{"id":5691,"date":"2013-11-20T01:15:45","date_gmt":"2013-11-20T01:15:45","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5691"},"modified":"2013-11-20T04:52:26","modified_gmt":"2013-11-20T04:52:26","slug":"de-levinas-a-levinas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/de-levinas-a-levinas\/","title":{"rendered":"De L\u00e9vinas \u00e0 L\u00e9vinas"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDe L&eacute;vinas &agrave; L&eacute;vinas<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n\tPASCAL BACQU&Eacute;<\/div>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPauvre est la Critique &ndash; mais puissante. N&rsquo;&eacute;tait sa puissance (sans doute, la plus grande de toutes les puissances qui s&rsquo;exerce sur l&rsquo;esprit, aujourd&rsquo;hui&nbsp;; si bien que ses ravages, etc.), tous conna&icirc;traient sa pauvret&eacute; &ndash; pauvret&eacute; des r&eacute;putations qu&rsquo;elle dessine, des travaux qu&rsquo;elle entreprend, et, surtout, des perspectives, des champs de vision qu&rsquo;elle s&rsquo;autorise. Mais comme elle est puissante, ses usages ne sont pas questionn&eacute;s. D&rsquo;o&ugrave; il advient qu&rsquo;il y a des&nbsp;g&eacute;nies, des&nbsp;grands penseurs&nbsp;; et que&nbsp;g&eacute;nie, ou&nbsp;grand penseur&nbsp;n&rsquo;est pas plus r&eacute;versible, par exemple, en&nbsp;imb&eacute;cile, ou&nbsp;petit bourgeois, que&nbsp;sale bourgeois&nbsp;(nous pensons &agrave; Claudel) ne peut l&rsquo;&ecirc;tre en&nbsp;g&eacute;nie, ou&nbsp;juif&nbsp;en&nbsp;goy&nbsp;&ndash; ou&nbsp;goy&nbsp;en&nbsp;juif.<br \/>\n\tOn est un grand penseur, ou un juif, aussi irr&eacute;m&eacute;diablement qu&rsquo;on est, par exemple, normalien. Une fois que c&rsquo;est dit, c&rsquo;est chose faite. Il suffit de quelque France Culture pour s&rsquo;en persuader&nbsp;: un&nbsp;nom de gloire, pour parler comme Ren&eacute; L&eacute;vy, ce n&rsquo;est pas une v&eacute;rit&eacute;, c&rsquo;est un rituel. C&rsquo;est donc autrement plus s&eacute;rieux ou contraignant qu&rsquo;une v&eacute;rit&eacute;.<br \/>\n\tBien s&ucirc;r, il y a des critiques qui&nbsp;commettent&nbsp;des gestes de libert&eacute;&nbsp;; qui tentent de d&eacute;boulonnage, le soup&ccedil;on, ou autres op&eacute;rations comparables. Mais, embarqu&eacute;s sur le paquebot de la critique, ils ne feront pas que le nom de gloire n&rsquo;en est pas un&nbsp;; il le serviront, n&eacute;gativement, voil&agrave; tout &ndash; tant il est vrai que le paquebot, d&eacute;sert, se limite &agrave; la trompe, et que la trompe s&rsquo;acharne &agrave; sonner dans la brume, pour &eacute;grainer dans sa r&eacute;citation des noms de gloire les rep&egrave;res d&rsquo;une socialit&eacute; qui s&rsquo;&eacute;gare, depuis que la religion n&rsquo;y joue plus &agrave; &ecirc;tre le phare.