{"id":4594,"date":"2015-11-18T00:22:41","date_gmt":"2015-11-18T00:22:41","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=4594"},"modified":"2015-11-18T01:05:24","modified_gmt":"2015-11-18T01:05:24","slug":"enquete-sur-les-origines-de-lunivers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/enquete-sur-les-origines-de-lunivers\/","title":{"rendered":"Enqu\u00eate sur les origines de l&rsquo;Univers"},"content":{"rendered":"<p>\n\tEnqu&ecirc;te sur les origines de l&#39;Univers<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tChristophe Dor&eacute;<\/p>\n<p>\n\t<br \/>\n\t<span>Ma&icirc;tre, qu&#39;est-ce que vous cherchez dans vos &eacute;quations? Einstein ne r&eacute;pond pas tout de suite. Lentement, il regagne son bureau et s&#39;assied juste en face de la jeune fille. Peut-&ecirc;tre troubl&eacute; par la beaut&eacute; ambigu&euml; de son &eacute;tudiante, il soupire puis lui prend la main et murmure, &agrave; mots &agrave; peine souffl&eacute;s: &laquo;Je veux savoir comment Dieu a cr&eacute;&eacute; l&#39;Univers. Je ne suis pas int&eacute;ress&eacute; par tel ou tel ph&eacute;nom&egrave;ne, tel ou tel &eacute;l&eacute;ment. Je veux conna&icirc;tre la pens&eacute;e de Dieu.&raquo; La pens&eacute;e de Dieu! Le mot &eacute;tait l&acirc;ch&eacute;. Il allait faire le tour du monde. Provoquer des r&eacute;voltes dans les laboratoires, engendrer des pol&eacute;miques et susciter d&#39;interminables discussions: aujourd&#39;hui encore, cette petite phrase continue &agrave; entretenir le d&eacute;bat. Jusqu&#39;au physicien Stephen Hawking qui se demande dans son c&eacute;l&egrave;bre ouvrage Une br&egrave;ve histoire du temps pourquoi l&#39;Univers existe et lance dans la toute derni&egrave;re ligne: &laquo;Si nous trouvons la r&eacute;ponse &agrave; cette question, ce sera le triomphe ultime de la raison humaine &#8211; &agrave; ce moment, nous conna&icirc;trons la pens&eacute;e de Dieu.&raquo;Pour certains, cette phrase &eacute;tonnante pourrait bien devenir l&#39;horizon de la science du XXIe si&egrave;cle, comme l&#39;affirme le l&eacute;gendaire th&eacute;oricien am&eacute;ricain Freeman Dyson: &laquo;Le d&eacute;fi est de lire la pens&eacute;e de Dieu.&raquo; Afin de d&eacute;couvrir pourquoi l&#39;Univers existe. Par quel &laquo;miracle&raquo; il a surgi tout &agrave; coup du n&eacute;ant, il y a treize milliards d&#39;ann&eacute;es. Pourquoi il y a quelque chose plut&ocirc;t que rien. Et pourquoi ce &laquo;quelque chose&raquo; a engendr&eacute; de la vie et de la conscience. Les r&eacute;ponses &agrave; ces questions admettent seulement trois hypoth&egrave;ses. La plus simple &#8211; mais aussi la moins scientifique &#8211; consiste &agrave; d&eacute;fendre l&#39;id&eacute;e selon laquelle l&#39;Univers, la conscience et la vie sont le r&eacute;sultat d&#39;un formidable &laquo;hasard cosmique&raquo; et de rien d&#39;autre. Dans ce cas, la vie est apparue &laquo;par hasard&raquo; et notre existence est parfaitement arbitraire: comme l&#39;affirmait en son temps Jean-Paul Sartre, &laquo;le monde est absurde&raquo;.