{"id":5761,"date":"2014-11-27T00:26:54","date_gmt":"2014-11-27T00:26:54","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5761"},"modified":"2014-11-27T01:24:12","modified_gmt":"2014-11-27T01:24:12","slug":"prose-pour-un-arc-en-ciel-par-amina-alaoui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/prose-pour-un-arc-en-ciel-par-amina-alaoui\/","title":{"rendered":"PROSE POUR UN ARC-EN-CIEL, par Amina Alaoui"},"content":{"rendered":"<p>\n\tPROSE POUR UN ARC-EN-CIEL<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPont de couleurs au firmament. Offrande divine en un instant. Seul en noir et blanc pr&eacute;tendent-ils que nous voyions ? Qu&lsquo;en est-il des couleurs ?<\/p>\n<p>\n\tAucun regret n&lsquo;impr&eacute;gnera mon chant, ni la nostalgie n&lsquo;en sera la mesure.<\/p>\n<p>\n\tLa saudade est m&eacute;lancolie, on le sait d&eacute;j&agrave; ! N&lsquo;est-elle pas l&lsquo;humeur noire pour l&lsquo;Arabe ou la solitude affective de l&lsquo;Andalou ? Malgr&eacute; tout, la joie des retrouvailles est plus &eacute;tonnante que la p&eacute;trification. La nostalgie d&lsquo;Al Andalus n&lsquo;est pas ma joie !<\/p>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<p>\n\t<iframe loading=\"lazy\" allowfullscreen=\"\" frameborder=\"0\" height=\"480\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/pizWG6lAHX4\" width=\"640\"><\/iframe><\/p>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<p>\n\tLa musique tend ici &agrave; transcrire une P&eacute;ninsule ib&eacute;rique port&eacute;e vers le dialogue aux capacit&eacute;s du possible. Une g&eacute;ographie po&eacute;tique caressant le r&ecirc;ve de l&lsquo;impossible : des horizons humains transcendant les fronti&egrave;res, des idiomes m&eacute;diterran&eacute;ens lyriques ouverts sur l&lsquo;univers et l&lsquo;intelligence d&lsquo;&ecirc;tre, de communiquer ensemble.<\/p>\n<p>\n\tLe chant et la musique sondent ce possible pour s&lsquo;ouvrir une autre voie : l&lsquo;expression originale. Nul besoin de discours sur l&lsquo;origine du Fado, du Flamenco ou d&lsquo;Al Andalusi, l&lsquo;Histoire et le discernement suffisent. Ici, La musique questionne, de ces styles, le creuset commun. Pourtant !<\/p>\n<p>\n\tEsquissant le &ldquo;m&eacute;lo&ldquo; de l&lsquo;Histoire, la tension monte, s&lsquo;essouffle et s&lsquo;apaise dans la contemplation de l&lsquo;arc-en-ciel.<\/p>\n<p>\n\tIci, je disjoins l&lsquo;origine, la non-origine se joue dans l&lsquo;origine. Je ne regrette rien sans au pr&eacute;alable avoir m&acirc;ch&eacute; la racine. Encore faut-il avoir dig&eacute;r&eacute; sa propre racine pour int&eacute;grer la culture de l&lsquo;autre. Mais encore, la fusion exige d&lsquo;&ecirc;tre pluriel, avec recul, pour dire concorder et non s&lsquo;identifier &agrave;. Je suis une artiste du pr&eacute;sent ! Du simple fait de copier le style des anciens, je m&lsquo;abstiens ! Car je crains d&lsquo;alt&eacute;rer leur voix et de d&eacute;figurer leurs valeurs.<\/p>\n<p>\n\tSelon Goethe*(a), l&rsquo;imitation sans apanage reproduit des &laquo; masques vides &raquo;.<\/p>\n<p>\n\tJ&lsquo;adh&egrave;re au savoir po&eacute;tique. Par le verbe, je m&lsquo;abrite &agrave; la pens&eacute;e. En chantant le sens j&lsquo;affecte l&lsquo;&ecirc;tre et la musique en sublimera la blessure. Car l&lsquo;art de distiller la sagesse en un distique est bien un don du ciel *(b) :<\/p>\n<p>\n\t&ldquo;Si ton pass&eacute; est exp&eacute;rience<\/p>\n<p>\n\tQue le lendemain soit sens et vision&ldquo;.