{"id":4720,"date":"2012-06-28T17:02:22","date_gmt":"2012-06-28T17:02:22","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=4720"},"modified":"2012-06-28T17:02:22","modified_gmt":"2012-06-28T17:02:22","slug":"bernard-guetta-loptimiste-des-revolutions-arabes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/bernard-guetta-loptimiste-des-revolutions-arabes\/","title":{"rendered":"Bernard Guetta, l\u2019optimiste des r\u00e9volutions arabes"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tBernard Guetta, l&rsquo;optimiste des r&eacute;volutions arabes<\/p>\n<div class=\"page_ct\">\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLe livre du chroniqueur de France Inter et journaliste Bernard Guetta, L&#39;an I des r&eacute;volutions arabes (Ed. Belin) n&#39;est pas un &eacute;ni&egrave;me r&eacute;cit sur la r&eacute;volution mais plut&ocirc;t une analyse au jour le jour et &agrave; distance des bouleversemen5ts. Ce regard global reste encore d&#39;actualit&eacute; pour comprendre les enjeux autour des r&eacute;volutions arabes.<\/p>\n<p>\n\t\tCertaines chroniques ont &eacute;t&eacute; corrig&eacute;es, modifi&eacute;es apr&egrave;s relecture montrant que m&ecirc;me les meilleurs journalistes g&eacute;opolitiques &eacute;taient pris de cours par les &eacute;v&egrave;nements et devaient analyser au gr&eacute; de l&#39;information. Comme le dit l&#39;auteur dans l&#39;une de ses chroniques, &laquo;&agrave; d&eacute;faut de pouvoir fournir une explication globale et coh&eacute;rente, on cherche des pr&eacute;c&eacute;dents historiques&raquo;. L&#39;auteur comparera ainsi souvent les r&eacute;voltes arabes avec l&#39;effondrement des r&eacute;gimes communistes.<\/p>\n<p>\n\t\tBernard Guetta a le m&eacute;rite de prendre rarement position dans son livre, et d&#39;aller &agrave; contre-courant de certaines id&eacute;es re&ccedil;ues. Son regard g&eacute;opolitique permet une prise de distance avec le ph&eacute;nom&egrave;ne r&eacute;volutionnaire et une mise au point un an apr&egrave;s. Pour Bernard Guetta, tout part de l&#39;Iran o&ugrave; il a fait un voyage dans les ann&eacute;es 90. &laquo;Cette plong&eacute;e iranienne m&#39;avait, en un mot, ancr&eacute; dans l&#39;id&eacute;e que l&#39;apparente immobilit&eacute; de l&#39;Islam &eacute;tait aussi trompeuse que l&#39;avait &eacute;t&eacute; celle des pays communistes&raquo; &eacute;crit-il. S&#39;il fait des parall&egrave;les entre la r&eacute;volution tunisienne et la r&eacute;volution iranienne, ce n&#39;est que pour montrer comment dans les deux pays, la jeunesse s&#39;est soulev&eacute;e, avide de r&eacute;volte. Mais la comparaison lui a aussi permis d&#39;&eacute;tudier l&#39;&eacute;volution des partis islamistes dans les diff&eacute;rents pays arabes. Le chroniqueur qui se d&eacute;clare &ecirc;tre &laquo;contre la th&eacute;orie du choc des civilisations&raquo; car pour lui, il n&#39;y aucune diff&eacute;rence entre un arabe, un chr&eacute;tien ou un juif, reste optimiste ; il estime que les r&eacute;voltes arabes symbolisent aussi la fin de la &laquo;menace d&#39;une guerre de religion dans le monde&raquo;. L&#39;int&eacute;r&ecirc;t de ces chroniques repose dans l&#39;actualit&eacute; des analyses encore valables aujourd&#39;hui quand on regarde la Tunisie de l&#39;int&eacute;rieur.<\/p>\n<p>\n\t\tL&#39;an I des r&eacute;volutions arabes&raquo; commence ainsi sur les chroniques iraniennes o&ugrave; l&#39;auteur revient sur les &eacute;lections de 2009 qui avaient amen&eacute; &laquo;la r&eacute;volution verte&raquo; dans la R&eacute;publique Islamique. Si les fraudes et la r&eacute;pression n&#39;ont pas chang&eacute; les r&eacute;sultats &eacute;lectoraux, la r&eacute;volte avait marqu&eacute; &laquo;une rupture entre pays l&eacute;gal et pays r&eacute;el&raquo; selon l&#39;auteur qui voit dans cette r&eacute;volution une premi&egrave;re anticipation des r&eacute;voltes arabes. Tout comme la suite de ces chroniques qui portent sur la Turquie, montrant d&eacute;j&agrave; en 2009, l&#39;attrait pour le mod&egrave;le politique