{"id":5066,"date":"2012-08-28T16:47:37","date_gmt":"2012-08-28T16:47:37","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5066"},"modified":"2012-08-28T16:47:37","modified_gmt":"2012-08-28T16:47:37","slug":"avraham-b-yehoshua-dans-le-miroir-du-cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/avraham-b-yehoshua-dans-le-miroir-du-cinema\/","title":{"rendered":"AVRAHAM B. YEHOSHUA : Dans le miroir du cin\u00e9ma"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tAVRAHAM B. YEHOSHUA : Dans le miroir du cin&eacute;ma<\/p>\n<div id=\"ctl00_centre_pnlArticleHeader\">\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<div id=\"article_chapeau\">\n\t\tAvec son nouveau roman &laquo;R&eacute;trospective&raquo;, le grand &eacute;crivain isra&eacute;lien interroge les m&eacute;canismes de la cr&eacute;ation. Rencontre &agrave; Paris.<\/div>\n<div class=\"article_chapeau\">\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/div>\n<table cellpadding=\"0\" cellspacing=\"0\" class=\"article_texte\" id=\"article_texte\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\tLes livres de l&rsquo;Isra&eacute;lien Avraham B. Yehoshua s&rsquo;offrent comme une brass&eacute;e de branches et de fleurs odorantes qui nous emm&egrave;nent vers un ailleurs qui pourrait bien &ecirc;tre en nous-m&ecirc;mes. Apr&egrave;s Le responsable des ressources humaines et Un feu amical, il nous offre, avec R&eacute;trospective, un r&eacute;cit luxuriant et complexe ayant pour cadre le monde du cin&eacute;ma.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tSon personnage principal, Ya&iuml;r Mozes, c&eacute;l&egrave;bre r&eacute;alisateur isra&eacute;lien en fin de carri&egrave;re, est invit&eacute; &agrave; Saint-Jacques-de-Compostelle en compagnie de Ruth, son actrice f&eacute;tiche, pour assister &agrave; un hommage qui lui est consacr&eacute;. Il est d&rsquo;embl&eacute;e troubl&eacute; par le tableau accroch&eacute; dans sa chambre d&rsquo;h&ocirc;tel et qui repr&eacute;sente une &laquo;Charit&eacute; romaine&raquo;, soit une jeune femme donnant le sein &agrave; un vieillard emprisonn&eacute;. Il se souvient alors qu&rsquo;une sc&egrave;ne similaire aurait d&ucirc; figurer dans l&rsquo;un de ses premiers films et que sa suppression a d&eacute;bouch&eacute; sur la rupture avec son sc&eacute;nariste Trigano. La r&eacute;trospective, uniquement consacr&eacute;e &agrave; ses &oelig;uvres de jeunesse, ach&egrave;ve de le d&eacute;sar&ccedil;onner.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tRoman de la r&eacute;conciliation possible, interrogation sur les rapports entre l&rsquo;art et la vie, ce livre &ndash; dont la seconde partie se passe en Isra&euml;l &ndash; &eacute;chappe &agrave; toute saisie univoque. Une seule lecture ne suffit pas, et de loin, &agrave; en percevoir toutes les subtilit&eacute;s. L&rsquo;auteur lui-m&ecirc;me s&rsquo;en amuse et se pla&icirc;t &agrave; nous sugg&eacute;rer des pistes. Rencontre &agrave; Paris avec cet immense &eacute;crivain parfois qualifi&eacute; de balzacien, un humaniste qui s&rsquo;est profond&eacute;ment engag&eacute; en faveur du processus de paix isra&eacute;lo-palestinien et qui a notamment particip&eacute; &agrave; l&rsquo;Initiative de Gen&egrave;ve.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>Vous &ecirc;tes n&eacute; en 1936 &agrave; J&eacute;rusalem et vous appartenez, apprend-on dans une de vos biographies, &agrave; la cinqui&egrave;me g&eacute;n&eacute;ration de Juifs s&eacute;farades install&eacute;s en Isra&euml;l. Pouvezvous nous en dire un peu plus sur vos origines?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tCertaines familles sont arriv&eacute;es en Palestine bien avant le sionisme. C&rsquo;est le cas de mes anc&ecirc;tres c&ocirc;t&eacute; paternel qui sont venus de Salonique au milieu du XIXe si&egrave;cle. Ils ne se sont pas install&eacute;s &agrave; J&eacute;rusalem dans le but de cr&eacute;er un Etat, mais simplement pour retourner &agrave; la terre sacr&eacute;e. Ma m&egrave;re, elle, a quitt&eacute; le Maroc dans les ann&eacute;es 30 d&eacute;j&agrave;, alors que la majorit&eacute; de la communaut&eacute; juive d&rsquo;Afrique du Nord a &eacute;migr&eacute; plus tard.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>Votre p&egrave;re &eacute;tait orientaliste. Parlez-vous aussi l&rsquo;arabe?