<\/p>\n<p>\n\tLe drame de l&lsquo;histoire est fant&ocirc;me du pass&eacute;. Je m&lsquo;aventure sur les traces du Morisque du XVI&egrave;me si&egrave;cle. Loin de vouloir reconstituer sa geste et ses coutumes, seule la sensation de son &acirc;me me suffit : n&rsquo;avoir plus de nom, plus de terre auxquels rattacher sa lign&eacute;e. Accultur&eacute;, sa m&eacute;moire dilu&eacute;e, oblig&eacute; d&lsquo;ensevelir son Dieu et la langue de ses a&iuml;eux, &eacute;cras&eacute; par la terreur de la purification du sang et de l&lsquo;identit&eacute; nationale. Pourtant, les circonvolutions int&eacute;rieures de l&lsquo;&acirc;me morisque sont aussi musicales et po&eacute;tiques ; je les sublime !&#8230;&ldquo;Les Dieux tissent les malheurs pour les hommes. Afin que les g&eacute;n&eacute;rations &agrave; venir aient quelque chose &agrave; chanter&ldquo;*.<\/p>\n<p>\n\t(c)<\/p>\n<p>\n\tTarab et duende andalous !<\/p>\n<p>\n\tEn &eacute;garant la boussole qui nous a &eacute;t&eacute; confi&eacute;e, nous r&eacute;inventons nos pas, nous d&eacute;couvrons un chemin nouveau. Chaque fois que le chant m&lsquo;exile l&agrave; o&ugrave; l&lsquo;origine se d&eacute;chire, je navigue dans la perplexit&eacute; et je questionne l&lsquo;essence. Au seuil de l&lsquo;inexplor&eacute;, je d&eacute;fie l&lsquo;inconnu comme on d&eacute;fierait la mort dans une ar&egrave;ne tauromachique. Mon chant libre l&acirc;che prise et vole vers le royaume du tarab, l&agrave; o&ugrave; Garcia Lorca saisit le duende : &laquo; Pas de carte ni d&lsquo;exercice, on sait seulement qu&lsquo;il br&ucirc;le le sang comme un topique de verre qui &eacute;puise, qui &eacute;carte toute la douce g&eacute;om&eacute;trie apprise, qui brise les styles&hellip;Un changement radical des formes sur de vieux sch&eacute;mas&hellip;&ldquo;.<\/p>\n<p>\n\tDans la musique arabe ou andalouse&hellip;&ldquo; L&lsquo;arriv&eacute;e du duende est salu&eacute; par un cri : &ldquo;Allah ! &ldquo; si proche du &ldquo;Ol&eacute; !&ldquo; : Vive Dieu ! T&eacute;moins profonds, humains, tendres d&rsquo;une communication avec Dieu &agrave; travers les cinq sens.<\/p>\n<p>\n\tEvasion r&eacute;elle et po&eacute;tique de ce monde sur un pr&eacute;sent exact&ldquo;*(d). Cette &eacute;motion porte en elle l&lsquo;&eacute;quilibre de la voix, du son et de la geste musicale.<\/p>\n<p>\n\tUne aspiration vers l&lsquo;essentiel !<\/p>\n<p>\n\tLa provoca&ccedil;&agrave;o des fadistes !<\/p>\n<p>\n\tC&lsquo;est avoir l&lsquo;audace de la libert&eacute; et savourer le risque que d&lsquo;apprendre &agrave; marcher sur la lune. Un exercice d&lsquo;&eacute;quilibre extra-ordinaire que les vieux rep&egrave;res ne suffisent plus &agrave; cr&eacute;er. Je pose un pied sur un sol inconnu. La droite la gauche vacillent. Le corps et la voix en suspension dans l&lsquo;atmosph&egrave;re. Je pivote puis je glisse, je m&lsquo;&eacute;gare et tente de ne pas choir.<\/p>\n<p>\n\tAspir&eacute;e par une curieuse arabesque, enivrante, pulv&eacute;risant toute sym&eacute;trie et tout centre sur son passage. Courbe d&lsquo;une v&eacute;rit&eacute; abstraite et relative, ligne sinueuse ad libitum, conjure le fini et badine avec l&lsquo;infini. Pur &eacute;quilibre sur ce champ lunaire ! Pourtant, la musique comme la mystique connaissent ce modus vivendi.<\/p>\n<p>\n\tCet exil me d&eacute;sarme et m&lsquo;enivre&hellip; Exil de l&lsquo;origine. Aussit&ocirc;t jouet de la diff&eacute;rence, j&lsquo;effleure une &eacute;trange souffrance, une &eacute;trange joie &agrave; la fois&hellip;<\/p>\n<p>\n\t&Ecirc;tre &eacute;trang&egrave;re&hellip; J&lsquo;en sors enrichie ! Les reflets de l&lsquo;appartenance se fragmentent dans cet espace &agrave; d&eacute;couvrir, voil&agrave; tout : r&eacute;apprendre &agrave; marcher, devenir. Le centre n&lsquo;est plus la pens&eacute;e h&eacute;rit&eacute;e mais l&lsquo;&eacute;motion de survie. La langue, la culture, la po&eacute;sie, la musique, la cuisine ou le rire des pays travers&eacute;s, font partie de moi d&eacute;sormais. Je m&eacute;dite sur la migration de l&lsquo;oiseau par del&agrave; fronti&egrave;res, barri&egrave;res et points cardinaux. Quelle boussole lui sert de guide ? Si ce n&lsquo;est la survivance&hellip; Si ce n&lsquo;est l&lsquo;espoir de la recr&eacute;ation de la vie !