{"id":5555,"date":"2016-01-29T02:45:39","date_gmt":"2016-01-29T02:45:39","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5555"},"modified":"2016-02-01T01:47:49","modified_gmt":"2016-02-01T01:47:49","slug":"les-matches-de-volley-des-apres-midi-tunisiennes-par-jose-boublil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-matches-de-volley-des-apres-midi-tunisiennes-par-jose-boublil\/","title":{"rendered":"Les matches de volley des apr\u00e8s-midi tunisiennes, par Jose Boublil"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLes matches de volley des apr&egrave;s-midi tunisiennes<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tUn peu sonn&eacute; de ma longue sieste kherredinoise &agrave; 45&deg; &agrave; l&#39;ombre, je me redresse lentement pour enfiler mon short de sport.<\/p>\n<p>\tPuis, encore hagard, je trouve un T-shirt suffisamment large pour permettre &agrave; mon bras de &quot;circuler&quot; librement dans l&#39;air.<\/p>\n<p>\tEnfin, je passe des chaussettes blanches en coton, la fournaise me permettant au mieux ce doux tissu. Plus chaud que &ccedil;a,&nbsp;c&#39;est la gangr&egrave;ne assur&eacute;e. Et mes pompes &quot;Stan Smith&quot; blanches, tr&egrave;s &eacute;l&eacute;gantes et adapt&eacute;es au combat de tout &agrave; l&#39;heure: les matches de volley des apr&egrave;s-midi tunisiennes.<\/p>\n<p>\n\t<br \/>\n\t16h30 , je traine encore un peu dans l&#39;appartement. Un caf&eacute; &quot;bondin&quot; chauffe sur le gaz , pendant que je sors les p&acirc;tisseries&nbsp;&eacute;nergisantes. En effet, il faut mettre toutes les chances de mon c&ocirc;t&eacute;: les boulous ou les croquants pour les sucres lents,&nbsp;deux voire trois sucres dans mon caf&eacute;-verre pour les sucres rapides, et une citronnade maison-merci Mongia! -pour la&nbsp;Vitamine C. Tout ce rituel quotidien &eacute;tait accompagn&eacute; d&#39;un arrosage vif de mon visage et des poignets &agrave; l&#39;eau tr&egrave;s glac&eacute;e&nbsp;du robinet rouill&eacute;.<\/p>\n<p>\t16h50. Me voil&agrave; sorti en direction du terrain Olympique kherredinois: la maison de Claude, Guy et Sydney Saal, et de Monsoieur et&nbsp;Madame Saal z&quot;l, des h&ocirc;tes adorables , qui supportaient les cris ininterrompus des volleyeurs TOUS leurs &eacute;t&eacute;s, du dimanche au samedi&nbsp;durant trois mois: juillet, ao&ucirc;t, septembre.<\/p>\n<p>\tA 16h55 nous sommes devant le perron, et nous pi&eacute;tinons comme des m&ocirc;mes de 5 ans, tant nous sommes chauds de vice.<\/p>\n<p>\tMais nous connaissons la r&egrave;gle: personne ne d&eacute;range avant 17h00. Et tout le monde, m&ecirc;me les mal &eacute;lev&eacute;s la respectent, car les Saal forcent le respect&nbsp;par leur gentillesse.<\/p>\n<p>\tCa y est, 17h00, toute la bande se rue dans le grand jardin. D&eacute;j&agrave; pr&egrave;s de la moiti&eacute; des combattants sont l&agrave;. Pour des tunes, &ecirc;tre aussi&nbsp;ponctuels, &ccedil;a met tout de suite la barre tr&egrave;s haut sur la motivation, l&#39;excitation, l&#39;envie de gagner, qui anime les dingues ici pr&eacute;sents.<\/p>\n<p>\tAu fur et &agrave; mesure, les autres arrivent. Une bande de clowns , grim&eacute;s, d&eacute;guis&eacute;s, de toutes les couleurs. Shorts blancs, bleus, rouges, verts, &nbsp;maillots de bain; T-shirt ou torse nu; Chaussettes ou sans; pieds nus, savatte ou vraies chaussures de sport. Une &eacute;quipe de pieds nickel&eacute;s,&nbsp;&eacute;videmment avec des formats allant de 1m50 &agrave; 1m95. Et des niveaux depuis la maternelle du volley, jusqu&#39;&agrave; des internationaux encore en activit&eacute;.