{"id":5447,"date":"2012-10-26T21:57:07","date_gmt":"2012-10-26T21:57:07","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5447"},"modified":"2012-10-26T21:59:46","modified_gmt":"2012-10-26T21:59:46","slug":"pourquoi-ils-nous-haissent-par-mona-eltahawy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/pourquoi-ils-nous-haissent-par-mona-eltahawy\/","title":{"rendered":"Pourquoi ils nous ha\u00efssent, par Mona Eltahawy"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPourquoi ils nous ha&iuml;ssent, par&nbsp;Mona Eltahawy<\/p>\n<div class=\"story-body\">\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tAu d&eacute;but de&nbsp;<em>Distant View of a Minaret<\/em>&nbsp;[&eacute;d. Heinemann, 1983, non traduit en fran&ccedil;ais], Alifa Rifaat, auteure &eacute;gyptienne largement ignor&eacute;e et aujourd&rsquo;hui disparue, nous raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;une femme tellement indiff&eacute;rente au co&iuml;t que son mari lui impose, concentr&eacute; sur son seul plaisir, qu&rsquo;elle remarque la pr&eacute;sence d&rsquo;une toile d&rsquo;araign&eacute;e &agrave; nettoyer au plafond. Elle m&eacute;dite sur l&rsquo;attitude de son mari, qui refuse toujours de poursuivre leurs &eacute;bats pour la faire jouir elle aussi,&nbsp;<em>&ldquo;comme s&rsquo;il tenait &agrave; la priver<\/em>&nbsp;[<em>de quelque chose]&rdquo;<\/em>. De m&ecirc;me qu&rsquo;il lui refuse un orgasme, l&rsquo;appel &agrave; la pri&egrave;re interrompt soudain le sien. Le mari sort. Apr&egrave;s s&rsquo;&ecirc;tre lav&eacute;e, la femme s&rsquo;absorbe dans la pri&egrave;re &ndash;&nbsp;un acte tellement plus satisfaisant qu&rsquo;elle attend avec impatience la prochaine&nbsp;&ndash; et regarde la rue depuis son balcon. Elle interrompt sa r&ecirc;verie pour aller consciencieusement pr&eacute;parer du caf&eacute; pour son mari apr&egrave;s sa sieste. Alors qu&rsquo;elle apporte la boisson dans la chambre pour la verser sous les yeux de son mari &ndash;&nbsp;il pr&eacute;f&egrave;re&nbsp;&ndash;, elle remarque qu&rsquo;il est mort. Elle ordonne &agrave; son fils d&rsquo;aller chercher un m&eacute;decin.&nbsp;<em>&ldquo;Elle retourna au salon et se versa une tasse de caf&eacute;. Elle &eacute;tait elle-m&ecirc;me surprise par son calme&rdquo;<\/em>, &eacute;crit Alifa Rifaat.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t<strong>D&eacute;sir de libert&eacute;<\/strong>&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tEn quelques lignes, l&rsquo;auteure expose le trio que forment le sexe, la mort et la religion, et fait sauter les verrous du d&eacute;ni et de la d&eacute;fiance pour viser au c&oelig;ur la misogynie au Moyen-Orient. Soyons francs&nbsp;: ce n&rsquo;est pas parce que nous sommes libres qu&rsquo;ils nous ha&iuml;ssent, ainsi que l&rsquo;affirme le vieux clich&eacute; am&eacute;ricain post-11&nbsp;septembre. C&rsquo;est parce qu&rsquo;ils nous ha&iuml;ssent que nous ne sommes pas libres, reformule avec force cette auteure arabe. Oui, ils nous ha&iuml;ssent. Il faut le dire.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tCertains demanderont peut-&ecirc;tre pourquoi j&rsquo;aborde ce sujet aujourd&rsquo;hui alors que le Moyen-Orient s&rsquo;est soulev&eacute;, non comme d&rsquo;habitude par haine de l&rsquo;Am&eacute;rique et d&rsquo;Isra&euml;l, mais uni dans un d&eacute;sir de libert&eacute;. Apr&egrave;s tout, ne faudrait-il pas obtenir le respect des droits fondamentaux pour tout le monde avant de demander un traitement sp&eacute;cial pour les femmes&nbsp;? Et qu&rsquo;est-ce que les questions de sexe ont &agrave; voir avec le printemps arabe&nbsp;? Je ne parle pourtant pas du sexe que l&rsquo;on pratique cach&eacute; dans des coins sombres ou derri&egrave;re la porte de la chambre &agrave; coucher. Je parle d&rsquo;un syst&egrave;me politique et &eacute;conomique qui traite la moiti&eacute; de l&rsquo;humanit&eacute; comme des animaux et doit &ecirc;tre d&eacute;truit en m&ecirc;me temps que les tyrannies plus visibles qui &eacute;touffent cette r&eacute;gion et la privent d&rsquo;avenir.