{"id":5945,"date":"2016-01-01T04:33:59","date_gmt":"2016-01-01T04:33:59","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=5945"},"modified":"2016-01-03T19:56:25","modified_gmt":"2016-01-03T19:56:25","slug":"le-cocher-de-beja-par-emile-tubiana","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-cocher-de-beja-par-emile-tubiana\/","title":{"rendered":"Le cocher de Beja, par Emile Tubiana"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLe Cocher de B&eacute;ja<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\tIl &eacute;tait une fois une humble femme qui s&#39;appelait Jos&eacute;phine. Elle &eacute;tait simple et d&#39;une extr&ecirc;me bont&eacute;. Elle ne quittait pratiquement pas le seuil de sa porte. Comme elle boitait, elle passait le plus clair de ses journ&eacute;es, assise sur une chaise &agrave; regarder le va-et-vient des passants. Nous, les jeunes, nous l&#39;aimions bien, elle nous connaissait tous. Son mari &eacute;tait grand, gros aussi. Il &eacute;tait cocher de la ville. Le jour de ma communion, il nous prit &agrave; l&#39;oued avec sa voiture; c&#39;&eacute;tait la coutume. Il avait deux voitures, l&#39;une pour les mariages, l&#39;autre pour les enterrements; il ornait donc ses chevaux de rubans blancs ou noirs; ces derniers admirablement dress&eacute;s adoptaient suivant les cas une cadence diff&eacute;rente, pour les mariages ils avaient la t&ecirc;te haute et fi&egrave;re, leur allure &eacute;tait all&egrave;gre; par contre pour les enterrements la t&ecirc;te &eacute;tait basse et l&#39;allure &eacute;tait lente et pesante. Monsieur Nino adorait ses deux chevaux qui le faisaient vivre; il passait ses journ&eacute;es &agrave; les laver, &agrave; les brosser; tous trois &eacute;taient toujours pr&ecirc;ts &agrave; r&eacute;pondre au premier appel. Tout un hiver, il n&#39;y eut ni mariage, ni enterrement donc pas de travail pour Monsieur Nino qui &eacute;puisait ses &eacute;conomies pour ses propres besoins et pour nourrir ses chevaux. Un jour, Monsieur Fratello, l&#39;un de ses amis, lui demanda de lui louer les chevaux pour le labour. Il n&#39;en &eacute;tait pas question! Mais, par manque de travail, toutes ses &eacute;conomies allaient y passer. Finalement apr&egrave;s maintes r&eacute;flexions et bien &agrave; contrecoeur, il accepta avec cependant deux conditions imp&eacute;ratives: r&eacute;cup&eacute;rer imm&eacute;diatement ses chevaux d&egrave;s qu&#39;ils seraient requis pour un mariage ou un enterrement et de ne pas trop les fatiguer. Monsieur Nino &eacute;tait triste de devoir abandonner ses meilleurs amis. Il se sentait l&acirc;che, il n&#39;avait plus le courage de regarder ses chevaux. Le premier jour, il les accompagna au travail, comme deux petits enfants qu&#39;on conduit a l&#39;&eacute;cole. Il souffrait de les voir travailler. Il intervenait de temps &agrave; autre pour qu&#39;on leur permette de se reposer. Cette situation ne pouvait durer. Il finit par ne plus leur rendre visite. Quelques jours plus tard, l&#39;un des chevaux mourut subitement. Monsieur Fratello &eacute;tait affol&eacute;. Comment annoncer cette terrible nouvelle &agrave; Nino? Monsieur Manjoul &eacute;tait un sage parmi les vieux Arabes de la ville; il &eacute;tait respect&eacute;, &eacute;cout&eacute; et avait la confiance de toutes les communaut&eacute;s; &agrave; l&#39;occasion il ne manquait jamais de rendre service. Monsieur Fratello alla le consulter.<br \/>\n\t&quot;Mais c&#39;est tr&egrave;s grave ce que vous me dites l&agrave;, Monsieur Fratello. Je me demande si Nino pourra supporter un tel choc. Laissons de c&ocirc;t&eacute; tout d&eacute;dommagement financier, il vous en voudrait davantage. Laissez-moi, j&#39;ai besoin d&#39;&ecirc;tre seul pour r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; ce probl&egrave;me.