{"id":4696,"date":"2013-01-30T17:18:07","date_gmt":"2013-01-30T17:18:07","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=4696"},"modified":"2013-01-31T04:04:19","modified_gmt":"2013-01-31T04:04:19","slug":"une-enfance-juive-en-mediterranee-musulmane-kaddish-pour-enfance-defunte-entretien-avec-roge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/une-enfance-juive-en-mediterranee-musulmane-kaddish-pour-enfance-defunte-entretien-avec-roge\/","title":{"rendered":"Une enfance juive en M\u00e9diterran\u00e9e musulmane :  \u00a0\u00bbKaddish pour enfance d\u00e9funte\u00a0\u00bb &#8211; Entretien avec Roger Dadoun"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<table border=\"0\" cellpadding=\"0\" cellspacing=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td bgcolor=\"#ffffff\">\n<p>\n\t\t\t\t\tUne enfance juive en M&eacute;diterran&eacute;e musulmane : &nbsp;&#39;&#39;Kaddish pour enfance d&eacute;funte&#39;&#39; &#8211;&nbsp;Entretien avec Roger Dadoun*<br \/>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<span>Propos recueillis par Paul Bena&iuml;m pour Guysen International News<\/span><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td align=\"center\" bgcolor=\"#ffffff\" valign=\"top\">\n<div class=\"toolbox\">\n<div class=\"utility\">\n<div class=\"tool\">\n\t\t\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td align=\"left\" bgcolor=\"#ffffff\" class=\"news\" valign=\"top\">\n\t\t\t\t<center><br \/>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/center><br \/>\n\t\t\t\t<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLes &eacute;ditions &laquo; Bleu autour &raquo; viennent de publier des textes in&eacute;dits recueillis par Le&iuml;la Sebbar. Le philosophe Roger Dadoun, originaire d&rsquo;Oran qui a &eacute;crit un texte sur sa ville natale a accept&eacute; de r&eacute;pondre &agrave; nos questions &agrave; propos de ce recueil, qui ne manquera pas d&rsquo;int&eacute;resser les Juifs n&eacute;s sur le pourtour de la M&eacute;diterran&eacute;e.<\/p>\n<p><\/p>\n<div>\n\t\t\t\t\t<br \/>\n\t\t\t\t\t<b>Paul Bena&iuml;m &#8211; <\/b>En prenant connaissance des trente-quatre textes qui traitent d&rsquo;enfances juives v&eacute;cues sur tout le pourtour m&eacute;diterran&eacute;en, du Maroc en Turquie, de Tunisie au Liban, d&rsquo;Alg&eacute;rie en Egypte ou en Lybie, je me suis spontan&eacute;ment port&eacute; sur les r&eacute;cits alg&eacute;riens &ndash; Alger, Constantine, Guelma, Blida, B&ocirc;ne &ndash; et plus particuli&egrave;rement, comme vous pouvez l&rsquo;imaginer, sur Oran, puisque, simplement, c&rsquo;est la ville de mon enfance, et que je pensais y retrouver des pans entiers de ma m&eacute;moire. Ce qu&rsquo;effectivement vous m&rsquo;apportez, Roger Dadoun, avec votre texte, le seul sur Oran, au titre d&eacute;j&agrave; &eacute;vocateur : &ldquo;Kaddish pour enfance d&eacute;funte&rdquo;. &ldquo;Kaddish&rdquo;, pri&egrave;re juive des morts, et &ldquo;d&eacute;funte&rdquo;, qui n&rsquo;est pas sans faire &eacute;cho &agrave; la &ldquo;Pavane pour une infante d&eacute;funte&rdquo; de Ravel &#8211; que de r&eacute;sonances !