{"id":5869,"date":"2016-02-10T18:49:20","date_gmt":"2016-02-10T18:49:20","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5869"},"modified":"2016-02-11T02:03:32","modified_gmt":"2016-02-11T02:03:32","slug":"les-metiers-disparus-du-ghetto-de-tunis-par-avraham-bar-shay-benattia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-metiers-disparus-du-ghetto-de-tunis-par-avraham-bar-shay-benattia\/","title":{"rendered":"Les m\u00e9tiers disparus du Ghetto de Tunis, par Avraham Bar Shay (Benattia)"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tLes m&eacute;tiers disparus du Ghetto de Tunis<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tCette liste ne contient pas les m&eacute;tiers qui &eacute;taient tr&egrave;s connus en dehors du ghetto, ni ceux que les Tunisiens, immigr&eacute;s &agrave; Paris (ou ailleurs), ont repris dans leurs nouveaux pays.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tN&rsquo;ayant pas conserv&eacute; des photos des professions trait&eacute;es ici, j&rsquo;ai voulu illustrer ces pages de vieilles photos, noir et blanc de certains petits m&eacute;tiers (de mon album et de bien d&rsquo;autres places), que j&rsquo;ai travaill&eacute;es sur l&rsquo;ordinateur. Je les colori&eacute;es et leur ai donn&eacute; un aspect &laquo; peinture-pointilliste &raquo; de mani&egrave;re &agrave; les rendre plus g&eacute;n&eacute;rales, moins personnelles.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tLeur point commun, les sc&egrave;nes qui y sont&nbsp; repr&eacute;sent&eacute;es se passent toutes (ou auraient pu se passer) dans un rayon de 200 m&egrave;tres autour du croisement&nbsp;: Sidi-Bou-H&rsquo;did, Sidi-Mardoum, Sidi-Khlef et la rue du Palmier, en somme le c&oelig;ur de la H&rsquo;ara.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet28.jpg\" \/><\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t&nbsp;Je d&eacute;crirai donc des m&eacute;tiers qui avaient fleuri au ghetto et qu&rsquo;on ne rencontre plus.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tJe voudrai d&eacute;dier ces lignes &agrave; ces artisans que je n&rsquo;ai plus revus et qui faisaient si bien leur m&eacute;tier, en gagnant si peu. Je pense que parmi les jeunes, qui les ont observ&eacute;s de pr&egrave;s ou seulement approch&eacute;s, il y a plusieurs qui ont &eacute;t&eacute; contamin&eacute;s par le germe qui a fait d&rsquo;eux, les artistes ou les ing&eacute;nieurs de la g&eacute;n&eacute;ration d&rsquo;apr&egrave;s le ghetto.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tDans le secteur de l&rsquo;habillement, il y &agrave; d&rsquo;abord le vendeur de coupons de tissus au poids. Ces coupons provenaient des fins de rouleaux et des rebuts que les fabricants ou les grands commer&ccedil;ants&nbsp; liquidaient &agrave; tr&egrave;s bas&nbsp; prix. L&rsquo;honn&ecirc;tet&eacute; exigeait, du revendeur, de montrer les d&eacute;fauts l&agrave; o&ugrave; il y en avait. On trouvait des tissus de tous les styles et mati&egrave;res. Le coupon se vendait, au poids et en entier.