&quot; Le lendemain, Monsieur Manjoul pria le juge de paix de lui rendre visite; il le mit au courant et lui demanda de l&#39;aider &agrave; solutionner cette &eacute;pouvantable histoire. Le juge ne voyait pas le r&ocirc;le qu&#39;il pourrait y jouer et n&#39;&eacute;liminait pas la possibilit&eacute; d&#39;une plaisanterie. Monsieur Manjoul le convainquit du contraire et lui dit:<br \/>\n\t&quot;Ce que tu auras &agrave; faire est tr&egrave;s simple. Demain t&ocirc;t le matin, tu r&eacute;veilleras Nino et tu lui diras de passer te voir &agrave; huit heures. Quand il viendra, tu lui annonceras avec tout le tact n&eacute;cessaire une mauvaise nouvelle, que tu as r&ecirc;v&eacute; qu&#39;Antoine, son fils, est mort.&quot;<br \/>\n\t&quot;Et ensuite?&quot; demanda le juge.<br \/>\n\t&quot;Le reste me regarde&quot; r&eacute;pliqua Monsieur Manjoul. Le lendemain il fut fait comme il fut dit. Monsieur Nino &eacute;tait boulevers&eacute; par cette visite personnelle et si matinale du juge; pour s&ucirc;r une grande personnalit&eacute; &eacute;tait d&eacute;c&eacute;d&eacute;e et le juge tenait &agrave; s&#39;entretenir avec lui des d&eacute;tails de la c&eacute;r&eacute;monie fun&egrave;bre. Les chevaux n&#39;&eacute;taient pas l&agrave; mais peu importe, il s&#39;en occuperait dans la matin&eacute;e. Pour l&#39;instant, il imaginait le cort&egrave;ge traversant la ville, lui Nino, juch&eacute; sur son carrosse, impeccablement habill&eacute;, coiff&eacute; de son haut-de-forme, provoquant l&#39;admiration de tous les passants. Avertie, Madame Nino quitta son lit et se mit &agrave; brosser et repasser la belle tenue noire de son mari qui attendait dans l&#39;armoire une telle occasion. A huit heures pr&eacute;cises, Nino se pr&eacute;senta chez Monsieur le juge qui le re&ccedil;ut le visage grave. Croyant deviner les soucis du juge, Nino le rassura:<br \/>\n\t&quot;Ne vous inqui&eacute;tez pas, Monsieur le juge, je suis toujours pr&ecirc;t, &agrave; tout moment, &agrave; remplir les fonctions de ma charge.&quot;<br \/>\n\t&quot;L&agrave; n&#39;est pas la question, mon cher Nino, je suis tout &eacute;mu, boulevers&eacute;, je ne sais comment te le dire, j&#39;ai fait un r&ecirc;ve &eacute;pouvantable, j&#39;ai r&ecirc;v&eacute; qu&#39;Antoine est mort&quot;<br \/>\n\t&quot;Qui Antoine? Mon fils?&quot;<br \/>\n\t&quot;Oui mon pauvre Nino, ton fils!&quot; Effondr&eacute;, plus mort que vif, Nino s&#39;affala dans un fauteuil. A cet instant, on frappa &agrave; la porte, Monsieur Manjoul essouffl&eacute; apparut et s&#39;&eacute;cria:<br \/>\n\t&quot;Ah! Nino, tu es l&agrave;, je te cherche partout&quot; Que lui voulait Manjoul? Probablement confirmer la mort d&#39;Antoine.<br \/>\n\t&quot;Mon pauvre Nino, j&#39;ai une mauvaise nouvelle &agrave; t&#39;annoncer&quot;, poursuivit Manjoul.<br \/>\n\t&quot;Ah Mon Dieu, surtout pas Antoine!&quot;<br \/>\n\t&quot;Mais qui te parle d&#39;Antoine; il s&#39;agit d&#39;un de tes chevaux qui vient de mourir.&quot; Comme propuls&eacute; du fauteuil, Nino sauta de joie.<br \/>\n\t&quot;Un de mes chevaux? Et que veux-tu que &ccedil;a me fasse? Merci Mon Dieu, merci il ne s&#39;agit pas de mon fils!&quot; Le juge continuant &agrave; jouer son r&ocirc;le dit a Nino:<br \/>\n\t&quot;Eh bien! il y avait quant-&agrave;-moi du vrai dans mon r&ecirc;ve, il s&#39;agissait bien de ton cheval et non d&#39;Antoine.&quot; Mais Nino &eacute;tait d&eacute;j&agrave; dehors, rentrant chez lui en chantant et en dansant; il ne fut jamais aussi heureux de sa vie.<\/p>\n<p>\tUne fois de plus, Monsieur Manjoul avait r&eacute;ussi &agrave; solutionner un probl&egrave;me grave dans les meilleures conditions.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tExtrait de L&#39;enfance Gagn&eacute;e, par Emile Tubiana<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Le Cocher de B&eacute;ja &nbsp; &nbsp; Il &eacute;tait une fois une humble femme qui s&#39;appelait Jos&eacute;phine. Elle &eacute;tait simple et d&#39;une extr&ecirc;me bont&eacute;. Elle ne quittait pratiquement pas le seuil de sa porte. 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