{"id":5249,"date":"2016-01-06T00:43:38","date_gmt":"2016-01-06T00:43:38","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5249"},"modified":"2016-01-06T01:48:39","modified_gmt":"2016-01-06T01:48:39","slug":"essais-et-reflexions-sur-le-sionisme-du-coran-par-jean-taieb","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/essais-et-reflexions-sur-le-sionisme-du-coran-par-jean-taieb\/","title":{"rendered":"ESSAIS ET REFLEXIONS SUR LE SIONISME DU CORAN. Par Jean TAIEB"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tESSAIS ET REFLEXIONS SUR LE SIONISME DU CORAN. Par Jean TAIEB<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tEntre Bible et Coran, qui peut dire qui est le plus sioniste?&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tTout d&#39;abord existe-t-il entre juda&iuml;sme et islam un conflit d&#39;ordre th&eacute;ologique ? La r&eacute;ponse est sans ambigu&iuml;t&eacute; : un tel conflit n&#39;existe pas. Depuis toujours, l&#39;islam est compris par les Juifs comme un monoth&eacute;isme strict, un monoth&eacute;isme d&#39;une puret&eacute; parfaite, l&#39;antith&egrave;se par excellence de tout paganisme. Le juda&iuml;sme a toujours su distinguer christianisme et polyth&eacute;isme. Il n&#39;emp&ecirc;che que l&#39;id&eacute;e de l&#39;incarnation divine, du moins dans sa connotation r&eacute;aliste, est profond&eacute;ment &eacute;trang&egrave;re &agrave; notre tradition et d&eacute;termine un foss&eacute; qui ne peut &ecirc;tre combl&eacute;. Un tel probl&egrave;me ou d&#39;autres analogues n&#39;existent pas dans nos relations avec l&#39;islam.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tLe fait suivant, rapport&eacute; par L&eacute;on Askenazi1, l&#39;illustre parfaitement :&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tUn peu avant la cr&eacute;ation de l&#39;Etat d&#39;Isra&euml;l, le Rav Kook avait &eacute;t&eacute; appel&eacute; &agrave; des discussions par les Anglais. Ils lui ont dit : &laquo;Comment vous, les sionistes, vous voulez revenir &agrave; J&eacute;rusalem ? Que va-t-on faire avec les musulmans ?&raquo; Il a r&eacute;pondu: &laquo;Quoi ? Il y a une mosqu&eacute;e. Et alors ? Gr&acirc;ce &agrave; Dieu, dans une mosqu&eacute;e, il n&#39;y a pas d&#39;idole et s&#39;il y avait la paix entre les Juifs et les musulmans, nous les Juifs d&#39;Isra&euml;l, de J&eacute;rusalem, nous pourrions dire nos pri&egrave;res dans la mosqu&eacute;e, sur la montagne du Temple. Ce serait parfaitement casher. Les musulmans sont de vrais monoth&eacute;istes.&raquo;&nbsp;<br \/>\n\t\tIl est frappant de constater que la quasi-totalit&eacute; des grands th&eacute;ologiens juifs, notamment Saadia Gaon, Ma&iuml;monide, Ibn Gabirol, Juda Hal&eacute;vy, sont tous issus de pays musulmans et ont &eacute;tudi&eacute; et discut&eacute; les doctrines islamiques, reprenant &eacute;ventuellement &agrave; leur compte certaines notions ou arguments, quitte &agrave; indiquer avec telle ou telle doctrine des points de divergence. Historiquement tout s&#39;est pass&eacute; comme si la connaissance de la th&eacute;ologie islamique &eacute;tait utile &agrave; la formulation propre de la pens&eacute;e juive, au m&ecirc;me titre que la connaissance et la discussion des doctrines de Platon et d&#39;Aristote2.