{"id":60233,"date":"2018-07-19T18:45:39","date_gmt":"2018-07-19T18:45:39","guid":{"rendered":""},"modified":"2018-07-19T18:45:39","modified_gmt":"2018-07-19T18:45:39","slug":"lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/","title":{"rendered":"L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019histoire ne meurt jamais. Peu ou prou, elle demeure pr\u00e9sente en m\u00e9moire. Une comm\u00e9moration organis\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un anniversaire la remet ordinairement sur le devant de la sc\u00e8ne. Mais elle peut aussi refaire surface par le biais d\u2019un romancier quand il choisit tel ou tel \u00e9v\u00e8nement ou personnage comme pr\u00e9texte \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une fiction personnelle. Le r\u00e9cent roman de l\u2019\u00e9crivain portugais Mario Claudio (1) en est l\u2019exemple \u2013 type. Il met en sc\u00e8ne &nbsp;\u00bb&nbsp;la premi\u00e8re purge massive anti-juive au Portugal&nbsp;&nbsp;\u00bb qui eut lieu au XV\u00b0 si\u00e8cle. Certes, il ne s\u2019agit pas de ce qu\u2019on nomme habituellement &nbsp;\u00bb&nbsp;un roman historique&nbsp;&nbsp;\u00bb au sens strict de l\u2019expression mais plut\u00f4t d\u2019une r\u00e9flexion personnelle sur le pouvoir politique en g\u00e9n\u00e9ral (hors de tout cadrage spatio-temporel) \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un r\u00e9cit qui, lui, pr\u00e9tend prendre appui sur des faits dont l\u2019existence ne saurait \u00eatre mise en doute. Nous laisserons ici de c\u00f4t\u00e9 les questions aff\u00e9rentes \u00e0 l\u2019\u00e9criture romanesque et \u00e0 la r\u00e9ception du texte (les critiques parues dans la presse au moment de la parution du livre commentent exclusivement la port\u00e9e philosophique du roman) pour nous interroger sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de cette narration&nbsp;: la d\u00e9portation d\u2019enfants juifs \u00e0 la fin du r\u00e8gne de D. Joao II, roi du Portugal entre 1481 et 1495.<br \/>\n\u00c0 dire vrai, ce moment de l\u2019histoire portugaise a commenc\u00e9 \u00e0 susciter quelque int\u00e9r\u00eat non seulement dans la communaut\u00e9 des chercheurs mais \u00e9galement au niveau politique, voil\u00e0 plus d\u2019une d\u00e9cennie. En mars 1994, un article paru dans le quotidien isra\u00e9lien&nbsp;<em>Yediy\u2019oth A\u2019haronoth&nbsp;<\/em>avait attir\u00e9 l\u2019attention de ses lecteurs sur une possible origine juive de certaines populations autochtones des \u00eeles Sao-Tom\u00e9 et Principe. Quelques mois plus tard, Moch\u00e9 Liba, ambassadeur d\u2019Isra\u00ebl en Guin\u00e9e, au Gabon et au Cameroun, se rendit en visite officielle \u00e0 Sao-Tom\u00e9. Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique confirma la souche juive d\u2019une partie de ses concitoyens, tout comme Abilio Ribas, \u00e9v\u00eaque de l\u2019\u00eele, auteur d\u2019une&nbsp;<em>Histoire de l\u2019\u00e9glise sur l\u2019\u00eele de Saint Thomas<\/em>&nbsp;dont la premi\u00e8re partie aborde pr\u00e9cis\u00e9ment le th\u00e8me de la venue forc\u00e9e d\u2019enfants juifs \u00e0 cette p\u00e9riode.<br \/>\nDe telles recherches viennent combler un vide qui ne peut manquer de susciter suspicion et interrogation parmi les historiens portugais d\u2019aujourd\u2019hui. S\u2019il existe un mus\u00e9e juif \u00e0 Tomar, une Soci\u00e9t\u00e9 des \u00c9tudes Juives \u00e0 Lisbonne et une synagogue \u00e0 Castelo de Vide, si plus r\u00e9cemment (1997) une chaire d\u2019histoire juive a vu le jour \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Lisbonne, l\u2019acc\u00e8s aux documents de premi\u00e8re main n\u2019en demeure pas moins d\u2019un acc\u00e8s difficile (2)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les sources&nbsp;<\/strong>:<br \/>\nMario Claudio d\u00e9clare s\u2019\u00eatre longuement document\u00e9 sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Il cite les deux principales sources, \u00e0 savoir les chroniques de Garcia de Resende et de Rui de Pina. Le premier, valet de chambre puis secr\u00e9taire du Roi, relata l\u2019\u00e9v\u00e8nement dans sa C<em>ronica de D. Joao II e Miscel\u00e2nia&nbsp;<\/em>(3)&nbsp;; le second, retra\u00e7a l\u2019\u00e9pisode dans sa&nbsp;<em>Croniqua<\/em>&nbsp;del Rey Dom Joham II (4). Pour int\u00e9ressants que soient ces documents, ils donnent peu de d\u00e9tails sur le ph\u00e9nom\u00e8ne et ne concernent que les d\u00e9buts de l\u2019\u00e9migration juive dans ces contr\u00e9es car, en fait, elle s\u2019\u00e9tend sur une dur\u00e9e beaucoup plus longue.<\/p>\n<p><strong>Les juifs dans l\u2019Espagne des Rois catholiques&nbsp;:<\/strong><br \/>\nPour comprendre la raison d\u2019\u00eatre de cette \u00e9migration (il s\u2019agit comme nous le verrons, d\u2019une v\u00e9ritable d\u00e9portation), il faut faire un d\u00e9tour par l\u2019Espagne car son histoire est \u00e0 cette \u00e9poque \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 celle du Portugal (5). Henri, fils de Jean II, devient roi de Castille en 1454. Sa fille Jeanne doit normalement lui succ\u00e9der. Mais l\u2019inconstance de la Reine, seconde \u00e9pouse du Roi, incite les nobles \u00e0 penser qu\u2019elle est une b\u00e2tarde n\u00e9e des amours illicites de sa m\u00e8re avec un favori, Beltran de la Cueva. Pour cette raison, elle ne peut s\u2019installer sur le tr\u00f4ne&nbsp;; de plus, le mariage n\u2019avait fait l\u2019objet d\u2019aucune dispense papale. Jeanne est donc jug\u00e9e h\u00e9riti\u00e8re ill\u00e9gitime \u00e0 un double titre et les nobles obtiennent sa mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart au profit de son fr\u00e8re Alphonse. Mais ce dernier meurt en 1468 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 15 ans. Ce sera donc Isabelle, sa s\u009cur qui h\u00e9ritera de la couronne castillane. Pour asseoir son pouvoir, elle \u00e9pouse Ferdinand, h\u00e9ritier de la couronne d\u2019Aragon. Elle prend le titre de Reine en 1474. L\u2019\u00e9v\u00e9nement n\u2019est pas du go\u00fbt de tous les membres de la noblesse&nbsp;; une guerre civile s\u2019en suivit mais le couple royal en vient \u00e0 bout et Ferdinand devient roi d\u2019Aragon en 1479.<\/p>\n<p>Les deux \u00e9tats sont aux antipodes l\u2019un de l\u2019autre. Alors que l\u2019Aragon conna\u00eet le marasme avec une d\u00e9mographie stagnante (1 million d\u2019\u00e2mes), la Castille fait montre d\u2019une \u00e9conomie dynamique gr\u00e2ce \u00e0 une situation g\u00e9ographique avantageuse&nbsp;: les ports de Santander et Bilbao exportent la laine des moutons de la Mesta. Burgos est un centre commercial important tout comme S\u00e9ville o\u00f9 se croisent les commer\u00e7ants et voyageurs venus d\u2019Italie et d\u2019Europe du Nord. Forts de cette situation, les nouveaux souverains r\u00e9tablissent l\u2019autorit\u00e9 royale sur l\u2019aristocratie fonci\u00e8re castillane qui, jusqu\u2019alors, la d\u00e9fiait. Des repr\u00e9sentants de la couronne font ex\u00e9cuter les d\u00e9cisions prises au plus haut niveau dans les villes&nbsp;; la Santa Hermandad sorte de police rurale, fait r\u00e9gner l\u2019ordre dans les campagnes, mettant fin \u00e0 de multiples insurrections notamment \u00e0 Barcelone.<br \/>\nCette pacification int\u00e9rieure allait permettre l\u2019essor d\u2019une politique d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019expansion. Le premier acte consiste dans la prise de Grenade le 2 janvier 1492. Un \u00e9mirat, dernier vestige de la pr\u00e9sence maure en terre espagnole, y \u00e9tait encore pr\u00e9sent \u2013 les autres royaumes musulmans ayant \u00e9t\u00e9 conquis par les chr\u00e9tiens \u2013 subsistait dans la ville moyennant tribut. La guerre commenc\u00e9e en 1481 allait y mettre fin. L\u2019entr\u00e9e de Ferdinand II d\u2019Aragon fut salu\u00e9e comme une victoire de la chr\u00e9tient\u00e9 sur le monde musulman et les cloches sonn\u00e8rent \u00e0 Londres, \u00e0 Paris et \u00e0 Rome. La Croix avait vaincu le Croissant&nbsp;; la d\u00e9faite des crois\u00e9s \u00e0 Constantinople en 1453 \u00e9tait veng\u00e9e.<br \/>\nSur le plan de la politique int\u00e9rieure, cette victoire allait ouvrir l\u2019\u00e8re d\u2019un autoritarisme forcen\u00e9. Puisque la prise de Grenade avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e au nom de la chr\u00e9tient\u00e9, il fallait poursuivre dans cet esprit en chassant du territoire tous ceux qui n\u2019observaient les r\u00e8gles \u00e9dict\u00e9es par Rome. Le haut clerg\u00e9 ayant encourag\u00e9 cette initiative, engagea le Roi \u00e0 pourchasser les h\u00e9r\u00e9tiques (6).<br \/>\nCette nouvelle donne met fin \u00e0 une organisation multi-s\u00e9culaire o\u00f9 plusieurs religions cohabitaient dans l\u2019Espagne m\u00e9di\u00e9vale. On sait qu\u2019entre le VIII\u00b0 et le XIII\u00b0 si\u00e8cles, les groupes confessionnels vivaient en bonne entente en Andalousie. Les mozarabes chr\u00e9tiens, les juifs, les Berb\u00e8res avaient leurs propres chefs religieux, leurs rites, leurs r\u00e8gles de justice. Les juifs en particulier, formaient des communaut\u00e9s autonomes o\u00f9 les pratiques religieuses ou alimentaires \u00e9taient observ\u00e9es sans contrainte. Bien int\u00e9gr\u00e9s dans le milieu humain ambiant \u2013 ils avaient adapt\u00e9 la langue, le costume et les m\u009curs arabes \u2013 ils servent souvent d\u2019interm\u00e9diaires au niveau diplomatique entre chr\u00e9tiens et musulmans et prennent part aux grandes batailles militaires o\u00f9 leurs rites religieux sont d\u00e9terminants puisque la bataille de Zalaca (1086) fut diff\u00e9r\u00e9e du samedi au dimanche pour qu\u2019ils puissent y prendre part. Autant dire qu\u2019ils ne sont soumis \u00e0 aucune loi de nature s\u00e9gr\u00e9gationniste, ils circulent librement sur le territoire et n\u2019arborent aucun signe qui permettrait de les distinguer des autres communaut\u00e9s. Certains juifs assuraient m\u00eame la collecte de l\u2019imp\u00f4t.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" height=\"156\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" src=\"http:\/\/feujn.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/cap-vert-300x156.jpg\" srcset=\"http:\/\/feujn.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/cap-vert-300x156.jpg 300w, http:\/\/feujn.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/cap-vert-768x400.jpg 768w, http:\/\/feujn.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/cap-vert-540x280.jpg 540w, http:\/\/feujn.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/cap-vert.jpg 781w\" width=\"300\" \/>Cependant, au fil du temps, leur situation allait devenir de plus en plus difficile. Bien qu\u2019ils jouissent d\u2019un statut politique tout \u00e0 fait l\u00e9gal, la population d\u00e9veloppe des ph\u00e9nom\u00e8nes de rejet qui se manifestent \u00e9pisodiquement \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un sermon enflamm\u00e9 \u00e9manant d\u2019un responsable religieux d\u2019une autre communaut\u00e9 Nombre de juifs furent ainsi massacr\u00e9s en 1391. Ceux qui en r\u00e9chappent durent se convertir au christianisme sous la contrainte. Les massacres, accompagn\u00e9s de conversions massives, allaient se r\u00e9p\u00e9ter \u00e9pisodiquement jusqu\u2019\u00e0 l\u2019expulsion pure et simple \u00e0 la fin du si\u00e8cle suivant. Un certain nombre d\u2019entre eux s\u2019assimil\u00e8rent \u00e0 ce nouvel environnement religieux&nbsp;; et Spinoza, philosophe d\u2019ascendance juive mais issu d\u2019une souche d\u2019anciens convertis&nbsp;<em>portugais<\/em>&nbsp;(et non espagnols) a relev\u00e9 le fait&nbsp;: &nbsp;\u00bb&nbsp;Quand un roi d\u2019Espagne contraignit les Juifs \u00e0 embrasser la religion de l\u2019Etat ou \u00e0 s\u2019exiler, un tr\u00e8s grand nombre devinrent catholiques romains et ayant part d\u00e8s lors \u00e0 tous les privil\u00e8ges des Espagnols de race, jug\u00e9s dignes des m\u00eames honneurs, ils se fondirent si bien avec les Espagnols que, peu de temps apr\u00e8s, rien d\u2019eux ne subsistait, non pas m\u00eame le souvenir.