{"id":5265,"date":"2016-05-23T03:53:32","date_gmt":"2016-05-23T03:53:32","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5265"},"modified":"2016-05-22T18:12:11","modified_gmt":"2016-05-22T18:12:11","slug":"le-pelerinage-de-rebbi-fraji-de-testour-par-emile-tubiana","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-pelerinage-de-rebbi-fraji-de-testour-par-emile-tubiana\/","title":{"rendered":"LE P\u00c8LERINAGE DE REBBI FRAJI DE TESTOUR, par Emile Tubiana"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\tLE P&Egrave;LERINAGE DE REBBI FRAJI DE TESTOUR &nbsp;par Emile Tubiana<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tRebbi Fraji Chaouat de Beja &eacute;tait venu en Tunisie avec les refugies Arabes et Juifs qui &eacute;taient expuls&eacute;s de l&rsquo;Andalousie par les Espagnols de 1492 &agrave; 1855. La plupart se sont install&eacute;s &agrave; Testour et certains se sont install&eacute;s dans la r&eacute;gion qui s&rsquo;&eacute;tend jusqu&#39;&agrave; Tunis et en Algerie jusqu&rsquo; &agrave; B&ocirc;ne Annaba<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tJe me souviens des beaux p&egrave;lerinages de Testour, auxquels j&rsquo;ai particip&eacute; avec mes parents et mes cousins et cousines. Tous les ans on allait au p&egrave;lerinage de Rebbi Fraji Chaouat de B&eacute;ja. L&rsquo;aper&ccedil;u historique se base sur la chanson de geste, chant&eacute;e par les femmes et les hommes des communaut&eacute;s qui participaient aux p&egrave;lerinages ; sur les contes de mon p&egrave;re, les r&eacute;cits qu&rsquo;il me transmit de son p&egrave;re et de son grand-p&egrave;re, que je n&rsquo;avais h&eacute;las pas connus, et sur les dires de ma m&egrave;re, de ma grand-m&egrave;re paternelle et de ma grand-m&egrave;re maternelle, ainsi que sur les confirmations de mon arri&egrave;re-grand-p&egrave;re, de mon arri&egrave;re-grand-m&egrave;re et de son fr&egrave;re, qui &eacute;taient encore vivants quand j&rsquo;&eacute;tais jeune. &Agrave; cela s&rsquo;ajoutent mes propres exp&eacute;riences des p&egrave;lerinages auxquels j&rsquo;ai particip&eacute; depuis mon jeune &acirc;ge et les maassiot (histoires) que nos rabbins nous racontaient lorsque nous &eacute;tions sages au cotab, sans oublier les t&eacute;moignages de la communaut&eacute; de ma ville B&eacute;ja, o&ugrave; j&rsquo;ai grandi.<\/p>\n<p>\n\t\tPersonne ne connaissait le nom du secr&eacute;taire du rabbin, mais vu que je consid&egrave;re son t&eacute;moignage comme une des bases de ce r&eacute;cit, j&rsquo;ai trouv&eacute; n&eacute;cessaire de donner un nom &agrave; un homme aussi important. J&rsquo;ai choisi le nom de Ha&iuml; pour le secr&eacute;taire de Rebbi Fraji, car selon la tradition, une personne qui est pass&eacute;e dans l&rsquo;au-del&agrave; est toujours vivante et on use de ce nom pour se r&eacute;f&eacute;rer &agrave; elle. On dit que celui qui sert un tzadik (un juste) devient lui-m&ecirc;me un juste. Dans la chanson de geste on parle de la fonction de la personne qui assistait le rabbin comme d&rsquo;un &laquo; gozbar &raquo; ce qui veut dire secr&eacute;taire.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tJe sais qu&rsquo;il y a d&rsquo;autres versions, toutefois pas b&eacute;jaoises, qui sont l&eacute;g&egrave;rement diff&eacute;rentes de la mienne et qui parlent d&rsquo;un serviteur et non d&rsquo;un secr&eacute;taire ainsi que d&rsquo;une mule et non d&rsquo;une jument. De ma part je n&rsquo;ai jamais entendu parler d&rsquo;une mule &agrave; B&eacute;ja et la chanson de geste confirme la version avec la jument. Du reste, cela m&rsquo;aurait &eacute;tonn&eacute; que Rebbi Fraji ait demand&eacute; que son corps soit mis sur un animal crois&eacute;, pas naturel. Je sais que mon grand-p&egrave;re qui &eacute;tait religieux et croyant ne montait jamais sur une mule. La plupart des vieux de son &acirc;ge avaient des juments et pas des chevaux.