turc. Dans son article de Lib&eacute;ration du 30 octobre 2009, Bernard Guetta parle d&eacute;j&agrave; de &laquo;l&#39;espoir turc des pays arabes&raquo; et commence son article par une phrase provocatrice pour l&#39;&eacute;poque : &laquo;Le pr&eacute;sident tunisien n&#39;est pas qu&#39;un dictateur&raquo; Pour lui, la Tunisie comme d&#39;autres pays musulmans fait d&eacute;j&agrave; face &agrave; un dilemme : le manque d&#39;alternatives politiques entre les mouvances islamiques et les r&eacute;gimes dictatoriaux en place. Si l&#39;auteur parle d&eacute;j&agrave; d&#39;une &eacute;lite active et militante, il se corrige 13 mois plus tard admettant avoir oubli&eacute; la jeunesse connect&eacute;e et en col&egrave;re qui poussera le pays vers la r&eacute;volte. Pourtant cet article &eacute;crit un mois avant la r&eacute;volution semble pr&eacute;monitoire et laisse &agrave; penser que les r&eacute;sultats d&#39;Ennahdha aux &eacute;lections n&#39;&eacute;taient pas si surprenants. Pour Bernard Guetta, la force du printemps arabe, reste la surprise de la jeunesse et sa &laquo;force d&eacute;cisionnelle&raquo; qui doit murir afin de mettre en place le r&eacute;gime voulu de l&#39;Iran &agrave; la Tunisie.<\/p>\n<p>\n\t\tL&#39;autre point int&eacute;ressant d&eacute;velopp&eacute; par l&#39;auteur porte sur la transition et l&#39;h&eacute;ritage de la dictature dont la Tunisie peine &agrave; se d&eacute;faire. Dans une chronique &laquo;Comment sortir d&#39;une dictature ?&raquo;, le d&eacute;bat entre &laquo;table-rase&raquo; ou &laquo;transition&raquo; est &eacute;voqu&eacute; par l&#39;auteur. Une impasse dans laquelle le pays semble toujours &ecirc;tre actuellement : la justice en t&eacute;moigne, entre proc&egrave;s exp&eacute;ditifs et d&eacute;dommagements h&acirc;tifs, peu de verdicts ont r&eacute;ellement rendu justice &agrave; ceux qui ont fait la r&eacute;volution. L&#39;exemple le plus actuel est <a href=\"http:\/\/www.dafina.net\/ness\/actu\/5531-tunisie-vague-de-colere-apres-verdict-dans-le-proces-des-martyrs-de-thala-et-kasserine-.html\" target=\"_blank\">celui du proc&egrave;s des martyrs<\/a>. L&#39;actualit&eacute; du m&eacute;contentement est quotidienne et la notion de &laquo;reddition des comptes&raquo; revient souvent dans la bouche des l&eacute;s&eacute;s du r&eacute;gime Ben Ali. Quant au processus de justice transitionnelle, il demeure vague et r&eacute;duit &agrave; des r&eacute;unions dans les hautes sph&egrave;res du Minist&egrave;re des droits de l&#39;homme.<\/p>\n<p>\n\t\tC&#39;est aussi lui, qui d&egrave;s le 26 octobre 201 d&eacute;crit &laquo;l&#39;impardonnable faute des la&iuml;cs tunisiens&raquo; aux &eacute;lections montrant leur manque d&#39;unit&eacute; comme la cause de leur &eacute;chec. Si l&#39;auteur ne per&ccedil;oit pas la victoire islamiste comme un danger contrairement &agrave; &laquo;l&#39;occident qui adore se faire peur&raquo;, il l&#39;explique par la pluralit&eacute; des mouvements islamistes : &laquo;il n&#39;y a pas en un mot, un seul et m&ecirc;me islamisme mais autant d&#39;islamismes que de pays musulmans&raquo;. Si cette id&eacute;e est encore valable aujourd&#39;hui, on peut reprocher &agrave; l&#39;auteur de rester dans le clich&eacute; de &laquo;l&#39;islam soluble dans la d&eacute;mocratie&raquo; sans donner plus de d&eacute;tails.<\/p>\n<p>\n\t\tAu fur et &agrave; mesure du livre, diff&eacute;rents pays entrent en sc&egrave;ne, l&#39;Egypte, la Libye, la Syrie et toujours l&#39;Iran sur lequel l&#39;auteur s&#39;interroge quand certains descendent encore dans la rue pour soutenir les pays fr&egrave;res r&eacute;volt&eacute;s. Le regard de l&#39;Iran sur les r&eacute;voltes arabes montre la puissance des mouvements : entre &laquo;l&#39;hyst&eacute;rie&raquo; du r&eacute;gime face &agrave; deux opposants qui manifestent pour la libert&eacute; tout comme le recours &agrave; la th&eacute;orie du complot o&ugrave; les Etats-Unis seraient le manipulateurs des r&eacute;voltes arabes, souligne une certaine &laquo;panique&raquo; comme dit l&#39;auteur