{"id":4666,"date":"2015-12-30T01:31:19","date_gmt":"2015-12-30T01:31:19","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=4666"},"modified":"2015-12-30T01:13:52","modified_gmt":"2015-12-30T01:13:52","slug":"une-kabbale-pour-le-21eme-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/une-kabbale-pour-le-21eme-siecle\/","title":{"rendered":"Une kabbale pour le 21\u00e8me si\u00e8cle ?"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tUne kabbale pour le 21&egrave;me si&egrave;cle ?<\/p>\n<div class=\"cadretexte\">\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLa kabbale est le plus souvent mal vue, pour ne pas dire d&eacute;consid&eacute;r&eacute;e, m&ecirc;me au sein de la communaut&eacute; juive o&ugrave; elle repr&eacute;sente le fruit d&rsquo;une tradition ancestrale jug&eacute;e suspecte de mani&egrave;re r&eacute;currente. C&rsquo;est ce constat que nous a livr&eacute; Scholem, le plus r&eacute;put&eacute; des philosophes de la kabbale, soulignant notamment que la kabbale a &eacute;t&eacute; engloutie dans le tourbillon moderne apr&egrave;s le 18<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle, alors que les <span class=\"spip_surligne\">Juifs<\/span> d&rsquo;Europe occidentales se tourn&egrave;rent vers la culture europ&eacute;enne plac&eacute;e sous l&rsquo;empire de la raison scientifique et pratique. Cette culture moderne pr&eacute;somptueusement plac&eacute;e sous l&rsquo;&eacute;gide des Lumi&egrave;re a laiss&eacute; derri&egrave;re elle tout un ensemble de traditions et de connaissances qu&rsquo;elle jugea obsol&egrave;tes et d&eacute;pass&eacute;es face aux progr&egrave;s de la science moderne. Tout le 19<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle se placera sous cet h&eacute;ritage des Lumi&egrave;res, accentu&eacute; avec le positivisme et le scientisme, laissant derri&egrave;re lui la m&eacute;taphysique, la th&eacute;ologie et la mystique qui, il faut le reconna&icirc;tre, fut toujours consid&eacute;r&eacute;e comme suspecte, y compris chez les religieux, que ce soit en terre d&rsquo;islam, dans la communaut&eacute; juive ou chez les autorit&eacute;s chr&eacute;tiennes. Comme l&rsquo;a not&eacute; Scholem, repris ensuite par Strauss, la kabbale m&eacute;di&eacute;vale &eacute;tait d&eacute;savou&eacute;e par Maimonide, d&eacute;fenseur de la th&eacute;ologie juda&iuml;que rationnelle, sorte de saint Thomas pour les coreligionnaires <span class=\"spip_surligne\">juifs<\/span>. Le nouveau rationalisme, moderne et humaniste, a donc repris le flambeau du soup&ccedil;on &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de cette mystique jug&eacute;e irrationnelle et adversaire de la raison et des savoirs. Alors que la kabbale, dans ses m&eacute;tamorphoses, suit l&rsquo;histoire du regard de l&rsquo;homme sur lui-m&ecirc;me et sur l&rsquo;univers. Une interpr&eacute;tation rapide permet de situer trois &eacute;tapes fondamentales dans l&rsquo;histoire de la kabbale, qu&rsquo;il est possible de d&eacute;celer en interpr&eacute;tant le r&eacute;cit donn&eacute; par Scholem (<i>La kabbale<\/i>, Gallimard, partie I, chap. 2).