{"id":5335,"date":"2013-09-18T00:06:28","date_gmt":"2013-09-18T00:06:28","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5335"},"modified":"2013-09-17T23:56:53","modified_gmt":"2013-09-17T23:56:53","slug":"les-diasporas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-diasporas\/","title":{"rendered":"Les diasporas"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLes diasporas<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tDe l&rsquo;identit&eacute; &agrave; la solidarit&eacute;, du lobbying politique &agrave; l&rsquo;influence diplomatique<\/p>\n<p>\n\t\tHistoriquement, elles sont n&eacute;es de la souffrance et de l&rsquo;exil de peuples qui, l&agrave; o&ugrave; ils ont &eacute;lu domicile, ont choisi de rester li&eacute;s aussi bien entre eux qu&rsquo;avec leur m&egrave;re patrie. Les diasporas sont autant le ciment de ceux qui vivent en exil pour &eacute;viter l&rsquo;assimilation, que la manifestation d&rsquo;une solidarit&eacute; &eacute;conomique et politique avec l&rsquo;Etat d&rsquo;origine. Au fil du temps et des migrations internationales, elles sont &eacute;galement devenues un v&eacute;ritable acteur politique. D&rsquo;abord comme un d&eacute;fenseur des int&eacute;r&ecirc;ts de la patrie d&rsquo;origine mais aussi comme un aiguillon souvent plus libre de critiquer un r&eacute;gime ou ses pratiques. A l&rsquo;ext&eacute;rieur de l&rsquo;Etat, mais au sein de la nation, elles s&rsquo;affirment aujourd&rsquo;hui comme les vecteurs d&rsquo;une diplomatie officieuse, aptes &agrave; d&eacute;bloquer des situations ou &agrave; faire passer des messages lorsque les n&eacute;gociateurs officiels sont arriv&eacute;s au bout de leurs possibilit&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t\tLa r&eacute;union s&rsquo;est tenue durant les derniers jours du mois d&rsquo;ao&ucirc;t, dans la plus grande discr&eacute;tion. Aucun journaliste n&rsquo;&eacute;tait accept&eacute; dans l&rsquo;enceinte et les participants avaient pour consigne de ne pas s&rsquo;exprimer sur le contenu de leurs discussions. Pendant 48 heures, hommes d&rsquo;affaires isra&eacute;liens et palestiniens se sont assis autour d&rsquo;une m&ecirc;me table et avec la b&eacute;n&eacute;diction de leurs autorit&eacute;s respectives, pour tenter de relancer la coop&eacute;ration &eacute;conomique, premi&egrave;re &eacute;tape vers un dialogue politique, aujourd&rsquo;hui au point mort. En coulisse, pour l&rsquo;organisation de cette r&eacute;union, la fondation Schwab qui organise chaque ann&eacute;e le forum &eacute;conomique de Davos et un homme d&rsquo;affaires anglais, sir Ronald Cohen.<\/p>\n<p>\n\t\tCr&eacute;ateur du fonds d&rsquo;investissement Apax Partners, il consacre aujourd&rsquo;hui une bonne partie de son temps &agrave; essayer de rapprocher Isra&eacute;liens et Palestiniens notamment autour de projets &eacute;conomiques gr&acirc;ce &agrave; un fonds d&rsquo;investissement sp&eacute;cialement d&eacute;di&eacute;, le Portland Trust. Un exemple significatif parmi d&rsquo;autres du r&ocirc;le que peuvent jouer les membres d&rsquo;une diaspora &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de la m&egrave;re patrie. Longtemps associ&eacute; &agrave; la souffrance et &agrave; l&rsquo;exil, ce terme a depuis quelques ann&eacute;es pris une dimension positive. Se revendiquer d&rsquo;une diaspora est un signe d&rsquo;appartenance. Dans le m&ecirc;me temps, les Etats d&rsquo;origine se sont mis &agrave; accorder une attention accrue &agrave; leurs nationaux qui vivent hors des fronti&egrave;res.