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tOn prend le coupon chez un tailleur qui en fera un pantalon, une veste, une chemise, ou une robe, et sur mesure s&rsquo;il vous plait&nbsp;; la confection qui se vendait dans les grands magasins en dehors du ghetto co&ucirc;tait plus ch&egrave;re. La plupart du temps ces tailleurs gagnaient leur pain en faisant&nbsp; de la confection. Leur travail &eacute;tait tr&egrave;s soign&eacute;, une veste prenait plusieurs jours et exigeait au moins trois essayages. Ils prenaient grand soin de la doublure et des renforts int&eacute;rieurs qui bombent&nbsp; le torse. Les jeunes choisissaient leurs mod&egrave;les parmi ceux vus au cin&eacute;ma ou dans les magazines. Les travaux de petites mains &eacute;taient confi&eacute;s &agrave; des apprentis et &agrave; des m&egrave;res de familles, qui trouvaient l&agrave; de quoi finir le mois. Ces besognes se faisaient chez elles &agrave; la maison, les apprentis leur amenaient les oeuvres &agrave; moiti&eacute; finies.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tUn autre m&eacute;tier de l&rsquo;habillement &eacute;tait &lsquo;l&rsquo;inverseur&rsquo; de manteaux. L&rsquo;hiver de Tunis &eacute;tant souvent assez rude et le gros manteau coutait cher. Le tissus qu&rsquo;il fallait pour le faire &eacute;tait presque inaccessible. On venait alors renouveler son vieux &lsquo;pardessus&rsquo; ou bien celui qu&rsquo;on a h&eacute;rit&eacute; d&rsquo;un vieux parent. La couleur a d&eacute;teint et les coutures se sont us&eacute;es avec l&rsquo;age. L&rsquo;artisan, donne son diagnostic et prend des mesures. Il commence son travail en d&eacute;faisant toutes les coutures, avec la plus grande attention, de la doublure aux revers, puis il faut nettoyer toute l&rsquo;ancienne filasse.&nbsp; Ensuite vient le repassage et le redressage des plis tout autour de chaque pi&egrave;ce d&eacute;tach&eacute;e. Avec toute son adresse, le ma&icirc;tre ajustera les pi&egrave;ces pour la phase d&rsquo;inversement, car dans le processus de retournement, les pi&egrave;ces de droite passent &agrave; gauche et vice versa. Ce qui exige le d&eacute;placement des accessoires asym&eacute;triques, comme les boutons etc&hellip; Le manteau, une fois refait, aura un air presque neuf.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet29.jpg\" \/><\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tL&rsquo;artisanat de la chaussure fleurissait aussi au Ghetto, et le sur-mesure revenait moins cher.&nbsp;La fabrication d&rsquo;une paire de chaussure se partageait entre plusieurs artisans.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tCelui qui &eacute;tait consid&eacute;r&eacute; comme l&rsquo;artiste, c&rsquo;est le &lsquo;tigeur&rsquo; . Il est le designer qui d&eacute;coupait et cousait la partie sup&eacute;rieure de la chaussure, en cuir tr&egrave;s fin, celle qui couvre le pied. Il avait souvent des vieilles coupures de journaux dans lesquelles on pouvait choisir le mod&egrave;le d&eacute;sir&eacute;. Comme les tailleurs, la plupart&nbsp; de ces messieurs faisait aussi de la confection.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tEnsuite c&rsquo;est le &lsquo;cordonnier&rsquo; qui moulait la &lsquo;tige&rsquo; sur la forme-en-bois pour monter et coudre la semelle, puis le talon. On choisissait leurs &eacute;paisseurs et les fers des extr&eacute;mit&eacute;s, selon son gout. Il pouvait aussi adopter la forme aux dimensions du pied du client. La couture des semelles, qui se faisait &agrave; la main, n&rsquo;&eacute;tait pas des plus faciles.&nbsp; Il faisait passer &agrave; travers un petit trou, perc&eacute; avec un poin&ccedil;on manuel, les deux extr&eacute;mit&eacute;s d&rsquo;un fil qu&rsquo;il avait, auparavant, liss&eacute;es &agrave; la cire. Ensuite il les tirait tr&egrave;s fort pour serrer les couches de cuir. Ce travail se r&eacute;p&eacute;tait trois ou quatre fois sur chaque centim&egrave;tre du pourtour de la semelle.