<\/p>\n<p>\n\tApr&egrave;s avoir longuement h&eacute;sit&eacute; (on le comprend&nbsp;!) l&rsquo;universit&eacute;, l&rsquo;un de ses rabatteurs, a accord&eacute; &agrave; L&eacute;vinas le nom de gloire. D&egrave;s lors, l&rsquo;arm&eacute;e des petites mains de la critique s&rsquo;est &eacute;branl&eacute;e, et voici que le visage se r&eacute;pand, parmi les &eacute;chantillons directement utilisables des postures admissibles de la pens&eacute;e &ndash; tant il est vrai que la pens&eacute;e n&rsquo;est qu&rsquo;exceptionnellement autre chose qu&rsquo;une posture, partant &eacute;changeable avec les &eacute;tiquettes vestimentaires ou politiques. Commis dans le grand tout, le nom de L&eacute;vinas a servi un temps &agrave; pencher avec sollicitude&nbsp;l&rsquo;homo intellectualissur le Juif en tant qu&rsquo;il ose encore se dire talmudiste&nbsp;; cela &eacute;tait requis par l&rsquo;apr&egrave;s-guerre. Puis, se r&eacute;pandant, comme la cr&egrave;me solaire s&rsquo;&eacute;tale et fond sous les rayons, le nom de gloire all&eacute; plus loin, du fait des solutions &eacute;thiques qu&rsquo;il proposait, et l&rsquo;on a &eacute;t&eacute; pri&eacute; de le d&eacute;gager vite et bien de toute cette regrettable &eacute;trang&eacute;it&eacute; &agrave; sa t&acirc;che primordiale&nbsp;: aider un Christianisme suppos&eacute;ment abattu, et en v&eacute;rit&eacute;, comme toujours, m&eacute;tamorphos&eacute;, &agrave; pers&eacute;v&eacute;rer dans son &ecirc;tre. Voil&agrave; comment L&eacute;vinas devient la chose, pour dire vite, des&nbsp;penseurs-T&eacute;l&eacute;rama.<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est pourquoi, apr&egrave;s&nbsp;Le Visage continu&nbsp;de Benny L&eacute;vy, le livre de Gilles Hanus&nbsp;&Eacute;chapper &agrave; la philosophie, nous para&icirc;t accomplir un geste d&rsquo;une toute autre nature.<br \/>\n\tCertes, en tant qu&rsquo;il est un livre sur L&eacute;vinas, il s&rsquo;additionne &agrave; la liste des autres, qui dans toute leur alt&eacute;rit&eacute; n&rsquo;en sont pas moins une clique, distingu&eacute;e et critique, mais clique quand m&ecirc;me &ndash; la clique l&eacute;vinassienne. Cela revient &agrave; dire que, puisque Gilles Hanus a publi&eacute; ce livre, et qu&rsquo;il se trouve donc dans les librairies aux rayons&nbsp;Nouveaut&eacute;s philo, il se peut qu&rsquo;il en entretienne la docilit&eacute;, par exemple estudiantine, &agrave; cet avatar du nom de gloire qui s&rsquo;appelle L&eacute;vinas.<\/p>\n<p>\n\tEt pourtant&nbsp;: le travail entrepris par Hanus est tout autre. Tr&egrave;s exactement, il d&eacute;fait L&eacute;vinas de son nom de gloire. Il regarde une pens&eacute;e, un itin&eacute;raire philosophique, bref, un homme, exactement comme un ami regarde un ami, si Proust a tort (il a tort) et qu&rsquo;une pareille aventure est possible&nbsp;; ou exactement comme un&nbsp;haver, un partenaire d&rsquo;&eacute;tude talmudique, regarde un&nbsp;haver&nbsp;; c&rsquo;est-&agrave;-dire qu&rsquo;il s&rsquo;accroche &agrave; lui, qu&rsquo;il ne le l&acirc;che pas qu&rsquo;il lui ait fait rendre gorge de tout ce qu&rsquo;il gardait&nbsp;en travers. Cette fa&ccedil;on de faire serait jug&eacute;e discourtoise, et contraire aux usages universitaires, si ce livre &eacute;tait celui d&rsquo;un universitaire. C&rsquo;est comme si, par exemple, on se mettait &agrave; d&eacute;cr&eacute;ter qu&rsquo;on n&rsquo;est pas normalien pour la vie, vous