{"id":6129,"date":"2013-02-05T18:36:22","date_gmt":"2013-02-05T18:36:22","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6129"},"modified":"2013-02-05T18:36:22","modified_gmt":"2013-02-05T18:36:22","slug":"euthanasie-choisir-sa-mort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/euthanasie-choisir-sa-mort\/","title":{"rendered":"Euthanasie : Choisir sa mort ?"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEuthanasie : Choisir sa mort ?<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;La question de l&#39;euthanasie est sans doute une des plus complexes qui soit. Le juda&iuml;sme s&#39;y trouve confront&eacute; comme toutes les religions et, bien entendu, apporte sa propre r&eacute;ponse.<\/p>\n<p>\n\t\tLa complexit&eacute; de ce probl&egrave;me est aussi engendr&eacute;e par le fait que souvent l&#39;&eacute;motivit&eacute; tient une part importante.<\/p>\n<p>\n\t\tLorsque se pose le choix de l&#39;euthanasie pour une personne et sa famille il est tr&egrave;s difficile d&#39;y r&eacute;fl&eacute;chir de mani&egrave;re rationnelle.<\/p>\n<p>\n\t\tLa douleur du malade, sa souffrance psychologique ainsi que celle de la famille, la peur qu&#39;engendre dans notre soci&eacute;t&eacute; &#8211; dont l&#39;id&eacute;al est l&#39;int&eacute;grit&eacute; physique et une image de soi parfaite &#8211; l&#39;avilissement du corps de l&#39;individu, tout cela entra&icirc;ne souvent un choix plus &eacute;motif que raisonn&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tAvant d&#39;aller plus avant il me semble utile de revenir &agrave; la juste d&eacute;finition des mots qui sont employ&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t\tTout d&#39;abord &laquo;&nbsp;euthanasie&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tCe terme fut cr&eacute;&eacute; par Roger Bacon au XIII&egrave;me si&egrave;cle &agrave; partir du grec&nbsp;eu&nbsp;(bien) etthanatos&nbsp;(mort) dont la signification est &laquo;&nbsp;mort douce et sans souffrance&nbsp;&raquo;. Dans son sens premier du XIII&egrave;me si&egrave;cle il s&#39;agit d&#39;all&eacute;ger les souffrances&nbsp; du mourant et de l&#39;accompagner jusqu&#39;&agrave; son d&eacute;c&egrave;s en &eacute;vitant l&#39;acharnement th&eacute;rapeutique. Il s&#39;agit, donc, de laisser mourir l&#39;individu dans les meilleures conditions possibles.<\/p>\n<p>\n\t\tDe nos jours la d&eacute;finition de l&#39;euthanasie est, selon le Littr&eacute;&nbsp;:<\/p>\n<ul>\n<li>\n\t\t\tA-&nbsp;m&eacute;dicale: Mort douce, de laquelle la souffrance est absente, soit naturellement, soit par l&#39;effet d&#39;une th&eacute;rapeutique dans un sommeil provoqu&eacute;.<\/li>\n<li>\n\t\t\tB-&nbsp;usuel: Fait de donner d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment la mort &agrave; un malade (g&eacute;n&eacute;ralement incurable ou qui souffre atrocement).<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\tComme on le constate dans cette d&eacute;finition n&#39;appara&icirc;t aucunement la notion de suicide. Il s&#39;agit d&#39;un acte ou ce n&#39;est pas le malade ou le mourant qui agit mais un autre. Je reviendrais sur ce point plus avant.<\/p>\n<p>\n\t\tVoyons maintenant la d&eacute;finition de &laquo;&nbsp;suicide&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tToujours selon le Littr&eacute;&nbsp;et de nos jours:<\/p>\n<ul>\n<li>\n\t\t\tA- Nom: Action de celui qui se tue lui-m&ecirc;me<\/li>\n<li>\n\t\t\tB- ADJ: Qui a rapport au suicide<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\tCe mot a &eacute;t&eacute; employ&eacute; pour la premi&egrave;re fois par Desfontaines au XVIII&egrave;me si&egrave;cle et appara&icirc;t pour la premi&egrave;re fois dans l&#39;&eacute;dition de l&#39;Acad&eacute;mie de 1762. Avant cette date l&#39;expression utilis&eacute;e &eacute;tait &laquo;&nbsp;homicide de soi-m&ecirc;me&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tDonc le suicide est un acte volontaire dont l&#39;acteur est soi-m&ecirc;me et non un tiers.