{"id":613,"date":"2011-01-06T01:06:57","date_gmt":"2011-01-06T01:06:57","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=613"},"modified":"2011-01-06T01:06:57","modified_gmt":"2011-01-06T01:06:57","slug":"la-tentative-dunion-entre-la-tunisie-et-la-libye-en-1970","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-tentative-dunion-entre-la-tunisie-et-la-libye-en-1970\/","title":{"rendered":"La tentative d\u2019union entre la Tunisie et la Libye en 1970"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div class=\"texteart\">\n<p class=\"spip\">\n\t\t<b class=\"spip\">&nbsp;La tentative d&rsquo;union entre la Tunisie et la Libye en 1970<\/b><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div class=\"texteart\">\n<p class=\"spip\">\n\t\t<b class=\"spip\">&nbsp;La tentative d&rsquo;union entre la Tunisie et la Libye en 1970<\/b><\/p>\n<p class=\"spip\">\n\t\tLe 1er septembre 1969, un colonel jusque l&agrave; inconnu, Mouammar Kadhafi, renversant par un coup d&rsquo;Etat le roi Idriss Senoussi, prend le pouvoir &agrave; Tripoli.<br \/>\n\t\tA Dakar, o&ugrave; je repr&eacute;sente mon pays, je m&rsquo;emploie aussit&ocirc;t &agrave; dissiper les inqui&eacute;tudes, car on craignait de voir la Tunisie entrer dans une p&eacute;riode de turbulences.<br \/>\n\t\tOn redoutait la pouss&eacute;e de l&rsquo;id&eacute;ologie nass&eacute;rienne, &agrave; laquelle une Tunisie, d&eacute;j&agrave; affaiblie par la crise &ldquo;bensalhiste&rdquo;, aurait du mal &agrave; r&eacute;sister.<br \/>\n\t\tJe soutiens que le renversement d&rsquo;une monarchie vieillissante est trop r&eacute;cent pour avoir quelque effet imm&eacute;diat, d&rsquo;autant plus que les pays du Maghreb, et notamment la Tunisie, se sont forg&eacute; dans leur lutte d&rsquo;ind&eacute;pendance un patriotisme exemplaire, capable de r&eacute;sister &agrave; toutes les pressions id&eacute;ologiques.<br \/>\n\t\tKadhafi, cependant, n&rsquo;attend pas longtemps pour d&eacute;voiler son plan, et sa fr&eacute;n&eacute;sie unitaire perturbera le Maghreb et le Moyen-Orient pendant toute la d&eacute;cennie 70.<br \/>\n\t\tD&egrave;s d&eacute;cembre 1969, moins de trois mois apr&egrave;s sa prise du pouvoir, le nouveau leader libyen d&eacute;clare&nbsp;:<br \/>\n\t\t-&ldquo;C&rsquo;est vers l&rsquo;Orient arabe que me portent ma raison et mon c&oelig;ur. En voulant cr&eacute;er une union maghr&eacute;bine s&eacute;par&eacute;e, l&rsquo;Alg&eacute;rie, la Tunisie et le Maroc risquent de retarder l&rsquo;unit&eacute; arabe et de rester longtemps tributaires de l&rsquo;Europe&rdquo;.<br \/>\n\t\tIl y a donc l&agrave; une critique frontale de la politique officielle de nos trois pays&nbsp;; une critique que le colonel concr&eacute;tise, d&egrave;s le 10 mars 1970&nbsp;; en d&eacute;cidant de quitter le comit&eacute; permanent de coordination maghr&eacute;bine (CPCM), cr&eacute;&eacute; en novembre 1964, &agrave; Tanger, pour harmoniser les politiques &eacute;conomiques des quatre pays nord-africains.<br \/>\n\t\tLe terrain, il faut le reconna&icirc;tre, est habilement choisi.<br \/>\n\t\tLe CPCM n&rsquo;avait jamais r&eacute;ellement fonctionn&eacute;&nbsp;: &eacute;conomiquement, chaque pays persistait &agrave; se concentrer sur ses propres potentialit&eacute;s, la volont&eacute; politique faisait d&eacute;faut, dans le temps m&ecirc;me o&ugrave; l&rsquo;on se concentrait encore sur la construction de l&rsquo;Etat-nation et o&ugrave; tel ou tel chef d&rsquo;Etat r&ecirc;ve d&rsquo;assumer le leadership de la r&eacute;gion, voire de la &ldquo;nation arabe&rdquo; ou du Tiers monde.