{"id":6013,"date":"2013-01-22T18:04:02","date_gmt":"2013-01-22T18:04:02","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6013"},"modified":"2013-01-22T18:04:02","modified_gmt":"2013-01-22T18:04:02","slug":"serge-guetta-un-banquier-au-coeur-dor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/serge-guetta-un-banquier-au-coeur-dor\/","title":{"rendered":"Serge Guetta, un banquier au coeur d&rsquo;or"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tSerge Guetta, un banquier au coeur d&#39;or<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"texte\" itemprop=\"articleBody\">\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<p>\n\t\tCe qui reste, aujourd&#39;hui, c&#39;est la certitude d&#39;avoir connu un homme essentiel, de qualit&eacute;, rare, proche des siens et des autres. Vivant pleinement. Avec g&eacute;n&eacute;rosit&eacute;. Ce qui reste, c&#39;est le sourire, la bonne humeur contagieuse. La chaleur de la voix, l&#39;enthousiasme du M&eacute;diterran&eacute;en et de l&#39;Africain qu&#39;il aura toujours &eacute;t&eacute;. Serge Guetta, fils de Nina et de Victor, n&eacute; &agrave; Gab&egrave;s le 27&nbsp;mars 1927 dans une fratrie de six gar&ccedil;ons, est mort &agrave; Paris le 13&nbsp;janvier, chez lui, au c&ocirc;t&eacute; de Monique, la compagne des derni&egrave;res ann&eacute;es. Il aurait eu 86 ans dans quelques semaines. Il &eacute;tait l&#39;ami de B&eacute;chir et de Danielle Ben Yahmed, mon ami, l&#39;ami de notre famille, l&#39;ami de&nbsp;Jeune Afrique, d&#39;Afrique Magazine. Et un citoyen de notre continent.<\/p>\n<p>\n\t\tIl a &eacute;t&eacute; tr&egrave;s longtemps banquier, un banquier surprenant et atypique, reconnu comme l&#39;un des meilleurs sp&eacute;cialistes du d&eacute;veloppement. Mais aussi un banquier &eacute;pousant les causes justes, se mettant du c&ocirc;t&eacute; des planteurs, des pays endett&eacute;s, des d&eacute;biteurs plut&ocirc;t que des cr&eacute;anciers.<\/p>\n<p>\n\t\tIl a &eacute;t&eacute; l&#39;ami le plus proche et le plus ancien de B&eacute;chir Ben Yahmed. Son banquier des premiers temps aussi, celui de&nbsp;Jeune Afrique, par le biais de la Soci&eacute;t&eacute; tunisienne de banque (STB). Banquier providentiel sans qui probablement les choses auraient &eacute;t&eacute; diff&eacute;rentes&#8230; Et tout au long de ces ann&eacute;es, le conseiller &eacute;clair&eacute; de la maison. S&#39;essayant m&ecirc;me &agrave; l&#39;&eacute;criture et au journalisme. Ferraillant avec BBY, justement, par articles interpos&eacute;s, sur les m&eacute;rites ou les d&eacute;fauts de la Banque mondiale, les vertus suppos&eacute;es de la d&eacute;valuation du franc CFA, la r&eacute;forme n&eacute;cessaire de la Banque africaine de d&eacute;veloppement&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\tTunisien et juif de culture, il est rest&eacute; toute sa vie attach&eacute; &agrave; son passeport et &agrave; son identit&eacute;. Un homme influent, c&ocirc;toyant les chefs d&#39;&Eacute;tat et les ministres, mais aussi les petits, les chauffeurs de taxi, les serveurs. Un homme sans a priori, &agrave; l&#39;aise dans le voyage et l&#39;&eacute;change. Mais aussi un pater familias accompli. Tendre. Exigeant. Entier.<\/p>\n<p>\n\t\tL&#39;histoire de Serge Guetta commence &agrave; Gab&egrave;s, dans cette ville dure, proche de la fronti&egrave;re du Sud tunisien. Enfant, il pr&eacute;f&egrave;re les cours de th&eacute;&acirc;tre &agrave; l&#39;&eacute;cole. Son fr&egrave;re Charles le pousse &agrave; quitter la province, &agrave; &eacute;viter un &laquo;&nbsp;avenir de&nbsp;cireur de chaussures&nbsp;&raquo; et &agrave; monter &agrave; Tunis pour y entreprendre des &eacute;tudes de gestion et de commerce. Son fr&egrave;re Charles qui &eacute;tait aussi notre ami et qui fut tu&eacute; en juillet&nbsp;1971 lors de la tentative de coup d&#39;&Eacute;tat de Skhirat, au Maroc, par un soldat mutin.