<\/p>\n<p>\n\t\tBien s&ucirc;r, il existe plusieurs variantes mais l&#39;amalgame euthanasie et suicide assist&eacute;, qui est souvent utilis&eacute;, pose beaucoup de probl&egrave;mes. C&#39;est pour cela qu&#39;il m&#39;a sembl&eacute; utile de rappeler les d&eacute;finitions.<\/p>\n<p>\n\t\tL&#39;euthanasie nous confronte &agrave; la question&nbsp;: quelle est la valeur de la vie et le droit de l&#39;individu &agrave; d&eacute;cider d&#39;y mettre fin. Ce n&#39;est pas donc une question li&eacute;e &agrave; la mort elle-m&ecirc;me mais &agrave; la mani&egrave;re de mettre un terme &agrave; la vie, sa vie, dans les meilleures conditions possible.<\/p>\n<p>\n\t\tUn des probl&egrave;mes essentiels est de comprendre comment cette fin de vie est provoqu&eacute;e. En effet si celle-ci est provoqu&eacute;e par un tiers de mani&egrave;re directe ou indirecte, comment d&eacute;finir l&#39;acte de cette personne&nbsp;? Mais aussi de savoir, pour la religion, jusqu&#39;o&ugrave; l&#39;individu est &laquo;&nbsp;propri&eacute;taire&nbsp;&raquo; de sa vie&nbsp;? En est-il totalement responsable ou simplement le gardien d&#39;un don&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t\tCe sont, bien &eacute;videmment, des questions qui ont &eacute;t&eacute; d&eacute;battues tr&egrave;s t&ocirc;t dans le juda&iuml;sme et bien que pour beaucoup cela semble un sujet contemporain ce d&eacute;bat est vieux de presque 2000 ans dans le Talmud. Cependant il redevient de plus en plus actuel surtout parce que la m&eacute;decine est de plus en plus performante.<\/p>\n<p>\n\t\tLe Pirk&eacute; Avoth (chap. 4, mishn&agrave; 29) dit&nbsp;:<\/p>\n<p dir=\"rtl\">\n\t\t&#8230;\u05e9\u05e2\u05dc \u05db\u05e8\u05d7\u05da \u05d0\u05ea\u05d4 \u05e0\u05d5\u05e6\u05e8, \u05d5\u05e2\u05dc \u05db\u05e8\u05d7\u05da \u05d0\u05ea\u05d4 \u05e0\u05d5\u05dc\u05d3, \u05d5\u05e2\u05dc \u05db\u05e8\u05d7\u05da \u05d0\u05ea\u05d4 \u05d7\u05d9, \u05d5\u05e2\u05dc \u05db\u05e8\u05d7\u05da \u05d0\u05ea\u05d4 \u05de\u05ea, \u05d5\u05e2\u05dc \u05db\u05e8\u05d7\u05da \u05d0\u05ea\u05d4 \u05e2\u05ea\u05d9\u05d3 \u05dc\u05ea\u05df \u05d3\u05d9\u05df \u05d5\u05d7\u05e9\u05d1\u05d5\u05df \u05dc\u05e4\u05e0\u05d9 \u05de\u05dc\u05da \u05de\u05dc\u05db\u05d9 \u05d4\u05de\u05dc\u05db\u05d9\u05dd \u05d4\u05e7\u05d3\u05d5\u05e9 \u05d1\u05e8\u05d5\u05da \u05d4\u05d5\u05d0:<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Sh&eacute;&#39;AL KoRKHaKH ATaH NOTZaR, V&eacute;&#39;AL KoRKHaKH ATaH NOLaD, V&eacute;&#39;AL KoRKHaKH ATaH KHaY, V&eacute;&#39;AL KoRKHaKH ATaH MeTH, V&eacute;&#39;AL KoRKHaKH ATaH &lsquo;ATYD LiTeN DYN V&eacute;KH&eacute;SHBON LiFNeY M&eacute;LeKH MaLKHeY Ha-M&eacute;LaKHYM Ha-KaDOSH BaROUKH HOU&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo;&nbsp;&#8230;C&#39;est malgr&eacute; toi que tu as &eacute;t&eacute; con&ccedil;u, et c&#39;est malgr&eacute; toi que tu nais, et c&#39;est malgr&eacute; toi que tu vis, et c&#39;est malgr&eacute; toi que tu meurs et c&#39;est malgr&eacute; toi que tu es destin&eacute; &agrave; rendre des comptes devant le Roi des Rois, le Saint B&eacute;ni&nbsp; soit-Il&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tCette mishn&agrave; pose donc un principe simple&nbsp;: nous ne sommes pas ma&icirc;tre de notre vie. Nous ne sommes pas ceux qui d&eacute;cidons d&#39;exister ou pas. Il ne s&#39;agit pas ici de la ma&icirc;trise des choix de vie mais de la d&eacute;cision d&#39;exister ou non. Ce n&#39;est pas nous qui d&eacute;cidons de na&icirc;tre, de vivre (m&ecirc;me si par la suite nous avons la conviction que nous pouvons, par un acte de volont&eacute; propre, mettre fin &agrave; la vie), du moment de notre mort (ici aussi nous pouvons avoir la conviction de choisir le moment de notre mort mais qui sait si cela n&#39;&eacute;tait pas inscrit) et bien s&ucirc;r nous ne pouvons absolument pas nous d&eacute;rober au jugement divin.