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>LA L&Eacute;GENDE<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tOn raconte qu&#39;au d&eacute;but du dix-septi&egrave;me si&egrave;cle Rebbi Fraji Chaouat vivait &agrave; B&eacute;ja. Il &eacute;tait tr&egrave;s pieux et charitable et savait gu&eacute;rir les malades. La communaut&eacute; juive de B&eacute;ja, qui le v&eacute;n&eacute;rait pour ses connaissances de la Torah et sa gentillesse exceptionnelle, avait mis &agrave; sa disposition un secr&eacute;taire juif qui s&rsquo;occupait de ses besoins quotidiens. Ce secr&eacute;taire avait une chambre dans la m&ecirc;me maison, il n&rsquo;avait qu&rsquo;&agrave; traverser la cour int&eacute;rieure pour aller chez le rabbin. Le nom du secr&eacute;taire &eacute;tait Ha&iuml;. C&rsquo;&eacute;tait un vieux c&eacute;libataire qui avait presque soixante ans lors de la mort de Rebbi Fraji et qui avait servi le charitable et g&eacute;n&eacute;reux rabbin avec grand d&eacute;vouement.<\/p>\n<p>\n\t\tRebbi Fraji &eacute;tait &eacute;conome et comptait chaque sou, mais quand Ha&iuml; lui faisait ses achats, le rabbin tenait &agrave; rembourser la somme d&eacute;pens&eacute;e en y ajoutant toujours une somme pour honorer le secr&eacute;taire. &Agrave; chaque fois Ha&iuml; refusait de prendre de l&rsquo;argent, tant il v&eacute;n&eacute;rait le rabbin. Un jour Rebbi Fraji lui dit :<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;&laquo; Mon cher ami, puisque D&rsquo; t&rsquo;a envoy&eacute; &agrave; moi Il attend de moi que je sois bon avec toi, car si j&rsquo;avais &eacute;t&eacute; seul, que serait-il advenu de moi ? Je t&#39;en prie, si tu veux m&rsquo;aider, ne refuse pas l&rsquo;argent que je te dois pour tes efforts &raquo;. Le secr&eacute;taire prit l&rsquo;argent que lui offrait le rabbin et avant de s&rsquo;&eacute;loigner il lui baisa la main. &Agrave; son tour Rebbi Fraji le b&eacute;nit avec ces paroles h&eacute;bra&iuml;ques en passant la main sur sa t&ecirc;te :<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;&laquo; Yevarekha Adona&iuml; Veyichmerekha. &raquo; (Que D&rsquo; te b&eacute;nisse et te garde.) D&rsquo;apr&egrave;s les dires du secr&eacute;taire, &agrave; chaque fois que le rabbin le b&eacute;nissait, il sentait un courant agr&eacute;able qui traversait tout son &ecirc;tre et le laissait dans un &eacute;tat serein et paisible pour la dur&eacute;e de la journ&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t\tUn jour, avant de se retirer, Ha&iuml; demanda au rabbin s&rsquo;il avait encore besoin de quelque chose. Rebbi Fraji lui dit :<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;&laquo; Ha&iuml;, que le Seigneur te donne une longue vie, je crois que l&agrave;-haut on m&rsquo;appelle et je vais tout faire de sorte que le matin je serai lav&eacute; et habill&eacute; de ma robe de nuit blanche. Quand tu rentreras le matin dans ma chambre je serai d&eacute;j&agrave; parti, mais ne t&rsquo;inqui&egrave;te de rien, tu n&rsquo;auras rien &agrave; faire, simplement tu diras aux membres de la communaut&eacute; juive de B&eacute;ja de mettre mon corps sur ma jument. Elle conna&icirc;t le chemin vers ma loge finale sur cette terre et l&agrave; o&ugrave; elle s&rsquo;arr&ecirc;tera c&rsquo;est l&agrave; qu&#39;il faudra creuser. Ma tombe doit &ecirc;tre simple et sans ornement. Ha&iuml; &eacute;couta son ma&icirc;tre, tout &eacute;mu baisa sa main et se retira lentement vers sa chambre ne sachant quoi penser de ce qu&rsquo;il venait d&rsquo;entendre de la bouche du rabbin.<\/p>\n<p>\n\t\tA peine rentr&eacute; dans sa chambre, il se jeta dans son lit, et sans m&ecirc;me avoir enlev&eacute; ses habits, le fid&egrave;le secr&eacute;taire mit sa t&ecirc;te sur son oreiller et le sommeil l&rsquo;emporta. T&ocirc;t le matin, il se r&eacute;veilla en sursaut lorsqu&rsquo;il vit les premiers rayons de soleil p&eacute;n&eacute;trer par la fen&ecirc;tre qui donnait vers la cour. Ha&iuml; s&rsquo;en voulait de ne pas s&rsquo;&ecirc;tre r&eacute;veill&eacute; plus t&ocirc;t pour voir le rabbin. Il fit une rapide toilette et se dirigea vers la chambre du rabbin.