<\/span><\/p>\n<p>\n\tDeuxi&egrave;me hypoth&egrave;se: celle des univers &laquo;parall&egrave;les&raquo;. Selon les d&eacute;fenseurs de cette id&eacute;e, l&#39;univers dans lequel nous vivons ne serait que la version &laquo;gagnante&raquo; d&#39;une infinit&eacute; d&#39;univers st&eacute;riles: l&#39;existence de l&#39;univers &laquo;ordonn&eacute;&raquo; dans lequel nous vivons n&#39;aurait rien de remarquable puisqu&#39;il serait perdu dans une multitude d&#39;univers chaotiques. Disons-le sans d&eacute;tour: bien qu&#39;&agrave; la mode, cette hypoth&egrave;se n&#39;est pas plus scientifique que la pr&eacute;c&eacute;dente. D&#39;abord parce qu&#39;elle n&#39;est pas v&eacute;rifiable exp&eacute;rimentalement. Mais surtout parce que dans tous les Univers possibles, les math&eacute;matiques resteraient forc&eacute;ment les m&ecirc;mes que &laquo;chez nous&raquo;. Et comme la r&eacute;alit&eacute; physique est enti&egrave;rement d&eacute;termin&eacute;e par les math&eacute;matiques qui la sous-tendent, il est vraisemblable que l&#39;on retomberait sur le m&ecirc;me Univers que le n&ocirc;tre.<\/p>\n<p>\n\tD&#39;o&ugrave; la troisi&egrave;me hypoth&egrave;se, qui nous semble le plus en lien avec la science, celle d&#39;un Univers unique et structur&eacute; par des lois physiques: dans ce cas, l&#39;&eacute;volution cosmologique ne laisse rien au hasard et la vie appara&icirc;t comme la cons&eacute;quence in&eacute;vitable d&#39;un sc&eacute;nario dict&eacute;, avec la plus haute pr&eacute;cision, par les lois de la physique. Un Univers unique. Dans cette perspective, un code sous-jacent, d&#39;essence math&eacute;matique, un peu comparable au code g&eacute;n&eacute;tique pour un &ecirc;tre vivant, explique toutes les lois physiques et organise, avec une pr&eacute;cision vertigineuse, les valeurs de toutes les constantes fondamentales entre elles, jusqu&#39;&agrave; engendrer un univers ordonn&eacute; et susceptible d&#39;&eacute;voluer vers la vie et la conscience. En fait, de plus en plus de physiciens observent que les lois fondamentales de la nature doivent &ecirc;tre calibr&eacute;es avec la plus haute pr&eacute;cision afin que des &eacute;toiles et des plan&egrave;tes puissent se former pour permettre &agrave; la vie d&#39;&eacute;merger de la mati&egrave;re. Jusqu&#39;&agrave; une date r&eacute;cente, le travail des scientifiques consistait, pour l&#39;essentiel, &agrave; d&eacute;couvrir la nature des lois physiques et les cons&eacute;quences de leurs applications. Mais ils s&#39;interdisaient de se poser des questions sur la raison d&#39;&ecirc;tre de ces lois. Or avec les progr&egrave;s de la science, il devient de plus en plus difficile de consid&eacute;rer qu&#39;au moment du big bang, ces lois ont fait leur travail de structuration de la mati&egrave;re sans aucune raison particuli&egrave;re: les scientifiques ont d&eacute;sormais le droit de s&#39;interroger sur le &laquo;pourquoi&raquo; de ces lois et de se demander si elles ont une raison d&#39;&ecirc;tre.<\/p>\n<h3>\n\tDieu avait-il le choix?<\/h3>\n<p>\n\tNous voici en 1951, dans le tranquille bureau qu&#39;Einstein occupe &agrave; l&#39;Institut des &eacute;tudes avanc&eacute;es. C&#39;est l&#39;&eacute;t&eacute;. Les fen&ecirc;tres sont ouvertes en grand sur le ciel et les magnifiques arbres du parc. Le ma&icirc;tre est devant son tableau noir et trace de sa belle &eacute;criture ces &eacute;quations de la relativit&eacute; g&eacute;n&eacute;rale qu&#39;il a &eacute;crites tant de fois. Soudain, il se tourne vers son assistant, le jeune physicien Ernst Straus. Son regard s&#39;envole au-del&agrave;, vers l&#39;invisible, lorsqu&#39;il se demande &agrave; voix basse: &laquo;Est-ce que Dieu avait le choix lorsqu&#39;il a cr&eacute;&eacute; l&#39;Univers?