<\/p>\n<p>\n\t\tDonc, nous voyons que le juda&iuml;sme pose imm&eacute;diatement un principe&nbsp;: bien que je g&egrave;re la vie celle-ci ne m&#39;appartient pas puisque ce n&#39;est pas moi qui en ma&icirc;trise l&#39;origine ni la fin.<\/p>\n<p>\n\t\tL&#39;autre &eacute;l&eacute;ment est, bien &eacute;videmment, le VI&egrave;me commandement du d&eacute;calogue dans Exode (XIX, 12) qui dit&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;\u05dc\u05d0 \u05ea\u05e8\u05e6\u05d7 &raquo;&nbsp;[LO TiRTZaKH] (Ne tue pas&nbsp;!) l&#39;interdit de l&#39;homicide, de l&#39;assassinat pr&eacute;m&eacute;dit&eacute; et volontairement con&ccedil;u.<\/p>\n<p>\n\t\tCes deux enseignements imposent la r&egrave;gle g&eacute;n&eacute;rale que donner la mort sciemment et activement est l&#39;un des interdits supr&ecirc;me et sans aucune concession.<\/p>\n<p>\n\t\tCe qui devient original dans le juda&iuml;sme est que celui-ci pose que le premier des meurtres est le meurtre de soi car le rapport &agrave; la vie n&#39;est pas per&ccedil;u en terme de propri&eacute;t&eacute;. En effet la non-propri&eacute;t&eacute;&nbsp; de sa vie, pour l&#39;individu, est due au fait que, d&egrave;s la cr&eacute;ation de l&#39;homme,&nbsp; la vie est un ensemble qui ne se limite pas &agrave; la corpor&eacute;it&eacute; (comme pour le monde&nbsp; animal) mais c&#39;est un ensemble fortement int&eacute;gr&eacute; entre ce que qu&#39;est le corps comme instrument de la perception du monde mat&eacute;riel, &agrave; travers les sens, et cette partie qui est divine et qui fait de l&#39;homme le&nbsp;&nbsp;&laquo;&nbsp;\u05e6\u05dc\u05dd \u05d0\u05dc\u05d5\u05e7\u05d9\u05dd&nbsp;&raquo;&nbsp;[Tz&eacute;lem Elokim] (l&#39;image de D.) (Gen&egrave;se I, 27).<\/p>\n<p>\n\t\tPar cons&eacute;quent, alors que dans la vision moderne la&iuml;que le suicide peut &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme une expression de libert&eacute; fondamentale &#8211; le droit pour un &ecirc;tre humain &agrave; disposer de sa propre vie et donc permet d&#39;envisager l&#39;euthanasie comme possible en permettant de concevoir que l&#39;individu puisse, en cas d&#39;incapacit&eacute;, d&eacute;l&eacute;guer un tiers ou la soci&eacute;t&eacute; &agrave; extrapoler sa volont&eacute; de mort &#8211; cela n&#39;est pas possible dans le juda&iuml;sme.<\/p>\n<p>\n\t\tPr&eacute;sent&eacute; ainsi, il semblerait que la question soit r&eacute;solue et qu&#39;aucune issue n&#39;existe pour l&#39;individu souffrant en fin de vie.<\/p>\n<p>\n\t\tCe n&#39;est pas le cas puisque paradoxalement le Talmud contient plusieurs &eacute;pisodes de suicides et c&#39;est &agrave; partir de ces exemples qu&#39;il nous faut mener notre r&eacute;flexion.<\/p>\n<p>\n\t\tBien que la Torah donne un commandement pr&eacute;cis contre le suicide dans Deut&eacute;ronome (30,19) o&ugrave; D. insiste sur le choix de vivre contre celui de mourir&nbsp;:<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo;&nbsp;&nbsp;\u05d5\u05d1\u05d7\u05e8\u05ea \u05d1\u05d7\u05d9\u05d9\u05dd \u05dc\u05de\u05e2\u05df \u05ea\u05d7\u05d9\u05d4 \u05d0\u05ea\u05d4 \u05d5\u05d6\u05e8\u05e2\u05da&#8230;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t&#8230;OUVaKHaRT&agrave; BaKHaiYM L&eacute;M&#39;AaN TiKHY&eacute;H ATaH V&eacute;ZaR&#39;EKH&agrave;<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo;&#8230;et