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tC&rsquo;est un autre artisan, le &lsquo;fraiseur&rsquo;, qui poss&eacute;dant les machines ad&eacute;quates, fera la finition de la semelle.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet30.jpg\" \/><\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tUne autre famille d&rsquo;artisans faisait un peu, dans la m&eacute;canique. A ma connaissance, il n&rsquo;y avait pas de garage au ghetto, mais il y avait des r&eacute;parateurs de bicyclettes qui faisaient aussi de la location de v&eacute;los.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tLe ferblantier&nbsp; r&eacute;parait les &lsquo;primus&rsquo; qui se bouchaient souvent. M&ecirc;me si certaines familles avaient d&eacute;j&agrave; le &lsquo;butagaz&rsquo;, cet instrument r&eacute;gnait en ma&icirc;tre &agrave; la cuisine. Le ferblantier faisait des miracles avec son fer &agrave; souder. Il r&eacute;parait, les trous des r&eacute;cipients en t&ocirc;le galvanis&eacute;e. Il fabriquait lui-m&ecirc;me des ustensiles divers, comme les seaux ou les Kma&rsquo;a, entonnoirs indispensables pour la Asbanna.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet31.jpg\" \/><\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tPas loin de chez moi il y avait une fonderie de cuivre et de ses alliages. Il coulait entre autres, des Hanoukia et le plus souvent des marteaux pilons. Apr&egrave;s la fonderie, il nettoyait tous les d&eacute;chets et machinait&nbsp; les pi&egrave;ces au &lsquo;tour&rsquo; pour leur donner l&rsquo;aspect final.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tCelui qui repr&eacute;sentait, pour moi le vrai artiste, plus qu&rsquo;un artisan, &eacute;tait le &lsquo;ciseleur&rsquo;. Il combinait l&rsquo;art et les math&eacute;matiques.&nbsp; Son atelier &eacute;tait &agrave; la rue du palmier, pas loin de celui du fondeur. Je restais des heures, fascin&eacute;, devant ce ma&icirc;tre qui avec son grand compas-&agrave;-pointes-s&egrave;ches et sa r&egrave;gle m&eacute;talliques, cr&eacute;ait sur des immenses plats de cuivre, des figures g&eacute;om&eacute;triques de toutes les formes.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tDeux plats vierges &eacute;taient coll&eacute;s dos &agrave; dos, &agrave; un disque &eacute;pais de goudron, coul&eacute; entre eux. Une fois le goudron refroidi, il durcissait, comme de l&rsquo;&eacute;b&egrave;ne, et ne permettait aucune d&eacute;formation du plat, durant le ciselage. J&rsquo;ai vu des ciseleurs depuis, en Isra&eacute;l et m&egrave;me durant mon voyage &agrave; Tunis, ils n&rsquo;employaient plus le support en goudron durci. Ils frappaient plutot une contre une lourde plate d&rsquo;acier, ce qui d&eacute;formait la surface du plat.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tAux figures g&eacute;om&eacute;triques, il ajoutait des fois, &agrave;-main-lev&eacute;e, d&rsquo;autres d&eacute;corations florales ou animales. Alors vient le travail d&eacute;licat du marteau qui pousse le fin ciseau, par petits coups et transforme les lignes dessin&eacute;es en&nbsp; un sillon profond. Ces sillons peuvent rester tels qu&rsquo;ils sont ou bien il y sertit, &agrave; l&rsquo;aide d&rsquo;un petit marteau, un fil d&rsquo;argent ou de cuivre. Ces coups provoquaient une soudure &agrave; froid du fil dans le sillon, et le &lsquo;remplissaient&rsquo;. Apr&egrave;s polissage, il obtenait un dessin &lsquo;cloisonn&eacute;&rsquo;, avec des lignes de couleur rouge ou blanche.