<\/p>\n<p>\n\t\tSerge &eacute;pouse Gabrielle (&laquo;&nbsp;Gaby&nbsp;&raquo;) Louzon en juillet&nbsp;1954. Ils formeront un couple uni pendant cinquante ans. Et parcourront le monde avec leurs enfants, Daniel, Dominique et Isabelle. &Agrave; Tunis, Serge entre &agrave; la Banque d&#39;Alg&eacute;rie et de Tunisie, alors institut d&#39;&eacute;mission commun aux deux pays. C&#39;est la fin des ann&eacute;es 1950, l&#39;&eacute;poque de l&#39;autonomie interne puis de l&#39;ind&eacute;pendance. Serge reste en Tunisie, son pays. Une Tunisie &agrave; inventer et &agrave; construire. Les cadres sont rares, jeunes, enthousiastes, sans complexe. Une joyeuse &eacute;quipe se constitue. B&eacute;chir et Serge deviennent amis. Des potes, des vrais, partenaires dans la f&ecirc;te, mais aussi dans le travail et les projets. Habib Bourguiba, pr&eacute;sident ambitieux, veut se d&eacute;faire du poids des banques fran&ccedil;aises. Il charge Azouz Mathari, son chef de cabinet, de fonder une institution nationale. La l&eacute;gende veut que ce soit autour d&#39;une table de salle &agrave; manger qu&#39;Azouz, Serge et B&eacute;chir aient &laquo;&nbsp;invent&eacute;&nbsp;&raquo; la STB. La l&eacute;gende dit aussi que les trois amis all&egrave;rent faire le tour des commer&ccedil;ants de la rue Al-Jazira pour les inciter &agrave; ouvrir des comptes et d&eacute;poser des paquets de dinars aux guichets.<\/p>\n<p>\n\t\tTr&egrave;s vite, la STB devient la premi&egrave;re banque du pays (elle l&#39;est toujours). Serge rencontre alors Danielle, veuve de Mohsen Limam, d&eacute;c&eacute;d&eacute; dans un accident d&#39;avion en novembre&nbsp;1966, inventeur du plan de d&eacute;veloppement tunisien, directeur de cabinet du ministre Ahmed Ben Salah. Serge aide Danielle &agrave; mettre ses affaires en ordre. Ils deviennent amis. Les ann&eacute;es passent. En 1968, il la pr&eacute;sente &agrave; B&eacute;chir, c&eacute;libataire convaincu. Avec une petite id&eacute;e derri&egrave;re la t&ecirc;te&#8230; On imagine le d&icirc;ner, le date, comme disent nos amis am&eacute;ricains : Serge et Gaby d&#39;un c&ocirc;t&eacute;, Danielle et B&eacute;chir de l&#39;autre. Danielle et B&eacute;chir se marient &agrave; Rome le 2&nbsp;avril 1969. Serge et Gaby seront &eacute;videmment les t&eacute;moins de cette belle histoire.<\/p>\n<p>\n\t\tToujours en 1969, Serge&nbsp;est &laquo;&nbsp;rep&eacute;r&eacute;&nbsp;&raquo; par la Banque mondiale pour son exp&eacute;rience du d&eacute;veloppement et sa passion naissante pour l&#39;Afrique des ind&eacute;pendances. Il rejoint le si&egrave;ge de la v&eacute;n&eacute;rable institution &agrave; Washington. Il repr&eacute;sentera ensuite cette derni&egrave;re &agrave; Kinshasa, au Za&iuml;re, l&#39;un des principaux pays clients de la Banque, l&#39;un des plus complexes aussi, &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; tout semble possible. Mobutu en toque l&eacute;opard, canne &agrave; la main, grand chef tout puissant&#8230; Six ann&eacute;es de vie kinoise qui feront de Serge l&#39;un des sp&eacute;cialistes reconnus du pays et de la r&eacute;gion.<\/p>\n<p>\n\t\tEn septembre&nbsp;1979, il prend la direction r&eacute;gionale pour l&#39;Afrique de l&#39;Ouest, avec r&eacute;sidence &agrave; Abidjan. C&#39;est la premi&egrave;re fois qu&#39;un Africain occupe un poste de cette importance. La mission dure jusqu&#39;en 1985. Serge est l&#39;un des acteurs de ce que l&#39;on appellera le miracle ivoirien. Un acteur lucide, puisque, dans ses rapports, il n&#39;h&eacute;site pas &agrave; faire part de ses doutes. Il devient l&#39;un des visiteurs de confiance de F&eacute;lix Houphou&euml;t-Boigny. Les deux hommes parlent banque, finance, d&eacute;veloppement, peut-&ecirc;tre m&ecirc;me un peu politique. Serge tente de limiter l&#39;app&eacute;tit de capitaux du pays et son endettement massif. Dans une interview &agrave; J.A. (n&deg;&nbsp;1726, 3 au 9&nbsp;f&eacute;vrier 1994), il racontera que &laquo;&nbsp;les bailleurs de fonds &eacute;trangers proposaient n&#39;importe quoi avec des financements &agrave; 100&nbsp;%&nbsp;&raquo;. Il tente aussi de convaincre le Vieux d&#39;organiser sa succession, &agrave; l&#39;image de Senghor au S&eacute;n&eacute;gal. Le Vieux r&eacute;pondra que &laquo;&nbsp;partir, ce serait d&eacute;serter&nbsp;&raquo; !