<\/p>\n<p>\tDe plus, le terrain est d&#39;environ 4m sur 4 m de chaque c&ocirc;t&eacute;, entour&eacute; de quelques ronces et palmiers tr&egrave;s piquants. Cela pour faciliter&nbsp;les termes de l&#39;accord avec le marchand de ballons: on en cr&egrave;ve un par apr&egrave;s-midi et tu nous fais une r&eacute;duc de 25%!<\/p>\n<p>\tLa r&egrave;gle est simple: tout ressemble aux matches officiels, sauf la r&egrave;gle du filet: &agrave; Kherredine, si on le touche il n&#39;y a pas faute.<\/p>\n<p>\tEt m&ecirc;me, comme la plupart du temps, si vous partez avec pour votre p&ecirc;che au mulet le point est pour vous si le ballon touche le sol du car&eacute; adverse.<\/p>\n<p>\tSans faire la liste exhaustive des participants, il me faut rappeler ceux sans qui les matches n&#39;auraient eu aucun piquant.<\/p>\n<p>\tLes Saal pour commencer, Sydney ex-joueur de comp&eacute;tition &agrave; la retraite de 1m80 ; et deux fr&egrave;res meilleurs dentistes que volleyeurs, Mon ami Claude, et&nbsp;son fr&eacute;rot Guy. En gros, il vaut mieux pour leurs patients qu&#39;ils soient meilleurs dentistes quand m&ecirc;me. A moins qu&#39;on parle de soigner le &quot;chat de la voisine&quot;.<\/p>\n<p>\tCarlo Madar z&quot;l. 15 ans de plus que la plupart des excit&eacute;s. Mais beaucoup plus excit&eacute; que toute l&#39;&eacute;quipe prise ensemble. Un caract&egrave;re de lion,&nbsp;un rare charisme, et plein d&#39;humour. C&#39;&eacute;tait l&#39;ami de tous, jeunes et vieux, et celui avec qui on avait plus de chances de gagner tant sa culture de la &quot;gagne&quot; &eacute;tait ancr&eacute;e en lui.<\/p>\n<p>\tLes rares apr&egrave;s-midi o&ugrave; Carlo n&#39;&eacute;tait pas l&agrave; (en raison d&#39;un foot plus prenant, ou d&#39;une ballade &agrave; cheval avec son jeune fils Fabio), les parties perdaient de leur piment.<\/p>\n<p>\tGilles Namer z&quot;l. 1m65 , mais la force et l&#39;&eacute;nergie d&#39;un taureau. Celui qui a, sans aucun doute, le plus &eacute;t&eacute; ami avec le filet (je le soup&ccedil;onne m&ecirc;me d&#39;avoir instaur&eacute;&nbsp;cette r&egrave;gle de ne pas tenir compte des fautes de filet). Gilles &eacute;tait dans tous les coups. Les paris, les cris, les embrassades, la &quot;chou&acirc;&quot;, les bagarres(gentilles).<\/p>\n<p>\tJe crois qu&#39;il devait jouer toutes les parties, tellement sa pr&eacute;sence &eacute;tait imposante. Et pourtant ce n&#39;&eacute;tait pas du volley acad&eacute;mique, ce jeu, mais&nbsp;&quot;Nameresque&quot;!<\/p>\n<p>\tSon complice de d&eacute;connage int&eacute;gral, de cris encore plus fort, de &quot;chou&acirc;&quot; au stade international , c&#39;&eacute;tait Laurent Bes(Laurent Besnainou pour les parisiens&nbsp;de passage ). Laurent &eacute;tait l&#39;un de ces rares cas , que la science aurait d&ucirc; examiner plus s&eacute;rieusement, dont l&#39;intelligence &eacute;tait modestement 70% &agrave; 80%&nbsp;au-dessus de la moyenne, dont les dons sportifs &eacute;taient inversement proportionnels &agrave; sa taille, 1m60,et son gabarit, l&eacute;g&egrave;rement rond. C&#39;&eacute;tait le meilleur ou presque dans TOUS les sports:&nbsp;Foot, volley, ping-pong, ski nautique, tennis(hors vrais comp&eacute;titeurs).Donc au volley, Laurent &eacute;tait chouchout&eacute; par tous pour sa qualit&eacute;, et son vice, but ultime&nbsp;des parties .Il fallait, dans ce Dallas amical, gagner mais surtout &eacute;nerver l&#39;adversaire, par un cri qui paralyse, par une &quot;carotte&quot; frustrante, par une insulte tr&egrave;s a propos&nbsp;juste apr&egrave;s le point .