vous rendez compte&nbsp;? S&rsquo;il fallait que les universitaires repassent tous les trois ans le concours de Normale pour pouvoir pr&eacute;tendre &agrave; leur brevet d&rsquo;intelligence&nbsp;? C&rsquo;est &agrave; cette &eacute;preuve que Gilles Hanus pousse le pauvre L&eacute;vinas, qui n&rsquo;est plus le nom de gloire d&rsquo;un&nbsp;grand penseur, mais le nom d&rsquo;un petit juif saisi au tribunal de l&rsquo;&eacute;tude, et dont il d&eacute;couvre successivement les moments de vigueur, les moments de faiblesse, les moments de mauvaise foi&hellip; et les moments de g&eacute;nie. Belle asc&egrave;se&nbsp;: Hanus, pas un moment, ne travaille pour son nom propre &ndash; d&egrave;s lors, le haver ne fait jamais&nbsp;le malin, ne tire jamais son &eacute;pingle du jeu. Belle d&eacute;licatesse, belle &eacute;thique, belle amiti&eacute;&nbsp;: il n&rsquo;est jamais question d&rsquo;un autre que L&eacute;vinas&nbsp;; mais il y a des degr&eacute;s de pudeur et de d&eacute;licatesse qui ne passent pas la rampe, pr&eacute;cis&eacute;ment parce qu&rsquo;ils ne se voient pas&nbsp;: M. Hanus, rassurez-vous, vous n&rsquo;en tirerez aucun avantage&nbsp;!<br \/>\n\tTant mieux, est-on tent&eacute; de dire. Le contraire e&ucirc;t &eacute;t&eacute; suspect.<\/p>\n<p>\n\tIl n&rsquo;est pas question ici d&rsquo;&eacute;tudier la structure du livre, et de rendre compte de la progression m&eacute;thodique qu&rsquo;il entreprend dans l&rsquo;&oelig;uvre de L&eacute;vinas&nbsp;; il est seulement question de t&eacute;moigner, pour ceux qui, las du nom de gloire, las de la critique, ont n&eacute;anmoins quelque rapport avec l&rsquo;aventure de L&eacute;vinas, ou, pour reprendre l&rsquo;expression de Hanus, son mouvement de pens&eacute;e. Car c&rsquo;est bien &agrave; ce&nbsp;mouvement de pens&eacute;e, c&rsquo;est-&agrave;-dire &agrave; cette instabilit&eacute;, qu&rsquo;on v&eacute;rifie que L&eacute;vinas est proprement juif. Pour le meilleur et pour le pire.<\/p>\n<p>\n\tLe meilleur&nbsp;: &eacute;trangement, il appara&icirc;t dans les premiers chapitres, dans ceux qui dessinent la figure d&rsquo;un jeune Levinas, qui d&eacute;couvre dans &laquo;&nbsp;l&rsquo;&eacute;preuve de la pens&eacute;e&nbsp;&raquo; au temps de l&rsquo;hitl&eacute;risme, dans &laquo;&nbsp;Ma&iuml;monide et Aristote&nbsp;&raquo; ou dans la &laquo;&nbsp;Fin de l&rsquo;histoire&nbsp;&raquo;, le continent de la pens&eacute;e talmudique&nbsp;; pour un occidental (qu&rsquo;il &eacute;tait presque&nbsp;alors), c&rsquo;est une Atlantide&nbsp;; mais pour le Juif (qu&rsquo;il redevient), c&rsquo;est l&rsquo;oc&eacute;an, l&rsquo;oc&eacute;an du Talmud o&ugrave; l&rsquo;on navigue encore et toujours, et o&ugrave; l&rsquo;on n&rsquo;a jamais cess&eacute; de naviguer. L&agrave;, L&eacute;vinas est proprement, int&eacute;gralement&nbsp;messianique&nbsp;: ce mot, encore insupportable et scandaleux aux oreilles occidentales, est le seul authentique synonyme de juif &ndash; autrement dit r&eacute;v&egrave;le le surplus de sens qu&rsquo;un signifiant garde aupr&egrave;s du signifi&eacute;. Messianique, non pas ab&acirc;tardi par les fum&eacute;es et les obscurit&eacute;s, sombres non-dits, marxiennes ou h&eacute;g&eacute;liennes&nbsp;; non pas ce messianisme du&nbsp;rapt&nbsp;de l&rsquo;id&eacute;e de Messie, du casse des philosophes dans la maison d&rsquo;&eacute;tude, men&eacute; plus ou moins sans avoir l&rsquo;air d&rsquo;y toucher.