<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t<b>Roger Dadoun<\/b> &ndash; Tel &eacute;tait exactement mon propos, comme il fut celui de la plupart des auteurs. Nous avons tous, l&agrave;, le sentiment d&rsquo;une perte irr&eacute;parable, et qui fait revenir, dans divers articles critiques, le mot de &ldquo;nostalgie&rdquo; &ndash; mais c&rsquo;est une perte qui ouvre, si l&rsquo;on peut dire, un spectre aux coloris divers, allant d&rsquo;une d&eacute;chirante m&eacute;lancolie &agrave; une qualit&eacute; de joie o&ugrave; se combinent soleil et mer et sable, ainsi que mets, &eacute;pices, odeurs et parfums, et o&ugrave; se donnent &agrave; lire, en donn&eacute;es concr&egrave;tes et v&eacute;cues, les rapports &eacute;tranges, &agrave; la fois fraternels et conflictuels, entres Juifs et &ldquo;Arabes&rdquo;. C&rsquo;est un des apports les plus originaux des textes propos&eacute;s.<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t<b>P.B.<\/b> &ndash; Le bain culturel dans cette M&eacute;diterran&eacute;e musulmane sur fondation coranique donne lieu &agrave; des plong&eacute;es plus ou moins significatives. Certains auteurs y sont &agrave; fond, comme par exemple au Maroc, d&rsquo;autres se tiennent relativement &eacute;loign&eacute;s, impr&eacute;gn&eacute;s qu&rsquo;ils sont et veulent &ecirc;tre de &ldquo;culture fran&ccedil;aise&rdquo;, ou &ldquo;occidentale&rdquo;. M&rsquo;en tenant &agrave; la seule ville d&rsquo;Oran que je connais bien, on a l&rsquo;impression qu&rsquo;avec vos notations &agrave; peu pr&egrave;s &eacute;gales sur quartier juif d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; et quartier arabe, ou &ldquo;Village n&egrave;gre&rdquo;, de l&rsquo;autre, vous vous situez en une sorte de juste milieu.<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t<b>R.D. <\/b>&ndash; C&rsquo;est peut-&ecirc;tre, effectivement, une fa&ccedil;on assez &ldquo;juste&rdquo; de d&eacute;signer des situations souvent caract&eacute;ris&eacute;es par des parcours qui se croisent et s&rsquo;entrelacent. J&rsquo;habitais rue de Vienne, qui est toute proche de la rue de la R&eacute;volution, art&egrave;re juive par excellence, mais qui par ailleurs, &agrave; partir du boulevard Magenta, passant devant la grande Synagogue, d&eacute;bouche sur la gare routi&egrave;re (draperies et burnous des familles arabes attendent le d&eacute;part des autocars pour le Sud), la Maison du Colon, la rue d&rsquo;Arzew et la Cath&eacute;drale, soit en pleine chr&eacute;tient&eacute;, ce qui n&rsquo;emp&ecirc;che pas mon oncle Jules Malka d&rsquo;exhiber, juste en face au premier &eacute;tage, sa belle enseigne, &ldquo;Jules tailleur&rdquo;.<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t<b>P.B.<\/b> &ndash; A l&rsquo;autre p&ocirc;le, votre p&egrave;re a son atelier en plein &ldquo;Village n&egrave;gre&rdquo;?<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t<b>R.D. &#8211; <\/b>Pour la raison tr&egrave;s simple qu&rsquo;il fabrique des &ldquo;chaussures indig&egrave;nes&rdquo;, des mocassins d&rsquo;une qualit&eacute; sans pareille. Je le vois manipulant les &ldquo;cuirs et peaux&rdquo; chez son marchand habituel, le &ldquo;T&eacute;touanais&rdquo; &ndash; les humer, caresser, go&ucirc;ter, faire chanter, pour parvenir au meilleur. Certains clients arabes descendent, comme ils disent, &ldquo;de la montagne&rdquo;, pour les acqu&eacute;rir. Les discussions, c&rsquo;est un fait constant et caract&eacute;ristique, durent longtemps, deviennent de v&eacute;ritables palabres o&ugrave; l&rsquo;on marchande &agrave; coups de sourates coraniques, en buvant du th&eacute; &agrave; la menthe que je vais chercher dans le caf&eacute; arabe voisin. Plantant l&agrave; une discussion en arabe qui m&rsquo;&eacute;chappe pour l&rsquo;essentiel, je vais