{"id":505,"date":"2016-08-04T01:49:16","date_gmt":"2016-08-04T01:49:16","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=505"},"modified":"2016-08-04T00:09:57","modified_gmt":"2016-08-04T00:09:57","slug":"escale-juive-a-tunis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/escale-juive-a-tunis\/","title":{"rendered":"Escale juive \u00e0 Tunis"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div class=\"title\">\n\tEscale juive &agrave; Tunis<\/div>\n<div class=\"title\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<div class=\"title\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<div class=\"body\">\n<p>\n\t\t<em>Ne dis pas que tu es juif<\/em>, me confie un ami -musulman- tunisien. Ainsi, y aurait-il &eacute;galement au pays d&rsquo;Hannibal, avenue de la Libert&eacute;, &agrave; Tunis, un climat anti-juif? Dans cette art&egrave;re commer&ccedil;ante, &agrave; proximit&eacute; de la grande synagogue, une camionnette de la gendarmerie surveille en permanence l&rsquo;&eacute;difice. Gabriel qui tient boutique &agrave; proximit&eacute;, participe tous les soirs &agrave; l&rsquo;office religieux. Ce n&rsquo;est certes pas la grande foule, tout juste un &laquo;minyan&raquo;, constitu&eacute; exclusivement de Juifs originaires de l&rsquo;&icirc;le de Djerba. Les &laquo;Tunez&raquo;, eux, ont d&eacute;sert&eacute; le centre pour s&rsquo;&eacute;tablir dans les faubourgs r&eacute;sidentiels de la Marsa et la Goulette. Pour sa part, il ne ressent aucun signe d&rsquo;agressivit&eacute;.<\/p>\n<p>\t\tRoger Bismuth, pr&eacute;sident de la Communaut&eacute; juive de Tunis, partage cet avis. Non religieux, mari&eacute; &agrave; une Danoise, membre de l&rsquo;Association arabe des chefs d&rsquo;entreprises, il est le prototype du Juif int&eacute;gr&eacute;, se targuant de parler l&rsquo;arabe sans accent. Pour lui, la fonction de la communaut&eacute; est essentiellement caritative. Les questions religieuses sont trait&eacute;es par le grand rabbin Lubavitch de Tunis, Nison Pinson, qui dirige la seule &eacute;cole juive, elle aussi fr&eacute;quent&eacute;e principalement par les enfants djerbiens.<\/p>\n<p>\n\t\t<br \/>\n\t\t<strong>Une communaut&eacute; divis&eacute;e<\/strong><\/p>\n<p>\t\tDes sources litt&eacute;raires et arch&eacute;ologiques font remonter la pr&eacute;sence juive en Tunisie &agrave; pr&egrave;s de 2.300 ans. Apr&egrave;s la destruction du second Temple, plusieurs centaines de milliers de Juifs sont d&eacute;port&eacute;s par les Romains dans toute la M&eacute;diterran&eacute;e. A Gamart (ou Garmath), on a d&eacute;couvert une n&eacute;cropole juive datant de cette &eacute;poque; &agrave; Hamman Lif, une synagogue datant du IIIe si&egrave;cle avec une mosa&iuml;que comportant les mots &laquo;Sancta Sinagoga&raquo;.<br \/>\n\t\tLes Juifs arrivent par le sud, venant du Y&eacute;men, passant par le Soudan, et le Sahara, si nombreux qu&#39;ils font du pros&eacute;lytisme, et convertissent des tribus Berb&egrave;res. Des communaut&eacute;s nomades vivent sous tentes dans le sud tunisien, d&#39;autres dans des maisons troglodytes &agrave; Matmata. Il y a m&ecirc;me une imp&eacute;ratrice juive, la Kah&eacute;na, qui fera face &agrave; l&#39;invasion arabe en 693, et mourra au combat. Apr&egrave;s les dynasties des Almoravides et des Almohades (XIIe si&egrave;cle), opposants farouches des Juifs qui ne leur laisseront le choix qu&rsquo;entre la conversion et la mort, la dynastie des Hafsides au XIIIe si&egrave;cle est plus tol&eacute;rante tout en imposant une taxe (&laquo;la djezia&raquo;), l&rsquo;obligation de porter des habits distinctifs et de vivre dans des quartiers appel&eacute;s &laquo;Hara-al-Yahud&raquo;, tant pour des raisons de s&eacute;curit&eacute; que pour des raisons sociologiques et religieuses. Sous les Turcs ottomans, les Juifs se comptent par dizaine de milliers, peuplant de nombreuses villes : Bizerte, Tunis, Gab&egrave;s, Tozeur, Hadrum&egrave;te, Gafsa, Sfax, Sousse. Un Ca&iuml;d est nomm&eacute; par le Bey parmi ses sujets juifs.