<\/p>\n<p>\n\t\tConstruites sur les notions de solidarit&eacute; et de souvenir, les diasporas sont, aujourd&rsquo;hui, en train de devenir des forces politiques, voire les acteurs d&rsquo;une diplomatie officieuse qui n&rsquo;est pas moins influente.<\/p>\n<p>\n\t\tLa souffrance et l&rsquo;exil<br \/>\n\t\tHistoriquement, le terme diaspora signifie dispersion et il fait r&eacute;f&eacute;rence &agrave; l&rsquo;exode des Juifs de la terre d&rsquo;Isra&euml;l apr&egrave;s la destruction du deuxi&egrave;me temple de J&eacute;rusalem, par les troupes de Titus en l&rsquo;an 70. Il s&rsquo;agit donc de d&eacute;finir un peuple en exil, victime de surcro&icirc;t d&rsquo;un g&eacute;nocide 1870 ans plus tard. &ldquo;Dans les diasporas historiques, il y a un &eacute;l&eacute;ment traumatique et un &eacute;l&eacute;ment d&eacute;mographique puisqu&rsquo;une part importante de la population est loin de sa terre d&rsquo;origine&rdquo;, d&eacute;finit Pauline Peretz, ma&icirc;tre de conf&eacute;rences &agrave; Nantes et chercheur sur ces questions &agrave; l&rsquo;Ecole des hautes &eacute;tudes en sciences sociales (EHESS). Les m&ecirc;mes &eacute;l&eacute;ments constitutifs se retrouvent d&rsquo;ailleurs pour la diaspora arm&eacute;nienne expuls&eacute;e de son territoire et victime d&rsquo;un g&eacute;nocide en 1915. Dans chacun de ces cas, la diaspora est d&rsquo;abord un ciment qui soude des femmes et des hommes issus d&rsquo;un pass&eacute; et d&rsquo;une culture commune.<\/p>\n<p>\n\t\tC&rsquo;est ensuite un Etat reconstruit et avec lequel existe un lien, m&ecirc;me si l&rsquo;on n&rsquo;en poss&egrave;de pas la nationalit&eacute;. &ldquo;Cela donne une identit&eacute; par rapport &agrave; une histoire et un sens de l&rsquo;appartenance&rdquo;, estime Micha&euml;l Boroian, pr&eacute;sident du cabinet de chasseurs de t&ecirc;tes Sterling international. N&eacute; &agrave; Chicago et venu en France en 1991, il a toujours &eacute;prouv&eacute; le besoin, l&agrave; o&ugrave; il r&eacute;sidait, d&rsquo;entretenir des contacts suivis avec d&rsquo;autres Arm&eacute;niens, de pratiquer la langue ou encore de se rendre &agrave; l&rsquo;&eacute;glise orthodoxe. Lorsqu&rsquo;il est arriv&eacute; &agrave; Paris, ceux qui l&rsquo;ont accueilli et conseill&eacute; se nomment Alain Mikli (le cr&eacute;ateur de lunettes) ou Alain Manoukian (le cr&eacute;ateur de v&ecirc;tements), tous deux d&rsquo;origine arm&eacute;nienne.<\/p>\n<p>\n\t\tDe ce besoin d&rsquo;appartenance, d&eacute;coule logiquement une organisation. Une diaspora ne se r&eacute;sume pas &agrave; un groupe d&rsquo;individus issus de la m&ecirc;me terre. Ils sont n&eacute;cessairement structur&eacute;s dans des mouvements qui d&eacute;passent le cadre d&rsquo;une simple amicale charg&eacute;e d&rsquo;organiser un banquet annuel et de tenir un fichier des adh&eacute;rents. L&rsquo;Union G&eacute;n&eacute;rale arm&eacute;nienne de bienfaisance (UGAB) et le Conseil de coordination des organisations arm&eacute;niennes de France font partie des mouvements les plus actifs de la diaspora arm&eacute;nienne. Le Fonds social juif unifi&eacute; (FSJU) est l&rsquo;une des organisations cl&eacute;s qui repr&eacute;sente les 700\u2008000 Juifs de France.