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tIl faut toutefois faire &eacute;tat d&#39;une certaine diff&eacute;rence dans l&#39;interpr&eacute;tation du monoth&eacute;isme entre juda&iuml;sme et islam. La notion de monoth&eacute;isme a deux significations que l&#39;on peut fixer respectivement par les termes d&#39;unicit&eacute; et d&#39;unit&eacute; du divin. La premi&egrave;re version du monoth&eacute;isme consiste &agrave; professer dans toute sa clart&eacute; et toute sa simplicit&eacute; l&#39;unicit&eacute; de l&#39;&ecirc;tre divin. Telle est la pierre angulaire du credo islamique qui &eacute;nonce : il n&#39;y a pas d&#39;autre divinit&eacute; que Dieu. A partir de cette notion pure s&#39;&eacute;difie une th&eacute;ologie rationnelle &eacute;tablissant les attributs positifs de cet unique Etre Supr&ecirc;me, lequel est rigoureusement exempt de toute repr&eacute;sentation imag&eacute;e. Rien dans cette conception ne peut choquer un tenant du juda&iuml;sme et la th&eacute;ologie juive se pr&eacute;sente souvent en premi&egrave;re approximation sous une forme semblable.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tCependant, &agrave; cette id&eacute;e d&#39;unicit&eacute;, le juda&iuml;sme en superpose une autre, plus complexe, celle d&#39;unit&eacute; du divin, qu&#39;il me faut maintenant introduire. Le point de d&eacute;part en est un saut th&eacute;ologique, en vertu duquel la notion m&ecirc;me d&#39;Etre Supr&ecirc;me muni de ses attributs est d&eacute;pass&eacute;e, sinon m&ecirc;me abandonn&eacute;e. Dans le Guide des Egar&eacute;s, Ma&iuml;monide a donn&eacute; de ce saut th&eacute;ologique une formulation sans ambigu&iuml;t&eacute; : en derni&egrave;re analyse, rien ne peut &ecirc;tre positivement &eacute;nonc&eacute; de Dieu. Toute affirmation sur Dieu est une mani&egrave;re de parler excluant son contraire. L&#39;ultime th&eacute;ologie du juda&iuml;sme, dit fermement Ma&iuml;monide, est n&eacute;gative. La th&eacute;ologie n&eacute;gative d&eacute;finie par Ma&iuml;monide place la notion de Dieu dans une transcendance qui non seulement &eacute;chappe &agrave; toute repr&eacute;sentation imag&eacute;e, mais, plus que cela, &eacute;chappe &agrave; toute d&eacute;termination conceptuelle. Une expression nette de la diff&eacute;rence qui appara&icirc;t ici entre pens&eacute;e juive et pens&eacute;e islamique a &eacute;t&eacute; &eacute;galement &eacute;nonc&eacute;e par le Rav Kook : le Dieu de l&#39;islam se pr&eacute;sente comme un Infini con&ccedil;u, atteint conceptuellement ; le Dieu du juda&iuml;sme comme un Infini non con&ccedil;u. Une autorit&eacute; majeure du 18-&egrave;me si&egrave;cle, le Gaon de Vilna, ira m&ecirc;me encore plus loin dans cette radicalisation en &eacute;non&ccedil;ant : &laquo;de l&#39;Infini, on ne peut rien dire ni penser, on ne peut m&ecirc;me pas le d&eacute;finir comme l&#39;Existant n&eacute;cessaire 3.&raquo;&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tCons&eacute;quence de ce saut th&eacute;ologique, la relation &agrave; l&#39;Infini ne saurait conserver son caract&egrave;re de simplicit&eacute; imm&eacute;diate et directe. Elle se produit &agrave; travers les multiples figures o&ugrave; nous rencontrons l&#39;Infini selon une d&eacute;termination partielle. Pour le dire sch&eacute;matiquement, c&#39;est &agrave; travers un monde de valeurs, qui, elles, sont tout &agrave; la fois infinies et concevables que s&#39;effectue la relation &agrave; l&#39;Infini. D&egrave;s lors le principe monoth&eacute;iste prend une nouvelle signification : il consiste en l&#39;affirmation de l&#39;unit&eacute; ultime des valeurs, et en cons&eacute;quence leur conciliation possible, par del&agrave; la vari&eacute;t&eacute; ou les contradictions dans lesquelles nous les