{"id":60419,"date":"2018-08-19T17:29:34","date_gmt":"2018-08-19T17:29:34","guid":{"rendered":""},"modified":"2018-08-19T17:29:34","modified_gmt":"2018-08-19T17:29:34","slug":"la-creolite-et-les-juifs-de-la-martinique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-creolite-et-les-juifs-de-la-martinique\/","title":{"rendered":"La creolite et les Juifs de la Martinique"},"content":{"rendered":"<p>La cr\u00e9olit\u00e9 et les Juifs de la Martinique<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>William F.S. MILES<\/strong><br \/>\n<strong>Professeur de sciences politiques<\/strong><br \/>\n<strong>Northeastern University, Boston USA<\/strong><\/p>\n<p><strong>Traduit de l\u2019am\u00e9ricain par<\/strong><br \/>\n<strong>Lo\u00efza NELLEC-MILES<\/strong><br \/>\n<strong>Charg\u00e9e de cours en Fran\u00e7ais<\/strong><br \/>\n<strong>Northeastern University, Boston USA<\/strong><\/p>\n<p>De Fanon \u00e0 Confiant : l\u2019incompl\u00e8te cr\u00e9olit\u00e9 martiniquaise<\/p>\n<p>\u00ab [Aux Antilles] nous assimilons petit \u00e0 petit les pr\u00e9jug\u00e9s \u2026<br \/>\nqui nous viennent d\u2019Europe. Mais nous n\u2019acceptons pas tout\u2026<br \/>\nL\u2019antis\u00e9mitisme, par exemple, n\u2019existe pas, car il n\u2019y a pas de Juifs, ou si peu \u00bb. Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs (1952) p. 155.<\/p>\n<p>\u00ab A cause de l\u2019holocauste, les juifs se permettent maintenant n\u2019importe quoi \u00bb.<br \/>\nD\u00e9put\u00e9 antillais \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, dans un apart\u00e9, mars 2002.<\/p>\n<p>Entre l\u2019antis\u00e9mitisme fasciste tant redout\u00e9 par Fanon et l\u2019antis\u00e9mitisme de gauche partag\u00e9 par ce d\u00e9put\u00e9 \u2013 celui pour lequel la shoah est peu, compar\u00e9e \u00e0 l\u2019esclavage \u2013 la Martinique a en effet bien chang\u00e9. Nonobstant les liens \u00e9ventuels entre Dieudonn\u00e9 et Jean-Marie Le Pen, l\u2019affaire Dieudonn\u00e9\/Confiant de juin 2005 est un cas de figure r\u00e9v\u00e9lateur. Elle a commenc\u00e9 en mars 2005 quand l\u2019humoriste Dieudonn\u00e9 re\u00e7ut quelques bonnes gifles des mains de jeunes juifs qui avaient per\u00e7u certains de ses propos comme diffamatoires. Ces derniers furent condamn\u00e9s \u00e0 six mois de prison dont cinq avec sursis.<\/p>\n<p>Un an et demi plus tard, Rapha\u00ebl Confiant pour parler de leurs coreligionnaires choisit de les d\u00e9signer dans un essai diffus\u00e9 par courrier \u00e9lectronique par le terme \u00ab les innommables \u00bb. Une pol\u00e9mique s\u2019ensuivit qui s\u2019est r\u00e9pandue jusque dans les colonnes du journal Le Monde.<br \/>\nLe fait qu\u2019une communaut\u00e9 s\u00e9pharade s\u2019est bien r\u00e9install\u00e9e \u00e0 la Martinique depuis l\u2019\u00e9poque de Frantz Fanon a peu \u00e0 voir dans cette affaire : comme le notent des sp\u00e9cialistes du Japon \u00e0 ce propos, l\u2019existence d\u2019une communaut\u00e9 juive n\u2019est pas du tout n\u00e9cessaire pour que l\u2019antis\u00e9mitisme fasse son apparition. Et le fait que les partisans du ma\u00eetre en onomastique, p\u00e8re du terme \u00ab innommables \u00bb, ne sont ni repr\u00e9sentatifs ni tr\u00e8s suivis est aussi secondaire. Comme l\u2019\u00e9crit Michel Giraud, qui se fait le vigile depuis un quart de si\u00e8cle sur les d\u00e9rapages identitaires aux Antilles, il ne faut pas prendre l\u2019arbre d\u2019un mot particulier, ou son parrain, pour \u00ab la for\u00eat des crispations identitaires qui \u00e9maillent de plus en plus souvent les discours et les attitudes de certaines \u00e9lites intellectuelles et politiques du monde antillais \u00bb (Giraud 2007 : 81). Pour lui, le signifiant se trouve dans le \u00ab r\u00e9flexe \u00bb d\u2019une identit\u00e9 qui est \u00ab excluante \u00bb et \u00ab exclusive \u00bb (ibid.). Il faut se garder du danger, propag\u00e9 par le nationaliste aussi bien que par l\u2019antis\u00e9mite, de d\u00e9cider \u00ab du Mal \u00bb, selon les termes de Sartre, \u00ab pour n\u2019avoir pas a d\u00e9cider du Bien \u00bb (Giraud 2000 : 87).<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la perspective tranchante de Michel Giraud, nous voulons souligner un autre paradoxe \u00e0 ajouter \u00e0 ceux que nous avons pr\u00e9sent\u00e9s ant\u00e9rieurement (Miles 1992) : le d\u00e9calage entre le discours de la cr\u00e9olit\u00e9 \u2013 dont le Pr. Confiant est l\u2019un des porte-parole originaux \u2013 et la non-reconnaissance d\u2019un constituant juif, \u00e9tabli et r\u00e9tabli, sur l\u2019\u00eele des Revenants.<\/p>\n<p><strong>Cr\u00e9olit\u00e9 et diaspora<\/strong><\/p>\n<p>Plus que toutes les autres \u00eeles fran\u00e7aises de la Cara\u00efbe, la Martinique se vante de sa diversit\u00e9, de son hybridit\u00e9, de son m\u00e9tissage \u2013 bref, de sa cr\u00e9olit\u00e9. Satisfaite autrefois de distinguer son identit\u00e9 par rapport \u00e0 la m\u00e9tropole par le biais de l\u2019h\u00e9ritage africain de la n\u00e9gritude, la Martinique d\u2019aujourd\u2019hui assume enti\u00e8rement l\u2019\u00e9ventail des diff\u00e9rents composants ethniques de son pass\u00e9. En effet, outre les descendants d\u2019esclaves, cette communaut\u00e9 r\u00e9invent\u00e9e, pour paraphraser Benedict Anderson, a fait assur\u00e9ment siens les \u00e9l\u00e9ments asiatiques, am\u00e9rindiens, europ\u00e9ens et syriens de sa population. Lesquels, par leur m\u00e9lange, ont contribu\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er la Martinique bigarr\u00e9e que nous connaissons. Cette cr\u00e9olit\u00e9 permet \u00e0 la Martinique de revendiquer une place sp\u00e9cifique au sein de la R\u00e9publique fran\u00e7aise.<br \/>\nPourtant, une communaut\u00e9 reste exclue de cette image id\u00e9alis\u00e9e que la collectivit\u00e9 martiniquaise a de soi : celle des juifs. Les juifs se sont \u00e9tablis \u00e0 la Martinique \u2013 f\u00fbt-ce de mani\u00e8re discontinue \u2013 depuis le d\u00e9but de son existence en tant que colonie fran\u00e7aise au XVIIe si\u00e8cle. Or, ceux-ci ne sont pas pris en compte dans l\u2019image que la collectivit\u00e9 martiniquaise se forme d\u2019elle-m\u00eame. Chaque entit\u00e9 a sa part de responsabilit\u00e9 dans cette situation.<\/p>\n<p>Les Martiniquais, bien que multiculturels sur le plan ethnique et racial, demeurent principalement chr\u00e9tiens, surtout catholiques, sur celui de l\u2019identit\u00e9 religieuse. Les juifs, quant \u00e0 eux, fondent leur r\u00e9ticence moins sur des divergences religieuses que sur un moindre sentiment d\u2019enracinement dans le pays : apr\u00e8s une trentaine d\u2019ann\u00e9es pass\u00e9es sur l\u2019\u00eele, les juifs ne se sentent toujours pas chez eux. Ils y sont install\u00e9s, mais vivent en marge, sur la d\u00e9fensive, pr\u00eats \u00e0 fuir les abords d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 en laquelle, de mani\u00e8re parfois justifi\u00e9e, ils n\u2019ont pas enti\u00e8rement confiance. Tant que la Martinique ne consid\u00e9rera pas la communaut\u00e9 juive comme une couche int\u00e9grante de son multiculturalisme identitaire, tant que les juifs eux-m\u00eames ne surmonteront pas leur r\u00e9ticence \u00e0 assumer la r\u00e9alit\u00e9 de leur pr\u00e9sence g\u00e9ographique, la cr\u00e9olit\u00e9 martiniquaise tant claironn\u00e9e restera incompl\u00e8te.<\/p>\n<p><strong>Les premiers juifs de la Martinique[2]<\/strong><br \/>\nL\u2019on ignore trop souvent que des juifs figurent parmi les tout premiers colons de la Martinique. Moins de trente ans, en effet, apr\u00e8s que Belain d\u2019Esnambuc eut pris possession de l\u2019\u00eele au nom de la France, quelques juifs hollandais fuyant le Br\u00e9sil, \u00e0 partir de Recife, principalement, apr\u00e8s sa conqu\u00eate par les Portugais en 1654, trouv\u00e8rent refuge dans la partie nord-est de la Martinique qui porte encore le nom de Petit-Br\u00e9sil[3]. Bien qu\u2019on leur doive l\u2019introduction des techniques permettant la cristallisation et le raffinage du sucre \u2013 avec la construction des canaux d\u2019irrigation et des moulins \u00e0 eau et \u00e0 vent, ces \u00ab anciens marranes[4] \u00bb furent l\u2019objet des pers\u00e9cutions officielles. En 1659, sous la pression des j\u00e9suites, le droit de commerce leur fut d\u00e9ni\u00e9 ; en 1685, Louis XIV ordonna leur expulsion de l\u2019\u00eele. Leur nombre ne d\u00e9passait pas quatre-vingts. Quelques-uns s\u2019enfuirent vers la Barbade, d\u2019autres devinrent conversos, c\u2019est-\u00e0-dire chr\u00e9tiens sous la contrainte.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cela, les juifs rest\u00e9s \u00e0 la Martinique s\u2019\u00e9panouirent sur le plan \u00e9conomique, l\u2019interdiction de commerce avait \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9e ; les juifs qui refusaient de pratiquer le commerce durant le shabbat \u00e9taient soumis \u00e0 une amende. On pouvait mesurer leur richesse au nombre d\u2019esclaves en leur possession : cent exactement. Ils \u00e9taient relativement libres de pratiquer leur religion :<\/p>\n<p>Les Juifs qui sont \u00e9tablis ici emploient les samedis \u00e0 faire leurs c\u00e9r\u00e9monies, obligeant leurs n\u00e8gres et engag\u00e9s d\u2019observer leur Sabbat et de travailler le dimanche et se montrent en public durant le deuil de l\u2019Eglise qui dure depuis le Jeudi Saint jusqu\u2019au dimanche de P\u00e2ques, contrairement \u00e0 ce qui s\u2019observe dans tous les milieux de l\u2019Europe o\u00f9 on les tol\u00e8re<br \/>\n(Lettre du Gouverneur de Baas, le 1er ao\u00fbt 1669).<\/p>\n<p>Cependant, encore une fois, dans les Cara\u00efbes fran\u00e7aises comme en Europe, les juifs eurent \u00e0 subir le ressentiment de ceux qui voyaient dans leurs prouesses \u00e9conomiques une menace sur le commerce :<\/p>\n<p>Je crois qu\u2019il est n\u00e9cessaire que le Roi envoie un r\u00e8glement \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Juifs, ils ont des terres, des maisons en propre, ils ont des esclaves chr\u00e9tiens, et quantit\u00e9 de commis chr\u00e9tiens, ils font quasi tout le commerce, et se multiplient beaucoup, de sorte que le commerce est presque tout tenu par ces gens\u2011l\u00e0.<br \/>\n(Lettre au roi, 19 novembre 1680)[5]<\/p>\n<p>En t\u00eate de ces premiers juifs martiniquais figurent Jacob Gabaye, un r\u00e9sident de Saint-Pierre, la premi\u00e8re capitale de la Martinique, sur la propri\u00e9t\u00e9 duquel se trouvaient une synagogue rudimentaire et un cimeti\u00e8re juif ; Jacob Louis, de Rivi\u00e8re-Sal\u00e9e ; Abraham Bueno, du Marigot ; Isaac Le Tob, du Carbet ; et surtout Benjamin Da Costa, pionnier de la culture du cacao, de la canne \u00e0 sucre et de l\u2019extraction de l\u2019indigo. Le chocolat et les confitures de fruits de Da Costa, pr\u00e9par\u00e9s selon les recettes qu\u2019il avait apprises des indig\u00e8nes, les Indiens Cara\u00efbes extermin\u00e9s par la suite, \u00e9taient vendus \u00e0 Amsterdam, Bordeaux et Bayonne. En introduisant le processus de raffinage du sucre \u00e0 la Martinique, Da Costa allait changer le visage de l\u2019\u00eele.<br \/>\nOr, ces juifs n\u2019\u00e9taient pas enferm\u00e9s dans un ghetto ; la conscience des j\u00e9suites de l\u2019\u00eele \u00e9tait \u00e0 la torture :<\/p>\n<p>Ils se m\u00ealent impun\u00e9ment parmi les chr\u00e9tiens, boivent et mangent avec eux et sous pr\u00e9texte de trafic et de commerce abusent des personnes simples et corrompent l\u2019innocence des femmes et des filles chr\u00e9tiennes\u2026 Les enfants jouent indiff\u00e9remment avec les enfants chr\u00e9tiens<br \/>\n(Lettre du 13 f\u00e9vrier 1683)[6].