&raquo;<\/p>\n<p>\n\t<span>La question est incroyablement profonde. En un seul trait, elle nous renvoie un quart de si&egrave;cle plus t&ocirc;t, lorsqu&#39;il &eacute;crivait: &laquo;En tout cas, moi, je suis convaincu que Dieu ne joue pas aux d&eacute;s.&raquo;<\/span><\/p>\n<p>\n\tEinstein n&#39;a donc pas le moindre doute: l&#39;Univers n&#39;est pas n&eacute; par hasard! Toutefois, m&ecirc;me si l&#39;Univers &eacute;chappe au hasard, aurait-il pu &ecirc;tre diff&eacute;rent? C&#39;est-&agrave;-dire gouvern&eacute; par des lois diff&eacute;rentes? Pour Einstein, les lois dans l&#39;Univers ne pouvaient pas &ecirc;tre diff&eacute;rentes au moment de sa naissance. En d&#39;autres termes, Dieu n&#39;avait pas le choix! Quarante ans apr&egrave;s Einstein, un savant anglais, sir Roger Penrose, de l&#39;universit&eacute; d&#39;Oxford, s&#39;est pos&eacute; la m&ecirc;me question. En imaginant un immense tableau couvert de milliards de points d&eacute;signant des Univers possibles, Penrose s&#39;est demand&eacute; si le Cr&eacute;ateur avait la libert&eacute; de poser son stylet sur n&#39;importe quel point au moment du big bang pour engendrer un Univers plus ou moins comme le n&ocirc;tre. Et l&agrave; encore, sa r&eacute;ponse, tr&egrave;s argument&eacute;e par des calculs, est la m&ecirc;me que celle d&#39;Einstein: le Cr&eacute;ateur n&#39;a aucune libert&eacute; de choix. Il n&#39;existe qu&#39;un seul point, parmi les milliards de milliards de milliards d&#39;autres possibilit&eacute;s, sur lequel le Cr&eacute;ateur puisse poser son stylet. Pour donner une id&eacute;e de l&#39;immensit&eacute; de cette contrainte &agrave; l&#39;origine, Penrose montre que la &laquo;chance&raquo; pour que le Cr&eacute;ateur tombe par hasard sur le bon point est de une sur 10 puissance 10 puissance 123! C&#39;est peut-&ecirc;tre pour cela qu&#39;un beau jour, Einstein a lanc&eacute; en souriant: &laquo;Le hasard, c&#39;est Dieu lorsqu&#39;il se prom&egrave;ne incognito!&raquo;<\/p>\n<h3>\n\tLa v&eacute;ritable origine de l&#39;Univers<\/h3>\n<p>\n\tA partir de maintenant, bien s&ucirc;r, nous quittons la r&eacute;alit&eacute; explor&eacute;e par la science pour entrer dans le domaine de la sp&eacute;culation. Mais comme nous allons le voir, il nous restera en main un jeu d&#39;hypoth&egrave;ses suffisamment solides pour en extraire quelques r&eacute;ponses nouvelles. La clef r&eacute;side donc dans les deux formes du temps qui pourraient exister au moment du big bang.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl y a d&#39;abord le temps de chez nous. Il s&#39;&eacute;coule &agrave; chaque instant. C&#39;est ce qui fait qu&#39;une rivi&egrave;re coule, qu&#39;un feu br&ucirc;le dans la chemin&eacute;e et que le soleil se l&egrave;ve le matin. Il est bien s&ucirc;r &eacute;troitement li&eacute; &agrave; ce qu&#39;on appelle l&#39;&eacute;nergie. A pr&eacute;sent, voyons le temps imaginaire. Avec lui, plus de mouvement &#8211; le temps imaginaire ne s&#39;&eacute;coule pas. Un peu comme un disque DVD hors du lecteur, dont l&#39;histoire est comme gel&eacute;e. Dans le temps imaginaire, il n&#39;y a donc pas de place pour l&#39;&eacute;nergie. Qu&#39;allons- nous trouver &agrave; la place? Ce que les experts, depuis quelques ann&eacute;es, appellent l&#39;information. En fait, c&#39;est un peu la m&ecirc;me chose