saisissons. Telle est l&#39;inspiration centrale de la loi juive : construire un mod&egrave;le d&#39;existence prenant en compte les n&eacute;cessit&eacute;s concr&egrave;tes et au sein duquel chaque aspiration humaine, chaque id&eacute;al, chaque transcendance, puisse trouver sa place. Il ne s&#39;agit plus tant d&#39;affirmer l&#39;unicit&eacute; de l&#39;Etre supr&ecirc;me que l&#39;unit&eacute; derni&egrave;re des formes de notre relation &agrave; l&#39;Infini, laquelle ne peut se produire qu&#39;&agrave; travers une multiplicit&eacute; de valeurs4. Voici comment L&eacute;on Ask&eacute;nazi, &agrave; la suite de Jacob Gordin et d&#39;Elie Benamozegh, r&eacute;sume cette conception du monoth&eacute;isme :&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLa &quot;saintet&eacute;&quot;, pour la Torah, c&#39;est l&#39;unit&eacute; de toutes les valeurs. Chaque peuple, chaque nation, chaque tradition, chaque doctrine, chaque religion &agrave; la limite a, semble-t-il, pour t&acirc;che dans l&#39;histoire de mettre en &eacute;vidence, de fa&ccedil;on sp&eacute;ciale, telle ou telle valeur en particulier. Le cas du juda&iuml;sme est &agrave; part. Son id&eacute;al, c&#39;est l&#39;unit&eacute; des valeurs. Jacob Gordin, mon ma&icirc;tre, citait le rabbin Elie Benamozegh, qui dans Isra&euml;l et l&#39;humanit&eacute; &eacute;crit : Chaque nation, chaque tradition a une perle ; mais Isra&euml;l est le fil du collier5.&nbsp;<br \/>\n\t\tCette conception ne signifie pas relativisme, absence de toute hi&eacute;rarchisation. Au sein de la constellation des transcendances qui se d&eacute;voilent avec l&#39;apparition de l&#39;humain, le juda&iuml;sme a des pr&eacute;f&eacute;rences nettes. Pour lui l&#39;&eacute;thique, vis&eacute;e d&#39;un perfectionnement personnel bien s&ucirc;r mais surtout souci des obligations envers autrui et r&eacute;alisation collective de la justice sociale, tient une place centrale ou en tout cas une place de choix. Le juda&iuml;sme privil&eacute;gie une relation &agrave; l&#39;Infini dont l&#39;action morale est &agrave; la fois l&#39;accomplissement et le t&eacute;moignage. Voici comment s&#39;exprime Emmanuel Levinas :&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tLa relation morale r&eacute;unit donc &agrave; la fois la conscience de soi et la conscience de Dieu. L&#39;&eacute;thique n&#39;est pas le corollaire de la vision de Dieu. Elle est cette vision m&ecirc;me&#8230;. Dans l&#39;Arche Sainte d&#39;o&ugrave; Mo&iuml;se entend la voix de Dieu, il n&#39;y a rien d&#39;autre que les tables de la Loi&#8230; \u00ab\u00a0Dieu est mis&eacute;ricordieux&#39;&#39; signifie \u00ab\u00a0Soyez mis&eacute;ricordieux comme lui&#39;&#39;&#8230; Conna&icirc;tre Dieu, c&#39;est savoir ce qu&#39;il faut faire&#8230; Le pieux, c&#39;est le juste6.&nbsp;<br \/>\n\t\tDe m&ecirc;me le Rav Kook &eacute;crit :&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tCela ne nous chagrine pas si telle ou telle structure de justice sociale s&#39;&eacute;tablit sans la moindre mention de Dieu, car nous savons que la seule exigence de justice, sous quelque forme que ce soit, constitue par elle-m&ecirc;me l&#39;&eacute;panchement divin le plus lumineux&#8230;7&nbsp;<br \/>\n\t\tCependant hi&eacute;rarchiser la constellation des valeurs ne signifie en aucune fa&ccedil;on exclusion de l&#39;une quelconque d&#39;entre elles. Il suffit pour le juda&iuml;sme que soient respect&eacute;s certains principes tenus par lui pour universels qui, pour la plupart, sont command&eacute;s par