<\/p>\n<p>\n\t\tD&rsquo;habitude lorsqu&rsquo;il s&rsquo;approchait de la chambre, le rabbin disait toujours :<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;&laquo; C&rsquo;est toi Ha&iuml; ? &raquo; Cette fois-ci il y avait un silence et &agrave; nouveau il sentit les m&ecirc;mes sensations que lorsque le rabbin le b&eacute;nissait. Il entra dans la chambre. Il trouva le rabbin allong&eacute; sur son lit comme s&rsquo;il dormait. Ha&iuml; ne croyait pas que le rabbin &eacute;tait mort, il s&rsquo;approcha du lit pour voir de plus pr&egrave;s et &agrave; sa grande surprise le corps du rabbin avait les yeux ferm&eacute;s et semblait plong&eacute; dans un sommeil &eacute;ternel. Ha&iuml; mit sa main droite sur les yeux du rabbin et fit &laquo; Chema Isra&euml;l &raquo; puis il ferma gentiment la porte pour ne pas faire de bruit et s&rsquo;empressa vers la synagogue d&rsquo;E&#39;in Esemch pour alerter les Juifs qui faisaient encore la pri&egrave;re de &laquo; chahrit &raquo; . La nouvelle du d&eacute;part du rabbin secoua les pr&eacute;sents, puis tous interrompirent bri&egrave;vement la pri&egrave;re matinale pour &eacute;couter les dires de Ha&iuml; sur la derni&egrave;re volont&eacute; du rabbin.<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s que la pri&egrave;re matinale fut termin&eacute;e, la communaut&eacute; enti&egrave;re, du petit au grand, se pr&eacute;cipita vers la maison du rabbin. Ils prirent le corps du rabbin et le mirent sur sa jument, comme le rabbin l&rsquo;avait voulu. Ensuite, tous les pr&eacute;sents form&egrave;rent un cort&egrave;ge. Aussit&ocirc;t la jument prit la direction du sud-est. Elle avan&ccedil;a vers ce qui est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;avenue Sidi Frej. Au fur et &agrave; mesure qu&rsquo;elle avan&ccedil;ait, les membres de la communaut&eacute; juive la rattrapaient et le cort&egrave;ge s&rsquo;agrandissait.<\/p>\n<p>\n\t\tDans ce temps-l&agrave; la Tunisie &eacute;tait gouvern&eacute;e par le bey qui &eacute;tait nomm&eacute; par l&rsquo;empire ottoman. Sa fonction &eacute;tait comme celle d&rsquo;un gouverneur mais il devait rendre des comptes au sultan turc pour les activit&eacute;s quotidiennes et encaisser les imp&ocirc;ts des habitants et des commer&ccedil;ants. En g&eacute;n&eacute;ral, le bey chargeait son fils ou d&eacute;signait un officier pour encaisser les imp&ocirc;ts. Il mettait &agrave; leur disposition des jeunes soldats (des janissaires) que l&rsquo;empire lui envoyait. Le fils du bey ou l&rsquo;officier allait d&rsquo;une r&eacute;gion &agrave; l&rsquo;autre pour encaisser les imp&ocirc;ts et pour cela il campait dans certaines r&eacute;gions. Dans le cas de cette histoire le campement des soldats du bey &eacute;tait dans la r&eacute;gion du nord. On appelait ces camps des camps volants. Quand les imp&ocirc;ts &eacute;taient encaiss&eacute;s le fils du bey et ses soldats rentraient avec l&rsquo;argent &agrave; la r&eacute;sidence du bey &agrave; Tunis.<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s des heures et des heures de marche, la jument atteignit un camp volant du bey. Le gardien qui &eacute;tait &agrave; l&rsquo;entr&eacute;e du camp leva la main pour arr&ecirc;ter le cort&egrave;ge et d&rsquo;apr&egrave;s les dires de papa, sa main resta en l&rsquo;air et il ne put plus la rabaisser. La jument avan&ccedil;a tranquillement. La m&ecirc;me chose qu&rsquo;au gardien arriva &agrave; l&rsquo;officier qui voulait intervenir. Les soldats qui voyaient cette sc&egrave;ne &eacute;taient furieux et ne comprenant pas ce qui s&rsquo;&eacute;tait pass&eacute; accoururent pour arr&ecirc;ter et m&ecirc;me frapper toutes les personnes du cort&egrave;ge. Ces soldats &agrave; leur tour s&rsquo;immobilis&egrave;rent devant la jument qui continuait gentiment son chemin dans la direction de Testour, sans souci.