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;identit&eacute; et la solidarit&eacute;&nbsp;<br \/>\n\t\tCe besoin d&rsquo;appartenance au-del&agrave; d&rsquo;un pass&eacute; commun est consciemment ou inconsciemment une r&eacute;ponse au ph&eacute;nom&egrave;ne d&rsquo;assimilation qui guette les diasporas. &ldquo;La langue arm&eacute;nienne reste un lien entre nous&rdquo;, rappelle Michael Boroian qui se souvint avec &eacute;motion d&rsquo;avoir trouv&eacute; une &eacute;glise arm&eacute;nienne en Inde . &ldquo;A quoi sert la diaspora ? Elle permet &agrave; des individus de se donner un nom quand ils vivent en exil. Le terme diaspora, qui signifie au d&eacute;part dispersion, est devenu aujourd&rsquo;hui synonyme de rassemblement&rdquo;, note St&eacute;phane Dufoix, ma&icirc;tre de conf&eacute;rences en sociologie &agrave; l&rsquo;universit&eacute; de Nanterre et auteur d&rsquo;un ouvrage de r&eacute;f&eacute;rence, Exil et Immigration. Pour autant, pas question de confondre avec le communautarisme.<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;Il est le symbole du cloisonnement alors que la diaspora est tourn&eacute;e vers l&rsquo;Etat d&rsquo;origine&rdquo;, poursuit le chercheur. Et c&rsquo;est bien l&agrave; une de ses fonctions premi&egrave;res : afficher un lien ind&eacute;fectible avec la m&egrave;re patrie. Un lien qui peut m&ecirc;me s&rsquo;affranchir des fronti&egrave;res religieuses. La diaspora libanaise qui compte 14 millions de membres (alors que le Liban compte 3,5 millions d&rsquo;habitants) est compos&eacute;e de chr&eacute;tiens maronites et de musulmans sunnites ou chiites. A Paris, le conseil d&rsquo;administration de &ldquo;Diaspora libanaise overseas&rdquo; est multiconfessionnel. &ldquo;Nous nous devons de faire passer un message de convivialit&eacute; sur la capacit&eacute; &agrave; vivre ensemble au Liban&rdquo;, estime le pr&eacute;sident de l&rsquo;association, Naoum Abi-Rached, qui s&rsquo;investit aussi bien dans l&rsquo;aide aux jeunes Libanais en proie &agrave; des probl&egrave;mes de carte de s&eacute;jour, que dans un lobbying actif aupr&egrave;s du maire du XVe arrondissement, afin d&rsquo;obtenir un terrain pour la construction d&rsquo;une maison de la diaspora libanaise.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;attachement &agrave; la m&egrave;re patrie se manifeste d&rsquo;abord de mani&egrave;re sonnante et tr&eacute;buchante. Que l&rsquo;on en juge : au cours des 20 derni&egrave;res ann&eacute;es, le fonds arm&eacute;nien a r&eacute;colt&eacute; dans le monde 230 millions de dollars pour l&rsquo;Arm&eacute;nie. Aux Etats-Unis, l&rsquo;ensemble des Jewish Federations collecterait pr&egrave;s d&rsquo;un milliard de dollars par an &agrave; destination de l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra&euml;l, pour financer notamment des projets &eacute;ducatifs, culturels, ou encore li&eacute;s &agrave; l&rsquo;accueil des nouveaux immigrants.