{"id":6017,"date":"2015-05-19T00:03:23","date_gmt":"2015-05-19T00:03:23","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6017"},"modified":"2015-05-18T20:53:24","modified_gmt":"2015-05-18T20:53:24","slug":"il-y-167-ans-labolition-de-lesclavage-en-tunisie-les-regards-croises-de-3-chercheurs-tunisie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/il-y-167-ans-labolition-de-lesclavage-en-tunisie-les-regards-croises-de-3-chercheurs-tunisie\/","title":{"rendered":"Il y a 167 ans, l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage en Tunisie : les regards crois\u00e9s de 3 chercheurs tunisiens"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl&nbsp;y a 167 ans, l&#39;abolition de l&#39;esclavage en Tunisie : les regards crois&eacute;s de 3 chercheurs tunisiens<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tA l&#39;occasion de la comm&eacute;moration de l&#39;abolition de l&#39;esclavage en Tunisie, trois chercheurs pr&eacute;sentent un dossier sur cette question, en Tunisie et dans le monde :<br \/>\n\t\t&bull; Mounira Chapoutot-Remadi, professeur d&#39;histoire du moyen &acirc;ge du monde arabe et musulman et vice-pr&eacute;sidente de l&#39;Association Nawarni, rappelle la profondeur historique de l&#39;histoire de l&#39;esclavage et axe son propos essentiellement sur son &eacute;volution en Tunisie jusqu&#39;&agrave; son abolition le 23 janvier 1846 ;<br \/>\n\t\t&bull; St&eacute;phanie Pouessel, anthropologue et chercheure &agrave; l&#39;Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain, &eacute;voque ses retomb&eacute;es sur les m&eacute;moires plurielles dans la Tunisie d&#39;aujourd&#39;hui ;<br \/>\n\t\t&bull; Ridha Tlili, historien chercheur, &eacute;voque quant &agrave; lui la traite n&eacute;gri&egrave;re et le commerce triangulaire qui ont entrain&eacute;, pendant quatre si&egrave;cles, la d&eacute;portation de milliers d&rsquo;Africains aux Am&eacute;riques.<\/p>\n<p>\t\tNous tenons non seulement &agrave; rappeler &agrave; tous les Tunisiens, une page importante de l&#39;histoire de notre pays et du monde et, par del&agrave; ce dossier, nous ambitionnons de demander l&#39;inscription de cette date, qui fait honneur &agrave; nos anc&ecirc;tres et nous remplit de fiert&eacute;, dans notre calendrier national. C&#39;est cette Tunisie, moderne, libre, tol&eacute;rante, plurielle et riche de toute sa diversit&eacute;, que nous aimons.<\/p>\n<p>\n\t\tMounira Chapoutot-Remadi<br \/>\n\t\tCoordinatrice du dossier<\/p>\n<p>\n\t\tUn devoir de m&eacute;moire : L&#39;abolition de l&#39;esclavage le 23 janvier 1846<\/p>\n<p>\n\t\tIl est vrai que je suis fi&egrave;re de pourvoir dire et r&eacute;p&eacute;ter &agrave; l&#39;occasion, que mon pays a &eacute;t&eacute; le premier du monde arabe et musulman &agrave; abolir l&#39;esclavage, le 23 janvier 1846.<\/p>\n<p>\t\tIl est vrai que mon but aujourd&#39;hui est de le rappeler &agrave; tous mes compatriotes afin d&#39;inscrire cette date dans notre calendrier m&eacute;moriel national. Si le 2 d&eacute;cembre de chaque ann&eacute;e correspond &agrave; la journ&eacute;e internationale de l&#39;abolition de l&#39;esclavage, le 23 janvier devrait &ecirc;tre inscrit dans notre calendrier national.