<\/p>\n<p>\n\tEntendimento !<\/p>\n<p>\n\tLa musique r&eacute;sonne dans une taverne ib&eacute;rique au nom de retrouvailles chaleureuses, fraternelles, solennelles, entre artistes de &ccedil;&agrave; et de l&agrave; des rives du monde. Port&eacute; au z&eacute;nith de l&lsquo;inspiration, le dialogue musical des oiseaux se tisse en d&eacute;pit des fronti&egrave;res et des croyances. Cet arcane humain parle son langage propre : l&lsquo;alchimie du moment et l&lsquo;&eacute;motion de partage.<\/p>\n<p>\n\tL&agrave; est la question ! Au-del&agrave; de l&lsquo;identit&eacute; ! Certes, &ldquo;L&rsquo;identit&eacute; est fille de la naissance. Mais en fin de compte, elle est l&lsquo;oeuvre de celui qui la porte, non le legs d&lsquo;un pass&eacute;. Je suis multiple en moi&hellip; L&lsquo;identit&eacute; est plurielle. Elle n&lsquo;est donc ni citadelle, ni tranch&eacute;es.* (e)<\/p>\n<p>\n\tArco Iris !<\/p>\n<p>\n\tAlors pourquoi ne voir qu&lsquo;en noir et blanc, lorsque les couleurs et leurs nuances existent? La violence bipolaire, n&lsquo;est-elle pas guerre sainte contre soi-m&ecirc;me ! L&lsquo;homme au songe-creux sans couleurs contemple chaque matin le miroir de son identit&eacute;. Que nous reste-t-il sans arc en ciel ? Ce don divin de subtilit&eacute;s, sens de l&lsquo;&eacute;quilibre des diff&eacute;rences chromatiques pour ceux qui ne savent percevoir.<\/p>\n<p>\n\tCompositions et po&eacute;sies personnelles sont ici vibrant hommage &agrave; l&lsquo;&acirc;me ib&eacute;rique, aux tonalit&eacute;s de sa P&eacute;ninsule&hellip;&agrave; ceux que j&lsquo;ai r&ecirc;v&eacute;s, &agrave; ce que j&lsquo;ai appris, aux musiciens rencontr&eacute;s, aux &ecirc;tres sensibles portant leur culture en offrande puis en partage.<\/p>\n<p>\n\tOffrande et partage, tout un art ! Aimer c&lsquo;est mieux &eacute;couter et voir&hellip; Voir c&lsquo;est mieux comprendre&hellip;Comprendre c&lsquo;est mieux partager, mieux souffrir et rire&hellip; Aimer c&lsquo;est faillir au d&eacute;sespoir.<\/p>\n<p>\n\tPivotons l&eacute;gers ! L&acirc;chons prise ! Aspirons l&lsquo;essence du parfum! Percevons l&lsquo;orientation cosmique. Jamais exercice d&lsquo;&eacute;quilibre d&lsquo;avance n&lsquo;est acquis.<\/p>\n<p>\n\t&Agrave; nos yeux et &agrave; notre &eacute;coute&hellip; Laissons parler la musique&hellip; Pour un moment !<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tAmina ALAOUI<\/p>\n<p>\n\tPrologue du disque Arco-Iris, &eacute;d. ECM Records, 2011.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t(a) Goethe &ldquo;Diwan Est-Ouest&ldquo;<\/p>\n<p>\n\t(b) Mahmoud Darwich- &ldquo;Les fleurs d&lsquo;amandiers ou plus&ldquo; &eacute;d. Actes Sud,<\/p>\n<p>\n\t2007.<\/p>\n<p>\n\t(c) Hom&egrave;re &ldquo;L&lsquo;Illiade&ldquo;<\/p>\n<p>\n\t(d) Federico Garcia Lorca &ndash; Conf&eacute;rence &ldquo; Teoria y juego del duende&ldquo;.<\/p>\n<p>\n\tObras completas. Ed Aguilar, 1955.<\/p>\n<p>\n\t(e) Mahmoud Darwich &#8211; idem<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PROSE POUR UN ARC-EN-CIEL &nbsp; &nbsp; Pont de couleurs au firmament. Offrande divine en un instant. Seul en noir et blanc pr&eacute;tendent-ils que nous voyions ? Qu&lsquo;en est-il des couleurs ? Aucun regret n&lsquo;impr&eacute;gnera mon chant, ni la nostalgie n&lsquo;en sera la mesure. La saudade est m&eacute;lancolie, on le sait d&eacute;j&agrave; ! 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