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;&laquo; Oh, mon Dieu ! &raquo; disaient les soldats du Bey, voyant que tous les bras qui voulaient frapper le saint et ses compagnons &eacute;taient paralys&eacute;s. Chacun croyait pouvoir vite intervenir, mais bient&ocirc;t ils furent plus de cent soldats avec le bras en l&rsquo;air sans pouvoir le bouger. Le prince, alarm&eacute; par le bruit des soldats, sortit de sa tente et voyant ses soldats affol&eacute;s, il comprit qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de quelque chose de tr&egrave;s particulier et non pas d&rsquo;une r&eacute;volte ou d&rsquo;une attaque. Il salua le cort&egrave;ge et demanda aux gens qui accompagnaient la jument :<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;&laquo; Qui est ce mort ? &raquo; Ha&iuml;, le secr&eacute;taire de Rebbi Fraji, avan&ccedil;a et se pr&eacute;senta au prince en disant :<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;&laquo; Votre Altesse Beylicale, je suis le secr&eacute;taire de cet honorable rabbin et c&rsquo;est sa derni&egrave;re volont&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre enterr&eacute; l&agrave; o&ugrave; sa jument s&rsquo;arr&ecirc;tera. Nous suivons justement la jument afin que sa volont&eacute; soit respect&eacute;e. &raquo; Le prince comprit et s&rsquo;exclama :<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;&laquo; Alors dites-moi que c&rsquo;est un saint ! &raquo; Toute la communaut&eacute; qui n&rsquo;osait pas dire un mot sur Rebbi Fraji fit comme d&rsquo;une seule voix :<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;&laquo; Oui, notre prince, c&rsquo;est m&ecirc;me un grand saint ! &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tLe prince se pr&eacute;cipita devant la jument et fit :<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;&laquo; Samahna Ya Sidi Ma Refnachi Karek. &raquo; (Sire, pardonnez-nous, nous ne connaissions pas votre honneur et grandeur.) Puis il s&rsquo;adressa &agrave; ses officiers et soldats et leur dit :<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;&laquo; Mais vous &ecirc;tes des imb&eacute;ciles, vous ne voyez pas qu&rsquo;il s&rsquo;agit l&agrave; d&rsquo;un saint ! Allez, ex&eacute;cutez sa derni&egrave;re volont&eacute;. &raquo; Ensuite il s&rsquo;adressa au rabbin avec ces paroles :<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;&laquo; Ya Sidi, Enouaslouek Bel Tabal ou Bel Zokra Hata Lel Emken. &raquo; (Sire, nous vous accompagnerons avec le tambour et le biniou jusqu&rsquo;&agrave; votre endroit.) Et ainsi tous les soldats se trouv&egrave;rent les mains lib&eacute;r&eacute;es et se joignirent au cort&egrave;ge avec la musique et les tambours. La jument fid&egrave;le &agrave; son ma&icirc;tre continua son chemin et arriv&eacute;e &agrave; Testour, &agrave; la fin d&rsquo;une rue du village, elle s&rsquo;arr&ecirc;ta et s&rsquo;assit comme une femme fatigu&eacute;e. Les Juifs et les Arabes qui accompagnaient le rabbin se mirent &agrave; creuser la tombe selon le rite juif.<\/p>\n<p>\n\t\tDepuis ce temps, Rebbi Fraji est tr&egrave;s respect&eacute; par les communaut&eacute;s juive et musulmane de B&eacute;ja et de Testour.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>LE P&Egrave;LERINAGE<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tDepuis la mort du rabbin, le p&egrave;lerinage annuel se tenait &agrave; Testour aupr&egrave;s de sa tombe. De notre temps, la route avait chang&eacute; et passait par les montagnes du Monchar et par Medgez-El-Bab.<\/p>\n<p>\n\t\tC&rsquo;&eacute;tait la tradition que chaque ann&eacute;e les Juifs de toute la r&eacute;gion du nord, de Tunis jusqu&rsquo;en Alg&eacute;rie fissaient le p&egrave;lerinage de Rebbi Fraji Chaouat qui &eacute;tait enterr&eacute; &agrave; Testour. La plupart des Juifs de B&eacute;ja et des alentours y allaient &agrave; pied. Le fait que la jument de Rebbi Fraji ait choisi Testour n&rsquo;&eacute;tait peut-&ecirc;tre pas un simple hasard. Selon certains, &laquo; Testour &raquo; en sum&eacute;rien veut bien dire Terre Sainte.