{"id":5271,"date":"2012-10-03T22:01:38","date_gmt":"2012-10-03T22:01:38","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5271"},"modified":"2012-10-03T22:01:38","modified_gmt":"2012-10-03T22:01:38","slug":"retrospective-litineraire-spirituel-davraham-b-yehoshua","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/retrospective-litineraire-spirituel-davraham-b-yehoshua\/","title":{"rendered":"R\u00e9trospective: l&rsquo;itin\u00e9raire spirituel d&rsquo;Avraham B. Yehoshua"},"content":{"rendered":"<header>\n<p>\n\t\tR&eacute;trospective: l&#39;itin&eacute;raire spirituel d&#39;Avraham B. Yehoshua<\/p>\n<p>\n\t\tPar&nbsp;Andr&eacute; Clavel<time datetime=\"\" itemprop=\"dateModified\"><\/time><\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tDans&nbsp;R&eacute;trospective, l&#39;&eacute;crivain isra&eacute;lien Avraham B. Yehoshua livre une belle m&eacute;ditation sur la cr&eacute;ation, le temps qui passe, l&#39;amiti&eacute;, la trahison et la complexit&eacute; des &acirc;mes.&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/header>\n<div>\n<div itemprop=\"articleBody\">\n<p>\n\t\t\tUne conscience toujours en &eacute;veil. Un arbitre dont les avis p&egrave;sent lourd aux yeux de l&#39;opinion internationale. Un romancier de haut vol qui, dans ses livres, prend ses distances avec ses engagements politiques pour devenir un musicien de l&#39;intime, un symphoniste du monde int&eacute;rieur. Avec&nbsp;<a href=\"http:\/\/fiches.lexpress.fr\/personnalite\/avraham-b-yehoshua_21626\" target=\"_self\">Avraham B. Yehoshua<\/a>, on touche le coeur m&ecirc;me de la litt&eacute;rature isra&eacute;lienne : aux c&ocirc;t&eacute;s d&#39;<a href=\"http:\/\/fiches.lexpress.fr\/personnalite\/amos-oz_22911\" target=\"_self\">Amos Oz<\/a>&nbsp;et de<a href=\"http:\/\/fiches.lexpress.fr\/personnalite\/david-grossman_21647\" target=\"_self\">David Grossman<\/a>, l&#39;auteur de&nbsp;R&eacute;trospective&nbsp;a su, face &agrave; la confusion de son &eacute;poque, pr&eacute;server la part du r&ecirc;ve, attiser le feu sacr&eacute; et porter l&#39;&eacute;criture &agrave; son incandescence pour qu&#39;elle soit un flambeau d&#39;esp&eacute;rance. Et lorsqu&#39;il redescend dans l&#39;ar&egrave;ne, Yehoshua &quot;le taurillon&quot; ne cesse de pr&ecirc;cher la r&eacute;conciliation avec le monde arabe. &quot;Cela fait quarante ans que je suis pour un Etat palestinien&quot;, rappelle-t-il. Et il ajoute : &quot;Quand je parle aux Europ&eacute;ens, je les supplie de faire ce que les Am&eacute;ricains ne font pas. Ils ont les moyens de forcer Isra&euml;l &agrave; arr&ecirc;ter la colonisation des territoires occup&eacute;s et &agrave; signer un trait&eacute; de paix.&quot;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tC&#39;est dans une J&eacute;rusalem encore presque c&eacute;leste qu&#39;est n&eacute; Yehoshua, en 1936, au sein d&#39;une famille s&eacute;farade. Comme Rivline, le h&eacute;ros de&nbsp;La Mari&eacute;e lib&eacute;r&eacute;e, son p&egrave;re appartenait au petit cercle des orientalistes de la ville, des hu<a href=\"http:\/\/fiches.lexpress.fr\/personnalite\/mani_196739\" target=\"_self\">mani<\/a>stes venus des quatre coins de l&#39;Europe. Ce qu&#39;ils voulaient, c&#39;&eacute;tait conna&icirc;tre en profondeur leurs voisins arabes, les comprendre &agrave; travers leur patrimoine culturel afin de vivre en harmonie avec eux. &quot;Mon p&egrave;re a consacr&eacute; une douzaine