&nbsp;&nbsp;\u00bb (7). Mais certains parmi ces &nbsp;\u00bb&nbsp;nouveaux chr\u00e9tiens&nbsp;&nbsp;\u00bb ou&nbsp;<em>conversos<\/em>n\u2019avaient pas reni\u00e9 pour autant certaines pratiques de leur religion originelle. Jug\u00e9s h\u00e9r\u00e9tiques par les autorit\u00e9s romaines, ils furent pourchass\u00e9s par les repr\u00e9sentants de tribunaux de l\u2019Eglise plac\u00e9s sous la responsabilit\u00e9 du Saint Office dont la cr\u00e9ation remonte en 1231. Depuis 1184 en effet avait \u00e9t\u00e9 mise en place l\u2019Inquisition par le pape Lucius III. Elle pr\u00e9voyait de punir de ch\u00e2timents corporels (flagellation) ceux qui se rendaient coupables de haute trahison envers l\u2019autorit\u00e9 religieuse ou civile. Plus particuli\u00e8rement, les &nbsp;\u00bb&nbsp;relaps&nbsp;&nbsp;\u00bb autrement dit, ceux qui retombaient dans l\u2019h\u00e9r\u00e9sie apr\u00e8s avoir abjur\u00e9 publiquement leur croyance d\u2019origine, se voyaient confisquer tous leurs biens&nbsp;; leur maison \u00e9tait ras\u00e9e et ils \u00e9taient m\u00eame passibles du b\u00fbcher. Institu\u00e9e en 1479 en Espagne, l\u2019Inquisition visait les&nbsp;<em>marranes,&nbsp;<\/em>juifs faussement convertis. Elle d\u00e9veloppe un climat de d\u00e9lation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. &nbsp;\u00bb&nbsp;La lecture des d\u00e9nonciations gliss\u00e9es dans les bo\u00eetes aux lettres du tribunal de l\u2019Inquisition est \u00e0 cet \u00e9gard \u00e9difiante&nbsp;: X change les draps chaque vendredi, Y refuse de consommer du porc, Z n\u2019allume pas le feu le jour du sabbat et aucune fum\u00e9e ne s\u2019\u00e9chappe de sa chemin\u00e9e\u0085 C\u2019est un hallali&nbsp;&nbsp;\u00bb (8) Son action allait se solder par un grand nombre de suicides collectifs parmi les juifs qui refusaient d\u2019abjurer leur foi, par la mise en \u009cuvre de l\u2019autodaf\u00e9, c\u00e9r\u00e9monie publique o\u00f9 les condamn\u00e9s sont expos\u00e9s habill\u00e9s du v\u00eatement d\u2019infamie, le&nbsp;<em>san benito&nbsp;<\/em>et par une \u00e9migration massive impos\u00e9e par le pouvoir. Le d\u00e9cret autorisant l\u2019expulsion, sign\u00e9 le 31 mars 1492, se concr\u00e9tise par le d\u00e9part forc\u00e9 de 150.000 Juifs soit vers des pays d\u2019Europe plus cl\u00e9ments pour cette population. Le Sud-Ouest de la France, l\u2019Italie, la Turquie ou Amsterdam accueilleront la majeure partie d\u2019entre elle (9). Cette politique s\u2019explique \u00e0 la fois par des raisons id\u00e9ologiques et \u00e9conomiques. D\u2019une part, la proximit\u00e9 des&nbsp;<em>converso<\/em>s et des Juifs authentiques maintenait un crypto-juda\u00efsme pr\u00e9judiciable \u00e0 la coh\u00e9sion de la soci\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne. D\u2019autre part, ces exclus constituaient une main-d\u2019\u009cuvre importante pour mettre en valeur des contr\u00e9es mal connues mais dont les potentialit\u00e9s \u00e9conomiques laissaient esp\u00e9rer des b\u00e9n\u00e9fices substantiels pour la Couronne.<\/p>\n<p><strong>L\u2019expansion coloniale et l\u2019ambivalence de la soci\u00e9t\u00e9 juive<\/strong>&nbsp;:<br \/>\nCar le pays est \u00e0 un tournant de son histoire. Ayant \u00e9limin\u00e9 les derni\u00e8res manifestations de l\u2019Islam, il peut d\u00e9sormais assurer une h\u00e9g\u00e9monie religieuse \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ses fronti\u00e8res&nbsp;; ce qui implique l\u2019\u00e9vacuation des Juifs, ceux-ci \u00e9tant vus comme des \u00e9l\u00e9ments h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et dangereux. De plain-pied dans la chr\u00e9tient\u00e9, l\u2019Espagne des Rois Catholiques se croit investie d\u2019une mission grandiose&nbsp;: porter la foi envers J\u00e9sus Christ au-del\u00e0 des mers sur toutes les terres habit\u00e9es par des hommes. Ce sont eux qui vont financer le projet de Christophe Colomb qui vise \u00e0 d\u00e9couvrir le Japon et la Chine en traversant l\u2019Atlantique par l\u2019ouest. Cette initiative qui allait modifier en profondeur l\u2019\u00e9tat du savoir en mati\u00e8re g\u00e9ographique s\u2019inscrivait dans une volont\u00e9 de d\u00e9couvrir les limites de notre monde avec, en arri\u00e8re-fond, la volont\u00e9 de tirer profit de ses connaissances. Car d\u00e9j\u00e0 en cette fin du XV\u00b0 si\u00e8cle, l\u2019horizon s\u2019est consid\u00e9rablement agrandi. Sous l\u2019impulsion du prince Henri le Navigateur, les Portugais avaient d\u00e9j\u00e0 d\u00e9couvert Mad\u00e8re en 1418 et l\u2019archipel des A\u00e7ores 14 ans plus tard. Les \u00eeles du Cap-Vert \u00e9taient atteintes en 1460. En 1488, Bartolomeu Dias franchit le cap de Bonne-Esp\u00e9rance, ouvrant par l\u00e0 m\u00eame la route des Indes tant convoit\u00e9e. Une lutte pour la conqu\u00eate des terres lointaines ne pouvait manquer de se faire jour entre l\u2019Espagne et le Portugal. Ce fut le trait\u00e9 de Tordesillas en 1494 qui apporta la solution&nbsp;: une ligne imaginaire est trac\u00e9e reliant les p\u00f4les \u00e0 370 lieues \u00e0 l\u2019ouest du Cap-Vert&nbsp;; les territoires situ\u00e9s \u00e0 l\u2019est de ce rep\u00e8re sont la propri\u00e9t\u00e9 du Portugal&nbsp;; ceux qui sont \u00e0 l\u2019ouest appartiennent \u00e0 la Castille.<br \/>\nCe trait\u00e9 mettait fin \u00e0 un flou politique. Il allait permettrait le d\u00e9veloppement de l\u2019esprit de conqu\u00eate de la part de ces deux grandes puissances maritimes en m\u00eame temps qu\u2019il clarifiait une situation plut\u00f4t confuse en d\u00e9limitant les zones d\u2019influence des deux pays. Les cons\u00e9quences politiques furent des plus importantes puisque cet accord allait \u00eatre tr\u00e8s favorable au Portugal&nbsp;: apr\u00e8s que Vasco de Gama e\u00fbt atteint l\u2019Inde en 1498, il ouvrit des comptoirs de commerce \u00e0 Cochin et Deccan&nbsp;; la zone d\u2019influence portugaise allait tr\u00e8s vite toucher Goa (1510), Malacca (1511) et les \u00eeles Moluques (1512), autant de territoires dont la production d\u2019\u00e9pices allait \u00eatre l\u2019objet d\u2019un commerce tr\u00e8s lucratif.<br \/>\nParall\u00e8lement \u00e0 ces d\u00e9couvertes qui allaient fortement dynamiser l\u2019\u00e9conomie nationale, la politique int\u00e9rieure se renforce. Le pouvoir royal fait corps avec les hauts dignitaires de l\u2019\u00c9glise catholique pour asseoir son autorit\u00e9 et si les&nbsp;<em>Cortes<\/em>, assembl\u00e9e r\u00e9unissant les membres de la haute noblesse et du haut clerg\u00e9 institu\u00e9e par le roi Alphonse II (1211-1223), mettent en place le tribunal de l\u2019Inquisition en 1531, c\u2019est parce qu\u2019un climat de fanatisme religieux s\u2019est instaur\u00e9 dans tout le pays un demi-si\u00e8cle auparavant. Les premi\u00e8res victimes furent les Juifs. Le Portugal les avait accueillis moyennant finance. Leur accueil n\u2019\u00e9tait donc pas d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9. Mais rapidement, une \u00e9volution se dessine. Et Spinoza se r\u00e9v\u00e8le un remarquable observateur quand il \u00e9crit apr\u00e8s avoir not\u00e9 l\u2019int\u00e9gration r\u00e9ussie des Juifs christianis\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9 espagnole de l\u2019\u00e9poque&nbsp;: &nbsp;\u00bb&nbsp;Il en fut tout autrement de ceux que le roi du Portugal obligea \u00e0 se convertir, exclus des charges honorifiques, ils continu\u00e8rent \u00e0 vivre s\u00e9par\u00e9s&nbsp;&nbsp;\u00bb (op cit). Dans les faits, l\u2019\u00e9migration sous la contrainte d\u2019enfants juifs vers les terres lointaines d\u2019Afrique ne fut que le premier \u00e9pisode d\u2019une s\u00e9rie de mesures visant \u00e0 la n\u00e9gation globale de la communaut\u00e9 comme de la religion juive. Alors que les conversions aux rites chr\u00e9tiens s\u2019\u00e9taient \u00e9chelonn\u00e9es sur un si\u00e8cle ou presque en Espagne, c\u2019est l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 juive \u00e9tablie sur le sol lusitanien qui doit accepter le bapt\u00eame en 1497. Les pratiques sp\u00e9cifiquement juives passaient donc dans une clandestinit\u00e9 absolue. Le crypto-juda\u00efsme qui s\u2019en suivit fut donc dot\u00e9 d\u2019une force bien sup\u00e9rieure \u00e0 celui qui vit le jour de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re. D\u2019autant que l\u2019Inquisition en Espagne s&nbsp;\u2018\u00e9tait montr\u00e9e assez efficace pour \u00e9radiquer le marranisme en un demi-si\u00e8cle&nbsp;; si bien que les pers\u00e9cutions contre les Juifs h\u00e9r\u00e9tiques \u00e9taient devenues relativement rares au milieu du XVI\u00b0 si\u00e8cle sur tout le territoire hispanique. Par contre son homologue, introduite au Portugal en 1536-1540 chasse sans r\u00e9pit les h\u00e9r\u00e9tiques juda\u00efsant sur la terre de Camoens. Les Juifs chass\u00e9s d\u2019Espagne en 1492 n\u2019eurent d\u2019autre solution que de retourner sur la terre de leurs parents, le pays des Rois Catholiques \u00e9tant devenu par le jeu de la strat\u00e9gie politicico-religieuse, une relative terre d\u2019accueil. L\u2019espoir de ces \u00e9ternels errants allait \u00eatre de courte dur\u00e9e&nbsp;; le reflux des populations juives en Espagne ne pouvait que d\u00e9velopper les suspicions des autorit\u00e9s inquisitoriales du pays et les proc\u00e8s \u2013 verbaux des interrogatoires et autodaf\u00e9s \u00e0 la fin du XVI\u00b0 si\u00e8cle montrent que les victimes \u00e9taient majoritairement des &nbsp;\u00bb&nbsp;nouveaux chr\u00e9tiens&nbsp;&nbsp;\u00bb portugais venus y chercher refuge.<br \/>\nL\u2019installation forc\u00e9e des Juifs en Afrique fut donc le d\u00e9but d\u2019une politique d\u2019exclusion qui allait conna\u00eetre de multiples \u00e9pisodes.<\/p>\n<p><strong>Le m\u00e9tissage comme fondement des colonies portugaises en Afrique<\/strong><br \/>\nLe livre de Mario Claudio se donne comme point de d\u00e9part l\u2019envoi sous la contrainte des arm\u00e9es royales d\u2019enfants juifs entre 3 et 12 ans \u00e0 destination de Sao- Tom\u00e9. Il a donc un ancrage historique ind\u00e9niable mais il reste une fiction \u00e0 vis\u00e9e philosophique, invitant \u00e0 une r\u00e9flexion sur le pouvoir tant religieux que politique et plus largement sur la nature humaine (10) \u2013 divers \u00e9pisodes du roman accr\u00e9ditent l\u2019id\u00e9e que l\u2019homme est pr\u00e9dateur de sa propre esp\u00e8ce et que l\u2019hostilit\u00e9 du milieu naturel d\u00e9voile une intelligence pratique permettant d\u2019assurer la survie des individus&nbsp;; celle-ci d\u00e9bouchant sur une stratification des liens sociaux op\u00e9rant sur la base de l\u2019exploitation \u00e9conomique des plus faibles.<br \/>\nSont donc mis entre parenth\u00e8ses d\u2019une part les caract\u00e8res essentiels du marranisme portugais et d\u2019autre part les cons\u00e9quences \u00e9conomiques de la r\u00e9pression subie par la communaut\u00e9 juive lusitanienne. Ce sont ces domaines que nous souhaitons ici prospecter. Sans laisser compl\u00e8tement de c\u00f4t\u00e9 les aspects proprement religieux du ph\u00e9nom\u00e8ne, nous porterons notre attention sur la dimension \u00e9conomique, m\u00eame si ce qu\u2019on appelait jadis &nbsp;\u00bb&nbsp;le pays des Noirs&nbsp;&nbsp;\u00bb c\u2019est-\u00e0-dire la bande littorale comprise entre le sud du S\u00e9n\u00e9gal et la Sierra Leone, fut l\u2019objet d\u2019une conqu\u00eate aussi bien commerciale que spirituelle.<br \/>\nCette entreprise avait \u00e9videmment une finalit\u00e9 mercantile \u2013 le commerce des \u00e9pices et de l\u2019or soudanais \u00e9tait source d\u2019\u00e9normes profits \u2013 mais elle \u00e9tait aussi port\u00e9e par une id\u00e9ologie centr\u00e9e sur la figure du Pr\u00eatre- Jean, figure l\u00e9gendaire qui aurait v\u00e9cu en Afrique orientale au XII\u00b0 si\u00e8cle et dont un message de 1165 aurait incit\u00e9 les souverains chr\u00e9tiens \u00e0 faire alliance avec eux pour d\u00e9velopper l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation vers de nouveaux continents et contrecarrer ainsi l\u2019expansion du mouvement islamique (la l\u00e9gende allait avoir longue vie puisqu\u2019au XIV \u00b0 si\u00e8cle, on crut avoir d\u00e9couvert son royaume dans l\u2019actuelle Abyssinie).