<\/p>\n<p>L\u2019article 1 du fameux \u00e9dit de mars 1685, le document qui par ailleurs r\u00e9gularise la pratique de l\u2019esclavage dans l\u2019empire fran\u00e7ais, rend officiel l\u2019ordre d\u2019expulsion des juifs promulgu\u00e9 par Louis XIV : \u00ab Enjoignons \u00e0 tous nos officiers de chasser hors de nos Isles tous les Juifs qui y ont \u00e9tabli leur r\u00e9sidence auxquels comme aux ennemis du nom chr\u00e9tiens nous commandons d\u2019en sortir\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Sur place, l\u2019application des lois antijuives laissait plut\u00f4t \u00e0 d\u00e9sirer : en 1695, la chancellerie fran\u00e7aise fit remontrance au gouverneur de la Martinique, le comte de Bl\u00e9nac pour avoir permis \u00e0 six familles juives de rester sur l\u2019\u00eele en lui rappelant \u00ab qu\u2019il ne soit permis \u00e0 aucun marchand, ou autre faisant profession de la religion juive de s\u2019\u00e9tablir dans les \u00eeles et colonies fran\u00e7aises de l\u2019Am\u00e9rique\u2026[7] \u00bb Il faut croire que le comte de Bl\u00e9nac s\u2019empressa d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 ce rappel \u00e0 l\u2019ordre et fit appliquer l\u2019ordonnance antis\u00e9mite de Sa Majest\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1727 cependant, les juifs r\u00e9apparurent \u00e0 la Martinique. Parmi eux se trouve, en1728, Abraham, \u00e2g\u00e9 de vingt-deux ans, fils d\u2019Antoine issu de l\u2019\u00e9minente famille Gradis originaire de Bordeaux. Abraham, travaillait en \u00e9troite collaboration avec son fr\u00e8re David en tant que repr\u00e9sentant de la compagnie charg\u00e9e d\u2019approvisionner la Marine (surtout en rhum) et qui portera plus tard le nom des Gradis. Abraham, c\u00e9libataire sans enfants, mourut \u00e0 l\u2019\u00e2ge de trente-deux ans laissant un testament notari\u00e9 par lequel il l\u00e9guait ses biens \u00e0 ses deux s\u0153urs, c\u00e9libataires elles aussi, Judith et R\u00e9becca. Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises annul\u00e8rent le testament ; le tr\u00e9sor royal s\u2019appropria l\u2019h\u00e9ritage sous pr\u00e9texte qu\u2019un juif n\u2019avait aucun statut l\u00e9gal sur l\u2019\u00eele[8].<br \/>\nLa famille Gradis prosp\u00e9ra n\u00e9anmoins en m\u00eame temps que l\u2019industrie sucri\u00e8re. Leur plantation se trouvait \u00e0 Basse-Pointe, sur la c\u00f4te nord, tandis que la plantation de la famille Depaz, Lopes Depaz fit ses d\u00e9buts comme courtier chez les Gradis, \u00e9tait \u00e9tablie pr\u00e8s de Saint-Pierre[9]. En 1764, apparemment dans le but de r\u00e9gulariser son statut, \u00ab la communaut\u00e9 des marchands de la nation h\u00e9bra\u00efque demeurant tout en cette isle \u00bb supplia le roi d\u2019autoriser leur r\u00e9sidence, la construction de leurs usines sucri\u00e8res et la manufacture de leurs produits. Tacite ou officielle, l\u2019autorisation royale fut semble-t-il accord\u00e9e. Comme sucre des \u00eeles dans le caf\u00e9 cr\u00e9ole, les familles juives de l\u2019Ancien R\u00e9gime se fondirent graduellement dans la soci\u00e9t\u00e9 antillaise. Certains, comme les Depaz, en s\u2019assimilant, s\u2019int\u00e9gr\u00e8rent dans le cercle des \u00ab b\u00e9k\u00e9s \u00bb[10] comme est d\u00e9sign\u00e9e l\u2019aristocratie catholique blanche de l\u2019\u00eele. D\u2019autres, comme les Bueno (devenus Lebon) et les L\u00e9vy[11], semblent avoir transmis leur nom \u00e0 quelques noirs et m\u00e9tisses \u00e0 qui les origines s\u00e9mitiques de leurs anc\u00eatres (probablement propri\u00e9taires d\u2019esclaves) \u00e9chappent compl\u00e8tement. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9ruption de la Montagne Pel\u00e9e qui annihila Saint-Pierre en 1902, peu de traces subsistent de l\u2019ancienne pr\u00e9sence juive \u00e0 la Martinique \u00e0 l\u2019exception unique des distilleries de la famille Meyer[12]. Il revint au r\u00e9gime collaborateur de Vichy de ranimer le spectre de l\u2019antis\u00e9mitisme sur une \u00eele comptant si peu de juifs en son sein.<\/p>\n<p><strong>La deuxi\u00e8me guerre mondiale<\/strong><\/p>\n<p>Ayant \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 par Georges Mandel, ministre des Colonies de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, l\u2019amiral Georges Robert,[13] en septembre 1939 est arriv\u00e9 \u00e0 la Martinique en tant que \u00ab commandant en chef des forces maritimes de l\u2019Atlantique Ouest \u00bb. La situation politique internationale \u00e9tant dangereusement agit\u00e9e, il avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu que l\u2019amiral Robert deviendrait haut commissaire des Antilles et de la Guyane \u00ab si la situation l\u2019exige \u00bb. En effet, avec l\u2019entr\u00e9e en guerre de la France, Robert s\u2019investit de ce pouvoir suppl\u00e9mentaire, tout en restant fid\u00e8le au gouvernement en exercice \u2013 qui, entretemps, s\u2019\u00e9tait d\u00e9plac\u00e9 de Paris \u00e0 Vichy. En juin 1940, l\u2019amiral Robert pr\u00eatait serment au mar\u00e9chal P\u00e9tain. De 1940 \u00e0 1943, la Martinique se trouva donc sous le r\u00e9gime de Vichy, et sous la f\u00e9rule de l\u2019amiral Robert.<br \/>\nSecond\u00e9 par le gouverneur Henri Bresolles puis (d\u00e9but 1941) par le gouverneur Yves Nicol, Robert s\u2019empressa d\u2019appliquer aux colonies les lois antis\u00e9mites promulgu\u00e9es en France m\u00e9tropolitaine. Parmi les plus proches confidents de l\u2019amiral se trouvait le Comte de C\u00e9r\u00e9zy, d\u00e9crit par les services d\u2019espionnage britanniques \u00e0 la Martinique comme \u00ab tr\u00e8s antis\u00e9mite \u00bb. Le comte aurait ordonn\u00e9 le rapatriement des \u00e9ventuels r\u00e9fugi\u00e9s juifs en provenance d\u2019Afrique du Nord et de France m\u00e9tropolitaine[14]. Parmi les intellectuels juifs qui pass\u00e8rent par la Martinique durant cette p\u00e9riode se trouvait Claude L\u00e9vy-Strauss. Le r\u00e9gime local ne vit dans l\u2019anthropologue qu\u2019\u00ab un jud\u00e9o-franc-ma\u00e7on \u00e0 la solde des Am\u00e9ricains[15] \u00bb. Parmi les \u00ab passagers clandestins \u00bb plac\u00e9s sous internement administratif au camp militaire de Balata en tant qu\u2019 \u00ab individus dangereux pour la d\u00e9fense nationale et la s\u00e9curit\u00e9 publique \u00bb, se trouvaient un certain Abraham Weisz et un L\u00e9vi[16].<\/p>\n<p>Jennings a d\u00e9montr\u00e9 le r\u00f4le ambigu que la Martinique a jou\u00e9 face \u00e0 un Vichy d\u00e9sireux de se d\u00e9barrasser de ces juifs. Jusqu\u2019en 1942 le r\u00e9gime avait envisag\u00e9 l\u2019\u00eele des Revenants comme point de transit, de dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e, pour les juifs et autres \u00ab ind\u00e9sirables \u00bb de la m\u00e9tropole. En effet, six navires, de croisi\u00e8re et de cargaison, ont fait la travers\u00e9e entre Marseille et la Martinique, charg\u00e9s de refugi\u00e9s. La Martinique \u00ab repr\u00e9senta le dernier projet fran\u00e7ais d\u2019\u00e9migration avant la shoah \u00bb.[17]<\/p>\n<p>Les lois antis\u00e9mites de la France de Vichy furent reproduites dans le Journal officiel de la Martinique (JOM). Par suite des \u00ab lois concernant le statut des juifs \u00bb publi\u00e9es dans le JOM du 26 octobre 1940, 236 d\u00e9clarations de \u00ab non appartenance \u00e0 la race juive \u00bb font maintenant partie des Archives Nationales (r\u00e9f. M 4612). L\u2019on peut aussi trouver un dossier intitul\u00e9 \u00ab agents suspects \u00bb dans lequel un c\u00e2ble en provenance du cabinet du gouverneur, en date du 10 d\u00e9cembre 1940, fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la \u00ab discr\u00e8te surveillance \u00bb exerc\u00e9e sur deux fonctionnaires soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019\u00eatre juifs : un certain professeur Salanski et un autre Jean Kehrig. Les dossiers contiennent aussi les d\u00e9clarations d\u2019un Guthman[18], nom suspect aux yeux de Vichy, attestant du caract\u00e8re purement catholique de ses origines, de son \u00e9ducation et de son mariage.<br \/>\nDeux documents attestent de la pr\u00e9sence \u2013 d\u00fbment catalogu\u00e9e par les autorit\u00e9s coloniales de Vichy \u2013 des juifs sur l\u2019\u00eele. Une liste du 1er ao\u00fbt 1941 constitu\u00e9e \u00e0 partir des d\u00e9clarations obligatoires (JOM du 28 juin 1941, p. 697- 699) et sign\u00e9e par le capitaine de gendarmerie Delpech contient les noms de vingt-deux adultes juifs (dont quatre femmes) plus celui d\u2019une non-juive mari\u00e9e \u00e0 un juif (leur enfant est donc compt\u00e9 comme juif). Pour ces vingt-trois adultes[19], la liste d\u00e9nombre quatorze \u00e9poux (cinq d\u2019entre eux non-juifs) et vingt-sept enfants (trois d\u2019entre eux non-juifs). Parmi les vingt-deux adultes juifs, le d\u00e9compte des nationalit\u00e9s donne quatorze Fran\u00e7ais, trois Roumains, deux Alg\u00e9riens, un Belge, un Turc, et un \u00ab Palestinien \u00bb. De ce total de cinquante-cinq personnes enregistr\u00e9es comme juives par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises, treize (principalement les familles des Alg\u00e9riens Joseph Mishkal et Abba Simon Abadi, repartis en Palestine) \u00e9taient absentes. Trois mois plus tard (selon la lettre du capitaine Delpech du 21 novembre 1941), apr\u00e8s le d\u00e9part de la famille Steiner, de madame Raymonde Hayman (femme d\u2019un conseiller \u00e0 la Cour non-juif) et de Henri Halphen, la population juive r\u00e9sidant \u00e0 la Martinique \u00e9tait r\u00e9duite \u00e0 trente-six membres. Dix des chefs de famille restants \u00e9taient des marchands (principalement de tissus). Parmi ceux-ci, on peut compter et identifier (par extrapolation \u00e0 partir de la liste du 1er ao\u00fbt) deux photographes (dont Germaine Gold[20], veuve, 36 ans), un m\u00e9decin (Paul Stern, 31 ans), un employ\u00e9 de banque (Louis Sussfeld[21]), Aba Simon Abadi, un capitaine au long cours (Raymond Sazias, 39 ans), un entrepreneur en b\u00e2timent (Jacques Kalfon, 44 ans), et un marchand (Fortun\u00e9 Danon, 48 ans). Le seul professeur d\u2019origine juive av\u00e9r\u00e9e \u00e0 la Martinique, Ilijah (Elijah) Salanski, 30 ans, avait \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 de son poste[22]. Sarah Lazareff, femme de l\u2019\u00e9minent fondateur des distilleries Cl\u00e9ment, figurait aussi sur la liste[23]. De ces Juifs, trois seulement sont rest\u00e9s \u00e0 la Martinique apr\u00e8s la guerre et y ont laiss\u00e9 des descendants. Ces trois exceptions sont les Lazareff, Kalfon et Danon (les deux premiers avaient \u00e9pous\u00e9 des non-juifs). Leurs enfants sont tous compl\u00e8tement cr\u00e9oles[24].<\/p>\n<p>Sur la liste du Capitaine Delpech du 1er ao\u00fbt, Arnold Lato (25 ans) est enregistr\u00e9 comme soldat ayant pr\u00e9c\u00e9demment servi en Guyane fran\u00e7aise, et Daniel Stern comme photographe. Il semble cependant que le scribe a invers\u00e9 les donn\u00e9es, \u00e0 juger d\u2019apr\u00e8s ce que E. Jennings a d\u00e9couvert :<\/p>\n<p>Daniel Stern, juif fran\u00e7ais n\u00e9 \u00e0 Caen et \u00e2g\u00e9 de 23 ans, fut expuls\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise en Martinique en application rigoureuse des lois antis\u00e9mites de Vichy ; il se reconvertit dans l\u2019h\u00f4tellerie \u00e0 Fort-de-France. Le 9 janvier 1942, il essaya de rejoindre une \u00eele anglaise voisine mais [la] tentative \u00e9choua au large de l\u2019Anse Madame. [Il fut] alors d\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 la police\u2026 Sans la moindre proc\u00e9dure judicaire, Stern fut sanctionn\u00e9 et refoul\u00e9 vers la m\u00e9tropole, o\u00f9 l\u2019attendait sans doute un sort autrement plus difficile [25].<br \/>\nDans le quartier populaire des Terres-Sainville, aux abords de l\u2019\u00e9glise Saint-Antoine et du si\u00e8ge du Parti Communiste Martiniquais, se trouve une plaque o\u00f9 l\u2019on peut lire :<\/p>\n<p>La R\u00e9publique Fran\u00e7aise rend hommage \u00e0 la m\u00e9moire des victimes des Pers\u00e9cutions racistes et antis\u00e9mites<br \/>\ncommises sous l\u2019autorit\u00e9 de facto du dit \u00ab Gouvernement de l\u2019Etat Fran\u00e7ais \u00bb (1940-1944).N\u2019oublions Jamais<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce monument, le 16 juillet de chaque ann\u00e9e, les repr\u00e9sentants du gouvernement fran\u00e7ais, de la municipalit\u00e9 de Fort-de-France et de la communaut\u00e9 juive proc\u00e8dent \u00e0 un d\u00e9p\u00f4t de gerbes en comm\u00e9moration de la rafle du Vel d\u2019hiv. Une c\u00e9r\u00e9monie du m\u00eame genre se tient, chaque ann\u00e9e, en avril, aux pieds du monument aux morts, un site plus connu, plus ancien et plus central, le long du front de mer, \u00ab \u00e0 la m\u00e9moire des victimes et h\u00e9ros de la D\u00e9portation \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Renouveau de la pr\u00e9sence juive et A.C.I.M.