d&#39;ouvrages &agrave; J&eacute;rusalem. Bien que je n&#39;y r&eacute;side plus, elle est toujours pr&eacute;sente dans mes romans et c&#39;est sans doute dans cette ville que je puise l&#39;&eacute;nergie de mon &eacute;criture&quot;, raconte Yehoshua, qui vit aujourd&#39;hui &agrave; Ha&iuml;fa entre mer et montagne, dans une maison o&ugrave; son &eacute;pouse psychanalyste a longtemps re&ccedil;u ses patients et o&ugrave; il &eacute;crit chaque matin sans craindre d&#39;&ecirc;tre d&eacute;rang&eacute;. &quot;Je ne m&#39;isole jamais pour travailler, dit-il, je maintiens une vie de famille normale avec mes enfants et mes petits-enfants. L&#39;&eacute;criture est une occupation comme une autre, elle n&#39;est pas prioritaire si d&#39;autres obligations s&#39;imposent.&quot;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tYehoshua a commenc&eacute; &agrave; &eacute;crire des nouvelles et des pi&egrave;ces de th&eacute;&acirc;tre pendant son service militaire mais ce n&#39;est qu&#39;apr&egrave;s un long s&eacute;jour &agrave; Paris &#8211; entre 1963 et 1967 &#8211; qu&#39;il s&#39;est frott&eacute; au roman, alors qu&#39;il enseignait &agrave; l&#39;universit&eacute; de Ha&iuml;fa. Son oeuvre ? Une dizaine de titres qui forment une tapisserie subtile o&ugrave; le motif intime se m&ecirc;le constamment &agrave; l&#39;Histoire, o&ugrave; les questions existentielles et &eacute;thiques sont toujours tr&egrave;s concr&egrave;tement enracin&eacute;es dans le contexte politique pour montrer comment trois d&eacute;cennies de guerre ont boulevers&eacute; la vie spirituelle, les &eacute;motions et les amours des Isra&eacute;liens. &quot;Avec tous ces conflits, notre litt&eacute;rature a gagn&eacute; beaucoup de vitalit&eacute;. Le plus important, pour nous, c&#39;est d&#39;analyser les rapports humains et le devenir des sentiments dans un pays livr&eacute; &agrave; la peur et &agrave; l&#39;instabilit&eacute;&quot;, explique Yehoshua, qui &eacute;crit &quot;pour ouvrir les coeurs&quot;, en repoussant constamment &quot;la tentation du d&eacute;sespoir&quot;. Et au d&eacute;tour de&nbsp;R&eacute;trospective, il donne une autre cl&eacute; de son travail : &quot;Par l&#39;art, nos faiblesses et nos humiliations se transforment en beaut&eacute;.&quot;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tDe roman en roman, l&#39;inspiration de Yehoshua n&#39;a cess&eacute; de se renouveler. Dans&nbsp;L&#39;Amant, il d&eacute;crit Isra&euml;l au lendemain de la guerre des Six Jours et montre qu&#39;un ab&icirc;me s&#39;est creus&eacute; dans un pays d&eacute;sormais &eacute;cartel&eacute; entre religion et la&iuml;cit&eacute;. Dans&nbsp;Monsieur Mani, il remonte l&#39;arbre g&eacute;n&eacute;alogique d&#39;une famille dont le destin est confront&eacute; aux dates cruciales de l&#39;histoire juive, depuis 1848 jusqu&#39;&agrave; la guerre du Liban. Dans&nbsp;L&#39;Ann&eacute;e des cinq saisons, il met en sc&egrave;ne un S&eacute;farade oriental tent&eacute; par l&#39;Occident, et peu &agrave; peu d&eacute;capit&eacute; de son identit&eacute;. Dans&nbsp;La Mari&eacute;e lib&eacute;r&eacute;e, il braque son zoom sur une mosa&iuml;que sociale complexe o&ugrave; se croisent des Juifs, des Palestiniens et des Arabes d&#39;Isra&euml;l qui se cramponnent &agrave; la m&ecirc;me utopie &#8211; celle d&#39;une fraternit&eacute; retrouv&eacute;e. Et dans&nbsp;Le Responsable des ressources humaines, il m&ecirc;le le polar et la parabole politique pour raconter &#8211; lors d&#39;un attentat suicide &agrave; J&eacute;rusalem &#8211; la mort tragique d&#39;une femme dont personne ne vient r&eacute;clamer le corps, comme si elle n&#39;avait plus de filiation dans une soci&eacute;t&eacute; orpheline de ses esp&eacute;rances.