<br \/>\nCommenc\u00e9 en 1492, l\u2019exode des juifs portugais (et plus largement ceux de la P\u00e9ninsule ib\u00e9rique) allait \u00eatre relay\u00e9 plus tard (XV\u00b0 et XVI\u00b0 si\u00e8cles) par celle des Juifs fix\u00e9s aux Pays-Bas. Les deux mouvements sont \u00e0 distinguer&nbsp;: le premier fut engag\u00e9 sous la contrainte pour des motifs \u00e0 la fois religieux (les Juifs Portugais \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme h\u00e9r\u00e9tiques) et \u00e9conomiques. Le second fut volontaire&nbsp;; les membres de la communaut\u00e9 juive des Pays-Bas s\u2019expatriant pour d\u00e9velopper un commerce naissant entre l\u2019Afrique et les nations les plus puissantes \u00e9conomiquement de l\u2019Europe du Nord et du Sud.<br \/>\nNous reviendrons ult\u00e9rieurement sur ces diff\u00e9rences. Pour l\u2019heure, reprenons le fil des \u00e9v\u00e8nements qui men\u00e8rent \u00e0 la pr\u00e9sence portugaise en Afrique. Le milieu du XV\u00b0 si\u00e8cle fut crucial du point de vue historique puisqu\u2019en 1445, Ca\u2019da mosto d\u00e9couvre certaines \u00eeles du Cap-Vert dont celle de Santiago et s\u2019installe \u00e0 Gor\u00e9e et que l\u2019ann\u00e9e suivante, Nuno Tristao accoste en Guin\u00e9e Bissau. S\u2019en suivit la venue de la troupe charg\u00e9e de pacifier la r\u00e9gion afin que des comptoirs commerciaux puissent s\u2019y ouvrir. Pillages et razzias y furent nombreux si on en croit les r\u00e9cits de voyages de ce temps. Mais cette politique ne suffit pas \u00e0 faire de la r\u00e9gion une terre portugaise. \u00c0 partir de 1460, la strat\u00e9gie de la Couronne se modifie. Apr\u00e8s une guerre de conqu\u00eate dont les r\u00e9sultats se sont av\u00e9r\u00e9s d\u00e9cevants tant sur le plan commercial qu\u2019au niveau religieux, Elle \u00e9tablit des rapports pacifiques avec les chefs des diff\u00e9rents royaumes qui se partageaient la zone. Cette strat\u00e9gie aura une double cons\u00e9quence&nbsp;: d\u2019une part, certains souverains africains acceptent le bapt\u00eame et l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation de leurs territoires. Le roi Jean II du Portugal (1481-1495), comme son successeur D.Manuel (1495-1521) \u00e9tait &nbsp;\u00bb&nbsp;seigneur de Guin\u00e9e&nbsp;&nbsp;\u00bb et entretenait des relations \u00e9troites avec le roi du Congo. Il re\u00e7ut ainsi \u00e0 sa cour le prince wolof Benoim en 1488. Il y fut baptis\u00e9 et pr\u00eata serment de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la Couronne. La seconde cons\u00e9quence de cette politique est d\u2019ordre \u00e9conomique&nbsp;: en manifestant la volont\u00e9 de collaborer avec les Africains, le pouvoir royal portugais avait en vue de d\u00e9velopper ses propres richesses en s\u2019appropriant celles du sol et du milieu r\u00e9cemment d\u00e9couverts. Mais que ce soit sur le plan religieux ou commercial, les rapports entre le Portugal et ces territoires africains furent litigieux et tr\u00e8s al\u00e9atoires.<br \/>\nConcernant le domaine de l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation, tout n\u2019alla pas de soi. Le regard d\u00e9valorisant des Blancs sur les Noirs fait que les premiers se m\u00e9fient visc\u00e9ralement des seconds, ces &nbsp;\u00bb&nbsp;\u00e2mes perdues, sans religion, qu\u2019il faillait ramener dans le droit chemin&nbsp;\u00ab&nbsp;. Et m\u00eame lorsqu\u2019un grand d\u2019Afrique a embrass\u00e9 le christianisme, il demeure un h\u00e9r\u00e9tique voire un tra\u00eetre en puissance. Benoim en fit la triste exp\u00e9rience&nbsp;: accus\u00e9 de complot contre les int\u00e9r\u00eats du royaume portugais, il fut ex\u00e9cut\u00e9 lors de son retour sur sa terre d\u2019origine. \u00c0 un niveau plus g\u00e9n\u00e9ral, les missionnaires franciscains \u009cuvrant dans l\u2019actuelle Guin\u00e9e Bissau se heurt\u00e8rent aux pratiques de l\u2019islam fortement ancr\u00e9 parmi les populations locales. Et 150 ans s\u00e9parent la d\u00e9couverte de l\u2019ensemble s\u00e9n\u00e9gambien de l\u2019\u00e9dification de la premi\u00e8re \u00e9glise en Guin\u00e9e, laquelle vit le jour vers 1590. L\u2019exploitation et la commercialisation des richesses locales furent elles aussi objet de probl\u00e8mes. Les Portugais eurent maille \u00e0 partir avec les Buramos, population install\u00e9e dans la zone de Cacheu qui leur livr\u00e8rent une bataille acharn\u00e9e durant 3 jours (11) comme le relate le j\u00e9suite Manuel Alvares en 1616. La colonie de peuplement avait pourtant install\u00e9 d\u00e8s 1590 des&nbsp;<em>surgidouros&nbsp;<\/em>ou petits ports d\u2019escale. Ils servaient bien s\u00fbr les int\u00e9r\u00eats de la m\u00e9tropole mais en contrepartie, les Blancs \u00e9taient astreints \u00e0 payer des taxes et \u00e0 reverser une partie de leur avoir aux souverains africains.<br \/>\nEn ce point, nous retrouvons les&nbsp;<em>conversos.&nbsp;<\/em>Ils jouaient alors un r\u00f4le crucial dans les transactions avec les autochtones. On les nommait&nbsp;<em>lan\u00e7ados c<\/em>ar &nbsp;\u00bb&nbsp;ils se lan\u00e7aient parmi les Noirs&nbsp;&nbsp;\u00bb ou&nbsp;<em>tangomaos<\/em>&nbsp;car ils servaient d\u2019interm\u00e9diaires entre les natifs et les Portugais. Ce statut socio-\u00e9conomique \u00e9tait un prolongement de la situation qu\u2019ils avaient connue en Espagne&nbsp;; il fallait qu\u2019en terre africaine, ils fassent preuve de rouerie, de dissimulation, faisant ressortir l\u2019int\u00e9r\u00eat que les rois africains avaient de lier entente avec les Blancs alors qu\u2019ils d\u00e9fendaient celui de ces derniers&nbsp;; comme ils savaient si bien le faire quand ils ont feint d\u2019\u00eatre devenus des adeptes fervents du catholicisme alors qu\u2019ils n\u2019avaient rien reni\u00e9 des rites du juda\u00efsme. Ce type d\u2019homme qu\u2019il faut bien qualifier d\u2019aventurier allait perdurer en Afrique durant tout le XVI \u00b0si\u00e8cle \u00e0 mesure que le commerce entre la m\u00e9tropole et le continent noir allait se d\u00e9velopper. Cet \u00e9tat de fait est d\u00fb \u00e0 la tr\u00e8s grande facult\u00e9 d\u2019adaptation des Juifs au contexte \u00e9conomique dans lequel ils doivent vivre mais aussi au fait que le Saint-Office n\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u2019aucune efficacit\u00e9 hors des fronti\u00e8res europ\u00e9ennes, ce qui permit aux nouveaux chr\u00e9tiens \u00e9voluant en Guin\u00e9e et dans les territoires voisins de renouer avec leurs pratiques religieuses d\u2019origine, pour autant que le milieu g\u00e9ographique s\u2019y soit pr\u00eat\u00e9 (12).<br \/>\nLes chroniques du temps ne donnent gu\u00e8re d\u2019informations sur leur nombre mais il est permis de penser il fut relativement restreint. En tout \u00e9tat de cause, ils ne firent pas souche. Le d\u00e9part des juifs ordonn\u00e9 par le Roi D.Juan II allait changer les choses en profondeur. Il ne s\u2019agissait plus seulement de porter le message du Christ en terre \u00e9trang\u00e8re et de tisser des liens commerciaux avec le pouvoir local&nbsp;; il s\u2019agissait d\u2019exploiter les richesses naturelles et humaines qu\u2019elle recelait. D\u00e8s lors, la politique d\u2019expansion allait prendre une nouvelle dimension&nbsp;; le but recherch\u00e9 \u00e9tant de constituer un v\u00e9ritable empire portugais par la conqu\u00eate militaire, religieuse et \u00e9conomique de territoires exc\u00e9dant les fronti\u00e8res nationales. Or les premiers contacts \u00e9tablis au Cap-Vert et \u00e0 Sao-Tom\u00e9 avaient montr\u00e9 le c\u00f4t\u00e9 inhospitalier de ces lieux.<br \/>\nL\u2019\u00eele de Santiago \u00e9tait soumise \u00e0 une s\u00e9cheresse end\u00e9mique qui interdisait la pr\u00e9sence d\u2019une v\u00e9g\u00e9tation v\u00e9ritable et donc d\u2019une agriculture rentable. Quand \u00e0 celle de Sao\u2013Tom\u00e9, ainsi nomm\u00e9e car d\u00e9couverte en 1470 par Joao de Santarem et Pedro Escobar, le jour o\u00f9 le calendrier honorait ce saint, elle fut vite connue comme \u00e9tant&nbsp;<em>l\u2019\u00eele aux l\u00e9zards&nbsp;<\/em>\u00e0 cause des reptiles et crocodiles g\u00e9ants qui la peuplait. Mais par sa situation g\u00e9ographique, Sao-Tom\u00e9 s\u2019av\u00e9rait un relais essentiel pour organiser les exp\u00e9ditions vers les Indes, terre de toutes les richesses.<br \/>\nDevant le peu d\u2019empressement des autochtones pour aller s\u2019implanter sur ces terres, le Roi du Portugal n\u2019eut d\u2019autre recours que de programmer le d\u00e9part sous la contrainte des exclus du royaume c\u2019est-\u00e0-dire les d\u00e9tenus condamn\u00e9s \u00e0 mort \u2013 la sentence \u00e9tant alors commu\u00e9e sous la forme d\u2019une d\u00e9portation \u2013 et certains enfants de marranes issus de la communaut\u00e9 juive espagnole r\u00e9fugi\u00e9e sur son territoire dont l\u2019\u00e2ge \u00e9tait compris entre 2 et 14 ans. Un t\u00e9moin juif de l\u2019\u00e9poque, Samuel Usque apporte une pr\u00e9cision d\u2019importance&nbsp;: &nbsp;\u00bb&nbsp;Comme mes enfants (les membres des familles juives) avaient quitt\u00e9 la Castille en toute h\u00e2te, on n\u2019avait pas eu le temps de les recenser et personne n\u2019avait v\u00e9rifi\u00e9 leur nombre. Quand on fit ce recensement, on trouva que le nombre de ceux qui \u00e9taient entr\u00e9s d\u00e9passait les six cents familles. Le roi d\u00e9cida que les exc\u00e9dentaires seraient ses prisonniers et ses esclaves. D\u00e8s lors, il pouvait humilier les Juifs pour ses tragiques desseins. Aucun rachat ne fut possible&nbsp;&nbsp;\u00bb (13). Avant leur d\u00e9part, les enfants furent baptis\u00e9s d\u2019autorit\u00e9 et en grande pompe. Selon Usque, &nbsp;\u00bb&nbsp;plusieurs femmes se jet\u00e8rent aux pieds du Roi, demandant la permission d\u2019accompagner leurs enfants mais cela n\u2019\u00e9veilla pas la moindre \u00e9tincelle de piti\u00e9 chez lui. Une m\u00e8re\u0085 prit son b\u00e9b\u00e9 dans ses bras et sans pr\u00eater attention \u00e0 ses cris, se jeta du bateau dans la mer d\u00e9mont\u00e9e et se noya, embrassant son fils unique&nbsp;\u00ab&nbsp;. (Mario Claudio a magistralement bross\u00e9 la sc\u00e8ne). Le m\u00eame chroniqueur ajoute qu\u2019arriv\u00e9s sur l\u2019\u00eele, les d\u00e9port\u00e9s furent &nbsp;\u00bb&nbsp;jet\u00e9s \u00e0 terre et abandonn\u00e9s sans piti\u00e9. La quasi-totalit\u00e9 d\u2019entre eux furent d\u00e9vor\u00e9s par les crocodiles et ceux qui \u00e9chapp\u00e8rent \u00e0 ces reptiles moururent de faim et d\u2019abandon. Seuls quelques-uns furent miraculeusement \u00e9pargn\u00e9s par ce sort abominable&nbsp;\u00ab&nbsp;. D\u2019autres documents attestent la cruaut\u00e9 des lieux mais avec le temps, le regard qu\u2019ils portent sur la communaut\u00e9 d\u2019enfants juifs d\u00e9barqu\u00e9s par la contrainte se modifie. Yits\u2019haq Avrabanel note par exemple&nbsp;: &nbsp;\u00bb&nbsp;Nombreux sont les enfants des expuls\u00e9s d\u2019Espagne\u0085 d\u00e9port\u00e9s la-bas voici 14 ans\u0085 Ils s\u2019y sont multipli\u00e9s et forment la majorit\u00e9 des habitants de cet endroit&nbsp;\u00ab&nbsp;.<br \/>\nCommenc\u00e9 en 1485 (ou un an plus tard selon d\u2019autres documents), le peuplement de Sao Tom\u00e9 s\u2019est donc acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 avec ces nouveaux arrivants (les autres \u00eeles de l\u2019archipel seraient occup\u00e9es plus tard -Principe accueillera les Portugais en 1500 et Ano Bom en 1503). Il va \u00e9galement se structurer sous l\u2019\u00e9gide d\u2019un notable portugais nomm\u00e9 Alvaro da Caminha, premier administrateur de cette terre et on peut consid\u00e9rer, sans grossir les faits, que le d\u00e9part des enfants juifs op\u00e9r\u00e9 par la force en 1492 a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine du ph\u00e9nom\u00e8ne de la colonisation portugaise en Afrique.