{"id":5587,"date":"2013-10-21T00:41:34","date_gmt":"2013-10-21T00:41:34","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5587"},"modified":"2013-10-21T00:33:07","modified_gmt":"2013-10-21T00:33:07","slug":"lamour-du-prochain-ne-choisit-pas-qui-aimer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lamour-du-prochain-ne-choisit-pas-qui-aimer\/","title":{"rendered":"L\u2019amour du prochain ne choisit pas qui aimer"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tL&rsquo;amour du prochain ne choisit pas qui aimer<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>\n\t\tQuoique difficile &agrave; concevoir dans la r&eacute;alit&eacute;, l&rsquo;&laquo;&nbsp;amour du prochain&nbsp;&raquo; n&eacute;cessite du c&oelig;ur mais aussi de l&rsquo;intelligence,&nbsp; comme le proposent quelques penseurs positifs.<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t\tLes philosophes posent pour principe que l&rsquo;amour du prochain s&rsquo;adresse aux humains sans exception&nbsp;: les proches, certes, mais aussi les lointains, et, plus difficile encore, les personnes qui sont indiff&eacute;rentes &agrave; notre &eacute;gard, voire hostiles. M&ecirc;me nos pires ennemis &ndash; si nous en avons &ndash; doivent &ecirc;tre compris parmi ces &laquo;&nbsp;prochains&nbsp;&raquo; englob&eacute;s dans la notion de ce qu&rsquo;on appelle l&rsquo;&laquo;&nbsp;Agap&eacute;&nbsp;&raquo;, c&rsquo;est-&agrave;-dire l&rsquo;amour spirituel, qui n&rsquo;est, selon les Grecs, ni l&rsquo;&Eacute;ros (attirance compl&egrave;te des &ecirc;tres entre eux, et pas seulement des corps), ni la &laquo;&nbsp;Philia&nbsp;&raquo; (amiti&eacute; &eacute;lective et grande estime mutuelle).&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&laquo;&nbsp;L&rsquo;amour du prochain ne choisit pas qui aimer, il aime toute l&rsquo;humanit&eacute;. Quand il fait du bien &agrave; un homme particulier, c&rsquo;est au nom de son amour pour tous les hommes&nbsp;&raquo;&nbsp;, indique le philosophe Fran&ccedil;ois Housset. On pourrait alors vite en conclure que l&rsquo;amour du prochain est une fiction, une id&eacute;e, un concept, mais qu&rsquo;il ne peut pas exister.&nbsp;Dans la perspective d&rsquo;un monde meilleur.<\/p>\n<p>\n\t\t\tCar autant il est normal d&rsquo;aimer ses proches, famille et amis, voire relations, autant il semble inconcevable d&rsquo;aimer des gens qu&rsquo;on ne conna&icirc;t pas, ou qu&rsquo;en r&eacute;alit&eacute; l&rsquo;on d&eacute;teste, soit parce qu&rsquo;ils nous d&eacute;plaisent sans qu&rsquo;on sache vraiment pourquoi, soit parce qu&rsquo;ils nous ont fait du mal, soit parce qu&rsquo;ils figurent pour quantit&eacute; de raisons, personnelles, politiques, id&eacute;ologiques, parmi nos adversaires ou m&ecirc;me nos ennemis.<\/p>\n<p>\n\t\t\tPourtant, dans la perspective d&rsquo;un monde meilleur auquel aspirent la plupart des gens, comment balayer d&rsquo;un revers de main cette injonction&thinsp;:&laquo;&nbsp;Aime ton prochain&nbsp;&raquo;&nbsp;&nbsp;qui, souligne le P.