{"id":5725,"date":"2012-12-11T17:10:53","date_gmt":"2012-12-11T17:10:53","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5725"},"modified":"2012-12-11T17:10:53","modified_gmt":"2012-12-11T17:10:53","slug":"ceremonie-du-70e-anniversaire-de-la-rafle-des-juifs-de-tunisie-au-memorial-de-la-shoah-disco","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/ceremonie-du-70e-anniversaire-de-la-rafle-des-juifs-de-tunisie-au-memorial-de-la-shoah-disco\/","title":{"rendered":"C\u00e9r\u00e9monie du 70e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunisie au M\u00e9morial de la Shoah &#8211; Discours de Claude Nataf"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tC&eacute;r&eacute;monie du 70e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunisie au M&eacute;morial de la Shoah<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\t\tDimanche 9 d&eacute;cembre 2012, le pr&eacute;sident du CRIF Richard Prasquier a pris part &agrave; la c&eacute;r&eacute;monie du 70e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunisie, organis&eacute;e par la Soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;Histoire des Juifs de Tunisie au M&eacute;morial de la Shoah &agrave; Paris. A la suite de ce texte le discours de Claude Nataf.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t\tParmi les nombreuses personnalit&eacute;s, on notait la pr&eacute;sence du Grand Rabbin de France Gilles Bernheim, de Dominique Bertinotti, ministre d&eacute;l&eacute;gu&eacute;e charg&eacute;e de la Famille, du maire de Paris Bertrand Delano&euml;, de repr&eacute;sentants des Minsitres de la D&eacute;fense et des Anciens Combattants, de la Consule g&eacute;n&eacute;rale d&#39;Isra&euml;l, de Danielle Hoffman Rispal, d&eacute;put&eacute;e de Paris et pr&eacute;sidente du groupe d&rsquo;amiti&eacute; France-Isra&euml;l &agrave; l&rsquo;Assembl&eacute;e nationale, des d&eacute;put&eacute;es des Fran&ccedil;ais de l&#39;Etranger Pouria Amishahi et Daphna Poznanski-Benhamoun, de Fran&ccedil;ois Gouyette, ambassadeur de France en Tunisie, de Jo&euml;l Mergui, pr&eacute;sident du Consistoire central isra&eacute;lite de France et de Roger Bismuth, pr&eacute;sident de la communaut&eacute; juive de Tunisie. L&#39;Ambassade de Tunisie &agrave; Paris n&#39;&eacute;tait pas repr&eacute;sent&eacute;e cette ann&eacute;e, malgr&eacute; une tradition ininterrompue depuis 1997.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCi-apr&egrave;s le discours prononc&eacute;, &agrave; la suite des traditionnels d&eacute;p&ocirc;ts de gerbes, par Claude Nataf, pr&eacute;sident de la SHJT&nbsp;:<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tMe voici une nouvelle fois, investi du redoutable honneur de m&rsquo;exprimer, alors que tout en ce lieu invite au recueillement, &agrave; la pri&egrave;re, au silence. En apercevant ici le visage d&rsquo;&Eacute;lisa, ma petite-fille, &acirc;g&eacute;e de six ans, je me souviens qu&rsquo;au m&ecirc;me &acirc;ge, &agrave; Tunis le 9 d&eacute;cembre 1950 j&rsquo;assistais aux c&ocirc;t&eacute;s de mon grand-p&egrave;re &agrave; la comm&eacute;moration de la journ&eacute;e du 9 d&eacute;cembre 1942.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tAlors je ressens le devoir de transmettre, le devoir de rappeler, donc l&rsquo;obligation de parler. Devoir de croyant fid&egrave;le au commandement biblique ZAKHOR SOUVIENS TOI, devoir d&rsquo;historien, car si l&rsquo;historien &eacute;crit l&rsquo;histoire &agrave; partir de recherches conduites et v&eacute;rifi&eacute;es selon des r&egrave;gles scientifiques, il &eacute;crit selon la belle formule d&rsquo;H&eacute;rodote &laquo; pour emp&ecirc;cher que le pass&eacute; des hommes s&rsquo;efface avec le temps &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe 8 novembre 1942 tandis que les forces alli&eacute;es d&eacute;barquent en Alg&eacute;rie et au Maroc, les forces de l&rsquo;Axe envahissent la Tunisie. C&rsquo;est sur le sol tunisien que les forces am&eacute;ricaines m&egrave;nent leur premier combat contre l&rsquo;Axe, que l&rsquo;Arm&eacute;e d&rsquo;Afrique condamn&eacute;e par Vichy &agrave; l&rsquo;immobilit&eacute; depuis juin 1940 reprend&nbsp; le combat et a fait sa jonction avec les Forces Fran&ccedil;aises Libres de De Gaulle qui n&rsquo;avaient jamais d&eacute;pos&eacute; les armes.