<\/strong><\/p>\n<p>Les ann\u00e9es 70 ont vu la renaissance de la pr\u00e9sence juive \u00e0 la Martinique, cons\u00e9quence \u00e0 retardement de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie qui s\u2019\u00e9tait termin\u00e9e en 1962. Consid\u00e9r\u00e9s comme citoyens fran\u00e7ais en vertu du d\u00e9cret Cr\u00e9mieux de 1870, les juifs d\u2019Alg\u00e9rie furent oblig\u00e9s de quitter ce pays au moment de son ind\u00e9pendance. Un petit nombre de ceux qui s\u2019\u00e9taient install\u00e9s en France se sentant mal \u00e0 l\u2019aise et insatisfaits, pens\u00e8rent trouver aux Antilles un terroir plus semblable \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e de leurs souvenirs, un mode de vie plus agr\u00e9able que celui de Marseille o\u00f9 d\u2019autres avaient refait leur vie. Il faut dire que le climat n\u2019\u00e9tait pas la moindre raison de cette attirance. Jeunes et aventureux, ils se sont \u00e9tablis dans le porte-\u00e0-porte, repr\u00e9sentants en articles de literie (draps et matelas), en appareils m\u00e9nagers (y compris t\u00e9l\u00e9visions), en bijouterie et en ameublement. En offrant leurs propres services de paiement et de cr\u00e9dit aux familles des bourgades rurales qui n\u2019avaient pas acc\u00e8s \u00e0 des services bancaires, ces jeunes marchands juifs servirent d\u2019interm\u00e9diaires aux consommateurs de l\u2019\u00e9conomie moderne.<\/p>\n<p>Sans se consid\u00e9rer comme vraiment religieux, ces nouveaux arrivants juifs s\u2019efforc\u00e8rent cependant de pr\u00e9server les \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de la tradition juive. Au d\u00e9but, ils c\u00e9l\u00e9braient les services religieux des grandes f\u00eates chez les uns ou les autres, jusqu\u2019\u00e0 ce que le manque d\u2019espace les for\u00e7\u00e2t \u00e0 louer un local dans un h\u00f4tel. Un boucher en provenance de Tib\u00e9riade traversait l\u2019atlantique pour pratiquer le rituel de l\u2019abattage casher.<\/p>\n<p>En 1976, l\u2019association cultuelle isra\u00e9lite de la Martinique (A.C.I.M.) fut officiellement form\u00e9e et enregistr\u00e9e aupr\u00e8s de la pr\u00e9fecture. Jusqu\u2019en 1979, une maison aux Terres-Sainville \u00e0 Fort-de-France servait de synagogue, puis elle fut remplac\u00e9e par une autre au plateau Fofo, \u00e0 Schoelcher. Lors des grandes f\u00eates ou des c\u00e9l\u00e9brations sacramentelles comme les mariages, les bar-mitzvas, ou les fun\u00e9railles, ils faisaient venir un rabin de Caracas. Les viandes cash\u00e8res venaient aussi du Venezuela. M\u00eame la Mimouna, cette f\u00eate sp\u00e9cifiquement s\u00e9pharade qui marque la fin de la P\u00e2que, vint \u00e0 \u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9e \u00e0 la Martinique.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 1996, la communaut\u00e9 franchit un pas majeur, marquant son ancrage sur l\u2019\u00eele, avec l\u2019inauguration de sa nouvelle synagogue, Kenaf Aaretz (lit. \u00ab les ailes \u00bb [c-\u00e0-d les antipodes] de la terre \u00bb) \u00e0 l\u2019anse Gouraud, dans la commune de Schoelcher. De hauts repr\u00e9sentants des autorit\u00e9s nationales et locales, de l\u2019Eglise, de l\u2019arm\u00e9e et des communaut\u00e9s civiles (y compris la communaut\u00e9 palestinienne locale) \u00e9taient pr\u00e9sents. Sont venus sp\u00e9cialement de Paris pour pr\u00e9sider la c\u00e9r\u00e9monie Jean Kahn, pr\u00e9sident du Consistoire central des institutions juives de France et le Grand rabbin de France en exercice \u00e0 l\u2019\u00e9poque, Joseph Sitruk. Le comit\u00e9 d\u2019action de la communaut\u00e9 de Kenaf Aaretz offre des classes d\u2019instruction religieuse, entretient un mikveh (bain rituel) pour les femmes, vend les produits casher (viandes et vins), publie une gazette mensuelle et utilise les services d\u2019un rabbin \u00e0 plein temps. L\u2019on peut trouver dans la capitale deux restaurants casher (dont l\u2019un se double d\u2019une boulangerie qui vend la challa, le pain tress\u00e9 du shabbat). L\u2019on peut aussi trouver dans les rayons des grands supermarch\u00e9s un \u00e9ventail de produits estampill\u00e9s casher. Dans l\u2019attente d\u2019un permis de la part de la municipalit\u00e9 autorisant une section proprement juive, le cimeti\u00e8re des Hauts de Terreville \u00e0 Schoelcher offre un mausol\u00e9e o\u00f9 sont ensevelis les quelques juifs d\u00e9c\u00e9d\u00e9s sur l\u2019\u00eele[26].<\/p>\n<p><strong>Profil d\u00e9mographique et institutionnel des juifs de la Martinique<\/strong><\/p>\n<p>La population juive martiniquaise s\u2019\u00e9l\u00e8ve approximativement \u00e0 450 individus regroup\u00e9s en 190 foyers[27]. A peu pr\u00e8s 280 des adultes sont membres officiels de l\u2019A.C.I.M. Dans la plus grande majorit\u00e9, ce sont des S\u00e9pharades d\u2019Afrique du nord, principalement d\u2019Alg\u00e9rie[28] : Les piliers de la communaut\u00e9 sont issus des familles Chicheportiche, Illouz, Marciano, Nakache, Ta\u00ebb, Zaoui, Zerbib. Le commerce \u2013 par exemple la vente de produits en aluminium (fen\u00eatres s\u00e9curis\u00e9es, portes) \u2013 est l\u2019activit\u00e9 principale. Sans \u00eatre particuli\u00e8rement ais\u00e9s \u2013 comme l\u2019indiquerait l\u2019achat d\u2019une maison secondaire \u2013 ils vivent confortablement et de temps en temps, les mieux assis se cotisent pour fournir le billet d\u2019avion n\u00e9cessaire au rapatriement d\u2019un compatriote tomb\u00e9 dans le besoin.<\/p>\n<p>Bien que le chiffre de la population martiniquaise ait augment\u00e9 de plus de 50 000 individus durant les deux derni\u00e8res d\u00e9cennies pour atteindre le chiffre de 388 000 de nos jours, le nombre de juifs r\u00e9sidant sur l\u2019\u00eele est rest\u00e9 stable. Cela refl\u00e8te la grande mobilit\u00e9 des juifs de la Martinique.<\/p>\n<p>Mais qui est juif ? Comme dans le reste du monde juif, c\u2019est une des grandes pr\u00e9occupations de la communaut\u00e9 juive de la Martinique. Vingt-huit pour cent, tel est le pourcentage de la communaut\u00e9 que l\u2019on peut d\u00e9finir comme mixte, c\u2019est-\u00e0-dire engag\u00e9 dans une relation, ou en est le produit, o\u00f9 l\u2019un des partenaires est juif et l\u2019autre non-juif[29]. C\u2019est l\u00e0 une situation courante au sein de toute la diaspora, mais le fait prend un caract\u00e8re un peu plus \u00ab \u00e9pic\u00e9 \u00bb en contexte, manifestant en quelque sorte une cr\u00e9olisation des m\u0153urs en milieu antillais.<br \/>\nIl n\u2019existe aucun test religieux pour faire partie de l\u2019A.C.I.M. ou pour participer \u00e0 ses activit\u00e9s \u2013 le paiement des frais d\u2019inscription suffit. L\u2019on peut ainsi \u00eatre un membre officiel de la communaut\u00e9 \u00ab isra\u00e9lite \u00bb, vivre comme un juif (et m\u00eame manger comme un juif \u00e0 la cantine casher qui sert les repas de midi \u00e0 trois douzaines d\u2019\u00e9coliers et le repas communautaire chaque shabbat), sans \u00eatre vraiment juif d\u2019apr\u00e8s la halacha (la loi juive orthodoxe). Une telle ambig\u00fcit\u00e9 peut durer des ann\u00e9es. Face \u00e0 un obstacle du domaine sacramentel \u2013 circoncision, bar-mitzvah ou mariage \u2013 cette ambigu\u00eft\u00e9 peut conduire \u00e0 des situations parfois d\u00e9sagr\u00e9ables.<br \/>\nL\u2019on peut mettre sur le compte de diff\u00e9rences culturelles le foss\u00e9 qui s\u00e9pare la minorit\u00e9 ashk\u00e9nase fran\u00e7aise originaire d\u2019Europe de l\u2019Est des S\u00e9pharades fran\u00e7ais d\u2019Afrique du nord. Ces derniers, ayant \u00e9t\u00e9 moins assimil\u00e9s par le biais de l\u2019\u00e9ducation s\u00e9culaire, sont de ce fait moins confortables en contexte non-juif. Des tentatives d\u2019\u00e9largir et de moderniser les diverses approches de l\u2019\u00e9tude et de la culture juives \u2013 par exemple \u00e0 travers l\u2019ouverture d\u2019un chapitre local de B\u2019nai Brith \u2013 ont \u00e9chou\u00e9 face \u00e0 l\u2019incompr\u00e9hension g\u00e9n\u00e9rale et \u00e0 leur propre r\u00e9ticence, elle-m\u00eame teint\u00e9e de m\u00e9fiance.<\/p>\n<p>Une partie des tensions intra-s\u00e9mitiques repose en effet sur la question des mariages mixtes. La plupart des adultes ashk\u00e9nases sont entr\u00e9s dans de telles unions, mais peu d\u2019efforts ont \u00e9t\u00e9 entrepris pour les int\u00e9grer dans la vie de la communaut\u00e9. Pour la premi\u00e8re fois, en 2002, l\u2019A.C.I.M. a inclus la comm\u00e9moration de Yom HaShoah dans son programme. Pour les juifs d\u2019origine europ\u00e9enne cette ignorance de l\u2019holocauste refl\u00e9terait moins un rejet d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 qu\u2019un manque de sensibilit\u00e9 communautaire et la tendance des s\u00e9pharades \u00e0 consid\u00e9rer la shoah comme une pr\u00e9occupation principalement ashk\u00e9naze[30].<\/p>\n<p>Christine Cl\u00e9ment, psychoth\u00e9rapeute pratiquant sur l\u2019\u00eele, a d\u00e9cel\u00e9 les sympt\u00f4mes du Syndrome R\u00e9pressif de la Shoah chez une poign\u00e9e de jeunes \u00e0 la Martinique. Les petits enfants d\u2019anciens d\u00e9port\u00e9s souffrent du silence et de la douleur internalis\u00e9e transmis apr\u00e8s l\u2019holocauste \u00e0 travers les g\u00e9n\u00e9rations. Issus de mariages mixtes antillais-juifs, per\u00e7us comme un moyen de couper tout lien avec leur jud\u00e9it\u00e9[31], ces jeunes n\u2019ont aucun rapport formel ou affectif avec la communaut\u00e9 juive. Bien qu\u2019elle n\u2019atteigne qu\u2019un nombre relativement restreint d\u2019enfants, la violence inexprim\u00e9e de l\u2019holocauste serait donc partie int\u00e9grante des troubles de la jeunesse qui affectent la soci\u00e9t\u00e9 martiniquaise.<\/p>\n<p>L\u2019union formelle entre un homme juif et une femme antillaise, la plupart du temps dans ce sens prend parfois une orientation jud\u00e9o-cr\u00e9ole plut\u00f4t positive. Issus d\u2019un milieu intrins\u00e8quement plus spirituel que celui de la moyenne m\u00e9tropolitaine, les Antillais embrassent leur conversion au juda\u00efsme de mani\u00e8re plus profonde en comparaison avec ce que l\u2019on observe en m\u00e9tropole. Pour la mari\u00e9e martiniquaise, la conversion au juda\u00efsme va au del\u00e0 d\u2019une simple formalit\u00e9. En tout cas, sanctionn\u00e9es ou non par un mariage juif, peu \u00e0 peu au cours des trois derni\u00e8res d\u00e9cennies, les unions antillo-juives ont certainement donn\u00e9 \u00ab un peu de couleur \u00bb \u00e0 la communaut\u00e9 juive de la Martinique.<\/p>\n<p>La question \u00ab qui est juif ? \u00bb se pose \u00e0 la Martinique comme dans le reste du monde en g\u00e9n\u00e9ral, mais la question \u00ab qui est juif martiniquais ? \u00bb est plus sp\u00e9cifique. C\u2019est aussi une question plus large et plus complexe \u00e9tant donn\u00e9e la nature d\u00e9j\u00e0 ambivalente de l\u2019identit\u00e9 martiniquaise.