{"id":5345,"date":"2012-10-13T00:03:30","date_gmt":"2012-10-13T00:03:30","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5345"},"modified":"2012-10-13T00:03:30","modified_gmt":"2012-10-13T00:03:30","slug":"habib-kazdaghli-quand-la-victime-devient-laccuse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/habib-kazdaghli-quand-la-victime-devient-laccuse\/","title":{"rendered":"Habib Kazdaghli : Quand la victime devient l&rsquo;accus\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n\tHabib Kazdaghli : Quand la victime devient l&#39;accus&eacute;<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<p><\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tPlusieurs fois menac&eacute; et agress&eacute; physiquement dans son universit&eacute; par les groupes salafistes, Habib Kazdaghli se voit maintenant inculp&eacute; pour agression et abus d&rsquo;autorit&eacute; par le Tribunal de 1&egrave;re instance de Tunis. Il risque cinq ann&eacute;es de prison.<\/p>\n<p>\n\t\tLe doyen de la Facult&eacute; de La Manouba &eacute;tait venu le 21 mars 2012 &agrave; l&rsquo;ULB pour faire &eacute;tat des violences commises par les islamistes sur les enseignants et les &eacute;tudiants dans les universit&eacute;s tunisiennes. C&rsquo;est &agrave; cette occasion que nous l&rsquo;avions rencontr&eacute;, avant de diffuser son t&eacute;moignage sur notre site (<a href=\"http:\/\/www.cclj.be\/\">www.cclj.be<\/a>).<\/p>\n<p>\n\t\tProfesseur d&rsquo;histoire contemporaine depuis 25 ans, sp&eacute;cialiste des Juifs de Tunisie, Habib Kazdaghli a &eacute;t&eacute; nomm&eacute; doyen de la Facult&eacute; de Tunis (La Manouba) le 30 juin 2011. Son doctorat, il l&rsquo;a consacr&eacute; &agrave; l&rsquo;histoire du Parti communiste tunisien, en &eacute;tudiant les groupes ethniques, et en particulier les minorit&eacute;s au sein du parti, dans une soci&eacute;t&eacute; coloniale de 1919 &agrave; 1943. &laquo;&nbsp;Une approche anthropologique,&nbsp;en lien avec la m&eacute;moire&nbsp;&raquo;, estime celui qui voit dans les traces laiss&eacute;es par ces minorit&eacute;s et souvent perceptibles, bien qu&rsquo;absentes des manuels d&rsquo;histoire, une partie int&eacute;grante de l&rsquo;identit&eacute; tunisienne.<\/p>\n<p>\n\t\tHabib Kazdaghli anime aussi un laboratoire de recherche &laquo;&nbsp;R&eacute;gions et ressources patrimoniales de Tunisie&nbsp;&raquo; qui tente d&rsquo;identifier et de reconstituer les ressources du patrimoine&nbsp;(traces de la mythologie, lieux de m&eacute;moire, de culte&hellip;), &laquo;&nbsp;en poussant les &eacute;tudiants &agrave; relever dans leurs r&eacute;gions respectives les interactions qui se jouent lorsqu&rsquo;on y regarde de plus pr&egrave;s&nbsp;&raquo;, souligne-t-il.&nbsp;&laquo;&nbsp;Notre soci&eacute;t&eacute; peut paraitre homog&egrave;ne, mais elle entretient une sorte d&rsquo;amn&eacute;sie. La vraie identit&eacute; se d&eacute;finit par sa pluralit&eacute; et non des traits r&eacute;ducteurs qui nous entrainent vers le communautarisme, l&rsquo;ignorance, la non-reconnaissance de l&rsquo;homme, le m&eacute;pris de l&rsquo;autre et la x&eacute;nophobie&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tLes amalgames ont malheureusement la vie dure. Et les recherches de Habib Kazdaghli sur les Juifs de Tunisie lui vaudront d&rsquo;&ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme un partisan de la colonisation isra&eacute;lienne&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tProc&egrave;s d&rsquo;opinion<\/p>\n<p>\n\t\tDepuis octobre 2011, la Facult&eacute; de La Manouba vit par ailleurs une v&eacute;ritable offensive de la part des groupes salafistes qui tentent d&rsquo;imposer leur lecture ferm&eacute;e de l&rsquo;islam &agrave; toutes les sph&egrave;res de la soci&eacute;t&eacute;. &laquo;&nbsp;Depuis cinquante ans, la Tunisie connait la mixit&eacute; dans les &eacute;coles, les femmes peuvent enseigner &agrave; des gar&ccedil;ons et inversement, et toutes travaillent &agrave; visage d&eacute;couvert&nbsp;&raquo;, pr&eacute;cise Habib Kazdaghli. &laquo;&nbsp;Des groupes salafistes ont tent&eacute; par la force d&rsquo;imposer &agrave; l&rsquo;universit&eacute; le voile int&eacute;gral, et notre facult&eacute; s&rsquo;est