,&nbsp;avec comme secret, dans mes neurones, l&#39;exp&eacute;dition tant attendue; Atteindre le Bouraz.<\/p>\n<p>\t&nbsp;Je contournais donc la piscine, bien d&eacute;cid&eacute; &agrave; affronter aussi bien ma conscience scell&eacute;e par la voix de ma prog&eacute;niture qui me&nbsp;disait sans arr&ecirc;t.<\/p>\n<p>\t&#39; Y&egrave; ouldi..! Evite le danger..!&#39;<br \/>\n\tEt le vent qui me fouettait le visage.<\/p>\n<p>\tJe livrais un combat interne, et externe.<\/p>\n<p>\tJe marchais donc,&nbsp; mon sac en bandouli&egrave;re, vers le grand m&ocirc;le.&nbsp; Une centaine de m&egrave;tres &agrave; parcourir.<\/p>\n<p>\tLa plage de la Jet&eacute;e, &eacute;tait devant moi. Je&nbsp; franchissais cette premi&egrave;re barri&egrave;re, non naturelle,&nbsp; en ciment;&nbsp; le parapet de&nbsp;protection qui retenait&nbsp; l&#39;invasion de&nbsp; sable qui&nbsp; venait se d&eacute;poser sur&nbsp; les art&egrave;res et ruelles de la ville. Par grand vent.<\/p>\n<p>\t&nbsp;Je posais mon pied sur le granuleux. Les premi&egrave;res grosses pierrailles &eacute;taient en vue. Et au fond, se dressait majestueux,&nbsp;l&#39;objet de ma convoitise.<\/p>\n<p>\tDebout comme une vieille&nbsp; sentinelle.<\/p>\n<p>\tJe sautais sur les premi&egrave;res pierres bien plus hautes que moi,&nbsp; tout en &eacute;vitant le faux pas qui m&#39;aurait mis &agrave; mal. L&#39;eau&nbsp;s&#39;engouffrait d&#39;entre les grosses caillasses, pour se retirer L&#39;&eacute;cume&nbsp;&nbsp;&nbsp; vite &eacute;vapor&eacute;e,&nbsp;&nbsp; laissait&nbsp; d&eacute;couvrir de petites poches&nbsp;lacustres, dans lesquels crabes, petits gougeons et&nbsp; sparlottes barbotaient.<\/p>\n<p>\tSurpris par mon oil, cette&nbsp; petite faune marine fuyait,&nbsp; extrapolant&nbsp; sans doute &agrave; une mauvaise intention de ma part.<\/p>\n<p>\tJe me baissais, par moment, pour scruter le petit fond marin, pour surprendre de longues brindilles d&#39;algues vertes se&nbsp;mouvant, en ballet,&nbsp; par le flux et le reflux de l&#39;eau. Elles dansaient sous mes yeux une danse en va et vient, rythm&eacute; par le&nbsp;grondement de la mer. Un mouvement dont j&#39;ignorais le pas sous l&#39;&eacute;cho encastr&eacute;&nbsp; de la grande bleue, en effervescence.<br \/>\n\tJ&#39;en oubliais la voix de ma m&egrave;re;&nbsp; La mer l&#39;ayant &eacute;touff&eacute;e par le petit spectacle son et lumi&egrave;re qui m&#39;&eacute;tait offert &agrave; quelques&nbsp;centim&egrave;tres de ma vue. Dans ma recherche de la jouissance visuelle et auditive.<\/p>\n<p>\tJe fis une &eacute;trange d&eacute;couverte..Une paire d&#39;amis, agenouill&eacute;e&nbsp; et pench&eacute;e, d&#39;entre les excavations rocheuses, s&#39;&eacute;chinait &agrave;&nbsp;p&ecirc;cher en laissant leur fil &agrave; plomb &#39;Hamecenter&#39; et &#39;Asticot&eacute;&#39; au bout&nbsp; couler dans la profondeur m&eacute;diterran&eacute;enne..<\/p>\n<p>\t&nbsp;&#39;B&eacute;bert&#39;..! Chut ne fais pas de bruit.On p&ecirc;che.!