<br \/>\nLe roman de Mario Claudio met en avant le ph\u00e9nom\u00e8ne du m\u00e9tissage pour expliquer la survie de ces jeunes d\u00e9port\u00e9s juifs. Ceci n\u2019est pas un simple effet du travail fictionnel op\u00e9r\u00e9 par le romancier&nbsp;; beaucoup de documents de cette \u00e9poque attestent la pratique du m\u00e9tissage chez les nouveaux chr\u00e9tiens, que ce soit \u00e0 Sao Tom\u00e9 ou sur la Petite C\u00f4te. Vivant parmi les autochtones, ils ont adapt\u00e9 sans trop de probl\u00e8mes la langue et la morale collective des natifs sans renier pour autant les valeurs qui les faisaient \u00eatre des juifs portugais. Les archives soulignent avec stupeur la r\u00e9ussite de cette int\u00e9gration. Ainsi Alvares de Almada rel\u00e8ve que vers 1540, les rois du Saluum (petit territoire autour de Joal) disaient r\u00e9gner sur le&nbsp;<em>Pai dos Brancos<\/em>&nbsp;car ils avaient assimil\u00e9 les Blancs comme leurs sujets et punissaient lourdement ceux qui les volaient ou les insultaient (14). Les J\u00e9suites qui relatent leur s\u00e9jour en ces lieux notent \u00e9galement que les Portugais install\u00e9s parmi les Noirs adoptent leur mani\u00e8re d\u2019\u00eatre&nbsp;: &nbsp;\u00bb&nbsp;ils vont nus pour s\u2019attirer la bienveillance et se naturaliser avec le gentil du Royaume dans lequel ils commercent, se marquent le corps avec un fer jusqu\u2019au saignement, et ils se font beaucoup de tatouages qui, apr\u00e8s l\u2019ajout de certaines herbes, prennent la forme de l\u00e9zards et de serpents&nbsp;\u00ab&nbsp;. L\u2019assimilation pouvait aller jusqu\u2019au plus haut niveau de l\u2019\u00e9difice politique puisque Joao Ferreira prit en mariage une des filles du roi du Grao Fulo. Les Africains l\u2019appelaient Ganagoga, litt\u00e9ralement &nbsp;\u00bb&nbsp;l\u2019homme qui parle toutes les langues&nbsp;\u00ab&nbsp;. Cette donn\u00e9e est importante puisque la compr\u00e9hension des langues locales par les Blancs (en particulier par les Juifs) permit l\u2019\u00e9tablissement de relations commerciales entre les commer\u00e7ants portugais et leurs homologues noirs.<br \/>\nMalgr\u00e9 ce c\u00f4t\u00e9 positif qui fut essentiel sur le plan historique, le Juif d\u2019Afrique ne fut jamais accept\u00e9 par les autorit\u00e9s eccl\u00e9siastiques de l\u2019\u00e9poque. Son para\u00eetre physique comme son adh\u00e9sion \u00e0 certaines valeurs du milieu humain ambiant \u00e9taient le signe d\u2019une monstruosit\u00e9 hors norme. Elles le nommaient&nbsp;<em>cristianos criollos<\/em>&nbsp;et voyaient en lui le r\u00e9sultat d\u2019une hybridit\u00e9 physique et culturelle incontr\u00f4lable. Le fruit des unions avec des filles \u00e0 la peau noire \u2013 les&nbsp;<em>criollos<\/em>&nbsp;(cr\u00e9oles) \u2013 leur semblait contre-nature et elles n\u2019avaient pas de mots assez durs pour &nbsp;\u00bb&nbsp;ces barbares et autres de leurs descendants m\u00e9lang\u00e9s avec du sang portugais&nbsp;\u00ab&nbsp;. Leur mode de vie comme leur aspect physique choque l\u2019Occidental quelle que soit sa nationalit\u00e9. Richard Jobson, navigateur anglais qui foule le sol de la Gambie en 1620 \u00e9crit&nbsp;: &nbsp;\u00bb&nbsp;Ce sont des Portugais comme ils se nomment eux-m\u00eames et quelques-uns parmi eux leur ressemblent, d\u2019autres sont mul\u00e2tres, entre le blanc et le noir, mais la plupart sont aussi noirs que les naturels du pays. Ils sont group\u00e9s par deux ou trois dans un m\u00eame lieu et sont tous mari\u00e9s, ou plut\u00f4t vivent avec des femmes noires du Pays, dont ils ont des enfants. N\u00e9anmoins ils n\u2019ont ni \u00e9glise, ni pr\u00eatre ni aucun ordre religieux. Il appara\u00eet de toute \u00e9vidence que ceux qui se trouvent en cet \u00e9tat sont ceux qui ont \u00e9t\u00e9 bannis ou se sont enfuis du Portugal ou des \u00eeles&nbsp;&nbsp;\u00bb (15) D\u2019autant que sur le plan strictement religieux, certaines pratiques issues du juda\u00efsme perdurent parmi eux. Pedro da Cunha Lobo, un \u00e9v\u00eaque catholique qui s\u2019\u00e9tait rendu \u00e0 Sao Tom\u00e9 eut l\u2019occasion de le constater en octobre 1532, alors que les Cr\u00e9oles descendants d\u2019\u00e9migr\u00e9s juifs portugais f\u00eataient la Sim\u2019hat Torah&nbsp;: durant trois jours cons\u00e9cutifs ils c\u00e9l\u00e9braient la fin de la lecture de la Torah qui se conclut par la mort de Mo\u00efse et la d\u00e9couverte de la Terre promise. D\u2019o\u00f9 le rituel particuli\u00e8rement bruyant qui rend pr\u00e9sent l\u2019\u00e9v\u00e9nement (16).<br \/>\nMalgr\u00e9 la r\u00e9probation g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019\u00c9glise catholique (17) et le fait que les Cr\u00e9oles soient consid\u00e9r\u00e9s comme ne faisant pas partie de la population portugaise, le ph\u00e9nom\u00e8ne de mixit\u00e9 s\u2019est amplifi\u00e9e dans la dur\u00e9e. Un document datant de 1546 avan\u00e7ait le nombre de 200 nouveaux chr\u00e9tiens \u00e9tablis en Guin\u00e9e et le m\u00e9tissage est mis en pratique \u00e9galement au Cap-Vert et \u00e0 Sao Tom\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Une nouvelle conjoncture \u00e9conomique&nbsp;:<\/strong><br \/>\nLa situation allait tr\u00e8s vite \u00e9voluer. Puisque les autorit\u00e9s portugaises voulaient d\u00e9velopper l\u2019exploitation des richesses naturelles des contr\u00e9es nouvellement conquises et en faire des plates-formes commerciales, il fallait assouplir la l\u00e9gislation et permettre un accroissement rapide de la population \u00e9migr\u00e9e d\u2019origine portugaise. \u00c9tant donn\u00e9 que c\u2019\u00e9taient majoritairement des hommes qui s\u2019exilaient \u00e0 la suite de la d\u00e9portation des enfants juifs, le seul moyen d\u2019assurer une natalit\u00e9 importante consistait \u00e0 permettre par la loi leur union avec des filles du pays. \u00c0 partir de 1515, un d\u00e9cret royal autorise chaque colon portugais (<em>povoador)<\/em>&nbsp;\u00e0 poss\u00e9der une esclave noire. Le m\u00e9tissage devint donc monnaie courante. La concubine africaine comme les enfants auxquels elle donne le jour poss\u00e8de une identit\u00e9 administrative particuli\u00e8re consign\u00e9e dans une lettre de privil\u00e8ge (<em>alforria).&nbsp;<\/em>L\u2019id\u00e9ologie religieuse qui pr\u00e9valait depuis plus d\u2019un si\u00e8cle est donc battue en br\u00e8che devant l\u2019urgence \u00e9conomique&nbsp;; le pouvoir lisbo\u00e8te ayant compris que les premiers occupants venus de la m\u00e9tropole en Afrique n\u2019avaient d\u2019autre salut pour assurer leur survivance que de s\u2019assimiler aux populations d\u2019accueil. La loi vient donc cautionner un \u00e9tat de fait pr\u00e9existant.<br \/>\nPourquoi un tel changement&nbsp;? La premi\u00e8re raison tient \u00e0 la production et \u00e0 la commercialisation d\u2019un produit nouveau (pour l\u2019\u00e9poque)&nbsp;: la canne \u00e0 sucre.<br \/>\nRetra\u00e7ons \u00e0 grands traits son histoire. Le berceau de cette plante serait, pense-t-on, la Nouvelle Guin\u00e9e. Mais tr\u00e8s t\u00f4t on la retrouve aux \u00eeles Fidji, en Indon\u00e9sie et en Inde. Le&nbsp;<em>R\u00e2m\u00e2yana<\/em>, po\u00e8me r\u00e9dig\u00e9 en sanscrit datant du III\u00b0 si\u00e8cle avant notre \u00e8re, \u00e9voque un festin avec les &nbsp;\u00bb&nbsp;tables recouvertes de sucreries, de sirop, de cannes \u00e0 m\u00e2cher&nbsp;\u00ab&nbsp;. \u00c0 cette date, elle a d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9 le Moyen-Orient gr\u00e2ce aux arm\u00e9es perses de Darius qui l\u2019y ont introduite mais elle demeure une simple curiosit\u00e9 et n\u2019est pas encore cultiv\u00e9e. Ce sont les Grecs qui, au 1\u00b0 si\u00e8cle apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ, vont en extraire le sucre car ils ach\u00e8tent la canne aux marchands caravaniers venus d\u2019Asie Mineure. Petit \u00e0 petit, la plante est produite en Syrie et sur les rives du Nil puis elle est export\u00e9e \u00e0 Chypre et aux Bal\u00e9ares et de l\u00e0 p\u00e9n\u00e8tre le sud de l\u2019Espagne. La France comme l\u2019Italie ne la d\u00e9couvrent r\u00e9ellement qu\u2019au XII\u00b0 si\u00e8cle quand les crois\u00e9s la ram\u00e8nent de Palestine. D\u00e9j\u00e0 les Turcs savent raffiner le sucre de canne et composer des p\u00e2tisseries qui font les d\u00e9lices des califes. Les V\u00e9nitiens s\u2019int\u00e9ressent eux aussi de pr\u00e8s \u00e0 la fabrication de cette denr\u00e9e&nbsp;; ils ont alors \u00e9tabli leur h\u00e9g\u00e9monie sur les transactions commerciales en M\u00e9diterran\u00e9e orientale, ce qui leur permet de fournir cette denr\u00e9e de luxe aux cours royales et princi\u00e8res d\u00e8s le XV\u00b0 si\u00e8cle en l\u2019important de Babylone, de Malaga, de Damas ou de Chypre. Mais le Portugal qui a acquis une avance consid\u00e9rable en mati\u00e8re de commerce maritime, se pose en rival de Venise. En 1418, Mad\u00e8re est annex\u00e9e \u00e0 la Couronne et comme le climat et le sol lui sont tr\u00e8s favorables, la canne \u00e0 sucre y conna\u00eet un essor rapide. Le sucre est d\u00e9j\u00e0 un signe de grande richesse et le restera durant au moins deux si\u00e8cles. Il \u00e9tait utilis\u00e9 non seulement comme \u00e9pice mais aussi \u00e0 des fins d\u00e9coratives. En 1574, le futur roi de France Henri III fut re\u00e7u en grande pompe \u00e0 Venise. Les statues qui ornaient la salle du banquet avaient \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9es en sucre tout comme les couverts des convives. Et les artisans de Murano ne travaillaient pas seulement le verre&nbsp;; ils confectionnaient pour les grandes occasions des lustres en sucre fil\u00e9, summum du faste pour les plus riches de la Cit\u00e9 des Doges\u0085 Un tel engouement, une telle demande en constante augmentation de la part d\u2019une client\u00e8le tr\u00e8s ais\u00e9e ne pouvait qu\u2019inciter \u00e0 d\u00e9velopper cette activit\u00e9. La plante fut introduite avec succ\u00e8s sur la terre de Sao Tom\u00e9 et l\u2019archipel devint au milieu du XVI\u00b0 si\u00e8cle le principal producteur de sucre. Or l\u2019entretien des cannes, la r\u00e9colte des tiges et le travail en sucrerie demande une main-d\u2019\u009cuvre importante et robuste. Force \u00e9tait de trouver des bras pour travailler dans les plantations et les manufactures. La d\u00e9portation de juifs et de proscrits portugais n\u2019\u00e9tant plus de mise, ils ne pouvaient provenir que de la main-d\u2019\u009cuvre africaine. En 1493, les premiers colons portugais s\u2019installent dans l\u2019\u00eele de Sao Tom\u00e9. Ils viennent de Mad\u00e8re et apportent avec eux des plants de canne \u00e0 sucre. Les premiers esclaves font leur apparition sur l\u2019archipel. Ce sont des autochtones. Au cours du si\u00e8cle suivant, ils seront relay\u00e9s par leurs fr\u00e8res b\u00e9ninois puis congolais (le Congo-Brazzaville s\u2019appelait alors Rio Congo).<br \/>\nAinsi les besoins sans cesse croissants en sucre expliquent-ils en partie le d\u00e9veloppement consid\u00e9rable de la traite n\u00e9gri\u00e8re en Afrique \u00e0 partir de 1550. On n\u2019ouvrira pas ici le douloureux dossier de l\u2019esclavage en Afrique. &nbsp;\u00bb&nbsp;Ce vieux d\u00e9mon qui sommeille dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9&nbsp;&nbsp;\u00bb a suscit\u00e9 tellement d\u2019\u00e9tudes, de colloques et de pol\u00e9miques qu\u2019il serait vain de vouloir y apporter de nouveaux \u00e9l\u00e9ments. On remarquera simplement qu\u2019avant l\u2019arriv\u00e9e des Portugais sur le continent, le commerce des hommes comme pur produit marchand \u00e9tait pratiqu\u00e9 dans le royaume de T\u00e9krour (terme francis\u00e9 sous la forme&nbsp;<em>Toucouleur<\/em>) dans l\u2019actuel S\u00e9n\u00e9gal et que les S\u00e9r\u00e8re adopt\u00e8rent les lois esclavagistes du Djolof. En 1455, le navigateur v\u00e9nitien Ca\u2019da Mosto, \u009cuvrant au service des int\u00e9r\u00eats portugais, relate que Zucholin, roi d\u2019une r\u00e9gion du S\u00e9n\u00e9gal \u00ab&nbsp;maintient son pouvoir \u00e9conomique par des pillages qu\u2019il fait de plusieurs esclaves sur le pays, comme sur ses voisins, desquels il se sert de plusieurs mani\u00e8res, et surtout \u00e0 faire cultiver ses possessions. Il en vend un grand nombre aux marchands arabes et en livre aussi aux chr\u00e9tiens depuis qu\u2019ils ont commenc\u00e9 \u00e0 contracter marchandises en ces pays&nbsp;\u00ab&nbsp;. Des recherches r\u00e9centes sur la traite des Noirs ont mis en lumi\u00e8re le r\u00f4le central jou\u00e9 par les souverains locaux dans la mise en esclavage de millions d\u2019Africains (18). Il existait donc un terrain favorable \u00e0 la mise sur pied d\u2019un vaste commerce d\u2019\u00eatre humains organis\u00e9 depuis les terres conquises par le Portugal dans cette partie du monde.