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tParmi&nbsp; les forces de l&rsquo;Axe un commando S.S. A sa t&ecirc;te le Colonel Rauff, ami du sinistre Reinhard Heydrich. En 1941 il est responsable technique des commandos d&rsquo;extermination les Einsatzgruppen qui op&egrave;rent sur le Front de l&rsquo;Est. C&rsquo;est lui qui met au point les camions &agrave; gaz, v&eacute;ritables chambres &agrave; gaz mobiles. En 1942 il est envoy&eacute; &agrave; Ath&egrave;nes avec mission dans la perspective de la victoire alors probable de Rommel de p&eacute;n&eacute;trer en &Eacute;gypte et en Palestine &agrave; la suite des arm&eacute;es et d&rsquo;y liquider les Juifs. La d&eacute;faite de Rommel poursuivi par la 8&egrave;me arm&eacute;e britannique et la Division Fran&ccedil;aise Libre de&nbsp; Koenig propulse Rauff &agrave; Tunis en novembre 1942. &Agrave; d&eacute;faut des Juifs d&rsquo;&Eacute;gypte et de Palestine, il&nbsp; va s&rsquo;occuper des Juifs de Tunisie.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tManquant de moyens, il incite d&rsquo;abord la population musulmane au pillage et au massacre des Juifs. Mais la sagesse des chefs de la communaut&eacute; musulmane et la longue cohabitation entre les Juifs et les Musulmans font &eacute;chouer la r&eacute;alisation de cet horrible projet. Il me plait de rappeler la d&eacute;claration du Bey Moncef qui r&eacute;gnait alors sur la Tunisie assurant &laquo; que les Juifs comme les Musulmans &eacute;taient ses enfants &raquo; et d&rsquo;exprimer au Prince Fay&ccedil;al Bey qui repr&eacute;sente ici la famille husseinite l&rsquo;hommage de notre reconnaissance.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe 9 d&eacute;cembre, il y a 70 ans jour pour jour, Rauff entre&nbsp; lui-m&ecirc;me en action. Il pleut abondamment ce jour-l&agrave; sur Tunis. Le ciel est noir. Rauff avec ses S.S. envahit la Synagogue de l&rsquo;Avenue de Paris orgueil de la Communaut&eacute;. C&rsquo;est l&rsquo;heure de la pri&egrave;re. Les S.S. tirent &agrave; la mitraillette, d&eacute;truisent le mobilier, profanent les rouleaux sacr&eacute;s de la Torah, d&eacute;chirent les livres de pri&egrave;re et se saisissent de tous les assistants sans distinction d&rsquo;&acirc;ge ou d&rsquo;&eacute;tat : des vieillards, des infirmes, le rabbin, des enfants. Dans l&rsquo;Avenue de Paris, renseign&eacute;s par quelques auxiliaires locaux, les S.S. arr&ecirc;tent tous les Juifs qui passent.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tC&rsquo;est la Rafle, c&rsquo;est la Rafle &agrave; Tunis, comme &agrave; Varsovie, comme en juillet 1942 &agrave; Paris.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tUne autre Rafle a lieu aux abords de l&rsquo;&Eacute;cole de l&rsquo;Alliance Isra&eacute;lite rue Malta Srira.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCent personnalit&eacute;s juives appartenant aux professions lib&eacute;rales et intellectuelles, aux milieux d&rsquo;affaires, sont incarc&eacute;r&eacute;es &agrave; la prison militaire, otages vou&eacute;s &agrave; &ecirc;tre fusill&eacute;s selon les caprices de l&rsquo;occupant.