{"id":465,"date":"2010-12-17T19:14:43","date_gmt":"2010-12-17T19:14:43","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=465"},"modified":"2010-12-19T20:03:49","modified_gmt":"2010-12-19T20:03:49","slug":"rencontre-avec-gerard-haddad","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/rencontre-avec-gerard-haddad\/","title":{"rendered":"Rencontre avec G\u00e9rard HADDAD"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<h2>\n\tRencontre avec G&eacute;rard HADDAD<\/h2>\n<p>\n\tLe dernier des justes&hellip; Ing&eacute;nieur agronome, psychiatre et psychanalyste, sans oublier sa casquette d&rsquo;&eacute;crivain, G&eacute;rard Haddad est n&eacute; &agrave; Tunis, en 1940. Il l&rsquo;a quitt&eacute;e peu apr&egrave;s l&rsquo;ind&eacute;pendance pour partir en France. Parce que les vents avaient un peu tourn&eacute;. Mais il n&rsquo;avait pas coup&eacute; le cordon ombilical. Il s&rsquo;est tout juste absent&eacute; un temps, histoire de mieux y revenir.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<h2>\n\tRencontre avec G&eacute;rard HADDAD<\/h2>\n<p>\n\tLe dernier des justes&hellip; Ing&eacute;nieur agronome, psychiatre et psychanalyste, sans oublier sa casquette d&rsquo;&eacute;crivain, G&eacute;rard Haddad est n&eacute; &agrave; Tunis, en 1940. Il l&rsquo;a quitt&eacute;e peu apr&egrave;s l&rsquo;ind&eacute;pendance pour partir en France. Parce que les vents avaient un peu tourn&eacute;. Mais il n&rsquo;avait pas coup&eacute; le cordon ombilical. Il s&rsquo;est tout juste absent&eacute; un temps, histoire de mieux y revenir.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tUn chemin de vie plus tard. D&rsquo;ailleurs il suffit de le rencontrer une fois, de l&rsquo;&eacute;couter parler, de ses livres, de son v&eacute;cu, de son m&eacute;tier, de sa juda&iuml;t&eacute;, mais aussi et surtout de son pays natal, pour comprendre qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais trahi le sens des origines. Ni celui de l&rsquo;humanit&eacute; qui l&rsquo;habite. Et ce n&rsquo;est pas par hasard qu&rsquo;il est le traducteur de Leibowitz, et qu&rsquo;il admire Maimonide. Rencontre avec un homme d&rsquo;exception.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>G&eacute;rard Haddad vous &ecirc;tes ici &agrave; Tunis pour une s&eacute;rie de conf&eacute;rences touchant divers sujets qui concernent votre champ d&rsquo;action en tant que psychiatre et psychanalyste mais aussi en tant qu&rsquo;&eacute;crivain&hellip;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>G&eacute;rard Haddad :<\/strong>Oui effectivement, depuis le jeudi dernier, &ccedil;a n&rsquo;a pas arr&ecirc;t&eacute;. Des s&eacute;minaires (&agrave; la facult&eacute; de 9 avril, &agrave; la Manouba, &agrave; la facult&eacute; de psychologie&hellip;), des colloques, mais aussi la pr&eacute;sentation de livres. En fait &ccedil;a a surtout port&eacute; sur mon parcours, et sur des livres que j&rsquo;ai &eacute;crits, comme &laquo; Les folies mill&eacute;naristes &raquo;, &laquo; Manger le livre &raquo;, qui sont sans doute mes ouvrages les plus importants, ou encore le dernier en date : &laquo; Les femmes et l&rsquo;alcool &raquo;. Et puis, sur ce qui me tient particuli&egrave;rement &agrave; c&oelig;ur, &agrave; savoir la pr&eacute;sentation du livre de Yeshayahou Leibowitz : &laquo; Corps et Esprit &raquo; que j&rsquo;ai traduit, dans le cadre du colloque donn&eacute; hier &agrave; la m&eacute;diath&egrave;que fran&ccedil;aise o&ugrave; j&rsquo;interviens sur le th&egrave;me &laquo;Cerveau et psychisme &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>*Justement, vous avez traduit plusieurs livres de Leibowitz, que l&rsquo;on ne conna&icirc;t pas forc&eacute;ment sous nos cieux ; pouvez-vous nous le pr&eacute;senter davantage&hellip;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLeibowitz c&rsquo;est ce grand Monsieur Isra&eacute;lien qui a &eacute;tait violemment hostile &agrave; la politique des isra&eacute;liens &agrave; l&rsquo;encontre des palestiniens, et qui a lutt&eacute; toute sa vie, et jusqu&rsquo;&agrave; sa mort, pour la cr&eacute;ation d&rsquo;un Etat Palestinien. Son livre : &laquo; Corps et Esprit &raquo; ne porte ni sur la question politique ni religieuse, mais sur les rapports des neurosciences avec la psychologie notamment. C&rsquo;est tr&egrave;s int&eacute;ressant. Il y d&eacute;montre, d&rsquo;une mani&egrave;re incontestable, que la psychologie c&rsquo;est une chose et les neurosciences une autre. Freud a dit la m&ecirc;me chose &agrave; la fin de sa vie. Ce sont deux domaines ind&eacute;pendants les uns des autres. Les neurosciences ne pourront jamais expliquer ce que c&rsquo;est que penser. C&rsquo;est le grand myst&egrave;re absolu, et Leibowitz l&rsquo;explique tr&egrave;s bien dans son livre. C&rsquo;est le grand myst&egrave;re absolu, sur lequel beaucoup se sont cass&eacute; les dents. Tous les hommes de science s&eacute;rieux disent la m&ecirc;me chose &agrave; ce propos.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>*Vous dites vous-m&ecirc;me, dans la postface du livre, citant Leibowitz en substance : &laquo; La raison est certes notre bien le plus pr&eacute;cieux mais elle rencontre une limite infranchissable. Devant celle-ci, l&rsquo;esprit d&eacute;pose ses armes, et quelque chose autour du concept de causalit&eacute; vacille&hellip; &raquo;.<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est pour &ccedil;a qu&rsquo;on parle de &laquo;grand myst&egrave;re &raquo;. Un &ecirc;tre humain peut toujours vous surprendre et en ce sens, il n&rsquo;est pas superflu de rappeler par exemple qu&rsquo;un historien ne peut pas pr&eacute;voir l&rsquo;avenir. Et les &laquo; futurologues &raquo; se sont plant&eacute;s &agrave; chaque fois. Qui aurait imagin&eacute; par exemple que l&rsquo;Allemagne, si r&eacute;put&eacute;e pour sa grande culture qui brasse tr&egrave;s large, allait devenir en 1920 un Etat nazi ? Et pourtant&hellip;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMoi-m&ecirc;me, qui suis n&eacute; en Tunisie, et qui projetais d&rsquo;y vivre toute ma vie, qu&rsquo;est-ce qui a fait que mon destin bascule ?<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>*C&rsquo;est la question &agrave; laquelle on aimerait justement que vous r&eacute;pondiez, en nous parlant un peu de votre parcours, et de ce qu&rsquo;on appellera &laquo; l&rsquo;incident &raquo; de Bizerte.<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tVous savez, la vie a des tournants et chaque tournant est constitu&eacute; d&rsquo;un traumatisme. En tous les cas, c&rsquo;est comme &ccedil;a que je l&rsquo;ai v&eacute;cu. Je suis juif tunisien, et dans ma famille, on l&rsquo;est depuis au moins 2000 ans. Depuis Carthage au moins&hellip; Au d&eacute;part, j&rsquo;avais le projet de vivre ici, toujours ; mais en tant que citoyen &agrave; part enti&egrave;re, pas en tant que citoyen de seconde zone. Et ma vocation initiale &eacute;tait d&rsquo;&ecirc;tre m&eacute;decin. J&rsquo;avais quinze ans, et j&rsquo;avais d&eacute;cid&eacute; que je serais psychiatre, m&eacute;decin, et &eacute;crivain aussi. D&rsquo;ailleurs c&rsquo;est &agrave; cet &acirc;ge que j&rsquo;ai &eacute;crit mon premier livre. Mais je ne vous conseille pas de le lire !