<br \/>\nSi les Maures furent soumis \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019esclaves apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 captur\u00e9s au terme de batailles ou de si\u00e8ges, leurs fr\u00e8res africains le furent comme objets dot\u00e9s d\u2019une valeur d\u2019\u00e9change. On les ach\u00e8te \u00e0 un prix d\u00e9termin\u00e9 tout comme du b\u00e9tail ou n\u2019importe quel produit qui entre dans un circuit commercial. L\u2019esclave est une marchandise qui int\u00e9resse l\u2019acqu\u00e9reur pour diverses raisons et pas seulement pour sa force de travail. Quatorze ans avant la r\u00e9daction de ce compte rendu de voyage, Adahu, noble d\u2019origine maure fait prisonnier par les troupes portugaises, proposa d\u2019acheter sa lib\u00e9ration contre six de ses esclaves noirs. Il eut gain de cause en 1443 (Henri le navigateur pensait par leur interm\u00e9diaire obtenir des informations sur le pays du pr\u00eatre Jean, territoire correspondant \u00e0 l\u2019Ethiopie actuelle et cens\u00e9 receler des richesses inou\u00efes). L\u2019acquisition de jeunes hommes et de femmes autochtones sur les terres nouvellement annex\u00e9es \u00e0 la Couronne comme l\u2019\u00eele d\u2019Arguin (1443) mais \u00e9galement parmi les prisonniers maures est devenue chose courante \u00e0 la fin du XV\u00b0 si\u00e8cle&nbsp;; en 1552, ces &nbsp;\u00bb&nbsp;\u00e9trangers&nbsp;&nbsp;\u00bb repr\u00e9sentent 10&nbsp;% de la population lisbo\u00e8te. La capitale ne compte pas moins de 70 marchands d\u2019esclaves. La pratique de l\u2019esclavage n\u2019\u00e9tait donc pas nouvelle quand les Portugais mettent le pied sur le continent africain. Avant d\u2019\u00eatre le fait des Europ\u00e9ens, tout laisse \u00e0 penser que les pratiques esclavagistes \u00e9taient solidement \u00e9tablies dans les royaumes de la r\u00e9gion s\u00e9n\u00e9gambienne et plus largement parmi ceux des zones c\u00f4ti\u00e8res situ\u00e9es plus au sud entre Port-S\u00e9guro (Togo) et Lagos au Nig\u00e9ria.<br \/>\nCet \u00e9tat de chose ne pourrait expliquer \u00e0 lui seul le d\u00e9veloppement du trafic des esclaves. Ca\u2019da Mosto auquel nous avons d\u00e9j\u00e0 fait r\u00e9f\u00e9rence nous donne une information de premi\u00e8re main sur le sujet&nbsp;: &nbsp;\u00bb&nbsp;Certains esclaves, \u00e9crit-il, une fois qu\u2019on les avait baptis\u00e9s et qu\u2019ils parlaient la langue de leur ma\u00eetre, \u00e9taient embarqu\u00e9s \u00e0 bord des caravelles et envoy\u00e9s aupr\u00e8s de leurs cong\u00e9n\u00e8res. Ils devenaient des hommes libres apr\u00e8s qu\u2019ils avaient ramen\u00e9 quatre esclaves&nbsp;\u00ab&nbsp;. La loi portugaise pr\u00e9voyait donc l\u2019octroi de la libert\u00e9 \u00e0 un esclave qui, faisant prisonnier quatre de ses fr\u00e8res de m\u00eame couleur, les livrerait comme esclaves aux repr\u00e9sentants du pouvoir portugais en Afrique. Ce dernier trouvait par ce biais des partisans pr\u00eats \u00e0 vendre leurs semblables et le moyen de fournir par l\u00e0 m\u00eame la main d\u2019\u009cuvre indispensable \u00e0 la mise en valeur des territoires conquis de fra\u00eeche date.<br \/>\nCeci dit, quel fut le r\u00f4le des Juifs dans la traite des esclaves africains&nbsp;? Les exil\u00e9s d\u2019origine m\u00e9tropolitaine qui avaient \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s de vivre et de travailler sur les terres d\u2019Afrique nouvellement colonis\u00e9es firent rapidement souche&nbsp;: &nbsp;\u00bb&nbsp;Cette soci\u00e9t\u00e9 de m\u00e9tis allait se convertir rapidement en trafiquants d\u2019esclaves lorsque les habitants de Sao Tom\u00e9 eurent obtenu du roi (du Portugal) le privil\u00e8ge du &nbsp;\u00bb&nbsp;rachat&nbsp;\u00ab&nbsp;, sur les c\u00f4tes africaines en face de l\u2019archipel&nbsp;\u00bb note Fran\u00e7oise Latour da Veiga Pinto (20).&nbsp;Ceci incline \u00e0 penser, m\u00eame si les statistiques font ici cruellement d\u00e9faut, que les premiers descendants des Juifs d\u00e9port\u00e9s sur le continent noir jou\u00e8rent le r\u00f4le de &nbsp;\u00bb&nbsp;rabatteurs&nbsp;&nbsp;\u00bb dans le commerce des esclaves.<br \/>\nLes choses allaient \u00e9voluer par l\u2019entremise des juifs hollandais ainsi que par les &nbsp;\u00bb&nbsp;nouveaux chr\u00e9tiens&nbsp;&nbsp;\u00bb r\u00e9cemment \u00e9migr\u00e9s au Nouveau monde ou dans ce qui \u00e9tait l\u2019Empire ottoman d\u2019alors. Pour saisir cette situation, il faut remonter \u00e0 1492 et corriger ce qui a \u00e9t\u00e9 dit de l\u2019expulsion des Juifs espagnols \u00e0 cette date. 160.000 Juifs fuient la terre espagnole mais le Portugal ne fut pas le seul pays d\u2019accueil pour ces exclus comme notre propos le laissait entendre&nbsp;; 90.000 d\u2019entre eux se dirigent vers l\u2019Italie, 25.000 vers les Pays-Bas, 30.000 posent leur d\u00e9volu sur la France et autant dans les pays du Maghreb, se vouant pour la plupart au commerce. Ce faisant, les bannis ne p\u00e9n\u00e9traient pas en terre inconnue car, pour ne prendre que le seul exemple fran\u00e7ais&nbsp;; d\u2019autres familles juives les avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s sur les voies de l\u2019exil. Ce fut le cas en 1349 o\u00f9 les Juifs r\u00e9sidant dans le Dauphin\u00e9 et en Franche-Comt\u00e9 en furent expuls\u00e9s et trouv\u00e8rent refuge au pays de Dante et de Luther&nbsp;; la chose se reproduit en 1491 pour ceux r\u00e9sidant en Bretagne&nbsp;; en 1498 pour ceux install\u00e9s en Provence&nbsp;; le bannissement de la population juive allait d\u2019ailleurs \u00eatre confirm\u00e9 en 1615 par Louis XIII. Lorsqu\u2019intervient le renvoi des Juifs du territoire espagnol prononc\u00e9 par Ferdinand et Isabelle le 31 mars 1492, il existe donc une diaspora juive cons\u00e9quente hors des fronti\u00e8res., en particulier dans l\u2019Empire ottoman. Certains, tel Joseph Nasi, occupent une position diplomatique importante aupr\u00e8s du Sultan&nbsp;; beaucoup sont devenus experts dans le n\u00e9goce transnational et commercent avec des partenaires au-del\u00e0 des mers. Les S\u00e9farades de Constantinople et de Salonique formaient d\u00e9j\u00e0 au XIII\u00b0 si\u00e8cle un important et indispensable trait d\u2019union entre certains gros n\u00e9gociants install\u00e9s dans les pays orientaux, m\u00e9diterran\u00e9ens et nordiques (plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Amsterdam et Anvers). Lorsqu\u2019une nouvelle \u00e9migration s\u00e9farade s\u2019implante sur la c\u00f4te s\u00e9n\u00e9gambienne dans les ports de Joal, Portudal et Ruffisque o\u00f9 sont d\u00e9j\u00e0 b\u00e2tis des comptoirs commerciaux, \u00e0 la fin du XVI\u00b0 si\u00e8cle \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire avec l\u2019union des deux couronnes ib\u00e9riques \u2013 ses membres font d\u00e9j\u00e0 partie d\u2019un r\u00e9seau de solidarit\u00e9s \u00e0 la fois familiales et financi\u00e8res. Il est encore difficile de reconstituer dans le d\u00e9tail les \u00e9changes entre Juifs travaillant en Afrique, en Italie, en Gr\u00e8ce, en Espagne ou en Belgique mais on sait que les &nbsp;\u00bb&nbsp;nouveaux chr\u00e9tiens&nbsp;&nbsp;\u00bb y ont tenu un r\u00f4le de premier plan. Cela est d\u00fb aux conqu\u00eates portugaises au XV\u00b0 si\u00e8cle ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019expansion turque en direction des Balkans, lesquelles ont profond\u00e9ment et durablement modifi\u00e9 la trame g\u00e9n\u00e9rale du commerce traditionnel. Les routes maritimes se sont diversifi\u00e9es&nbsp;; les distances couvertes par bateau, rendues possible par les progr\u00e8s des techniques de navigation, sont devenues beaucoup plus grandes. Cette configuration nouvelle du commerce maritime exigeait des connaissances en mati\u00e8re de comptabilit\u00e9 et de cr\u00e9dit que n\u2019avaient pas la plupart des marchands g\u00e9nois, v\u00e9nitiens ou florentins (21). De plus, des liens de famille ou d\u2019affaires (bien souvent les deux \u00e0 la fois) \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 solidement \u00e9tablis et permettaient des transactions entre les n\u00e9gociants juifs de S\u00e9ville, d\u2019Anvers, de Venise, de Salonique, de Mad\u00e8re et d\u2019Amsterdam et quelques ann\u00e9es plus tard du Br\u00e9sil. Ceux qui \u00e9migrent en Afrique savent d\u2019entr\u00e9e de jeu qu\u2019ils pourront commercer avec leurs fr\u00e8res de religion rest\u00e9s en Europe. C\u2019est le cas de Diego Fernandes et Felipe de Nis qui quittent respectivement Mad\u00e8re et le Cap-Vert pour s\u2019installer au Br\u00e9sil et y d\u00e9velopper le commerce de la canne \u00e0 sucre. Au tout d\u00e9but de XVII\u00b0 si\u00e8cle, ceux qui d\u00e9cident de quitter leur terre natale vont aller grossir la petite population juive qui a pris racine en Guin\u00e9e et au Cap-Vert.<br \/>\nLes Juifs en Afrique&nbsp;: une h\u00e9r\u00e9sie sur le plan religieux, une n\u00e9cessit\u00e9 sur le plan commercial&nbsp;:<br \/>\nVue sous cet angle, la communaut\u00e9 juda\u00efsante issue de la nouvelle vague migratoire en Afrique au d\u00e9but du XVII\u00b0 si\u00e8cle para\u00eet \u00eatre un pr\u00e9cieux alli\u00e9 pour la Couronne portugaise puisqu\u2019elle lui permet de tirer des profits substantiels de la conjoncture qui s\u2019est fait jour avec l\u2019expansion maritime. En fait, la situation est beaucoup plus ambigu\u00eb pour une double raison. La premi\u00e8re est d\u2019ordre religieux. .<br \/>\nOn sait qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque, les affaires politiques et les enjeux \u00e9conomiques qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re sont \u00e9troitement li\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie religieuse, laquelle est ax\u00e9e sur l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation des peuples conquis et sur la diffusion du christianisme. Or si les&nbsp;<em>tangomaos&nbsp;<\/em>n\u00e9s de l\u2019union des premiers Juifs arriv\u00e9s sur le continent avec des femmes noires sont assimil\u00e9s \u00e0 la population locale et sont per\u00e7us comme des Africains \u00e0 part enti\u00e8re, il n\u2019en va pas de m\u00eame pour les nouveaux \u00e9migr\u00e9s, &nbsp;\u00bb&nbsp;hommes de nation h\u00e9bra\u00efque, qui apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9s, \u00e9taient pass\u00e9s \u00e0 la loi de Mo\u00efse et se proclamaient comme \u00e9tant juifs&nbsp;\u00ab&nbsp;. Des documents rassembl\u00e9s aux Archives Nationales de la Torre do Tombo \u00e0 Lisbonne apportent des renseignements pr\u00e9cis sur le comportement religieux de ces nouveaux arrivants&nbsp;; ils \u00e9manent de fonctionnaires portugais en poste \u00e0 Cacheu ou de p\u00e8res j\u00e9suites d\u00e9p\u00each\u00e9s sur la Petite C\u00f4te par le roi d\u2019Espagne Philippe III entre 1605 et 1616 c\u2019est-\u00e0-dire durant la p\u00e9riode d\u2019Union des deux Couronnes ib\u00e9riques (1580-1640). Leurs conclusions se recoupent. D\u2019une part &nbsp;\u00bb&nbsp;ils pratiquent et suivent leurs rites et c\u00e9r\u00e9monies comme ceux de Jud\u00e9e&nbsp;\u00ab&nbsp;. Alors qu\u2019en m\u00e9tropole, leurs rituels religieux \u00e9taient proscrits officiellement, en Afrique ils sont observ\u00e9s au grand jour dans des lieux appropri\u00e9s \u00e9difi\u00e9s par ces nouveaux Juifs \u00e9migr\u00e9s. Plusieurs documents attestent l\u2019existence d\u2019une synagogue \u00e0 Joal, sinon c\u2019est le domicile de l\u2019un d\u2019eux qui est choisi comme lieu de culte et de r\u00e9union. Ces gens prient ensemble &nbsp;\u00bb&nbsp;\u00e0 voix haute les vendredis apr\u00e8s-midi. Le samedi \u00e9tait un jour f\u00e9ri\u00e9&nbsp;comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un dimanche&nbsp;\u00ab&nbsp;. Comment expliquer une pareille libert\u00e9&nbsp;? Francisco de Lemos Coelho remarque qu\u2019&nbsp;\u00bb&nbsp;ils s\u2019install\u00e8rent ici parce que les rois locaux les prot\u00e9geaient et parce qu\u2019ils ne pouvaient \u00eatre punis en raison de leur pratique religieuse&nbsp;\u00ab&nbsp;. Une autre archive r\u00e9v\u00e8le que les Portugais vivant \u00e0 Portudal &nbsp;\u00bb&nbsp;voulurent les tuer et les expulser mais le Roi (africain) dit\u0085 que son Pays \u00e9tait ouvert et que toutes sortes de gens pouvaient y vivre, et qu\u2019il ferait couper la t\u00eate \u00e0 tous ceux qui s\u2019interposeraient\u0085&nbsp;\u00ab&nbsp;. On devine que la tol\u00e9rance des roitelets locaux servait leurs int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques&nbsp;; les Juifs payant une redevance \u00e9lev\u00e9e pour avoir l\u2019autorisation de faire du commerce sur leur territoire. Ces Juifs nouvellement implant\u00e9s &nbsp;\u00bb&nbsp;juda\u00efsent ouvertement&nbsp;&nbsp;\u00bb (22) et certains se veulent des guides spirituels qui abandonnent leur nom d\u2019\u00e9tat civil pour en endosser un autre, de consonance nettement plus isra\u00e9lite, allant jusqu\u2019\u00e0 tenter de convertir &nbsp;\u00bb&nbsp;d\u2019autres catholiques avec de l\u2019argent&nbsp;\u00ab&nbsp;, apprenant l\u2019art de pratiquer la circoncision avec des instruments qu\u2019ils amenaient dans leurs bagages. On comprend qu\u2019un tel z\u00e8le juda\u00efsant ait inqui\u00e9t\u00e9 le clerg\u00e9 (m\u00e9tropolitain ou en mission sur le terrain) comme le pouvoir royal&nbsp;; il constituait un frein \u00e0 la d\u00e9livrance du message chr\u00e9tien sur le continent africain dont les populations risquaient \u00e0 terme d\u2019embrasser cette h\u00e9r\u00e9sie qu\u2019\u00e9tait le juda\u00efsme, r\u00e9duisant \u00e0 n\u00e9ant les efforts des missionnaires franciscains puis j\u00e9suites.