<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<u>I. 3-4<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle : la kabbale cosmologique<\/u>. D&rsquo;apr&egrave;s Scholem, les premiers textes kabbalistiques ont &eacute;t&eacute; r&eacute;dig&eacute;s dans les milieux <span class=\"spip_surligne\">juifs<\/span> d&rsquo;Egypte et de Palestine dans un contexte de qu&ecirc;tes gnostiques et &eacute;sot&eacute;riques parsem&eacute; d&rsquo;une abondante litt&eacute;rature mystique et apocalyptique. De ces recherches na&icirc;t un livre devenu canonique, le <i>Sefer Yesira<\/i>. Ce texte s&rsquo;av&egrave;re repr&eacute;sentatif d&rsquo;un contexte antique avec la p&eacute;riode hell&eacute;nistique, l&rsquo;empire romain, d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; et la pr&eacute;sence de communaut&eacute;s dont la finalit&eacute; est tout autre car elle ne vise par la conqu&ecirc;te des hommes et des territoires mais la compr&eacute;hension de l&rsquo;univers. Le <i>Sefer Yesira<\/i> est un texte court &agrave; vis&eacute;e cosmologique et cosmogonique. On y retrouve divers ingr&eacute;dients sp&eacute;culatifs provenant d&rsquo;Orient mais aussi des doctrines grecques inspir&eacute;es par les pr&eacute;socratiques et bien &eacute;videmment le Dieu cr&eacute;ateur de la Gen&egrave;se qui est con&ccedil;u en incorporant des sp&eacute;culations pythagoricienne et platoniciennes. Les maisons construites avec deux &agrave; sept pierres sont d&eacute;nombr&eacute;es &agrave; partir des factorielles. On retrouve le nombre magique 5040, soit 7 ! qui est aussi le nombre id&eacute;al des habitants de la cit&eacute; d&eacute;crite par Platon dans les <i>Lois<\/i>. La kabbale se comprend ainsi comme un texte &eacute;sot&eacute;rique visant &agrave; comprendre &agrave; partir des nombres et des lettres comment le cosmos a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;. Plus qu&rsquo;un r&eacute;cit comme celui du <i>Tim&eacute;e<\/i> de Platon nous avons affaire &agrave; une sorte d&rsquo;organigramme qui se place dans une orientation cosmologique adoss&eacute;e au monoth&eacute;isme juda&iuml;que. Cette vision marque l&rsquo;&eacute;poque axiale qui s&rsquo;ach&egrave;ve et vit l&rsquo;apog&eacute;e des empires fond&eacute;s sur les v&eacute;rit&eacute;s cosmologiques alors que l&rsquo;empire romain est sur la fin apr&egrave;s avoir repr&eacute;sent&eacute; un type d&rsquo;empire fond&eacute; sur les v&eacute;rit&eacute;s anthropologiques avec l&rsquo;h&eacute;ritage de la philosophie grecque, surtout celle des sto&iuml;ciens. La kabbale assume ainsi un autre h&eacute;ritage grec, celui de la gnose, de la mystique, de la sp&eacute;culation m&eacute;taphysique et donc, un h&eacute;ritage plus ax&eacute; sur Platon. Les gnostiques <span class=\"spip_surligne\">juifs<\/span> cherchaient &agrave; comprendre quelle &eacute;tait l&rsquo;origine du monde et trouver une intelligibilit&eacute; dans la cr&eacute;ation, avec l&rsquo;emploi des nombres et des lettres. Bien &eacute;videmment, la science moderne a fourni un autre r&eacute;cit cosmogonique ainsi qu&rsquo;une cosmologie math&eacute;matique efficace mais ce n&rsquo;est pas une raison pour regarder cette kabbale d&rsquo;un autre &acirc;ge comme une sorte d&rsquo;enfantillage. Les gens qui ont r&eacute;fl&eacute;chi &agrave; la cr&eacute;ation &eacute;taient savants et tr&egrave;s intelligents et savaient regarder les choses autant que produire avec un imaginaire puissant des explications se voulant formelles et symbolique, &agrave; d&eacute;faut d&rsquo;&ecirc;tre rationnelles au sens o&ugrave; nous modernes entendons ce mot. Le <i>Sefer Yesira<\/i> a pour th&egrave;me fondamental la sagesse de Dieu exprim&eacute;e et r&eacute;v&eacute;l&eacute;e dans la cr&eacute;ation du monde.