d&eacute;fendue. Pour la libert&eacute; vestimentaire, mais aussi parce que les m&eacute;tiers de la communication que nous enseignons imposent cette exigence d&rsquo;un &eacute;change &agrave; visage d&eacute;couvert&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s s&rsquo;&ecirc;tre fait interdire l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; son bureau, d&eacute;but d&eacute;cembre, le doyen a d&eacute;cid&eacute; de fermer la Facult&eacute;. &laquo;&nbsp;Ils sont rest&eacute;s devant ma porte pendant un mois&nbsp;&raquo;, rel&egrave;ve celui qui d&eacute;plore la complaisance du gouvernement avec un parti politico-religieux qui laisse les mains libres aux groupes fanatis&eacute;s. &laquo;&nbsp;Un jeu dangereux de massacre&nbsp;&raquo;, ass&egrave;ne-t-il, en &eacute;voquant les derni&egrave;res manifestations devant l&rsquo;ambassade des Etats-Unis qui ont fait deux morts.<\/p>\n<p>\n\t\tLe 5 janvier 2012, le minist&egrave;re de l&rsquo;Int&eacute;rieur se d&eacute;cidera finalement &agrave; les chasser. R&eacute;p&eacute;tant leurs menaces, ils seront traduits devant le conseil de discipline pour infraction &agrave; la loi interne de la Facult&eacute;. Mais le 6 mars, deux filles, qui se sont vues exclues de l&rsquo;&eacute;tablissement, font irruption en niqab dans le bureau de Habib Kazdaghli, insultant le doyen et saccageant les lieux. Alors qu&rsquo;il se rend &agrave; la police pour d&eacute;poser plainte, il apprend qu&rsquo;elles en ont fait de m&ecirc;me, et que l&rsquo;une d&rsquo;elles l&rsquo;accuse de l&rsquo;avoir gifl&eacute;e au visage, certificat m&eacute;dical &agrave; l&rsquo;appui. Convoqu&eacute; d&eacute;but juillet pour &laquo;&nbsp;violence l&eacute;g&egrave;re&nbsp;&raquo; par le Tribunal de 1&egrave;re instance de La Manouba, passible d&rsquo;une amende et de quelques jours de prison, Habib Kazdaghli voit soudain son chef d&rsquo;accusation requalifi&eacute;, soulignant qu&rsquo;il a &laquo;&nbsp;utilis&eacute; sa fonction pour frapper en public&nbsp;&raquo;, ce qui lui vaut d&rsquo;&ecirc;tre passible de cinq ans de d&eacute;tention&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t\tSes avocats demandent le report du proc&egrave;s et un grand mouvement de solidarit&eacute; se met en place, dans la soci&eacute;t&eacute; civile, le monde enseignant, les syndicats tunisien, &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger aussi, chez nous, &agrave; l&rsquo;ULB. Trente avocats se portent volontaires pour le d&eacute;fendre, la Ligue des droits de l&rsquo;homme le soutient. Le doyen sera encore victime d&rsquo;un jet de pierre -heureusement sans cons&eacute;quence- dans les vitres de son bureau, et quelque 150 salafistes tenteront une nouvelle fois de le chasser&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo;&nbsp;En janvier 2011, pendant la r&eacute;volution, tout le monde &eacute;tait unanime pour revendiquer la libert&eacute;, l&rsquo;emploi.La principale demande &eacute;tait la dignit&eacute; et la d&eacute;mocratie, personne ne demandait plus d&rsquo;islam&nbsp;&raquo;,&nbsp;rappelle-t-il.&nbsp;&laquo;&nbsp;Gr&acirc;ce &agrave; la libert&eacute; de la presse, un de nos principaux acquis, &ldquo;l&rsquo;affaire de La Manouba&rdquo; est connue dans ses moindres d&eacute;tails. Je reste optimiste, car tout le monde a per&ccedil;u la manipulation &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tDevenu bien malgr&eacute; lui le symbole de la lutte pour les libert&eacute;sacad&eacute;miques, Habib Kazdaghli &laquo;&nbsp;le fondamentaliste la&iuml;que&nbsp;&raquo; comme le qualifient les salafistes, sera fix&eacute; sur son sort le 25 octobre prochain.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div>\n\tG&eacute;raldine Kamps<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Habib Kazdaghli : Quand la victime devient l&#39;accus&eacute; &nbsp; Plusieurs fois menac&eacute; et agress&eacute; physiquement dans son universit&eacute; par les groupes salafistes, Habib Kazdaghli se voit maintenant inculp&eacute; pour agression et abus d&rsquo;autorit&eacute; par le Tribunal de 1&egrave;re instance de Tunis. Il risque cinq ann&eacute;es de prison. 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