<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPlus s&eacute;rieusement, je vous dirais qu&rsquo;apr&egrave;s l&rsquo;ind&eacute;pendance, la Tunisie n&rsquo;&eacute;tait plus tout &agrave; fait vivable pour nous. Il y a eu des incidents, on ne peut pas le nier. Que j&rsquo;ai racont&eacute; d&rsquo;ailleurs dans mon livre &laquo; Le jour o&ugrave; Lacan m&rsquo;a adopt&eacute; &raquo;. J&rsquo;&eacute;tais &agrave; l&rsquo;UGTT, et j&rsquo;ai voulu me battre, aux c&ocirc;t&eacute;s de mes compatriotes lors de l&rsquo;&eacute;vacuation de Bizerte. Mais des amis, qui me connaissaient pourtant bien m&rsquo;ont insult&eacute;, et m&rsquo;ont trait&eacute; de &laquo; sale juif &raquo;. Ce fut r&eacute;ellement un choc pour moi ! C&rsquo;&eacute;tait des bizertins, et ils &eacute;taient probablement traumatis&eacute;s, mais moi &ccedil;a m&rsquo;a traumatis&eacute; aussi. Alors je suis reparti en France. Et j&rsquo;ai tourn&eacute; la page. J&rsquo;ai longtemps pens&eacute; que la Tunisie pour moi &eacute;tait une histoire finie apr&egrave;s &ccedil;a. Il y avait le probl&egrave;me moyen oriental, la vague &laquo; nasserienne &raquo;, bref, beaucoup de facteurs &eacute;taient entr&eacute;s en jeu.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tApr&egrave;s, avec le recul, je dirais qu&rsquo;il y avait aussi un autre facteur, tr&egrave;s d&eacute;terminant : le probl&egrave;me de la langue. Nous avions perdu le contact avec la langue arabe. Et le grand malheur des juifs de Tunisie, c&rsquo;est qu&rsquo;ils ont perdu le contact avec la langue du pays. Et pour moi ce n&rsquo;est pas rien, car la langue, c&rsquo;est la culture, c&rsquo;est une pens&eacute;e. C&rsquo;est un peu comme si on rompait le fil de quelque chose d&rsquo;essentiel&hellip; Une appartenance&hellip;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>*En mati&egrave;re d&rsquo;appartenance justement, et de filiations, qu&rsquo;est-ce qui vous a men&eacute; &agrave; vous int&eacute;resser &agrave; Leibowitz, qui lui-m&ecirc;me f&ucirc;t un grand admirateur de Maimonide ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEn fait, j&rsquo;ai d&rsquo;abord aim&eacute; Maimonide (Ibn Meimoun), qui lui m&rsquo;a men&eacute; &agrave; m&rsquo;int&eacute;resser &agrave; Yeshayahou Leibowitz, que j&rsquo;ai rencontr&eacute; en 1989. Et Leibowitz m&rsquo;a compl&egrave;tement retourn&eacute; sur le plan politique. C&rsquo;est vrai que je m&rsquo;&eacute;tais senti rejet&eacute;, pour en revenir &agrave; mes ann&eacute;es tunisiennes. Apr&egrave;s cela je voulais aller &agrave; Cuba, parce que j&rsquo;avais fait des &eacute;tudes en agronomie tropicale, et &agrave; cause du communisme. Finalement, &ccedil;a ne s&rsquo;&eacute;tait pas fait et je suis parti au S&eacute;n&eacute;gal o&ugrave; je suis rest&eacute; cinq ans. Je me suis occup&eacute; du riz. Mais au bout du compte &ccedil;a n&rsquo;allait pas tr&egrave;s bien. Alors je suis revenu en France et j&rsquo;ai suivi, par le plus pur hasard d&rsquo;ailleurs au d&eacute;but, une analyse avec Lacan. Une analyse qui a dur&eacute; onze ans.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>*Pourquoi &ecirc;tes-vous all&eacute; en analyse ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tParce que j&rsquo;avais un probl&egrave;me tr&egrave;s douloureux &agrave; ce moment-l&agrave;, et j&rsquo;&eacute;tais vraiment tr&egrave;s mal. L&rsquo;analyse a provoqu&eacute; petit &agrave; petit, une sorte de m&eacute;tamorphose, qui a chang&eacute; tous les param&egrave;tres de ma vie. Professionnelle et intellectuelle. Elle m&rsquo;a surtout fait comprendre aussi que j&rsquo;&eacute;tais fondamentalement croyant. Tout en &eacute;tant d&eacute;barrass&eacute; de la religion. C&rsquo;est paradoxal, mais &ccedil;a veut dire que je suis n&eacute; Juif, que je mourrais Juif, et que le Juda&iuml;sme a toujours fait partie de mon &ecirc;tre profond sans que je m&rsquo;en rende compte. Le sentiment religieux habite l&rsquo;humanit&eacute; de tous temps, parce qu&rsquo;il y a l&rsquo;angoisse de la mort, il ne faut pas l&rsquo;oublier, et la peur du vide&hellip;Et puis, &ccedil;a m&rsquo;a permis d&rsquo;entamer &ndash;&agrave; trente ans- des &eacute;tudes de m&eacute;decine. Avec trois enfants.