<\/p>\n<p>\n\t\tAu-del&agrave; des diasporas traditionnelles, un certain nombre de pays &eacute;mergents ont r&eacute;alis&eacute; que leurs expatri&eacute;s constituaient une v&eacute;ritable manne financi&egrave;re, notamment gr&acirc;ce &agrave; la facilitation des virements internationaux que proposent des &eacute;tablissements comme Western Union. &ldquo;Depuis les ann&eacute;es 2000, l&rsquo;Union africaine a pour projet de faire de la diaspora africaine la sixi&egrave;me r&eacute;gion d&rsquo;Afrique, en plus des cinq d&eacute;j&agrave; existantes sur le continent&rdquo;, note le chercheur et enseignant St&eacute;phane Dufoix. &ldquo;La plupart de ces Etats ont un minist&egrave;re ou un bureau charg&eacute; de g&eacute;rer ces nationaux qui vivent &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur des fronti&egrave;res&rdquo;, rappelle-t-il.<\/p>\n<p>\n\t\tIl ne faut cependant pas rattacher syst&eacute;matiquement tout mouvement migratoire &agrave; la cr&eacute;ation d&rsquo;une diaspora agissante. Ainsi les Alg&eacute;riens et les Marocains pourtant nombreux en France entretiennent collectivement peu de lien avec leur Etat d&rsquo;origine et leur solidarit&eacute; financi&egrave;re est circonscrite &agrave; l&rsquo;aide familiale. En France, la seule question sur laquelle ils semblent avoir une action concert&eacute;e est la repr&eacute;sentation au sein du Conseil fran&ccedil;ais du culte musulman (CFCM) o&ugrave; chaque nationalit&eacute; d&rsquo;origine p&egrave;se sur la d&eacute;signation des instances dirigeantes. Mais il ne s&rsquo;agit l&agrave; que d&rsquo;une question franco-fran&ccedil;aise.<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;Peoplehood&rdquo;<br \/>\n\t\tSi les diasporas constituent par essence une population qui vit &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur d&rsquo;un Etat, elles sont n&eacute;anmoins partie int&eacute;grante d&rsquo;une nation. Dans certains cas, des institutions sont m&ecirc;me sp&eacute;cialement cr&eacute;&eacute;es pour entretenir ce lien. En Isra&euml;l, l&rsquo;Agence juive a justement pour mission &ldquo;la relation entre Isra&euml;l et le peuple juif dans le monde entier&rdquo;, d&eacute;taille son directeur g&eacute;n&eacute;ral pour la France, Ariel Kandel. Dot&eacute;e d&rsquo;un budget de 300 millions de dollars, aliment&eacute; &agrave; 80\u2008% par des donateurs am&eacute;ricains, elle compte 300 salari&eacute;s et des bureaux dans 13 pays. &ldquo;L&rsquo;un de nos axes de travail est ce que l&rsquo;on appelle en anglais &ldquo;peoplehood&rdquo; et que l&rsquo;on pourrait tenter de traduire par &ldquo;peuplitude&rdquo;. Et cette relation s&rsquo;inscrit dans un double sens : Isra&euml;l soutient sa diaspora qui elle- m&ecirc;me soutient Isra&euml;l&rdquo;, analyse le responsable de la d&eacute;l&eacute;gation fran&ccedil;aise. Chaque ann&eacute;e, l&rsquo;Agence juive accompagne dans le monde 20\u2008000\u2008personnes qui d&eacute;cident de faire leur &ldquo;Alyah&rdquo;, c&rsquo;est-&agrave;-dire de s&rsquo;installer durablement en Isra&euml;l. Mais son action ne se limite pas &agrave; l&rsquo;immigration. Elle organise &eacute;galement des milliers de s&eacute;jours d&rsquo;une dur&eacute;e allant de une semaine &agrave; un an, afin de sensibiliser les plus jeunes au fonctionnement de la soci&eacute;t&eacute; isra&eacute;lienne.