<\/p>\n<p>Les quelques Antillais qui se sont convertis au juda\u00efsme \u00e9tant \u00e9videmment martiniquais, qu\u2019en est-il des familles juives qui ont v\u00e9cu pendant plusieurs d\u00e9cennies sur l\u2019\u00eele ? Ces juifs, n\u00e9s en Afrique du nord, \u00e9migr\u00e9s en France qui ont fini par s\u2019installer \u00e0 la Martinique ne vont certainement pas se sentir martiniquais. Consid\u00e9rons le t\u00e9moignage de cette femme s\u00e9pharade nouvellement arriv\u00e9e qui a trouv\u00e9 \u00e0 enseigner \u00e0 l\u2019\u00e9cole h\u00e9bra\u00efque :<br \/>\nC\u2019\u00e9tait le premier jour de classe et les enfants parlaient bizarrement. C\u2019\u00e9tait si nouveau pour moi que je ne savais pas que c\u2019\u00e9tait du cr\u00e9ole ou ce qu\u2019\u00e9tait le cr\u00e9ole. Quand j\u2019ai essay\u00e9 de comprendre et de corriger les \u00e9l\u00e8ves, ils se sont rebell\u00e9s : \u00ab On est juifs martiniquais, ici, madame. On n\u2019est pas juifs fran\u00e7ais ! \u00bb<\/p>\n<p>Et pourtant, les b\u00e9k\u00e9s, les descendants blancs cr\u00e9olophones des premiers colons des dix-septi\u00e8me et dix-huiti\u00e8me si\u00e8cles, sont universellement consid\u00e9r\u00e9s sur l\u2019\u00eele comme martiniquais par les habitants \u00ab de couleur \u00bb. En outre, \u00eatre martiniquais signifie aussi populairement \u2013 sauf pour les ind\u00e9pendantistes \u2013 \u00eatre fran\u00e7ais (d\u2019outre-mer). Pour les Antillais, une chose est s\u00fbre : ils ne sont pas des m\u00e9tropolitains. Le juif n\u00e9 sur le sol martiniquais lui, consid\u00e8re qu\u2019il appartient \u00e0 la minorit\u00e9 s\u00e9pharade de la France. L\u2019immigrant juif d\u2019Afrique du nord est-il fran\u00e7ais au m\u00eame degr\u00e9 que le noir antillais ?<\/p>\n<p>Du fait que la Martinique est fran\u00e7aise, l\u2019A.C.I.M. tombe sous la juridiction tr\u00e8s orthodoxe et tr\u00e8s conservatrice du Consistoire de Paris. Toutes les questions li\u00e9es aux conversions ou aux statuts religieux sont donc r\u00e9solues \u00e0 huit mille kilom\u00e8tres de la Martinique. Un mouvement messianique rival, celui des Loubavitch, a cependant fait une perc\u00e9e aux Antilles et dans d\u2019autres d\u00e9partements et territoires d\u2019outre-mer fran\u00e7ais. Bas\u00e9e \u00e0 Londres, leur organisation (Ufaratsta) publie un journal, l\u2019Hebdomadaire Juif des Iles, qu\u2019elle distribue aux synagogues de la Guadeloupe, Tahiti, la R\u00e9union et la Nouvelle-Cal\u00e9donie.<\/p>\n<p><strong>Les images du juif dans la soci\u00e9t\u00e9 martiniquaise<\/strong><\/p>\n<p>Il existe un grand foss\u00e9 entre l\u2019intelligentsia martiniquaise et les couches populaires en g\u00e9n\u00e9ral en ce qui concerne l\u2019image du juif. Le Martiniquais moyen conf\u00e8re la m\u00eame identit\u00e9 \u00e0 tous les r\u00e9sidents originaires du Moyen-Orient, qu\u2019ils soient musulmans de Palestine ou juifs d\u2019Afrique du nord : ce sont tous des \u00ab Syriens \u00bb. M\u00eame la kippah (la calotte juive) que beaucoup de membres portent en public maintenant n\u2019arrive pas \u00e0 projeter leur diff\u00e9rence d\u2019identit\u00e9. Un marchand juif rapporte qu\u2019au cours d\u2019une conversation avec son m\u00e9decin antillais sur les \u00e9v\u00e9nements entre Isra\u00ebl et la Palestine, ce dernier, \u00e0 la vue de sa kippah, l\u2019avait pris pour un arabe pro-palestinien.<\/p>\n<p>Vers le milieu des ann\u00e9es soixante-dix, les activit\u00e9s de quelques personnages douteux ont f\u00e2cheusement terni l\u2019image de la communaut\u00e9. Ces repr\u00e9sentants ind\u00e9licats profit\u00e8rent de la na\u00efvet\u00e9 et de l\u2019ignorance des habitants de la campagne en leur vendant des appareils m\u00e9nagers co\u00fbteux alors que ceux-ci n\u2019avaient pas encore l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Les fr\u00e8res Zemmour, des juifs alg\u00e9riens fameux dans la p\u00e8gre fran\u00e7aise et nord-africaine pour leur racket et autres exploits mafieux, ont fait un bref mais inoubliable passage \u00e0 la Martinique. Il faut se rappeler que vers la fin des ann\u00e9es soixante-dix, pour les Fran\u00e7ais en mal d\u2019aventures, les Antilles repr\u00e9sentaient encore une sorte de Wild West, une fronti\u00e8re tropicale sans les contraintes et les carcans qu\u2019ils rencontraient en M\u00e9tropole. Certains gros bras s\u00e9pharades sont arriv\u00e9s sur l\u2019\u00eele avec leur r\u00e9putation douteuse \u2013 et leurs r\u00e9volvers. Tandis que la majorit\u00e9 observait le shabbat \u00e0 la synagogue, certains le passaient en prison.<\/p>\n<p>Et pourtant, dans les campagnes et pour les Martiniquais avec un tant soit peu d\u2019instruction religieuse, le juif \u00e9voque d\u2019abord le juif du Nouveau Testament, le juif habitant de l\u2019antique terre de Palestine. M\u00eame Aim\u00e9 C\u00e9saire, l\u2019intellectuel martiniquais par excellence, lors d\u2019un entretien avec l\u2019auteur, avan\u00e7ait : \u00ab J\u00e9sus Christ \u00e9tait Palestinien, n\u2019est-ce pas ? Quelle diff\u00e9rence y a-t-il entre un Palestinien et un Juif ? \u00bb<\/p>\n<p>C\u00e9saire a en fait \u00e9t\u00e9 le premier Martiniquais \u00e0 restituer au juif la place qui lui revient dans la formation de l\u2019identit\u00e9 antillaise moderne. Dans son fameux po\u00e8me \u00e9pique Cahier d\u2019un retour au pays natal (1947) \u2013 fondation litt\u00e9raire de la N\u00e9gritude \u2013 C\u00e9saire \u00e9voque de mani\u00e8re tr\u00e8s vivante le juif, victime (blanche) du racisme :<\/p>\n<p>L\u2019homme-famine, l\u2019homme-insulte, l\u2019homme-torture on pouvait \u00e0<br \/>\nn\u2019importe quel moment le saisir le rouer de coups, le tuer \u2013<br \/>\nparfaitement le tuer \u2013 sans avoir de comptes \u00e0 rendre \u00e0 personne<br \/>\nsans avoir d\u2019excuses \u00e0 pr\u00e9senter \u00e0 personne<br \/>\nun homme-juif<br \/>\nun homme-pogrom<br \/>\nun chiot<br \/>\nun mendigot.<\/p>\n<p>En 1956, dans son discours en l\u2019honneur de l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire, abolitionniste du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, C\u00e9saire remarquait que les pr\u00e9occupations ant\u00e9rieures de Gr\u00e9goire avaient \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9es \u00e0 la sauvegarde de juifs en France. \u00ab C\u2019est comme s\u2019il \u00e9tait naturellement pass\u00e9 du ghetto du juif \u00e0 la case de l\u2019esclave \u00bb.<\/p>\n<p>Quarante ans apr\u00e8s sa publication, le passage du Retour au pays natal cit\u00e9 ci-dessus figurait en premi\u00e8re place d\u2019une exposition itin\u00e9rante de l\u2019UNESCO sur C\u00e9saire ; en 1998, celle-ci se produisit \u00e0 la Martinique. Son catalogue \u00e9tait encore plus explicite sur la r\u00e9f\u00e9rence aux Juifs :<br \/>\nLe n\u00e8gre est aussi le juif, l\u2019\u00e9tranger, l\u2019am\u00e9rindien, l\u2019analphab\u00e8te, l\u2019intouchable, celui qui est diff\u00e9rent\u2026 bref, celui qui par son existence est menac\u00e9, exclu, marginalis\u00e9, sacrifi\u00e9.<br \/>\n\u00ab Ce n\u2019est pas que je sois sp\u00e9cialement pour les Isra\u00e9liens \u00bb, dit cet homme qui parle si chaudement du juif de la shoah, \u00ab mais il est n\u00e9cessaire de mettre les choses au point. Ce n\u2019est pas le racisme qui les motive mais le nationalisme. Ce n\u2019est pas la m\u00eame chose\u2026 Les racines sont historiques, pas raciales\u2026 Les Isra\u00e9liens ont l\u2019impression que l\u2019Etat qui \u00e9tait un tel d\u00e9fi \u00e0 b\u00e2tir \u2013 et il est jeune, apr\u00e8s tout \u2013 est en jeu. La motivation essentielle d\u2019Isra\u00ebl est sa volont\u00e9 d\u2019exister. Il est angoiss\u00e9 de voir son avenir menac\u00e9 \u00bb[32].<\/p>\n<p>Aim\u00e9 C\u00e9saire a litt\u00e9ralement plant\u00e9 le signe le plus visible d\u2019une pr\u00e9sence \u00ab juive \u00bb aux Terres-Sainville, au coeur du ghetto de Fort-de-France. Au milieu du square qui porte le nom de l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire, C\u00e9saire a plant\u00e9 ce qui est devenu un \u00e9norme arbre parasol : un Enterolobium cyclocarpium, pour l\u2019\u00e9rudit ; \u00ab oreille de juif \u00bb ; \u00ab oreille de noir \u00bb pour l\u2019homme de la rue[33].<br \/>\nFrantz Fanon, moins bien connu \u00e0 la Martinique qu\u2019ailleurs, examine en d\u00e9tail la question juive en parall\u00e8le avec la situation des Antillais dans Peau noire, masques blancs : cf. ses chapitres \u00ab Du pr\u00e9tendu complexe de d\u00e9pendance du colonis\u00e9 \u00bb et \u00ab L\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue du Noir \u00bb. Trois citations suffiront ici[34] :<br \/>\nC\u2019est mon professeur de philosophie, d\u2019origine antillaise, Qui me rappelait un jour : \u00ab Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l\u2019oreille, on parle de vous[35] \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019antis\u00e9mitisme me touche en pleine chair, je m\u2019\u00e9meus, une contestation effroyable m\u2019an\u00e9mie, on me refuse la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre un homme. Je ne puis me d\u00e9solidariser du sort r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 mon fr\u00e8re[36].<\/p>\n<p>Le Juif et moi : non content de me racialiser, par un coup heureux du sort, je m\u2019humanisais. Je rejoignais le Juif, fr\u00e8re de malheur[37].<br \/>\nL\u2019on peut trouver une image beaucoup plus r\u00e9cente du juif tel qu\u2019il est repr\u00e9sent\u00e9 dans l\u2019imaginaire antillais dans le second num\u00e9ro de la revue, Portulan intitul\u00e9 \u00ab M\u00e9moire juive, m\u00e9moire noire. Deux figures du destin \u00bb. Comme l\u2019annon\u00e7ait l\u2019\u00e9diteur dans l\u2019avant-propos, le but \u00e9tait d\u2019analyser le \u00ab paradoxe de la formation et de la persistante actualit\u00e9 du paradigme jud\u00e9o-n\u00e8gre de l\u2019\u00e9mancipation \u00bb[38]. Parmi les 26 intellectuels ayant contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019ouvrage, huit sont guadeloup\u00e9ens ou martiniquais[39]. Comme th\u00e8mes de chapitre, l\u2019on trouve : la lutte pour la libert\u00e9 des noirs et des juifs au temps des Lumi\u00e8res (Joseph Jurt) ; sionisme et pan-africanisme (Abdoulaye Barro) ; et n\u00e9gritude et jud\u00e9it\u00e9 (Maurice Dor\u00e8s).<\/p>\n<p>En dehors des cercles intellectuels, les sujets juifs[40] attirent \u00e0 peine l\u2019attention g\u00e9n\u00e9rale ; la soci\u00e9t\u00e9 juive locale n\u2019est certainement pas un objet de discussion. Pour ceux qui en sont conscients, la communaut\u00e9 est per\u00e7ue, \u00e0 juste titre, comme extr\u00eamement discr\u00e8te (sinon ferm\u00e9e) et politiquement de droite, c\u2019est-\u00e0-dire pro-Likoud. Celle-ci ne manifeste aucune vell\u00e9it\u00e9 de rendre publiques ses propres positions sur le conflit arabo-isra\u00e9lien : les membres consid\u00e8rent les m\u00e9dias fran\u00e7ais, et martiniquais par la m\u00eame occasion, comme d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment pro-palestiniens et anti-isra\u00e9liens[41].<\/p>\n<p>Un article paru dans le magazine hebdomadaire \u00e0 grande circulation du journal France-Antilles en mars 2002 atteste bien de la perception pass\u00e9iste que les Martiniquais ont des juifs : au milieu de remarques rudimentaires sur \u00ab les m\u00e9langes ethniques et la cr\u00e9olit\u00e9 de nos jours, \u00bb l\u2019auteur \u00e9voque l\u2019arriv\u00e9e au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle des Juifs en provenance du Br\u00e9sil et le r\u00f4le qu\u2019ils ont jou\u00e9 dans l\u2019installation des usines sucri\u00e8res et l\u2019introduction des techniques de raffinage. C\u2019est \u00ab l\u2019\u00e9pop\u00e9e de la canne \u00e0 sucre, n\u00e9e en Inde, travaill\u00e9e par les Arabes et r\u00e9pandue par le peuple juif, au cours de son long exode \u00bb. Les descendants des Europ\u00e9ens, des Africains, des Indiens, des Chinois (\u00ab quand Confucius rencontre Descartes \u00bb) et des Syriens[42] sont tous repr\u00e9sent\u00e9s, mais l\u2019article ignore compl\u00e8tement le fait qu\u2019il y a toujours (ou \u00e0 nouveau) des juifs \u00e0 la Martinique, regroup\u00e9s autour d\u2019un centre communautaire tr\u00e8s bien organis\u00e9 et un lieu de culte plut\u00f4t impressionnant.