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tMon p&egrave;re avait fait sa th&egrave;se sur la presse palestinienne au d&eacute;but du sionisme. Moi, malheureusement, je ne sais pas l&rsquo;arabe. A l&rsquo;&eacute;cole, il faisait mes devoirs &agrave; ma place et par la suite, avec ma femme, nous avons v&eacute;cu plusieurs ann&eacute;es en France. Elle &eacute;tait tomb&eacute;e amoureuse de Paris et a mis comme condition pour m&rsquo;&eacute;pouser que nous allions y terminer nos &eacute;tudes.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>Ya&iuml;r Mozes, le protagoniste de votre livre &laquo;R&eacute;trospective&raquo;, est lui aussi fascin&eacute; par l&rsquo;Europe, en l&rsquo;occurrence par Saint-Jacques-de-Compostelle et sa cath&eacute;drale&hellip;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLa relation entre l&rsquo;Est et l&rsquo;Ouest se retrouve dans tous mes livres, et en particulier dans celui-ci. Elle est &agrave; la base de l&rsquo;identit&eacute; isra&eacute;lienne, puisque notre population est constitu&eacute;e de deux parties, l&rsquo;une venue de la civilisation occidentale, l&rsquo;autre de la civilisation arabe et musulmane. Dans R&eacute;trospective, cette dualit&eacute; est symbolis&eacute;e par la relation entre Mozes et son sc&eacute;nariste Trigano, un gars d&rsquo;Afrique du Nord qui a &eacute;migr&eacute; en Isra&euml;l avec sa famille. Ils incarnent cette coop&eacute;ration, cette int&eacute;gration, mais aussi sa rupture. En fait, j&rsquo;ai &eacute;crit ce roman pour les r&eacute;concilier. Oui, je savais que je devais aller vers une r&eacute;conciliation. Parce que je suis un homme de gauche, et qui plus est mari&eacute; &agrave; une psychanalyste, je suis pour le changement, et je crois qu&rsquo;il est possible.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>Vous dites que votre femme est psychanalyste. Craignez-vous qu&rsquo;elle se penche sur l&rsquo;&laquo;inconscient&raquo; de vos livres?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tNon, mais je redoute de lui raconter mes r&ecirc;ves parce qu&rsquo;elle travaille tr&egrave;s bien avec les r&ecirc;ves. Alors de temps en temps, j&rsquo;h&eacute;site &agrave; les lui raconter. Ma femme avait aussi quelques r&eacute;serves sur Mozes, elle le trouvait trop narcissique. Et c&rsquo;est vrai qu&rsquo;il est toujours bien prot&eacute;g&eacute;, content, s&ucirc;r de lui. M&ecirc;me quand il va se confesser, il pr&eacute;vient qu&rsquo;il n&rsquo;a pas de probl&egrave;mes, qu&rsquo;il ne parlera pas de sa vie priv&eacute;e. Alors pour casser cette carapace, dans le livre, j&rsquo;ai choisi &agrave; un moment donn&eacute; de passer de la troisi&egrave;me &agrave; la deuxi&egrave;me personne, du &laquo;il&raquo; au &laquo;tu&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>Votre roman &laquo;R&eacute;trospective&raquo; se passe dans l&rsquo;univers du cin&eacute;ma. Cet art vous int&eacute;resset-il particuli&egrave;rement?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tUne dizaine de mes livres ont &eacute;t&eacute; adapt&eacute;s au cin&eacute;ma. Certains films furent de tr&egrave;s bonnes exp&eacute;riences, d&rsquo;autres un peu moins. C&rsquo;est donc un monde qui, professionnellement, ne m&rsquo;est pas inconnu. Jusqu&rsquo;&agrave; maintenant, j&rsquo;avais toujours &eacute;vit&eacute; que mes protagonistes ne soient des artistes. Je d&eacute;teste tous ces livres qui parlent de l&rsquo;&eacute;crivain fatigu&eacute; qui a cess&eacute; d&rsquo;&eacute;crire et qui soudain d&eacute;couvre le manuscrit d&rsquo;un auteur mort. Ce qui m&rsquo;int&eacute;resse n&rsquo;est pas d&rsquo;&eacute;crire sur moi-m&ecirc;me, mais de pouvoir analyser la dynamique de la cr&eacute;ation. Alors pourquoi le th&egrave;me du cin&eacute;ma? Comme &eacute;crivain, je suis &agrave; la fois sc&eacute;nariste, metteur en sc&egrave;ne et photographe. Je r&eacute;unis toutes ces fonctions. A travers l&rsquo;angle du cin&eacute;ma, je pouvais s&eacute;parer ces activit&eacute;s, les transformer en personnages et cr&eacute;er une histoire autour des rapports qui s&rsquo;&eacute;tablissent entre eux.