<br \/>\n\tMessianique&nbsp;: lib&eacute;rateur&nbsp;; nous lib&eacute;rant des cat&eacute;gories de pens&eacute;e de l&rsquo;Occident, en tant qu&rsquo;elles sont mortif&egrave;res&nbsp;; r&eacute;v&eacute;lant du lieu m&ecirc;me de l&rsquo;Occident qu&rsquo;il subissait la figure ma&iuml;monidienne, en tant qu&rsquo;elle est vivifiante. Messianique&nbsp;: proprement en guerre contre l&rsquo;Occident. Mais en guerre juive &ndash; en guerre d&rsquo;intelligence. Une guerre dont la seule vraie issue, contrairement &agrave; toutes les guerres, est la paix.<br \/>\n\tToute autre guerre n&rsquo;est pas juive.<\/p>\n<p>\n\tLe pire&nbsp;: dans la pens&eacute;e de l&rsquo;Universel, Hanus nous montre l&rsquo;effondrement de L&eacute;vinas dans les contradictions, depuis la mont&eacute;e en puissance d&rsquo;une pens&eacute;e de l&rsquo;universel d&rsquo;exception, sous le nom de noahique, jusqu&rsquo;&agrave; sa chute dans la pens&eacute;e du droit naturel, dans la servilit&eacute; donc &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des cat&eacute;gories occidentales. Remarquable moment o&ugrave; nous voyons le petit juif s&rsquo;&eacute;crouler. De vivifiante, l&rsquo;aventure l&eacute;vinassienne devient sourdement m&eacute;lancolique, compromise, mensong&egrave;re.<\/p>\n<p>\n\tPlus loin, encore, dans les tr&eacute;fonds&nbsp;: la critique de L&eacute;vinas de la litt&eacute;rature, au nom du Sens&eacute; biblique, et de l&rsquo;interdit des images. O&ugrave; nous voyons L&eacute;vinas embrayer le pas de Val&eacute;ry, grand ma&icirc;tre en fausses v&eacute;rit&eacute;s, qui disait que &laquo;&nbsp;Les Juifs n&rsquo;ont pas d&rsquo;art&nbsp;&raquo;. Qu&rsquo;avons-nous l&agrave;&nbsp;? Qu&rsquo;on nous pardonne&nbsp;! On a l&agrave; un bon bourgeois synagogal du XVIe arrondissement, qui se croit savant en transformant la deuxi&egrave;me parole du D&eacute;calogue en injonction dogmatique et simplificatrice &agrave; ne pas faire de la litt&eacute;rature. D&eacute;noncer le paganisme de la litt&eacute;rature, c&rsquo;est certes un traitement de choc qu&rsquo;on voudrait faire subir &agrave; la d&eacute;testable engeance des journalistes litt&eacute;raires&nbsp;! Bien entendu, cette litt&eacute;rature ogresque, qu&rsquo;on institue faute de mieux &agrave; la place de Dieu, et qui cl&ocirc;t sur elle-m&ecirc;me tout l&rsquo;humain qu&rsquo;elle a charg&eacute; quelques monstres de d&eacute;vorer, est une idole, qui m&eacute;rite le marteau abrahamique&nbsp;! Mais un homme messianique ne peut s&rsquo;en prendre &agrave; une si pitoyable singerie. Car sit&ocirc;t qu&rsquo;il a dit sa critique, certes, les vestales sont d&eacute;nonc&eacute;es, et bonnes pour l&rsquo;inesp&eacute;r&eacute;&nbsp;recyclage&nbsp;; mais quel grand po&egrave;te a-t-il attaqu&eacute;&nbsp;? Que