<\/p>\n<p>On trouve exprim\u00e9e une interpr\u00e9tation assez originale de l\u2019histoire juive et de l\u2019identit\u00e9 martiniquaise au cours d\u2019un concert-colloque organis\u00e9 par le mouvement rastafarien \u00ab One Love \u00bb, le 21 mai 2002. L\u2019\u00e9v\u00e9nement, cens\u00e9 marquer le premier anniversaire de la reconnaissance officielle par la France de l\u2019esclavage comme crime contre l\u2019humanit\u00e9, et promouvoir une campagne de r\u00e9paration, \u00e9tait centr\u00e9 autour du discours du leader martiniquais de \u00ab One Love \u00bb, S\u00e9kou Manga. Une grande partie de ce discours \u00e9voquant Isra\u00ebl \u2013 pass\u00e9 et pr\u00e9sent \u2013 d\u00e9montrait non seulement l\u2019importance du rapport entre les juifs et les Antillais mais aussi l\u2019identit\u00e9 de destins qui les unissait. Les Africains, disait-il, sont les v\u00e9ritables h\u00e9ritiers du pacte de l\u2019Ancien Testament pass\u00e9 entre les H\u00e9breux et J(\u00e9ov)ah.<\/p>\n<p>En assimilant le transport des esclaves Africains aux Antilles \u00e0 une \u00ab d\u00e9portation \u00bb, Manga \u00e9tablissait le rapprochement avec la d\u00e9portation des juifs au cours de la seconde Guerre Mondiale ; il rappelait que cette derni\u00e8re repr\u00e9sentait le pr\u00e9c\u00e9dent qui, en droit international, avait fait reconna\u00eetre la d\u00e9portation comme un crime contre l\u2019humanit\u00e9 et la cr\u00e9ation de l\u2019actuel Etat d\u2019Isra\u00ebl comme un mod\u00e8le positif de r\u00e9paration. \u00ab Il nous faut suivre la m\u00eame logique\u2026 et demander les m\u00eames droits et les m\u00eames r\u00e9parations \u00bb.<\/p>\n<p>Manga rappela \u00e0 l\u2019audience que les juifs avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9s non pas de Palestine mais d\u2019Europe \u2013 en fait, bien avant les d\u00e9portations nazies du vingti\u00e8me si\u00e8cle, les Romains, sous Titus, avaient op\u00e9r\u00e9 les leurs, au premier si\u00e8cle. \u00ab N\u2019avons-nous pas, nous aussi, le droit de r\u00e9quisitionner notre propre terre, apr\u00e8s cinq cents ans \u00e0 peine ? \u00bb demanda-t-il \u00e0 l\u2019audience, provoquant un toll\u00e9 d\u2019applaudissements.<\/p>\n<p>Ensuite, Manga \u00e9voqua la fatidique marque du pacte d\u2019alliance : la circoncision. Pour lui, les anc\u00eatres africains \u2013 m\u00eame sans lien avec l\u2019Ancien Testament \u2013 introduisirent ce signe d\u2019alliance. \u00ab Qui est ce peuple \u2013 qui sont ces royaumes avec lesquels les alliances \u00e9taient consacr\u00e9es par la circoncision ? \u00bb insistait-il en citant la Gen\u00e8se.<\/p>\n<p>En s\u2019appuyant \u00e0 la fois sur H\u00e9rodote et Arthur Koestler, Manga proclama que les anc\u00eatres des juifs actuels (europ\u00e9ens) en Isra\u00ebl \u2013 les Scythes\/Khazars \u2013 n\u2019\u00e9taient pas circoncis. \u00ab L\u2019histoire dit que le peuple qui se dit h\u00e9ritier de la circoncision ne l\u2019est pas en fait \u00bb. La circoncision est purement africaine \u2013 comme les H\u00e9breux sont africains.<br \/>\n\u00ab<\/p>\n<p>Si de nos jours, Isra\u00ebl dirige les Etats-Unis et [leur] fait ex\u00e9cuter ses quatre volont\u00e9s, c\u2019est tout simplement parce que ce pays pr\u00e9tend \u00eatre les enfants d\u2019Abraham ! \u00bb (immenses applaudissements). \u00ab Si ceux qui ne sont pas vraiment les enfants d\u2019Abraham ont un tel pouvoir simplement en se pr\u00e9tendant tels, quel sera le pouvoir de ceux [les Africains] qui le sont vraiment ? \u00bb<\/p>\n<p>Les anc\u00eatres de la Martinique, continuait Manga, sont venus de Canaan \u2013 pas le Canaan qui selon une croyance erron\u00e9e recouvrirait l\u2019Isra\u00ebl moderne et la Palestine, mais le \u00ab vrai \u00bb Canaan de l\u2019Afrique de l\u2019Est, du Centre et de l\u2019Ouest. Le Congr\u00e8s de Berlin qui, en 1885, partagea le continent en zones coloniales, avait en fait divis\u00e9 Canaan ; et la France \u00e9tait un des principaux colonisateurs de Canaan. \u00ab Est-ce un hasard si la France est le premier pays \u00e0 reconna\u00eetre le transport des esclaves comme crime contre l\u2019humanit\u00e9 ? Quelle est la Providence divine dans cette histoire ? \u00bb<\/p>\n<p>Il est difficile d\u2019\u00e9valuer comment les quelques centaines de spectateurs pr\u00e9sents au concert auront assimil\u00e9 le message de One Love et sa version antillo-d\u00e9constructionniste de l\u2019histoire juive. Toujours est-il que la moindre dose de rastafarisation sur l\u2019\u00eele tendra \u00e0 fausser la perception que les Martiniquais ont du juda\u00efsme et de la communaut\u00e9 juive locale.<br \/>\nUne autre image du juda\u00efsme \u2013 plus \u00e9rudite, mais tout aussi originale \u2013 est projet\u00e9e \u00e0 la Martinique par l\u2019Ecole Kabbaliste de la Cara\u00efbe, dont le doyen, A. D. Grad, enseigne la kabbale \u00e0 une audience g\u00e9n\u00e9rale (c\u2019est-\u00e0-dire non juive) depuis 1996. A. D. Grad, descendant direct (\u00e0 la septi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration) du Gaon de Vilna, n\u00e9 en France de parents russes blancs en 1916, dispense un cours o\u00f9 les rudiments d\u2019h\u00e9breu se combinent avec des \u00e9l\u00e9ments de philosophie \u00ab scientifique \u00bb. Les classes hebdomadaires se tiennent le soir, dans les locaux de la librairie Annanda, au Lamentin. Elles attirent entre cinquante et soixante auditeurs fid\u00e8les, issus de toutes parts de la vie antillaise. Certaines sessions peuvent en attirer le double. Le kabbaliste refuse toute r\u00e9mun\u00e9ration ou honoraire pour ses dialogues p\u00e9dagogiques.<br \/>\nUn grand nombre de ses vingt-six publications \u2013 y compris La Kabbale Universelle, \u00e9crite sp\u00e9cifiquement pour une audience antillaise \u2013 sont disponibles \u00e0 la librairie Annanda qui se sp\u00e9cialise dans la vente de litt\u00e9rature religieuse, spirituelle et mystique de toutes sortes. Fondateur du Mouvement Kabbaliste Mondial (MKM- MAKOM) \u00e0 Paris, en 1967, A.D. Grad est mondialement connu et a enseign\u00e9 la philosophie \u00e0 l\u2019universit\u00e9 du Chili et la psychologie \u00e0 l\u2019Institut p\u00e9dagogique de Valparaiso. Selon lui, beaucoup d\u2019Antillais ont une \u00ab sensibilit\u00e9 sp\u00e9ciale, une affinit\u00e9 avec les sources originales et solides de la v\u00e9rit\u00e9 en dehors de l\u2019Eglise et des sectes \u00bb comme il l\u2019a exprim\u00e9 au cours d\u2019une entrevue personnelle avec l\u2019auteur.<br \/>\nIl n\u2019existe aucun lien entre l\u2019Ecole kabbaliste de la Martinique et l\u2019Association Cultuelle Isra\u00e9lite de la Martinique. En fait, le ma\u00eetre kabbaliste est \u00e0 peine connu des membres de la communaut\u00e9 juive de la Martinique.<\/p>\n<p>A mi-chemin, sur le plan th\u00e9ologique, entre le rastafarisme h\u00e9bra\u00efsant du Martiniquais Manga et le sionisme kabbaliste du juif Grad, se trouve la Consolation d\u2019Isra\u00ebl par les Iles de la Mer (actuellement inactive), la C.I.I.M., fond\u00e9e par l\u2019Antillais Dominique Bobi. La C.I.I.M. pr\u00e9sente une rare combinaison d\u2019anticolonialisme et de philos\u00e9mitisme. Selon Bobi, la soci\u00e9t\u00e9 martiniquaise demeure colonis\u00e9e par un catholicisme antis\u00e9mite tout autant que par l\u2019assimilationnisme fran\u00e7ais. Les juifs ont pr\u00e9serv\u00e9 leur identit\u00e9 \u00e0 travers leur religion ancestrale et gagn\u00e9 leur \u00e9mancipation politique \u00e0 travers le sionisme. Ils devraient servir de mod\u00e8le aux Antillais. Les deux peuples ont \u00e9t\u00e9 victimes de l\u2019esclavage et du racisme, mais seuls les juifs ont trouv\u00e9 une solution th\u00e9o-politique ad\u00e9quate (Feldman 2007 : 250-265).<br \/>\nCes positions peu orthodoxes ont plac\u00e9 les membres de la C.I.I.M. dans une situation d\u00e9licate vis-\u00e0-vis des \u00e9l\u00e9ments pro-fran\u00e7ais et pro-palestiniens de la soci\u00e9t\u00e9 martiniquaise. Monsieur Bobi a d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019installer en France m\u00e9tropolitaine en attendant de meilleurs auspices pour r\u00e9activer son organisation.<\/p>\n<p><strong>Solidarit\u00e9 Martinique-Palestine et anti-s\u00e9mitisme<\/strong><br \/>\nLes sentiments anti-isra\u00e9liens, pro-palestiniens sont pr\u00e9dominants dans les cercles d\u2019extr\u00eame gauche, pro-ind\u00e9pendantistes de la Martinique. Ils reposent en partie sur la popularit\u00e9 limit\u00e9e dont jouit l\u2019id\u00e9e de la souverainet\u00e9 pour l\u2019\u00eele : la lib\u00e9ration de la Palestine sert de substitut au combat pour l\u2019ind\u00e9pendance \u00e0 la Martinique. Exiger un \u00e9tat palestinien sert d\u2019exutoire \u00e0 ceux qui ne sont pas pr\u00eats \u00e0 en forger un pour eux-m\u00eames. En ces temps de conflit intense au Moyen-Orient, les sentiments anti-isra\u00e9liens rejoignent l\u2019antis\u00e9mitisme pur et simple comme il \u00e9tait particuli\u00e8rement \u00e9vident pendant les incursions isra\u00e9liennes au Liban en 1980 et 2002 et lors de la seconde intifada de septembre 2000.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re offensive militaire isra\u00e9lienne au Liban d\u00e9clencha une s\u00e9rie d\u2019articles antisionistes dans Antilla, l\u2019un des journaux \u00e0 grande circulation de l\u2019extr\u00eame gauche antillaise. Un bon nombre de ces articles (pour la plupart sous la plume d\u2019un m\u00eame individu, Pierre Davidas) ont clairement franchi le pas de l\u2019antisionisme \u00e0 l\u2019antis\u00e9mitisme. Le premier article intitul\u00e9 \u00ab Isra\u00ebl, peuple et pays maudits \u00bb avan\u00e7ait que \u00ab tous ceux qui ont eu l\u2019occasion de lire Mein Kampf doivent\u2026 reconna\u00eetre combien Hitler avait raison dans son jugement contre les juifs \u00bb[43]. A la requ\u00eate de l\u2019A.C.I.M., une action judiciaire fut intent\u00e9e contre Davidas et Antilla pour diffamation et \u00ab incitation \u00e0 la haine raciale \u00bb.<\/p>\n<p>Les int\u00e9ress\u00e9s r\u00e9pliqu\u00e8rent en publiant de nouvelles attaques qui, cette fois-ci, associaient les Juifs du Moyen-Orient et les juifs des Antilles. Les juifs martiniquais \u00e9taient d\u00e9finis comme un \u00ab d\u00e9tachement du sionisme international \u00bb.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui les S\u00e9pharades sionistes sont environ 400, mais quand ils seront 1 000 ils domineront la Martinique, et nous mettront en esclavage chez nous[44].<br \/>\nLes juifs locaux, pr\u00e9tendait Davidas, ont d\u00e9j\u00e0 infiltr\u00e9 le gouvernement local et national ; ils contr\u00f4lent les compagnies de construction, d\u2019assurance et de tourisme de l\u2019\u00eele ; ils ont sabot\u00e9 un mouvement \u00e9cologique pro-ind\u00e9pendantiste en plantant de la marijuana sur sa propri\u00e9t\u00e9 et en faisant accuser l\u2019un des ses membres de viol.<\/p>\n<p>En 1983, la Cour de justice d\u00e9cida en faveur de l\u2019A.C.I.M., imposa une amende aux accus\u00e9s et les chargea des frais de proc\u00e9dure. Pour sa part, l\u2019A.C.I.M. demanda une indemnit\u00e9 d\u2019un franc \u2013 pour l\u2019honneur.<br \/>\nAntilla est loin de repr\u00e9senter le sentiment des Antillais en g\u00e9n\u00e9ral. L\u2019on ne saurait trop r\u00e9p\u00e9ter que la plupart des Martiniquais sont \u00e0 peine conscients de la pr\u00e9sence de juifs dans la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00eele. Le petit nombre de ceux qui le sont nourrissent \u00e0 leur \u00e9gard des sentiments plut\u00f4t positifs. Quand des actes de vandalisme dans le cimeti\u00e8re de Carpentras scandalisaient la France dans son ensemble en 1990, une manifestation spontan\u00e9e se r\u00e9unit devant la synagogue o\u00f9 l\u2019on vit des Martiniquais faire parade de biens familiaux orn\u00e9s de motifs juifs[45].