que l&#39;&eacute;nergie, mais dans le temps imaginaire. C&#39;est pourquoi nous allons alors remplacer toutes les unit&eacute;s physiques, sans exception, par ces unit&eacute;s qu&#39;on appelle des &laquo;bits d&#39;information&raquo; (un mot que, bien s&ucirc;r, vous connaissez bien). Ainsi, le fauteuil sur lequel vous &ecirc;tes assis peut &ecirc;tre enti&egrave;rement d&eacute;crit (du moins en th&eacute;orie) par les bits d&#39;information qu&#39;il contient. A pr&eacute;sent, revenons &agrave; l&#39;Univers primordial. O&ugrave; allons-nous trouver ce fameux temps imaginaire? En fait, l&agrave; o&ugrave; le temps r&eacute;el cesse totalement d&#39;exister: &agrave; l&#39;instant z&eacute;ro. Cet instant correspond bien s&ucirc;r dans le mod&egrave;le standard &agrave; ce qu&#39;on appelle la &laquo;singularit&eacute; initiale&raquo; marquant le &laquo;z&eacute;ro absolu&raquo; de l&#39;espace et du temps. C&#39;est-&agrave;-dire, la v&eacute;ritable origine de l&#39;Univers. De quoi s&#39;agit- il? D&#39;un point math&eacute;matique, inaccessible au calcul physique. A la diff&eacute;rence de tout ce qui existe dans l&#39;Univers, son essence profonde est totalement abstraite. A ce stade, il n&#39;y a plus de mati&egrave;re, plus d&#39;&eacute;nergie et plus de temps. A quoi il faut ajouter &#8211; en y insistant bien &#8211; que sur ce point z&eacute;ro, ce qu&#39;on appelle l&#39;entropie de l&#39;Univers (c&#39;est-&agrave;-dire, en gros, son d&eacute;sordre) est nulle. Cela est une cons&eacute;quence naturelle du fameux principe de la thermodynamique si bien explicit&eacute; au d&eacute;but des ann&eacute;es 1900 par ce g&eacute;nie visionnaire qu&#39;&eacute;tait Ludwig Boltzmann. Or, comme l&#39;information est tout simplement &laquo;l&#39;inverse&raquo; de l&#39;entropie, cela signifie qu&#39;&agrave; l&#39;instant z&eacute;ro, l&#39;information caract&eacute;risant le pr&eacute;-Univers doit &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;e comme maximale. Que pouvons-nous en d&eacute;duire? Qu&#39;&agrave; l&#39;instant z&eacute;ro, il n&#39;existe rien d&#39;autre que de l&#39;information. Une r&eacute;alit&eacute; num&eacute;rique, qui pourrait &laquo;encoder&raquo; sous une forme math&eacute;matique l&#39;ensemble des propri&eacute;t&eacute;s qui, apr&egrave;s le big bang, concourent &agrave; l&#39;existence et &agrave; l&#39;&eacute;volution de l&#39;Univers physique. Comme le pensait Leibniz &#8211; et apr&egrave;s lui tous ceux de l&#39;&eacute;cole de G&ouml;ttingen -, il peut exister un nombre plus vaste que l&#39;Univers. Dans ce temps imaginaire o&ugrave; l&#39;harmonie pr&eacute;&eacute;tablie prend sa source, un nombre-Univers d&#39;une grande puret&eacute;, hors de l&#39;espace-temps, pourrait bien contenir la complexit&eacute; la plus haute que l&#39;esprit humain puisse imaginer. Et que la pens&eacute;e de Dieu puisse concevoir.<\/p>\n<p>\n\t<strong><i>La Pens&eacute;e de Dieu<\/i>, Igor et Grichka Bogdanov, Grasset, 280 p., 17 &euro;.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Enqu&ecirc;te sur les origines de l&#39;Univers &nbsp; &nbsp; Christophe Dor&eacute; Ma&icirc;tre, qu&#39;est-ce que vous cherchez dans vos &eacute;quations? Einstein ne r&eacute;pond pas tout de suite. Lentement, il regagne son bureau et s&#39;assied juste en face de la jeune fille. 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