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tPr&egrave;s de 5.500 Juifs de 17 &agrave; 30 ans furent conduits dans des camps de travail et soumis &agrave; un r&eacute;gime contraire &agrave; tous les droits de la personne humaine<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLongtemps ces faits ont &eacute;t&eacute; peu connus. Nos p&egrave;res n&rsquo;ont pas racont&eacute; leurs souffrances parce que les souffrances des Juifs d&rsquo;Europe ont &eacute;t&eacute; telles qu&rsquo;ils ont eu une sorte de pudeur &agrave; parler des leurs.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tNous entrons aujourd&rsquo;hui dans une p&eacute;riode qui est celle des&nbsp; derniers t&eacute;moins.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tIl est temps de donner la parole &agrave; ces derniers t&eacute;moins, car bient&ocirc;t nous serons seuls pour en perp&eacute;tuer la m&eacute;moire. Gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;appui de Serge Klarsfeld et au concours de la Fondation pour la M&eacute;moire de la Shoah, j&rsquo;ai r&eacute;cemment publi&eacute; un livre contenant des r&eacute;cits de ceux qui avaient alors 20 ans.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCertains sont ici et interviendront&nbsp; lors de la rencontre d&rsquo;historiens cet apr&egrave;s-midi. Permettez-moi de lire ici quelques extraits :<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tAlors &acirc;g&eacute; de 16 ans, rafl&eacute; le 9 d&eacute;cembre devant la Grande Synagogue, Gilbert Habib devenu plus tard Rabbin de Valence nous dit : &laquo; Nous f&ucirc;mes contraints de faire une marche de 60 kilom&egrave;tres sous la pluie, dans le froid et dans la boue. &Agrave; chaque tentative de ralentir, les coups de pied et de cravache s&rsquo;abattaient sur nous&hellip; Nous f&ucirc;mes enferm&eacute;s dans une &eacute;curie, contraints de travailler la nuit &hellip; Nous rest&acirc;mes trois jours sans manger &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tT&eacute;moignant en mai 1943, apr&egrave;s la lib&eacute;ration de Tunis devant le Tribunal militaire, Gilbert Taieb, Champion de France de natation , enferm&eacute; au camp de Bizerte d&eacute;clare : &laquo; &Agrave; peine arriv&eacute;s au camp, nous avons &eacute;t&eacute; tous tondus &agrave; ras &hellip; Rapidement mis en chantier nous avons aid&eacute; au d&eacute;chargement de munitions. Tous les Allemands avaient le droit de nous frapper &hellip; Ceux qui parlaient allemand entendaient nos gardiens dire &laquo; une fois le travail fini et d&egrave;s que nous n&rsquo;aurons plus besoin d&rsquo;eux nous les ferons disparaitre du premier jusqu&rsquo;au dernier comme en Allemagne et en Pologne &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tD&eacute;crivant la vie quotidienne dans le m&ecirc;me camp Georges Smadja alors &acirc;g&eacute; de 19 ans se souvient : &laquo; Durant&nbsp; tout mon s&eacute;jour, j&rsquo;ai dormi sur de la paille dans une chambr&eacute;e dont les vitres avaient &eacute;t&eacute; d&eacute;truites par les bombardements. Nous n&rsquo;avions pas de couverture. Nous rentrions le soir du travail avec les v&ecirc;tements mouill&eacute;s par la pluie et nous n&rsquo;avions rien pour nous changer. Nous mouillons ainsi la paille et nous dormions donc sur de la paille mouill&eacute;e. Il n&rsquo;y avait aucune hygi&egrave;ne dans le camp. Quelques robinets pour se laver sommairement le matin&hellip; Les poux et la gale &eacute;taient monnaie courante. Nous &eacute;tions r&eacute;veill&eacute;s vers 5 ou 6 heures du matin, je ne sais plus. On nous distribuait une eau chaude un peu color&eacute;e appel&eacute;e caf&eacute; et nous partions travailler. Nous rentrions le soir &agrave; la nuit tomb&eacute;e et nous n&rsquo;avions qu&rsquo;une coupure d&rsquo;une demi-heure pour le d&eacute;jeuner. On nous remettait notre d&eacute;jeuner le matin, &agrave; savoir un quart de pain et une ou deux sardines ou un ou deux anchois. Le soir, au camp, nous avions droit &agrave; une soupe qui avait plut&ocirc;t le gout de l&rsquo;eau bouillie que d&rsquo;une soupe de