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet32.jpg\" \/><\/p>\n<p>\n\t<br clear=\"ALL\" \/><br \/>\n\tA l&rsquo;aide d&rsquo;autres poin&ccedil;ons, les ouvriers remplissaient l&rsquo;int&eacute;rieur de certaines figures et selon l&rsquo;alignement des formes fines grav&eacute;es, ils obtenaient diff&eacute;rents effets sur la surface du plat.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tL&rsquo;atelier du ciseleur occupait un coin dans une grande cour dont le propri&eacute;taire &eacute;tait le marbrier du quartier. Je ne m&rsquo;attarderai pas sur cet artisan, puisqu&rsquo;on le retrouve partout m&ecirc;me de nos jours. Quand j&rsquo;y pense aujourd&rsquo;hui, je ne comprends pas comment ces grosses pi&egrave;ces de marbre &eacute;taient transport&eacute;es jusqu&#39;&agrave; cet atelier, ou partaient de l&agrave;-bas, &agrave; travers les ruelles de la H&rsquo;ara.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tIl n&rsquo;y avait pas beaucoup de menuiseries, mais par contre on voyait plusieurs &eacute;b&eacute;nisteries. C&rsquo;&eacute;tait peut &ecirc;tre parce qu&rsquo;on achetait les meubles en dehors du Ghetto ou surtout parce qu&rsquo;on les h&eacute;ritait de nos grands-parents, et puis il fallait pas beaucoup de meubles pour remplir les petites chambres. Mais on prenait ses vieux meubles chez l&rsquo;&eacute;b&eacute;niste pour leur redonner une jeunesse. C&rsquo;&eacute;tait surtout de grandes armoires&nbsp; aux portes un peu baroques et des &lsquo;Comodas&rsquo;, cette commode dont les tiroirs contenaient le linge qui n&rsquo;allait pas dans l&rsquo;armoire. Elle contenait aussi des tr&eacute;sors de la famille tels que photos, bijoux et autres bagatelles.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet33.jpg\" \/><\/p>\n<p>\n\t<br clear=\"ALL\" \/><br \/>\n\tL&rsquo;atelier n&rsquo;&eacute;tant pas tr&egrave;s grand, le travail se faisait dehors, devant la porte. Il astiquait pendant des heures, avec un grand tampon imbib&eacute; d&rsquo;un vernis noir, la surface d&rsquo;une porte ou d&rsquo;une autre pi&egrave;ce jusqu&#39;&agrave; pleine satisfaction. Ce travail &eacute;tait tr&egrave;s physique et les gars qui le pratiquaient &eacute;taient bien muscl&eacute;s. On ne peut oublier les odeurs des vernis qui r&eacute;gnait dans l&rsquo;atelier et autour.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tLe courant &eacute;lectrique ne passait dans toutes les maisons. L&rsquo;&eacute;clairage &eacute;tait &agrave; la lampe &agrave; p&eacute;trole ou &agrave; la lampe au &lsquo;carbure&rsquo; (de calcium), pierre que l&rsquo;on achetait chez des &eacute;piciers sp&eacute;cialis&eacute;s. Cette lampe ressemble plut&ocirc;t &agrave; une cafeti&egrave;re o&ugrave;, comme pour le caf&eacute;, le bloc de carbure est renferm&eacute; dans un r&eacute;cipient int&eacute;rieur et l&rsquo;eau y coule goutte &agrave; goutte en provocant une r&eacute;action chimique avec la pierre, r&eacute;action contr&ocirc;l&eacute;e qui d&eacute;gage le gaz d&rsquo;ac&eacute;tyl&egrave;ne. Ce gaz (malodorant) sort alors par un petit orifice, et une fois allum&eacute;, il &eacute;clairait la chambre d&rsquo;une forte lumi&egrave;re blanch&acirc;tre.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet34.jpg\" \/><\/p>\n<p>\n\t<br clear=\"ALL\" \/><br \/>\n\tJ&rsquo;ai pu me procurer une lampe pareille, lors de mon voyage en Tunisie, je joins la photo ici.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tUn autre groupe de petits m&eacute;tiers &eacute;tait attach&eacute; &agrave; la &lsquo;bouffe&rsquo;.