<\/p>\n<p>\n\t\tLa m&egrave;re patrie<br \/>\n\t\tUne diaspora se doit-elle d&rsquo;adopter une posture unique, qui consisterait &agrave; d&eacute;fendre envers et contre tout sa patrie d&rsquo;origine ? La r&eacute;alit&eacute; semble d&eacute;montrer le contraire, ne serait-ce qu&rsquo;en raison de la diversit&eacute; d&rsquo;opinions de ceux qui vivent &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur des fronti&egrave;res. Le plus souvent, elle se retrouve, certes, en situation de plaider en faveur de la m&egrave;re patrie. Ainsi lorsqu&rsquo;un boycott de produits alimentaires isra&eacute;liens dans la grande distribution commence &agrave; appara&icirc;tre, le Conseil repr&eacute;sentatif des institutions juives de France (Crif) monte au cr&eacute;neau, pour rappeler le caract&egrave;re ill&eacute;gal d&rsquo;une telle pratique. Mais les &ldquo;exil&eacute;s&rdquo; savent &eacute;galement se montrer individuellement ou collectivement critiques.<\/p>\n<p>\n\t\tLorsque l&rsquo;ex-pr&eacute;sident libanais Michel Aoun vient trouver refuge en banlieue parisienne, lui-m&ecirc;me comme ses proches re&ccedil;oivent un message tr&egrave;s clair des autorit&eacute;s fran&ccedil;aises : interdiction absolue de se livrer &agrave; des d&eacute;clarations publiques sur la situation int&eacute;rieure libanaise, faute de quoi l&rsquo;ancien dirigeant ne serait plus le bienvenu sur le territoire libanais. En 2008, la diaspora arm&eacute;nienne accueille plut&ocirc;t fra&icirc;chement le pr&eacute;sident Serge Sarkissian, en visite officielle en France. Motif du m&eacute;contentement, le protocole arm&eacute;no-turc en cours de signature. Une partie de la diaspora trouve qu&rsquo;il porte atteinte &agrave; la m&eacute;moire du g&eacute;nocide arm&eacute;nien. A l&rsquo;&eacute;poque, une manifestation de protestation est m&ecirc;me organis&eacute;e &agrave; Paris. Enfin, la diaspora peut aussi servir de p&eacute;pini&egrave;re pour l&rsquo;alternance politique. Les Libanais vivant en Arabie Saoudite ont vu l&rsquo;un des leurs, Rafic Hariri, devenir Premier ministre de l&rsquo;Etat avant de lancer un processus de reconstruction pour un pays marqu&eacute; par plus de deux d&eacute;cennies de guerre civile.<\/p>\n<p>\n\t\tDiplomatie parall&egrave;le<br \/>\n\t\tAu-del&agrave; des prises de position qu&rsquo;elles peuvent &ecirc;tre amen&eacute;es &agrave; prendre, le diasporas sont, le plus souvent, appel&eacute;es &agrave; jouer les interm&eacute;diaires officieux afin de faire passer des messages, ou d&eacute;bloquer des situations. &ldquo;Ni les dirigeants d&rsquo;un pays poss&eacute;dant une diaspora ni les groupes d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t s&rsquo;y mobilisant ne sont les seuls &agrave; pr&eacute;sider &agrave; ses destin&eacute;es. La diaspora s&rsquo;invite bien souvent &agrave; jouer les arbitres sans y avoir &eacute;t&eacute; n&eacute;cessairement convi&eacute;e. Parce qu&rsquo;elle est en dehors de l&rsquo;Etat certes, mais au sein de la nation, elle peut revendiquer avoir voix au chapitre lorsque le sort du pays qu&rsquo;elle a quitt&eacute; de gr&eacute; ou de force est en jeu&rdquo;, analyse l&rsquo;universitaire Yossi Shain dans Kinship and Diasporas in International Affairs.