{"id":5309,"date":"2012-10-10T00:18:25","date_gmt":"2012-10-10T00:18:25","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5309"},"modified":"2012-10-10T00:18:25","modified_gmt":"2012-10-10T00:18:25","slug":"le-depart-de-lamine-bey-en-1957-et-la-gestion-des-fins-de-regne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-depart-de-lamine-bey-en-1957-et-la-gestion-des-fins-de-regne\/","title":{"rendered":"Le d\u00e9part de Lamine Bey en 1957 et la gestion des fins de r\u00e8gne"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLe&nbsp;d&eacute;part de Lamine Bey en 1957 et la gestion des fins de r&egrave;gne<\/p>\n<p><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tLes investigations men&eacute;es, au lendemain du 14 janvier dans le palais de la R&eacute;publique &agrave; Carthage et Hammamet, ainsi que dans la r&eacute;sidence priv&eacute;e du pr&eacute;sident d&eacute;chu &agrave; Sidi Dhrif, rappellent l&rsquo;inventaire &eacute;tabli lors de la destitution de la monarchie husseinite. Sans aucune commune mesure, ni totale comparaison, cependant. Dans quel &eacute;tat se trouvait la maison du dernier Bey de Tunis, Lamine Bey, d&eacute;tr&ocirc;n&eacute; le 25 juillet 1957 ? Comment vivait-il ? Et qu&rsquo;y avait-il laiss&eacute;. Leaders a retrouv&eacute; un jeune administrateur de l&rsquo;&eacute;poque, qui avait particip&eacute; &agrave; la commission d&rsquo;inventaire. Un t&eacute;moignage exclusif de M. Noureddine Ketari, qui deviendra par la suite secr&eacute;taire d&rsquo;Etat &agrave; la Formation professionnelle et &agrave; l&rsquo;Emploi. Dans son &eacute;vocation, il ne manque pas de faire, de prime abord, une allusion bien appropri&eacute;e &agrave; la fin du r&egrave;gne de Bourguiba et de Ben Ali. Que sont devenus les biens des Beys ? Noureddine Ketari plaide pour que la m&eacute;moire nationale, beylicale et r&eacute;publicaine, ne soit pas effac&eacute;e.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tIl y a d&eacute;j&agrave; 58 ans, le 25 Juillet 1957, Sidi Mohammed Lamine Pacha Bey, Possesseur du Royaume de Tunis, partait sur la pointe des pieds, sans faire de bruit, certes forc&eacute;, mais avec beaucoup de dignit&eacute;, et sous les applaudissements de ceux qui s&rsquo;&eacute;taient align&eacute;s le long de la route pour le voir partir ; il y avait il faut le dire, une certaine indiff&eacute;rence populaire. Noue &eacute;tions tous occup&eacute;s &agrave; f&ecirc;ter l&rsquo;av&egrave;nement de la R&eacute;publique.<br \/>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tNaufrag&eacute; de la vieillesse, Habib Bourguiba, premier pr&eacute;sident de la premi&egrave;re R&eacute;publique, partira forc&eacute; lui aussi. Nous l&rsquo;avons regrett&eacute; comme on regrette un p&egrave;re qui s&rsquo;en va. Il mourra sans que nous ayons eu le droit de l&rsquo;honorer comme nous l&rsquo;aurions voulu. Un ami de la Tunisie, le maire de Paris, nous offrira de le lui rendre hommage chez lui. Nous l&rsquo;y avons c&eacute;l&eacute;br&eacute;. Ben Ali a &eacute;t&eacute; chass&eacute; du pouvoir. On dira qu&rsquo;il a &eacute;t&eacute; &laquo;d&eacute;gag&eacute; &raquo; et l&rsquo;on d&eacute;couvrira qu&rsquo;il est &laquo;parti avec la caisse&raquo;.<\/p>\n<p>\t\tCela fait tout de m&ecirc;me trois fins de r&eacute;gime en un demi-si&egrave;cle ! Les fins de r&eacute;gime, on va le voir, cela se g&egrave;re.<\/p>\n<p>\t\tLorsque le 22 Juillet 1957, Bechir Ben Yahmed titrait &agrave; la une du journal L&rsquo;Action &laquo;Ainsi meurent les monarchies&raquo;, nous consid&eacute;rions que c&rsquo;&eacute;tait une &eacute;tape que le pays franchissait sur la voie de la modernit&eacute;. Nous en &eacute;tions si fiers. C&rsquo;est en souvenir de cette manchette que j&rsquo;ai publi&eacute; le 16 mars 2011 sur le journal La Presse de Tunisie un article que j&rsquo;ai intitul&eacute; &laquo; Ainsi meurent les r&eacute;publiques &raquo;.