la raison ou se trouvent &agrave; la base de toute civilisation humaine. Le juda&iuml;sme fixe ces principes dans ce que le Talmud appelle les lois noachides, les lois des fils de No&eacute;. Or il est facile de montrer que l&#39;islam satisfait amplement aux exigences de ces lois noachides. En cons&eacute;quence, nous avons la r&eacute;ponse &agrave; la question qui nous est pos&eacute;e : on ne saurait par d&eacute;finition associer &agrave; la relation entre juda&iuml;sme et islam la notion de choc des valeurs. Ce serait d&#39;embl&eacute;e contraire &agrave; l&#39;id&eacute;e monoth&eacute;iste telle qu&#39;elle est comprise par le juda&iuml;sme, unit&eacute; ultime &agrave; la fois d&eacute;clar&eacute;e et construite de la multiplicit&eacute; des acc&egrave;s &agrave; l&#39;Infini, chacun de ces acc&egrave;s ayant sa pleine l&eacute;gitimit&eacute;. C&#39;est, entre autres, et peut-&ecirc;tre m&ecirc;me &agrave; une place privil&eacute;gi&eacute;e, le cas de l&#39;islam.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tTant que nous nous maintenons sur ce plan th&eacute;orique, toute divergence entre juda&iuml;sme et islam a donc vocation &agrave; se concr&eacute;tiser dans une confrontation d&#39;id&eacute;es men&eacute;e sur un mode amical, voire m&ecirc;me fraternel. Mais un probl&egrave;me grave appara&icirc;t lorsque le monoth&eacute;isme de l&#39;unicit&eacute; de l&#39;islam se traduit de fa&ccedil;on m&eacute;canique dans la vie sociale et politique. En effet, corollaire de la notion d&#39;unicit&eacute;, la ligne de plus grande pente de cette traduction tend &agrave; l&#39;instauration d&#39;une soci&eacute;t&eacute; religieusement homog&egrave;ne, &eacute;ventuellement m&ecirc;me totalitaire. Cette ligne de plus grande pente a souvent &eacute;t&eacute; suivie dans le monde islamique, avec notamment pour cons&eacute;quence pour la communaut&eacute; juive une situation de soumission institutionnelle accompagn&eacute;e d&#39;humiliations juridiquement formalis&eacute;es. Cependant je ne pr&eacute;tends pas qu&#39;il doive obligatoirement en &ecirc;tre ainsi. Assur&eacute;ment l&#39;islam peut &ecirc;tre interpr&eacute;t&eacute; sur un mode nuanc&eacute; et tol&eacute;rant et cela s&#39;est effectivement produit &agrave; certaines p&eacute;riodes heureuses.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tA partir du 20e si&egrave;cle, la tendance h&eacute;g&eacute;monique de l&#39;islam, en corr&eacute;lation avec la transformation de l&#39;existence juive, a conduit &agrave; un nouveau conflit qu&#39;il me faut maintenant d&eacute;crire. Avec la naissance du mouvement sioniste, le peuple juif est entr&eacute; dans une nouvelle phase de son histoire. Tout se passe comme si le peuple juif, consid&eacute;r&eacute; comme un tout, avait d&eacute;cid&eacute; de mettre un terme &agrave; des si&egrave;cles de dispersion et d&#39;absence d&#39;ind&eacute;pendance politique en r&eacute;tablissant sa souverainet&eacute; sur tout ou partie de la terre de Palestine. Or cette terre &eacute;tant consid&eacute;r&eacute;e comme une terre musulmane, la r&eacute;alisation d&#39;un tel processus est inadmissible pour un islam &agrave; tendance h&eacute;g&eacute;monique. D&#39;o&ugrave; la naissance d&#39;un conflit de type tr&egrave;s sp&eacute;cial. Ce n&#39;est pas un conflit entre deux peuples, tel le conflit isra&eacute;lo-palestinien, o&ugrave; deux peuples se disputent une m&ecirc;me terre. Ce n&#39;est pas une guerre de religion, telles ces guerres qui ont oppos&eacute; dans