{"id":5221,"date":"2013-09-10T00:01:37","date_gmt":"2013-09-10T00:01:37","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5221"},"modified":"2013-09-09T23:24:37","modified_gmt":"2013-09-09T23:24:37","slug":"une-defaite-de-la-pensee-par-tahar-ben-jelloun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/une-defaite-de-la-pensee-par-tahar-ben-jelloun\/","title":{"rendered":"Une d\u00e9faite de la pens\u00e9e, Par Tahar Ben Jelloun"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tUne d&eacute;faite de la pens&eacute;e<\/p>\n<div class=\"node-toolbar-wrapper\">\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"node-content\">\n<div class=\"field field-name-field-teaser field-type-text-long field-label-hidden clearfix\">\n<div class=\"field-items\">\n<div class=\"field-item even\">\n<p>\n\t\t\t\t\tPar Tahar Ben Jelloun<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tL&#39;islam serait-il si vuln&eacute;rable, si fragile, menac&eacute; un peu partout dans son existence ? Une fiction, une caricature, un tr&egrave;s mauvais film peuvent-ils saper ses valeurs et ses fondements ? En principe non. Mais de quel islam s&#39;agit-il ? On se pose la question au vu des tensions et manifestations de violence dans certains pays arabes et musulmans.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<div class=\"field-items field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden clearfix\">\n<p>\n\t\t\tDes morts, des bless&eacute;s, des incendies, des cris de haine, de l&#39;incompr&eacute;hension, bref, un besoin de vengeance qui ne surprend que ceux qui refusent de reconna&icirc;tre que certains Etats musulmans, &agrave; d&eacute;faut d&#39;entrer dans la modernit&eacute; et de cultiver la d&eacute;mocratie, encouragent cette passion qui occupe les populations. Elle leur fait oublier l&#39;essentiel : instaurer un Etat de droit et de justice qui favoriserait l&#39;&eacute;mergence de l&#39;individu. Or, l&#39;individu reconnu, c&#39;est la rupture avec le clan, c&#39;est le droit &agrave; la libert&eacute;, le droit de conscience, la porte ouverte &agrave; la r&eacute;flexion critique. Ce que les Etats islamiques ne peuvent tol&eacute;rer.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe signal avait &eacute;t&eacute; donn&eacute; par l&#39;ayatollah Khomeyni en 1989 avec la fatwa lanc&eacute;e contre Salman Rushdie, qui avait publi&eacute; un ouvrage de fiction, Les Versets sataniques. On se souvient des manifestations au Pakistan qui avaient provoqu&eacute; plusieurs morts. Alors qu&#39;on pensait que cette fatwa &eacute;tait plus ou moins abandonn&eacute;e par l&#39;Iran, voil&agrave; que la r&eacute;compense pour tuer Salman Rushdie vient d&#39;&ecirc;tre augment&eacute;e jusqu&#39;&agrave; atteindre 3,3 millions de dollars.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tDes livres critiques sur l&#39;islam existent. L&#39;essai de Maxime Rodinson Mahomet (Seuil, 1961) est une analyse rationaliste et sans concession de la vie du Proph&egrave;te. Ce livre n&#39;a pas fait scandale. Pourtant il pose des questions que nombre de croyants musulmans n&#39;aiment pas trop aborder.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tAvec Les Versets sataniques, ce qui avait choqu&eacute; les dirigeants iraniens, c&#39;&eacute;tait qu&#39;un musulman ait os&eacute; &eacute;voquer des versets qu&#39;il fallait &agrave; tout prix ignorer. Un musulman appartient d&#39;abord &agrave; la nation (la &quot;oumma&quot;), au clan, &agrave; la famille. Il n&#39;a pas le droit d&#39;en sortir ni surtout d&#39;&eacute;mettre la moindre critique &agrave; propos du dogme et du livre sacr&eacute;. Salman Rushdie est musulman de naissance ; il est donc per&ccedil;u comme un tra&icirc;tre qu&#39;il faut punir pour avoir &quot;ouvert la voie au blasph&egrave;me&quot;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCette notion d&#39;appartenance absolue &agrave; la communaut&eacute; fait que la la&iuml;cit&eacute; est confondue avec l&#39;ath&eacute;isme et l&#39;apostasie. Quiconque touche au dogme rend son sang &quot;licite&quot;. Que ce soit un caricaturiste libre ou un fou furieux obs&eacute;d&eacute; par sa haine de l&#39;islam, que ce soit un journal ou un film, m&ecirc;me absurde et abject, le musulman fondamentaliste se sent le devoir de r&eacute;agir et de faire savoir par tous les moyens sa col&egrave;re. Ajoutez &agrave; ce r&eacute;flexe les obscures manipulations de certains Etats ou services, et vous avez le spectacle hideux d&#39;un fanatisme exacerb&eacute; et meurtrier.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tDepuis que le fameux &quot;printemps arabe&quot; a gliss&eacute; vers l&#39;islamisme, les espoirs sont d&eacute;&ccedil;us, les r&eacute;volutions ont avort&eacute;. D&#39;autres acteurs sont entr&eacute;s en sc&egrave;ne et nous promettent une longue p&eacute;riode d&#39;instabilit&eacute;. Du fait que l&#39;islamisme traditionnel se voit doubler sur sa droite par des mouvements plus radicaux (les salafistes), on se surprend &agrave; trouver des excuses aux Fr&egrave;res musulmans &eacute;gyptiens et aux adh&eacute;rents d&#39;Ennahda en Tunisie. D&#39;autres regrettent l&#39;ancien r&eacute;gime et disent qu&#39;il vaut mieux un dictateur corrompu qu&#39;un r&eacute;gime islamiste qui d&eacute;montre son incapacit&eacute; &agrave; gouverner, incapable par exemple d&#39;emp&ecirc;cher des nervis salafistes de s&#39;attaquer aux femmes et aux artistes. En Egypte, c&#39;est plus compliqu&eacute;, dans la mesure o&ugrave; le parti salafiste Nour a remport&eacute; 24,4 % des suffrages aux l&eacute;gislatives. Les Fr&egrave;res musulmans doivent en tenir compte.