<\/p>\n<p>\t\tDans l&rsquo;intimit&eacute; du dernier Bey<\/p>\n<p>\t\tAvec mon ami Si Mohammed Abdelhadi, qui fut entre autres chef de cabinet du ministre de l&rsquo;Equipement, puis de l&rsquo;agriculture pendant de longues ann&eacute;es, nous avions obtenu de travailler au cours des vacances d&rsquo;&eacute;t&eacute; de 1957 comme saisonniers au minist&egrave;re des Finances, en tant qu&rsquo;&eacute;tudiants &agrave; l&rsquo;Ecole nationale d&rsquo;administration de Tunis. Nous &eacute;tions affect&eacute;s au service des Domaines de l&rsquo;Etat. Et voil&agrave; comment nous nous sommes trouv&eacute;s d&eacute;sign&eacute;s pour faire partie de l&rsquo;&eacute;quipe charg&eacute;e de dresser, d&egrave;s le mois d&rsquo;ao&ucirc;t 1957, l&rsquo;inventaire des biens beylicaux au Palais de Carthage .M. Slaheddine Ferchiou faisait &eacute;galement partie de l&rsquo;&eacute;quipe.<\/p>\n<p>\t\tTous les matins, une voiture de service nous conduisait avec tous les membres de l&rsquo;&eacute;quipe, au Palais o&ugrave; &mdash; local par local, puis villa par villa, car il s&rsquo;agissait en fait d&rsquo;une v&eacute;ritable Cit&eacute; beylicale o&ugrave; vivaient tous les membres de la famille de Lamine Bey: Le Bey du Camp, les princes et princesses &mdash; nous devions lister tout ce qui s&rsquo;y trouvait: mobilier, bibelots, v&ecirc;tements, etc.<\/p>\n<p>\t\tJe m&rsquo;attendais &agrave; &ecirc;tre &eacute;bloui par ce que j&rsquo;allais voir! Je m&rsquo;attendais &agrave; un &eacute;talage de luxe et de richesses comme on pouvait en voir au cin&eacute;ma ou dans les livres d&rsquo;histoire: Le Palais du Bey ! En fait je me souviens avoir &eacute;t&eacute; impressionn&eacute; plut&ocirc;t et surtout par la beaut&eacute; d&rsquo;une &laquo;villa de charme&raquo;, une tr&egrave;s belle r&eacute;sidence de l&rsquo;&eacute;poque &eacute;difi&eacute;e et agenc&eacute;e avec go&ucirc;t et raffinement, mais sans plus.<\/p>\n<p>\t\tDe l&rsquo;ext&eacute;rieur, la b&acirc;tisse avait de l&rsquo;allure, sans &ecirc;tre majestueuse. Sa porte d&rsquo;entr&eacute;e en bois &eacute;tait plut&ocirc;t banale, mais coiff&eacute;e d&rsquo;une belle jalousie ottomane dans un bleu qui tranchait avec le blanc des murs et qu&rsquo;on d&eacute;finira plus tard comme le bleu de Sidi Bou Sa&iuml;d. Au-dessus de la jalousie, en relief de pl&acirc;tre, les armoiries de Mohamed Lamine Pacha Bey.<\/p>\n<p>\t\tLa porte donnait sur une cour ext&eacute;rieure qui faisait office de parking avec au centre, comme unique ornement, une fontaine andalouse, aujourd&rsquo;hui d&eacute;plac&eacute;e &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du b&acirc;timent dans le patio central. Le hall d&rsquo;entr&eacute;e, comme toutes les pi&egrave;ces, est rev&ecirc;tu de grandes dalles de marbre blanc. On acc&egrave;de au Palais par une Skifa spacieuse.<\/p>\n<p>\t\tLes chambres sont distribu&eacute;es autour d&rsquo;un patio central selon le mod&egrave;le des maisons arabes traditionnelles: A droite, la Salle du Tr&ocirc;ne, dot&eacute;e de deux offices, &agrave; gauche une chambre &agrave; &laquo;triple salon&raquo; traditionnel, recouvert de fa&iuml;ences et de sculpture &laquo;nakch hdida&raquo;. En face la chambre &agrave; coucher du Bey. A l&rsquo;&eacute;tage, le bureau du Bey avec la fameuse Gannaria qui lui offrait une vue superbe sur le golfe de Tunis. Les murs int&eacute;rieurs &eacute;taient tous rev&ecirc;tus de fa&iuml;ences jusqu&rsquo;au plafond, eux-m&ecirc;mes d&eacute;cor&eacute;s dans un style italien. L&rsquo;ensemble est pittoresque, on ne peut plus.