l&eacute;gumes&hellip; Les travaux tr&egrave;s durs par eux-m&ecirc;mes &eacute;taient dirig&eacute;s et surveill&eacute;s par les Allemands qui avaient pour habitude de distribuer avec ou sans motif des coups de cravache aux pauvres juifs que nous &eacute;tions&hellip; Ce qu&rsquo;il y avait de plus p&eacute;nible, c&rsquo;&eacute;tait les appels en pleine nuit. Parfois on nous r&eacute;veillait 3 ou 4 fois dans la nuit pour v&eacute;rifier, toujours &agrave; l&rsquo;aide de coups de cravache que tout le monde &eacute;tait l&agrave; &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCeux qui ont v&eacute;cu dans ces camps plus que sur les s&eacute;vices insistent sur les atteintes &agrave; leur dignit&eacute; d&rsquo;homme. Charles Zeitoun qui a &eacute;t&eacute; dans un camp plus cl&eacute;ment o&ugrave; les violences &eacute;taient plus rares d&eacute;crit bien le sentiment g&eacute;n&eacute;ral de tous ces travailleurs forc&eacute;s : &laquo; Ce qui nous a marqu&eacute;s, c&rsquo;&eacute;tait de devoir travailler pour les Allemands parce que nous &eacute;tions Juifs&hellip;Cela c&rsquo;&eacute;tait une humiliation &agrave; supporter plus dure que le travail &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&Agrave; Nabeul, &agrave; Kairouan, &agrave; Sfax, &agrave; Sousse, les Allemands agissent de m&ecirc;me avec dans cette derni&egrave;re ville le triste concours de S.O.L. fran&ccedil;ais. Des amendes collectives repr&eacute;sentant au total pr&egrave;s de cent millions de francs de l&rsquo;&eacute;poque furent impos&eacute;es &agrave; la population juive, des milliers de meubles et d&rsquo;objets emport&eacute;s en Allemagne, et des viols de femmes dans le quartier de La Hara sous les yeux de leurs maris, de leurs p&egrave;res et de leurs enfants. &Agrave; Djerba la population a &eacute;t&eacute; contrainte de remettre 20 kilos d&rsquo;or au sinistre Colonel Rauff.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tAu d&eacute;but d&rsquo;avril 1943 un premier convoi de d&eacute;port&eacute;s est form&eacute; et part par avion pour l&rsquo;Italie et de l&agrave; l&rsquo;Allemagne puis les camps d&rsquo;extermination de Pologne.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tHeureusement moins d&rsquo;un mois plus tard, le 8 mai les arm&eacute;es de l&rsquo;Axe prises en tenaille entre les Forces alli&eacute;es venues de Tripolitaine et celles venues d&rsquo;Alg&eacute;rie &eacute;taient contraintes de capituler, sans avoir le temps de liquider leurs prisonniers comme ils l&rsquo;avaient pr&eacute;vu.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tDes parents ont vu dispara&icirc;tre leurs enfants pour des destinations inconnues, encadr&eacute;s comme des b&ecirc;tes. Ils n&rsquo;ont m&ecirc;me pas pu esquisser un geste d&rsquo;adieu et si pour l&rsquo;immense majorit&eacute; cette s&eacute;paration n&rsquo;a &eacute;t&eacute; que provisoire, et si au chagrin et aux brutalit&eacute;s a succ&eacute;d&eacute; l&rsquo;immense bonheur de se retrouver vivant et libre, pour d&rsquo;autres le provisoire s&rsquo;est mu&eacute; en deuil. Ind&eacute;pendamment des d&eacute;port&eacute;s non revenus des camps d&rsquo;extermination d&rsquo;Europe, 47 jeunes gens moururent dans les&nbsp; camps de Tunisie : fusill&eacute;s sous le pr&eacute;texte de tentative d&rsquo;&eacute;vasion, morts victimes de s&eacute;vices, de mauvais traitements, d&rsquo;absence de soins. N&rsquo;oublions pas qu&rsquo;avant d&rsquo;&ecirc;tre victimes, ces jeunes gens avaient ri, avaient pleur&eacute;, avaient esp&eacute;r&eacute; en la vie, et nous sommes tous orphelins de ces destins assassin&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tParce que la plupart de ces morts sont des morts sans tombes ni m&eacute;morial, parce que pour les nazis leur mort fut programm&eacute;e pour &ecirc;tre une mort sans trace, il nous appartient &agrave; nous vivant d&rsquo;&ecirc;tre la m&eacute;moire de ces morts et il nous appartient et il appartiendra &agrave; nos enfants de porter en nous leur souvenir, et une fois l&rsquo;an de rappeler leur nom et de prononcer a leur intention la rituelle pri&egrave;re de deuil&nbsp; que prononcera tout &agrave; l&rsquo;heure Monsieur le Rabbin Amos Haddad.