n&rsquo;a-t-il dit, au contraire, ce qu&rsquo;avait de proprement juif, oui, le moment de beaut&eacute; o&ugrave; le po&egrave;te se lib&egrave;re de la litt&eacute;rature, seul moment qui vaille la peine dans l&rsquo;&oelig;uvre du po&egrave;te&nbsp;? De tout grand po&egrave;te&nbsp;? Que n&rsquo;a-t-il dit que tout grand artiste, en tant qu&rsquo;il traduit ce&nbsp;dehors de monde&nbsp;(par-del&agrave; lui) dont il fait consister l&rsquo;&ecirc;tre juif, est, dans une certaine mesure, un juif&nbsp;?<br \/>\n\tUn bon bourgeois synagogal n&rsquo;aura pas de fils po&egrave;te.<br \/>\n\tLes autres non plus, d&rsquo;ailleurs.<br \/>\n\tMais un bon bourgeois synagogal n&rsquo;est pas un juif messianique. Quant aux autres&hellip;<\/p>\n<p>\n\tQu&rsquo;est-ce &agrave; dire, en d&eacute;finitive&nbsp;? Que, pour tel consommateur exclusif de noms de gloire, autrement dit d&rsquo;ouvrages critiques, L&eacute;vinas est &agrave; moiti&eacute; d&eacute;boulonn&eacute;, et notre lecteur d&eacute;boussol&eacute;&nbsp;? Soit. Mais ce n&rsquo;est pas le geste de Gilles Hanus. Il n&rsquo;a pas tap&eacute; sur une chose, faite de bois, de pierre, de marbre ou de papier. Il n&rsquo;a pas tap&eacute; sur une idole. Il a parl&eacute; &agrave; un homme &ndash; certes mort, sinon qu&rsquo;il est encore vivant, qu&rsquo;il le para&icirc;t, tout au moins, &agrave; travers ses livres. C&rsquo;est &agrave; un L&eacute;vinas vivant, tant&ocirc;t exaltant, tant&ocirc;t d&eacute;cevant&nbsp;; &agrave; un L&eacute;vinas inachev&eacute;, &agrave; un L&eacute;vinas ambigu que Gilles Hanus, avec une honn&ecirc;tet&eacute; sans faille, a offert un miroir, pour continuer le dialogue.<\/p>\n<p>\n\tCar il faut le continuer. L&eacute;vinas, avant la guerre, apr&egrave;s la guerre, est la bonne surprise du peuple juif. Il d&eacute;couvre, de l&rsquo;int&eacute;rieur de l&rsquo;intellectualit&eacute; occidentale, son aveugle monstruosit&eacute;, et le dehors qui lui r&eacute;pond dans la &laquo;&nbsp;haute science talmudique.&nbsp;&raquo; D&eacute;couverte qu&rsquo;il a faite, sans aucun doute,&nbsp;&agrave; l&rsquo;occasion de l&rsquo;hitl&eacute;risme, et de sa &laquo;&nbsp;philosophie&nbsp;&raquo;. Bonne nouvelle, n&rsquo;en d&eacute;plaise aux gnostiques pantelants qui crient tr&egrave;s fort, apr&egrave;s L&eacute;vinas d&rsquo;ailleurs, au mal absolu&nbsp;: du mal, L&eacute;vinas a su tirer un bien. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;Hitler,&nbsp;qui l&rsquo;a obtenu &agrave; tant d&rsquo;&eacute;gards, malgr&eacute; la d&eacute;faite militaire, n&rsquo;a pas eu le dernier mot. N&eacute;gociant avec l&rsquo;Occident, donc avec Hitler, comme un Schindler de l&rsquo;esprit, L&eacute;vinas a sauv&eacute;&nbsp;de l&rsquo;&acirc;me juive&nbsp;; mieux, il a en secret, pour lui et quelques uns qui s&rsquo;adonn&egrave;rent alors gr&acirc;ce &agrave; lui &agrave; l&rsquo;&eacute;tude talmudique, il a gagn&eacute; la guerre entre Hitler et le Talmud. Il &eacute;tait moins une (quand bien m&ecirc;me l&rsquo;horloge n&rsquo;aurait jamais sonn&eacute;, il fallait bien qu&rsquo;un homme se d&eacute;vou&acirc;t pour en d&eacute;faire les ressorts.)