<br \/>\n\t\tLe 18 avril 1970, Kadhafi persiste et d&eacute;clare dans une conf&eacute;rence de presse &agrave; Alger&nbsp;:<br \/>\n\t\t-&ldquo;Il n&rsquo;existe ni Maghreb, ni Machrek, mais une nation arabe qui &oelig;uvre pour son unit&eacute; de l&rsquo;Atlantique au Golfe persique.&rdquo;<br \/>\n\t\tPour le confirmer, il se rend au Caire, le 10 juin, mais son impatience r&eacute;volutionnaire et sa propension unitaire sont paradoxalement frein&eacute;es par Nasser, traumatis&eacute; par l&rsquo;&eacute;chec de la fusion Egypte-Syrie en une &ldquo;R&eacute;publique arabe unie&rdquo;, cr&eacute;&eacute;e en 1958 et dissoute quatre ans plus tard.<br \/>\n\t\tDe notre c&ocirc;t&eacute;, curieusement, sans vraie concertation politique interne, c&rsquo;est l&rsquo;offensive de charme vis &agrave; vis de la Libye.<br \/>\n\t\tDu 19 au 24 juin, Ladgham et Masmoudi assistent, &agrave; Tripoli, aux f&ecirc;tes d&rsquo;&eacute;vacuation, de l&rsquo;ancienne base am&eacute;ricaine de Wheelus. _ Ladgham rentre &agrave; Tunis le 23&nbsp;; Masmoudi reste encore une journ&eacute;e &agrave; Tripoli&nbsp;: il s&rsquo;y entretient avec Kadhafi en pr&eacute;sence de Nasser qui dira au leader libyen&nbsp;:<br \/>\n\t\t-&ldquo;Maamer, ne commets pas la b&ecirc;tise de te frotter aux Tunisiens. Je les connais bien. Ce sont des battants. Si tu veux un jour faire l&rsquo;union avec un pays arabe, arrange-toi pour la faire avec les Tunisiens. Prends alors l&rsquo;avis de Masmoudi, il te sera utile&rdquo;.<br \/>\n\t\tNotre ministre des Affaires &eacute;trang&egrave;res retourne encore en Libye en visite officielle du 11 au 16 ao&ucirc;t 1970.<br \/>\n\t\tLe 28 septembre, Nasser meurt brutalement. Kadhafi va se pr&eacute;senter, d&eacute;sormais, comme son h&eacute;ritier spirituel pour l&rsquo;unification rapide du monde arabe.<br \/>\n\t\tLe 11 f&eacute;vrier 1971, en l&rsquo;absence de Bourguiba, le colonel libyen arrive &agrave; Tunis, quelque peu &ldquo;auto-invit&eacute;&rdquo;.<br \/>\n\t\tC&rsquo;est son premier contact avec notre pays, et il ne faut pas le dissimuler, il &eacute;merveille nombre de nos compatriotes par le charme de sa jeunesse, sa prestance physique et l&rsquo;&eacute;clat de sa tenue.<br \/>\n\t\tEn lui, beaucoup retrouvent le nouveau h&eacute;ros arabe&nbsp;: celui qui effacerait les humiliations dues &agrave; Isra&euml;l, qui rel&egrave;verait le d&eacute;fi de l&rsquo;Occident et rendrait sa fiert&eacute; au monde arabe.<br \/>\n\t\tDans sa visite en Tunisie, on voit le signe qu&rsquo;il ne n&eacute;glige plus le Maghreb.<br \/>\n\t\tIl se veut le messager, sans exclusive, de l&rsquo;unit&eacute; arabe&nbsp;; il le confiera d&rsquo;ailleurs plus tard, en 1973, &agrave; la journaliste Mireille Bianco<br \/>\n\t\t-&ldquo;Il est normal que nous agissions en vue de l&rsquo;unit&eacute; arabe tous azimuts, que nous frappions &agrave; toutes les portes susceptibles &agrave; notre avis de s&rsquo;ouvrir. La vocation de la Libye est d&rsquo;&ecirc;tre le Pi&eacute;mont-Sardaigne du monde arabe&rdquo;.<br \/>\n\t\tMinistre de la Jeunesse et des sports &agrave; cette &eacute;poque, je suis charg&eacute; par le parti, de lui organiser une r&eacute;union avec les jeunes et les cadres o&ugrave; il projette, sans nous le dire, de pr&ecirc;cher ses vues unitaires.