{"id":4798,"date":"2012-07-13T18:38:44","date_gmt":"2012-07-13T18:38:44","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=4798"},"modified":"2012-07-13T18:38:44","modified_gmt":"2012-07-13T18:38:44","slug":"moi-naim-24-ans-futur-rabbin-dalgerie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/moi-naim-24-ans-futur-rabbin-dalgerie\/","title":{"rendered":"Moi Na\u00efm, 24 ans, futur rabbin d\u2019Alg\u00e9rie"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMoi Na&iuml;m, 24 ans, futur rabbin d&rsquo;Alg&eacute;rie<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;Alg&eacute;rie, pour laquelle ils ont particip&eacute; &agrave; la lib&eacute;ration, est leur patrie. Avec les Alg&eacute;riens, ils partagent tout &agrave; l&rsquo;exception de&#8230; la religion. Eux, ce sont les juifs d&rsquo;Alg&eacute;rie. Aujourd&rsquo;hui, ils continuent encore de se cacher pour mieux vivre. Portrait d&rsquo;un jeune qui a choisi de sortir de son silence.<\/p>\n<div class=\"texte\" id=\"texte\">\n<p>\n\t\tJe n&rsquo;ai que 24 ans. Mais j&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; pass&eacute; l&rsquo;essentiel de ma vie &agrave; me cacher. A cacher mon secret, celui de ma famille, de mes semblables. Je suis Alg&eacute;rien. Avec mes concitoyens, je partage le ciel, la mer, la terre, les joies et les tristesses. Mais pas la religion. Aujourd&rsquo;hui, apr&egrave;s des &eacute;tudes de droit, je pars &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger pour int&eacute;grer une &eacute;cole h&eacute;bra&iuml;que afin d&rsquo;approfondir mes connaissances et me sp&eacute;cialiser dans l&rsquo;&eacute;tude du culte nord-africain et du juda&iuml;sme alg&eacute;rien en particulier. Je voudrais devenir le futur rabbin d&rsquo;Alg&eacute;rie pour qu&rsquo;enfin, un jour, nous puissions c&eacute;l&eacute;brer la foi en hachem sur cette terre, en libert&eacute;, dans la s&eacute;r&eacute;nit&eacute; et dans le partage, en respectant les lois de la R&eacute;publique et du vivre-ensemble.<\/p>\n<p>\n\t\tJe m&rsquo;appelle Na&iuml;m et je suis juif toshavim. Je suis n&eacute; un certain &eacute;t&eacute; 1988 &agrave; Alger. Il faisait beau. Rien n&rsquo;indiquait que l&rsquo;automne allait prendre un dramatique tournant dans la vie tourment&eacute;e de mon pays. Malgr&eacute; cela, ma famille a toujours refus&eacute; de quitter l&rsquo;Alg&eacute;rie et est rest&eacute;e li&eacute;e &agrave; son histoire depuis des si&egrave;cles. En 1962, alors que de nombreux juifs partaient dans la pr&eacute;cipitation, emport&eacute;s par les bruits qui couraient selon lesquels les juifs seraient tous &laquo;massacr&eacute;s&raquo;, mon grand-p&egrave;re d&eacute;cida de rester. &laquo;Ici, c&rsquo;est notre terre. Elle a vu na&icirc;tre tes parents et tes a&iuml;euls et nous n&rsquo;avons nulle part o&ugrave; aller&raquo;, r&eacute;p&eacute;tait-il &agrave; chaque discussion.<\/p>\n<p>\n\t\tMes parents &eacute;taient bien tent&eacute;s de faire leur alya en Isra&euml;l, mais mon grand-p&egrave;re les en a dissuad&eacute;s. &laquo;En 1963, Isra&euml;l avait interdit aux Alg&eacute;riens de faire l&rsquo;alya comme les autres juifs du monde. Le proc&egrave;s intent&eacute; au juda&iuml;sme alg&eacute;rien et aux juifs d&rsquo;Alg&eacute;rie en 1963 &agrave; J&eacute;rusalem &eacute;tait une honte et un m&eacute;pris envers nous. Sous pr&eacute;texte que nous n&rsquo;avons pas fait l&rsquo;alya en masse et que nous &eacute;tions particuliers. Mais nous sommes fiers d&rsquo;&ecirc;tre ce que nous sommes. Il ne faut rien esp&eacute;rer des autres. Faisons confiance &agrave; nos fr&egrave;res alg&eacute;riens. Promets-moi de rester ici co&ucirc;te que co&ucirc;te, mon fils&raquo;, disait-il &agrave; mon p&egrave;re.