le pass&eacute; l&#39;islam et la chr&eacute;tient&eacute;. Ce n&#39;est pas non plus le choc de deux empires ou de deux syst&egrave;mes sociaux. Dans tous ces exemples classiques les protagonistes, les entit&eacute;s qui s&#39;opposent, rel&egrave;vent d&#39;un concept commun, peuple, religion, empire, syst&egrave;me social. Alors qu&#39;ici nous nous trouvons en face d&#39;un conflit dont les protagonistes sont d&#39;un c&ocirc;t&eacute; une religion, un monoth&eacute;isme &agrave; vis&eacute;e h&eacute;g&eacute;monique, l&#39;islam, et de l&#39;autre un peuple, le peuple juif, l&#39;essence du conflit &eacute;tant la contestation religieuse d&#39;une souverainet&eacute; nationale.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tCette h&eacute;t&eacute;rog&eacute;n&eacute;it&eacute; entre les parties en cause donne au conflit un caract&egrave;re d&#39;extr&ecirc;me rigidit&eacute;. Les termes dans lesquels ce conflit se pose, religion &agrave; vocation h&eacute;g&eacute;monique contre peuple aspirant &agrave; son ind&eacute;pendance, privent un dialogue de tout objet possible et m&ecirc;me d&#39;un langage commun et semblent ne pouvoir conduire qu&#39;&agrave; la violence. Comment concilier l&#39;eau et le feu ? Avant de revenir sur ce point dans un instant, je veux souligner deux &eacute;l&eacute;ments qui se combinent pour aggraver encore de fa&ccedil;on non n&eacute;gligeable la rigidit&eacute; issue de cette difficult&eacute; conceptuelle.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tLe premier &eacute;l&eacute;ment est la dispersion du peuple juif, dispersion en premier lieu g&eacute;ographique mais aussi culturelle. Qu&#39;y a-t-il de commun entre des Juifs int&eacute;gr&eacute;s &agrave; des nations et &agrave; des cultures diff&eacute;rentes ? Dans un opuscule c&eacute;l&egrave;bre de 1913, Staline avait &eacute;tabli les cinq crit&egrave;res constitutifs de toute identit&eacute; nationale, et, sur la base de cette analyse, il avait logiquement conclu que les Juifs ne sauraient pr&eacute;tendre &agrave; une telle identit&eacute;. Sans reprendre le d&eacute;tail de la construction stalinienne, les autorit&eacute;s islamiques utilisent souvent une argumentation voisine qui n&#39;accorde &agrave; l&#39;existence juive que l&#39;unit&eacute; d&#39;une religion. Qu&#39;importe si cette argumentation est effectu&eacute;e de bonne foi ou non ? Dans tous les cas elle contribue &agrave; la rigidit&eacute; du conflit.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tUn deuxi&egrave;me &eacute;l&eacute;ment tient au fait que le processus historique en cours est loin d&#39;&ecirc;tre achev&eacute;. La majorit&eacute; du peuple juif vit toujours en diaspora et il n&#39;est pas besoin d&#39;&ecirc;tre proph&egrave;te pour pr&eacute;voir que, sauf circonstances inattendues, son rassemblement en Isra&euml;l ne sera pas accompli avant plusieurs dizaines d&#39;ann&eacute;es. La n&eacute;cessit&eacute; d&#39;une telle dur&eacute;e conduit tout naturellement &agrave; nier non seulement la l&eacute;gitimit&eacute; mais la r&eacute;alit&eacute; m&ecirc;me du processus. Ne doit-il pas &ecirc;tre interpr&eacute;t&eacute; comme une pure utopie &agrave; laquelle les dures lois de l&#39;histoire finiront par mettre un terme ?&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tLes deux &eacute;l&eacute;ments que je viens de mentionner, dispersion du peuple juif et longueur in&eacute;vitable de son rassemblement, peuvent se r&eacute;unir en un m&ecirc;me argument auquel il est malais&eacute; de r&eacute;pondre. L&#39;histoire ne fournit aucun exemple d&#39;un peuple exil&eacute; de sa terre, dispers&eacute; pendant des si&egrave;cles, se rassemblant &agrave; nouveau et retrouvant sa souverainet&eacute; nationale.