<\/p>\n<p>\t\tL&#39;esclavage est une institution vieille de plusieurs si&egrave;cles et elle &eacute;tait g&eacute;n&eacute;rale dans l&#39;Antiquit&eacute;. Ce ph&eacute;nom&egrave;ne n&#39;est donc pas li&eacute; &agrave; une religion ni &agrave; un espace g&eacute;ographique. La guerre et le commerce &eacute;taient les principales sources de l&#39;esclavage. L&#39;av&egrave;nement des religions monoth&eacute;istes allait, d&#39;une certaine mani&egrave;re, contribuer &agrave; freiner sinon &agrave; diminuer le ph&eacute;nom&egrave;ne. Pour le christianisme comme pour l&#39;islam, Il &eacute;tait interdit de r&eacute;duire en esclavage, un coreligionnaire. L&#39;&eacute;mancipation de l&#39;esclave &eacute;tait m&ecirc;me un acte de pi&eacute;t&eacute; recommand&eacute; en Islam. L&#39;esclave femme devenue m&egrave;re d&#39;un gar&ccedil;on, Umm walad ne pouvait plus &ecirc;tre vendue mais devait &ecirc;tre affranchie.<\/p>\n<p>\t\tDu point de vue de l&#39;Islam, la division du monde en D&acirc;r al-Islam, D&acirc;r al-harb, allait permettre aux musulmans de continuer la traite pendant des si&egrave;cles. C&#39;est ainsi que des centaines de milliers de corps furent arrach&eacute;s &agrave; leurs proches, vendus sur les march&eacute;s de la M&eacute;diterran&eacute;e et de l&#39;Asie. Leurs destin&eacute;es furent diverses selon les &eacute;poques, les pays, les fonctions qu&#39;ils eurent &agrave; exercer. Les uns acc&eacute;d&egrave;rent aux fonctions les plus illustres, comme les sultans mamluks d&rsquo;&Eacute;gypte, les autres eurent beaucoup moins de chance, comme ceux qui furent astreints aux taches les plus dures. Certains &eacute;galement furent castr&eacute;s et c&#39;est comme eunuques qu&#39;ils travaill&egrave;rent dans les palais des sultans. Ils furent affect&eacute;s &agrave; la garde des harems et &agrave; l&#39;&eacute;ducation des jeunes esclaves. Les conditions de voyage &eacute;taient tr&egrave;s dures et beaucoup mouraient en chemin avant d&#39;atteindre leur destination finale.<\/p>\n<p>\t\tLe vocabulaire arabe emploie une terminologie vari&eacute;e pour les d&eacute;signer. L&#39;esclave noir est appel&eacute; : &#39;abd, wasif, khadim, chouchen, hartani (pluriel Harratin) et akli en berb&egrave;re ; l&#39;esclave blanc : mamluk, &#39;ulj, saqlabi, rumi, jarkassi, turki, &#8230; quand l&#39;origine ethnique est pr&eacute;cis&eacute;e. Les taches domestiques &eacute;taient r&eacute;serv&eacute;es aux noirs, les fonctions miliaires g&eacute;n&eacute;ralement aux autres.<\/p>\n<p>\t\tLes flux &eacute;taient divers selon la g&eacute;ographie et les &eacute;poques. Les sources arabes de la conqu&ecirc;te d&eacute;crivent et donnent des chiffres assez consid&eacute;rables d&#39;esclaves berb&egrave;res qui furent les premi&egrave;res victimes de ce trafic vers Damas et Bagdad. Malgr&eacute; l&#39;islamisation, le quint humain, takhmis, fut pratiqu&eacute; sur les familles, provoquant une des plus grandes r&eacute;voltes berb&egrave;res en 740.<\/p>\n<p>\t\tUne des premi&egrave;res exp&eacute;ditions de &#39;Uqba b. N&acirc;fi&#39; consista &agrave; aller capturer des esclaves au Fezzan. Tr&egrave;s vite les Berb&egrave;res eux-m&ecirc;mes prirent en charge le commerce transsaharien et se charg&egrave;rent ainsi de la traite. Les Aghlabides se dot&egrave;rent d&#39;une garde noire plus fid&egrave;le que l&#39;arm&eacute;e arabe des conqu&eacute;rants qui fomentait de r&eacute;voltes et &eacute;tait plus exigeante. Ils en employ&egrave;rent d&#39;autres dans l&#39;agriculture et dans les grands domaines. Les dynasties suivantes continu&egrave;rent &agrave; s&#39;appuyer sur ce commerce &agrave; la fois pour les besoins internes et externes.