tu choisiras la vie&nbsp; afin que tu vives toi et ta descendance &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tcependant lorsque l&#39;individu est destin&eacute; &agrave; la d&eacute;ch&eacute;ance ou une souffrance qui est susceptible de lui faire perdre le sens de la vie au point d&#39;en venir &agrave; risquer de renier le lien qui lui donne ce sens et qui est D. et sa foi, alors l&#39;acte de suicide se trouve &ecirc;tre presque valid&eacute; et accept&eacute;. Mais il ne s&#39;agit, en aucun cas, d&#39;une recommandation ni d&#39;une incitation &agrave; un tel acte puisqu&#39;il reste &eacute;videmment de la seule appr&eacute;ciation, subjective, de l&#39;individu.<\/p>\n<p>\n\t\tDans le&nbsp; Trait&eacute; de Guittin (57b) nous trouvons un &eacute;pisode qui nous est racont&eacute;. Il s&#39;agit de l&#39;histoire de 400 enfants mineurs qui ont &eacute;t&eacute; captur&eacute;s par les romains et qui sont emmen&eacute;s en bateau vers Rome. Ils entendent parler les romains de leur destin qui est de devenir esclaves sexuels dans des lupanars&nbsp;:<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo;&nbsp;Ils se demand&egrave;rent : si nous nous noyons&nbsp; dans la mer, cela pourra-t-il nous conduire au monde futur ? Le plus &acirc;g&eacute; des gar&ccedil;ons proposa l&#39;interpr&eacute;tation suivante :&nbsp;&laquo;&nbsp;Dieu dit : de Bash&agrave;n je ram&egrave;nerai, des profondeurs de la mer je ram&egrave;nerai (Psaumes LXVIII, 23)&nbsp;&raquo;:&nbsp;&laquo;&nbsp;de Bash&agrave;n je ram&egrave;nerai&nbsp;&raquo;&nbsp;parle des dents du lion ;&nbsp;&laquo;&nbsp;des profondeurs de la mer je ram&egrave;nerai&nbsp;&raquo;&nbsp;parle de ceux qui se sont noy&eacute;s dans la mer.<br \/>\n\t\tEntendant cela, les filles se jet&egrave;rent toutes ensemble &agrave; la mer. Les gar&ccedil;ons tinrent un raisonnement &agrave; fortiori.&nbsp;&laquo;&nbsp;Si les filles pour qui cette d&eacute;ch&eacute;ance est certes dramatique mais reste encore de l&#39;ordre d&#39;une soci&eacute;t&eacute; &agrave; visage humain, ont d&eacute;cid&eacute; de se donner la mort plut&ocirc;t que d&#39;endosser un tel destin, ne faut-il pas en conclure que nous gar&ccedil;ons devons, &agrave; plus forte raison, agir de la sorte ?!&nbsp; Tous saut&egrave;rent &agrave; la mer&nbsp;&raquo;. Et le Talmud de conclure : c&#39;est &agrave; leur propos qu&#39;est dit le verset :&nbsp;&laquo;&nbsp;car pour Toi&nbsp; nous nous sommes laiss&eacute;s tuer sans cesse, et sommes devenus comme des agneaux pour l&#39;abattage (Psaumes XLIV, 23)&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tCet &eacute;pisode devient dans la litt&eacute;rature rabbinique un des arch&eacute;types du suicide, qui certes n&#39;est pas recommand&eacute;, mais qui est cependant moralement accept&eacute; car il est fait pour pr&eacute;server la dignit&eacute; de l&#39;individu et du sens que D. donne &agrave; toute vie.<\/p>\n<p>\n\t\tAttention &agrave; aucun moment il ne s&#39;agit, pour le juda&iuml;sme, d&#39;une id&eacute;alisation du suicide ni de son apologie qui puisse &ecirc;tre utilis&eacute;e par les int&eacute;gristes comme base pour justifier par exemple le suicide kamikaze ou autre.<\/p>\n<p>\n\t\tLe second &eacute;pisode est celui de la mort de Rabbi Khanin&agrave; Ben Teradyon, un des 10 ma&icirc;tres martyrs que les romains ex&eacute;cut&egrave;rent. Les romains firent br&ucirc;ler vif Rabbi Khanin&agrave; et pour que la mort soit plus lente il l&#39;envelopp&egrave;rent dans de la laine humide. Dans le Trait&eacute; Avod&agrave; Zar&agrave; (18a) les &eacute;l&egrave;ves du Rabbi lui disent&nbsp;:<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo;&nbsp;ma&icirc;tre, ouvre la bouche afin que le feu te p&eacute;n&egrave;tre de l&#39;int&eacute;rieur (dans le sens qu&#39;ainsi il soit asphyxi&eacute; et la mort soit plus rapide)&nbsp;&raquo;. Rabbi Khanin&agrave;&nbsp;leur r&eacute;ponds&nbsp;: &laquo;&nbsp;il est pr&eacute;f&eacute;rable que Celui qui l&#39;a donn&eacute;e (l&#39;&acirc;me) soit Celui qui la reprenne.