&nbsp;&Eacute;tienne Grieu, j&eacute;suite et professeur de th&eacute;ologie au Centre S&egrave;vres, &agrave; Paris,&nbsp;&laquo;&nbsp;existait d&eacute;j&agrave; dans la tradition juive&nbsp;&raquo;&nbsp;&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tPlus largement, dit-il,&nbsp;&laquo;&nbsp;la r&egrave;gle d&rsquo;or selon laquelle &lsquo;&lsquo;fais ce que tu voudrais que les autres fassent pour toi et ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu&rsquo;on te fasse&rsquo;&rsquo; est incluse dans la sagesse universelle, et on le trouve dans bien des cultures diff&eacute;rentes&nbsp;&raquo;&nbsp;. Ce qui est propre au christianisme est la radicalit&eacute; de l&rsquo;attitude de J&eacute;sus par la mani&egrave;re dont Il a v&eacute;cu l&rsquo;amour du prochain&nbsp;&laquo;&nbsp;jusqu&rsquo;&agrave; s&rsquo;exposer lui-m&ecirc;me, ce qui l&rsquo;a conduit &agrave; la croix, m&ecirc;me si des non-chr&eacute;tiens peuvent aussi aller jusque-l&agrave;&nbsp;&raquo;&nbsp;, dit le P.&nbsp;Grieu.<\/p>\n<p><\/p>\n<h2>\n\t\t\tPR&Eacute;DISPOS&Eacute;S POUR AIMER<\/h2>\n<p>\n\t\t\tLe psychologue Jacques Lecomte&nbsp;(1) se contente, lui, de croire que&nbsp;&laquo;&nbsp;nous sommes pr&eacute;dispos&eacute;s pour aimer&nbsp;&raquo;&nbsp;. En t&eacute;moignent, selon lui, des travaux contemporains en psychologie du nourrisson, en neurobiologie et en anthropologie sur les peuples premiers montrant que&nbsp;&laquo;&nbsp;les fondements de la bont&eacute; et de l&rsquo;amour p&egrave;sent davantage que ceux de la violence et de la haine&nbsp;&raquo;.&nbsp;&nbsp;Certes, les guerres et toutes les horreurs perp&eacute;tr&eacute;es par les hommes suffiraient &agrave; d&eacute;montrer le contraire. En fait, elles sont plus le fruit de pulsions et de peurs imma&icirc;tris&eacute;es puis &eacute;rig&eacute;es en syst&egrave;me que celui d&rsquo;une construction froide. Et pour peu que les humains mettent en action leurs facult&eacute;s de r&eacute;flexion et d&rsquo;intelligence, ils verront vite o&ugrave; se situe leur r&eacute;el int&eacute;r&ecirc;t.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&laquo;&nbsp;Lorsque l&rsquo;on adopte des valeurs telles que l&rsquo;empathie, la coop&eacute;ration, le respect, la confiance en l&rsquo;autre, non seulement cela change les relations interpersonnelles, mais cela a aussi un impact sur la soci&eacute;t&eacute;&nbsp;&raquo;&nbsp;, poursuit Jacques Lecomte. Un exemple illustre ce propos&nbsp;: la diff&eacute;rence entre la justice p&eacute;nale traditionnelle et la justice restaurative mettant en pr&eacute;sence sous le regard de tiers bienveillants la victime et son agresseur. Robert Cario, professeur de criminologie &agrave; l&rsquo;universit&eacute; de Pau, explique que la justice restaurative&nbsp;&laquo;&nbsp;permet de socialiser le d&eacute;sir de vengeance de la victime comme la culpabilit&eacute; de l&rsquo;infracteur, lesquels deviennent alors r&eacute;parateurs&nbsp;&raquo;.&nbsp;&nbsp;Ainsi,&nbsp;&laquo;&nbsp;elle tente de reconstruire l&rsquo;avenir en associant &agrave; la r&eacute;ponse p&eacute;nale un accompagnement psychologique et social des int&eacute;ress&eacute;s&nbsp;&raquo;&nbsp;.