<\/p>\n<p>\t\tTrois grands axes caravaniers sud-nord traversaient le Maghreb. Pour la Tunisie, la plupart des esclaves africains arrivait du Fezzan et du Bornou par Ghadam&egrave;s et les autres empruntaient une deuxi&egrave;me route reliant Tombouctou au Dj&eacute;rid et &agrave; Gafsa, en passant par le Mzab. La Tunisie a &eacute;t&eacute; une zone de r&eacute;ception et de transit de ce trafic d&#39;&ecirc;tres humains. La traite a continu&eacute; pendant des si&egrave;cles. Beaucoup de ces hommes et de ces femmes se sont peu &agrave; peu fondus dans la population locale.<\/p>\n<p>\t\tUn tournant important dans notre histoire a acc&eacute;l&eacute;r&eacute; ce ph&eacute;nom&egrave;ne d&#39;assimilation. Le r&egrave;gne d&#39;Ahmed Bey (1837-1855) est rest&eacute; dans notre m&eacute;moire comme la premi&egrave;re entr&eacute;e dans la modernit&eacute;. Elle &eacute;tait certes dans l&#39;air du temps aussi bien &agrave; Istanbul qu&#39;au Caire. Des mesures semblables avaient &eacute;t&eacute; prises, mais l&#39;originalit&eacute; de notre pays, c&#39;est d&#39;avoir d&eacute;cr&eacute;t&eacute; avant tous les autres, l&#39;abolition de l&#39;esclavage le 23 janvier 1846.<\/p>\n<p>\t\tCertes en examinant de pr&egrave;s la situation de la Tunisie, 35 ans avant le Protectorat, on pourrait penser que ces mesures sont arriv&eacute;es trop tard, qu&#39;elles ont &eacute;t&eacute; command&eacute;es par la conjoncture internationale. La modernit&eacute; plaqu&eacute;e, et non encore port&eacute;e par la majorit&eacute; de la population, n&#39;&eacute;tait peut-&ecirc;tre pas encore &agrave; l&#39;ordre du jour. Certes, les lois ne font pas dispara&icirc;tre du jour au lendemain les lourdeurs des mentalit&eacute;s. Certes, la discrimination &agrave; l&#39;&eacute;gard de certains de nos compatriotes a du mal &agrave; dispara&icirc;tre.<\/p>\n<p>\t\tAujourd&#39;hui, 167 ans se sont &eacute;coul&eacute;s, nous devons retenir une chose importante. Oui nous sommes fiers d&#39;&ecirc;tre le premier pays musulman &agrave; avoir tourn&eacute; la page de cet abominable commerce d&#39;&ecirc;tres humains et nous sommes fiers de notre diversit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tMounira Chapoutot-Remadi<br \/>\n\t\tProfesseur d&#39;histoire, Universit&eacute; de Tunis<br \/>\n\t\tVice-pr&eacute;sidente de l&#39;association Nawarni<\/p>\n<p>\n\t\tTrace d&rsquo;aujourd&rsquo;hui : jusqu&rsquo;o&ugrave; reconnaitre les m&eacute;moires plurielles ?<\/p>\n<p>\t\tLa lib&eacute;ration d&rsquo;expression qui caract&eacute;rise l&rsquo;apr&egrave;s-2011 est aussi celle qui invite les Tunisiens &agrave; se r&eacute;approprier leur histoire. Quand certains tiennent &agrave; souligner sa berb&eacute;rit&eacute;, d&rsquo;autres reviennent &agrave; l&rsquo;histoire islamique, ou ottomane quand l&rsquo;histoire est vue par d&rsquo;autres encore comme bourguibienne avant tout. Ses d&eacute;clinaisons semblent infinies. Pour certains, il est temps aujourd&rsquo;hui de soulever une partie de l&rsquo;histoire transafricaine, celle qui a ramen&eacute; des biens et des hommes. Une histoire de commerce d&rsquo;hommes, la traite esclavagiste, qui fut abolie officiellement dans sa premi&egrave;re version le 23 janvier 1846, mais qui laissa dans la soci&eacute;t&eacute; tunisienne des traces de subalternit&eacute;, conscientes ou inconscientes, visibles jusqu&rsquo;&agrave; nos jours.