<\/p>\n<p>\n\t\tChaque ann&eacute;e on se pr&eacute;parait &agrave; l&rsquo;avance pour ce p&egrave;lerinage, qui se tenait &agrave; Soukot, la f&ecirc;te des tabernacles, qui symbolise la vie dans le d&eacute;sert durant l&rsquo;exode des Isra&eacute;lites d&rsquo;Egypte. L&rsquo;apr&egrave;s-midi du premier jour de Hol-ha-mo&euml;d (les jours ouvrables entre les premiers et les derniers jours de la f&ecirc;te) toutes les familles juives se groupaient sur l&rsquo;esplanade de l&rsquo;avenue de la R&eacute;publique et chaque famille formait une caravane. Chacune apportait avec elle des victuailles et un mouton. Il y avait des familles qui pr&eacute;f&eacute;raient l&rsquo;abattre &agrave; B&eacute;ja, d&rsquo;autres suivant le rite des sacrifices le prenaient vivant et l&rsquo;abattaient &agrave; Testour. Les caravanes comptaient quelques centaines de personnes. Elles se formaient devant l&rsquo;ancien Caf&eacute; Bijaoui d&rsquo;avant guerre. Les caravanes se composaient des membres de chaque famille, et &agrave; ceux-l&agrave; se joignaient les voisins ou certains amis qui avaient une m&ecirc;me affinit&eacute;. Certaines amiti&eacute;s se nouaient juste avant ou pendant les jours du p&egrave;lerinage.<\/p>\n<p>\n\t\tPour nous, les enfants, c&rsquo;&eacute;tait une grande excursion et aventure. Chaque famille essayait de tenir les enfants &agrave; c&ocirc;t&eacute;, mais les familles s&rsquo;entrem&ecirc;laient et les parents commen&ccedil;aient &agrave; perdre patience. Plus d&rsquo;une fois une famille chercha un de ses enfants, ou un enfant &eacute;gar&eacute; chercha ses parents. Ces d&eacute;lais retardaient le d&eacute;part de la grande caravane b&eacute;jaoise.<\/p>\n<p>\n\t\tLes habitants musulmans de notre ville venaient nous souhaiter un bon p&egrave;lerinage et nous apportaient des fruits et des pains frais.<\/p>\n<p>\n\t\tJ&rsquo;avais plusieurs fois particip&eacute; aux p&egrave;lerinages. D&rsquo;ann&eacute;e en ann&eacute;e les amiti&eacute;s changeaient. C&rsquo;&eacute;tait ainsi que les familles faisaient la connaissance des enfants, des parents et des grands-parents des autres. Les caravanes commen&ccedil;aient la marche d&rsquo;abord vers le stade de football afin de s&rsquo;organiser et de cr&eacute;er des distances entre les grandes familles. Les vieux de chaque famille &eacute;taient les chefs de file. Ceux-l&agrave; marchaient devant, en t&ecirc;te de chaque famille. Les hommes et les enfants qui pouvaient marcher allaient &agrave; pied. Les vieilles femmes montaient sur des charrettes ou en cal&egrave;che, que certains poss&eacute;daient et certains louaient. Certains vieux montaient &agrave; cheval ou &agrave; dos d&rsquo;&acirc;ne. Certains louaient des &acirc;nes avec leurs propri&eacute;taires. Les jeunes hommes de chaque famille restaient &agrave; l&rsquo;arri&egrave;re pour prot&eacute;ger les femmes. Certaines familles &eacute;taient tr&egrave;s grandes. La caravane du p&egrave;lerinage &eacute;tait si longue qu&rsquo;on ne voyait pas sa fin. Presque tout le monde &eacute;tait, d&rsquo;une fa&ccedil;on ou d&rsquo;une autre, cousins et cousines, du fait que les mariages entre B&eacute;jaois &eacute;taient fr&eacute;quents. Un jour mon p&egrave;re me dit :<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;&laquo; Si tu veux savoir, tout B&eacute;ja est une seule famille. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tLa route de B&eacute;ja &agrave; Testour passe par Medjez-El-Bab. La distance est d&rsquo;environ soixante-dix kilom&egrave;tres. La premi&egrave;re &eacute;tape est de quarante-cinq kilom&egrave;tres et la deuxi&egrave;me, de Medjez-El-Bab &agrave; Testour, est de vingt-cinq kilom&egrave;tres. Les premiers kilom&egrave;tres &eacute;taient les plus agr&eacute;ables. La route &eacute;tait plus ou moins droite, les jeunes se sentaient les plus forts, un esprit de comp&eacute;tition se cr&eacute;ait parmi eux. Mais d&egrave;s que l&rsquo;on d&eacute;passait les vieux, nos p&egrave;res nous rappelaient qu&rsquo;il fallait ralentir pour permettre aux femmes et aux vieilles personnes de maintenir le rythme avec nous. Le trajet de B&eacute;ja jusqu&rsquo;&agrave; Medjez-El-Bab durait jusqu&rsquo;au matin, on allait doucement, on chantait des chants jud&eacute;o-arabes.