<br \/>\nAu moment o\u00f9 la seconde intifada faisait fureur, en 2000-2002, les medias Martiniquais \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 effectivement mondialis\u00e9s par l\u2019interm\u00e9diaire de la t\u00e9l\u00e9vision par satellite et par c\u00e2ble : le conflit isra\u00e9lo-palestinien arrivait dans les foyers antillais comme jamais auparavant. In\u00e9vitablement cela affecta l\u2019image g\u00e9n\u00e9rale du juif. Pour mesurer l\u2019importance de la seconde intifada sur la conscience antillaise, il est n\u00e9cessaire de se reporter bri\u00e8vement \u00e0 la premi\u00e8re Intifada de la fin des ann\u00e9es 80.<\/p>\n<p>En 1988 \u00e9tait cr\u00e9\u00e9 le Collectif Martiniquais de Solidarit\u00e9 avec le Peuple Palestinien. Dans sa lettre \u00e0 \u00ab la Communaut\u00e9 juive de Martinique \u00bb, le Collectif (avec un homme d\u2019affaires originaire de Ramallah \u00e0 sa t\u00eate) soulignait que ses actions n\u2019\u00e9taient pas dirig\u00e9es contre les juifs de l\u2019\u00eele en tant qu\u2019individus ou communaut\u00e9, \u00ab ni contre le droit de l\u2019Etat d\u2019Isra\u00ebl \u00e0 exister \u00bb. La lettre (qui ne re\u00e7ut jamais de r\u00e9ponse) invitait la communaut\u00e9 \u00e0 unir les forces \u00ab pour contribuer \u00e0 la t\u00e2che urgente d\u2019apporter la paix au Moyen-Orient en rempla\u00e7ant la logique destructive de l\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs par la logique du futur, du respect pour l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous \u00bb (lettre du 22 mars 1988).<\/p>\n<p>Il appara\u00eet que les membres du Collectif n\u2019embrassaient pas tous cette position mod\u00e9r\u00e9e telle qu\u2019elle \u00e9tait officiellement articul\u00e9e. Certains \u00e9l\u00e9ments extr\u00e9mistes \u2013 principalement parmi les \u00ab anticoloniaux \u00bb antillais \u2013 rejetaient le droit \u00e0 l\u2019existence m\u00eame d\u2019Isra\u00ebl et fr\u00f4laient la ligne de d\u00e9marcation entre antisionisme et antis\u00e9mitisme qu\u2019Antilla avait incontestablement franchie. En cons\u00e9quence, le Collectif se dissipa\u2026 jusqu\u2019en juillet 2002, date \u00e0 laquelle il r\u00e9apparut, en r\u00e9ponse \u00e0 la seconde intifada, sous le nom de Comit\u00e9 de Solidarit\u00e9 Martinique-Palestine pour une Paix Juste au Moyen-Orient (CSMP). Son pr\u00e9sident est maintenant l\u2019\u00e9crivain antillais Daniel Boukman.<\/p>\n<p>Le 6 avril 2002, \u00e0 Fort-de-France, la journ\u00e9e de la Palestine fut organis\u00e9e par le CSMP \u00e0 la Maison de la Jeunesse et de la Culture du Lamentin. Le programme comprenait des expos\u00e9s, des vid\u00e9os, de la po\u00e9sie (arabe) et des danses folkloriques (martiniquaises). Une d\u00e9monstration pro-palestinienne eut lieu le 6 avril 2002 \u00e0 Fort-de-France, o\u00f9 l\u2019on pouvait voir des placards (dont un avec une swastika) repr\u00e9sentant le premier ministre isra\u00e9lien Ariel Sharon en nazi et l\u2019assimilant \u00e0 Hitler. Boukman, pr\u00e9sident du Comit\u00e9, d\u00e9clarait : \u00ab il y a une v\u00e9ritable \u00e9motion de la part de notre peuple qui ressent une grande injustice\u2026 le massacre, la destruction, le g\u00e9nocide va continuer contre les Palestiniens \u00bb. Parmi les groupes participant de mani\u00e8re tr\u00e8s visible \u00e0 cette d\u00e9monstration se trouvait la Centrale D\u00e9mocratique Martiniquaise des Travailleurs (CDMT). Quelques semaines auparavant, la section socio-m\u00e9dicale de la CDMT avait vot\u00e9 une motion \u00ab appel[ant] l\u2019ensemble des Martiniquais \u00e0 participer au mouvement international de solidarit\u00e9 avec le peuple palestinien \u00bb. Le rassemblement s\u2019acheva avec la lecture, en cr\u00e9ole, du \u00ab Discours sur le march\u00e9 du ch\u00f4mage \u00bb du po\u00e8te palestinien Samih El Qasim.<\/p>\n<p>A la suite de la r\u00e9occupation de la Cisjordanie, les lettres \u00e0 l\u2019\u00e9diteur publi\u00e9es dans France-Antilles (c\u2019est-\u00e0-dire celles des 22-23 d\u00e9cembre 2001, du 23-24 mars, du 10 avril, du 11 avril, des 20-21 avril, du 29 mai , des 22-23 juin 2002) \u00e9taient uniform\u00e9ment critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019Isra\u00ebl, sans la moindre reconnaissance du suicide \u00e0 la bombe qui avait pr\u00e9cipit\u00e9 l\u2019offensive isra\u00e9lienne. Vu l\u2019importance du statut du personnage, les lettres du d\u00e9put\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale[46], Camille Darsi\u00e8res, valent la peine d\u2019\u00eatre cit\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans une lettre ouverte au premier ministre d\u2019alors, Lionel Jospin, reproduite dans le France-Antilles du 28 d\u00e9cembre 2001, Darsi\u00e8res reproche au gouvernement fran\u00e7ais de ne pas faire plus grande pression sur Isra\u00ebl :<\/p>\n<p>Je suis de ces nombreux citoyens de l\u2019outre-mer fran\u00e7ais que l\u2019Histoire a sensibilis\u00e9s \u00e0 la lutte des peuples pour leur \u00e9mancipation, qui souhaitent de la France des Droits de l\u2019Homme une position claire, se d\u00e9solidarisant d\u2019avec le l\u00e2che abandon des valeurs universelles en lequel se vautrent de grandes puissances.<\/p>\n<p>Pour ce repr\u00e9sentant au Parlement fran\u00e7ais, tous les actes de militantisme palestiniens constituent \u00ab une r\u00e9sistance l\u00e9gitime\u2026 \u00e0 l\u2019occupation [qui] ne saurait \u00eatre assimil\u00e9e au terrorisme \u00bb.<\/p>\n<p>Trois mois et demi plus tard, \u00e0 la suite des bombes incendiaires et autres actes de vandalisme contre des synagogues en France m\u00e9tropolitaine, Darsi\u00e8res, dans une lettre publi\u00e9e dans les colonnes du France-Antilles du 18 avril 2002, \u00e9crivait :<br \/>\n[<\/p>\n<p>N]ous n\u2019approuvons pas ces attentats\u2026 contre les Synagogues\u2026 nous ne les condamnerons express\u00e9ment que lorsque les associations juives, de France et d\u2019ailleurs, auront express\u00e9ment condamn\u00e9 l\u2019Etat d\u2019Isra\u00ebl pour ne pas respecter les r\u00e9solutions de l\u2019O.N.U., notamment celles l\u2019invitant depuis 1967, \u00e0 \u00e9vacuer les territoires palestiniens qu\u2019il a occup\u00e9s.<\/p>\n<p>A aucun moment, il faut le noter ici, la synagogue de Martinique (\u00e0 son ancienne ou \u00e0 sa nouvelle adresse) n\u2019a \u00e9t\u00e9 la cible de vandalisme d\u2019inspiration religieuse ou politique, ou de graffiti anti-s\u00e9mites.<\/p>\n<p>Or, il se trouve que la seconde intifada co\u00efncida avec un \u00e9v\u00e9nement politique de premi\u00e8re importance au niveau local : le Congr\u00e8s des \u00e9lus d\u00e9partementaux et r\u00e9gionaux de 2002 qui rassembla les repr\u00e9sentants \u00e9lus pour discuter du futur statut de la Martinique vis-\u00e0-vis de la France et pour proposer une reformulation du gouvernement local. L\u2019une des motions les plus chaudement contest\u00e9e fut celle relative \u00e0 reconnaissance de la nation martiniquaise. En faveur de cette motion, il est \u00e0 noter cette d\u00e9claration de Louis Boutrin, du parti B\u00e2tir le Pays Martinique (B.P.M.) :<br \/>\nIl n\u2019y a qu\u2019un seul peuple\u2026 qui ne constitue pas une nation, tout en habitant son propre pays. C\u2019est le peuple palestinien. J\u2019esp\u00e8re, chers Coll\u00e8gues, que vous n\u2019allez pas nous assimiler avec les Palestiniens.<br \/>\nCongr\u00e8s de la Martinique, 20 f\u00e9vrier, 2002 (\u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e de Radio France Outre-mer [RFO]).<\/p>\n<p>Il est impossible de mesurer l\u2019influence que peut avoir l\u2019opinion des \u00e9lites sur les masses populaires qui, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, portent peu d\u2019int\u00e9r\u00eat aux sujets de politique internationale (sauf, bien entendu, ceux qui concernent la France). Il ne fait aucun doute, cependant, qu\u2019en ce qui concerne l\u2019intelligentsia et les chefs politiques martiniquais, la politique s\u00e9curitaire de Sharon et Olmert \u2013 qui, en tant que repr\u00e9sentants \u00e9lus, incarnent, qu\u2019ils le veuillent ou non, l\u2019Etat juif \u2013 a r\u00e9duit le peu de philos\u00e9mitisme[47] que la Shoah avait fait na\u00eetre dans le monde francophone. Etant donn\u00e9 que la communaut\u00e9 juive de Martinique n\u2019\u00e9l\u00e8ve aucune protestation publique lorsqu\u2019Isra\u00ebl est attaqu\u00e9, l\u2019image d\u00e9j\u00e0 floue du juif martiniquais \u2013 \u00ab l\u2019errant \u00bb toujours silencieux, citoyen visible mais \u00e9tranger social \u2013 reste trouble.<\/p>\n<p><strong>Conclusion : la mentalit\u00e9 errante du juif antillais<\/strong><\/p>\n<p>Le titre d\u2019un documentaire de la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise sur l\u2019inauguration, en 1996, de la synagogue \u00ab du bout du monde \u00bb \u00e0 la Martinique joue sur les mots : Antilles s\u00e9mites comme un \u00e9cho d\u2019antis\u00e9mite[48]. Un tel jeu de mots est acceptable dans la mesure o\u00f9 les Juifs vivent librement \u00e0 la Martinique et les expressions royalistes, vichystes et pro-palestiniennes d\u2019antis\u00e9mitisme sont ou bien d\u00e9pass\u00e9es ou bien marginales. Durant quatre-cents ans, les juifs se sont p\u00e9riodiquement install\u00e9s sur l\u2019\u00eele, ballot\u00e9s entre des p\u00e9riodes d\u2019expulsion (du Br\u00e9sil, en 1654 et de la Martinique, en 1683), de catastrophe naturelle (les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019\u00e9ruption volcanique de la Pel\u00e9e en 1902) et de pures pers\u00e9cutions (le r\u00e9gime local de Vichy de 1940 \u00e0 1943). De nos jours, les gendarmes fran\u00e7ais sont post\u00e9s en face du centre communautaire juif lors des grandes f\u00eates et autres grands rassemblements (comme pour la c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019ind\u00e9pendance d\u2019Isra\u00ebl), non pas pour intimider la communaut\u00e9 mais pour la prot\u00e9ger ; de m\u00eame, un agent des Services secrets maintient le contact avec eux, non pas pour \u00e9pier mais pour rassurer. Plus qu\u2019\u00e0 aucun moment de l\u2019histoire, les juifs de l\u2019\u00eele ont la possibilit\u00e9 de sortir de leur propre marronnage et hyper-discr\u00e9tion religieuse et prendre leur place dans le fameux \u00ab melting pot \u00bb martiniquais. La rencontre publique en juillet 2008 du Grand rabbin du Consistoire central de France, Ren\u00e9 Samuel Sirrat, avec le pr\u00eatre de la paroisse de Bellevue, Hugues Lafine, en est peut-\u00eatre un bon signe.<\/p>\n<p>Cependant cela ressemble peu au juif martiniquais de planter fermement ses racines sur l\u2019\u00eele. Rare est le juif pour qui ce d\u00e9partement fran\u00e7ais pourra jamais \u00eatre un foyer v\u00e9ritable et permanent : rare est le juif qui se fasse enterrer sur l\u2019\u00eele. Est-ce parce que dans l\u2019h\u00e9ritage de l\u2019assimilation coloniale (et catholique) entre aussi l\u2019antis\u00e9mitisme fran\u00e7ais, sous ses formes \u00e0 la fois pseudo-intellectuelles et religieuses ? Est-ce \u00e0 cause de la liturgie juive elle-m\u00eame \u2013 qui lui enjoint de rester \u00ab une nation \u00e0 part \u00bb \u2013 qu\u2019il se voit mal int\u00e9grer une culture d\u2019hybridit\u00e9, de m\u00e9tissage et de cr\u00e9olit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Les juifs martiniquais sont ou bien \u00ab de passage \u00bb \u2013 m\u00eame si le passage dure des d\u00e9cennies \u2013 ou se dissolvent dans le paysage culturel. Comme le poisson local qui porte leur nom[49], les juifs fr\u00e9tillent dans les eaux du pays mais ne figurent jamais au menu martiniquais. Partir et revenir, tel a \u00e9t\u00e9 le lot du juif martiniquais. Ou, pour invoquer Aim\u00e9 C\u00e9saire dans son Cahier d\u2019un retour au pays natal,<br \/>\nPartir.<br \/>\nComme il y a des hommes-hy\u00e8nes et des<br \/>\nhommes-panth\u00e8res, je serais un homme-juif\u2026<\/p>\n<p><strong>REFERENCES<\/strong><\/p>\n<p>Ach\u00e9en, Ren\u00e9 and Fitz A. Baptiste. 1979. \u00ab La Martinique sous l\u2019amiral Robert \u00bb (tome 2). Les Cahiers du Centre d\u2019Etudes R\u00e9gionales Antilles-Guyane, n\u00b037.<br \/>\nAnderson, Benedict. 1983. Imagined Communities. Reflections on the Origin and Spread of Nationalism. Londres : Verso.