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>*Sans transition, en quoi votre rencontre avec Leibowitz a-t-elle &eacute;tait d&eacute;terminante sur le plan politique, et particuli&egrave;rement pour ce qui touche au conflit isra&eacute;lo-palestinien ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLeibowitz &eacute;tait un visionnaire, et il avait tout compris d&rsquo;avance. A ce propos, je dirais que Ben Yehouda m&rsquo;a beaucoup marqu&eacute; aussi. Je l&rsquo;ai d&rsquo;ailleurs traduit &eacute;galement.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLe probl&egrave;me isra&eacute;lo-palestinien c&rsquo;est d&rsquo;abord des dates : le partage &ndash;injuste- fait par l&rsquo;ONU en 1947. Puis la guerre des six jours en 1967. Et la grande &laquo; connerie &raquo; du sionisme moderne : celui qui a instrumentalis&eacute; le sentiment religieux chez les juifs pour les pousser &agrave; venir en Israel. Leibowitz avait &eacute;crit alors, sur les colonnes de Haaretz, que la plus grande trag&eacute;die du peuple isra&eacute;lien apr&egrave;s Auschwitz, &ccedil;a a &eacute;t&eacute; leur victoire en 1967. Il avait trait&eacute; le gouvernement isra&eacute;lien de fasciste et de nazi. Et il a demand&eacute; aux soldats de d&eacute;serter. C&rsquo;&eacute;tait un homme tr&egrave;s honn&ecirc;te. Je l&rsquo;ai rencontr&eacute; personnellement. C&rsquo;est un proph&egrave;te ! Toute sa vie &eacute;tait dans les bouquins. Je me rappelle aussi qu&rsquo;il m&rsquo;avait dit : &laquo; je n&rsquo;en dors pas la nuit, tous ces enfants palestiniens qu&rsquo;on tue, c&rsquo;est horrible!&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl a eu le prix d&rsquo;Israel pour ses travaux scientifiques, mais Rabin avait refus&eacute; de le lui donner. Ce grand homme est mort en 1994, juste avant Rabin.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>*N&rsquo;a-t-il pas &eacute;t&eacute; inqui&eacute;t&eacute; pour ses prises de position tr&egrave;s courageuses, et ses critiques de la politique isra&eacute;lienne &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de la Palestine ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;&eacute;tait une mani&egrave;re de saint vous savez. Il &eacute;tait intouchable. Toute sa vie il &eacute;tait dans les livres. Mais l&rsquo;avantage en Israel, m&ecirc;me si on a quelques voyous, c&rsquo;est que la d&eacute;mocratie, la libert&eacute; d&rsquo;expression, sont quand m&ecirc;me possibles. Voyez le film: Valse avec Bachir &raquo;, et voyez &laquo; Lebanon &raquo;&hellip; Mais c&rsquo;est vrai que le sionisme, en tant qu&rsquo;instrument de propagande est particuli&egrave;rement dangereux. J&rsquo;ai racont&eacute; moi-m&ecirc;me une fois comment les juifs avaient quitt&eacute; l&rsquo;Irak, et &ccedil;a a &eacute;t&eacute; tr&egrave;s mal accueilli. G&eacute;n&eacute;ralement, les gens savent mais ne parlent pas, ne disent pas la v&eacute;rit&eacute;. C&rsquo;&eacute;tait une op&eacute;ration politique du mouvement sioniste : ils avaient mis des bombes dans les synagogues en Irak et ont fait porter le chapeau aux arabes. Il l&rsquo;ont fait aussi au Maroc, et probablement ailleurs aussi. Un Marocain m&rsquo;a dit qu&rsquo;il le savait, puisque lui-m&ecirc;me d&eacute;posait des tracts pour inciter les juifs &agrave; fuir le Maroc, en leur faisant croire qu&rsquo;il allait y avoir un pogrom. Sauf qu&rsquo;il m&rsquo;a reproch&eacute; de parler car pour lui, c&rsquo;&eacute;tait une action l&eacute;gitime.