<br \/>\nPour juguler ce mouvement, le roi Philippe III, en 1601, impose \u00e0 tout nouveau chr\u00e9tien qui d\u00e9sire aller travailler outre-mer le versement d\u2019une lourde taxe annuelle (200.000 cruzados) \u00e0 la Couronne ib\u00e9rique. Mais cela ne met pas un terme au ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire. Des Portugais de confession juive quittent leur province \u00e0 destination des Flandres (la colonie lusitanienne \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 importante au XIII\u00b0 si\u00e8cle \u00e0 Bruges) ou d\u2019Amsterdam. L\u00e0 ils se replongent dans l\u2019atmosph\u00e8re de leur religion d\u2019origine car ils sont accueillis dans des familles tr\u00e8s pratiquantes qui financent leur voyage vers les c\u00f4tes africaines&nbsp;; ou bien ils \u00e9migrent directement dans cette direction pour ensuite, aller dans le plat pays, s\u2019enraciner dans les traditions religieuses de leurs anc\u00eatres et revenir en Afrique avec des produits manufactur\u00e9s ou des denr\u00e9es alimentaires qu\u2019ils \u00e9changent contre de la cire, de l\u2019ivoire, des peaux de b\u00eate. Ils ram\u00e8nent tr\u00e8s souvent en Guin\u00e9e ou sur les terres environnantes, des membres de leur famille, adeptes de la religion juive et qui ont vocation \u00e0 commercer. Si le danger qu\u2019ils repr\u00e9sentent sur le plan religieux est \u00e9vident, celui qu\u2019ils suscitent sur le plan financier ne l\u2019est pas moins. Car les transactions engag\u00e9es par ces hommes \u00e9chappent en grande partie aux Portugais&nbsp;; ceux-l\u00e0 traitent majoritairement avec les n\u00e9gociants hollandais \u2013 lesquels ont d\u2019ailleurs prot\u00e9g\u00e9 leurs int\u00e9r\u00eats en faisant construire un fort sur l\u2019\u00eele de Bezeguiche, autre nom de l\u2019\u00eele de Gor\u00e9e \u2013 ou ib\u00e9riques de religion juive install\u00e9s sur terres conquises par les Turcs. Ils exportent ainsi des mati\u00e8res ou des produits appr\u00e9ci\u00e9s par la noblesse ou les notables les plus ais\u00e9s d\u2019Europe (23). De plus, certains d\u2019entre eux, appartenant \u00e0 des familles tr\u00e8s fortun\u00e9es, disposent de capitaux importants&nbsp;; ils deviennent ainsi bailleurs de fonds et pr\u00eatent de l\u2019argent aux Portugais pour qu\u2019ils puissent eux aussi transporter sur de petites distances les marchandises qu\u2019ils achetaient ou vendaient.<br \/>\nToutes ces donn\u00e9es sont consign\u00e9es dans les rapports \u00e9manant des eccl\u00e9siastiques ou des hautes personnalit\u00e9s repr\u00e9sentant le pouvoir royal de la m\u00e9tropole. Tous proposaient de proc\u00e9der \u00e0 une \u00e9migration et \u00e0 une christianisation intensives pour endiguer l\u2019influence religieuse et \u00e9conomique juive.<br \/>\nIls ne furent pas \u00e9cout\u00e9s. Mais leurs mises en garde d\u00e9bouch\u00e8rent n\u00e9anmoins sur un projet d\u2019expulsion des Juifs r\u00e9sidant sur les terres africaines relevant de l\u2019administration portugaise entre les ann\u00e9es 1612 et 1615. Les souverains noirs, en particulier celui de Lamba\u00efa dont d\u00e9pendait Portudal, s\u2019oppos\u00e8rent farouchement \u00e0 leur d\u00e9part, non seulement parce qu\u2019ils recevaient d\u2019eux des da<em>divas<\/em>&nbsp;(dons) et des taxes les autorisant \u00e0 faire du commerce sur leur territoire mais parce que ces \u00e9trangers leur procuraient des armes dont la vente leur \u00e9tait interdite en tant qu\u2019ils \u00e9taient des &nbsp;\u00bb&nbsp;gentils&nbsp;&nbsp;\u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire des pa\u00efens). Au final, les Juifs ne furent pas poursuivis pour cause d\u2019h\u00e9r\u00e9sie et les territoires o\u00f9 ils \u00e9taient install\u00e9s ne re\u00e7urent pas massivement d\u2019autres \u00e9migr\u00e9s venus d\u2019Ib\u00e9rie.<br \/>\nPourquoi le statu quo s\u2019est-il maintenu&nbsp;? Parce que cette communaut\u00e9 servait non seulement les int\u00e9r\u00eats des souverains africains mais \u00e9galement ceux des Portugais (m\u00eame si par ailleurs, Juifs et Portugais d\u2019Afrique \u00e9taient en lutte ouverte d\u2019int\u00e9r\u00eats). Non seulement, ils poss\u00e9daient assez de capitaux pour pr\u00eater de l\u2019argent \u00e0 un taux de r\u00e9mun\u00e9ration \u00e9lev\u00e9 aux n\u00e9gociants lusitaniens \u2013 ce qui permettait \u00e0 ces derniers d\u2019am\u00e9liorer leur mode de transport des marchandises par cabotage \u2013 mais ils s\u2019\u00e9taient taill\u00e9 une place de premier plan dans la traite n\u00e9gri\u00e8re. Entre 1609 et 1615, ils ravitaillaient plus de 30 navires exportant officiellement des esclaves pour le compte de la Couronne, sans compter ceux venant ill\u00e9galement de S\u00e9ville ou des Canaries, soit un total annuel de 10.000 \u00e0 15.000 individus.<br \/>\nDe l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique du Sud&nbsp;:<br \/>\nLe commerce esclavagiste en Afrique qui avait assur\u00e9 la prosp\u00e9rit\u00e9 de nombre d\u2019\u00e9migr\u00e9s juifs allait d\u00e9cliner \u00e0 compter de 1660 soit 2 d\u00e9cennies apr\u00e8s la restauration de la souverainet\u00e9 portugaise repr\u00e9sent\u00e9e par la Maison de Bragance. Certains d\u2019entre eux, comme Jacob Peregrino (Jacob le p\u00e8lerin), bien qu\u2019originaire de l\u2019Alentejo (son vrai nom \u00e9tait Joao Freire), vont finir leurs jours \u00e0 Amsterdam. D\u2019autres embarqueront pour le Nouveau Monde. Et l\u00e0, ils vont s\u2019int\u00e9grer facilement aux r\u00e9seaux commerciaux et religieux que les &nbsp;\u00bb&nbsp;nouveaux chr\u00e9tiens&nbsp;&nbsp;\u00bb ont \u00e9tablis dans les colonies espagnoles \u00e0 partir de 1580, date \u00e0 laquelle l\u2019Union des deux royaumes favorisa le d\u00e9part des \u00e9migr\u00e9s. Leur point de chute fut d\u2019abord le Br\u00e9sil. De l\u00e0, ils pouss\u00e8rent par le nord et atteignirent le Mexique et en s\u2019orientant vers l\u2019est et le sud, ils atteignirent le P\u00e9rou et les mines d\u2019argent du Potosi dans l\u2019actuelle Bolivie. Un rapport dat\u00e9 de 1602 et adress\u00e9 au Roi indique que &nbsp;\u00bb&nbsp;de nombreux Portugais sont entr\u00e9s dans le Rio de la Plata&nbsp;; ce sont des gens peu s\u00fbrs en la mati\u00e8re de notre Sainte Foi catholique\u0085 Dans certains ports, ils ont fait entrer nos ennemis et ils font commerce avec eux&nbsp;\u00ab&nbsp;. Dix ans plus tard, Francisco de Tejo, commissaire aupr\u00e8s du tribunal de l\u2019Inquisition cr\u00e9e \u00e0 Lima en 1599, se voulait encore plus explicite&nbsp;: &nbsp;\u00bb&nbsp;Nous tenons pour certains que doivent arriver de nombreux fuyards, des juifs d\u2019Espagne et du Br\u00e9sil\u0085&nbsp;; il faut rem\u00e9dier \u00e0 la facilit\u00e9 avec laquelle les Juifs entrent en ce port et en sortent&nbsp;; mais on n\u2019y peut rien car ils sont tous Portugais, ils s\u2019aident et se cachent les uns les autres&nbsp;\u00ab&nbsp;. On estime qu\u2019en 1643, 25&nbsp;% de la population de Buenos Aires \u00e9tait d\u2019origine portugaise. A Potosi r\u00e9sidaient 6000 Espagnols sur une population globale de 13.000 \u00e2mes. Les cit\u00e9s mini\u00e8res de Pachuca et de Zacatecas ou les villes de Vera Cruz, Mexico et Guadalajara abritaient \u00e9galement un grand nombre de marranes portugais au milieu du XVII\u00b0 si\u00e8cle. Pour la plupart, ce sont des commer\u00e7ants dont le niveau de fortune est variable&nbsp;; certains sont de simples marchands pr\u00e9sentant leurs marchandises sur l\u2019\u00e9tal des march\u00e9s, d\u2019autres des colporteurs, d\u2019autres d\u2019importants brasseurs d\u2019affaires comme Simon Vaez Sevilla consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019homme le plus riche de la Nouvelle Espagne. Quelques-uns \u00e9voluent dans d\u2019autres sph\u00e8res (m\u00e9decine ou comptabilit\u00e9). Mais la majorit\u00e9 d\u2019entre eux savent lire et \u00e9crire selon les comptes rendus des interrogatoires fournis par les Inquisiteurs qui enregistrent leurs d\u00e9positions et 20&nbsp;% de ces marranes ont fr\u00e9quent\u00e9 l\u2019universit\u00e9 ou un monast\u00e8re pour y acqu\u00e9rir une instruction sup\u00e9rieure.<br \/>\nParmi ces &nbsp;\u00bb&nbsp;nouveaux chr\u00e9tiens&nbsp;&nbsp;\u00bb les n\u00e9gociants qui sont devenus de puissants hommes d\u2019affaires pratiquent un commerce \u00e0 vaste \u00e9chelle \u00e0 la fois transatlantique et transpacifique&nbsp;: Simon Vaez importe en Nouvelle Espagne des tissus de luxe, des outils m\u00e9talliques, du papier, de la cire, de l\u2019huile venus du pays de Don Quichotte mais aussi des esclaves africains ainsi que des produits orientaux (\u00e9pices, tissus pr\u00e9cieux) qu\u2019ils exportent en Europe, tout comme la cochenille (puceron vivant au Mexique dont on tire un colorant, le carmin), l\u2019indigo et surtout l\u2019argent. Ce vaste circuit commercial qui s\u2019\u00e9tend sur trois continents fonctionne sans rat\u00e9 car ils occupent les membres d\u2019une m\u00eame famille. Les marchandises qu\u2019il fait entrer en Nouvelle Espagne quittent le port de S\u00e9ville o\u00f9 sont affr\u00e9t\u00e9s par ses fr\u00e8res et ses cousins. Ceux-ci traitent avec les fr\u00e8res Alonso et Gaspar Passarino, eux-m\u00eames partenaires avec d\u2019autres n\u00e9gociants d\u2019origine juive tels que Duarte Fernandez et Jorge de Paz. Ces &nbsp;\u00bb&nbsp;nouveaux chr\u00e9tiens&nbsp;&nbsp;\u00bb concentrent donc d\u2019\u00e9normes capitaux \u00e0 telle enseigne que Olivares, favori de Philippe IV et ma\u00eetre du royaume d\u2019Espagne entre 1621 et 1643 a recours \u00e0 eux pour financer sa politique expansionniste.<br \/>\nOn retrouve ici l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du statut des commer\u00e7ants juifs, honnis par le pouvoir religieux mais incontournables commercialement et financi\u00e8rement pour le pouvoir royal.<br \/>\nDe quoi \u00e9tait faite cette immense fortune&nbsp;? Elle \u00e9tait constitu\u00e9e par la commercialisation des esclaves d\u2019origine africaine et par la vente illicite de certaines richesses naturelles des pays du Nouveau Monde.