<\/p>\n<p>\n\t\tOn trouve &eacute;galement, dans la litt&eacute;rature juive du 2<sup>&egrave;me<\/sup> au 4<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle, des &eacute;crits apocalyptiques et mystiques portant sur le Char c&eacute;leste, les contemplations des sept palais. Ces &eacute;crits sont issus d&rsquo;une m&eacute;ditation sur le Livre d&rsquo;H&eacute;noch. Ils illustrent bien les inqui&eacute;tudes spirituelles et les attentes en cette fin de p&eacute;riode axiale alors que Rome &eacute;tait d&eacute;j&agrave; sur une pente d&eacute;clinante. Cette litt&eacute;rature kabbalistique semble &eacute;merger, peut-&ecirc;tre pas de concert, mais en parall&egrave;le avec l&rsquo;av&egrave;nement et la diffusion du christianisme dans l&rsquo;empire.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<u>II. 13-14<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle. La kabbale sot&eacute;riologique<\/u>. L&rsquo;univers m&eacute;di&eacute;val, surtout en Europe, se d&eacute;marque de beaucoup de l&rsquo;univers antique. Les villes sont fortifi&eacute;es et le rapport &agrave; l&rsquo;espace est diff&eacute;rent. D&rsquo;ailleurs, c&rsquo;est l&rsquo;existence dans son ensemble qui se pr&eacute;sente diff&eacute;remment, avec un contexte culturel et cultuel marqu&eacute; par la chr&eacute;tient&eacute; en Europe et l&rsquo;islam au Sud et &agrave; l&rsquo;Est. Comprendre comment l&rsquo;existence &eacute;tait v&eacute;cue &agrave; cette &eacute;poque n&rsquo;est pas facile. Les &oelig;uvres et les textes ne permettent que de formuler des sp&eacute;culations sur la mani&egrave;re dont les esprits les plus ouverts pensaient l&rsquo;univers, le monde et le divin. On peut n&eacute;anmoins consid&eacute;rer que le Moyen Age europ&eacute;en tardif s&rsquo;est dessin&eacute;, &agrave; d&eacute;faut d&rsquo;&ecirc;tre un empire unifi&eacute;, comme un ensemble civilisationnel bas&eacute; sur des v&eacute;rit&eacute;s sot&eacute;riologiques. Et comme la kabbale semble suivre les tendances th&eacute;ologiques et philosophiques, on ne sera pas &eacute;tonn&eacute; de voir la question du salut de l&rsquo;individu, sur terre et dans le monde des &acirc;mes, devenir un th&egrave;me pro&eacute;minent. A l&rsquo;&eacute;poque des croisades chr&eacute;tiennes en Orient et des h&eacute;r&eacute;sies cathares, les kabbalistes de Provence ont d&eacute;velopp&eacute; une attention particuli&egrave;re au sens de l&rsquo;existence. Et c&rsquo;est &agrave; la fin du 13<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle que Mo&iuml;se de L&eacute;on combine deux courants kabbalistiques, celui de G&eacute;rone issu de Provence et celui de Castille, pour livrer une somme th&eacute;ologique et mythologique cens&eacute;e &eacute;clairer ce que signifie le juda&iuml;sme en terme de vocation, de destination et de compr&eacute;hension ; &agrave; la foi de la vie divine avec les <i>Sefirots<\/i> et du destin de l&rsquo;individu <span class=\"spip_surligne\">juif<\/span> dans les deux mondes. Ecrit par Mo&iuml;se de L&eacute;on, le <i>Zohar<\/i>, m&eacute;ditation sur le <i>Pentateuque<\/i> et trois autres livres, est devenu l&rsquo;ouvrage majeur de la litt&eacute;rature kabbalistique et constitue l&rsquo;&eacute;quivalent du <i>Compendium<\/i> de saint Thomas qui r&eacute;sume sa <i>Somme th&eacute;ologique<\/i> en la rendant accessible au plus grand nombre de fid&egrave;les.<\/p>\n<p>\n\t\tLe <i>Zohar<\/i> a donc &eacute;t&eacute; r&eacute;dig&eacute; &agrave; une &eacute;poque marqu&eacute;e par le souci synth&eacute;tique d&rsquo;incorporer diff&eacute;rentes sources, de les combiner pour livrer un puzzle &eacute;sot&eacute;rique permettant d&rsquo;expliquer le divin et la condition humaine. On trouve ce souci synth&eacute;tique dans la plupart des courants philosophiques m&eacute;di&eacute;vaux, en Europe et en Islam. Un deuxi&egrave;me souci est pr&eacute;sent, celui de transmettre les savoirs. Enfin, soulignons que la r&eacute;daction du <i>Zohar<\/i> pr&eacute;c&egrave;de le d&eacute;terminant 14<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle avec ses innovations radicales, comme l&rsquo;ars nova en musique, les &eacute;crits de P&eacute;trarque et Dante, mais aussi la grande crise europ&eacute;enne, avec le schisme papal, la guerre de cent ans, la peste noire. Un &acirc;ge d&rsquo;or europ&eacute;en se dessine. La kabbale se diffuse au sein de cet univers en plein essor intellectuel. Sans doute une seconde p&eacute;riode axiale avec des innovations techniques radicales, notamment la mesure du monde qui oblige les Europ&eacute;ens &agrave; penser en terme d&rsquo;espace et de temps quantifi&eacute;s. Entre 1275 et 1325 on voit arriver les premi&egrave;res horloges m&eacute;caniques, les canons, les cartes et la comptabilit&eacute; en partie double (Crosby, <i>La mesure de la r&eacute;alit&eacute;<\/i>, Allia)<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<u>III. 16-18<sup>&egrave;mes<\/sup> si&egrave;cle. La kabbale eschatologique et messianique<\/u>. Un &eacute;v&eacute;nement d&rsquo;abord, l&rsquo;expulsion des <span class=\"spip_surligne\">Juifs<\/span> d&rsquo;Espagne en 1492 qui incita quelques-uns &agrave; &eacute;migrer en Palestine avec parmi eux d&rsquo;&eacute;minents kabbalistes. Un nouveau contexte de dessine. Les g&eacute;n&eacute;rations pr&eacute;c&eacute;dentes &eacute;taient centr&eacute;es sur le retour &agrave; la source de la vie par la contemplation des mondes d&rsquo;en-haut adoss&eacute; &agrave; l&rsquo;enseignement des pratiques &eacute;sot&eacute;riques accessibles &agrave; tous ind&eacute;pendamment d&rsquo;une structure messianique (Scholem, p. 137). La g&eacute;n&eacute;ration qui vient prend conscience d&rsquo;une dimension apocalyptique de l&rsquo;existence et se penche sur une pr&eacute;occupation in&eacute;dite, la r&eacute;demption. Le temps &eacute;sot&eacute;rique est compris diff&eacute;remment. La kabbale devient alors une force historique et surtout, collective et non plus personnelle comme dans les temps anciens. Le salut des fils d&rsquo;Isra&euml;l est l&rsquo;affaire de tous et le messianisme est propos&eacute; en partage. On assiste donc &agrave; un tournant eschatologique d&eacute;pendant d&rsquo;une compr&eacute;hension invers&eacute;e du temps &eacute;sot&eacute;rique. Cette rupture est contemporaine de la R&eacute;forme chr&eacute;tienne mais elle &eacute;pouse aussi un renversement ontologique peu connu, celui permettant de passer de la m&eacute;taphysique des essences (Sohravard&icirc;, 12<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle) &agrave; la m&eacute;taphysique de l&rsquo;existence (Sadr&acirc; Sh&icirc;r&acirc;z&icirc;, 17&egrave;me si&egrave;cle). Sans entrer dans les d&eacute;tails, on peut d&eacute;duire que dans la kabbale m&eacute;di&eacute;vale, la voie temporelle est celle du d&eacute;pouillement, alors que dans la kabbale eschatologique, la voie temporelle est celle de l&rsquo;accumulation (qui se veut collective). Il y a une &laquo; oeuvre du Temps &raquo; et certainement, cette orientation anticipe les tendances modernistes qu&rsquo;on trouve par exemple dans la th&eacute;ocid&eacute;e de Leibniz, puis dans la version s&eacute;cularis&eacute;e, chez Hegel, chez les penseurs de l&rsquo;Histoire et d&rsquo;une mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale, dans les philosophies du progr&egrave;s.