{"id":5076,"date":"2012-08-29T21:34:15","date_gmt":"2012-08-29T21:34:15","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5076"},"modified":"2012-08-29T21:34:15","modified_gmt":"2012-08-29T21:34:15","slug":"athees-en-tunisie-passez-par-la-case-prison","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/athees-en-tunisie-passez-par-la-case-prison\/","title":{"rendered":"Ath\u00e9es en Tunisie: passez par la case prison"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div class=\"header\">\n<p>\n\t\tAth&eacute;es en Tunisie: passez par la case prison<\/p>\n<div class=\"article-top\">\n<div class=\"date\" itemprop=\"dateCreated\">\n\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div class=\"date\" itemprop=\"dateCreated\">\n\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div class=\"date\" itemprop=\"dateCreated\">\n\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/p><\/div>\n<div class=\"description\" itemprop=\"description\">\n<p>\n\t\t\tDans la ville de Mahdia, en Tunisie, &ecirc;tre chr&eacute;tien passe, juif OK, tant que l&rsquo;on n&rsquo;est pas sioniste, mais &ecirc;tre ath&eacute;e semble inconcevable.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<p><!-- END header --><!-- details --><\/p>\n<div class=\"details\">\n<!-- table-of-contents --><!-- END table-of-contents --><!-- content -->\t<\/p>\n<div class=\"content\">\n<p>\n\t\t\tIls auraient tu&eacute;s p&egrave;res et m&egrave;res que &ccedil;a n&rsquo;aurait pas &eacute;t&eacute; pire. &laquo; <em>Mon fils est ath&eacute;e<\/em> &raquo;. La phrase murmur&eacute;e est &eacute;touff&eacute;e par le ventilateur brassant l&rsquo;air chaud de ce mois de ramadan. Dans sa maison de Mahdia, port de p&ecirc;che charmant sur le littoral tunisien, Mahmoud B&eacute;ji ancien directeur d&rsquo;&eacute;cole se sent &eacute;pi&eacute;. Il essaye de convaincre la ville enti&egrave;re qu&rsquo;il a reni&eacute; son m&eacute;cr&eacute;ant de fils, Ghazi, 28 ans. Ainsi s&rsquo;efforce-t-il de nous montrer aux murs les cadres &eacute;clatants louants Allah ou un Coran pr&egrave;s du lit qu&rsquo;il nous demande de photographier : &laquo; <em>&Ccedil;a prouvera que je ne suis pas ath&eacute;e.<\/em> &raquo; La famille de Jaber Mejr, elle, pense que tout cela n&rsquo;&eacute;tait qu&rsquo;une passade. Pas la peine donc pour Ghazi et Jaber de compter sur leurs familles pour les soutenir dans leurs choix.<\/p>\n<p>\n\t\t\tCes deux ch&ocirc;meurs dipl&ocirc;m&eacute;s, anciens coll&egrave;gues de travail &agrave; la gare de la ville, ont commis l&rsquo;imprudence de vouloir faire part au monde de leurs id&eacute;es, diffusant sur internet des textes et caricatures contraires &agrave; l&rsquo;islam. Ils se sont retrouv&eacute;s l&rsquo;un en prison, l&rsquo;autre en exil. Leurs ennuis ont d&eacute;marr&eacute; d&eacute;but mars quand un citoyen de Mahdia est venu se plaindre aupr&egrave;s d&rsquo;un avocat de la ville, Foued Cheikh Zaouali de ces &laquo; <em>publications portant atteinte &agrave; notre proph&egrave;te sur la page de Jaber Mejri.<\/em> &raquo; Mahomet trait&eacute; de p&eacute;dophile et d&rsquo;assassin, l&rsquo;avocat qui enseigne par ailleurs les droits de l&rsquo;Homme et la libert&eacute; d&rsquo;expression, en fait une affaire personnelle et d&eacute;cide d&rsquo;aller en justice. Apr&egrave;s un proc&egrave;s sans r&eacute;elle mobilisation m&eacute;diatique, Jaber Mejri est condamn&eacute; fin mars &agrave; 7 ans et demi de prison ferme pour notamment atteinte &agrave; l&rsquo;ordre public et aux bonnes m&oelig;urs.