<br \/>\nLa traite n\u00e9gri\u00e8re est fondamentale dans l\u2019\u00e9dification de la fortune des membres les plus riches de la communaut\u00e9 marrane. Cela s\u2019explique essentiellement par le fait qu\u2019entre 1580 et 1640, la couronne ib\u00e9rique avait r\u00e9serv\u00e9 l\u2019exclusivit\u00e9 du transport des esclaves vers le Nouveau Monde \u00e0 des hommes d\u2019affaires portugais qui, pour la majorit\u00e9, \u00e9taient d\u2019ascendance juive. De plus, les fermiers charg\u00e9s de lever l\u2019imp\u00f4t au Roi d\u2019Espagne en \u00e9change d\u2019une somme \u00e9tablie par contrat, faisaient alliance avec les hommes pr\u00e9pos\u00e9s \u00e0 la collecte des esclaves, lesquels \u00e9taient pour la plupart des Portugais de confession juive. Une autre donn\u00e9e favorisant grandement les gains de ces derniers a \u00e9t\u00e9 la contrebande. Les trafiquants habilit\u00e9s au chargement des esclaves sur les bateaux en embarquaient plus que le nombre autoris\u00e9 et dans la foul\u00e9e quantit\u00e9 de marchandises \u00e9taient introduites illicitement sur le nouveau continent. Le tout \u00e9tait achemin\u00e9 vers Vera Cruz et Carthag\u00e8ne pour \u00eatre redistribu\u00e9 dans les Cara\u00efbes, au Mexique et au P\u00e9rou (pour la derni\u00e8re destination).<br \/>\nOutre le commerce des esclaves, l\u2019argent extrait des mines de Potosi \u00e0 est l\u2019origine de profits consid\u00e9rables. Il est amen\u00e9 par la route \u00e0 Buenos Aires et de l\u00e0, il prend le chemin de l\u2019Europe et du Br\u00e9sil (24). D\u2019\u00e9normes quantit\u00e9s sont d\u00e9tourn\u00e9es des circuits autoris\u00e9s et vendues en toute ill\u00e9galit\u00e9 par des commer\u00e7ants d\u2019ascendance juive. Parmi eux, il faut citer Francisco de Victoria, premier \u00e9v\u00eaque de Tucuman, une ville du nord-ouest de l\u2019Argentine d\u2019aujourd\u2019hui qui fut autant membre du haut clerg\u00e9 que gros commer\u00e7ant (et gros trafiquant) et l\u2019un de ses fr\u00e8res, Diego Perez de Acosta, lequel, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 marchand \u00e0 Potosi puis au P\u00e9rou, fut br\u00fbl\u00e9 en effigie au cours de l\u2019autodaf\u00e9 de Lima (1605, et, aid\u00e9 par son fr\u00e8re Francisco, s\u2019exila \u00e0 S\u00e9ville puis \u00e0 Venise pour terminer sa vie \u00e0 Safed en Palestine. D\u2019autres donn\u00e9es montrent l\u2019implication des juifs dans l\u2019exploitation des richesses humaines et naturelles des terres nouvellement conquises&nbsp;; l\u2019\u00eele de Cura\u00e7ao situ\u00e9e au V\u00e9n\u00e9zuela fut un relais important pour les cargaisons d\u2019esclaves&nbsp;; les affaires \u00e9taient r\u00e9gies en majeure partie par des commer\u00e7ants s\u00e9rafades venus d\u2019Amsterdam dont les partenaires install\u00e9s dans les ports de Coro ou de Maraca\u00efbo assuraient la livraison dans l\u2019ensemble des Am\u00e9riques et dans les principales capitales de la m\u00e9tropole.<\/p>\n<p><strong>Pour ne pas conclure&nbsp;:<\/strong><br \/>\nOn le voit, les circuits commerciaux de distributions qui relient les trois continents (Europe, Afrique, Am\u00e9rique) fonctionnent parfaitement&nbsp;; traitant de n\u2019importe quelle marchandise, ils ont \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9s par les &nbsp;\u00bb&nbsp;nouveaux chr\u00e9tiens&nbsp;&nbsp;\u00bb issus de la capitale portugaise pour la plupart et qui dans la dur\u00e9e ont pris pied \u00e0 Amsterdam, Anvers, Livourne, Constantinople, Mexico, Vera Cruz ou dans les Cara\u00efbes. Cette population est tr\u00e8s mobile&nbsp;; alors que certains d\u2019entre eux quittent l\u2019Espagne, le Portugal ou les nouvelles colonies pour \u00e9chapper aux rigueurs de l\u2019Inquisition, d\u2019autres viennent s\u2019y installer pour y g\u00e9rer leurs affaires. Ils signent les documents comptables de leur nom portugais ou espagnols mais garde un nom h\u00e9breu au sein de la communaut\u00e9 juive dont ils se r\u00e9clament (Joao Freire dont nous avons parl\u00e9 plus haut se fit appeler Jacob Peregrino d\u00e8s qu\u2019il foula le sol de la Petite C\u00f4te).<br \/>\nM\u00eame si leurs rites religieux pr\u00e9sentent quelques diff\u00e9rences, ils professent un attachement ind\u00e9fectible \u00e0 la loi de Mo\u00efse. Certaines recherches men\u00e9es sur l\u2019histoire des Marranes et des &nbsp;\u00bb&nbsp;nouveaux chr\u00e9tiens&nbsp;&nbsp;\u00bb tendent \u00e0 relativiser l\u2019observance des pratiques quotidiennes li\u00e9es \u00e0 la religion juive (contraintes calendaires, alimentaires etc.) pour privil\u00e9gier une m\u00e9moire collective qui s\u2019exprime dans le pr\u00e9cepte&nbsp;<em>zakhor&nbsp;<\/em>(souviens-toi). Elles d\u00e9veloppent la th\u00e8se selon laquelle ce qui lie les Juifs chass\u00e9s d\u2019Espagne et du Portugal et leurs lointains descendants dispers\u00e9s dans l\u2019ancien et le nouveau monde, c\u2019est l\u2019omnipr\u00e9sence et la force du souvenir des anc\u00eatres, des pers\u00e9cutions, des haines, des humiliations dont ils ont \u00e9t\u00e9 l\u2019objet en m\u00eame temps que le sentiment d\u2019une sp\u00e9cificit\u00e9, d\u2019une &nbsp;\u00bb&nbsp;fiert\u00e9 du sang&nbsp;&nbsp;\u00bb (Nathan Wachtel.). C\u2019est cette &nbsp;\u00bb&nbsp;communaut\u00e9 de destin&nbsp;\u00ab&nbsp;, cette &nbsp;\u00bb&nbsp;foi du souvenir&nbsp;&nbsp;\u00bb (ibid) qui forme le ciment id\u00e9ologique entre les membres des r\u00e9seaux commerciaux que nous avons \u00e9voqu\u00e9s. On ne peut nier la force du souvenir&nbsp;; toutefois elle ne doit pas rel\u00e9guer au second plan les r\u00e9alit\u00e9s qui ponctuent la vie quotidienne, telles que les f\u00eates juives (fix\u00e9es selon un calendrier diff\u00e9rent de celui observ\u00e9 par les chr\u00e9tiens) et les interdits alimentaires li\u00e9s, de pr\u00e8s ou de loin, \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement heureux ou catastrophique survenu dans le peuple juif il y a des si\u00e8cles. Combien d\u2019adeptes de la religion juive ont p\u00e9ri ou ont \u00e9t\u00e9 contraints \u00e0 l\u2019exil \u00e0 cause de ces pratiques&nbsp;? Pour banales qu\u2019elles aient \u00e9t\u00e9, ces traditions forment la m\u00e9moire vive de cette communaut\u00e9&nbsp;; elles se concr\u00e9tisent au niveau des mani\u00e8res et des produits de table par une grande diversit\u00e9, ce qui prouve une remarquable adaptation au milieu naturel et humain.<br \/>\nPour des raisons de place, on n\u2019entamera pas l\u2019\u00e9tude de la symbolique festive (vestimentaire et culinaire) juive et les multiples manifestations par lesquelles elle s\u2019est concr\u00e9tis\u00e9e selon l\u2019environnement et l\u2019\u00e9poque. On peut cependant poser comme hypoth\u00e8se de travail qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 la m\u00e9diation dans l\u2019espace et la dur\u00e9e qui a permis \u00e0 des individus dispers\u00e9s de s\u2019identifier comme membres d\u2019une seule et m\u00eame communaut\u00e9 et que le respect du pass\u00e9, pour g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9, n\u2019aurait pu suffire \u00e0 constituer l\u2019identit\u00e9 commune \u00e0 une population aussi \u00e9parse et mobile g\u00e9ographiquement.<br \/>\nL\u2019importance du marranisme en Afrique est donc double&nbsp;: d\u2019une part, il participe \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une modernit\u00e9 \u00e9conomique en d\u00e9veloppant de nouvelles formes d\u2019\u00e9changes commerciaux sur des distances beaucoup plus longues qu\u2019auparavant, d\u2019autre part, il contribue \u00e0 l\u2019\u00e9dification d\u2019une conscience commune et maintenant la m\u00e9moire du v\u00e9cu et des faits marquants qui ont scand\u00e9 le pass\u00e9 des Juifs. Il constitue donc un point d\u2019articulation entre histoire \u00e9conomique, coloniale et religieuse, montrant l\u2019extr\u00eame complexit\u00e9 des rapports entre l\u2019activit\u00e9 commerciale, bancaire, politique et l\u2019apparition d\u2019une &nbsp;\u00bb&nbsp;religiosit\u00e9&nbsp;\u00ab&nbsp;, mani\u00e8re pour les juda\u00efsant de se penser diff\u00e9rents des chr\u00e9tiens et de r\u00e9cup\u00e9rer les pr\u00e9ceptes religieux de leurs a\u00efeux.<\/p>\n<p><small>(1) Mario Claudio&nbsp;: Orion \u2013 Lisboa \u2013 Publica\u00e7oes Dom Quixote \u2013 2003.<br \/>\n(2) &nbsp;\u00bb&nbsp;Qui veut travailler aujourd\u2019hui au Portugal sur les Juifs portugais et des anciennes colonies portugaises ne peut effectuer ses recherches qu\u2019avec beaucoup de difficult\u00e9s&nbsp;: les biblioth\u00e8ques, dans un \u00e9tat catastrophique sont incapables de se procurer la litt\u00e9rature scientifique \u00e9trang\u00e8re, ce qui rend impossible toute recherche s\u00e9rieuse&nbsp;\u00ab&nbsp;. (Machael Studemund Halevy&nbsp;: Les Juifs au Portugal aujourd\u2019hui).<br \/>\n(3) Texte r\u00e9imprim\u00e9 en 1974 (Imprensa National \u2013 Casa da Moeda). Garcia de Resende, po\u00e8te, musicien et architecte militaire, a \u00e9galement laiss\u00e9 un&nbsp;<em>Cancionero general<\/em>&nbsp;qui r\u00e9unit des po\u00e8mes compos\u00e9s dans les cours de D. Afonso V, D. Joao II et D. Manuel.<br \/>\n(4) Texte r\u00e9\u00e9dit\u00e9 par Atlantica Livraria \u00e0 Coimbra en 1950.<br \/>\n(5) On se r\u00e9f\u00e8re ici au livre de Joseph P\u00e9rez&nbsp;: Isabelle et Ferdinand, Rois Catholiques d\u2019Espagne-Paris- Fayard 1988.<br \/>\n(6) Voir Bartolom\u00e9 Bennassar&nbsp;: L\u2019inquisition espagnole XV\u00b0-XIX si\u00e8cles Paris- Hachette \u2013 2001.<br \/>\n(7) Spinoza&nbsp;: Tractatus theologico-politicus \u2013 Gallimard \u2013 Coll Folio-Essais, p 78.<br \/>\n(8) Michel Del Castillo&nbsp;: Dictionnaire amoureux de l\u2019Espagne \u0096 Paris \u2013 Plon 2005 p 305.<br \/>\n(9) Il convient de mentionner que l\u2019exil pratiqu\u00e9 pour des raisons de religion ne frappe pas seulement les Juifs. Les chr\u00e9tiens appel\u00e9s&nbsp;<em>mozarabes<\/em>&nbsp;vivant en terres islamis\u00e9es apr\u00e8s les conqu\u00eates maures du VII\u00b0 si\u00e8cle, furent contraints de quitter les lieux o\u00f9 ils \u00e9taient install\u00e9s depuis des g\u00e9n\u00e9rations lors de la reconqu\u00eate lanc\u00e9e aux X\u00b0 et XI si\u00e8cles par les royaumes chr\u00e9tiens du nord (Castille, Aragon, L\u00e9on) car au terme d\u2019un revers des troupes musulmanes, ils \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des tra\u00eetres acquis \u00e0 la cause islamique. Ils ne pouvaient faire autre chose que de fuir en zone chr\u00e9tienne.<br \/>\n(10) Dans une interview parue dans le suppl\u00e9ment das Artes e das Letras du journal Primeiro de Janeiro&nbsp;(17 mars 2003), l\u2019auteur d\u00e9clare&nbsp;: &nbsp;\u00bb&nbsp;ce n\u2019est pas un roman proprement historique\u0085 L\u2019\u00e9pisode historique fonctionne comme une m\u00e9taphore pour traiter la question du pouvoir et de la minorit\u00e9 ethnique qui souffre du pouvoir. Peu importe que cette situation soit survenue dans un si\u00e8cle ou dans un autre&nbsp;\u00ab&nbsp;.<br \/>\n(11) Nuno da Silva Gon\u00e7alves&nbsp;: Os J\u00e9suites e a missao de Cabo verde (1604-1642). Lisboa \u2013 Brot\u00e9ria 1996 p 58.<br \/>\n(12) Seuls certains juifs (peu nombreux) de retour d\u2019Afrique furent traduits en proc\u00e8s par le tribunal de l\u2019Inquisition lisbo\u00e8te. Citons toutefois les jugements d\u2019Antonio Fernandes et de Mestre Diego en 1563. Nous suivons ici le travail tr\u00e8s fouill\u00e9 d\u2019Antonio de Almeida Mendes&nbsp;: Le r\u00f4le de l\u2019Inquisition en Guin\u00e9e \u2013 Vicissitudes des pr\u00e9sences juives sur la Petite C\u00f4te (XV-XVII\u00b0 si\u00e8cles) in Revista Lusofona de cien\u00e7a das religioes. Ann\u00e9e III 2004 n\u00b05\/6 p 137 \u2013 155.<br \/>\n(13) Samuel Usque&nbsp;: Consola\u00e7am as tribula\u00e7oens de Isra\u00ebl -Coimbra 1907. Ouvrage traduit en anglais sous le titre&nbsp;: Consolation for the tribulations of Israel- Philadelphie 1965.<br \/>\n(14) Andr\u00e9 Alvares de Almada&nbsp;: Tratado breve dos Rios de Guin\u00e9 do Cabo Verde. Texte publi\u00e9 en 1594.<br \/>\n(15) Richard Jobson&nbsp;: The golden trade or a discovery of the river Gambia and the golden trade of the Aethiopians (1623)<br \/>\n(16) Manuel Rosario Pinto, pr\u00eatre originaire de l\u2019\u00eele de Sao Tom\u00e9 confirme l\u2019existence de cette c\u00e9r\u00e9monie parmi les Cr\u00e9oles juifs en 1730. Rabbi Issac Louria, \u00e9minent kabbaliste du XVII\u00b0 si\u00e8cle, codifia la c\u00e9r\u00e9monie&nbsp;: les fid\u00e8les masculins dansent autour de ceux qui portent les textes sacr\u00e9s et les femmes, plac\u00e9es sur une estrade surplombant les danseurs, jettent sur ces derniers quantit\u00e9 de bonbons, cadeau mat\u00e9rialisant les mots du message divin. On allume ensuite un cierge dans le tabernacle o\u00f9 seront d\u00e9pos\u00e9s les rouleaux de la Torah car &nbsp;\u00bb&nbsp;le commandement est flambeau et la Torah lumi\u00e8re&nbsp;\u00ab&nbsp;. Ceux-ci y seront rang\u00e9s quand le cierge sera totalement consum\u00e9.