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tR&eacute;trospective, le nouveau roman de Yehoshua, est tout &agrave; la fois une m&eacute;ditation sur la cr&eacute;ation, un voyage dans les m&eacute;andres de la m&eacute;moire, une histoire d&#39;amiti&eacute; bris&eacute;e et un portrait poignant &#8211; celui d&#39;un artiste qui, &agrave; l&#39;automne de sa vie, se demande &quot;comment ne pas renoncer au d&eacute;sir pendant le peu de temps qui nous reste&quot;. Ya&iuml;r Mozes, le h&eacute;ros, est un vieux r&eacute;alisateur isra&eacute;lien &quot;au bedon rondelet&quot; qui, au fil des ann&eacute;es, a appris &agrave; &quot;entretenir un conciliabule amical avec la mort&quot;. N&eacute; &agrave; J&eacute;rusalem &agrave; la veille de la Seconde Guerre mondiale, il a connu la gloire tout au long de sa carri&egrave;re mais il est rest&eacute; un homme profond&eacute;ment attach&eacute; &agrave; sa libert&eacute;. Et assez lucide pour savoir qu&#39;&quot;un sombre ab&icirc;me est tapi sous la r&eacute;alit&eacute; visible&quot;. S&#39;il a tourn&eacute; des films novateurs qui ont marqu&eacute; ses contemporains, c&#39;est pour d&eacute;chirer le voile qui dissimule cet ab&icirc;me, et &quot;le regarder en face&quot;.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLorsque s&#39;ouvre le roman, Mozes vient de d&eacute;barquer &agrave; Saint-Jacques-de-Compostelle afin d&#39;assister &agrave; une r&eacute;trospective de ses oeuvres de jeunesse. Une femme l&#39;accompagne, la tr&egrave;s secr&egrave;te Ruth, une actrice elle aussi vieillissante qui fut sa muse et, peut-&ecirc;tre, l&#39;objet d&#39;un amour jamais avou&eacute;. Ensemble, pendant trois jours, ils vont se nourrir de la spiritualit&eacute; de la ville, remonter le temps, partager la m&ecirc;me m&eacute;lancolie, glaner des souvenirs au rythme des images qui d&eacute;filent sur l&#39;&eacute;cran. Pages magnifiques, comme un p&egrave;lerinage vers soi-m&ecirc;me dans une cit&eacute; o&ugrave; affluent les p&egrave;lerins.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tPour Yehoshua, tous ces films projet&eacute;s dans une salle obscure de Saint-Jacques-de-Compostelle sont l&#39;occasion de raconter de nouvelles histoires, d&#39;ench&acirc;sser des r&eacute;cits dans son propre r&eacute;cit mais, aussi, de rouvrir une blessure ancienne qui continue &agrave; faire souffrir Mozes : sa rupture avec son ami Sa&uuml;l&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.lexpress.fr\/infos\/soc\/trigano.html\" target=\"_self\">Trigano<\/a>, son sc&eacute;nariste pr&eacute;f&eacute;r&eacute;, son inspirateur, son complice de la premi&egrave;re heure. Si les deux hommes se sont brouill&eacute;s, c&#39;est &agrave; cause d&#39;une sc&egrave;ne, une simple sc&egrave;ne jadis imagin&eacute;e par Trigano &#8211; pour lui, elle avait une importance capitale &#8211; mais que Mozes avait imprudemment annul&eacute;e dans un de ses films. Depuis, elle n&#39;a cess&eacute; de le hanter. Et cet &eacute;pisode malheureux va soudain resurgir lorsque, dans la chambre de son h&ocirc;tel, il d&eacute;couvre un petit tableau qui