<br \/>\n\t\tDans son discours, le leader libyen pr&eacute;sente, en effet, son pays comme un trait d&rsquo;union entre le Maghreb et le Machrek, ajoutant que &ldquo;la Tunisie jouirait toujours de sa confiance et de son appui, tant qu&rsquo;elle resterait fid&egrave;le &agrave; la cause du monde arabe et de l&rsquo;islam&#8230;&rdquo;.<br \/>\n\t\tNous sommes alors quelques-uns, parmi les proches de Bourguiba, &agrave; regretter qu&rsquo;une telle intrusion ait pu avoir lieu en l&rsquo;absence du chef de l&rsquo;Etat et sans que soit d&eacute;finie, de fa&ccedil;on claire, ni au gouvernement, ni &agrave; la commission sup&eacute;rieure du parti, la ligne politique de la Tunisie &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des probl&egrave;mes de la r&eacute;gion.<br \/>\n\t\tLe confusionnisme est aussi patent chez notre voisin. Kadhafi qui a paru amorcer son retour dans le &ldquo;bercail maghr&eacute;bin&rdquo;, va basculer &agrave; nouveau vers l&rsquo;est, le 17 avril, avec un nouveau projet d&rsquo;une union des r&eacute;publiques arabes regroupant la Syrie, l&rsquo;Egypte et la Libye.<br \/>\n\t\tMieux&nbsp;: au printemps 1972, le chef d&rsquo;Etat libyen et le pr&eacute;sident &eacute;gyptien, Sadate, se rendent ensemble &agrave; Alger o&ugrave; ils s&rsquo;&eacute;vertuent &agrave; exalter aupr&egrave;s de Boumediene la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;un axe arabe Le Caire Tripoli Alger pour &ldquo;reprendre la Palestine et lutter contre l&rsquo;imp&eacute;rialisme am&eacute;ricain&#8230;&rdquo;.<br \/>\n\t\tIl n&rsquo;en faut pas plus &agrave; Bourguiba pour s&rsquo;inqui&eacute;ter de ce ballet et en pressentir les cons&eacute;quences &agrave; plus ou moins long terme.<br \/>\n\t\tAussi provoque-t-il une visite &agrave; Alger qu&rsquo;il effectue en juin 1972, et re&ccedil;oit-il triomphalement Boumediene &agrave; Tunis, un mois apr&egrave;s, en juillet. Bourguiba est alors rassur&eacute; &ldquo;momentan&eacute;ment&rdquo;&nbsp;: Alger ne semble pas r&eacute;pondre aux sir&egrave;nes unitaires de l&rsquo;Orient.<br \/>\n\t\tMais celles-ci, pourtant, ne fl&eacute;chissent gu&egrave;re&nbsp;; et le 2 ao&ucirc;t 1972, l&rsquo;Egypte et la Libye annoncent entre elles, une fusion totale qui prendrait effet un an plus tard, le 1er septembre 1973.<br \/>\n\t\tLe sc&eacute;nario va encore s&rsquo;enrichir&nbsp;: le colonel Kadhafi, dans la foul&eacute;e de ce projet de fusion Egypto-libyenne, et dans l&rsquo;espoir d&rsquo;enr&ocirc;ler la Tunisie, revient en visite &agrave; Tunis, le 15 d&eacute;cembre.<br \/>\n\t\tCe sera alors l&rsquo;incident, devenu fameux, dit du &ldquo;Palmarium&rdquo; entre lui et Bourguiba.<br \/>\n\t\tUn incident d&ucirc; &agrave; des circonstances tout &agrave; fait impr&eacute;vues.<br \/>\n\t\tNotre h&ocirc;te dont on redoutait les foucades, doit seulement s&rsquo;adresser aux d&eacute;put&eacute;s tunisiens, r&eacute;unis en s&eacute;ance solennelle.<br \/>\n\t\tMais, comme en 1971, il demande express&eacute;ment &agrave; s&rsquo;adresser &agrave; la jeunesse et aux cadres du pays.<br \/>\n\t\tOn n&rsquo;ose pas le lui refuser, et une r&eacute;union est organis&eacute;e en h&acirc;te dans la grande salle du cin&eacute;ma Le Palmarium, qui pouvait contenir plus de deux mille personnes, en l&rsquo;occurrence des jeunes cadres du parti et de l&rsquo;administration.