<\/p>\n<p>\n\t\tMedjez-El-Bab repr&eacute;sentait la premi&egrave;re &eacute;tape et notre caravane de B&eacute;ja &eacute;tait toujours la premi&egrave;re. On y arrivait t&ocirc;t le matin. On attendait sous les eucalyptus. On profitait de cet arr&ecirc;t pour manger. Certains tiraient de leurs sacs des sandwichs, du pain de maison, des &oelig;ufs durs, des olives, d&rsquo;autres des ma&rsquo;akoud ou des plats cuisin&eacute;s, ou encore des boulous, des cakes, des bichcoutous et des fruits. Tout &eacute;tait froid mais bien mangeable, car apr&egrave;s cette longue marche nous avions tous grande faim. Les enfants sautaient d&rsquo;une famille &agrave; l&rsquo;autre et se ramenaient avec des friandises que les autres familles leur offraient. Chaque famille donnait de ses bonnes choses aux autres.<\/p>\n<p>\n\t\tVers dix heures du matin les premi&egrave;res caravanes de Tunis et d&rsquo;autres villes arrivaient &agrave; Medjez-El-Bab. Les caravanes s&rsquo;arr&ecirc;taient pour se reposer et se d&eacute;barbouiller et retrouvaient les B&eacute;jaois qui les attendaient. Les eucalyptus faisaient un ombrage agr&eacute;able aux familles qui se r&eacute;organisaient pour la derni&egrave;re &eacute;tape vers Testour.<\/p>\n<p>\n\t\tLa caravane de Tunis arrivait toujours avec des musiciens qui jouaient de la Zokra (fl&ucirc;te tunisienne ou biniou), de la Darbouka (un genre de tambour nord- africain) et d&rsquo;autres qui jouaient el Oud ouel Ejrana (du luth et du violon). On continuait ensemble la route jusqu&rsquo;&agrave; Testour.<\/p>\n<p>\n\t\tQuand on arrivait, les habitants de Testour, qui du reste &eacute;taient para&icirc;t-il les descendants des Arabes et des Juifs venus ensemble d&rsquo;Andalousie apr&egrave;s la d&eacute;faite arabe en Espagne, nous attendaient avec des youyous. Il faut retenir que les juifs et les musulmans ouvraient leurs portes aux p&egrave;lerins. Chaque famille juive &eacute;tait h&eacute;berg&eacute;e dans une maison. Les maisons de Testour &eacute;taient construites autour d&rsquo;une cour qui donnait acc&egrave;s &agrave; chaque chambre. Les habitants lib&eacute;raient une ou plusieurs chambres et chaque famille juive en prenait une. Une fois que les familles avaient pris possession temporaire des lieux, celles-ci &eacute;taient libres d&rsquo;aller &agrave; la tombe du saint &agrave; tout moment.<\/p>\n<p>\n\t\tLes femmes de Testour pr&eacute;paraient des Jradeqs, un genre de pita (les Tunisois l&rsquo;appellent &laquo; Khobz Tabouna &raquo;, bien connue dans le nord de la Tunisie). La plupart des musulmans refusaient le payement pour le logis et pour les Jradeqs. Ma maman avait toujours besoin de beaucoup de temps pour s&rsquo;occuper de la famille avant d&rsquo;aller visiter la tombe. En attendant, nous les jeunes, qui &eacute;tions impatients, nous sortions dehors comme les premiers &eacute;claireurs. Les rues de Testour &eacute;taient semblables aux rues du quartier arabe de B&eacute;ja. Nous nous amusions &agrave; visiter d&rsquo;autres rues sans toutefois perdre de vue la rue de notre domicile temporaire. &Agrave; cette occasion on faisait la connaissance de jeunes enfants venus d&rsquo;autres villes, certains nous invitaient chez eux, nous invitions des nouveaux amis chez nous. Ainsi nous maintenions nos parents toujours en action. On passait un jour ou deux &agrave; Testour, pleins de joie et de gaiet&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tPour les Juifs du nord de la Tunisie y compris les Juifs de Bone et de Constantine, le p&egrave;lerinage de Testour &eacute;tait aussi important que le p&egrave;lerinage de la Ghriba &agrave; Djerba l&#39;est pour les Juifs du sud tunisien. On dit que l&rsquo;avenue Sidi Frej de B&eacute;ja &eacute;tait au nom de Rebbi Fraji. Alors, le chemin de Testour passait par le pont Trajan ; le cort&egrave;ge de Rebbi Fraji passait par le chemin qui &eacute;tait devenu Sidi Frej. Certaines familles faisaient le p&egrave;lerinage de la Ghriba &agrave; Djerba, du Maarabi pr&egrave;s de Gab&egrave;s, et enfin de Rebbi Fraji &agrave; Testour. Les Tunisois avaient aussi leur saint, Rebbi Hai Taieb Lo Met, au vieux cimeti&egrave;re de Tunis. Son p&egrave;lerinage &eacute;tait tr&egrave;s important pour les Juifs tunisois.