<br \/>\n(17) Un tel point de vue est fondamentalement en contradiction avec la figure de Saint Paul qui fut \u00e0 la fois juif d\u2019origine, grec de formation et latin dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie. Stanislas Breton (Saint Paul -PUF- 1988) a montr\u00e9 qu\u2019un tel m\u00e9tissage d\u00e9bouchait sur une notion in\u00e9dite de son temps&nbsp;: la personne et le concept d\u2019identit\u00e9. Voir le profond commentaire qu\u2019en donne Michel Serres in Rameaux (Edit Le Pommier- 2004- pp 69 v).<br \/>\n(18) Voir le livre tr\u00e8s engag\u00e9 du B\u00e9ninois F\u00e9lix Iroko&nbsp;: La C\u00f4tes des esclaves et la traite atlantique. Les faits et le jugement de l\u2019histoire. Nouvelle Presse Publications. Cotonou 2003- 207 pages. Une pr\u00e9sentation succincte de l\u2019ouvrage due \u00e0 Roger Gb\u00e9gnonvi est parue sur le site de la revue Africultures le 03.12.2003.<br \/>\n(19) F\u00e9lix Iroko \u00e9crit &nbsp;\u00bb&nbsp;les souverains locaux, pour se procurer des captifs, en faisaient tuer un nombre infini, les plus \u00e2g\u00e9s \u00e9taient toujours \u00e9gorg\u00e9s&nbsp;&nbsp;\u00bb p 113&nbsp;; &nbsp;\u00bb&nbsp;les vendeurs qui avaient des nourrices dans leurs contingents, leur arrachaient les b\u00e9b\u00e9s qu\u2019ils jetaient la nuit aux animaux sauvages avant de les proposer elles-m\u00eames aux capitaines&nbsp;&nbsp;\u00bb (p 102).<br \/>\n(20) F.Latour da Veiga Pinto&nbsp;: &nbsp;\u00bb&nbsp;La participation du Portugal \u00e0 la traite n\u00e9gri\u00e8re&nbsp;&nbsp;\u00bb in La traite n\u00e9gri\u00e8re du XV\u00b0 au XIX\u00b0 si\u00e8cle. Histoire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Afrique. Etudes et documents 2. Unesco-1979 pp 130-160.<br \/>\n(21) La dynamique du commerce avait d\u00e9j\u00e0 entra\u00een\u00e9 nombre de bouleversements et de faillites parmi les marchants g\u00e9nois au XIII\u00b0 si\u00e8cle comme l\u2019a montr\u00e9 Jean Favier dans son livre De l\u2019or et des \u00e9pices \u2013 Fayard \u2013 1987<br \/>\n(22) L\u2019expression est de Sebastiao Fernandes Ca\u00e7ao, Procureur du Roi qui au d\u00e9but du XVII\u00b0 si\u00e8cle r\u00e9digea un rapport d\u00e9taill\u00e9 sur les activit\u00e9s des nouveaux Juifs sur la C\u00f4te du Wolof et conserv\u00e9 \u00e0 la Biblioth\u00e8que da Ajuda de Lisbonne.<br \/>\n(23) Il arrive que de hauts responsables portugais soient de m\u00e8che avec les n\u00e9gociants juifs . Ce fut le cas de Joao Soeiro qui fit d\u00e9charger \u00e0 Cacheu des bateaux affr\u00e9t\u00e9s par son propre fr\u00e8re install\u00e9 \u00e0 Amsterdam, participant ainsi \u00e0 l\u2019\u00e9viction des Portugais dans les transactions internationales.<br \/>\n(24) Voir Fernand Braudel&nbsp;: De Potosi \u00e0 Buenos Aires&nbsp;: une route clandestine de l\u2019argent. Fin du XVI\u00b0, d\u00e9but du XVII\u00b0 si\u00e8cle in Cahiers des Annales 1949 p 154 \u2013 158.&nbsp;<\/small><small>\/\/\/Article N\u00b0 : 4391<\/small><\/p>\n<p>Sources : Africultures<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest &nbsp; L\u2019histoire ne meurt jamais. Peu ou prou, elle demeure pr\u00e9sente en m\u00e9moire. Une comm\u00e9moration organis\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un anniversaire la remet ordinairement sur le devant de la sc\u00e8ne. Mais elle peut aussi refaire surface par le biais d\u2019un romancier quand il choisit tel ou tel \u00e9v\u00e8nement&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":60234,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-60233","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest | HARISSA.COM<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest &nbsp; L\u2019histoire ne meurt jamais. Peu ou prou, elle demeure pr\u00e9sente en m\u00e9moire. Une comm\u00e9moration\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest | HARISSA.COM\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest &nbsp; L\u2019histoire ne meurt jamais. Peu ou prou, elle demeure pr\u00e9sente en m\u00e9moire. Une comm\u00e9moration\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"HARISSA.COM\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/groups\/harissacom\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2018-07-19T18:45:39+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/cabo-300x192.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"admin\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"admin\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"64 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\\\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\\\/\"},\"author\":{\"name\":\"admin\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/b39019abb0aa5b7647f17008d97c0237\"},\"headline\":\"L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest\",\"datePublished\":\"2018-07-19T18:45:39+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\\\/\"},\"wordCount\":12746,\"commentCount\":0,\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/#organization\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2018\\\/07\\\/cabo-300x192.jpg\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"CommentAction\",\"name\":\"Comment\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\\\/#respond\"]}]},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\\\/\",\"name\":\"L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest | HARISSA.COM\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2018\\\/07\\\/cabo-300x192.jpg\",\"datePublished\":\"2018-07-19T18:45:39+00:00\",\"description\":\"L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest &nbsp; L\u2019histoire ne meurt jamais. Peu ou prou, elle demeure pr\u00e9sente en m\u00e9moire. Une comm\u00e9moration\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2018\\\/07\\\/cabo-300x192.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2018\\\/07\\\/cabo-300x192.jpg\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/\",\"name\":\"HARISSA.COM\",\"description\":\"Le Web des Juifs Tunisiens\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/#organization\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Organization\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/#organization\",\"name\":\"Harissa.com - Le Web des Juifs Tunisiens\",\"url\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/\",\"logo\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/09\\\/openpublish_themee_logo-1.gif\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/09\\\/openpublish_themee_logo-1.gif\",\"width\":235,\"height\":42,\"caption\":\"Harissa.com - Le Web des Juifs Tunisiens\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\"},\"sameAs\":[\"https:\\\/\\\/www.facebook.com\\\/groups\\\/harissacom\"]},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/b39019abb0aa5b7647f17008d97c0237\",\"name\":\"admin\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/7dd611c5d2a0837f57033276df2e852a07d3d441c5e10b66bf06b2f1332125eb?s=96&d=mm&r=g\",\"url\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/7dd611c5d2a0837f57033276df2e852a07d3d441c5e10b66bf06b2f1332125eb?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/7dd611c5d2a0837f57033276df2e852a07d3d441c5e10b66bf06b2f1332125eb?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"admin\"},\"sameAs\":[\"https:\\\/\\\/harissa.com\\\/news-wp\"]}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest | HARISSA.COM","description":"L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest &nbsp; L\u2019histoire ne meurt jamais. Peu ou prou, elle demeure pr\u00e9sente en m\u00e9moire. Une comm\u00e9moration","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest | HARISSA.COM","og_description":"L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest &nbsp; L\u2019histoire ne meurt jamais. Peu ou prou, elle demeure pr\u00e9sente en m\u00e9moire. Une comm\u00e9moration","og_url":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/","og_site_name":"HARISSA.COM","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/groups\/harissacom","article_published_time":"2018-07-19T18:45:39+00:00","og_image":[{"url":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/cabo-300x192.jpg","width":1,"height":1,"type":"image\/jpeg"}],"author":"admin","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"admin","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"64 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/"},"author":{"name":"admin","@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/#\/schema\/person\/b39019abb0aa5b7647f17008d97c0237"},"headline":"L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest","datePublished":"2018-07-19T18:45:39+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/"},"wordCount":12746,"commentCount":0,"publisher":{"@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/#organization"},"image":{"@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/cabo-300x192.jpg","inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"CommentAction","name":"Comment","target":["https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/#respond"]}]},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/","url":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/","name":"L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest | HARISSA.COM","isPartOf":{"@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/cabo-300x192.jpg","datePublished":"2018-07-19T18:45:39+00:00","description":"L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest &nbsp; L\u2019histoire ne meurt jamais. Peu ou prou, elle demeure pr\u00e9sente en m\u00e9moire. Une comm\u00e9moration","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/#primaryimage","url":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/cabo-300x192.jpg","contentUrl":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/cabo-300x192.jpg"},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lheritage-des-juifs-portugais-en-afrique-de-louest\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"L\u2019h\u00e9ritage des Juifs portugais en Afrique de l\u2019Ouest"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/#website","url":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/","name":"HARISSA.COM","description":"Le Web des Juifs Tunisiens","publisher":{"@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/#organization","name":"Harissa.com - Le Web des Juifs Tunisiens","url":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/","logo":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/#\/schema\/logo\/image\/","url":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/openpublish_themee_logo-1.gif","contentUrl":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/openpublish_themee_logo-1.gif","width":235,"height":42,"caption":"Harissa.com - Le Web des Juifs Tunisiens"},"image":{"@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/#\/schema\/logo\/image\/"},"sameAs":["https:\/\/www.facebook.com\/groups\/harissacom"]},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/#\/schema\/person\/b39019abb0aa5b7647f17008d97c0237","name":"admin","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/7dd611c5d2a0837f57033276df2e852a07d3d441c5e10b66bf06b2f1332125eb?s=96&d=mm&r=g","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/7dd611c5d2a0837f57033276df2e852a07d3d441c5e10b66bf06b2f1332125eb?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/7dd611c5d2a0837f57033276df2e852a07d3d441c5e10b66bf06b2f1332125eb?s=96&d=mm&r=g","caption":"admin"},"sameAs":["https:\/\/harissa.com\/news-wp"]}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/60233","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=60233"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/60233\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/60234"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=60233"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=60233"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=60233"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}