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe salafisme est une th&eacute;ologie litt&eacute;raliste qui refuse toute lecture rationaliste des textes sacr&eacute;s. En 1744, ils firent alliance avec le mouvement wahhabite, du nom d&#39;un th&eacute;ologien saoudien, Mohamed Abdel Wahhab, qui pr&ocirc;nait une radicalit&eacute; absolue de la foi musulmane : rejet du soufisme et du chiisme ; interdiction du culte des saints et du recueillement dans les cimeti&egrave;res. Ces derni&egrave;res d&eacute;cennies, de nombreux mausol&eacute;es abritant des saints ont &eacute;t&eacute; d&eacute;truits en Alg&eacute;rie et au Mali, sans parler des bouddhas explos&eacute;s en mars 2001 en Afghanistan. C&#39;est ce courant extr&eacute;miste, soutenu par l&#39;Arabie saoudite, qui tente de s&#39;implanter dans les pays musulmans. C&#39;est ce m&ecirc;me courant qui refuse la d&eacute;mocratie et tout projet de Constitution, car seul le principe divin est l&eacute;gislateur.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLes r&eacute;actions tr&egrave;s vives qui secouent plusieurs pays en ce moment ont pour effet de retarder et compliquer la fin de Bachar Al-Assad, champion du meurtre de masse et du bombardement des populations civiles. S&#39;il se maintient, ce n&#39;est pas parce que la Russie le soutient. Cela compte, mais ce qui intervient aussi dans son maintien, c&#39;est l&#39;analyse faite aussi bien par les Am&eacute;ricains que par la plupart des Etats europ&eacute;ens. La menace islamiste sur l&#39;avenir de la Syrie est avanc&eacute;e comme argument majeur. On sait que des brigades comme Ahrar Al-Sham qui ont rejoint les insurg&eacute;s ne cachent pas leur appartenance au mouvement salafiste. M&ecirc;me si tout le monde d&eacute;plore la barbarie du clan Assad, certains murmurent que, s&#39;il s&#39;en allait, la minorit&eacute; chr&eacute;tienne serait en danger. Une fois le clan Assad mis hors d&#39;&eacute;tat de nuire, la Syrie choisira son destin. Il ne sert &agrave; rien de noircir le tableau et d&#39;invoquer l&#39;horreur islamiste comme alternative obligatoire.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCe qui est vuln&eacute;rable dans l&#39;islam, ce ne sont ni son esprit ni ses valeurs, ce sont des populations maintenues dans l&#39;ignorance et manipul&eacute;es dans leur croyance. Tous ceux qui ont essay&eacute; de lire le Coran avec le coeur de la raison ont &eacute;chou&eacute;, et c&#39;est l&#39;irrationalisme, l&#39;absurde et le fanatisme qui gagnent du terrain.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCette confusion sied bien &agrave; toutes les provocations : les salafistes fran&ccedil;ais qui ont manifest&eacute; sur les Champs-&Eacute;lys&eacute;es ont &eacute;t&eacute; confort&eacute;s et consolid&eacute;s dans leurs pr&eacute;jug&eacute;s. Ce ne sont pas les pages que publie Charlie Hebdo qui vont calmer ces manifestants toujours pr&ecirc;ts &agrave; r&eacute;agir. C&#39;est une provocation de trop. Cela, qu&#39;on le veuille ou non, participe de l&#39;islamophobie qui gagne du terrain. Je sais que ce journal satirique n&#39;a jamais m&eacute;nag&eacute; le pape ni les pr&ecirc;tres. Les catholiques n&#39;ont pas cri&eacute; au scandale. Ce journal est dans son r&ocirc;le. Nous sommes dans une d&eacute;mocratie o&ugrave; la libert&eacute; d&#39;expression est sacr&eacute;e. Si ces nouvelles caricatures ont bless&eacute; des croyants, il faut s&#39;adresser &agrave; la justice et tourner le dos &agrave; cette agitation. La France est un pays la&iuml;que. On rit de tout, m&ecirc;me de la religion.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe Proph&egrave;te n&#39;est pas dans ces caricatures ; c&#39;est un esprit, une transcendance, &eacute;chappant &agrave; toute repr&eacute;sentation physique. Rappelons enfin que l&#39;islam est &quot;soumission &agrave; la paix&quot;, &agrave; une forme sup&eacute;rieure de patience et de tol&eacute;rance &#8211; du moins c&#39;est ce qu&#39;on m&#39;a appris.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong><em>Tahar Ben Jelloun,&nbsp;<\/em><\/strong><em>&eacute;crivain, auteur de &quot;L&#39;Etincelle. R&eacute;voltes dans les pays arabes&quot;<\/em><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Une d&eacute;faite de la pens&eacute;e &nbsp; Par Tahar Ben Jelloun &nbsp; L&#39;islam serait-il si vuln&eacute;rable, si fragile, menac&eacute; un peu partout dans son existence ? Une fiction, une caricature, un tr&egrave;s mauvais film peuvent-ils saper ses valeurs et ses fondements ? En principe non. Mais de quel islam s&#39;agit-il ? 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