<\/p>\n<p>\t\tD&egrave;s le XVIIe si&egrave;cle, la communaut&eacute; juive de Tunis se scinde en deux : les Touansa ou autochtones qui parlent le jud&eacute;o-arabe et se v&ecirc;tissent &agrave; l&#39;orientale, et les Grana (ou Gornim), immigrants juifs originaires de Toscane (Livourne) parlant l&#39;italien, habill&eacute;s &agrave; l&#39;europ&eacute;enne et portant perruques. Les relations entre les deux communaut&eacute;s se d&eacute;t&eacute;riorent, le principal reproche &eacute;tant le statut privil&eacute;gi&eacute; accord&eacute; aux Grana, et se solde par un quasi schisme entre les deux communaut&eacute;s, chacune ayant ses propres rites, synagogues, officiants, rabbins, tribunaux et cimeti&egrave;res.<\/p>\n<p>\n\t\t<br \/>\n\t\t<strong>Du protectorat fran&ccedil;ais &agrave; l&rsquo;ind&eacute;pendance<\/strong><\/p>\n<p>\t\tA la fin du XIXe si&egrave;cle, les Juifs tunisiens vivent dans un &eacute;tat de d&eacute;cr&eacute;pitude sociale et &eacute;conomique totale, les &eacute;changes commerciaux sont pratiquement inexistants, et les Juifs sont soumis &agrave; toutes sortes de brimades et vexations de la part de la population arabe. Le protectorat fran&ccedil;ais (1881) sera donc accueilli avec enthousiasme, convaincus que leur condition s&#39;am&eacute;liorera sous l&#39;&eacute;gide de la France. Et de fait, la situation &eacute;conomique de la communaut&eacute; juive prosp&egrave;re &agrave; la faveur de l&#39;&eacute;conomie coloniale. Des &eacute;coles de l&#39;Alliance isra&eacute;lite sont ouvertes, mais la jeunesse juive fr&eacute;quente &eacute;galement les &eacute;coles publiques. Les Juifs, se sentant moins menac&eacute;s par les Arabes, modifient peu &agrave; peu leur style de vie. L&#39;occidentalisation se traduit par l&#39;adoption de nouveaux mod&egrave;les familiaux, les publications en jud&eacute;o-arabe sont d&eacute;laiss&eacute;es pour le fran&ccedil;ais, et les pratiques religieuses s&rsquo;affaiblissent. Pr&ocirc;n&eacute;e par les assimilationnistes, la naturalisation est combattue par les traditionalistes parce qu&#39;elle leur semble acc&eacute;l&eacute;rer la d&eacute;juda&iuml;sation, par les sionistes qui militent en faveur d&#39;une solution nationale de la question juive, et par les marxistes qui souhaitent que les Juifs lient leur destin &agrave; celui de leurs compatriotes musulmans.<\/p>\n<p>\t\tLe r&eacute;gime de Vichy au cours de la Seconde Guerre mondiale instaure des mesures discriminatoires &agrave; l&rsquo;encontre des Juifs -tant ceux de nationalit&eacute; tunisienne que de nationalit&eacute; fran&ccedil;aise-, et ce malgr&eacute; la protection du Bey. En d&eacute;finitive, seuls les Juifs de Sfax vont porter l&#39;&eacute;toile jaune. Apr&egrave;s le d&eacute;barquement des nazis &agrave; l&rsquo;a&eacute;roport d&rsquo;El Aouina, le travail obligatoire va &ecirc;tre instaur&eacute; et des fours cr&eacute;matoires construits &agrave; Djebel Djelloud. Une amende de 20 millions de francs sera impos&eacute;e &agrave; la communaut&eacute; juive. A la lib&eacute;ration du pays par les alli&eacute;s, les dispositions &eacute;dict&eacute;es contre les Juifs sont abrog&eacute;es. En 1945, on compte 105.000 Juifs en Tunisie, dont 65.000 &agrave; Tunis, avec une centaine de synagogues.