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tMais soulever ce sujet longtemps tabou ou confin&eacute; aux marges d&rsquo;une identit&eacute; tunisienne et arabe appel&eacute;e &agrave; &ecirc;tre r&eacute;concili&eacute;e n&rsquo;est pas l&rsquo;apanage des seuls historiens. Ce besoin &eacute;mane d&rsquo;une partie de la soci&eacute;t&eacute; en qu&ecirc;te de reconnaissance, de respect et d&rsquo;&eacute;galit&eacute;. L&rsquo;&eacute;cho citoyen est de plus en plus grand (cf. la nouvelle association ADAM) et les cr&eacute;ations artistiques se multiplient (th&eacute;&acirc;tre, cin&eacute;ma, etc.). Toutes soulignent un racisme encore pr&eacute;sent dans la soci&eacute;t&eacute; tunisienne mais rappellent aussi des &eacute;l&eacute;ments endog&egrave;nes prometteurs, comme la fiert&eacute; d&rsquo;une abolition de l&rsquo;esclavagisme pr&eacute;coce, ant&eacute;rieure &agrave; la France et fruit d&rsquo;une g&eacute;n&eacute;ration de penseurs modernistes &agrave; l&rsquo;instar du r&eacute;formateur Ibn Abou Dhiaf. L&rsquo;islam y est souvent per&ccedil;u comme levier de la lib&eacute;ration, appelant &agrave; l&rsquo;&eacute;galit&eacute; des croyants devant la foi; le personnage de Bilel, esclave alors lib&eacute;r&eacute; par le proph&egrave;te et premier muezzin du Messager, venant en attester.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tAu-del&agrave; des modalit&eacute;s propres au Nord de l&rsquo;Afrique et au monde islamique, instituer la reconnaissance de la &laquo; date tunisienne &raquo; de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage, le 23 janvier, accole aux populations noires du Maghreb le mod&egrave;le de la diaspora noire mondiale, essentiellement pens&eacute;e jusque l&agrave; comme transatlantique, c&rsquo;est-&agrave;-dire partie d&rsquo;Afrique en direction des Am&eacute;riques, avec tout ce que cela a pu engendrer comme retour aux origines depuis le si&egrave;cle dernier. Ce mod&egrave;le propulseur d&rsquo;identit&eacute; -&laquo; noire &raquo;, &laquo; post-esclavagiste &raquo; &#8211; est-il pertinent dans le monde arabe ? Les populations concern&eacute;es trancheront.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tLe d&eacute;fi est grand, aujourd&rsquo;hui en Tunisie, de ne pas politiser la question de l&rsquo;h&eacute;ritage des populations noires et de la diversit&eacute; culturelle en g&eacute;n&eacute;rale (en la r&eacute;duisant &agrave; un argument anti-islamiste), ni m&ecirc;me de la balkaniser en ethnicisant la cause, une cause d&rsquo;abord nationale puis universelle. Elle appartient &agrave; tous et s&rsquo;inscrit aujourd&rsquo;hui, pour ceux qui s&rsquo;efforcent d&rsquo;&eacute;lever le jour de l&rsquo;abolition en jour de reconnaissance nationale, dans une lutte contre le racisme et toutes formes de discriminations ou de subordination moderne. Le d&eacute;sir de comm&eacute;moration de cette date historique permet de transformer une histoire &laquo; n&eacute;gative &raquo;, celle de la traite, en une histoire positiv&eacute;e, celle de la lib&eacute;ration. Elle veut aussi rappeler l&rsquo;histoire de milliers d&rsquo;esclaves et panser les plaies des g&eacute;n&eacute;rations qui suivirent.