<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\tIl repr&eacute;sente la Banque mondiale au pays de Mobutu, et sera l&#39;un des acteurs du miracle ivoirien.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t\tJe me rappelle tout particuli&egrave;rement cette p&eacute;riode. &Agrave; 16 ans, je passais mes vacances de P&acirc;ques &agrave; Abidjan, mon tout premier voyage en Afrique subsaharienne. Je me souviens de la grande maison de Cocody. De Serge envahissant en chantant la cuisine, pr&eacute;parant du couscous au poisson. D&#39;une ville illumin&eacute;e, orgueilleuse, d&#39;une patinoire au coeur des tropiques, du cin&eacute;ma de l&#39;H&ocirc;tel Ivoire, d&#39;un p&eacute;riple &agrave; Assinie, dans une Afrique enchant&eacute;e&#8230; Pourtant, on sentait que quelque chose s&#39;&eacute;tait cass&eacute;, que le pays allait conna&icirc;tre des jours difficiles. Qu&#39;il &eacute;tait sur le d&eacute;clin.<\/p>\n<p>\n\t\tEn 1986, Serge quitte la Banque mondiale et s&#39;installe &agrave; Bruxelles. &Agrave; 59 ans, il entame une carri&egrave;re dans le priv&eacute;. D&#39;abord avec l&#39;entreprise belge Chanic, voyageant entre le plat pays et Kinshasa. En 1996, le couple Guetta s&#39;installe &agrave; Paris. Serge travaille comme consultant ind&eacute;pendant. Il arpente l&#39;Afrique de long en large et participe &agrave; la cr&eacute;ation du Groupe Banque atlantique. Son &eacute;nergie est rest&eacute;e la m&ecirc;me. Son app&eacute;tit de la vie aussi.<\/p>\n<p>\n\t\tEn 2004, Gaby meurt brutalement, quelques jours apr&egrave;s leur cinquanti&egrave;me anniversaire de mariage. Pour Serge, tout s&#39;arr&ecirc;te. Il s&#39;enferme. Cesse de travailler. Mais il n&#39;a pas enti&egrave;rement renonc&eacute;. Le destin lui offre un dernier bonheur, sa rencontre avec Monique Sebag. Gr&acirc;ce &agrave; elle, il vivra pleinement les cinq derni&egrave;res ann&eacute;es de son aventure. Il voyage, au Maroc, &agrave; Venise, revoit ses amis, accorde une attention permanente &agrave; ses petits-enfants, qu&#39;il adore. La bar-mitzvah de ses deux petits-fils, Lionel et Nicolas, est pour lui un grand moment de bonheur. Tout comme la naissance de la petite derni&egrave;re du clan, Lou-Enna, il y a presque quatre ans.<\/p>\n<p>\n\t\tEt puis, voil&agrave;, Serge est parti, &agrave; son tour. Nous l&#39;avons accompagn&eacute; dans le carr&eacute; juif du cimeti&egrave;re de Montparnasse, &agrave; Paris, rejoindre Gaby. Il faisait tr&egrave;s froid, la journ&eacute;e s&#39;annon&ccedil;ait neigeuse, pluvieuse, et pourtant un grand rayon de soleil est venu &eacute;clairer la c&eacute;r&eacute;monie. Un petit message, peut-&ecirc;tre venu d&#39;ailleurs.<\/p>\n<p>\n\t\tEn regardant le ciel et les amis et la famille, tous ceux qui &eacute;taient l&agrave;, nous nous sommes dit que ce qui resterait, toujours, finalement, c&#39;est la chaleur, la g&eacute;n&eacute;rosit&eacute;, l&#39;enthousiasme, la jeunesse &eacute;ternelle de Serge Guetta, dans nos m&eacute;moires et dans nos coeurs.<\/p>\n<p>\n\t\tGrand ami de &quot;Jeune Afrique&quot; et de B&eacute;chir Ben Yahmed, ce vrai sp&eacute;cialiste de l&#39;Afrique et du d&eacute;veloppement, g&eacute;n&eacute;reux, enthousiaste et qui a toujours &eacute;pous&eacute; les causes justes, nous a quitt&eacute;s le 13&nbsp;janvier.<\/p>\n<p>\n\t\t* Directeur d&#39;Afrique Magazine.<\/p>\n<\/div>\n<p>\n\tLire l&#39;article sur Jeuneafrique.com :&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/Article\/JA2715p018_019.xml0\/#ixzz2IjDuZkGA\">Serge Guetta, un banquier au coeur d&#39;or | Jeuneafrique.com &#8211; le premier site d&#39;information et d&#39;actualit&eacute; sur l&#39;Afrique<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Serge Guetta, un banquier au coeur d&#39;or &nbsp; &nbsp; &nbsp; Ce qui reste, aujourd&#39;hui, c&#39;est la certitude d&#39;avoir connu un homme essentiel, de qualit&eacute;, rare, proche des siens et des autres. 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