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Engagement<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tMon grand-p&egrave;re, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque commer&ccedil;ant &agrave; Znikat La&acirc;rayass dans La Basse Casbah, aidait ses fr&egrave;res moudjahidine. Son fr&egrave;re s&rsquo;&eacute;tait m&ecirc;me engag&eacute; dans l&rsquo;Arm&eacute;e de lib&eacute;ration nationale. C&rsquo;est un chahid. Aujourd&rsquo;hui encore, les vieux et les vieilles de La Casbah se souviennent de l&rsquo;engagement de ma famille dans la R&eacute;volution. La France nous a caus&eacute; du tort, car elle nous a assimil&eacute;s puis francis&eacute;s par ce sordide d&eacute;cret Cr&eacute;mieux*. &laquo;La France interdisait &agrave; nos fr&egrave;res juifs d&rsquo;&ecirc;tre enterr&eacute;s sur son sol. Avec ce d&eacute;cret, elle voulait nous s&eacute;parer de nos fr&egrave;res musulmans et nous mettre dans l&rsquo;embarras&raquo;, expliquait doctement mon grand-p&egrave;re. Il portait l&rsquo;Alg&eacute;rie dans son c&oelig;ur et ne voyait pas d&rsquo;autres cieux que celui d&rsquo;Alger. Il &eacute;tait fier d&rsquo;&ecirc;tre Alg&eacute;rien et n&rsquo;acceptait aucune autre appellation, refusant les &eacute;tiquettes &laquo;juifs d&rsquo;Alg&eacute;rie&raquo;, &laquo;juifs d&rsquo;origine alg&eacute;rienne&raquo; ou encore &laquo;communaut&eacute; isra&eacute;lite ou juive d&rsquo;Alg&eacute;rie&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tIl aimait lamhadjab, zlabia et makrout. El Hadj El Anka &eacute;gayait ses jours et ses soir&eacute;es. Le cha&acirc;bi &eacute;tait sa musique favorite et Edmond Yafil, un de ses grands amis. Mon p&egrave;re, lui, &eacute;tait un homme discret qui avait tout le temps peur. C&rsquo;&eacute;tait un fonctionnaire ambitieux qui, malheureusement, fut &eacute;cart&eacute; des hautes fonctions de l&rsquo;Etat &agrave; cause de son appartenance juive, d&eacute;couverte apr&egrave;s de longues enqu&ecirc;tes d&rsquo;&eacute;ligibilit&eacute; faites par les services de s&eacute;curit&eacute;. Il ne nous a rien appris du halakha. Je me souviendrai toujours de cette anecdote. J&rsquo;avais 6 ans et un jour que je l&rsquo;accompagnais &agrave; la p&ecirc;cherie, nous sommes pass&eacute;s devant la grande mosqu&eacute;e de Sahat Echouhada. Des barbus &eacute;taient en train de manifester devant la grande mosqu&eacute;e. Je contemplais cette magnifique mosqu&eacute;e blanche, ses ornements, quand soudain, j&rsquo;aper&ccedil;us des &eacute;toiles &agrave; six branches : &laquo;Regarde cette &eacute;toile, elle est bizarre, elle a six branches !, elle ressemble &agrave; celle accroch&eacute;e au mur de ta chambre !&raquo; &laquo;Un jour, tu comprendras, mon fils !&raquo;, me lan&ccedil;a mon p&egrave;re, le regard fuyant, apr&egrave;s un long moment de silence.