reproduit tr&egrave;s exactement la sc&egrave;ne en question. Ce qu&#39;on y voit, c&#39;est une jeune femme en train d&#39;allaiter un vieillard suppliant et encha&icirc;n&eacute;, condamn&eacute; &agrave; mourir de faim dans une prison&#8230;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tPourquoi ce tableau si lourd de sens &#8211; une &quot;Charit&eacute; romaine&quot; qui inspira de nombreux peintres, de Rubens au Caravage &#8211; a-t-il &eacute;t&eacute; accroch&eacute; dans la chambre de Mozes ? Peut-&ecirc;tre un geste secret de Trigano, comme une promesse de r&eacute;conciliation, un d&eacute;sir de ravauder une amiti&eacute; perdue ? C&#39;est autour de ce myst&egrave;re que se construit&nbsp;R&eacute;trospective, o&ugrave; le cin&eacute;ma et la peinture nouent des liens subtils. Et o&ugrave; Mozes va revisiter son pass&eacute;, m&eacute;diter sur son travail, s&#39;interroger sur ses sentiments envers Ruth, dont on d&eacute;couvrira peu &agrave; peu le r&ocirc;le qu&#39;elle a jou&eacute; au moment de sa rupture avec Trigano. Et lorsque le h&eacute;ros de Yehoshua rentrera en Isra&euml;l, apr&egrave;s cette parenth&egrave;se espagnole si troublante, il retrouvera un pays meurtri par la violence. Comme s&#39;il devait affronter une nouvelle &eacute;preuve&#8230; &nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tR&eacute;trospective&nbsp;est un roman superbe, polyphonique, une tapisserie dont les multiples noeuds se d&eacute;lient peu &agrave; peu pour d&eacute;voiler la complexit&eacute; des &acirc;mes. Et pour montrer que, dans une &eacute;poque tourment&eacute;e, l&#39;esp&eacute;rance a le visage de la cr&eacute;ation : la confession de Mozes se referme sur un &eacute;loge du r&ecirc;ve, avec un invit&eacute; surprise, le vieux Don Quichotte qui surgit soudain des limbes afin d&#39;offrir &agrave; ce r&eacute;cit sa part de r&eacute;demption.&nbsp;<\/p>\n<aside>\n<h1>\n\t\t\t&nbsp;<\/h1>\n<h1>\n\t\t\textrait<\/h1>\n<p>\n\t\t\t&quot;En Isra&euml;l, dans les ann&eacute;es cinquante, quelques traductions en h&eacute;breu de ses romans et de ses nouvelles nous avaient familiaris&eacute;s avec l&#39;oeuvre de Kafka. [&#8230;] Ensuite, on a commenc&eacute; &agrave; publier chez nous les journaux et la correspondance de Kafka, dans lesquels nous avons d&eacute;couvert des aspects fouill&eacute;s et intimes de l&#39;existence d&#39;un juif libre, &eacute;lev&eacute; dans un foyer traditionnel et dont l&#39;identit&eacute; complexe n&#39;&eacute;tait pas d&eacute;nu&eacute;e d&#39;aspirations m&eacute;taphysiques. Mais, contrairement &agrave; ceux qui voulaient et veulent encore expliquer chaque ligne de ses &eacute;crits &agrave; la lumi&egrave;re de sa vie et de ses affres sexuelles et monter en &eacute;pingle chaque d&eacute;tail juif de sa biographie, d&#39;autres lecteurs assez nombreux, parmi lesquels je me compte, jugeaient que l&#39;oeuvre de Kafka &eacute;tait immunis&eacute;e contre tout d&eacute;tail biographique et continuaient &agrave; se d&eacute;lecter de la seule splendeur &eacute;nigmatique de son g&eacute;nie universel.&quot; (p. 174-175)&nbsp;<\/p>\n<\/aside>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R&eacute;trospective: l&#39;itin&eacute;raire spirituel d&#39;Avraham B. Yehoshua Par&nbsp;Andr&eacute; Clavel &nbsp; Dans&nbsp;R&eacute;trospective, l&#39;&eacute;crivain isra&eacute;lien Avraham B. 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