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>Et puis il y a Ruth, une femme dont tous, y compris le directeur de la photographie Tol&eacute;dano, sont amoureux&hellip;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tRuth, c&rsquo;est le centre &eacute;rotique de la petite &eacute;quipe, tout le monde tourne autour d&rsquo;elle. Mais pour Mozes dont elle partage la chambre d&rsquo;h&ocirc;tel &agrave; Saint-Jacques-de-Compostelle, Ruth n&rsquo;est pas une femme, c&rsquo;est un personnage, une abstraction. Elle est actrice, donc elle est devenue quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre. Au fil des pages, toutefois, elle se transforme pour, de personnage, devenir une femme r&eacute;elle &agrave; laquelle Mozes demande d&rsquo;ailleurs de l&rsquo;&eacute;pouser.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>La r&eacute;trospective &eacute;voqu&eacute;e dans le roman pr&eacute;sente plusieurs films que vous d&eacute;crivez de fa&ccedil;on tr&egrave;s pr&eacute;cise. Existent-ils r&eacute;ellement?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tJ&rsquo;ai commenc&eacute; ma carri&egrave;re en &eacute;crivant des nouvelles. De courts textes un peu absurdes et sans ancrage spatiotemporel, dans la veine de Beckett ou de Camus. Deux des films de la r&eacute;trospective (Le train et le village et Le sommeil des soldats) sont tir&eacute;s de ces r&eacute;cits. Les Isra&eacute;liens les identifieront donc imm&eacute;diatement. Un troisi&egrave;me film (l&rsquo;histoire d&rsquo;une b&ecirc;te qui habite des ann&eacute;es durant dans une synagogue) est inspir&eacute; d&rsquo;une nouvelle de Kafka. Les autres ont &eacute;t&eacute; invent&eacute;s de toutes pi&egrave;ces pour le livre.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>Vos livres sont tr&egrave;s structur&eacute;s. Comment &eacute;crivez-vous?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLe d&eacute;but est tr&egrave;s difficile. Les trente ou quarante premi&egrave;res pages me prennent environ six mois. J&rsquo;en ai besoin pour v&eacute;rifier quel sera le ton du roman, quelle sera exactement sa langue. Et surtout pour d&eacute;finir le personnage principal, savoir par exemple si le r&eacute;cit sera &agrave; la premi&egrave;re ou &agrave; la troisi&egrave;me personne. Une fois surmont&eacute;e cette ouverture, tout est plus facile. Je sais o&ugrave; je vais.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>Parall&egrave;lement &agrave; votre activit&eacute; d&rsquo;&eacute;crivain, vous vous &ecirc;tes engag&eacute; tr&egrave;s activement pour la paix. Comment jugez-vous la situation en Isra&euml;l?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tJe suis un petit peu d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;. Parce que je vois Isra&euml;l &ndash; et j&rsquo;accuse Isra&euml;l &ndash; continuer aveugl&eacute;ment l&rsquo;installation des colonies dans les territoires occup&eacute;s et d&eacute;truire ainsi la possibilit&eacute; d&rsquo;un Etat palestinien. Cela signifie que nous allons, pas apr&egrave;s pas, vers un Etat binational, et ce sera&hellip; terrible. Je pense aussi que les Palestiniens ne bougent pas assez, mais j&rsquo;accuse surtout Isra&euml;l. On doit faire la paix avec les Palestiniens. C&rsquo;est &agrave; nous de le faire.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>Et vous n&rsquo;avez jamais pens&eacute; &agrave; partir?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tQuitter Isra&euml;l? Non. Comme je dis toujours, quand les nazis &eacute;taient l&agrave;, est-ce que les Fran&ccedil;ais pensaient qu&rsquo;il fallait s&rsquo;en aller et rejeter l&rsquo;identit&eacute; fran&ccedil;aise? Je ne suis pas un Juif errant. Il y a quelque chose de tr&egrave;s profond dans la capacit&eacute; du Juif de s&rsquo;installer dans la peau et la chair des autres peuples. Et c&rsquo;est, &agrave; mon avis, notre grand malheur. Quand on est en Pologne, on prend la jaquette polonaise, puis on la jette pour prendre la jaquette fran&ccedil;aise, puis on l&rsquo;abandonne encore pour prendre la jaquette am&eacute;ricaine. L&rsquo;identit&eacute; isra&eacute;lienne, pour moi, ce n&rsquo;est pas une jaquette, c&rsquo;est la peau. Je vais donc toujours rester en Isra&euml;l.<\/p>\n<h5>\n\t\t\t\t\t&laquo;R&eacute;trospective&raquo;. D&rsquo;Avraham B. Yehoshua. Traduit de l&rsquo;h&eacute;breu par Jean-Luc Allouche. Grasset, 478 p.<\/h5>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; AVRAHAM B. YEHOSHUA : Dans le miroir du cin&eacute;ma &nbsp; Avec son nouveau roman &laquo;R&eacute;trospective&raquo;, le grand &eacute;crivain isra&eacute;lien interroge les m&eacute;canismes de la cr&eacute;ation. Rencontre &agrave; Paris. &nbsp; Les livres de l&rsquo;Isra&eacute;lien Avraham B. 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