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>Pouvez-vous nous dire, en votre &acirc;me et conscience, si vous &ecirc;tes parti de vous-m&ecirc;me ou si on vous a chass&eacute; de Tunisie. C&rsquo;est tr&egrave;s important que les nouvelles g&eacute;n&eacute;rations connaissent la v&eacute;rit&eacute;&hellip;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPour ma part, je suis parti parce que je me suis senti dans un grand inconfort, un inconfort extr&ecirc;me&hellip; Avec le recul comme je vous ai dit, je me suis rendu compte que ne pas poss&eacute;der la langue, &ccedil;a compte aussi, pour un intellectuel. C&rsquo;est vrai que plus tard j&rsquo;ai compris beaucoup de choses, en &eacute;tudiant Maimonide par exemple. Ce qui m&rsquo;a men&eacute; aussi &agrave; m&rsquo;int&eacute;resser &agrave; l&rsquo;Islam, dont je ne connaissais pratiquement rien. J&rsquo;avais le regard d&rsquo;un Europ&eacute;en sur quelque chose qu&rsquo;il ne ma&icirc;trise pas.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>*Mais vous avez co-&eacute;crit avec Hechmi Dhaoui un livre sur l&rsquo;Islam&hellip;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tOui, &laquo; Musulmans contre Islam ?&raquo;, et en ce sens, je dirais que ce qui est &eacute;trange, c&rsquo;est qu&rsquo;on continue &agrave; se d&eacute;chirer, alors qu&rsquo;entre l&rsquo;Islam et le juda&iuml;sme, il n&rsquo;y a pas tellement de diff&eacute;rences. Il faut qu&rsquo;on parle ensemble, qu&rsquo;on dialogue ensemble, c&rsquo;est tr&egrave;s important !<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPour revenir &agrave; la Tunisie, je ne dirais jamais assez combien la grande chance de ma vie &ccedil;a a &eacute;t&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre n&eacute; en Tunisie. Serge Moati le dit aussi, Philippe Seguin le disait.&nbsp; Et ce n&rsquo;est pas pour rien. Serge Klarsfeld qui &eacute;tait l&agrave; pour parler de la Shoah, et qui n&rsquo;est pourtant pas Tunisien l&rsquo;a dit : La Tunisie a &eacute;t&eacute; le seul pays au monde occup&eacute; par les Allemands, o&ugrave; il n&rsquo;y a pas eu d&rsquo;extermination de Juifs. C&rsquo;est vrai qu&rsquo;il y a eu quelques cas de &laquo;Salauds &raquo; qui se sont mal comport&eacute;s, mais la masse de la population tunisienne a &eacute;t&eacute; protectrice. Et puis Moncef Bey aussi a &eacute;t&eacute; plus que courageux. Il avait d&eacute;clar&eacute; fermement : &laquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;arabes ni de juifs, ce sont tous mes sujets. Si vous leur mettez une &eacute;toile jaune, je la mettrais aussi&hellip; &raquo; A cet &eacute;gard, nous sommes beaucoup &agrave; demander &agrave; ce qu&rsquo;il soit consid&eacute;r&eacute; en Israel comme &laquo; Juste de la nation &raquo;, et j&rsquo;esp&egrave;re qu&rsquo;on y arrivera un jour. Nous n&rsquo;avons pas de &laquo; dette de sang &raquo; entre juifs et arabes en Tunisie. Globalement, le bilan est positif.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPar ailleurs, profitons du fait que nous sommes en Tunisie pour demander justice pour le peuple Palestinien.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa Tunisieest &agrave; mon avis un pays exemplaire pour &ccedil;a. Depuis Bourguiba et le discours de J&eacute;richo. Parce qu&rsquo;aussi, la reconnaissance de la douleur de l&rsquo;autre est importante. La douleur des Palestiniens est immense, et nous ne la reconnaissons pas&hellip;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Rencontre avec G&eacute;rard HADDAD Le dernier des justes&hellip; Ing&eacute;nieur agronome, psychiatre et psychanalyste, sans oublier sa casquette d&rsquo;&eacute;crivain, G&eacute;rard Haddad est n&eacute; &agrave; Tunis, en 1940. Il l&rsquo;a quitt&eacute;e peu apr&egrave;s l&rsquo;ind&eacute;pendance pour partir en France. Parce que les vents avaient un peu tourn&eacute;. Mais il n&rsquo;avait pas coup&eacute; le cordon ombilical. 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