<br \/>\nArbell, Mordechai. Spanish and Portuguese Jews in the Caribbean and the Guianas. A Bibliography (1999) (chapitre 10, \u00ab Haiti, Martinique, Guadeloupe \u00bb). Providence, Rhode Island : Biblioth\u00e8que John Carter Brown.<br \/>\nBernab\u00e9, Jean, Patrick Chamoiseau et Rapha\u00ebl Confiant. 1989. Eloge de la cr\u00e9olit\u00e9. Paris : Gallimard Presses Universitaires Cr\u00e9oles.<br \/>\nBruneau-Latouche, Eug\u00e8ne et Philippe Cordiez. 2002. 209 Anciennes familles subsistantes de la Martinique. Aix-en-Provence, Fort-de-France, Paris.<br \/>\nBurton, Richard D.E. et Camille Chauvet. 1978. La Martinique sous l\u2019amiral Robert (vol. 1). Les Cahiers du Centre d\u2019Etudes R\u00e9gionales Antilles-Guyane, n\u00b034.<br \/>\nCahen, Ab. 1881-2. \u00ab Les Juifs de la Martinique au XVIIe si\u00e8cle. \u00bb Revue d\u2019Etudes Juives, vol. 2-5.<br \/>\nC\u00e9saire, Aim\u00e9. 1947. Cahier du retour au pays natal. Paris : Pr\u00e9sence Africaine.<br \/>\nC\u00e9saire, Aim\u00e9. 1976. Aim\u00e9 C\u00e9saire : oeuvres compl\u00e8tes, vol. 3, Oeuvre historique et politique : discours et communications. Paris : Editions D\u00e9sormeaux.<br \/>\nC\u00e9saire, Aim\u00e9. 2001. Entretien avec l\u2019auteur (16 octobre).<br \/>\nC\u00e9saire, Aim\u00e9. 2002. Entretien avec l\u2019auteur (25 avril).<br \/>\nChauleau, Liliane. 1990. \u00ab D\u00e9partements d\u2019outre-mer. \u00bb In : Gildas Bernard, Les Familles Juives en France : XVIe si\u00e8cle \u2013 1815. Paris : Archives nationales.<br \/>\nComit\u00e9 solidarit\u00e9 Martinique-Palestine pour une paix juste au Moyen-Orient. Mars 2002. Echos de Palestine. Fort-de-France.<br \/>\nDubost, Isabelle. 2000. \u00ab Les \u2018Syriens\u2019 Martiniquais : une alternative identitaire exemplaire \u00bb. In : Jean Bernab\u00e9 et. al. (eds.), Au visiteur lumineux : des \u00eeles cr\u00e9oles aux soci\u00e9t\u00e9s plurielles. Petit Bourg, Guadeloupe : Ibis Rouge Editions.<br \/>\nDussauze, Michel. 2002 (roman feuilleton 28 janvier-30 mars). Zielmann le juif.<br \/>\nFrance-Antilles (Fort-de-France, Martinique).<br \/>\nEsbete, Jos\u00e9. 1996. L\u2019Emission h\u00e9bra\u00efque (programme hebdomadaire), TFI.<br \/>\nFanon, Frantz. 1952. Peau noire, masques blancs. Paris : Editions du Seuil.<br \/>\nFeldman, Isra\u00ebl. 2007. La deuxi\u00e8me \u00e9tape du sionisme : justice restauratrice. Dijon-Quetigny : Epem Tradition.<br \/>\nFeldman, Isra\u00ebl. L\u2019Ile Aux Fleurs ou la derni\u00e8re colonie, \u00e0 para\u00eetre.<br \/>\nFrance-Antilles. Le quotidien d\u2019information des Antilles. 1996 (February 28). \u00ab La communaut\u00e9 juive a son lieu de culte \u00bb, p. 1-7.<br \/>\nFrance-Antilles. Le quotidien d\u2019information des Antilles. 1996. (4 mai). \u00ab Les myst\u00e8res de l\u2019\u00e9criture sacr\u00e9e \u00bb, p. 7.<br \/>\nFrance-Antilles. Le quotidien d\u2019information des Antilles. 2002 (2 avril). \u00ab Motion sur la situation en Palestine \u00bb.<br \/>\nFrance-Antilles. Le quotidien d\u2019information des Antilles. 2002 (6-7 avril). \u00ab A propos de la Manifestation de solidarit\u00e9 avec le peuple palestinien \u00bb.<br \/>\nFrance-Antilles. Le quotidien d\u2019information des Antilles. 2002 (8 avril). \u00ab En solidarit\u00e9 avec la Palestine\u2026 \u00bb<br \/>\nFrance-Antilles Magazine. 2002 (semaine du 9-15 mars). \u00ab Les marques d\u2019un brassage ethnique \u00bb, p. 6-8, 10, 12.<br \/>\nGiraud, Michel. 1985. \u00ab Crispation identitaire et antis\u00e9mitisme en Martinique : le cas d\u2019\u2018Antilla\u2019 \u00bb, Traces, 1985, n\u00b011, p. 129-151.<br \/>\nGiraud, Michel. 2000. \u00ab Apr\u00e8s la colonie, la nation ? Le devenir politique des d\u00e9partements fran\u00e7ais d\u2019Am\u00e9rique en question \u00bb, Pouvoirs dans la Cara\u00efbe (PDLC), n\u00b012, p. 79-109.<br \/>\nGiraud, Michel. 2007. \u00ab L\u2019arbre et la for\u00eat : a propos de quelques pol\u00e9miques r\u00e9centes \u00bb, Esprit, n\u00b0332, p. 81-83.<br \/>\nGrad, A. D. 1994. La Kabbale universelle. Monaco : Editions du Rocher.<br \/>\nGrad, A. D. 2002. Entretien avec l\u2019auteur (21 juin).<br \/>\nHenry-Valmore, Simone. 1998. \u00ab Oreilles de Juif, Oreilles de Noir. \u00bb In : \u00ab Portulan. M\u00e9moire juive, m\u00e9moire n\u00e8gre. Deux figures du destin \u00bb Ch\u00e2teauneuf-le-Rouge : Vents des \u00celes.<br \/>\nJennings, Eric T. 2000. \u00ab La dissidence aux Antilles (1940-1943). \u00bb Vingti\u00e8me Si\u00e8cle. Revue d\u2019histoire, n\u00b068, p. 55-71.<br \/>\nJennings, Eric T. 2002. \u00ab Last Exit from Vichy France : The Martinique Escape Route and the Ambiguities of Emigration. \u00bb The Journal of Modern History, n\u00b074, p. 289-324.<br \/>\nL\u00e9otin, Marie-H\u00e9l\u00e8ne. 1993. La Martinique pendant la seconde Guerre Mondiale, 1939-1945. Centre R\u00e9gional de Documenation P\u00e9dagogique des Antilles et de la Guyane.<br \/>\nLoker, Zvi. 1991. Jews in the Caribbean. Evidence on the History of the Jews in the Caribbean Zone in Colonial Times. Jerusalem : Institute for Research on the Sephardi and Oriental Jewish Heritage.<br \/>\nLouis, Patrice. 2006. \u00ab Rapha\u00ebl Confiant et les \u00ab Innommables \u00bb \u00bb. Le Monde, 2 d\u00e9cembre, p. 3.<br \/>\nMiles, William F.S. 1986 (f\u00e9vrier). \u00ab The Jews of Martinique \u00bb. Midstream, p. 31-33.<br \/>\nMiles, William F.S. 1992. Paradoxe au Paradis : de la politique \u00e0 la Martinique. Paris : l\u2019Harmattan.<br \/>\nMiles, William F.S. 1997. \u00ab Negritude and Judaism. \u00bb The Western Journal of Black Studies, 21:2, p. 99-105.<br \/>\nMiles, William F.S. 2003. \u00ab Aim\u00e9 C\u00e9saire and My Jewish Question. \u00bb Wadabagei. A Journal of the Caribbean and Its Diaspora, n\u00b06, p. 171-182.<br \/>\nPetitjean-Roget, Jacques. 1956. \u00ab Les Juifs \u00e0 la Martinique sous l\u2019Ancien R\u00e9gime. \u00bb Revue d\u2019Histoire des Colonies, n\u00b043, p. 138-58.<br \/>\nPetitjean-Roget, Jacques et Eug\u00e8ne Bruneau-Latouche. 1983. Personnes et Familles \u00e0 la Martinique au XVIIe si\u00e8cle (2 volumes). Fort-de-France : Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Histoire de la Martinique.<br \/>\nRiboh, Amram. 5762 (Nissan ; \u00e9quivalent de mars 2002). \u00ab Les Juifs de la Martinique \u00bb, Kenaf Haaretz. Le Journal de la Communaut\u00e9 Juive de la Martinique (5), p. 4.<br \/>\nRobert, Georges. 1950. La France aux Antilles. Paris : Librairie Plon.<br \/>\nRoth, Cecil. 1932. Histoire des Marranes. Paris : Collections Histoire.<br \/>\nSala-Molins, Louis. 1987. Le Code noir ou le calvaire de Canaan. Paris : Presses Universitaires de Paris.<br \/>\nSuv\u00e9lor, Roland. 1983. \u00ab Premi\u00e8re d\u00e9claration sur un \u2018nouveau\u2019 racisme \u00bb. Antilla, n\u00b069 (16-23 septembre), p. 46-47.<br \/>\nZizine, Pierre. 1947. L\u2019amiral Robert devant La Haute Cour. Paris : Imp. Emmanuel Pourtout.<\/p>\n<p><strong>RESUME<\/strong><\/p>\n<p>La cr\u00e9olit\u00e9 et les juifs de la Martinique<br \/>\nL\u2019affaire Dieudonn\u00e9-Confiant de juin 2005 est r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019une ambigu\u00eft\u00e9 dans le discours de la cr\u00e9olit\u00e9 \u00e0 la Martinique : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la volont\u00e9 d\u2019assumer enti\u00e8rement l\u2019\u00e9ventail des diff\u00e9rents composants ethniques de son pass\u00e9 (et non seulement l\u2019h\u00e9ritage africain de la n\u00e9gritude) ; d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, la non-reconnaissance de son constituant juif r\u00e9tabli en son sein. De l\u2019Ancien R\u00e9gime jusqu\u2019\u00e0 l\u2019installation de l\u2019Association Cultuelle Isra\u00e9lite de la Martinique (A.C.I.M.) dans les ann\u00e9es 1970, les juifs ont v\u00e9cu le refuge, l\u2019expulsion, la pers\u00e9cution, et le renouveau. L\u2019attitude \u00e0 l\u2019\u00e9gard du juif dans la soci\u00e9t\u00e9 martiniquaise contemporaine est mitig\u00e9e, allant de la critique acerbe li\u00e9e aux intifadas \u00e0 la sympathie de certains comme Aim\u00e9 C\u00e9saire. Tant que la Martinique ne consid\u00e9rera pas la communaut\u00e9 juive comme une couche int\u00e9grante de son multiculturalisme identitaire, tant que les juifs eux-m\u00eames ne surmonteront pas leur r\u00e9ticence \u00e0 assumer la r\u00e9alit\u00e9 de leur pr\u00e9sence g\u00e9ographique, la cr\u00e9olit\u00e9 martiniquaise tant claironn\u00e9e restera incompl\u00e8te.<br \/>\nABSTRACT<br \/>\nCaribbean hybridity and the Jews of Martinique<br \/>\nIn 2005-6 controversy broke out in Martinique and France when a French West Indian author of note came to the defense of an Afro-French comedian accused of anti-Semitism. The matter brought to the fore an ambiguity within the discourse of cr\u00e9olit\u00e9. On the one hand, cr\u00e9olistes claim to embrace the entire ethnic gamut of Martinique\u2019s past to construct an inclusive and unique identity (and not one based principally on the African heritage, as with n\u00e9gritude). On the other hand, there is reluctance to accept the Jewish component that has reestablished itself on the island. From the Ancien R\u00e9gime to the formation of the Martinican Jewish community center in the 1970s, Jews have experienced asylum, expulsion, persecution, and revival. Perceptions of the Jew in Martinican society are mixed, ranging from criticism triggered by the Intifadas to sympathy expressed by Aim\u00e9 C\u00e9saire and others. Until Martinique assumes the Jewish community within her sense of multicultural identity, and the Jews themselves overcome their reticence to assume their geographical presence, the much-heralded creolit\u00e9 of Martinique will remain incomplete.<\/p>\n<p>[1] Cet article a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 pendant un s\u00e9jour au Centre de Recherches sur les Pouvoirs Locaux dans la Cara\u00efbe (CRPLC) \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 des Antilles-Guyane (Martinique) en f\u00e9vrier 2001 et publi\u00e9 en anglais, dans : Kristin Ruggiero (ed.). The Jewish Diaspora in Latin America and the Caribbean. Fragments of Memory. Brighton, R.U. : Sussex Academic Press, 2005. En 2007, encore au CRPLC, une mise \u00e0 jour a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e. L\u2019auteur tient \u00e0 remercier Justin Daniel, Adams Kwateh, Arlette Rosa-Lameynardie, Amram Riboh, Roger Toumson et, surtout, Roland Suv\u00e9lor pour leurs suggestions, leur assistance, et leur grande perspicacit\u00e9. Toute erreur m\u2019incombe uniquement.<br \/>\n[2] Cette section s\u2019appuie en grande partie sur les travaux de Loker (1991), Petitjean-Roget (1956), Riboh (5762-2002), et Roth (1932).<br \/>\n[3] Certains de ces r\u00e9fugi\u00e9s en provenance de Recife se sont retrouv\u00e9s \u00e0 la Nouvelle Amsterdam, devenant les premiers juifs de la ville qui s\u2019appellera plus tard New York.<br \/>\n[4] L\u2019expression est de Roth (1932), p. 229. Pour certains, le terme marranos est p\u00e9joratif. Le lecteur peut lui substituer celui de conversos.<br \/>\n[5] R\u00e9ponse du 19 novembre au d\u00e9cret royal, cit\u00e9e par Zvi Loker. Jews in the Caribbean. Evidence on the history of the Jews in Caribbean zone in colonial times. Misgav Yerushalayim : Institute for research on the Sephardi and Oriental Jewish heritage, 1991. p. 199.<br \/>\n[6] Cit\u00e9 par J. Petitjean-Roget, \u00ab Les Juifs \u00e0 la Martinique sous l\u2019Ancien R\u00e9gime \u00bb, Revue d\u2019histoire des colonies, 1957, p. 150.<br \/>\n[7] Locker, op. cit, p. 203.<br \/>\n[8] Judith et Rebecca vivaient elles-m\u00eames en France. L\u2019affaire fut encore compliqu\u00e9e par le fait que l\u2019un des beaux-fr\u00e8res d\u2019Abraham, Cousteault, avocat au Parlement, se r\u00e9clama de l\u2019h\u00e9ritage sur la base de sa \u00ab diff\u00e9rence de religion \u00bb. En effet, l\u2019une des soeurs avait \u00e9pous\u00e9 Cousteault apr\u00e8s s\u2019\u00eatre convertie au christianisme.