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tLa Salle du Tr&ocirc;ne, ou Beit El Hokm, &eacute;tait la &laquo;pi&egrave;ce ma&icirc;tresse&raquo; de l&rsquo;&eacute;difice : agr&eacute;able, spacieuse, fa&iuml;ence murale jusqu&rsquo;au plafond lui-m&ecirc;me finement d&eacute;cor&eacute; dans un style v&eacute;nitien, &eacute;normes miroirs aux cadres argent&eacute;s, elle donnait sur la mer avec une belle terrasse. On pouvait dire qu&rsquo;il y avait de la majest&eacute;.&nbsp;<br \/>\n\t\tJ&rsquo;&eacute;tais curieux de pouvoir visiter la chambre &agrave; coucher du Bey. Elle &eacute;tait de dimensions communes et rien n&rsquo;y &eacute;tait a proprement parler King Size ; le lit &eacute;tait assez haut, en tubes laiton, les murs, comme ceux de tout le Palais, &eacute;taient recouverts de fa&iuml;ences de type espagnol. Tout autour, sous le plafond d&eacute;cor&eacute; avec un go&ucirc;t certain, les noms du Seigneur (Asma Allah Al Hosna) sur pl&acirc;tre dor&eacute;.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tDeux fen&ecirc;tres en fer forg&eacute; montraient des murs de pr&egrave;s d&rsquo;un m&egrave;tre d&rsquo;&eacute;paisseur Dans un passage qui conduit &agrave; la salle de bain, une porte de sortie s&eacute;cr&egrave;te menait vers la cour ext&eacute;rieure ou la biblioth&egrave;que que nous n&rsquo;avons pas pu visiter.<\/p>\n<p>\t\tLamine Bey &eacute;tait collectionneur d&rsquo;horloges murales. Dans le patio, comme dans toutes les chambres, et o&ugrave; vous regardiez, vous aviez toujours l&rsquo;heure exacte. Un atelier d&rsquo;horlogerie o&ugrave;, sur un &eacute;tabli, &eacute;taient align&eacute;es une douzaine d&rsquo;horloges de mod&egrave;les et marques diff&eacute;rents, donnait une dimension humaine &agrave; ces lieux. C&rsquo;&eacute;tait l&agrave; que Lamine Bey passait une partie de son temps libre pour exercer son hobby.<\/p>\n<p>\t\tA la recherche des tr&eacute;sors<\/p>\n<p>\t\tQuant aux villas, certaines &eacute;taient plus modernes, plus grandes ou mieux meubl&eacute;es que d&rsquo;autres. Je me souviens particuli&egrave;rement de la Villa Maghrebia con&ccedil;ue et meubl&eacute;e avec beaucoup de go&ucirc;t et d&rsquo;&eacute;l&eacute;gance dans un style marocain pur. Sur le bord de l&rsquo;une des baignoires, une chemise de nuit montrait que les occupants ont d&ucirc; quitter les lieux sans avoir eu le temps de tout ranger.<\/p>\n<p>\t\tLa maison de Chadli Bey, aujourd&rsquo;hui si&egrave;ge de la municipalit&eacute; de Carthage, &eacute;tait celle qui se voulait la plus moderne. Tout comme la Maison Maghrebia, elle paraissait neuve et &eacute;tait dot&eacute;e d&rsquo;un bar au salon, orn&eacute; d&rsquo;un oud accroch&eacute; au mur.<\/p>\n<p>\t\tLa maison des provisions de produits alimentaires, &laquo; Beit el mouna&raquo;, contenait des quantit&eacute;s impressionnantes de tout ce que l&rsquo;on pouvait imaginer .comme p&acirc;tes, couscous, kaddid, fruits secs, huile d&rsquo;olive, sucre, th&eacute;, savon, etc. C&rsquo;est &agrave; se demander si ce n&rsquo;&eacute;tait pas une habitude qui datait de la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<p>\t\tJe me souviens avoir entendu dire qu&rsquo;un antiquaire du nom d&rsquo;Evangelisti install&eacute; rue de l&rsquo;Eglise, devenue rue de la Grande Mosqu&eacute;e, avait &eacute;t&eacute; sollicit&eacute; pour une expertise de ce qui pouvait avoir de la valeur. Selon les dires des cadres de la Direction des Domaines &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, cet expert aurait expliqu&eacute; qu&rsquo;il avait particip&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;valuation du patrimoine de la monarchie &eacute;gyptienne lors de la R&eacute;volution de 1952 et que les palais de Farouk regorgeaient d&rsquo;objets de tr&egrave;s grande valeur. Rien de comparable n&rsquo;existait dans le Palais de Carthage. Dans ce que nous avions inventori&eacute; en tout cas, il n&rsquo;y avait rien qui pouvait, &agrave; proprement parler &ecirc;tre qualifi&eacute; de royal. Pas de bijoux, pas d&rsquo;objets d&rsquo;art qui auraient attir&eacute; l&rsquo;attention.