<br \/>\n\t\tS&rsquo;y ajoutent manifestement un certain nombre de Libyens venus sp&eacute;cialement par la route et qui s&rsquo;attachent &agrave; cr&eacute;er l&rsquo;ambiance.<br \/>\n\t\tMouammer Kadhafi se lance, aussit&ocirc;t, dans un grand appel aux jeunes g&eacute;n&eacute;rations.<br \/>\n\t\tIl commence, bien s&ucirc;r, par un hommage &agrave; la Tunisie qu&rsquo;il pr&eacute;sente, un peu artificiellement, comme ayant &eacute;t&eacute;, depuis des si&egrave;cles, un bastion de l&rsquo;arabisme.<br \/>\n\t\tMais, encha&icirc;ne-t-il&nbsp;: _ -&ldquo;Les luttes de lib&eacute;ration nationale doivent maintenant d&eacute;boucher sur un combat pour l&rsquo;&eacute;dification d&rsquo;une nation arabe unifi&eacute;e, du Golfe &agrave; l&rsquo;Atlantique.<br \/>\n\t\t-Les dirigeants doivent r&eacute;pondre aux aspirations des masses, et les monarchies sont moins capables de le faire que les r&eacute;gimes r&eacute;publicains qui doivent savoir briser avec le pass&eacute;.<br \/>\n\t\t-En Tunisie, la fronti&egrave;re avec la Libye est artificielle, elle a &eacute;t&eacute; invent&eacute;e par le colonialisme (&#8230;) Le monde arabe doit r&eacute;pondre au d&eacute;fi de certaines puissances &eacute;trang&egrave;res, au premier chef les Etats-Unis&rdquo;.<br \/>\n\t\tBourguiba qui, depuis une heure, au palais de Carthage, &eacute;coute ce discours &agrave; la radio, n&rsquo;y tient plus et d&eacute;cide d&rsquo;aller porter la r&eacute;plique.<br \/>\n\t\tIl noue mal ses chaussures, monte dans une voiture de police et entre en trombe au Palmarium, &agrave; la stup&eacute;faction g&eacute;n&eacute;rale. _ Coupant presque la parole &agrave; son h&ocirc;te abusif, il improvise une de ces harangues politique et historiques dans lesquelles il excelle, associant son destin personnel &agrave; celui de son pays, tout en ins&eacute;rant l&rsquo;un et l&rsquo;autre dans le mouvement des si&egrave;cles.<br \/>\n\t\tEn quelques phrases, il commence par apostropher un Kadhafi interloqu&eacute;&nbsp;:<br \/>\n\t\t-&ldquo;Bourguiba ne doit pas sa charge &agrave; une r&eacute;volution ou &agrave; un coup d&rsquo;Etat, mais &agrave; une lutte h&eacute;ro&iuml;que d&rsquo;un demi-si&egrave;cle, qui a &eacute;t&eacute; tout ensemble celle de la Tunisie.<br \/>\n\t\t-Et cela, pour une patrie tunisienne et non pour devenir un fragment d&rsquo;on ne sait quelle nation arabe (&#8230;) Car depuis deux mill&eacute;naires, depuis Carthage, le pays s&rsquo;est forg&eacute; une personnalit&eacute; propre (&#8230;) Ses fronti&egrave;res &eacute;taient d&eacute;j&agrave; les m&ecirc;mes au temps des Romains et l&rsquo;Islam ne les a pas modifi&eacute;es (&#8230;)&rdquo;.<br \/>\n\t\tApr&egrave;s ces rappels historiques, o&ugrave; l&rsquo;ironie se m&ecirc;le &agrave; la condescendance, Bourguiba cite l&rsquo;&eacute;ph&eacute;m&egrave;re union de l&rsquo;Egypte avec la Syrie, puis le projet d&rsquo;union tripartite avec la Libye puis d&eacute;clare&nbsp;:<br \/>\n\t\t-&ldquo;L&rsquo;unit&eacute; arabe&nbsp;? D&rsquo;accord sur l&rsquo;objectif final, mais la r&eacute;alisation exige des d&eacute;lais (&#8230;) En 1967, quatre pays arabes ont &eacute;t&eacute; &eacute;cras&eacute;s par Isra&euml;l. La raison&nbsp;? Les diff&eacute;rences de niveau entre les civilisations, surtout dans le domaine technologique (&#8230;) Et nous lan&ccedil;ons des d&eacute;fis&nbsp;! Et nous voulons d&eacute;fier l&rsquo;Am&eacute;rique&nbsp;!