&#39;.<\/p>\n<p>\t&nbsp;Je n&#39;en fis pas, laissant l&#39;&eacute;norme vacarme r&eacute;gner &agrave; ma place.<\/p>\n<p>\tUn peu plus loin,&nbsp; laissant mes investigations vivrent&nbsp; un moment d&eacute;licieux, je surprenais un jeune couple enlac&eacute;, malgr&eacute; la&nbsp;grande brise fra&icirc;che, entrain de se b&eacute;coter, coinc&eacute; dans un petit abri de fortune sans toit, &agrave; ciel ouvert,&nbsp; ayant comme paroi, les<br \/>\n\tgrandes caillasses. Entre roches et mer.<\/p>\n<p>\tPourvu me disais-je que rien ne vienne faire trembler la terre.<\/p>\n<p>\tUn vieil arabe, pris par&nbsp; d&eacute;faut par mon regard inquisiteur de lynx effarouch&egrave;,&nbsp; pantalon baiss&eacute;, et&nbsp; mal inspir&eacute;, &#39;mgamez&#39; (agenouille) dans une inconfortable position, en &eacute;quilibre pr&eacute;caire, une main sur une roche et l&#39;autre tenant sa &#39;kacach&egrave;bi&egrave;&#39;<br \/>\n\tsoulageait sans contrainte, dans la cuvette naturelle &agrave; fond bleu, sa retenue enfin lib&eacute;r&eacute;e. K&acirc;&acirc;d i khra. Sur la t&ecirc;te des&nbsp;poissons.&nbsp;<br \/>\n\t&nbsp;<br \/>\n\tJe sautais toujours de roche en roche, en prenant soin d&#39;&eacute;viter les surfaces glissantes, recouvertes de mousse verte\/gluante&nbsp;d&eacute;couvrant ainsi ce qui pouvait &ecirc;tre surpris.<br \/>\n\t.<br \/>\n\tEt toujours la voix de ma m&egrave;re..<br \/>\n\t&#39;..Y&egrave; ouldi.! Evite le danger..!&#39;<\/p>\n<p>\tJ&#39;y &eacute;tais et ne pouvais plus reculer.<\/p>\n<p>\tJ&#39;abordais enfin&nbsp; l&#39;all&eacute;e centrale qui m&#39;ouvrait la bonne direction; la voie du phare.<\/p>\n<p>\tLa grande&nbsp; rumeur des vagues, parvenait &agrave; mes oreilles bien tendues. Du c&ocirc;t&eacute;,&nbsp; versant droit, je regardais l&#39;&eacute;tendue de la mer,&nbsp;la grande bleue\/ verte rugissante dont les &#39;b&eacute;liers rageurs&#39;, les vagues, venaient se fracasser comme des rouleaux&nbsp;compresseurs sur les avants postes, les blocs, premiers remparts contre les &#39;casseuses de flanc&#39;.<\/p>\n<p>\tJe croisais un navire marchand qui tanguait sous les remous&nbsp; tandis que d&#39;autres au loin attendaient leur tour pour franchir le&nbsp;canal.<br \/>\n\tLa houle, le faisait battre la mesure comme une note&nbsp; folle&nbsp; pos&eacute;e&nbsp;&nbsp; sur du&nbsp; papier &agrave;&nbsp; musique,&nbsp; qui ne tenait&nbsp; plus en place.<\/p>\n<p>\tLes&nbsp; mouettes, ivres, &eacute;ternelles&nbsp; compagnes&nbsp; des navires, avaient du mal &agrave; planer au-dessus des flots en pleine bataille.; Un&nbsp;combat in&eacute;gal, contre le vent, se jouait devant mes yeux.<\/p>\n<p>\tJe battais &agrave; pr&eacute;sent le gravier de l&#39;all&eacute;e centrale qui m&egrave;ne &agrave; l&#39;objet de ma convoitise. Le versant gauche &eacute;tait cach&eacute; &agrave; mes yeux&nbsp;par ces grosses pierres pos&eacute;es disgracieusement.