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Pas comme les autres<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tJe me souviens de l&rsquo;&eacute;cole, des premi&egrave;res le&ccedil;ons d&rsquo;alphabet arabe. Puis des cours d&rsquo;&eacute;ducation islamique. Nous commencions &agrave; r&eacute;citer Echahada et la Fatiha. Quelque chose d&rsquo;inhabituel &agrave; mes oreilles. La tonalit&eacute; &eacute;tait la m&ecirc;me, mais les mots &eacute;taient diff&eacute;rents de ceux que ma m&egrave;re utilisait pour prier le soir ou le jour de shabbat. Le soir, &agrave; table, ma m&egrave;re me sentit perturb&eacute;. Elle me posa des questions, mais je ne pus rien lui dire. J&rsquo;attendais le moment o&ugrave; je la verrai s&rsquo;asseoir et prier devant une bougie. C&rsquo;est &agrave; ce moment-l&agrave; que je compris que ma m&egrave;re ne r&eacute;citait pas le Coran et parlait bien une autre langue que l&rsquo;arabe. Elle faisait son dafayoumi. Devant mon silence obstin&eacute;, me croyant hant&eacute; par un esprit, elle d&eacute;cida de me soigner avec la parole de Dieu. Elle r&eacute;cita des dafa et jeta de l&rsquo;eau partout jusqu&rsquo;&agrave; ce que je craque et que je lui raconte : &laquo;A l&rsquo;&eacute;cole, nous avons appris le Coran et comment faire la pri&egrave;re. Mais je t&rsquo;ai observ&eacute;e et tu ne faisais pas ce qu&rsquo;on nous dit de faire &agrave; l&rsquo;&eacute;cole !&raquo; Elle resta stup&eacute;faite puis &eacute;clata en sanglots : &laquo;Nous ne sommes pas comme les autres ! Nous sommes juifs, mon fils ! Que Dieu te prot&egrave;ge !&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>La mise en garde<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tDe la petite fen&ecirc;tre de ma chambre, je contemplais le ciel. Chema B&eacute;ni Isra&euml;l, Adonai Elohenou, Adonaie&rsquo;had (peuple d&rsquo;Isra&euml;l : Adonai est notre seul dieu, Adonai est un). C&rsquo;est notre echahada, &agrave; nous, les juifs. Je me suis mis &agrave; prier Dieu aux c&ocirc;t&eacute;s de ma m&egrave;re. La foi est devenue la priorit&eacute; de mon existence. Ma m&egrave;re avait pris le soin de me mettre en garde : je ne devais jamais r&eacute;v&eacute;ler mon appartenance religieuse. Surtout en cette p&eacute;riode. Le 23 janvier 1994, mon oncle maternel nous rendit visite pour nous annoncer le meurtre de Raymond Louzoum. Un opticien juif d&rsquo;origine tunisienne de l&rsquo;actuelle rue Didouche Mourad, l&acirc;chement assassin&eacute; en face de la librairie des Beaux-Arts. Mon p&egrave;re rentra pr&eacute;cipitamment de son travail. Il passa la soir&eacute;e &agrave; discuter avec ma m&egrave;re. Je l&rsquo;entendais crier : &laquo;Non ! Je reste ici ! Je n&rsquo;irai nulle part ailleurs !&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tMon oncle revint quelques jours plus tard et m&rsquo;emmena &agrave; la synagogue. Enfin, disons plut&ocirc;t un local am&eacute;nag&eacute; en lieu de pri&egrave;re. Pendant les ann&eacute;es 1990, les juifs d&rsquo;Alg&eacute;rie &eacute;taient oblig&eacute;s de se faire encore plus discrets. C&rsquo;&eacute;tait risqu&eacute; en cette p&eacute;riode sanglante de l&rsquo;Alg&eacute;rie. Nous avions l&rsquo;habitude de prier dans une petite mosqu&eacute;e o&ugrave; l&rsquo;imam nous avait permis de le faire pour shabbat. J&rsquo;appris quelques ann&eacute;es plus tard que les autorit&eacute;s &eacute;taient au courant et qu&rsquo;elles surveillaient les lieux pour notre s&eacute;curit&eacute;. Nous n&rsquo;&eacute;tions pas nombreux et &eacute;tions d&eacute;pourvus des accessoires n&eacute;cessaires &agrave; notre office. Mon oncle m&rsquo;initiait et m&rsquo;enseignait la tradition juive selon le rite des grands rabbins alg&eacute;riens.