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tSerge Klarsfeld a &eacute;crit : &laquo; Les Juifs de Tunisie ont connu l&rsquo;angoisse, les ran&ccedil;ons, les pillages, les souffrances et des dizaines de morts. Mais si leur situation n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; pire encore, ils le doivent &agrave; l&rsquo;intelligence et &agrave; l&rsquo;habilet&eacute; des dirigeants de leur Communaut&eacute;, interlocuteurs exclusifs de terrifiants tueurs de Juifs&hellip; &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCes lignes de Serge Klarsfeld constituent un bel et justifi&eacute; hommage rendu aux responsables de la Communaut&eacute; qui face aux menaces quotidiennes des chefs nazis surent garder leur sang-froid, prot&eacute;ger leurs coreligionnaires, tout en menant une action clandestine pour tenter de vider les camps de travail. Je tiens &agrave; rappeler le souvenir du Grand Rabbin Ha&iuml;m Bellaiche, du Pr&eacute;sident Mo&iuml;se Borgel, d&rsquo;&Eacute;lie Nataf, de Paul Ghez, du Docteur L&eacute;on Moatti, de David Hassid, de Georges Binhas &agrave; Sousse ou du Docteur Sperber &agrave; Sfax. Ils surent faire preuve d&rsquo;un courage exceptionnel dans une situation &agrave; laquelle rien ne les avait pr&eacute;par&eacute;s. Ils trouv&egrave;rent heureusement l&rsquo;aide de personnalit&eacute;s tunisiennes et fran&ccedil;aises que nous citons chaque ann&eacute;e, car le devoir de m&eacute;moire implique aussi le devoir de reconnaissance : M&rsquo;hamed Chenik,&nbsp; Mohamed Badra, Aziz Djellouli, Barhi Guiga, Docteur Materi, les Princes Lamine Bey alors Bey du Camp, Slimane Ben Azzedine, Raouf Ben Moncef et bien entendu le souverain d&eacute;j&agrave; cit&eacute;. Parmi les personnalit&eacute;s fran&ccedil;aises : le Docteur Bouquet, le directeur de la Justice Lamothe, le Docteur Dubosc et Monseigneur Gounot&nbsp; Archev&ecirc;que de Carthage qui se rendit rev&ecirc;tu de ses habits sacerdotaux dans les bureaux de la Communaut&eacute; assi&eacute;g&eacute;e pour exprimer sa sympathie.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLa pr&eacute;sence de Monsieur l&rsquo;Aum&ocirc;nier g&eacute;n&eacute;ral isra&eacute;lite des Arm&eacute;es et d&rsquo;une importante d&eacute;l&eacute;gation de l&rsquo;Aum&ocirc;nerie militaire,&nbsp; qui symbolise le lien entre le juda&iuml;sme fran&ccedil;ais et l&rsquo;Arm&eacute;e de la Nation, nous permet d&rsquo;associer au souvenir des pers&eacute;cutions nazies le souvenir de ceux qui sont morts au Champ d&rsquo;Honneur et dont les noms seront lus &eacute;galement. &Agrave; c&ocirc;t&eacute; des Juifs fran&ccedil;ais mobilisables, trois mille Juifs tunisiens dispens&eacute;s de toute obligation militaire se sont engag&eacute;s dans l&rsquo;Arm&eacute;e fran&ccedil;aise parce que la cause de la France &eacute;tait celle de la Libert&eacute;, de la Justice et des Droits de l&rsquo;homme. Beaucoup, Fran&ccedil;ais ou Tunisiens sont morts durant la Campagne de&nbsp; 1940 ou plus tard dans les campagnes d&rsquo;Afrique, de Tunisie, d&rsquo;Italie, de France et d&rsquo;Allemagne. La pr&eacute;sence &agrave; notre c&eacute;r&eacute;monie du glorieux drapeau de la 1&egrave;me Division Fran&ccedil;aise Libre nous rappelle qu&rsquo;en 1943 plus de 80% des Juifs mobilis&eacute;s ralli&egrave;rent&nbsp; les unit&eacute;s F.F.L. comme l&rsquo;avait fait d&egrave;s 1940 Max Guedj, natif de Sousse, Compagnon de la Lib&eacute;ration, dont Pierre Closterman a &eacute;crit : &laquo; qu&rsquo;il &eacute;tait le plus grand des h&eacute;ros de l&rsquo;aviation fran&ccedil;aise libre &raquo;, et plus tard Alfred Rossi qui avait rejoint par Malte les F.F.L., fusill&eacute; par les fascistes italiens lors d&rsquo;une mission secr&egrave;te en Sicile, Victor Attias un temps au cabinet du&nbsp; g&eacute;n&eacute;ral de Gaulle avant de combattre dans les Forces A&eacute;riennes Fran&ccedil;aises Libres, dans la m&ecirc;me escadrille que Saint-Exup&eacute;ry. Ils ont combattu pour la France, pour la France que nous aimons, la France fid&egrave;le &agrave; ses principes d&rsquo;&eacute;galit&eacute;, de libert&eacute;, de fraternit&eacute;, pour la France accueillante et protectrice des opprim&eacute;s, pour la France ne faisant aucune distinction entre les Hommes, entre les religions, entre les races.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tNous devons aussi marquer notre reconnaissance aux r&eacute;sistants, ceux qui eurent le bonheur de revenir comme Serge Moati, Lise Hanon, et les courageux Ankri et Maurice Ta&iuml;eb qui n&rsquo;h&eacute;sit&egrave;rent pas alors qu&rsquo;ils &eacute;taient d&eacute;tenus dans un camp de travail &agrave; continuer leur action, et ceux qui ne revinrent pas comme &Eacute;douard Dana ou Victor Cohen.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tAussi courte qu&rsquo;ait &eacute;t&eacute; leur dur&eacute;e, les souffrances du juda&iuml;sme tunisien s&rsquo;inscrivent dans l&rsquo;histoire de la Shoah. C&rsquo;est en janvier 1942 que l&rsquo;extermination des Juifs est d&eacute;cid&eacute;e &agrave; Wansee et les Juifs d&rsquo;Afrique du Nord nous le savons, sont compris dans le macabre d&eacute;compte des Juifs de France &agrave; &eacute;liminer. C&rsquo;est en 1942 que le premier convoi de d&eacute;port&eacute;s quitte le territoire fran&ccedil;ais. C&rsquo;est en juillet 1942 qu&rsquo;a lieu la Rafle du Vel d&rsquo;Hiv. C&rsquo;est en d&eacute;cembre 1942 qu&rsquo;on rafle les Juifs &agrave; Tunis. Ensemble d&rsquo;&eacute;v&egrave;nements qui mis bout &agrave; bout constituent la Shoah.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tDepuis quinze ans, la Soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;Histoire des Juifs de Tunisie en reprenant l&rsquo;initiative de cette c&eacute;r&eacute;monie a entendu &ecirc;tre fid&egrave;le au devoir de transmission et au devoir de m&eacute;moire. Je ne puis m&rsquo;emp&ecirc;cher d&rsquo;&eacute;voquer les encouragements que nous a prodigu&eacute;s regrett&eacute; Grand Rabbin David Messas (ZAL) pour qui elle repr&eacute;sentait la preuve du lien unissant dans le malheur de la Shoah le juda&iuml;sme d&rsquo;Afrique du Nord au juda&iuml;sme europ&eacute;en. Il y a &eacute;t&eacute; assidu depuis 1997. Sa place aujourd&rsquo;hui&nbsp; est vide comme est grand le vide que sa mort laisse dans la communaut&eacute; parisienne.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tJe remercie Monsieur le Grand Rabbin de France, Madame Bertinotti qui a confirm&eacute; comme ministre la fid&eacute;lit&eacute; &agrave; laquelle nous avait habitu&eacute;s le Maire du 4&egrave;me arrondissement, Monsieur Bertrand Delano&euml; qui a rendu &agrave; nos victimes l&rsquo;hommage de Paris, mais que j&rsquo;ai la faiblesse de voir ici comme un fid&egrave;le de notre association et comme un natif de Tunisie qui a toujours partag&eacute; les peines et les joies de ses concitoyens, ainsi que toutes les hautes personnalit&eacute;s qui nous honorent de leur pr&eacute;sence.