<\/p>\n<p>\n\t\tAinsi, les Irlandais r&eacute;sidant aux Etats-Unis ont us&eacute; de leur influence pour inciter Bill Clinton &agrave; s&rsquo;investir dans la recherche d&rsquo;un processus de paix en Irlande du Nord. Bien avant la signature des accords d&rsquo;Oslo de 1998, qui ont abouti &agrave; des n&eacute;gociations isra&eacute;lo-palestiniennes puis &agrave; la signature d&rsquo;accords politiques et &eacute;conomiques, des n&eacute;gociateurs issus de la diaspora juive aux Etats-Unis ou en Europe ont jou&eacute; le r&ocirc;le d&rsquo;&eacute;missaires aupr&egrave;s de l&rsquo;OLP. De son c&ocirc;t&eacute;, la diaspora mexicaine aux Etats-Unis a &oelig;uvr&eacute; aupr&egrave;s de l&rsquo;administration am&eacute;ricaine afin que les ill&eacute;gaux r&eacute;sidant aux USA se voient reconna&icirc;tre un matricula consular, document qui leur donne, &agrave; tout le moins, une existence l&eacute;gale. Une preuve si besoin est qu&rsquo;une diaspora d&eacute;velopp&eacute;e sur la base d&rsquo;une &eacute;migration &eacute;conomique peut n&eacute;anmoins avoir une influence politique.<\/p>\n<p>\n\t\tDiasporas light&nbsp;<br \/>\n\t\tL&rsquo;augmentation des flux migratoires ces derni&egrave;res ann&eacute;es a donn&eacute; une visibilit&eacute; accrue aux diasporas &agrave; travers le monde. Pour autant toutes n&rsquo;entretiennent pas avec leur m&egrave;re patrie un lien &eacute;quivalent. Au Proche-Orient, la signature des accords d&rsquo;Oslo et la mise en place d&rsquo;une administration palestinienne n&rsquo;ont pas entra&icirc;n&eacute; un retour massif de la diaspora vers Ramallah ou Gaza. Les capitaux n&rsquo;ont d&rsquo;ailleurs pas plus suivi que les hommes, &agrave; l&rsquo;exception de quelques familles comme les Al Masri qui d&eacute;tiennent aujourd&rsquo;hui le plus important holding palestinien Padico pr&eacute;sent dans l&rsquo;immobilier, le tourisme et la t&eacute;l&eacute;phonie mobile.<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;Les hommes d&rsquo;affaires de la diaspora palestinienne sont des patriotes mais il ont n&eacute;anmoins besoin de garanties lorsqu&rsquo;ils investissent&rdquo;, constate Ha&euml;l Al Faoum, ambassadeur de Palestine en France, qui regrette que &ldquo;des d&eacute;marches n&rsquo;aient pas &eacute;t&eacute; entreprises avec les &eacute;lites palestiniennes dans le monde&rdquo;. Ce manque d&rsquo;entrain tient sans doute &agrave; une forme de d&eacute;fiance des Palestiniens de la diaspora &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de l&rsquo;OLP de Yasser Arafat et de ses hommes, jug&eacute;e peu apte &agrave; exercer le pouvoir civil et soup&ccedil;onn&eacute;e de n&eacute;potisme et de corruption. Depuis l&rsquo;arriv&eacute;e au pouvoir de Mahmoud Abbas et du Premier ministre Salam Fayed, ancien du FMI, la m&eacute;fiance semble s&rsquo;&ecirc;tre dissip&eacute;e. De son c&ocirc;t&eacute;, Hal Al Faoum tente de mobiliser les Palestiniens de France en constituant des groupes d&rsquo;experts notamment dans le domaine scientifique, qui pourraient servir ainsi de conseils &agrave; l&rsquo;administration palestinienne.<\/p>\n<p>\n\t\tEn Europe comme en Afrique et aux Etats-Unis, l&rsquo;une des plus importantes diasporas est aussi la plus discr&egrave;te. Les Chinois vivant hors de l&rsquo;empire du Milieu sont &eacute;valu&eacute;s &agrave; 30 millions d&rsquo;&acirc;mes. En France, ils sont aux alentours de 900 000, arriv&eacute;s en trois vagues d&rsquo;immigration successives &agrave; partir des ann&eacute;es 50, et constituent la plus importante implantation d&rsquo;Europe. N&eacute;anmoins leur culture comme leur histoire ne les am&egrave;nent pas du tout &agrave; fonctionner comme un lobby. &ldquo;R&eacute;unir 10 000 Chinois pour une manifestation &agrave; Belleville apr&egrave;s une s&eacute;rie d&rsquo;agressions rel&egrave;ve de l&rsquo;exploit. On souffre en silence en Chine&rdquo;, explique Chenva Tieu.