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Protection<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tLe 22 janvier 2005, l&rsquo;avocat Joseph Bela&iuml;che fut assassin&eacute;. Alger devint morose. Les nouvelles d&rsquo;assassinats d&rsquo;intellectuels, de journalistes et d&rsquo;artistes nous parvenaient chaque jour. Mon oncle re&ccedil;ut la visite de terroristes &agrave; son domicile, &agrave; Saint-Eug&egrave;ne, qui lui demand&egrave;rent de payer la fidya. &laquo;Et nous te laisserons tranquille&raquo;, ne cessaient-ils de lui dire. A force de pression, malgr&eacute; la r&eacute;sistance de ma m&egrave;re, nous avons fini par quitter Alger pour Oran. Des gens que je ne connaissais pas &eacute;taient venus &agrave; la maison pour discuter avec mon p&egrave;re. Mon oncle me r&eacute;v&eacute;la quelques ann&eacute;es plus tard qu&rsquo;il s&rsquo;agissait des autorit&eacute;s s&eacute;curitaires. Elles nous avaient conseill&eacute; de quitter Alger et de dire aux voisins que nous partions pour l&rsquo;&eacute;tranger. D&rsquo;apr&egrave;s mon oncle, les autorit&eacute;s ne voulaient justement pas de ce sc&eacute;nario.<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo;Ils ne veulent pas voir les juifs quitter massivement leur pays. Ils se soucient de notre situation et font tout pour nous prot&eacute;ger&raquo;, me confiait-il. Cet &eacute;t&eacute;-l&agrave;, nous nous sommes donc install&eacute;s dans un nouvel appartement en plein centre d&rsquo;Oran. Je d&eacute;couvris alors combien nous formions une grande communaut&eacute; ! Le reste de ma famille nous avait suivi. Les consignes restaient les m&ecirc;mes : nous ne devions rien d&eacute;voiler. Apr&egrave;s un d&eacute;tachement, mon p&egrave;re fut embauch&eacute; dans l&rsquo;administration locale. Ma m&egrave;re, quant &agrave; elle, ne sortait plus, sauf pour rendre visite &agrave; la famille et aux amis. Nous avons pass&eacute; beaucoup de temps &agrave; Beni Saf, o&ugrave; mon oncle poss&eacute;dait une maison en bord de mer. Chez lui, on faisait shabbat et j&rsquo;assistai &agrave; ma premi&egrave;re hayloula. Un moment magique et plein d&rsquo;&eacute;motion. Ma m&egrave;re me disait : &laquo;Ce sont nos traditions, nous devons les vivre pleinement et tu dois les perp&eacute;tuer &agrave; la gloire de Dieu.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tA la maison, nous parlions l&rsquo;arabe et le fran&ccedil;ais &agrave; force de fr&eacute;quenter la &laquo;communaut&eacute;&raquo; o&ugrave; mon oncle &eacute;tait un des animateurs. Oran &eacute;tait un havre de paix. J&rsquo;apprenais l&rsquo;h&eacute;breu dans une &eacute;cole clandestine, puis le jud&eacute;o-arabe, si bizarre et si po&eacute;tique, puis la Torah. Je vivais alors pleinement ma juda&iuml;t&eacute;. Mais entre mes parents, les tensions &eacute;taient de plus en plus visibles. Le doute prit le dessus. Ils se s&eacute;par&egrave;rent et mon p&egrave;re se convertit &agrave; l&rsquo;islam. A la rentr&eacute;e, je repris le chemin de l&rsquo;&eacute;cole avec le sentiment d&rsquo;avoir &eacute;t&eacute; abandonn&eacute; par mon p&egrave;re. Il m&rsquo;avait cach&eacute; que j&rsquo;&eacute;tais juif.