<\/p>\n<p>\t\tTout le monde savait cependant que la famille beylicale, comme toutes les familles ottomanes, avait un penchant pour tout ce qui &eacute;tait bijoux et pi&egrave;ces pr&eacute;cieuses : &eacute;meraudes, rubis et autres. Topkapi &agrave; Istanbul en offre encore aujourd&rsquo;hui un spectacle unique.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tSous l&rsquo;empire Ottoman, les Beys de Tunis, comme tous les gouverneurs de provinces, se faisaient offrir des bijoux par leurs populations ou levaient des imp&ocirc;ts pour en acheter.Cela les rendait peu populaires mais leur permettait &agrave; leur tour d&rsquo;offrir des pierres pr&eacute;cieuses &agrave; la Sublime Porte en guise d&rsquo;all&eacute;geance annuelle apr&egrave;s s&rsquo;&ecirc;tre servis au passage. Le protectorat fran&ccedil;ais avait mis fin &agrave; cette pratique et si bijoux des &laquo;Bayas de Tunis&raquo; il y avait, ce ne pouvait pas &ecirc;tre un tr&eacute;sor !<\/p>\n<p>\t\tLes villas<\/p>\n<p>\t\tDans les villas, nous avons list&eacute; les meubles d&rsquo;une grande s&eacute;rie de salons qui se suivaient et se ressemblaient. Ils &eacute;taient presque tous dot&eacute;s d&rsquo;un lampadaire ou d&rsquo;une lampe de bureau avec une horloge. Beaucoup de meubles vendus et revendus par les antiquaires sont r&eacute;put&eacute;s &ecirc;tre des meubles beylicaux.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tLes d&eacute;corations et les mobiliers des villas beylicales sont ceux que l&rsquo;on retrouve dans toutes les anciennes maisons bourgeoises des &laquo; Baldia de Tunis&raquo; c&rsquo;est-&agrave;-dire &agrave; base de soieries, de velours, de dorure, de bois nacr&eacute;, et de miroirs rectangulaires avec cadres dor&eacute;s &agrave; la feuille d&rsquo;or, flanqu&eacute;s de l&rsquo;&eacute;toile et du croissant.<\/p>\n<p>\t\tLa conclusion est que la monarchie husseinite du 19&egrave;me et 20&egrave;me si&egrave;cle du moins ne semblait pas avoir &eacute;t&eacute; &agrave; la t&ecirc;te de grosses fortunes. Le Bey, les princes et les princesses avaient, si l&rsquo;on en juge par la conception et l&rsquo;agencement de leurs demeures, le m&ecirc;me mode de vie que les grandes familles qui les entouraient, l&rsquo;apparat en sus.<\/p>\n<p>\t\tQui &eacute;tait Lamine Bey ?<\/p>\n<p>\t\tL&rsquo;on peut ainsi se demander si la propagande politique qui a pr&eacute;par&eacute; et justifi&eacute; la chute de la monarchie husseinite n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; plut&ocirc;t s&eacute;v&egrave;re &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de Lamine Bey, trait&eacute; de &laquo;collaborateur&raquo; par opposition &agrave; Moncef Bey, le Nationaliste. Mais ceci n&rsquo;est pas notre propos.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tCe que j&rsquo;avais retenu de mes visites au Palais, c&rsquo;est que Lamine Bey semblait avoir &eacute;t&eacute; un honn&ecirc;te homme, un bon p&egrave;re d&rsquo;une famille nombreuse, monogame, tout comme Moncef Bey mais avec une faible personnalit&eacute;. Il n&rsquo;a pas pu ou su r&eacute;sister aux diktats du g&eacute;n&eacute;ral de Haute Cloque ni mettre en jeu son tr&ocirc;ne pour s&rsquo;inscrire dans le sens de l&rsquo;histoire et r&eacute;pondre aux exigences du Mouvement de lib&eacute;ration. Il n&rsquo;&eacute;tait probablement pas fait pour &ecirc;tre roi, ni m&ecirc;me simplement homme politique. De ce point de vue, la monarchie est morte de mort naturelle.