d&eacute;ambulant &agrave; travers des rues &agrave; la fois autres et famili&egrave;res, peupl&eacute;es de ha&iuml;ks, burnous, djellabas, turbans, senteurs d&rsquo;&eacute;pices et de hammams, o&ugrave; alternent toutes sortes de petits commerces, caf&eacute;s et ateliers (tissus et m&eacute;taux) &ndash; le p&ocirc;le magn&eacute;tique demeurant le &ldquo;chibani&rdquo;, un vieil arabe assis sur un tabouret devant un plateau contenant une p&acirc;tisserie semoule et miel, le <i>chemyia<\/i>, dont, fid&egrave;le client, il me d&eacute;coupe une part g&eacute;n&eacute;reuse; je n&rsquo;en ai plus jamais retrouv&eacute; l&rsquo;&eacute;quivalent.<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t<b>P.B. <\/b>&ndash; Il est remarquable de constater que la plupart des auteurs du recueil offrent des t&eacute;moignages &agrave; la fois du m&ecirc;me ordre et toujours diff&eacute;rents. On pourrait composer toute une petite anthologie culinaire jud&eacute;o-arabe, donnant une saveur <i>sui generis <\/i>&agrave; des r&eacute;cits o&ugrave; les donn&eacute;es historiques, avec peurs, drames et violences, sont loin d&rsquo;&ecirc;tre absents. Pour en revenir au terme de &ldquo;Kaddish&rdquo;, vous semblez avoir une accointance particuli&egrave;re avec le cimeti&egrave;re juif.<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t<b>R.D. <\/b>&ndash; Il a toujours conserv&eacute; pour moi, paradoxalement, une qualit&eacute; festive rare. Quand il m&rsquo;arrive de traverser de part en part le quartier arabe, je d&eacute;bouche sur le cimeti&egrave;re juif. Ma tante en est la gardienne, mon oncle, Messaoud, avec son fid&egrave;le associ&eacute; espagnol Pastor et mes deux cousins, travaille le marbre pour monuments fun&eacute;raires. En v&eacute;lo ou &agrave; pied, je me prom&egrave;ne &agrave; travers les tombes. Je tombe sur un cercle concentr&eacute; de fid&egrave;les en train de dire, autour d&rsquo;une fosse, le Kaddish, tandis qu&rsquo;un peu plus loin, une famille &ldquo;marocaine&rdquo;, fid&egrave;le &agrave; une tradition honorant les morts &acirc;g&eacute;s, d&eacute;balle sur les tombes couvertes d&rsquo;une nappe blanche de quoi festoyer (omelettes, &laquo; <i>m&rsquo;gain&egrave;<\/i>, &raquo; &oelig;ufs durs, &laquo; <i>bestels &raquo;<\/i> ou rissoles, fruits, g&acirc;teaux). Mais l&agrave; je m&rsquo;&eacute;gare &ndash; j&rsquo;entre dans des d&eacute;tails que le nombre de signes limit&eacute; nous oblige &agrave; &eacute;carter. Ce devait &ecirc;tre une contrainte s&eacute;v&egrave;re pour tous les auteurs.<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t<b>P.B. &ndash; <\/b>Vous avez, de fait, adopt&eacute; une perspective globale sur Oran, qui m&rsquo;a paru quelque chose de tout &agrave; fait singulier dans le recueil. Je vous cite : &ldquo;Franchi le haut portail de la basse maison avec son &ldquo;patio&rdquo; qui n&rsquo;est que pauvre courette de malheur, l&rsquo;enfant, livr&eacute; &agrave; lui-m&ecirc;me, h&eacute;site.&rdquo; (L&rsquo;enfant, c&rsquo;est vous-m&ecirc;me, car vous r&eacute;pugnez visiblement &agrave; dire &ldquo;je&rdquo;). A partir d&rsquo;une imperceptible vacillation enfantine, vous d&eacute;crivez la cit&eacute; comme une &ldquo;plaque tectonique&rdquo; descendant &agrave; votre droite vers le port et la mer, ouverte sur l&rsquo;Occident (envols maritimes vers la France), ou remontant &agrave; gauche en direction du quartier arabe, pour d&eacute;boucher sur le terrain vague du &ldquo;champ de manoeuvre&rdquo;. Cette derni&egrave;re orientation semble d&eacute;signer pour vous le r&egrave;gne du sec, et vous imaginez sans doute quelque &ldquo;Orient d&eacute;sert&rdquo; , ou un &ldquo;Sud profond&rdquo; ?