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tUne de nos voisines &eacute;tait une faiseuse de feuilles de briks. On la disait tr&egrave;s dou&eacute;e, puisqu&rsquo;on venait de loin pour en acheter chez elle. Je la revois aujourd&rsquo;hui assise par terre, comme le marchand de beignets arabe. Elle avait, &agrave; sa droite, une grande cuvette pleine de p&acirc;te molle, et devant elle, une po&ecirc;le de cuivre renvers&eacute;e, chauff&eacute;e presque au rouge, au-dessus d&rsquo;un grand primus. Elle prenait dans sa main un morceau de p&acirc;te avec lequel elle touchait d&eacute;licatement la po&ecirc;le chaude. Ce geste se r&eacute;p&eacute;tait jusqu&rsquo;&agrave; couvrir toute la surface de la po&ecirc;le, et &agrave; chaque fois on entendait un bruit qui ressemblait &agrave; celui d&rsquo;un fer chauff&eacute; qu&rsquo;on trempait dans l&rsquo;eau. Ces bruits secs m&rsquo;accompagnait souvent quand je faisais mes devoirs. Puis comme par magie, elle d&eacute;tachait ais&eacute;ment la feuille&nbsp; et la posait sur la pile de feuilles d&eacute;j&agrave; refroidies.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tBeaucoup de maisons n&rsquo;avaient pas l&rsquo;eau courante. Il y avait au ghetto des fontaines publiques d&rsquo;eau potable, dispers&eacute;es tous les cent ou deux cent m&egrave;tres. C&rsquo;&eacute;tait la corv&eacute;e des enfants de jouer &agrave; Cosette-et-le-seau-d&rsquo;eau. Mais ceux qui le voulaient, pouvaient appeler le Garbaji, le porteur d&rsquo;eau, qui vous amenait pour quelques sous, une outre pleine qu&rsquo;il d&eacute;versait directement dans vos jarres. L&rsquo;outre, une peau de ch&egrave;vre qui avait les pattes attach&eacute;es et dont l&rsquo;ouverture du cou servait au passage de l&rsquo;eau, avait la peau poreuse et l&rsquo;eau en d&eacute;goulinait sur un tablier de cuir &eacute;pais que le porteur avait sur le dos.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet35.jpg\" \/><\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tLa vendeuse de l&eacute;gumes-de-bouillon-&agrave;-la-botte (Kattat L&eacute;broudou), assise sur une natte, &eacute;talait des bottes de l&eacute;gumes qui contenaient tout pour faire un bouillon. Il y avait un quart de t&egrave;te de c&eacute;leri, quelques carottes, des herbes etc&hellip;juste pour le jour m&ecirc;me, pas plus, pas de restes &agrave; jeter.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tUn autre m&eacute;tier curieux &eacute;tait celui du vendeur de jaunes d&rsquo;&oelig;ufs. Certains patissiers n&rsquo;utilisaient que le blanc de l&rsquo;&oelig;uf et vendaient le jaune, &agrave; bas prix, le matin &agrave; Sidi Bou H&#39;did. &nbsp;Le casseur &eacute;tait arm&eacute; d&rsquo;un grand panier plein d&rsquo;&oelig;ufs frais et d&rsquo;une cuvette pour accumuler&nbsp;le liquide blanc g&eacute;latineux. On ne savait rien du cholest&eacute;rol dans le temps, mais on nous a beaucoup vant&eacute; les bienfaits du jaune de l&rsquo;&oelig;uf. Alors sur la route de l&rsquo;&eacute;cole, on avalait deux ou trois de ces boules jaunes, on aimait &ccedil;a et ce n&rsquo;&eacute;tait pas cher.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tIl y avait aussi le berger qui promenait ses ch&egrave;vres dans nos ruelles et qui nous servait du lait tout chaud, directement de la t&eacute;tine. Cela fait penser &agrave; Pasteur qui n&rsquo;aurait s&ucirc;rement pas bu de ce lait.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tChez le confiseur, le fabricant de bonbons, on aimait voir ses &lsquo;laminoirs&rsquo; et le travail qu&rsquo;il investissait dans le malaxage de la p&acirc;te de sucre.