<\/p>\n<p>\t\tIl e&ucirc;t &eacute;t&eacute; int&eacute;ressant de pouvoir visiter aujourd&rsquo;hui encore le Palais de Lamine Bey tel qu&rsquo;il l&rsquo;a abandonn&eacute; et essayer de savoir qui &eacute;tait r&eacute;ellement cet homme d&rsquo;allure si &eacute;l&eacute;gante et si fragile dans le civil. Mais il abrite maintenant une institution culturelle: Beit El Hikma ! Et c&rsquo;est probablement &agrave; cette institution que nous devons la survie de ce palais, t&eacute;moin d&rsquo;une partie de notre histoire.<\/p>\n<p>\t\tLe Palais beylical d&rsquo;Hammam-Lif&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tLe hasard voudra qu&rsquo;en 1974, je sois nomm&eacute; &agrave; la t&ecirc;te de l&rsquo;Office des travailleurs tunisiens &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger de l&rsquo;emploi et de la formation professionnels (OTTEEFP). Parmi les centres de formation g&eacute;r&eacute;s par cet organisme, j&rsquo;avais &eacute;t&eacute; surpris de d&eacute;couvrir que l&rsquo;ancien Palais beylical d&rsquo;Hammam-Lif, apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; offert par Bourguiba &agrave; un ancien r&eacute;sistant, Sassi Lassoued, pour calmer ses pr&eacute;tentions politiques, a &eacute;t&eacute; affect&eacute; &agrave; la cr&eacute;ation d&rsquo;un centre de formation professionnelle pour jeunes filles.<\/p>\n<p>\t\tEn dehors de leurs Palais de Tunis, de La Marsa, du Bardo, de La Manouba et de la Mohammedia, les beys husseinites avaient pris l&rsquo;habitude de s&eacute;journer l&rsquo;hiver &agrave; Hammam-Lif. En 1826, Hussein Bey d&eacute;cida de construire un palais &agrave; c&ocirc;t&eacute; du caravans&eacute;rail, avec une pi&egrave;ce destin&eacute;e &agrave; son fils Mohamed qui, &agrave; son tour, agrandit le palais. Sous Naceur Bey (1906-1922), le troisi&egrave;me &eacute;tage qui mena&ccedil;ait ruine disparut. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Moncef Bey et Lamine Bey y avaient s&eacute;journ&eacute;. Je m&rsquo;y suis rendu plusieurs fois; il &eacute;tait d&eacute;figur&eacute; par des travaux d&rsquo;am&eacute;nagement : un g&acirc;chis. Aujourd&rsquo;hui, il est d&eacute;labr&eacute; et transform&eacute; en une v&eacute;ritable oukela ! Grandeur et d&eacute;cadence! Les lions qui ornaient l&rsquo;entr&eacute;e ne sont plus l&agrave;. En mars 2011, il a &eacute;t&eacute; m&ecirc;me squatt&eacute; par des familles mal ou non log&eacute;es et partiellement d&eacute;moli.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tPour ne jamais plus effacer notre Histoire!<\/p>\n<p>\t\tIl importe &agrave; ce niveau que les Tunisiens s&rsquo;interrogent sur l&rsquo;origine de cette propension qu&rsquo;ils ont &agrave; vouloir d&eacute;truire, et effacer tout ce qui rel&egrave;ve de leur Histoire. Pourquoi les Turcs, les Egyptiens, les Marocains par exemple conservent-ils et sont-ils si jaloux de tous les monuments, palais et autres objets relatant leur histoire et leurs cultures? En Tunisie, tout se passe comme si la premi&egrave;re pr&eacute;occupation de chaque nouveau gouvernant consiste d&rsquo;abord &agrave; faire oublier son pr&eacute;d&eacute;cesseur!<\/p>\n<p>\t\tPourquoi fallait-il que Bourguiba s&rsquo;acharne autant &agrave; &laquo;effacer&raquo; les 250 ans de monarchie husseinite ? M&ecirc;me si le Palais d&rsquo;Hammam-Lif pouvait &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; par certains comme une laideur architecturale, n&rsquo;aurait-il pas &eacute;t&eacute; plus judicieux de le conserver comme t&eacute;moin de cette laideur, &agrave; une &eacute;poque de notre histoire?&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tSelon quels crit&egrave;res a-t-on affect&eacute; une partie du mobilier du Palais beylical de Carthage aux ambassades qui venaient d&rsquo;ouvrir?