<\/p>\n<p>\tIl y avait les vrais joueurs: d&#39;abord mon ami Guitou Cohen z&quot;l, pur esth&egrave;te de ce sport, pur gentleman dans tous ses faits et gestes. Une cr&egrave;me d&#39;homme et un partenaire&nbsp;r&ecirc;v&eacute;, &agrave; savoir excellent, et jamais critique avec son &eacute;quipe. Michel et Gilbert ses fr&egrave;res , &eacute;galement de s&eacute;rieux num&eacute;ros. Denis Pariente z&quot;l, que j&#39;ai r&eacute;&eacute;llement&nbsp;connu lors de mes premiers contacts avec ce sport, quand j&#39;avais 11 ou 12 ans. Il &eacute;tait alors le leader de cette &eacute;quipe poussin de juifs tunes, qui commen&ccedil;ait&nbsp;ses premi&egrave;res comp&eacute;titions. Serge Chiche m&eacute;decin de son &eacute;tat, &agrave; la retraite tr&egrave;s anticip&eacute;e, devenu vendeur de chaussures. 1m85 . Un des joueurs efficaces&nbsp;et moins esth&eacute;tiques. Et encore bien d&#39;autres.<\/p>\n<p>\tEnfin, les vrais cracks: Sydney Lellouche, dit Coplan en r&eacute;f&eacute;rence au beau gosse blond des films de OSS 117 . Sydney avait &eacute;t&eacute; international en Tunisie, et attaquant de pointe&nbsp;de l&#39;&eacute;quipe de La Goulette. C&#39;&eacute;tait probablement l&#39;un des meilleurs et des plus dou&eacute;s attaquants qu&#39;il y ait jamais eu. D&#39;un &quot;calme&quot; magnifique, Sydney pouvait sans doute&nbsp;casser les piliers du filet en cas de point contest&eacute;. Ou taper la balle sur le sol pour la faire rebondir de l&#39;autre c&ocirc;t&eacute; de l&#39;avenue. Un vrai bristish en somme.<\/p>\n<p>\tEn revanche, lorsqu&#39;il gagnait il avait une belle expression pour chauffer ses adversaires, d&eacute;j&agrave; furieux: &quot;avec la langue, je te la mets&quot;..Oui, il mettait les points&nbsp;&quot;avec sa langue&quot;!<\/p>\n<p>\tBebert Sim&eacute;oni: le joueur complet par excellence. Lui aussi avait &eacute;t&eacute; un des meilleurs internationaux de l&#39;&eacute;quipe tunisienne. Il savait tous faire: d&#39;abord une passe&nbsp;de r&ecirc;ve. Un smatch dans toutes les positions, malgr&eacute; une taille handicapante &agrave; ce niveau-environ 1m75- et une tr&egrave;s grande finesse: carottes &agrave; la pelle, attaque en premi&egrave;re,&nbsp;contre tr&egrave;s efficace, etc&#8230;Inutile d&#39;expliquer que chez les Saal, il &eacute;tait sp&eacute;cialement avantag&eacute;.<\/p>\n<p>\tLe troisi&egrave;me larron: Raouf Bahri, l&#39;attaquant num&eacute;ro un de l&#39;esp&eacute;rance pendant des ann&eacute;es. Ancien internationnal fabuleux &eacute;galement, Raouf avait l&#39;un des plus beaux&nbsp;gestes que j&#39;ai vu , capable de frapper de tous les postes avec une rare &eacute;l&eacute;gance. En plus, il &eacute;tait d&#39;un fair-play que j&#39;admire chez certains grands sportifs. Et surtout,&nbsp;&agrave; la ville, il tenait une cr&egrave;perie g&eacute;niale, &agrave; deux pas d&#39;une des bo&icirc;tes de nuits &agrave; la mode de La Marsa, qui nous permettait d&#39;alterner drague, danse, et restautation innovante&nbsp;(mais &quot;pas tr&egrave;s &quot;casher !).