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" border=\"0\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/Confiseur.jpg\" \/><\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tApres le p&eacute;trissage &agrave; la machine, il pliait et repliait cette grosse masse de pate chaude, color&eacute;e et brillante, contre de gros clous qui sortaient du mur, et cela pendant des heures. Ensuite il la passait&nbsp; dans une esp&egrave;ce de laminoir dont les rouleaux avaient des creux de la forme de la moiti&eacute; du bonbon. Chaque creux avait son jumeau sur le rouleau d&rsquo;en face. Quel plaisir que de voir des centaines de bonbons sortir de cette p&acirc;te amorphe, qui passait entre ces cylindres d&rsquo;acier brillants. Quand on ne d&eacute;rangeait pas trop le travail, on &eacute;tait bien r&eacute;compens&eacute;.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<span style=\"display: none;\">&nbsp;<\/span><span style=\"display: none;\">&nbsp;<\/span><span style=\"display: none;\">&nbsp;<\/span><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet36.jpg\" \/><span style=\"display: none;\">&nbsp;<\/span><span style=\"display: none;\">&nbsp;<\/span><span style=\"display: none;\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tLa vari&eacute;t&eacute; de g&acirc;teaux&nbsp; qui se vendaient sur la rue Sidi Bou Hdid est connue de presque tous les Tunisiens. Bien entendu que leur qualit&eacute;, existait aussi dans les p&acirc;tisseries des quartiers plus ais&eacute;s, et se retrouve, bien s&ucirc;r, &agrave; Paris depuis presque un demi-si&egrave;cle.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tIl y avait un vieux marchand ambulant de petits g&acirc;teaux, qui se pla&ccedil;ait tr&egrave;s souvent &agrave; l&rsquo;ombre d&rsquo;un des immeubles de recasement de la Hafsia et qui vendait des Ghr&eacute;iba au H&rsquo;ams ou au beurre. Il vendait aussi ces cubes g&eacute;latineux et color&eacute;s, qui &eacute;taient loin d&rsquo;&ecirc;tre du Halkoum. Mais ses g&acirc;teaux faits de copeaux de noix de coco avaient un gout que je n&rsquo;ai pas retrouv&eacute; depuis.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tCes m&eacute;tiers existaient surement en dehors de la H&rsquo;ara, et je serai heureux si j&rsquo;ai pu r&eacute;veiller en certains lecteurs le souvenir d&rsquo;une connaissance ou d&rsquo;un membre de leur famille qui faisaient partie de cette noble famille d&rsquo;artisans.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tUne partie de l&rsquo;artisanat juif d&eacute;crit ici, &eacute;tait n&eacute;e ou s&ucirc;rement influenc&eacute;e par le contact avec d&rsquo;autres communaut&eacute;s&nbsp; qui n&rsquo;&eacute;taient pas plus ais&eacute;es. Ce sont les Maltais et les Siciliens, et on aimerait un jour retrouver, dans un des villages lointains de ces &icirc;les, des artisans qui font encore ces m&eacute;tiers.&nbsp;<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Avraham Bar Shay (Benattia)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href=\"mailto:absf@netvision.net.il\">absf@netvision.net.il<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Les m&eacute;tiers disparus du Ghetto de Tunis &nbsp; Cette liste ne contient pas les m&eacute;tiers qui &eacute;taient tr&egrave;s connus en dehors du ghetto, ni ceux que les Tunisiens, immigr&eacute;s &agrave; Paris (ou ailleurs), ont repris dans leurs nouveaux pays. 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