<\/p>\n<p>\n\t\tCe jeune patron d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; de production audiovisuelle est &eacute;galement secr&eacute;taire national de l&rsquo;UMP charg&eacute; des questions asiatiques et l&rsquo;un des rares repr&eacute;sentants des Chinois de France engag&eacute;s en politique. Il explique avant tout le peu d&rsquo;engagement des Asiatiques de France par leur culture : &ldquo;La civilisation chinoise n&rsquo;est pas dans la verticalit&eacute; de la culture occidentale. Les Chinois ne sont pas submerg&eacute;s par le quotidien.&rdquo; Une vision qui les conduit d&rsquo;abord &agrave; consid&eacute;rer leur pays d&rsquo;origine comme le lieu o&ugrave; ils pourront prendre leur retraite apr&egrave;s y avoir construit ou achet&eacute; une maison. En revanche, pas question de se m&ecirc;ler de politique ou de jouer les ambassadeurs. Pendant les &eacute;v&eacute;nements de la place Tian&rsquo;an men &agrave; P&eacute;kin, la grande majorit&eacute; des Chinois de France est rest&eacute;e dans le silence. Il est vrai qu&rsquo;il est plus facile de faire preuve d&rsquo;activisme en diaspora quand la m&egrave;re patrie est un r&eacute;gime d&eacute;mocratique. A l&rsquo;oppos&eacute;, le risque de repr&eacute;sailles d&rsquo;un pouvoir totalitaire contre la famille ou les amis rest&eacute;s au pays donne &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; plus d&rsquo;un.<\/p>\n<p>\n\t\tDiasporas en devenir<br \/>\n\t\tA l&rsquo;avenir pourtant, les diasporas pourraient &ecirc;tre amen&eacute;es &agrave; jouer un r&ocirc;le diplomatique de plus en plus important. Les migrations renforcent leur nombre tandis que les organisations internationales et les diplomaties traditionnelles ont montr&eacute; leurs limites dans bien des conflits. C&rsquo;est aujourd&rsquo;hui que les diasporas afghanes, iraniennes ou encore syriennes, en Europe comme aux Etats-Unis, ont un r&ocirc;le &agrave; jouer. Que ce soit, suivant les cas, pour consolider un r&eacute;gime ou favoriser une alternance politique. Et pour se construire en r&eacute;seau et rester connect&eacute;s, ces exil&eacute;s pourraient m&ecirc;me utiliser un r&eacute;seau social au nom pr&eacute;monitoire. Cr&eacute;&eacute; en 2010 par quatre &eacute;tudiants new-yorkais en math&eacute;matiques et pr&eacute;sent&eacute; comme une alternative &agrave; Facebook, il se nomme &ldquo;Diaspora&rdquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tPar Franck Bouaziz<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Les diasporas &nbsp; &nbsp; &nbsp; De l&rsquo;identit&eacute; &agrave; la solidarit&eacute;, du lobbying politique &agrave; l&rsquo;influence diplomatique Historiquement, elles sont n&eacute;es de la souffrance et de l&rsquo;exil de peuples qui, l&agrave; o&ugrave; ils ont &eacute;lu domicile, ont choisi de rester li&eacute;s aussi bien entre eux qu&rsquo;avec leur m&egrave;re patrie. 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