du r&eacute;gime iranien face &agrave; ces soul&egrave;vements populaires. Tout comme du c&ocirc;t&eacute; chinois qui &laquo;a peur&raquo; d&#39;une contagion d&egrave;s avril 2011. Dans une autre chronique &laquo;le printemps arabe fracture le r&eacute;gime iranien&raquo;, Bernard Guetta montre aussi comment la crise de l&#39;Islam politique en Iran s&#39;&eacute;tend entre Ali Khomeini et Mahmoud Ahmadinejad, entre le pouvoir dictatorial et le pouvoir religieux. &laquo;Le printemps arabe a achev&eacute; de persuader l&#39;&eacute;quipe d&#39;Ahmadinejad que la jeunesse iranienne, la majorit&eacute; du pays, ne tol&egrave;rerait plus le r&eacute;gime des mollahs et qu&#39;il fallait desserrer l&#39;emprise du clerg&eacute; sur le pays avant que tout n&#39;explose&raquo; rajoute-il dans une autre chronique. L&#39;auteur a le m&eacute;rite de ne pas parler &laquo;d&#39;effet domino&raquo; dans les pays, mais plut&ocirc;t de &laquo;rythme des r&eacute;volutions arabes&raquo;. Il refuse certaines th&egrave;ses comme celle de la peur des flux migratoires apr&egrave;s les r&eacute;volutions mais parlent plut&ocirc;t de l&#39;espoir d&#39;une Eurafrique et de partenariats &agrave; d&eacute;velopper avec les pays r&eacute;volutionnaires au plus t&ocirc;t. Mais surtout, il insiste aussi sur les autres mouvements r&eacute;volutionnaires quelque peu oubli&eacute;s aujourd&#39;hui comme la r&eacute;volte du Bahre&iuml;n, et les sursauts du Y&eacute;men. Pour lui, la division n&#39;est pas seulement au sien de la soci&eacute;t&eacute; tunisienne entre la&iuml;cs et conservateurs mais aussi au sein des pays arabes. La seule unit&eacute; repose sur le soutien commun aux insurg&eacute;s syriens.<\/p>\n<p>\n\t\tQue retenir alors de positif dans le printemps arabe au vu des r&eacute;sultats &eacute;lectoraux qui ont amen&eacute; les islamistes au pouvoir en Egypte, au Maroc ? L&#39;article de l&#39;auteur dans le Lib&eacute;ration dat&eacute; du 2 f&eacute;vrier 2011 reste encore d&#39;actualit&eacute;. Deux des &laquo;quatre le&ccedil;ons du printemps arabe&raquo; sont &agrave; retenir : &laquo;le r&eacute;veil de l&#39;Islam vient rappeler &agrave; quel point les valeurs de la d&eacute;mocratie sont universelles&raquo;, &laquo;une troisi&egrave;me force s&#39;est constitu&eacute;e, celle de la &laquo;jeunesse d&eacute;mocrate qui a initi&eacute; ces manifestations gr&acirc;ce &agrave; Internet&raquo;. Autre analyse le possible, le &laquo;tsunami palestinien&raquo; &eacute;voqu&eacute; dans une chronique le 13 avril 2011 que l&#39;auteur envisage comme &laquo; plus qu&#39;une possibilit&eacute;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tPourquoi l&#39;auteur reste finalement optimiste tout au long du livre car comme il le montre dans la conclusion de son livre, le mod&egrave;le d&#39;un r&eacute;gime purement th&eacute;ocratique s&#39;est &eacute;puis&eacute; en Iran et ne pas gagner les autres pays. Tout comme la mort de Ben Laden &eacute;carte temporairement une menace djihadiste. Si cette conclusion est int&eacute;ressante, elle oublie une analyse pouss&eacute;e des mouvements salafistes et notamment de leur mont&eacute;e en Tunisie. A suivre peut-&ecirc;tre dans les chroniques de l&#39;An II.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t\t<strong>Lilia Blaise<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t\t<em>L&#39;an 1 des r&eacute;volutions Arabes<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t\t<em>Bernard Guetta<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t\t<em>Editions Belin, mars 2012<\/em><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Bernard Guetta, l&rsquo;optimiste des r&eacute;volutions arabes &nbsp; &nbsp; Le livre du chroniqueur de France Inter et journaliste Bernard Guetta, L&#39;an I des r&eacute;volutions arabes (Ed. Belin) n&#39;est pas un &eacute;ni&egrave;me r&eacute;cit sur la r&eacute;volution mais plut&ocirc;t une analyse au jour le jour et &agrave; distance des bouleversemen5ts. 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