<\/p>\n<p>\n\t\tParmi ceux qu&rsquo;on peut d&eacute;signer comme les r&eacute;formateurs de la kabbale (comme il y eu la r&eacute;forme luth&eacute;rienne), le plus connu, autant que myst&eacute;rieux, reste Isaac Luria, personnage &eacute;nigmatique qui re&ccedil;u une masse d&rsquo;information tellement puissante qu&rsquo;il eut des difficult&eacute;s &agrave; consigner des id&eacute;es fulgurantes qui se pr&ecirc;tent pas &agrave; la syst&eacute;matisation. Ce fut le cas &eacute;galement de Jacob B&ouml;hme, mystique chr&eacute;tien n&eacute; un demi-si&egrave;cle apr&egrave;s Luria. Il existe des traits communs caract&eacute;risant ces visions qui d&eacute;passent la rationalit&eacute; et la finitude des formes spatiotemporelles. Luria apporte deux innovations majeures. D&rsquo;abord la th&egrave;se du <i>zimzum<\/i>, autrement dit, la n&eacute;cessaire r&eacute;tractation de Dieu pour que la cr&eacute;ation advienne. Ensuite le <i>tikkun<\/i>, concept cl&eacute; signifiant une restauration d&rsquo;un ordre cens&eacute; &ecirc;tre la perfection &agrave; l&rsquo;origine. L&rsquo;univers est imagin&eacute; avec l&rsquo;image de vases bris&eacute;s dont les morceaux doivent &ecirc;tre rassembl&eacute;s. Et c&rsquo;est sur ce point la grande innovation apport&eacute;e &agrave; la kabbale m&eacute;di&eacute;vale. Il n&rsquo;est plus seulement question de m&eacute;ditation et de purification de l&rsquo;&acirc;me pour un salut personnel. L&rsquo;homme a sur terre la charge de certaines actions finales concourrant &agrave; l&rsquo;ach&egrave;vement du processus du <i>tikkun<\/i>. La finalit&eacute; &eacute;tant de r&eacute;tablir la communion entre les cr&eacute;atures et Dieu, laquelle serait contrari&eacute;e par la partie la plus basse du royaume physique des <i>kelippot<\/i>.<\/p>\n<p>\n\t\tUn si&egrave;cle apr&egrave;s les innovations de Luria, le monde <span class=\"spip_surligne\">juif<\/span> est secou&eacute; par une secousse messianique qui s&rsquo;inscrit dans le v&eacute;cu de la communaut&eacute; juive en Europe, suite notamment aux pers&eacute;cutions subies en Pologne et en Russie. Sabbata&iuml; Z&eacute;vi fut l&rsquo;initiateur d&rsquo;un mouvement intense d&rsquo;esp&eacute;rance li&eacute; notamment au renouveau spirituel issu des kabbalistes de Safed et notamment &agrave; l&rsquo;id&eacute;e de r&eacute;demption imminente d&eacute;coulant de la kabbale lurianique et du <i>tikkun<\/i>, avec l&rsquo;hypoth&egrave;se d&rsquo;une restauration accomplie.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<u>La kabbale et le monde contemporain.<\/u> L&rsquo;&eacute;poque dite contemporaine fut inaugur&eacute;e par un h&eacute;ros de l&rsquo;histoire, Napol&eacute;on, et un h&eacute;ros de la pens&eacute;e, Hegel. Le 19<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle est l&rsquo;&eacute;poque de l&rsquo;Histoire, marqu&eacute;e dans des grands r&eacute;cits, raison dans l&rsquo;Histoire pensait Hegel, &eacute;volution pour Darwin, mat&eacute;rialisme historique pour Marx, positivisme pour Comte et diff&eacute;rentes options o&ugrave; l&rsquo;individu se place au service d&rsquo;un collectif, que ce soit une nation ou une id&eacute;ologie. La kabbale lurianique repr&eacute;sente une anticipation de ces doctrines marqu&eacute;es par l&rsquo;&oelig;uvre du temps. En fait, trois options se pr&eacute;sentent, ruse de la &laquo; technique-mati&egrave;re &raquo; chez Marx ou les scientistes, ruse de la raison pour Hegel et ruse de Dieu que les kabbalistes ont tent&eacute; d&rsquo;&eacute;lucider. Mais le sort de la kabbale fut d&rsquo;&eacute;pouser les tendances de l&rsquo;&eacute;poque avec deux traits caract&eacute;ristiques. Certains kabbalistes tracent une fronti&egrave;re nette entre la kabbale lurianique et les nouvelles r&eacute;v&eacute;lations jug&eacute;es inaccessibles aux profanes. Cette