{"id":5919,"date":"2013-01-08T23:01:01","date_gmt":"2013-01-08T23:01:01","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5919"},"modified":"2013-01-08T23:01:01","modified_gmt":"2013-01-08T23:01:01","slug":"deux-etrangers-un-fabuleux-roman-signe-emilie-freche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/deux-etrangers-un-fabuleux-roman-signe-emilie-freche\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Deux \u00e9trangers\u00a0\u00bb : un fabuleux roman sign\u00e9 Emilie Fr\u00e8che"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&quot;Deux &eacute;trangers&quot; : un fabuleux roman sign&eacute; Emilie Fr&egrave;che<\/p>\n<p><\/p>\n<p>\n\t&quot;Deux &eacute;trangers&quot;, le nouveau roman d&#39;Emilie Fr&egrave;che, se d&eacute;vore plus avidement encore que le pr&eacute;c&eacute;dent (&quot;Chouquette&quot;). Aux c&ocirc;t&eacute;s de la narratrice, le lecteur s&#39;embarque pour un road-movie Paris-Marrakech, dans l&#39;attente d&#39;un rendez-vous avec un p&egrave;re ha&iuml;, et peut-&ecirc;tre ador&eacute;. Un pur d&eacute;lice qui m&ecirc;le subtilement voyage, r&eacute;miniscences d&#39;enfance et interrogation sur la famille, la juda&iuml;t&eacute; et l&#39;alt&eacute;rit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tFamilles, je vous hais ! Air connu et variation r&eacute;ussie.<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t<br \/>\n\t\tDeux &eacute;trangers&nbsp;d&eacute;bute par le coup de fil d&#39;un p&egrave;re demandant &agrave; sa fille de venir le voir d&#39;urgence &agrave; Marrakech. Elise, qui a coup&eacute; les ponts depuis sept ans, d&eacute;teste ce potentat domestique qui a tyrannis&eacute; sa m&egrave;re, son fr&egrave;re, elle-m&ecirc;me.<\/p>\n<p>\t\tElle a cru rompre les liens.&nbsp;Pourtant, alors qu&#39;elle est s&eacute;par&eacute;e depuis un mois de son compagnon, elle va abandonner ses deux fils pour rejoindre le Maroc dans une vieille Renault 5,&nbsp;&quot;seule chose qui lui reste de sa m&egrave;re&quot;, en un improbable road-movie.<\/p>\n<p>\t\tAventures cocasses et r&eacute;miniscences d&#39;enfance<\/p>\n<p>\t\tLes &eacute;tapes de ce voyage initiatique permettent &agrave; la narratrice de remonter le fil de sa m&eacute;moire. A la premi&egrave;re personne, elle livre un r&eacute;cit o&ugrave; s&#39;entrem&ecirc;lent aventures parfois cocasses, r&eacute;miniscences d&#39;enfance, r&eacute;flexion sur son couple au bord de la rupture, sur la souffrance familiale et sur une juda&iuml;t&eacute; pas toujours bien v&eacute;cue.<\/p>\n<p>\t\tAinsi son p&egrave;re, juif d&#39;Afrique du Nord, a t-il d&eacute;cid&eacute;&nbsp;&quot;de s&#39;appeler Amour&quot;&nbsp;au lieu de Benhamou et &eacute;pous&eacute; une askh&eacute;naze dont il ne supportait&nbsp;&quot;ni la culture ni la nourriture ni l&#39;humour&quot;&nbsp;yiddish.<\/p>\n<p>\t\t&nbsp;&nbsp;&quot;L&#39;envie folle de le finir au pic &agrave; glace&quot;<\/p>\n<p>\t\tCe despote familial, se souvient-elle, faisait r&eacute;gner la terreur jusque dans son impeccable Safrane o&ugrave; il ordonnait &agrave; ses enfants un silence total, sous peine de&nbsp;&quot;leur en coller une&quot;. Et sa fille, des ann&eacute;es plus tard, de se rappeler du visage tremblant de sa m&egrave;re, de&nbsp;&quot;la voix obsc&egrave;ne des animatrices radio et surtout&quot;&nbsp;de son &quot;envie folle de le finir au pic &agrave; glace&quot;.<\/p>\n<p>\t\tAutobiographique, cette terreur ? Pas du tout, souligne la romanci&egrave;re. Et pour &eacute;viter toute confusion, r&eacute;glons la question : il ne s&#39;agit pas ici d&#39;une autofiction scabreuse &agrave; la Christine Angot, mais d&#39;une vraie construction romanesque qui se joue du lecteur, et le tient en haleine de bout en bout.<\/p>\n<p>\t\tA travers ce personnage fictif, donc, Emilie Fr&egrave;che s&#39;interroge sur la transmission : &nbsp;pourquoi le personnage du p&egrave;re, dans le livre, est-il si incapable de tenir coorectement son r&ocirc;le ?&nbsp;&quot;Parce que lui-m&ecirc;me n&#39;a pas fait le deuil de son propre p&egrave;re&quot;&nbsp;, tu&eacute; d&#39;une balle perdue pendant la guerre d&#39;Alg&eacute;rie (anecdote, pour le coup, emprunt&eacute;e &agrave; l&#39;histoire personnelle de l&#39;auteure).<\/p>\n<p>\t\tCe deuil qui n&#39;a pas eu lieu le transforme pour toujours en fils orphelin. Et en h&eacute;ritier d&#39;une&nbsp;&quot;guerre qui n&#39;en finit jamais&quot;.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t&nbsp;&quot; Comment on s&#39;enracine sans terre ?&quot;<\/p>\n<p>\t\tAutre question taraudante du roman, autour de cet anti-h&eacute;ros juif et exil&eacute;&nbsp;: &quot; Comment on s&#39;enracine sans terre ? Quand on a une condition d&#39;&eacute;tranger, comment ne pas l&#39;&ecirc;tre &agrave; l&#39;autre ?&quot;<\/p>\n<p>\t\tDes concepts lourds, que l&#39;auteure, titulaire d&#39;un DEA de philosophie politique, sait all&egrave;ger d&#39;une plume gourmande et sensuelle dans ce &quot;page-turner&quot; o&ugrave; les chapitres se d&eacute;vorent, tant on br&ucirc;le d&#39;en conna&icirc;tre l&#39;issue.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tDans son sillage, le livre laisse bien plus que du plaisir : un questionnement subtil et l&#39;attachement durable &agrave; son auteur.<\/p>\n<p>\t\tDans son prochain roman, Emilie Fr&egrave;che mettra en sc&egrave;ne un fr&egrave;re et une soeur. En filigrane et toile de fond : le th&egrave;me de l&#39;injustice. Injuste comme le talent de cette fabuleuse romanci&egrave;re.<\/p>\n<p>\t\tDeux &eacute;trangers,&nbsp;Emilie Fr&egrave;che<br \/>\n\t\tActes Sud, 21 euros (en librairie le 9 janvier)<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &quot;Deux &eacute;trangers&quot; : un fabuleux roman sign&eacute; Emilie Fr&egrave;che &quot;Deux &eacute;trangers&quot;, le nouveau roman d&#39;Emilie Fr&egrave;che, se d&eacute;vore plus avidement encore que le pr&eacute;c&eacute;dent (&quot;Chouquette&quot;). Aux c&ocirc;t&eacute;s de la narratrice, le lecteur s&#39;embarque pour un road-movie Paris-Marrakech, dans l&#39;attente d&#39;un rendez-vous avec un p&egrave;re ha&iuml;, et peut-&ecirc;tre ador&eacute;. 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