{"id":4878,"date":"2015-08-19T23:30:01","date_gmt":"2015-08-19T23:30:01","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=4878"},"modified":"2015-08-19T23:43:30","modified_gmt":"2015-08-19T23:43:30","slug":"la-chronique-du-bledard-une-conversation-a-la-marsa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-chronique-du-bledard-une-conversation-a-la-marsa\/","title":{"rendered":"La chronique du bl\u00e9dard : Une conversation \u00e0 La Marsa"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa chronique du bl&eacute;dard : Une conversation &agrave; La Marsa<\/p>\n<div>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"post-body-6296506786590230124\" itemprop=\"articleBody\">\n\t<\/p>\n<div>\n\t\tAkram Belka&iuml;d, Paris<\/div>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<p>\n\t\tLe soleil va bient&ocirc;t se coucher sur La Marsa et une belle lumi&egrave;re rouge peigne la banlieue nord de Tunis. C&rsquo;est l&rsquo;instant magique o&ugrave; les derniers baigneurs s&rsquo;en retournent chez eux non sans effectuer une petite halte chez Salem, c&eacute;l&egrave;bre glacier de la place. Dans quelques jours, ce sera une autre ambiance, celle des journ&eacute;es sans fin, le plus souvent sans plage (pour cause de barbus sourcilleux) o&ugrave; l&rsquo;on vit et respire, le ventre vide, dans l&rsquo;attente des agapes et autres b&acirc;fritudes ramadanesques. Mais, pour l&rsquo;heure, c&rsquo;est encore le temps des joies et des plaisirs de l&rsquo;&eacute;t&eacute;.<\/p>\n<p>\t\tUne &nbsp;pizzeria du coin est prise d&rsquo;assaut. On commande au comptoir et on compte les minutes avant que son num&eacute;ro ne soit appel&eacute;. Un couple fait son entr&eacute;e. Ils font la t&ecirc;te. Peut-&ecirc;tre est-ce le monde d&eacute;j&agrave; pr&eacute;sent qui les contrarie. Peut-&ecirc;tre se sont-ils disput&eacute;s. Allez savoir. Il porte un long bermuda fleuri et un d&eacute;bardeur mouill&eacute; par l&rsquo;eau de mer. Elle, une robe d&rsquo;&eacute;t&eacute; blanche et des sabots en caoutchouc qui crissent &agrave; chaque pas. Ils ont la m&ecirc;me taille, moyenne et ronde, et illustrent &agrave; bien des &eacute;gards la d&eacute;route de la di&egrave;te m&eacute;diterran&eacute;enne en Tunisie et au Maghreb. Autrement dit, l&rsquo;huile d&rsquo;olive battue &agrave; plate couture par le sucre, les frites et la&nbsp;mayonnaise&hellip;&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t&laquo;&nbsp;Je commande, toi, tu nous trouves une place&nbsp;&raquo;, ordonne le mari. La dame fait un petit signe de t&ecirc;te mais ne r&eacute;pond pas. &laquo;&nbsp;Qu&rsquo;est-ce que tu veux comme pizza&nbsp;?&nbsp;&raquo; lui demande-t-il encore. &laquo;&nbsp;Quatre fromages&nbsp;&raquo; est la r&eacute;ponse. &laquo;&nbsp;Normale ou large&nbsp;?&nbsp;&raquo; est l&rsquo;interrogation qui suit. Mouvement d&rsquo;impatience de l&rsquo;&eacute;pouse. &laquo;&nbsp;Ti ch&#39;nouwa&nbsp;? Tu as d&eacute;cid&eacute; de me faire raconter ma vie devant tout le monde&nbsp;?&nbsp;&raquo; crie-t-elle. &laquo;&nbsp;Tu sais bien que c&rsquo;est large&nbsp;!&nbsp;&raquo;. Il encaisse mais n&rsquo;oublie pas sa derni&egrave;re question&nbsp;: &laquo;&nbsp;et tu bois quoi&nbsp;?