<\/p>\n<p>\n\t\tJe me souviens de notre premi&egrave;re visite &agrave; la tombe du saint. Le mausol&eacute;e de Rebbi Fraji &eacute;tait plein de p&egrave;lerins. La tombe se trouvait au centre d&rsquo;une grande salle. Les femmes et les enfants chantaient et faisaient des v&oelig;ux. Puis du coup le corps des musiciens avec les binious et les tambours jouait des sons qui r&eacute;sonnaient et &eacute;lectrisaient tous ceux qui &eacute;taient pr&eacute;sents, avec le rythme acc&eacute;l&eacute;r&eacute; de la chanson de Rebbi Fraji. &laquo; Lah Y Lana, Lah Y Lana Essayed Icoun Ema&rsquo;ana. &raquo; Certains rentraient dans l&rsquo;extase de la danse, certaines femmes suivaient le rythme, jusqu&rsquo;&agrave; en perdre la t&ecirc;te. Dans ce chahut je me souviens aussi du moment o&ugrave; comme un silence de l&rsquo;&acirc;me s&rsquo;accapara de moi et je sentis le rayonnement qui emplissait tout l&rsquo;espace et mon &ecirc;tre. C&rsquo;est ainsi que je saisis la croyance en une force supr&ecirc;me. De m&ecirc;me je comprenais que cette force jaill&icirc;t d&egrave;s que nous nous trouvions dans la joie. Dans ces moments, tous les probl&egrave;mes qui nous accablaient tous les jours disparaissaient. Les visiteurs donnaient des offrandes sans r&eacute;serve. Ils apportaient des plateaux de bricks, de makrouds, de yoyos, des beignets au miel, des manicotti, des drag&eacute;es, des cakes, des boulous, des bichcoutous, etc. Certains distribuaient m&ecirc;me de l&rsquo;argent. Une atmosph&egrave;re de s&eacute;r&eacute;nit&eacute; et d&rsquo;une douceur particuli&egrave;re remplissait nos c&oelig;urs. La bont&eacute; et la g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; abondaient. Les musulmans se r&eacute;jouissaient avec nous. Nous nous sentions du coup des fr&egrave;res et des s&oelig;urs. Voici ce que les souvenirs des p&egrave;lerinages de Rebbi Fraji r&eacute;veillent en moi et j&rsquo;esp&egrave;re que cette joie se r&eacute;pand sur tous ceux qui lisent ces lignes.<\/p>\n<p>\n\t\tJ&rsquo;ai entendu beaucoup d&rsquo;histoires sur les miracles que le p&egrave;lerinage de Rebbi Fraji avait apport&eacute;s. C&rsquo;&eacute;tait devenu une tradition chez les juifs et chez les musulmans, que celui qui avait un v&oelig;u all&acirc;t prier sur sa tombe et son v&oelig;u &eacute;tait exauc&eacute;. J&rsquo;avais &eacute;t&eacute; t&eacute;moin d&rsquo;une amie de ma m&egrave;re qui habitait &agrave; Bone &laquo; Anaba &raquo; (Alg&eacute;rie) et qui n&rsquo;avait pas pu avoir d&rsquo;enfants depuis qu&rsquo;elle s&rsquo;&eacute;tait mari&eacute;e. Elle &eacute;tait rest&eacute;e treize ans sans enfants. Ma m&egrave;re l&rsquo;avait invit&eacute;e &agrave; participer avec nous au p&egrave;lerinage de &laquo; Rebbi Fraji &raquo; afin de prier pour un enfant. L&rsquo;ann&eacute;e d&rsquo;apr&egrave;s, elle avait visit&eacute; avec nous la tombe du saint et neuf mois plus tard elle avait accouch&eacute; d&rsquo;un gar&ccedil;on. Depuis, chaque ann&eacute;e elle venait au p&egrave;lerinage avec son fils.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>LA CHANSON DE REBBI FRAJI<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t&Agrave; travers les &acirc;ges une chanson de geste a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;e. Elle nous a &eacute;t&eacute; transmise de g&eacute;n&eacute;ration en g&eacute;n&eacute;ration et refl&egrave;te le c&ocirc;t&eacute; historique du personnage de Rebbi Fraji et du chemin que sa jument avait choisi. En toute occasion heureuse on chante cette chanson de joie, qui raffermit la foi des Juifs tunisiens.<\/p>\n<p>\n\t\tVoici la chanson de geste de Rebbi Fraji Chaouat, selon ma m&eacute;moire et la m&eacute;moire des membres de notre ville. Elle est encore incompl&egrave;te. Je remercie ceux des lecteurs qui se rappellent d&rsquo;autres versets de bien vouloir me les transmettre, afin que je puisse les ins&eacute;rer et conserver la chanson compl&egrave;te pour les g&eacute;n&eacute;rations &agrave; venir.