<\/p>\n<p>\t\tApr&egrave;s l&#39;ind&eacute;pendance (20 mars 1956), Habib Bourguiba et les dirigeants du pays -le premier gouvernement tunisien compte un ministre juif, Andr&eacute; Barouche, visant &agrave; int&eacute;grer les Juifs dans la nation tunisienne-, abrogent ce qui peut les s&eacute;parer des musulmans. Le tribunal rabbinique est supprim&eacute; et remplac&eacute; par une Chambre de statut personnel int&eacute;gr&eacute;e dans les juridictions civiles. Malgr&eacute; une politique, dans l&#39;ensemble assez lib&eacute;rale, certaines formes de discrimination &laquo;positive&raquo; excluant notamment les Juifs du service militaire, le marasme &eacute;conomique provoquera le d&eacute;part de la plupart des Juifs rest&eacute;s dans le pays. La crise de Bizerte (1961) et la guerre des Six-Jours (1967) donnent lieu &agrave; des manifestations &agrave; caract&egrave;re antis&eacute;mite, suivies par la mise &agrave; sac de boutiques juives et l&#39;incendie de la grande synagogue de Tunis. En 1971, l&#39;assassinat d&#39;un rabbin en plein c&oelig;ur de la capitale d&eacute;clenche une nouvelle vague d&#39;&eacute;migration. Fin 1967, il ne reste plus que 23.000 Juifs. En 1970, ils sont encore 9.000, aujourd&rsquo;hui environ 1.500 dont les deux tiers vivent &agrave; Djerba.<\/p>\n<p>\n\t\t<br \/>\n\t\t<strong>Djerba<\/strong><\/p>\n<p>\t\tSolitaire au milieu des champs d&rsquo;oliviers et de palmiers, prot&eacute;g&eacute;e par des haies de figuiers de barbarie, la synagogue de La Ghriba -l&rsquo;&eacute;trang&egrave;re, l&rsquo;&eacute;tonnante, la solitaire-, l&rsquo;&acirc;me et le ciment de la plus ancienne communaut&eacute; juive du Maghreb, appel&eacute;e par les Djerbiens l&rsquo;&laquo;antichambre de J&eacute;rusalem&raquo;, reste bien ancr&eacute;e en pays musulman. Dans le temple aux murs carrel&eacute;s de c&eacute;ramiques &agrave; dominante bleue et blanche, des rabbins v&ecirc;tus du costume djerbien traditionnel -pantalon bouffant ou sarouel gris, bord&eacute; d&rsquo;un bandeau noir- psalmodient en h&eacute;breu et en aram&eacute;en. C&rsquo;est l&agrave; que le 11 avril 2002, un camion-citerne kamikaze est venu exploser, tuant principalement des touristes allemands.<\/p>\n<p>\t\tLa Ghriba se trouve pr&egrave;s du &laquo;petit&raquo; quartier juif de Hara Sghira, o&ugrave; vivent pr&egrave;s de 50 familles, d&rsquo;autres, au nombre de 800, vivent &agrave; Hara Kebira, le &laquo;grand&raquo; quartier juif. Il y a quelques ann&eacute;es, les Juifs y exer&ccedil;aient encore de nombreuses professions manuelles. Aujourd&rsquo;hui, hormis un teinturier, quelques tailleurs et des menuisiers, ils sont tous orf&egrave;vres. Ici &eacute;galement, s&eacute;paration entre les deux communaut&eacute;s qui ne se rencontrent qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;occasion du p&egrave;lerinage annuel du Lag Baomer.<\/p>\n<p>\t\tMalgr&eacute; un climat pesant depuis la seconde intifada et peu de relations suivies, la communaut&eacute; juive de Djerba semble vivre en harmonie avec ses concitoyens arabes. Comme le dit Perez Trabelsi, pr&eacute;sident de la communaut&eacute; de Djerba : Nous, les Juifs et les Arabes, nous sommes condamn&eacute;s &agrave; vivre ensemble. Nos religions et nos traditions se ressemblent tellement que nous ne pouvons que cohabiter. Les Djerbiens seraient-ils les derniers Juifs &agrave; vivre en Tunisie, ou les derniers &agrave; quitter le pays?<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Escale juive &agrave; Tunis &nbsp; &nbsp; Ne dis pas que tu es juif, me confie un ami -musulman- tunisien. Ainsi, y aurait-il &eacute;galement au pays d&rsquo;Hannibal, avenue de la Libert&eacute;, &agrave; Tunis, un climat anti-juif? 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