<\/p>\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;appel fin juin confirmera la premi&egrave;re instance. Un pourvoi en cassation est dans l&rsquo;attente aujourd&rsquo;hui d&rsquo;une date pour une ultime chance de s&rsquo;en tirer &agrave; meilleur compte. Jaber est donc derri&egrave;re les barreaux, Ghazi a lui &eacute;cop&eacute; de la m&ecirc;me peine mais par contumace, le jeune homme ayant vite fuit le pays. Sur leur page Facebook, qui doivent rassembler &agrave; elles-deux un millier d&rsquo;amis tout au plus, ou sur l&rsquo;h&eacute;bergeur de textes en ligne Scribd, on peut retrouver les &eacute;crits incrimin&eacute;s. Des pamphlets anti-proph&egrave;te &ndash; &laquo;L&rsquo;illusion de l&rsquo;Islam &raquo; pour Ghazi ; &laquo; Dark Lands &raquo; pour Jaber &ndash; qui ne feront pas date dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;ath&eacute;isme. La famille de Jaber explique ce rejet de la religion du fils par le d&eacute;sespoir apr&egrave;s cinq ann&eacute;es de ch&ocirc;mage.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&laquo; <em>Mais maintenant il fait sa pri&egrave;re en prison et respecte le ramadan<\/em> &raquo; assure -ou se rassure- la m&egrave;re qui revient de sa visite quotidienne, autoris&eacute;e &agrave; porter &agrave; son fils un panier pour la rupture du je&ucirc;ne. &laquo; <em>C&rsquo;est plut&ocirc;t parce qu&rsquo;il a &eacute;t&eacute; battu par les autres prisonniers<\/em> &raquo; croit savoir Ghazi. Aujourd&rsquo;hui exil&eacute; en Roumanie, il dit avoir des amis qui lui racontent les d&eacute;boires de Jaber en prison et que l&rsquo;illusion d&rsquo;une foi retrouv&eacute;e n&rsquo;est due qu&rsquo;&agrave; la violence de ses partenaires de cellule contre un ath&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Un proc&egrave;s par les habitants presque plus violent<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tDans cette ville o&ugrave; la s&eacute;r&eacute;nit&eacute; de la m&eacute;dina, du cimeti&egrave;re marin et la beaut&eacute; du phare &eacute;voquent tout sauf l&rsquo;extr&eacute;misme, le proc&egrave;s des deux internautes fait par les habitants est presque plus violent que le jugement prononc&eacute; par la justice. Sur la petite place du Caire qui porte bien son nom avec ses arbres et ses fumeurs de chicha, la douceur de vivre est vite rattrap&eacute;e par la r&eacute;alit&eacute; sortant de la bouche des jeunes attabl&eacute;s. &laquo; <em>7 ans ? Pas assez,<\/em> l&acirc;che Ahmed, 22 ans. <em>Tout le temps c&rsquo;aurait &eacute;t&eacute; plus juste ! &raquo; &laquo; Ils ont caricatur&eacute; le proph&egrave;te, notre guide, ils m&eacute;ritent plus que la prison !<\/em>&raquo; ajoute Amenallah, 24 ans. Pourtant ces jeunes portant casquettes et baskets semblent plus prompts &agrave; draguer les filles qu&rsquo;&agrave; prier cinq fois par jour.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t\t&laquo; <em>Ce sont surtout des familles conservatrices qui vivent ici<\/em>, explique Samir H&eacute;di, ami du p&egrave;re de Ghazi, retrait&eacute; de l&rsquo;enseignement lui aussi. &laquo; <em>Les gens ici ne comprennent pas la la&iuml;cit&eacute;. Avoir une conviction autre c&rsquo;est sortir de la communaut&eacute;.