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tD&egrave;s lors quelle valeur peut-on accorder &agrave; une revendication qui n&#39;a aucun pr&eacute;c&eacute;dent ? N&#39;est-ce pas tout simplement une chim&egrave;re ? Le refus islamique jouit donc d&#39;une coh&eacute;rence et d&#39;un attrait sp&eacute;culatif ind&eacute;niable.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tOn ne sera cependant pas &eacute;tonn&eacute; d&#39;apprendre que la tradition juive prend ici le contre-pied de la position islamique. Dans son ouvrage l&#39;Eternit&eacute; d&#39;Isra&euml;l, le Maharal de Prague, une autorit&eacute; talmudique incontest&eacute;e du 16&egrave;me si&egrave;cle, &eacute;tablit le caract&egrave;re in&eacute;luctable d&#39;une fin de l&#39;exil. Voici, succinctement r&eacute;sum&eacute;, le sch&eacute;ma de son argumentation. Le point de d&eacute;part en est l&#39;&eacute;vidence de l&#39;existence d&#39;un peuple juif. Or, dit le Maharal, il n&#39;est pas conforme &agrave; la nature des choses qu&#39;un peuple soit dispers&eacute;, qu&#39;il ne r&eacute;side pas sur sa terre et m&ecirc;me qu&#39;il soit soumis &agrave; la souverainet&eacute; d&#39;autres nations. Une situation aussi anormale ne saurait subsister toujours et, t&ocirc;t ou tard, l&#39;histoire du peuple juif retrouvera un cours normal. La dispersion, l&#39;exil et la d&eacute;pendance politique ne peuvent &ecirc;tre que provisoires.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tPartis d&#39;une grande proximit&eacute; th&eacute;ologique, nous voici donc en face de deux logiques antagonistes. Il faut donc nous demander si ce conflit irr&eacute;ductible doit n&eacute;cessairement conduire &agrave; la violence et si, &agrave; plus long terme, on ne peut quand m&ecirc;me esp&eacute;rer qu&#39;il trouvera sa solution. A partir de maintenant, c&#39;est surtout ma conviction personnelle que je vais pr&eacute;senter.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tIl est concevable que le conflit entre l&#39;islam et le peuple juif subsiste dans sa version th&eacute;orique sans &ecirc;tre accompagn&eacute; de violence. Il ne manque pas de part et d&#39;autre d&#39;esprits pragmatiques qui, comme Jean de La Fontaine, savent que &laquo; patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.&raquo; La patience et le pragmatisme sont des principes acceptables aussi bien par le peuple juif que par l&#39;islam et ils ont souvent &eacute;t&eacute; mis en pratique. D&egrave;s lors, on peut concevoir un arrangement provisoire, une sorte de hudna prolong&eacute;e ou cote bien taill&eacute;e, permettant &agrave; chacun de rester fid&egrave;le &agrave; sa conception tout en repoussant &agrave; une date ult&eacute;rieure ind&eacute;termin&eacute;e son plein accomplissement, excluant par l&agrave; m&ecirc;me le recours &agrave; la violence. Mais peut-&ecirc;tre n&#39;est-ce qu&#39;un r&ecirc;ve !