<\/p>\n<p>\n\tCette victoire admirable le fait &agrave; tout jamais pr&eacute;cieux &agrave; nos c&oelig;urs. Mais qu&rsquo;apr&egrave;s cela, au prix d&rsquo;ann&eacute;es pass&eacute;es trop longuement, comme c&rsquo;est si souvent le cas dans la vie, &agrave; rester en soi-m&ecirc;me, le merveilleux vainqueur ait mu&eacute; en un respectable &eacute;thicien, tout &agrave; fait accord&eacute; &agrave; la tapisserie des grands Mots d&rsquo;Ordre, que nous reste-t-il &agrave; lui dire&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\tQu&rsquo;apr&egrave;s vous, M. L&eacute;vinas, il reste tout &agrave; faire. Aller plus loin que vous&nbsp;; beaucoup plus loin que cette d&eacute;couverte &eacute;merveill&eacute;e&nbsp;; il reste &agrave; rendre compte de l&rsquo;&eacute;tendue, de la puissance surabondante de cette haute science talmudique&nbsp;; de son incroyable nouveaut&eacute;, qui fait passer tous les modernes pour d&rsquo;affreux pitres. Tant pis pour les z&eacute;lotes&nbsp;; il n&rsquo;ont jamais cherch&eacute; autre chose que des figures de procuration, qui vivraient &agrave; leur place. L&eacute;vinas s&rsquo;est arr&ecirc;t&eacute; trop t&ocirc;t&nbsp;; il n&rsquo;est pas all&eacute; assez loin&nbsp;; L&eacute;vinas, g&eacute;nie, fut aussi un penseur limit&eacute;&nbsp;; il a n&eacute;anmoins pour lui, pour faire &eacute;cho au merveilleux dernier chapitre du livre, l&rsquo;existence chabatique.<br \/>\n\tCar de L&eacute;vinas &agrave; L&eacute;vinas, il n&rsquo;y a pas une idole litt&eacute;raire, ou philosophique, comme celle de quelque Blanchot&nbsp;; il y a une existence qui, d&eacute;barrass&eacute;e des scrupules bourgeois, jouissait, jouit, et jouira de la vie &ndash; sans limite.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&Eacute;chapper &agrave; la philosophie, Gilles Hanus, Verdier, octobre 2012, 192 pages, 15,50 &euro;,&nbsp;ISBN : 978-2-86432-699-1<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; De L&eacute;vinas &agrave; L&eacute;vinas &nbsp; PASCAL BACQU&Eacute; &nbsp; Pauvre est la Critique &ndash; mais puissante. N&rsquo;&eacute;tait sa puissance (sans doute, la plus grande de toutes les puissances qui s&rsquo;exerce sur l&rsquo;esprit, aujourd&rsquo;hui&nbsp;; si bien que ses ravages, etc.), tous conna&icirc;traient sa pauvret&eacute; &ndash; pauvret&eacute; des r&eacute;putations qu&rsquo;elle dessine, des travaux qu&rsquo;elle entreprend, et, surtout,&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":17552,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[23,1],"tags":[],"class_list":["post-5691","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5691","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5691"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5691\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17552"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5691"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5691"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5691"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}