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tIl est, ainsi, hors de question pour le ma&icirc;tre de porter atteinte lui-m&ecirc;me a sa personne et ce quelque soit le prix. Cependant le bourreau, voyant la r&eacute;sistance de Rabbi Khanin&agrave;, lui propose d&#39;enlever la laine qui l&#39;entoure. Le bourreau &eacute;tant conscient que cet acte de mis&eacute;ricorde lui co&ucirc;tera la vie, car il d&eacute;sob&eacute;it aux ordres, demande &agrave; Rabbi Khanin&agrave;&nbsp; de lui promettre qu&#39;il aura acc&egrave;s au monde futur par cet acte de mis&eacute;ricorde. Et le ma&icirc;tre accepte ce compromis et lui fait la promesse. Cet &eacute;pisode d&eacute;veloppe exactement le th&egrave;me de la question de l&#39;euthanasie et du concept de suicide assist&eacute;. La mort de Rabbi Khanin&agrave; se pr&eacute;cipite et le r&eacute;cit talmudique dit qu&#39;une voix c&eacute;leste se fait entendre et dit&nbsp;:<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo;&nbsp;Rabbi Khanin&agrave; ben Teradyon et le bourreau sont invit&eacute;s (ensemble) &agrave; la vie du monde futur.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tCette acceptation de la part de Rabbi Khanin&agrave; et l&#39;approbation c&eacute;leste laissent perplexe. Comment le ma&icirc;tre arrive-t-il &agrave; accepter ce compromis&nbsp;? En fait Rabbi Khanin&agrave; tient compte de deux point fondamentaux. Tout d&#39;abord l&#39;acte du bourreau consiste &agrave; retirer un facteur de ralentissement du d&eacute;c&egrave;s (avec la souffrance suppl&eacute;mentaire qui l&#39;accompagne) et non pas &agrave; ajouter un facteur actif d&#39;acc&eacute;l&eacute;ration de la mort.&nbsp;Le second fait est que la d&eacute;marche du bourreau est l&eacute;gitime car il &eacute;tait&nbsp;personnellement&nbsp;&agrave; l&#39;origine de la mise en place de ce facteur ralentissant et donc cause de la souffrance ajout&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t\tNous constatons donc que le juda&iuml;sme refuse une simplification de la situation mais invite &agrave; assumer toute la complexit&eacute; du moment en tenant compte du fait que notre vie ne se r&eacute;duit pas uniquement aux rep&egrave;res que nos sens nous donnent, en oubliant une dimension de cette vie qui nous &eacute;chappe dans une grande mesure. Il s&#39;agit d&#39;une confrontation permanente entre ce qui donne le sens &agrave; la vie et ce qui nous sert comme rep&egrave;res, gr&acirc;ce aux cinq sens dont nous sommes dot&eacute;, qui nous s&eacute;curisent.<\/p>\n<p>\n\t\tVoici les 6 points essentiels &eacute;tablis par les d&eacute;cisionnaires de la halakh&agrave; de la seconde moiti&eacute; du XX&egrave;me si&egrave;cle, bas&eacute;s sur la tradition talmudique, et qui tiennent compte de l&#39;&eacute;volution de la m&eacute;decine moderne&nbsp;:<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tdonner la mort, directement et\/ou activement, est dans tous les cas assimilable au meurtre.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tLe suicide est fondamentalement interdit, il est assimilable au meurtre commis par un tiers.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tLa volont&eacute; ou l&#39;accord du patient en fin de vie n&#39;influence pas le caract&egrave;re meurtrier de l&#39;acte d&#39;un tiers qui donne la mort directement et volontairement. Donc il n&#39;existe pas de possibilit&eacute; de d&eacute;l&eacute;guer un droit sur la vie ou la mort et le concept de &laquo;suicide assist&eacute;&raquo; ne peut avoir de l&eacute;gitimit&eacute; et reste un meurtre.