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tIl ajoute que la justice restaurative&nbsp;&laquo;&nbsp;r&eacute;introduit l&rsquo;humanit&eacute; apr&egrave;s le basculement psychique provoqu&eacute; par le passage &agrave; l&rsquo;acte&nbsp;&raquo;&nbsp;. Sans nier le crime qui doit &ecirc;tre puni, une telle r&eacute;ponse prend en compte la vuln&eacute;rabilit&eacute; de l&rsquo;agresseur, ce qui permet une meilleure adaptation de la sanction, une meilleure appr&eacute;hension des besoins r&eacute;els de la victime, et donc une heureuse pr&eacute;servation de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral. R&eacute;sultat&nbsp;: le taux de satisfaction des victimes, de 15 &agrave; 23&nbsp;% en justice p&eacute;nale, atteint 80 voire 100&nbsp;% en justice restaurative.<\/p>\n<p><\/p>\n<h2>\n\t\t\tUNE TH&Eacute;RAPIE UNIVERSELLE<\/h2>\n<p>\n\t\t\tLe mal engendrant automatiquement la souffrance, &laquo;&nbsp;restaurer&nbsp;&raquo; soulage toujours. L&rsquo;amour du prochain &ndash;&nbsp;comme une th&eacute;rapie universelle &ndash; vise donc &agrave; soulager l&rsquo;autre, tous les autres. Le philosophe Fran&ccedil;ois Chirpaz&nbsp;(2) insiste sur ce point&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;&Agrave; quoi cela engage-t-il&nbsp;? &Agrave; demeurer attentif &agrave; la souffrance des hommes et &agrave; leur apporter une aide selon notre comp&eacute;tence.&nbsp;&raquo;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tUne telle r&egrave;gle, selon lui,&nbsp;&laquo;&nbsp;s&rsquo;applique dans la sph&egrave;re priv&eacute;e, dans la relation singuli&egrave;re d&rsquo;une personne &agrave; une autre. Son application dans la sph&egrave;re publique est plus complexe parce qu&rsquo;elle passe par les m&eacute;diations que sont les institutions.&nbsp;&raquo;&nbsp;Mais au total, indique le philosophe,&nbsp;&laquo;&nbsp;l&rsquo;amour du prochain est toujours, d&rsquo;abord et avant tout, souci de l&rsquo;autre homme et aide concr&egrave;te dans le respect de sa libert&eacute; et de toute sa personne&nbsp;&raquo;&nbsp;. La charit&eacute; reprend ici tous ses droits.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tRestaurer, mettre en &oelig;uvre la charit&eacute; ne signifie pas pour autant faiblesse ou na&iuml;vet&eacute;&nbsp;: la philosophe et romanci&egrave;re Sylvie Germain consid&egrave;re m&ecirc;me que l&rsquo;on est&nbsp;&laquo;&nbsp;en droit d&rsquo;&eacute;prouver de l&rsquo;aversion face aux propos, aux pens&eacute;es et aux actes de son ennemi, et qu&rsquo;on a le devoir de s&rsquo;y opposer si on en a les moyens&nbsp;&raquo;&nbsp;. Cela ne doit pas emp&ecirc;cher, selon elle, de &laquo;&nbsp;continuer &agrave; prendre en consid&eacute;ration la part de myst&egrave;re de vie qu&rsquo;il rec&egrave;le, continuer &agrave; le consid&eacute;rer comme un &ldquo;autrui&rdquo; et chercher &agrave; r&eacute;tablir la justice plut&ocirc;t qu&rsquo;&agrave; exercer la vengeance&nbsp;&raquo;&nbsp;. Remarque qui rejoint &agrave; propos la notion de justice &laquo;&nbsp;restaurative&nbsp;&raquo;.&nbsp;<\/p>\n<p><\/p>\n<h2>\n\t\t\tNE PAS JUGER &Agrave; LA VA-VITE<\/h2>\n<p>\n\t\t\t&Eacute;tienne Grieu ne nie pas non plus les situations relationnelles difficiles. Dans une m&ecirc;me famille, par exemple, les agacements peuvent devenir d&eacute;vastateurs. D&rsquo;o&ugrave; la n&eacute;cessit&eacute; de s&rsquo;appuyer plut&ocirc;t sur&nbsp;&laquo;&nbsp;l&rsquo;envie de vivre des choses heureuses avec l&rsquo;autre que nous avons tous au fond de nous. Aussi, cela suppose de retrouver un chemin pour que ce d&eacute;sir puisse s&rsquo;exprimer.