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tL&rsquo;enjeu est br&ucirc;lant d&rsquo;une actualit&eacute; nationale, il en est de la repr&eacute;sentation qu&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; se fait d&rsquo;elle-m&ecirc;me : comment est-il possible, dans le climat social et politique actuel en Tunisie, de penser des initiatives &eacute;manant de groupes particuliers fond&eacute;s sur une langue ou une histoire &laquo; diff&eacute;rente &raquo; sans &ecirc;tre affili&eacute; &agrave; une volont&eacute; de s&eacute;paratisme, de fitna ou de division de l&rsquo;unit&eacute; d&rsquo;un pays jusque l&agrave; entach&eacute; par un pouvoir mafieux puis scind&eacute; par l&rsquo;espoir r&eacute;volutionnaire&nbsp; ?&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tSt&eacute;phanie Pouessel,&nbsp;<br \/>\n\t\tAnthropologue, chercheure &agrave; l&rsquo;Institut de recherche&nbsp;<br \/>\n\t\tsur le Maghreb contemporain, Tunis.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;esclavage une si longue histoire.<\/p>\n<p>\t\tL&rsquo;esclavage a une tr&egrave;s longue histoire, puisque le commerce triangulaire a dur&eacute; plus de quatre si&egrave;cles. Les premiers navigateurs ont atteint le Cap Bojador en 1416 et les d&eacute;buts des razzias ont laiss&eacute; des traces qui remontent &agrave; 1441 sur le Rio de Oro. Depuis, les historiens avancent le chiffre de quinze millions de personnes qui auraient &eacute;t&eacute; victimes de la traite et de l&rsquo;esclavage, mais si nous retenons l&rsquo;estimation qui &eacute;tablit que pour un esclave arriv&eacute; aux Am&eacute;riques, quatre ou cinq ont p&eacute;ri, dans les maisons de Zanzibar et pendant la travers&eacute;e. Le chiffre pourrait alors s&rsquo;&eacute;lever d&rsquo;une mani&egrave;re encore plus significative.<\/p>\n<p>\t\tEn 1791, une insurrection g&eacute;n&eacute;rale des esclaves &eacute;clate &agrave; Saint-Domingue (l&rsquo;actuelle Ha&iuml;ti). Men&eacute;s par Toussaint Louverture, les esclaves obtiennent la libert&eacute; politique en 1792. Et, en 1793, le commissaire civil Sonthonax proclame l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage. Mais cette d&eacute;cision n&rsquo;est pas encore confirm&eacute;e par la Convention en 1794.&nbsp; Exclu du Comit&eacute; de Salut Public depuis six mois, animateur du club des Cordeliers, Danton rejoint Louis Dufay, colon et d&eacute;put&eacute; de Saint-Domingue, pour obtenir cette confirmation. Fid&egrave;les &agrave; l&rsquo;esprit de la D&eacute;claration des droits de l&rsquo;homme de 1789, les membres de la Convention acclament la proposition. R&eacute;tabli par Bonaparte en mai 1802, l&rsquo;esclavage et la traite ne seront d&eacute;finitivement abolis qu&rsquo;en novembre 1848.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tCependant, pour comprendre l&rsquo;histoire de l&rsquo;esclavage, le recours &agrave; la notion de panafricanisme est incontournable. M&ecirc;me si le panafricanisme est n&eacute; avec la premi&egrave;re conf&eacute;rence africaine en 1900, son histoire commence bien avant ; c&rsquo;est depuis le 17&egrave;me si&egrave;cle, que les africains de l&rsquo;Afrique et de la diaspora, en rejetant toutes formes de racisme vis-&agrave;-vis des noirs, ont affirm&eacute; l&rsquo;&eacute;galit&eacute; des peuples et le droit des africains et des noirs &agrave; vivre dans la libert&eacute; et la dignit&eacute;, comme les autres &ecirc;tres humains. Les premiers &eacute;crits contre l&rsquo;esclavagisme de Antony Amo en 1703, Ignatius Sancho en 1782 et Ottobah Cuguano en 1787, et encore de l&rsquo;esclave afro-am&eacute;ricain James Somerset en 1772, sont des textes fondateurs qui forment en quelque sorte la pr&eacute;histoire de la lutte des Noirs dans le monde. Par ailleurs, apr&egrave;s cette p&eacute;riode fondatrice, le th&egrave;me de l&rsquo;ind&eacute;pendance du territoire africain occup&eacute; par les puissances coloniales apparut comme une perspective devant mettre fin au processus de domination de l&rsquo;Afrique et de l&rsquo;esclavage.