<\/p>\n<p>\tEt puis, le plus excit&eacute; de tous, c&#39;&eacute;tait moi. D&#39;une taille immense par rapport &agrave; certains. Moins grand que Syney Lellouche ou Raouf Bahri. Compens&eacute; (un peu) par une d&eacute;tente&nbsp;travaill&eacute;e &agrave; la maison pendant des mois, au d&eacute;triment de quelques mati&egrave;res importantes. Plus nerveux que Carlo et Sydney L r&eacute;unis. Plus vicieux que Laurent Bes(et ce n&#39;est pas peu dire).<\/p>\n<p>\tLe volley &eacute;tait pour moi une religion: deux entra&icirc;nements par semaine, plus un match le dimanche. Sans ce match, j&#39;organisais m&ecirc;me avec les autres mabouls(Gilles N, Laurent,&nbsp;Serge Chiche, Charles Tibi, etc&#8230;)&agrave; Paris des paris de volley au jardin d&#39;acclimatation; parfois &agrave; 0&deg;, parfois sous une pluie diluvienne.<\/p>\n<p>\tLes parties commencent. Toutes doivent d&#39;abord pr&eacute;voir le montant du pari, puisque on n&#39;est pas l&agrave; pour rigoler. C&#39;est bien &agrave; la place du poker ou, au moins,&nbsp;de la belote que se situent ces parties. Cela met du sel, pr&eacute;pare aux influences, &agrave; l&#39;&eacute;nervement, met en condition de chaleur intense tous les opposants.<\/p>\n<p>\tHurlements &agrave; droite. Entorse. Descente du filet par &quot;agrippage&quot;. coup de poing &quot;involontaire&quot;.Pari gagn&eacute;. Ne veut pas payer. Triche. Elimination de joueurs.<\/p>\n<p>\tTout va bien, l&#39;ambiance est l&agrave;, une fois de plus. Les smatches claquent sur le sol, et rebondissent sur certaines t&ecirc;tes, ou sur le palmier&#8230;.pchchchch!!!!<\/p>\n<p>\tPuis, on reforme les &eacute;quipes, en fonction des pr&eacute;c&eacute;dents matches. Et le tournoi nous met en transe &agrave; 40&deg; vers 19h! A 19h30, extinction des feux chez les Saal. Direction&nbsp;la plage, pour un petit bain d&#39;un quart d&#39;heure-une demi-heure. Le kif absolu. Nirvana de &quot;chez tunis&quot;! Trente ou quarante personnes dans une mer tiede<\/p>\n<p>\tlaiss&eacute;e &agrave; l&#39;abandon au profit de ses meilleurs clients. Boujenah a parl&eacute; des &quot;magnifiques&quot; qu&#39;il ne connaissait pas vraiment.Mais pour nous il aurait fallu&nbsp;inventer un vocabulaire entier pour d&eacute;crire cette g&eacute;n&eacute;ration d&eacute;brid&eacute;e et g&eacute;niale. Cette &eacute;quipe de fous qui ont r&eacute;invent&eacute; les plaisirs du monde,&nbsp;qui ont permis , pendant un court moment , &agrave; la Tunisie d&#39;&ecirc;tre plus important que l&#39;Am&eacute;rique. D&#39;&ecirc;tre le mod&egrave;le de l&#39;intelligence et des jeux r&eacute;unis.<\/p>\n<p>\tPrenez par exemple Laurent. Dans un pays &quot;normal&quot;, un environnement &quot;normal&quot;, Laurent aurait pu avoir un CAP de tourneur. Mais, boost&eacute; par&nbsp;son 6&egrave; sens tunisien, qui permet de se d&eacute;passer sans toutefois en faire le moins possible, il est dentiste (et tr&egrave;s loin de son seuil d&#39;incomp&eacute;tence).<\/p>\n<p>\tLe volley fut, parmi tant d&#39;autres jeux d&#39;excit&eacute;s, un laboratoire de mesure de l&#39;&eacute;nergie, la volont&eacute;, et m&ecirc;me le vice de la g&eacute;n&eacute;ration.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tJose Boublil<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les matches de volley des apr&egrave;s-midi tunisiennes &nbsp; Un peu sonn&eacute; de ma longue sieste kherredinoise &agrave; 45&deg; &agrave; l&#39;ombre, je me redresse lentement pour enfiler mon short de sport. Puis, encore hagard, je trouve un T-shirt suffisamment large pour permettre &agrave; mon bras de &quot;circuler&quot; librement dans l&#39;air. 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