attitude &eacute;voque d&rsquo;autres cercles plus ou moins &eacute;sot&eacute;riques, ainsi que le secret pratiqu&eacute; par les confr&eacute;ries ma&ccedil;onniques depuis leur origine. La kabbale ne fait pas bon m&eacute;nage avec la masse. Quant aux masses et autres communaut&eacute;s, elles &eacute;pousent les aspirations de l&rsquo;&eacute;poque marqu&eacute;e par la mort de Dieu, la s&eacute;cularisation et la croyance au progr&egrave;s scientifique, tandis que la kabbale est combattue au sein m&ecirc;me de la communaut&eacute; juive par des groupes d&rsquo;individus oppos&eacute;s &agrave; ces savantes m&eacute;ditations. Ce qui n&rsquo;est pas sans rappeler l&rsquo;attitude de l&rsquo;Eglise face aux aventures sp&eacute;culatives d&rsquo;un Teilhard de Chardin.<\/p>\n<p>\n\t\tMalgr&eacute; le renouveau des &eacute;tudes kabbalistiques gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;impulsion de Scholem, la kabbale, (comme du reste les autres traditions mystiques et gnostiques) reste marginalis&eacute;e dans un monde de plus en plus d&eacute;termin&eacute; par les techniques et les grands ensembles militaires, politiques et &eacute;conomiques. Pour l&rsquo;instant, on ne sait pas s&rsquo;il faut parler d&rsquo;un Moyen Age ayant dur&eacute; plus de deux si&egrave;cles, de 1800 &agrave; 2010. Un Moyen Age o&ugrave; le progr&egrave;s mat&eacute;riel s&rsquo;accompagne d&rsquo;une mis&egrave;re spirituelle. Pourtant, les &eacute;claircies n&rsquo;ont pas manqu&eacute;, ni les tentatives gnostiques, ni les grandes &oelig;uvres artistiques et philosophiques.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<u>La kabbale au 21<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle.<\/u> Cette courte pr&eacute;sentation des trois &acirc;ges de la kabbale incline &agrave; envisager un &eacute;ventuel quatri&egrave;me &acirc;ge de la kabbale. Mais seuls les initi&eacute;s savent si cette tradition mystico-sp&eacute;culative poss&egrave;de un avenir &agrave; une &eacute;poque marqu&eacute;e par les d&eacute;couvertes de la science et la d&eacute;saffection du spirituel. Quelle signification accorder aux <i>Sefirots<\/i>, aux quatre mondes de la kabbale, au <i>tikkun<\/i>, etc. dans le contexte o&ugrave; cosmologie relativiste et m&eacute;canique quantique des champs d&eacute;crivent l&rsquo;univers et sa mati&egrave;re ? Alors que les g&egrave;nes sont d&eacute;sign&eacute;s comme gouverneurs du vivant et que les neurosciences nous expliquent comment nous pensons avec nos neurones. Quelle place pour la vie divine, les arri&egrave;res mondes et la mystique ? Le monde contemporain vit dans une atmosph&egrave;re d&rsquo;inqui&eacute;tude. Deux options, le divertissement ou la gnose. La kabbale a toute sa place et son destin est peut-&ecirc;tre de s&rsquo;universaliser. Quelques rapprochements avec la physique quantique et la cosmologie ? Mais aussi, une r&eacute;interpr&eacute;tation sur la structure des mondes spirituels, avec les miroirs m&eacute;taphysiques. La kabbale est une invitation &agrave; l&rsquo;enrichissement spirituel en ce monde vou&eacute; &agrave; l&rsquo;adoration des objets technologiques et de l&rsquo;argent.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Une kabbale pour le 21&egrave;me si&egrave;cle ? &nbsp; &nbsp; &nbsp; La kabbale est le plus souvent mal vue, pour ne pas dire d&eacute;consid&eacute;r&eacute;e, m&ecirc;me au sein de la communaut&eacute; juive o&ugrave; elle repr&eacute;sente le fruit d&rsquo;une tradition ancestrale jug&eacute;e suspecte de mani&egrave;re r&eacute;currente. 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