&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tEt pour finir, une solution proprement dite du conflit est-elle pensable ? La r&eacute;ponse serait assur&eacute;ment n&eacute;gative si nous n&#39;avions &eacute;t&eacute; les t&eacute;moins en notre temps de la r&eacute;solution d&#39;un conflit similaire qui apparaissait, si l&#39;on peut dire, encore plus irr&eacute;ductible, je veux parler du conflit mill&eacute;naire entre le peuple juif et le christianisme ou, plus pr&eacute;cis&eacute;ment, l&#39;Eglise catholique. En moins de cinquante ans, il a trouv&eacute; sa solution, ce qui &eacute;tait au sens litt&eacute;ral impensable auparavant8. Il est tr&egrave;s &eacute;clairant d&#39;en d&eacute;crire les &eacute;tapes que je ram&egrave;nerai &agrave; trois principales.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tDans un premier temps, sur l&#39;initiative de Jean XXIII, avec le concile Vatican II, l&#39;Eglise catholique a coup&eacute; avec son antis&eacute;mitisme traditionnel. Il suffit de se reporter aux documents diffus&eacute;s &agrave; l&#39;&eacute;poque par l&#39;opposition au concile pour mesurer l&#39;importance de cette r&eacute;volution.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tPuis, dans les d&eacute;cennies qui ont suivi, nous avons assist&eacute; &agrave; une r&eacute;volution cette fois proprement th&eacute;ologique, l&#39;abandon par l&#39;Eglise de la doctrine de la substitution. Le peuple juif n&#39;est plus une branche morte dont l&#39;obstination &agrave; refuser le message chr&eacute;tien explique ou m&ecirc;me justifie les malheurs qui l&#39;accablent. Le maintien &agrave; c&ocirc;t&eacute; de l&#39;Eglise d&#39;un peuple juif fid&egrave;le &agrave; sa foi est d&eacute;sormais reconnu comme absolument l&eacute;gitime, sinon m&ecirc;me n&eacute;cessaire. On attribue souvent &agrave; Jean-Paul II le m&eacute;rite de cette transformation. Il me semble que c&#39;est autant au Cardinal Ratzinger, devenu Beno&icirc;t XVI et trop vite qualifi&eacute; de pr&eacute;lat conservateur, que nous la devons. J&#39;ai nettement l&#39;impression qu&#39;il a en tout cas particip&eacute; directement &agrave; la construction th&eacute;orique de la nouvelle th&eacute;ologie. Enfin derni&egrave;re &eacute;tape, gr&acirc;ce avant tout &agrave; une d&eacute;cision de Jean Paul II, la reconnaissance par l&#39;Eglise de l&#39;Etat d&#39;Isra&euml;l. Qu&#39;il puisse subsister telle ou telle divergence plus ou moins importante ne doit pas occulter l&#39;essentiel : sauf retournement improbable, le conflit entre le peuple juif et l&#39;Eglise catholique appartient d&eacute;sormais au pass&eacute;.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tJe n&#39;aurai pas la na&iuml;vet&eacute; de croire qu&#39;il faut s&#39;attendre dans un d&eacute;lai rapproch&eacute; &agrave; une &eacute;volution similaire de l&#39;islam. L&#39;esp&eacute;rance d&#39;une solution n&#39;a pas encore de contenu concret mais du moins peut-elle &ecirc;tre soutenue en tant qu&#39;id&eacute;e par l&#39;existence d&#39;un pr&eacute;c&eacute;dent. Je ne peux cependant occulter l&#39;anxi&eacute;t&eacute; qui accompagne cette id&eacute;e et n&#39;ose m&ecirc;me pas nommer ce qui a conduit au pr&eacute;c&eacute;dent qui l&#39;a rendue pensable.<\/p>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/amlou.weblogg.no\/1241185219_essais_et_reflexions_.html\">ESSAIS ET REFLEXIONS SUR LE SIONISME DU CORAN. Par Jean TAIEB<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; ESSAIS ET REFLEXIONS SUR LE SIONISME DU CORAN. Par Jean TAIEB &nbsp; &nbsp; Entre Bible et Coran, qui peut dire qui est le plus sioniste?&nbsp; Tout d&#39;abord existe-t-il entre juda&iuml;sme et islam un conflit d&#39;ordre th&eacute;ologique ? La r&eacute;ponse est sans ambigu&iuml;t&eacute; : un tel conflit n&#39;existe pas. 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