&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tCe Palais, faut-il le rappeler, a &eacute;t&eacute; fond&eacute; en 1864 par le g&eacute;n&eacute;ral Zarrouk; il abrita une r&eacute;ception en l&rsquo;honneur de Jules Ferry qui devait imposer le protectorat fran&ccedil;ais &agrave; la R&eacute;gence de Tunis ; il fut la R&eacute;sidence officielle de Lamine Bey de 1943 &agrave; 1957, et il fut le cadre d&rsquo;un &eacute;v&eacute;nement majeur : la proclamation solennelle par Pierre M&egrave;ndes-France de l&rsquo;autonomie interne de la Tunisie. Ah, si la Salle du Tr&ocirc;ne pouvait t&eacute;moigner !<\/p>\n<p>\t\tNe pouvait-on imaginer que le Palais beylical de Carthage puisse devenir un mus&eacute;e Lamine Bey ?<br \/>\n\t\tPourquoi fallait-il aussi que Ben Ali s&rsquo;acharne &agrave; son tour &agrave; &laquo;effacer&raquo; toute trace de Bourguiba, le fondateur de la Tunisie moderne? Que son Palais de Skan&egrave;s soit affect&eacute; &agrave; de la promotion immobili&egrave;re, que sa statue &eacute;questre soit rel&eacute;gu&eacute;e devant un passage &agrave; niveau &agrave; La Goulette ?&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tTout r&eacute;cemment enfin apr&egrave;s la R&eacute;volution du 14 Janvier, pourquoi le bureau qui a abrit&eacute; le cabinet de Habib Bourguiba, l&rsquo;avocat a Bab Souika, a-t-il &eacute;t&eacute; vandalis&eacute; ! Et l&rsquo;on est en droit de se demander quel sort sera r&eacute;serve aux sept palais que Ben Ali a fait construire : les cinq palais dits &laquo;Palais de l&rsquo;UMA&raquo;, le Palais de Sidi Dhrif , le Palais d&rsquo;Hammamet , et le Palais des Trabelsi &agrave; Yasmine Hammamet !&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tTout cela pour dire que la dynastie husseinite a eu le m&eacute;rite d&rsquo;avoir symbolis&eacute; l&rsquo;Etat tunisien m&ecirc;me lorsque celui-ci &eacute;tait faible. C&rsquo;est &agrave; cette dynastie que nous devons la Constitution de 1864. Elle a &eacute;t&eacute; aussi g&eacute;n&eacute;ratrice d&rsquo;un style architectural, d&rsquo;un mode de vie marqu&eacute; par un raffinement incontestable et dont le pays porte encore &agrave; ce jour les empreintes. Les Beys n&rsquo;&eacute;taient eux-m&ecirc;mes ni despotes ni voleurs Cette dynastie m&eacute;riterait, pour ces raisons et pour d&rsquo;autres, ce titre, que le Palais beylical de Carthage lui soit restitu&eacute; et qu&rsquo;il nous aide &agrave; nous souvenir de notre Histoire telle qu&rsquo;elle fut, et telle qu&rsquo;elle est, sans exclusive ni s&eacute;lection pr&eacute;alable.<\/p>\n<p>\t\tNoureddine Ketari&nbsp;<br \/>\n\t\tAncien Ministre<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Le&nbsp;d&eacute;part de Lamine Bey en 1957 et la gestion des fins de r&egrave;gne &nbsp; Les investigations men&eacute;es, au lendemain du 14 janvier dans le palais de la R&eacute;publique &agrave; Carthage et Hammamet, ainsi que dans la r&eacute;sidence priv&eacute;e du pr&eacute;sident d&eacute;chu &agrave; Sidi Dhrif, rappellent l&rsquo;inventaire &eacute;tabli lors de la destitution de la monarchie&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":17396,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[24,69,18,14,160,13,9,1],"tags":[],"class_list":["post-5309","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ben-ali","category-habib-bourguiba","category-histoire","category-paris","category-sidi-bou-sa","category-tunis","category-tunisie","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5309","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5309"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5309\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17396"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5309"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5309"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5309"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}