&nbsp;&raquo;. Elle hausse les &eacute;paules. &laquo;&nbsp;Hadja zirou&nbsp;&raquo; lance-t-elle en montant &agrave; l&rsquo;&eacute;tage.<\/p>\n<p>\t\tLe mari passe commande en ignorant le regard narquois du caissier. Autour de lui, les conversations un temps suspendues, reprennent. Deux hommes, la quarantaine pour l&rsquo;un, vingt de plus pour l&rsquo;autre, recommencent &agrave; se chamailler, prenant &agrave; t&eacute;moin ceux qui les entourent et interpellant de temps &agrave; autre le pizzaiolo pour qu&rsquo;il donne son avis. &laquo;&nbsp;Moi, je te dis que ces gens-l&agrave; ne sont pas s&eacute;rieux&nbsp;!&nbsp;&raquo;, insiste le plus jeune. &laquo;&nbsp;Ils gagnent les &eacute;lections apr&egrave;s avoir promis la lune et au bout de quelques mois les voil&agrave; qui parlent de remaniement et d&rsquo;un gouvernement de technocrates. C&rsquo;est la preuve qu&rsquo;ils sont incapables de gouverner. Si &ccedil;a continue, la Tunisie ne sera plus du tout g&eacute;r&eacute;e&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\t\tL&rsquo;autre, casquette sur la t&ecirc;te, l&rsquo;interrompt avec de grands &eacute;clats de rire. &laquo;&nbsp;Mais arr&ecirc;te&nbsp;! C&rsquo;est quoi ce catastrophisme&nbsp;? Ne sois pas mauvais perdant&hellip; Ils ont gagn&eacute;, vous avez perdu. C&rsquo;est tout. Vous avez du mal &agrave; dig&eacute;rer &ccedil;a. Dans le monde entier on fait appel &agrave; des technocrates quand c&rsquo;est la crise. Tu devrais &ecirc;tre content. &Ccedil;a veut dire qu&rsquo;ils ne veulent pas tout contr&ocirc;ler. Qu&rsquo;est-ce t&rsquo;en penses-toi&nbsp;? &raquo;. Le pizzaiolo fait mine de ne rien avoir entendu. Quant au caissier, il hoche la t&ecirc;te sans que l&rsquo;on sache si c&rsquo;est parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas d&rsquo;avis sur la question ou si c&rsquo;est parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas envie de parler politique en ces temps incertains o&ugrave; le moindre propos de travers peut provoquer un attroupement et des protestations avec force &laquo;&nbsp;d&eacute;gage&nbsp;!&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\t\t&laquo;&nbsp;Il faut leur donner le temps de faire leur preuve&nbsp;&raquo;, insiste l&rsquo;a&icirc;n&eacute;. &laquo;&nbsp;Je n&rsquo;ai pas vot&eacute; pour eux, je ne les aime pas mais ce n&rsquo;est pas une raison pour &ecirc;tre hyst&eacute;rique comme &ccedil;a ou pour les provoquer &agrave; la moindre occasion. On vit des temps difficiles, ce n&rsquo;est pas le moment d&rsquo;en rajouter. Tiens, les artistes. Pendant des ann&eacute;es ils se tiennent tranquilles avec Ben Ali, et l&agrave;, ils veulent tout, tout de suite&nbsp;! Et &ccedil;a passe son temps &agrave; crier au loup, &agrave; faire peur aux gens. C&rsquo;est normal que les touristes ne viennent pas. Il faudrait penser &agrave; se calmer &raquo;.<\/p>\n<p>\t\tLe plus jeune va pour r&eacute;pondre mais la dame en robe d&rsquo;&eacute;t&eacute; refait son apparition. &laquo;&nbsp;Alors&nbsp;?&nbsp;&raquo; crie-t-elle &agrave; l&rsquo;adresse de son mari qui n&rsquo;a rien perdu de l&rsquo;&eacute;change. &laquo;&nbsp;Quoi, alors&nbsp;? Tu vois bien qu&rsquo;il y a du monde&nbsp;!