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tOui, les femmes ont des probl&egrave;mes partout dans le monde. Certes, les Etats-Unis n&rsquo;ont pas encore &eacute;lu de femme pr&eacute;sident et les femmes continuent d&rsquo;&ecirc;tre trait&eacute;es comme des objets dans bon nombre de pays &ldquo;occidentaux&rdquo; (je vis dans l&rsquo;un d&rsquo;entre eux). Voil&agrave; g&eacute;n&eacute;ralement la conclusion &agrave; laquelle aboutira toute conversation ayant pour sujet la haine des femmes dans les soci&eacute;t&eacute;s arabes. Mais laissons de c&ocirc;t&eacute; ce que les Etats-Unis font ou ne font pas aux femmes. Citez-moi un pays arabe et je vous &eacute;gr&egrave;nerai une litanie d&rsquo;exactions nourries par un m&eacute;lange d&eacute;l&eacute;t&egrave;re de culture et de religion que peu semblent capables de critiquer. Quand des femmes &eacute;gyptiennes qui osent s&rsquo;exprimer haut et fort [dans les manifestations] sont soumises &agrave; d&rsquo;humiliants &ldquo;tests de virginit&eacute;&rdquo;, il est temps de rompre le silence. Lorsqu&rsquo;un article du Code p&eacute;nal &eacute;gyptien affirme qu&rsquo;une femme battue par son mari<em>&nbsp;&ldquo;avec de bonnes intentions&rdquo;<\/em>ne peut pas r&eacute;clamer de dommages, au diable le politiquement correct. D&rsquo;ailleurs, de quelles &ldquo;bonnes intentions&rdquo; s&rsquo;agit-il&nbsp;? Du point de vue de la loi, elles correspondent &agrave; des coups&nbsp;<em>&ldquo;non s&eacute;v&egrave;res&rdquo;&nbsp;<\/em>ou n&rsquo;&eacute;tant&nbsp;<em>&ldquo;pas port&eacute;s directement au visage&rdquo;<\/em>.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t<strong>R&eacute;volutions de la pens&eacute;e<\/strong>&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tTout cela revient &agrave; dire que, lorsqu&rsquo;on parle du statut des femmes au Moyen-Orient, la situation n&rsquo;est pas meilleure que ce que vous pensez. Elle est bien pire. M&ecirc;me apr&egrave;s ces &ldquo;r&eacute;volutions&rdquo;, on consid&egrave;re toujours plus ou moins que tout va bien tant que les femmes sont voil&eacute;es, recluses dans leur maison, emp&ecirc;ch&eacute;es de conduire [comme en Arabie Saoudite], oblig&eacute;es de demander la permission &agrave; un homme pour voyager et contraintes d&rsquo;obtenir l&rsquo;accord d&rsquo;un homme pour se marier ou divorcer.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tPas un seul pays arabe ne figure parmi les cent premiers pays class&eacute;s par le Forum &eacute;conomique mondial dans son rapport mondial sur l&rsquo;&eacute;galit&eacute; entre les sexes. Toute la r&eacute;gion est solidement ancr&eacute;e dans les profondeurs du classement. Riches ou pauvres, nous ha&iuml;ssons tous nos femmes. J&rsquo;en viens au cas de l&rsquo;Arabie Saoudite. Non seulement parce que j&rsquo;ai d&eacute;couvert ce pays &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de 15&nbsp;ans, en plein traumatisme &ndash;&nbsp;je n&rsquo;ai pas d&rsquo;autre mot&nbsp;&ndash; f&eacute;ministe, mais aussi parce que ce royaume voue un culte &eacute;hont&eacute; &agrave; un dieu misogyne et n&rsquo;en paie jamais les cons&eacute;quences du fait du double avantage que lui conf&egrave;re la pr&eacute;sence de p&eacute;trole et de deux grands lieux saints sur son territoire, La&nbsp;Mecque et M&eacute;dine.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tDans les ann&eacute;es&nbsp;1980 et&nbsp;1990 comme aujourd&rsquo;hui, les religieux qui intervenaient &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision saoudienne &eacute;taient obs&eacute;d&eacute;s par les femmes, leurs orifices et notamment ce qui en sortait. Je n&rsquo;oublierai jamais le jour o&ugrave; j&rsquo;ai entendu que, si un b&eacute;b&eacute; gar&ccedil;on vous urinait dessus, vous pouviez prier dans les m&ecirc;mes v&ecirc;tements, mais que, si c&rsquo;&eacute;tait une fille, il fallait vous changer. Que peut-il bien y avoir dans l&rsquo;urine des filles pour vous rendre si impur&nbsp;? me demandais-je. A quel point les Saoudiens ha&iuml;ssent-ils les femmes&nbsp;? R&eacute;ponse&nbsp;: au point de laisser mourir quinze jeunes filles dans l&rsquo;incendie d&rsquo;une &eacute;cole &agrave; La&nbsp;Mecque