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t\t\tLa la&iuml;cit&eacute;, m&ecirc;me au fin fond de la Roumanie, Ghazi semble ne pas y avoir droit. Photo &agrave; l&rsquo;appui il nous raconte sa rencontre avec l&rsquo;imam du camp de Radauti, dans le Nord du pays, o&ugrave; il a trouv&eacute; refuge. L&rsquo;imam, palestinien, lui a jou&eacute; un remake de <em>Trouble Everyday,<\/em> lui mordant l&rsquo;aine jusqu&rsquo;au sang. &laquo; <em>Tuer un m&eacute;cr&eacute;ant est tr&egrave;s bien vu dans l&rsquo;islam des int&eacute;gristes<\/em> &raquo; explique Ghazi. Avant d&rsquo;&ecirc;tre effray&eacute; par les dents de l&rsquo;amer, Ghazi a du vider son compte en banque, fuir par l&rsquo;Alg&eacute;rie, la Turquie, nager &agrave; trois heures du matin dans les eaux de l&rsquo;&Eacute;vros pour rejoindre la Gr&egrave;ce, puis la Mac&eacute;doine, la Serbie et enfin la Roumanie.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&laquo; <em>Une aventure incroyable qu&rsquo;il devrait &eacute;crire un jour<\/em> &raquo; juge Bochra Belhaj Hmida, avocate &agrave; Tunis et activiste des droits humains. Un livre qui serait alors peut &ecirc;tre meilleur que son pamphlet. &laquo; <em>Je trouve<\/em>, raconte-t-elle <em>que les textes de Ghazi et Jaber ne valent rien, mais je les d&eacute;fends car j&rsquo;estime que chacun &agrave; le droit de penser ce qu&rsquo;il veut.<\/em> &raquo; Aujourd&rsquo;hui, rares en Tunisie sont ceux qui soutiennent Ghazi et B&eacute;ji. &laquo; <em>&Ccedil;a n&rsquo;est pas politiquement correct de d&eacute;fendre des gens trop diff&eacute;rents<\/em>, explique l&rsquo;avocate.&raquo; Estimant que les textes incrimin&eacute;s n&rsquo;ont &eacute;t&eacute; lus par personne, elle ajoute que la justice, &laquo; <em>n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; ind&eacute;pendante. Soit parce qu&rsquo;elle a toujours &eacute;t&eacute; au service du pouvoir<\/em> (aujourd&rsquo;hui aux mains des islamistes d&rsquo;Ennahdha, NDLR), <em>soit parce qu&rsquo;elle a peur des salafistes. Depuis la chute de Ben Ali, les Tunisiens n&rsquo;ont plus peur du gouvernement mais de la soci&eacute;t&eacute;. Des salafistes notamment.<\/em> &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tA Mahdia, Mahmoud B&eacute;ji inquiet nous demande de ne pas tout &eacute;crire, d&rsquo;insister sur sa foi, celle de sa femme, voil&eacute;e, et pense qu&rsquo;&laquo; en expliquant mieux l&rsquo;Islam &agrave; Ghazi, on pourra le faire revenir sur le droit chemin&raquo;. La famille de Jaber elle n&rsquo;a pas de doute quant &agrave; son fils qui attend en prison son pourvoi en cassation : &laquo; <em>C&rsquo;est Ghazi qui lui a lav&eacute; le cerveau<\/em> &raquo;. Ghazi a quant &agrave; lui r&eacute;cup&eacute;r&eacute; un passeport roumain de protection subsidiaire. Quasi premier r&eacute;fugi&eacute; politique tunisien de l&rsquo;apr&egrave;s Ben Ali, il esp&egrave;re obtenir l&rsquo;asile en France et ne rentrera pas dit-il, &laquo; <em>tant que la Tunisie sera aux mains des islamistes<\/em> &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Thibaut Cavaill&egrave;s, &agrave; Tunis<\/strong><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Ath&eacute;es en Tunisie: passez par la case prison &nbsp; &nbsp; &nbsp; Dans la ville de Mahdia, en Tunisie, &ecirc;tre chr&eacute;tien passe, juif OK, tant que l&rsquo;on n&rsquo;est pas sioniste, mais &ecirc;tre ath&eacute;e semble inconcevable. Ils auraient tu&eacute;s p&egrave;res et m&egrave;res que &ccedil;a n&rsquo;aurait pas &eacute;t&eacute; pire. &laquo; Mon fils est ath&eacute;e &raquo;. 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