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLah Y Lana, Lah Y Lana, Ourebi Fraji Machi Ema&rsquo;ana<\/p>\n<p>\n\t\tLah Y Lana, Lah Y Lana, et Rebbi Fraji marche avec nous<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tYagozbar Eija Kodami Esma Ou Matekhlefchi Klami<\/p>\n<p>\n\t\tSecr&eacute;taire, venez devant moi, &eacute;coutez et ne changez pas mes paroles<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tRani Lioum Mkemel Ayami, Ou Machi A&rsquo;nd Rabbi Moulana<\/p>\n<p>\n\t\tAujourd&rsquo;hui-m&ecirc;me mes jours vont s&rsquo;achever et j&rsquo;irai chez notre Seigneur<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLah Y Lana, Lah Y Lana, Essayed Icoun Ema&rsquo;ana.<\/p>\n<p>\n\t\tLah Y Lana, Lah Y Lana, le seigneur* sera avec nous<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tErebbi Sala Minha Oujdoudou Za&rsquo;akou Bel Farha,<\/p>\n<p>\n\t\tLe Rabbin a pri&eacute; Minha et ses anc&ecirc;tres ont cri&eacute; de joie<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tOulioum Na&rsquo;amlou Simha Le Sayed Elima&rsquo;na.<\/p>\n<p>\n\t\tEt aujourd&rsquo;hui on fera une f&ecirc;te pour le seigneur* qui est avec nous.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLah Y Lana, Lah Y Lana, Ourebi Fraji Ichebet Ema&rsquo;ana<\/p>\n<p>\n\t\tLah Y Lana, Lah Y Lana, et Rebbi Fraji passera le shabbat avec nous<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tZaylet Erebi Mshat Ousebket Jmi El Qahal Alaha Kholtet,<\/p>\n<p>\n\t\tLa jument du rabbin s&rsquo;avan&ccedil;ait et la communaut&eacute; la rattrapait<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLah Y Lana, Lah Y Lana, Al Emra El A&rsquo;yana,<\/p>\n<p>\n\t\tLah Y Lana, Lah Y Lana, pour la femelle fatigu&eacute;e<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLah Y Lana, Lah Y Lana, Ourebi Fraji Machi Ema&rsquo;ana<\/p>\n<p>\n\t\tLah Y Lana, Lah Y Lana, et Rebbi Fraji marche avec nous<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tEl Assas Qaed Io&rsquo;ss Yebssed Yedou A&rsquo;l Leqfal,<\/p>\n<p>\n\t\tLe soldat montait la garde et sa main s&rsquo;est raidie sur la g&acirc;chette<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tQal Oualah Manheb Eno&rsquo;ss Hata Yessarhni Maoulana.<\/p>\n<p>\n\t\tIl a dit : &laquo; Pour l&rsquo;amour de Dieu, je ne veux plus garder,<\/p>\n<p>\n\t\tJusqu&rsquo;&agrave; ce que ce seigneur* me lib&egrave;re &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLah Y Lana, Lah Y Lana, Essayed Icoun Ema&rsquo;ana.<\/p>\n<p>\n\t\tLah Y Lana, Lah Y Lana, et le seigneur* sera avec nous<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tSamahna Ya Sidi Ma Refnachi Karek<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Sire, pardonnez-nous, nous ne connaissions pas votre valeur<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tEnouaslouek Bel Tabal ou Bel Zokra, Hata Lel Emken<\/p>\n<p>\n\t\tNous vous accompagnerons avec le tambour et le biniou jusqu&rsquo;&agrave; votre endroit. &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLah Y Lana, Lah Y Lana, Ou Rebbi Fraji Ichebet Ema&rsquo;ana<\/p>\n<p>\n\t\tLah Y Lana, Lah Y Lana, et Rebbi Fraji fera le shabbat avec nous<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tZayled Erebi Mshat Oosebqet OuJat Fi Qalb Testour Ouberket La jument du Rabbin marchait et devan&ccedil;ait. Elle est arriv&eacute;e au c&oelig;ur de Testour et s&rsquo;est affal&eacute;e<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLah Y Lana, Lah Y Lana, Metlet Emra El A&rsquo;yana<\/p>\n<p>\n\t\tLah Y Lana, Lah Y Lana, comme une femme fatigu&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t* Rebbi Fraji<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; LE P&Egrave;LERINAGE DE REBBI FRAJI DE TESTOUR &nbsp;par Emile Tubiana &nbsp; INTRODUCTION Rebbi Fraji Chaouat de Beja &eacute;tait venu en Tunisie avec les refugies Arabes et Juifs qui &eacute;taient expuls&eacute;s de l&rsquo;Andalousie par les Espagnols de 1492 &agrave; 1855. 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