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tProlonger la souffrance d&#39;un patient contre son gr&eacute; lorsque le diagnostic m&eacute;dical le condamne sans appel est interdit. Cependant si un espoir de stabilisation ou de gu&eacute;rison (m&ecirc;me infime) dans un temps raisonnable (&agrave; court terme ou m&ecirc;me avec une th&eacute;rapie exp&eacute;rimentale) existe, il est autoris&eacute; (voire obligatoire) d&#39;intervenir m&ecirc;me sans le consentement du patient.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tPour soulager les souffrances (tant physiques que psychologiques) d&#39;un patient en fin de vie et&nbsp;irr&eacute;m&eacute;diablement condamn&eacute;, il est permis d&#39;&eacute;liminer tout ce qui peut ralentir le processus d&#39;agonie. Donc la cessation des soins th&eacute;rapeutiques peut &ecirc;tre possible. Le cas le plus extr&ecirc;me pouvant &ecirc;tre la d&eacute;connection de la respiration artificielle. Cependant m&ecirc;me s&#39;il y a arr&ecirc;t th&eacute;rapeutique, il faut continuer &agrave; assurer les traitements qui soulagent la souffrance imm&eacute;diate.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tLes pr&eacute;ceptes de la Torah se suspendent ponctuellement face &agrave; l&#39;obligation de sauver la vie (Pikou&#39;kh Nefesh) &agrave; l&#39;exception des trois interdits de la Torah dont la transgressions est infranchissable et pour lesquelles m&ecirc;me sauver la vie ne peut &ecirc;tre cause de suspension et il s&#39;agit de: l&#39;idol&acirc;trie, le meurtre et l&#39;inceste.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\tEn conclusion la question de l&#39;euthanasie est d&#39;une complexit&eacute; rare car elle fait intervenir une r&eacute;flexion sur la relation de l&#39;individu avec la vie ainsi que sur l&#39;acceptation du &nbsp;fait que la vie ne se limite pas &agrave; la dimension du corps mais est &eacute;troitement li&eacute;e aussi &agrave; l&#39;int&eacute;riorit&eacute;. En quelque sorte il nous faut int&eacute;grer, pour comprendre la vie, tant la dimension physique que celle m&eacute;taphysique. La seule r&eacute;elle concession est la possibilit&eacute; de renoncer &agrave; des actes m&eacute;dicaux qui manifestement n&#39;auront aucune influence sur l&#39;issue finale et d&#39;&eacute;viter le plus possible la souffrance, en quelque sorte ce qui peut &ecirc;tre assimil&eacute; &agrave; &laquo;&nbsp;l&#39;euthanasie passive&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Euthanasie : Choisir sa mort ? &nbsp; &nbsp; &nbsp;La question de l&#39;euthanasie est sans doute une des plus complexes qui soit. Le juda&iuml;sme s&#39;y trouve confront&eacute; comme toutes les religions et, bien entendu, apporte sa propre r&eacute;ponse. La complexit&eacute; de ce probl&egrave;me est aussi engendr&eacute;e par le fait que souvent l&#39;&eacute;motivit&eacute; tient une part&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":17757,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[15,1],"tags":[],"class_list":["post-6129","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-religion","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6129","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6129"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6129\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17757"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6129"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6129"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6129"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}