&raquo; r&eacute;pond-il avec humeur. &laquo;&nbsp;Un peu de patience madame, ici la pizza se m&eacute;rite et elle n&rsquo;en sera que meilleure&nbsp;&raquo; intervient l&rsquo;homme &agrave; la casquette avec un large sourire. Lequel ne dure gu&egrave;re&hellip; &laquo;&nbsp;De quoi tu te m&ecirc;les, toi&nbsp;? Attend ton tour comme tout le monde et occupe-toi de tes affaires&nbsp;!&nbsp;&raquo; La r&eacute;plique a fus&eacute; comme un missile. Tout le monde ou presque regarde ses pieds, sentant qu&rsquo;un m&eacute;chant orage risque d&rsquo;&eacute;clater. Le caissier aligne des chiffres sur un bout de nappe en papier et le pizzaiolo est plus que jamais occup&eacute; &agrave; p&eacute;trir la p&acirc;te. &laquo;&nbsp;Et puis, pourquoi est-ce que ce n&rsquo;est pas un serveur qui ne nous apporte nos pizzas&nbsp;? Puisque c&rsquo;est comme &ccedil;a, je n&rsquo;ai plus faim&nbsp;!&nbsp;&raquo; s&rsquo;emporte l&rsquo;&eacute;pouse en quittant l&rsquo;endroit. Son mari ordonne au caissier de ne pas annuler la commande et la suit &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur en grommelant.<\/p>\n<p>\t\t&laquo;&nbsp;Ce que je leur reproche, c&rsquo;est de semer la division et de ne pas avoir de discours f&eacute;d&eacute;rateur&nbsp;&raquo; reprend le jeune comme si de rien n&rsquo;&eacute;tait. &laquo;&nbsp;&Ccedil;a fait des mois qu&rsquo;ils nous opposent les uns aux autres. Tiens, tu sais ce qu&rsquo;a racont&eacute; l&rsquo;un de leurs ministres&nbsp;? Il a dit que nous autres, gens de La Marsa, passons notre temps &agrave; nous moquer des ceux des quartiers sud. Comme si on se sentait sup&eacute;rieurs &agrave; eux. Tu te rends compte&nbsp;! Voil&agrave; comment on cr&eacute;e la haine entre Tunisiens.&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tSon comp&egrave;re n&rsquo;a pas le temps de r&eacute;pliquer car le couple est de retour, faisant toujours la mine. Mais, cette fois, c&rsquo;est le mari qui part &agrave; la recherche d&rsquo;une table tandis que l&rsquo;&eacute;pouse attend la quatre-fromage et la napolitaine, toutes deux &laquo;&nbsp;large&nbsp;&raquo;, et les sodas &agrave; l&rsquo;aspartame. Ses yeux lancent des &eacute;clairs et elle ne cesse de regarder autour d&rsquo;elle, cherchant visiblement &agrave; passer sa mauvaise humeur sur le premier venu. Ce que comprennent les clients, y compris le duo qui a cess&eacute; de parler politique. &laquo;&nbsp;J&rsquo;en ai marre de ce pays et de ses bons &agrave; rien&nbsp;&raquo; souffle-t-elle. Personne ne r&eacute;agit. La fatigue, la faim, peut-&ecirc;tre. A l&rsquo;ext&eacute;rieur, la nuit tombe en douceur sur La Marsa.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/akram-belkaid.blogspot.com\/2012\/07\/la-chronique-du-bledard-une.html?spref=fb\">http:\/\/akram-belkaid.blogspot.com\/2012\/07\/la-chronique-du-bledard-une.html?spref=fb<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; La chronique du bl&eacute;dard : Une conversation &agrave; La Marsa &nbsp; Akram Belka&iuml;d, Paris &nbsp; &nbsp; Le soleil va bient&ocirc;t se coucher sur La Marsa et une belle lumi&egrave;re rouge peigne la banlieue nord de Tunis. 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