<br \/>\n[9] Une \u00e9toile de David orne encore l\u2019entr\u00e9e de l\u2019habitation principale. Les origines de la famille Depaz remontent \u00e0 la ville de Livourne, en Italie.<br \/>\n[10] Jean Fran\u00e7ois Depaz avait \u00e9t\u00e9 formellement baptis\u00e9 neuf ans avant son arriv\u00e9e en 1770 (cf. Bruneau-Latouche et Cordiez 2002), mais comme la plupart des conversos, sa famille avait pr\u00e9serv\u00e9 certains \u00e9l\u00e9ments des coutumes et de la symbolique juives. Une autre famille de b\u00e9k\u00e9s notoires, les (Wielle) de Reynal aurait aussi des origines juives.<br \/>\n[11] Apr\u00e8s plusieurs rencontres et entretiens t\u00e9l\u00e9phoniques avec les deux douzaines de familles inscrites dans l\u2019annuaire sous le nom L\u00e9vy, Levi ou L\u00e9vi, il appert qu\u2019elles n\u2019ont gu\u00e8re conscience des origines juives de leur patronyme.<br \/>\n[12] Les Meyer sont arriv\u00e9s \u00e0 la Martinique en provenance du Danemark. M\u00eame au plus chaud de l\u2019affaire Dreyfus, une \u00e9toile de David ornait les \u00e9tiquettes sur lesquelles ils vantaient la haute qualit\u00e9 de leur rhum (entretien personnel avec L\u00e9o Elizabeth).<br \/>\nLes recherches g\u00e9n\u00e9alogiques conduites par le couple Rossignol pour le centenaire de l\u2019\u00e9ruption de la Montagne Pel\u00e9e, dans le cadre de l\u2019aide apport\u00e9e aux survivants de Saint- Pierre font surgir trois patronymes familiers : L\u00e9vy (Joseph, au Carbet et L\u00e9ontine, au Marin), Gradis (Raoul, au nom de la compagnie \u00e0 Bordeaux) et Depaz (Louis Alexandre Victor). La demande de ce dernier fut rejet\u00e9e pour la raison que, bien qu\u2019orphelin, il \u00e9tait \u00ab capable de subvenir \u00e0 ses besoins ; en possession de ressources \u00bb (www.stpierre1902.org).<br \/>\nApparemment, un petit nombre de familles juives sont arriv\u00e9es sur l\u2019\u00eele au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle. L\u2019une d\u2019entre elles aurait \u00e9tabli le quartier Lowinski (ou Lowenski) \u00e0 Rivi\u00e8re-Pilote tandis que toutes les autres se sont fondues dans la population g\u00e9n\u00e9rale (entretien personnel avec Christine Cl\u00e9ment).<br \/>\n[13] Je dois \u00e0 Roland Suv\u00e9lor les pr\u00e9cisions touchant au statut officiel de l\u2019amiral Robert.<br \/>\n[14] Cf. Richard D. E.Burton. \u00ab Vichysme et Vichystes \u00e0 la Martinique \u00bb , premier volume des Cahiers du CERAG d\u00e9di\u00e9 \u00e0 La Martinique sous l\u2019amiral Robert, 1978. p. 17 et note 81 (p. 30).<br \/>\n[15] Cet extrait provient du journal anti-Vichy Tristes Tropiques cit\u00e9 tel quel par Fitz A. Baptiste dans \u00ab Le R\u00e9gime de Vichy en Martinique : l\u2019Application des Mesures d\u2019Ordre Public \u00bb, second volume des Cahiers du CERAG consacr\u00e9 \u00e0 La Martinique sous l\u2019amiral Robert, 1979. p. 71.<br \/>\n[16] Journal Officiel de la Martinique, 18 janvier 1941. Actes du Gouvernement Local, n\u00b041. D\u00e9cision portant sur internement administratif.<br \/>\n[17] Traduction de l\u2019auteur. Eric Jennings. \u00ab Last exit from Vichy France : the Martinique escape route\u2026. \u00bb. The Journal of Modern History, 2002, p. 324.<br \/>\n[18] Les autorit\u00e9s de Vichy avaient raison de soup\u00e7onner Guthman \u2013 mais pour des motifs tout diff\u00e9rents : son nom figure plus tard dans un rapport de police sur les participants \u00e0 la manifestation gaulliste (c\u2019est-\u00e0-dire pour la France Libre ) du 18 juin 1943, \u00e0 Saint-Pierre. Rapport de police de la Commune du Carbet (L\u00e9otin, 1993, p. 101). Le 28 juin 1943, le Comit\u00e9 Martiniquais de Lib\u00e9ration Nationale fomenta un soul\u00e8vement for\u00e7ant l\u2019amiral Robert \u00e0 quitter la Martinique, le 15 juillet.<br \/>\n[19] Il se trouve que c\u2019est l\u00e0 le nombre exact de familles juives recens\u00e9es en 1683, sur l\u2019ordre des pers\u00e9cuteurs j\u00e9suites. En 1683, la population totale de la Martinique \u00e9tait de 14 000 habitants ; en 1941 elle s\u2019\u00e9levait \u00e0 220 000. Donn\u00e9es pour 1683 fournies par Chauleau (1990).<br \/>\n[20] Incapable d\u2019exercer son m\u00e9tier, faute du mat\u00e9riel n\u00e9cessaire, \u00e0 cause du blocus impos\u00e9 par la marine am\u00e9ricaine, madame Gold s\u2019est lanc\u00e9e dans la mercerie (entretien personnel avec M. Calvy, 9 mai 2002).<br \/>\n[21] Apr\u00e8s la guerre cependant, Sussfeld devait t\u00e9moigner en faveur de l\u2019amiral Robert. Sans \u00eatre nomm\u00e9ment cit\u00e9, c\u2019est sans doute lui l\u2019\u00ab Isra\u00e9lite \u00bb mentionn\u00e9 par Zizine, 1947, p.10.<br \/>\n[22] Lors d\u2019une entrevue avec l\u2019auteur, le 25 avril 2002, Aim\u00e9 C\u00e9saire s\u2019est souvenu du professeur Salanski comme d\u2019 \u00ab un \u00e9minent math\u00e9maticien \u00bb, qui avait enseign\u00e9 au lyc\u00e9e Schoelcher et qui put \u00e9ventuellement r\u00e9int\u00e9grer l\u2019Education nationale apr\u00e8s la guerre. Dans l\u2019intervalle, Salanski avait \u00e9t\u00e9 embauch\u00e9 comme employ\u00e9 par le P\u00e8re Droch, directeur du s\u00e9minaire-coll\u00e8ge de la Martinique.<br \/>\n[23] La m\u00e8re de Mme Lazareff fut arr\u00eat\u00e9e \u00e0 Paris et d\u00e9port\u00e9e \u00e0 Auschwitz o\u00f9 elle mourut. L\u2019une des enfants Cl\u00e9ment-Lazareff raconte que, selon l\u2019histoire de la famille, leur m\u00e8re Sarah se serait pr\u00e9sent\u00e9e d\u2019elle-m\u00eame aux autorit\u00e9s de Vichy \u00e0 la Martinique ; malgr\u00e9 les protestations des agents, elle aurait demand\u00e9 \u00ab par solidarit\u00e9 avec les autres juifs \u00bb d\u2019\u00eatre enregistr\u00e9e comme juive et de porter l\u2019\u00e9toile jaune. Il n\u2019existe aucune preuve cependant qu\u2019\u00e0 la Martinique, les juifs aient effectivement eu \u00e0 porter l\u2019\u00e9toile jaune.<br \/>\n[24] Un quatri\u00e8me couple, celui des Bercovici \u2013 du \u00ab Magasin Ma\u00efer \u00bb comme ils \u00e9taient connus \u2013 mourut sans enfant. La liste de ces juifs d\u00e9clar\u00e9s fut partiellement reproduite dans le texte d\u2019une \u00e9preuve du brevet national, en juin 2002 \u00e0 la Martinique. Les \u00e9l\u00e8ves devaient d\u00e9crire le R\u00e9gime de Vichy et son application aux Antilles. C\u2019est l\u00e0 une reconnaissance assez rare de la pr\u00e9sence juive (et d\u2019une l\u00e9gislation antis\u00e9mite) dans le cadre de l\u2019historiographie officielle martiniquaise.<br \/>\n[25] Eric T. Jennings. \u00ab La dissidence aux Antilles (1940-1943) \u00bb, Vingti\u00e8me Si\u00e8cle. Revue d\u2019histoire, n\u00b068, octobre-d\u00e9cembre 2000, p. 55-72.<br \/>\n[26] Le premier juif enterr\u00e9 \u00e0 la Martinique r\u00e9cemment \u00e9tait un b\u00e9b\u00e9 de trois mois, fils de la famille Nahon qui mourut vers le milieu des ann\u00e9es 70.<br \/>\n[27] Ce sont l\u00e0 les donn\u00e9es compil\u00e9es par l\u2019A.C.I.M.. Sont inclus \u00e0 la fois les juifs se reconnaissant comme tels par les contacts qu\u2019ils maintiennent activement avec la communaut\u00e9 juive et ceux qui sont connus comme tels par ou\u00ef-dire. La communaut\u00e9 ignore compl\u00e8tement le nombre des juifs (principalement Ashk\u00e9nazes) qui ne donnent pas signe de leur existence.<br \/>\n[28] La ville de S\u00e9tif est particuli\u00e8rement bien repr\u00e9sent\u00e9e.<br \/>\n[29] Chiffres fournis par le rabbin en r\u00e9sidence.<br \/>\n[30] Parmi les familles juives de la Martinique ayant perdu des proches dans la tourmente de la shoah (et qui avaient \u00e9t\u00e9 invit\u00e9es \u00e0 allumer les bougies comm\u00e9moratives) se trouvait l\u2019un de ces rares couples \u00ab mixtes \u00bb ashk\u00e9naze-s\u00e9pharade.<br \/>\n[31] Entretien personnel. Christine Cl\u00e9ment est tr\u00e8s sensible au ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019identit\u00e9 juive cach\u00e9e : elle avait d\u00e9j\u00e0 atteint l\u2019\u00e2ge adulte lorsqu\u2019elle d\u00e9couvrit que sa m\u00e8re (fran\u00e7aise, fille d\u2019immigr\u00e9s alg\u00e9riens) \u00e9tait juive, convertie au catholicisme apr\u00e8s la seconde guerre mondiale. C\u2019est \u00e0 la Martinique que cette psychoth\u00e9rapeute a fini par recouvrer son identit\u00e9 juive.<br \/>\n[32] Entretien du 16 octobre 2001.<br \/>\n[33] Henry-Valmore 1998. Le commentaire de cet \u00e9crivain et \u00ab ethno-analyste \u00bb antillais vaut la peine d\u2019\u00eatre cit\u00e9 : \u00ab Le symbole est roi. \u2018Oreilles de juif, oreilles de noir\u2019. Rencontre de deux mondes. Convergences de destins. Dans le miroir \u00e0 deux faces la bonne image de soi a du mal \u00e0 se fixer, d\u00e9form\u00e9e qu\u2019elle est par la vision des autres, leur pr\u00e9jug\u00e9s culturels et religieux et tous les mythes archa\u00efques. Au regard de l\u2019Occident chr\u00e9tien, juif et noir tombent sous les coups de la m\u00eame suspicion. Dans un cas comme dans l\u2019autre l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 fait la part belle au Diable \u00bb (p. 21).<br \/>\n[34] Cf. Miles 1997 pour une analyse plus compl\u00e8te de l\u2019antis\u00e9mitisme tel qu\u2019il est trait\u00e9 par Frantz Fanon.<br \/>\n[35] Fanon, Peau Noire, masques blancs, p. 98.<br \/>\n[36] Ibid., p. 71<br \/>\n[37] Ibid., p. 98<br \/>\n[38] Toumson, p. 9.<br \/>\n[39] Deux des auteurs sont africains.<br \/>\n[40] L\u2019exception serait le roman feuilleton intitul\u00e9 Zielmann le Juif (dont l\u2019action se d\u00e9roule dans la France d\u2019apr\u00e8s-guerre) publi\u00e9 dans le seul journal quotidien de la Martinique, au long des trois premiers mois de l\u2019ann\u00e9e 2002. Cf. Dussauze, 2002.<br \/>\n[41] D\u2019apr\u00e8s le professeur B.I. Feldman, qui servait de consul honoraire d\u2019Isra\u00ebl \u00e0 la Martinique et fut son \u00e9missaire pour l\u2019immigration \u00e0 la Martinique de 1983 \u00e0 1988, cette peinture anti-isra\u00e9lienne dans les media est orchestr\u00e9e depuis le Quai d\u2019Orsay, par le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res. Le point de vue de l\u2019Isra\u00e9lien Feldman repr\u00e9sente un contrepoint int\u00e9ressant par rapport au point de vue des Martiniquais sur les juifs et sur Isra\u00ebl : \u00ab Comment les Antillais peuvent-ils se sortir [de leur malaise identitaire] ? En divor\u00e7ant d\u2019avec la France, en refusant l\u2019influence de l\u2019islamisme, en \u00e9tablissant des liens l\u00e9gitimes avec un autre peuple, compl\u00e9mentaire, sensible lui aussi \u00e0 la souffrance, qui a su trouver sa libert\u00e9, mais qui a besoin d\u2019eux : le peuple juif \u00bb . Voir Feldman 2007.<br \/>\n[42] Pour une approche \u00e9clair\u00e9e sur le sujet des pr\u00e9tendus Syriens, cf. Dubost 2000.<br \/>\n[43] Ces citations sont extraites de l\u2019analyse approfondie de Giraud (1985). Giraud explique l\u2019antis\u00e9mitisme martiniquais en termes d\u2019une parano\u00efa psychologique et politique r\u00e9sultant, chez une minorit\u00e9 de nationalistes et de politiciens de l\u2019identit\u00e9, de l\u2019h\u00e9ritage d\u2019un colonialisme r\u00e9pressif.<br \/>\n[44] Pierre Davidas, Antilla 55, 26 mai-2 juin 1983, p. 26.<br \/>\n[45] Entretien avec Didier L\u00e9vy, membre de l\u2019A.C.I.M., 9 mai 2002. Monsieur L\u00e9vy, d\u2019origine nord-africaine, a v\u00e9cu \u00e0 la Martinique pendant plus de vingt ans.<br \/>\n[46] La Martinique envoie quatre repr\u00e9sentants \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Darsi\u00e8res avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu sur le programme du Parti Progressiste Martiniquais (PPM), fond\u00e9 par Aim\u00e9 C\u00e9saire.<br \/>\n[47] Cf. la seconde citation en t\u00eate de ce chapitre.<br \/>\n[48] Cf. Esbete 1996.<br \/>\n[49] Poisson nocturne dont le nom zoologique est Priacanthus (de l\u2019ordre des Percifornes).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La cr\u00e9olit\u00e9 et les Juifs de la Martinique &nbsp; William F.S. 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