<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t<b>R.D. <\/b>&ndash; Mon regard se porte effectivement sur la petite ville d&rsquo;A&iuml;n-Sefra, o&ugrave; vit une v&eacute;ritable <i>joint family <\/i>de cousins et cousines, oncles et tantes &ndash; c&rsquo;est aux portes du Sahara. Une enfance ainsi restitu&eacute;e est n&eacute;cessairement , et pour tous, travers&eacute;e de lignes imaginaires, grev&eacute;e de trou&eacute;es &ldquo;profondes&rdquo;. Que de &ldquo;cryptes&rdquo;, de niches obscures, que nous sommes amen&eacute;s &agrave; laisser en rade. M&ecirc;me les t&eacute;moignages qui se veulent d&rsquo;une sinc&eacute;rit&eacute; irr&eacute;prochable et d&rsquo;une rigoureuse objectivit&eacute; ne laissent pas de refl&eacute;ter d&rsquo;abord la personnalit&eacute; de l&rsquo;auteur, et la singularit&eacute; de son rapport avec le milieu. Vous avez parl&eacute;, au d&eacute;but de notre entretien, de &ldquo;juste milieu&rdquo;. Y&rsquo;en a-t-il un, si notre Oran natal, exemplaire de maintes autres cit&eacute;s, vacille entre Orient et Occident, entre P&egrave;re et M&egrave;re, entre Tora et Coran, entre refoulement et m&eacute;moire ? Qu&rsquo;est-ce que tout cela peut bien vouloir dire ?<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t<b>P.B. <\/b>&ndash; Voil&agrave; des interrogations qui semblent refl&eacute;ter, avant tout, votre formation conjointe de philosophe et de psychanalyste. Elles n&rsquo;en impr&egrave;gnent pas moins de multiples t&eacute;moignages, et c&rsquo;est l&agrave; une pr&eacute;cieuse piste de r&eacute;flexion pour le lecteur.<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t<b>R.D. <\/b>&#8211; Si vous le dites, docteur &hellip;<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t\t\t\t*Roger Dadoun est professeur &eacute;m&eacute;rite de litt&eacute;rature compar&eacute;e &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; Paris VII-Denis Diderot. Il vient de publier, dans le n&deg;22, avril 2012, de la revue <i>Cultures &amp; Soci&eacute;t&eacute;s, Sciences de l&rsquo;homme<\/i>, un dossier intitul&eacute; &ldquo;Alcools, Alcoolismes, &Ocirc; l&rsquo;Alcool&rdquo;, comportant une dizaine de contributions qui, centr&eacute;es sur l&rsquo;ouvrage novateur de Mich&egrave;le Monjauze, psychologue clinicienne, sp&eacute;cialiste de psychopathologie alcoolique, <i>Pour une nouvelle<\/i> <i>clinique de l&rsquo;alcoolisme. La Part alcoolique du Soi <\/i>(In Press, 2011), s&rsquo;efforcent de faire le point sur les questions cruciales, individuelles et collectives, pos&eacute;es par l&rsquo;alcoolisme &ndash; objet autant d&rsquo;une faveur croissante que d&rsquo;un mortel refoulement. Nous aurons l&rsquo;occasion d&rsquo;en rendre compte.<\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Une enfance juive en M&eacute;diterran&eacute;e musulmane : &nbsp;&#39;&#39;Kaddish pour enfance d&eacute;funte&#39;&#39; &#8211;&nbsp;Entretien avec Roger Dadoun* &nbsp; Propos recueillis par Paul Bena&iuml;m pour Guysen International News &nbsp; &nbsp; Les &eacute;ditions &laquo; Bleu autour &raquo; viennent de publier des textes in&eacute;dits recueillis par Le&iuml;la Sebbar. 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