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Conversion<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tJe peux comprendre, mais il a trahi la halakha. A l&rsquo;&eacute;cole, il m&rsquo;&eacute;tait difficile de faire face &agrave; tant de haine, de m&eacute;pris et &agrave; la n&eacute;gation de tout ce qui est juif. J&rsquo;appris le Coran malgr&eacute; moi, m&ecirc;me si je respecte cette religion et son enseignement divin, ses valeurs de tol&eacute;rance et de cohabitation entre les peuples. Mais l&rsquo;&eacute;cole alg&eacute;rienne forme des x&eacute;nophobes, des antis&eacute;mites. Combien de fois ai-je entendu : &laquo;Les juifs sont honnis par Dieu.&raquo; Ils sont &laquo;mauvais&raquo;, &laquo;m&eacute;cr&eacute;ants&raquo;, &laquo;hypocrites&raquo;, &laquo;sales&raquo;. &laquo;C&rsquo;est une &eacute;preuve parmi d&rsquo;autres, un sacrifice mon fils&raquo;, me disait ma m&egrave;re, qui a toujours &eacute;t&eacute; d&rsquo;un grand soutien. Elle respectait beaucoup ses concitoyens et vivait pleinement son alg&eacute;rianit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tUn jour, j&rsquo;ai os&eacute; avouer &agrave; un camarade de classe ma religion, mais il ne m&rsquo;a pas pris au s&eacute;rieux. Pour lui, il &eacute;tait inconcevable que je sois juif. Gr&acirc;ce &agrave; ma foi en hachem, j&rsquo;ai pu passer bien des &eacute;preuves, car je continuais, le soir, &agrave; fr&eacute;quenter l&rsquo;&eacute;cole h&eacute;bra&iuml;que. En r&eacute;alit&eacute;, &agrave; l&rsquo;image de la synagogue, cette &eacute;cole avait &eacute;t&eacute; ouverte &laquo;clandestinement&raquo; par le descendant d&rsquo;une famille de rabbins d&rsquo;Alg&eacute;rie. On entrait dans ce garage am&eacute;nag&eacute; par une porte discr&egrave;te situ&eacute;e dans une impasse. Un membre de notre communaut&eacute; faisait le guet et surveillait les lieux. Nos r&eacute;unions ressemblaient aux r&eacute;unions secr&egrave;tes de certaines confr&eacute;ries ! &laquo;Nous devons nous prot&eacute;ger. Nous n&rsquo;agissons pas en secret, mais la situation du pays ne nous permet pas de nous exposer. Il y a trop de dangers. Restez toujours &eacute;veill&eacute;s et discrets&raquo;, r&eacute;p&eacute;tait sans cesse notre prof. En 1999, lorsque le pr&eacute;sident Bouteflika a &eacute;t&eacute; &eacute;lu, un clin d&rsquo;&oelig;il dans son discours a redonn&eacute; espoir aux juifs d&rsquo;Alg&eacute;rie.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>R&eacute;unions secr&egrave;tes<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tTante Sarah, Enrico, des hommes d&rsquo;affaires&hellip; allaient enfin pouvoir revenir. Je me souviens avoir vu ma m&egrave;re pleurer et avoir pri&eacute; pour que Bouteflika soit b&eacute;ni. Et puis le r&ecirc;ve tourna au cauchemar. Apr&egrave;s une campagne haineuse dirig&eacute;e &agrave; notre encontre, Bouteflika fit marche arri&egrave;re sous les pressions. Nous avons continu&eacute; &agrave; garder le silence, &agrave; prier en cachette et &agrave; accepter des compromis parfois contraires &agrave; notre religion. Comme ce jour o&ugrave; j&rsquo;ai assist&eacute; aux fun&eacute;railles d&rsquo;un &laquo;vieux&raquo; de notre communaut&eacute;. Discr&eacute;tion oblige, la d&eacute;pouille fut amen&eacute;e la nuit, au cimeti&egrave;re de Tlemcen, dans une ambulance accompagn&eacute;e d&rsquo;un fourgon de police, contraire &agrave; la tradition juive.