en 2002. La &ldquo;police des m&oelig;urs&rdquo; leur avait bloqu&eacute; la sortie et avait interdit aux pompiers de leur porter secours parce qu&rsquo;elles ne portaient pas le voile et le manteau requis en public. Et apr&egrave;s, rien. Personne n&rsquo;a &eacute;t&eacute; jug&eacute;. Les parents ont &eacute;t&eacute; r&eacute;duits au silence. Seule concession &agrave; l&rsquo;horreur&nbsp;: le prince Abdallah [alors r&eacute;gent de facto] a retir&eacute; la charge de l&rsquo;&eacute;ducation des filles aux z&eacute;lotes salafistes, qui maintiennent n&eacute;anmoins une poigne de fer sur le syst&egrave;me &eacute;ducatif du royaume. L&rsquo;Arabie Saoudite n&rsquo;est pas un cas isol&eacute;, ce n&rsquo;est pas une incongruit&eacute; odieuse dans un d&eacute;sert riche et isol&eacute;. La haine des islamistes pour les femmes embrase toute la r&eacute;gion, aujourd&rsquo;hui plus que jamais.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tCelles qui ont d&eacute;fil&eacute; et manifest&eacute; au Caire ont d&ucirc; traverser le terrain min&eacute; des agressions sexuelles, qu&rsquo;elles soient le fait du r&eacute;gime, de ses laquais et parfois, malheureusement, de nos compagnons d&rsquo;insurrection. Ce jour de novembre&nbsp;2011 o&ugrave; j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; sexuellement agress&eacute;e dans la rue Mohamed Mahmoud, pr&egrave;s de la place Tahrir, par au moins quatre agents anti&eacute;meute, j&rsquo;ai auparavant &eacute;t&eacute; agress&eacute;e par un homme sur la place Tahrir elle-m&ecirc;me. Alors que nous n&rsquo;h&eacute;sitons pas &agrave; d&eacute;noncer les exactions du r&eacute;gime, lorsque nous sommes viol&eacute;es par des concitoyens, nous partons du principe qu&rsquo;ils sont des agents du r&eacute;gime ou des voyous, car nous ne voulons pas salir la r&eacute;volution.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tNos r&eacute;volutions politiques ne r&eacute;ussiront pas si elles ne s&rsquo;accompagnent pas de r&eacute;volutions de la pens&eacute;e. Nous avons besoin d&rsquo;une r&eacute;volution culturelle, sociale et sexuelle pour faire tomber les Moubarak qui r&egrave;gnent sur nos esprits et dans notre chambre &agrave; coucher. Il fut un temps o&ugrave; les islamistes occupaient la position la plus vuln&eacute;rable sur l&rsquo;&eacute;chiquier politique en Egypte et en Tunisie. Il se pourrait que ce soit &agrave; pr&eacute;sent les femmes. Comme d&rsquo;habitude.<\/p>\n<p>\t\t<strong>Mona Eltahawy<\/strong><br \/>\n\t\t<span class=\"asset-asset_embed-fullsize asset-align-none\"><object height=\"273\" width=\"485\"><embed height=\"273\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/v\/mqkoi_DUgHA\" type=\"application\/x-shockwave-flash\" width=\"485\" wmode=\"transparent\"><\/embed><\/object><\/span><\/p>\n<\/div>\n<ul class=\"story-info\">\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Pourquoi ils nous ha&iuml;ssent, par&nbsp;Mona Eltahawy &nbsp; &nbsp; Au d&eacute;but de&nbsp;Distant View of a Minaret&nbsp;[&eacute;d. Heinemann, 1983, non traduit en fran&ccedil;ais], Alifa Rifaat, auteure &eacute;gyptienne largement ignor&eacute;e et aujourd&rsquo;hui disparue, nous raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;une femme tellement indiff&eacute;rente au co&iuml;t que son mari lui impose, concentr&eacute; sur son seul plaisir, qu&rsquo;elle remarque la pr&eacute;sence d&rsquo;une&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":17436,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[21,11,253,1],"tags":[],"class_list":["post-5447","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-etats-unis","category-moyen-orient","category-soyons","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5447","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5447"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5447\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17436"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5447"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5447"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5447"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}