{"id":5351,"date":"2015-09-22T00:38:56","date_gmt":"2015-09-22T00:38:56","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5351"},"modified":"2015-09-21T23:36:35","modified_gmt":"2015-09-21T23:36:35","slug":"couples-tunisiens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/couples-tunisiens\/","title":{"rendered":"COUPLES TUNISIENS"},"content":{"rendered":"<p>\n\tCOUPLES TUNISIENS<\/p>\n<p>\tUne femme, &agrave; qui j&rsquo;ai donn&eacute; rendez-vous, arrive, son manuscrit sous le bras, trainant derri&egrave;re elle un mari bougon. Elle est aimable et me pr&eacute;sente paisiblement son ouvrage ; une &eacute;tude sur les influences culinaires andalouses en Tunisie. Je m&rsquo;adresse &agrave; la femme aussi bien que &agrave; son mari et leur propose de me donner un mois pour lire le manuscrit et ils prennent cong&eacute;. Son mari ne dit pas au-revoir. Je les vois par la fen&ecirc;tre palabrer pendant plus d&rsquo;un quart d&rsquo;heure. Je vois son mari gesticuler autoritairement. La femme revient me voir alors que le mari attend dehors. Elle est toute rouge et balbutie quelques excuses. Je lui tends le manuscrit sans qu&rsquo;elle me le demande, comprenant que le mari a du se poser des questions sur l&rsquo;honn&ecirc;tet&eacute; de l&rsquo;&eacute;diteur qui pourrait s&rsquo;inspirer du livre ou l&rsquo;&eacute;diter sans le consentement de l&rsquo;auteur.<\/p>\n<p>\n\t<br \/>\n\tCombien de fois ai-je accord&eacute; une entrevue dans mon bureau, &agrave; une femme qui a besoin d&rsquo;une assistance dans ses recherches, d&rsquo;exposer ses peintures ou de publier un livre, et me suis-je trouv&eacute; nez &agrave; nez avec son &eacute;poux. Il garde sa femme comme le berger ses brebis. Tandis qu&rsquo;elle m&rsquo;explique l&rsquo;objet de sa visite, il me scrute du regard, sans doute pour d&eacute;celer dans mon discours ou derri&egrave;re mon regard &agrave; sa campagne, les intentions que lui aurait pu avoir &agrave; ma place. Il arrive aussi qu&rsquo;il parle pour elle, &agrave; la premi&egrave;re personne, comme s&rsquo;il &eacute;tait elle. Un monsieur s&rsquo;&eacute;tait m&ecirc;me pr&eacute;sent&eacute; &agrave; la place de sa conjointe pour un entretien d&rsquo;embauche.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<br \/>\n\tCette mainmise sur la femme n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; interpr&eacute;t&eacute;e par moi comme une subordination. Je pense plut&ocirc;t que cette assistance forc&eacute;e doit &ecirc;tre attribu&eacute;e &agrave; la sup&eacute;riorit&eacute; de la femme et &agrave; la crainte que ressent l&rsquo;homme devant une intelligence sup&eacute;rieure.<\/p>\n<p>\n\t<br \/>\n\tEn r&eacute;fl&eacute;chissant &agrave; ce rapport de force paradoxal, je me suis pos&eacute; la question : et moi ? Je me situe o&ugrave; dans cette relation ?<\/p>\n<p>\n\t<br \/>\n\tDans la voiture, avec Fethi, j&rsquo;abordai la question du rapport homme femme dans notre soci&eacute;t&eacute; o&ugrave; l&rsquo;on pr&eacute;tend que la femme est statutairement l&rsquo;&eacute;gale de l&rsquo;homme. Mon ami Fethi, sans &ecirc;tre heureux en m&eacute;nage, fonctionne &agrave; l&rsquo;ancienne ; il n&rsquo;a pas besoin de cette autorit&eacute; bienveillante o&ugrave; l&rsquo;homme surveille sa femme active de pr&egrave;s, sous pr&eacute;texte de la prot&eacute;ger. Il a avec sa femme une stricte division des t&acirc;ches. Il subvient aux besoins et sa femme s&rsquo;occupe du march&eacute;, du m&eacute;nage et de l&rsquo;&eacute;ducation des enfants. Elle tient les clefs de la bourse et lui donne juste un argent de poche pour le transport et de quoi se payer de temps en temps un caf&eacute; ou une citronnade. A son tour, Fethi peut d&eacute;duire de mes confidences que moi et ma femme qui travaille dans l&rsquo;enseignement, bien que mari&eacute;s depuis plus de vingt ans, n&rsquo;avions jamais appris &agrave; n&eacute;gocier ce partage des t&acirc;ches et des r&ocirc;les.<br \/>\n\tPendant que nous causions, son t&eacute;l&eacute;phone sonne ; c&rsquo;est sa femme qui appelle pour lui demander comment il va, s&rsquo;il rentre d&eacute;jeuner. Avant de raccrocher, elle lui dit de faire attention &agrave; lui. Je luis fais des compliments d&rsquo;avoir une femme aussi attentionn&eacute;e. Il sent l&rsquo;envie dans mes propos et se contente de hocher la t&ecirc;te avec un air de profonde d&eacute;solation, en affirmant que, sur ce plan, sa femme s&rsquo;acquitte tr&egrave;s bien de ses devoirs.&nbsp;<br \/>\n\tJe continue &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir tout seul. Je me console en me disant qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas que les rapports conjugaux qui sont d&eacute;raisonnables. Il y a m&ecirc;me des injustices choisies au lieu d&rsquo;&ecirc;tre subies comme dans les rapports dans le couple. Voyez ces personnes comp&eacute;tentes qui sont au service de moins comp&eacute;tentes qu&rsquo;elles ; ces superbes femmes accroch&eacute;es aux griffes d&rsquo;hommes laids et parfois m&eacute;chants ; les pauvres qui d&eacute;pensent pour les riches ; un libre penseur qui r&eacute;dige les discours d&rsquo;un pi&egrave;tre politique ; un grand homme qui s&rsquo;abaisse &agrave; rendre un hommage fervent &agrave; une petite t&ecirc;te. Des personnes de talent qui assistent des imb&eacute;ciles&hellip;<\/p>\n<p>\n\t<br \/>\n\tEn observant le lendemain de tr&egrave;s bon matin, dans mon quartier, les femmes ouvri&egrave;res se rendant dans les zones industrielles, je me dis qu&rsquo;elles doivent avoir bien des soucis, que l&rsquo;enfer de gagner sa vie, qui est aussi &agrave; l&rsquo;origine de toutes les injustices, doit les atteindre plus gravement dans leurs couples que les classes un peu plus ais&eacute;es.&nbsp;<\/p>\n<p>\tLotfi Essid<\/p>\n<p>\n\tIMPRESSIONS ECRITES \/ R&eacute;alit&eacute;s 1390-2012<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>COUPLES TUNISIENS Une femme, &agrave; qui j&rsquo;ai donn&eacute; rendez-vous, arrive, son manuscrit sous le bras, trainant derri&egrave;re elle un mari bougon. Elle est aimable et me pr&eacute;sente paisiblement son ouvrage ; une &eacute;tude sur les influences culinaires andalouses en Tunisie. 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