&nbsp;&raquo;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLes relations au travail, elles aussi, sont souvent sources de conflit. Pas question de le nier, mais l&rsquo;envisager plut&ocirc;t comme un moyen d&rsquo;&laquo;&nbsp;obliger &agrave; ce que tous les points de vue soient entendus. La bataille vaut la peine d&rsquo;&ecirc;tre livr&eacute;e, pas pour &eacute;liminer l&rsquo;autre, mais pour le retrouver.&nbsp;&raquo;&nbsp;&nbsp;Enfin, les relations agressives s&rsquo;expliquent souvent par une souffrance, indique le P.&nbsp;Grieu&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Gardons-le en t&ecirc;te et souvenons-nous qu&rsquo;on ne peut juger une personne en trois minutes.&nbsp;&raquo;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\t(1) Auteur de&nbsp;La Bont&eacute; humaine. Altruisme, empathie, g&eacute;n&eacute;rosit&eacute;&nbsp;, Odile Jacob, 2012, 400&nbsp;p., 24,20&nbsp;&euro;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t(2) Auteur de&nbsp;Dire le tragique et autres essais&nbsp;&nbsp;&raquo;, L&rsquo;Harmattan, 2010, 168p., 16&nbsp;&euro;.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\t\t&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;<\/p>\n<p>\n\t\t\tChez les Fr&egrave;res, pour le meilleur&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\t\tNathalie Nabert, sp&eacute;cialiste de litt&eacute;rature et de civilisation m&eacute;di&eacute;vales, a fond&eacute; en 1998 le Centre de recherche et d&rsquo;&eacute;tudes de spiritualit&eacute; cartusienne. &Agrave; ce titre, elle a relev&eacute; aupr&egrave;s des chartreux des faits et gestes qui en disent long sur ce que peut &ecirc;tre l&rsquo;amour du prochain entre les religieux vivant en communaut&eacute;&nbsp;: par exemple, cette sc&egrave;ne marquante du film&nbsp;Le Grand Silence&nbsp;&nbsp;de Philip Gr&ouml;ning, qui montre un vieux moine dont un fr&egrave;re masse, avec une infinie patience, le corps douloureux afin de le soulager. Nathalie Nabert souligne pourtant que&nbsp;&laquo;&nbsp;le monde monastique, comme tous les univers ferm&eacute;s, fonctionne comme une caisse de r&eacute;sonance. La moindre ride &agrave; la surface des eaux tranquilles d&rsquo;une vie de silence et de pri&egrave;re peut faire mal, tr&egrave;s mal, plus l&agrave; qu&rsquo;ailleurs car la cl&ocirc;ture emp&ecirc;che une mise &agrave; distance physique.&nbsp;&raquo;&nbsp;&nbsp;D&rsquo;o&ugrave; cet appel &agrave;&nbsp;&laquo;&nbsp;utiliser les ressources de l&rsquo;int&eacute;riorit&eacute;, de l&rsquo;humilit&eacute;, de la discr&eacute;tion, de la patience et du pardon pour vivre l&rsquo;amour du prochain&nbsp;&raquo;&nbsp;&nbsp;.<\/p>\n<div>\n\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<p>\n\tLOUIS de COURCY<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; L&rsquo;amour du prochain ne choisit pas qui aimer &nbsp; &nbsp; Quoique difficile &agrave; concevoir dans la r&eacute;alit&eacute;, l&rsquo;&laquo;&nbsp;amour du prochain&nbsp;&raquo; n&eacute;cessite du c&oelig;ur mais aussi de l&rsquo;intelligence,&nbsp; comme le proposent quelques penseurs positifs. 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