<\/p>\n<p>\n\t\tCet homme, qui a longtemps soutenu la lutte de Lib&eacute;ration nationale, m&eacute;ritait mieux que cela. Cette sc&egrave;ne restera grav&eacute;e &agrave; jamais dans ma m&eacute;moire. Quand internet est arriv&eacute; &agrave; la maison, toutes mes premi&egrave;res recherches concernaient l&rsquo;histoire des juifs d&rsquo;Afrique du Nord. Je d&eacute;couvris la sp&eacute;cificit&eacute; du juda&iuml;sme alg&eacute;rien, ses pratiques, ses particularit&eacute;s. Je me suis abonn&eacute; aux cours de paracha, &agrave; l&rsquo;enseignement de la sefer torah. Le site zlabia.com (site officiel de la communaut&eacute; juive alg&eacute;rienne en Alg&eacute;rie et &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger) me compte parmi les &eacute;l&eacute;ments les plus actifs. Je me suis fait plein d&rsquo;amis juifs en Alg&eacute;rie et &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger, &agrave; qui, aujourd&rsquo;hui toujours, je dis combien je crois en mon pays, pour lequel je nourris beaucoup d&rsquo;espoir et d&rsquo;ambition. Je prie hachem matin et soir pour que l&rsquo;Alg&eacute;rie reconnaisse enfin ses enfants, sa pluralit&eacute;. Pour qu&rsquo;elle respecte, comme elle l&rsquo;a toujours fait, ses minorit&eacute;s, sans distinction. L&rsquo;Alg&eacute;rie appartient &agrave; tous les Alg&eacute;riens. Amen.<\/p>\n<p>\n\t\t<em>*En 1870, le d&eacute;cret Cr&eacute;mieux accorde d&rsquo;office la citoyennet&eacute; fran&ccedil;aise &agrave; 35 000 juifs d&rsquo;Alg&eacute;rie. Dans la foul&eacute;e, les colons originaires d&rsquo;Europe sont aussi francis&eacute;s. Les musulmans d&rsquo;Alg&eacute;rie sont maintenus dans leur statut d&rsquo;indig&egrave;ne.<\/em><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"encadre\" id=\"encadre\">\n<h3>\n\t\tLexique :<\/h3>\n<p>\n\t\t-Hachem : litt&eacute;ralement le &laquo;nom&raquo;, indique un des noms divins.<br \/>\n\t\t-Toshavim : natif, de Tochav, habitant du lieu, natif.<br \/>\n\t\t-Alya : litt&eacute;ralement &laquo;ascension&raquo;, qualifie le &laquo;retour&raquo; des Juifs vers Isra&euml;l depuis l&rsquo;occupation de la Palestine en 1948.<br \/>\n\t\t-Halakha : ensemble des lois, sentences rabbiniques et prescriptions religieuses qui r&egrave;glent la vie quotidienne des juifs.<br \/>\n\t\t-DafaYomi: r&eacute;citation quotidienne de la Torah.<br \/>\n\t\t-Dafa : verset de la Torah<br \/>\n\t\t-Hayloula : jour anniversaire de la mort des saints, marqu&eacute; par des p&egrave;lerinages sur leurs tombes et le partage de repas rituels dans les synagogues.<br \/>\n\t\t-Paracha : passage de la Torah lu &agrave; l&rsquo;office du shabbat et des f&ecirc;tes.<br \/>\n\t\t-Sefer Torah : de &laquo;sefer&raquo;, comme en arabe qui veut dire &laquo;livre&raquo;. Copie manuscrite de la Torah ou Pentateuque.<\/p>\n<\/div>\n<h5 class=\"signature\">\n\tZouheir A&iuml;t Mouhoub<\/h5>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Moi Na&iuml;m, 24 ans, futur rabbin d&rsquo;Alg&eacute;rie &nbsp; &nbsp; L&rsquo;Alg&eacute;rie, pour laquelle ils ont particip&eacute; &agrave; la lib&eacute;ration, est leur patrie. Avec les Alg&eacute;riens, ils partagent tout &agrave; l&rsquo;exception de&#8230; la religion. Eux, ce sont les juifs d&rsquo;Alg&eacute;rie. Aujourd&rsquo;hui, ils continuent encore de se cacher pour mieux vivre. 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