<\/p>\n<p>\t\tPar la suite, l&rsquo;UNIA, Universal Negro Improvement Association and African Communities League, fond&eacute;e&nbsp; par Marcus Garvey (1887-1940) devint la plus connue parmi les mouvements africanistes. Son fondateur en 1914 &eacute;tait un noir carib&eacute;en immigr&eacute; aux &Eacute;tats-Unis et h&eacute;ritier des traditions de r&eacute;sistance de la Cara&iuml;be.&nbsp;<br \/>\n\t\tRappelons pour finir la synth&egrave;se des&nbsp; revendications panafricanistes de&nbsp; 1902 &laquo;&nbsp; le probl&egrave;me du vingti&egrave;me si&egrave;cle est celui de la question de couleur, la question de savoir &agrave; quel point les diff&eacute;rences ethniques, qui se manifestent principalement par la couleur de la peau et de la qualit&eacute; des cheveux, peuvent justifier le refus oppos&eacute; &agrave; plus de la moiti&eacute; du genre humain, quant au partage int&eacute;gral des droits et privil&egrave;ges de la civilisation humaine. &raquo;.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tLa loi Christiane Taubira du 21 mai 2001 qui reconna&icirc;t la trait n&eacute;gri&egrave;re et l&#39;esclavage comme un crime contre l&#39;humanit&eacute; puis la conf&eacute;rence&nbsp; internationale de Durban en septembre 2001 contre l&#39;intol&eacute;rance et le racisme montrent qu&#39;encore au d&eacute;but du XXIe si&egrave;cle, la lutte contre le racisme et la discrimination sont une pr&eacute;occupation mondiale.<\/p>\n<p>\n\t\tRidha Tlili, chercheur<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/il-y-a-167-ans-l-abolition-de-l-esclavage-en-tunisie-les-regards-croises-de-3-chercheurs-tunisiens?id=10542\">Il&nbsp;y a 167 ans, l&#39;abolition de l&#39;esclavage en Tunisie : les regards crois&eacute;s de 3 chercheurs tunisiens<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Il&nbsp;y a 167 ans, l&#39;abolition de l&#39;esclavage en Tunisie : les regards crois&eacute;s de 3 chercheurs tunisiens &nbsp; &nbsp; A l&#39;occasion de la comm&eacute;moration de l&#39;abolition de l&#39;esclavage en Tunisie, trois chercheurs pr&eacute;sentent un dossier sur cette question, en Tunisie et dans le monde : &bull; Mounira Chapoutot-Remadi, professeur d&#39;histoire du moyen &acirc;ge du&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":17707,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[142,18,9,1],"tags":[],"class_list":["post-6017","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-asie","category-histoire","category-tunisie","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6017","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6017"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6017\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17707"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6017"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6017"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6017"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}