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLeur hommage &agrave; nos victimes est en m&ecirc;me temps une condamnation de tous les racismes, de toutes les id&eacute;ologies n&eacute;gatrices de l&rsquo;homme et un gage de concorde, de fraternit&eacute; et de paix. La m&eacute;moire est le rendez-vous de la conscience, notre devoir de la transmettre pour en faire le lieu d&rsquo;un rassemblement et d&rsquo;un d&eacute;passement. Si 70 ans ont pass&eacute;, nos valeurs n&rsquo;en demeurent pas moins menac&eacute;es par tous ceux qui n&rsquo;aspirent qu&rsquo;&agrave; semer la violence et la haine, au nom d&rsquo;id&eacute;ologies barbares, qui ne visent qu&rsquo;&agrave; la n&eacute;gation de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tIl y a quelques mois &agrave; Toulouse on a tu&eacute; 3 militaires parce qu&rsquo;ils &eacute;taient fran&ccedil;ais et qu&rsquo;ils faisaient leur devoir pour leur pays. &Agrave; Toulouse on a tu&eacute; 1 enseignant et 3 enfants parce qu&rsquo;ils &eacute;taient juifs. &Agrave; Toulouse on a mis un r&eacute;volver sur la tempe d&rsquo;une fillette de 8 ans et on l&rsquo;a tu&eacute;e froidement parce qu&rsquo;elle &eacute;tait juive. &Agrave; Toulouse on a tu&eacute; deux petits gar&ccedil;ons de 4 et 5 ans parce qu&rsquo;ils &eacute;taient juifs. Nous ne voulons plus de tels crimes dans notre beau pays de France. Nous en avons assez de ne pouvoir prier dans les synagogues que sous la protection de la police.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tJ&rsquo;ai l&rsquo;impression que notre c&eacute;r&eacute;monie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui s&rsquo;inscrit dans cette actualit&eacute;. Il faut, par l&rsquo;&eacute;vocation et la condamnation universelle des souffrances subies du fait du nazisme, par la condamnation universelle de Mohamed Merah digne &eacute;mule d&rsquo;Hitler, que tous ensemble Juifs et non-juifs, croyants et non croyants, hommes de toutes couleurs et de toutes nationalit&eacute;s, nous&nbsp; luttions pour un monde de justice, de fraternit&eacute;, de g&eacute;n&eacute;rosit&eacute;, de responsabilit&eacute; et de paix. Restons toujours vigilants, car rien n&rsquo;est jamais acquis, combattons sans rel&acirc;che ceux qui pratiquent la haine, le racisme, l&rsquo;antis&eacute;mitisme, l&rsquo;intol&eacute;rance. Ne portons pas de jugement de valeur sur des comportements, des opinions, qui ne sont pas les n&ocirc;tres, d&egrave;s lors que la personne humaine est respect&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tC&rsquo;est notre honneur, c&rsquo;est notre devoir, nous le devons en hommage aux victimes, nous le devons &agrave; nos enfants<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; C&eacute;r&eacute;monie du 70e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunisie au M&eacute;morial de la Shoah &nbsp; &nbsp; Dimanche 9 d&eacute;cembre 2012, le pr&eacute;sident du CRIF Richard Prasquier a pris part &agrave; la c&eacute;r&eacute;monie du 70e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunisie, organis&eacute;e par la Soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;Histoire des Juifs de Tunisie au&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":17569,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[51,338,485,10,148,28,14,184,155,345,13,9,1,162],"tags":[],"class_list":["post-5725","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-allemagne","category-bertrand-delano","category-claude-nataf","category-france","category-gilles-bernheim","category-maroc","category-paris","category-richard-prasquier","category-roger-bismuth","category-serge-klarsfeld","category-tunis","category-tunisie","category-uncategorized","category-varsovie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5725","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5725"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5725\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17569"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5725"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5725"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5725"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}