<\/p>\n<p>\t&nbsp;Quelques p&ecirc;cheurs t&eacute;m&eacute;raires, assis sur le&nbsp; rebord du m&ocirc;le, ajustaient&nbsp; tant bien que mal, leurs lignes, redoublant d&#39;effort&nbsp;pour ne pas laisser leurs fils s&#39;entrem&ecirc;ler avec ceux du voisin,&nbsp;&nbsp; et&nbsp; que le vent essayait de&nbsp; confondre.<\/p>\n<p>\tEt toujours la voix de ma m&egrave;re..<\/p>\n<p>\t&#39;..Y&egrave; ouldi.! Evite le danger..!&#39;<\/p>\n<p>\tQui se m&ecirc;lait aux rugissements de la grande bleue, d&eacute;cha&icirc;n&eacute;e.<br \/>\n\t&nbsp;<br \/>\n\tJe marchais, toujours r&eacute;solu, contre vent et voix,&nbsp; &agrave; poursuivre ma marche h&eacute;ro&iuml;que. Je pi&eacute;tinais depuis un bon moment&nbsp; le&nbsp;ciment de la voie centrale, les yeux fix&eacute;s sur la tourelle&nbsp; pos&eacute;e sur son socle de b&eacute;ton.&nbsp; La grande cime, le point lumineux, le&nbsp;phare,&nbsp; n&#39;&eacute;tait plus qu&#39;&agrave; quelques m&egrave;tres.<\/p>\n<p>\tJ&#39;&eacute;tais enfin sous la tourelle. Je levais les yeux pour d&eacute;couvrir, une longue &eacute;chelle de coup&eacute;e en fer,&nbsp; couleur vert\/fonc&eacute; et le&nbsp;corps de la tour. Une porte, donnant acc&egrave;s &agrave; l&#39;entr&eacute;e au&nbsp; ventre&nbsp; du phare, &eacute;tait ferm&eacute;e. Quelques endroits &eacute;taient rouilles. Je<br \/>\n\tvenais de faire connaissance avec la grande &#39;concombre&#39;&nbsp; d&#39;acier. Notre fiert&eacute;.<\/p>\n<p>\tPuis mon regard, fut hypnotis&eacute;&nbsp; par le grand large en perp&eacute;tuel mouvement. Je m&#39;avan&ccedil;ais un peu plus, d&eacute;passant de&nbsp;quelques m&egrave;tres le tronc de fer, pour me pencher par- dessus le m&ocirc;le. Je dominais, &agrave; pr&eacute;sent,&nbsp; fi&egrave;rement, &agrave; une hauteur de 5&nbsp;&agrave; 6 m&egrave;tres, cette grande &eacute;tendue rageuse et mugissante dont la grosse &eacute;cume bouillonnante &agrave; mes pieds, venait&nbsp;&nbsp; sans&nbsp;rel&acirc;che livrer&nbsp; bataille, au quotidien, t&ecirc;te baiss&eacute;e,&nbsp; contre le front b&eacute;tonn&eacute;&nbsp;&nbsp; du bras de fer.<\/p>\n<p>\t&nbsp;Je reculais..Car la voix de ma m&egrave;re me disait..<\/p>\n<p>\t&#39;..Y&egrave; ouldi..! Evite le danger..!&#39;<\/p>\n<p>\tSa voix&nbsp; recouvrait le vacarme assourdissant de celle avec qui j&#39;ai ouvert les yeux et qui m&#39;a accompagn&eacute; durant 45 ans;&nbsp; La mer.<\/p>\n<p>\tJ&#39;avais relev&eacute; le d&eacute;fi et&nbsp; conquis la tour de fer. Notre phare.<\/p>\n<p>\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Bouraz par Albert Sim&eacute;oni ( B&eacute;bert) Que pouvait-il bien y avoir l&agrave;-bas &agrave; la pointe du Bouraz.? Le Bouraz comme on le&nbsp; nomme encore aujourd&#39;hui. Jusqu&#39;&agrave; un certain &acirc;ge, je ne pouvais&nbsp; me permettre de d&eacute;passer une certaine fronti&egrave;re que ma ch&eacute;re maman m&#39;avait trac&eacute;e&nbsp;dans les limites de son porte voix. 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