(&#8230;) Le Pr&eacute;sident Kadhafi est venu ici pr&eacute;coniser l&rsquo;unit&eacute; arabe et va jusqu&rsquo;&agrave; me proposer la pr&eacute;sidence d&rsquo;une R&eacute;publique commune. Son d&eacute;vouement et sa sinc&eacute;rit&eacute; ne sont pas mises en doute, mais il manque d&rsquo;exp&eacute;rience.<br \/>\n\t\tOn peut, certes, concevoir une unit&eacute; entre nos deux pays, mais toute action improvis&eacute;e se solderait par un &eacute;chec (&#8230;)&rdquo;.<br \/>\n\t\tDans l&rsquo;imm&eacute;diat, tout est dit.<br \/>\n\t\tKadhafi, avant son d&eacute;part, se borner, dans une conf&eacute;rence de presse, &agrave; rendre hommage &agrave; l&rsquo;exp&eacute;rience de Bourguiba, en adressant ses &ldquo;salutations au peuple tunisien qui a manifest&eacute; toute sa foi dans l&rsquo;in&eacute;luctabilit&eacute; de l&rsquo;unit&eacute;&rdquo;.<br \/>\n\t\tMalgr&eacute; l&rsquo;incident, le communiqu&eacute; final, &eacute;labor&eacute; en h&acirc;te par les deux diplomaties, a un c&ocirc;t&eacute; spectaculaire&nbsp;:<br \/>\n\t\t-&ldquo;Les deux parties consid&egrave;rent le plateau continental comme une unit&eacute; &eacute;conomique (&#8230;) tandis que les ressortissants des deux pays obtiennent le droit de circuler, de r&eacute;sider et d&rsquo;acqu&eacute;rir des biens indiff&eacute;remment dans l&rsquo;un ou l&rsquo;autre&rdquo;.<br \/>\n\t\tCe sont deux d&eacute;cisions fondamentales qui ne peuvent que contenter amplement Kadhafi et repr&eacute;senter pour lui l&rsquo;amorce de la marche unitaire.<br \/>\n\t\tLes Tunisiens &eacute;clair&eacute;s ont, dans leur ensemble, d&eacute;plor&eacute; la joute mais approuv&eacute; la r&eacute;plique de Bourguiba.<br \/>\n\t\tBrusquement, les citoyens retrouvent leur h&eacute;ros, tout en s&rsquo;attachant surtout aux aspects sensationnels de l&rsquo;&eacute;pisode.<br \/>\n\t\tPour ma part, ambassadeur &agrave; Gen&egrave;ve, je m&rsquo;emploie &agrave; att&eacute;nuer le c&ocirc;t&eacute; &ldquo;sacril&egrave;ge&rdquo;, qu&rsquo;ont tendance &agrave; mettre en relief, mes interlocuteurs, en saluant le courage de Bourguiba.<br \/>\n\t\tIl ne sert &agrave; rien d&rsquo;envenimer les choses et de provoquer les susceptibilit&eacute;s libyennes.<br \/>\n\t\tIl s&rsquo;agit de d&eacute;passer la controverse personnelle entre Bourguiba et Kadhafi.<br \/>\n\t\tCependant, nous nous posons bien des questions&nbsp;: quid du projet de fusion Egypte-Libye pour le 1er septembre 1973&nbsp;? La Libye pouvait-elle s&rsquo;engager seule, sans la Tunisie&nbsp;? Le plateau continental deviendra-t-il automatiquement tuniso-&eacute;gypto-libyen, du fait de ces unions &agrave; l&rsquo;est et &agrave; l&rsquo;ouest&nbsp;? Entre des d&eacute;cisions qui ne sont pas n&eacute;cessairement compatibles, le calendrier est trop serr&eacute; pour &ecirc;tre cr&eacute;dible.<br \/>\n\t\tA l&rsquo;&eacute;tranger, les observateurs sont d&eacute;rout&eacute;s&nbsp;; en Tunisie, la population est d&eacute;concert&eacute;e.<br \/>\n\t\tD&rsquo;autant plus que personne ne s&rsquo;est risqu&eacute; publiquement &agrave; lui expliquer le sens et la port&eacute;e de tous ces projets.<br \/>\n\t\tMoi-m&ecirc;me, &agrave; Gen&egrave;ve, ne recevant aucun courrier &agrave; ce sujet, comme d&rsquo;ailleurs toutes nos missions diplomatiques, je sais, par mes amis politiques rest&eacute;s &agrave; Tunis, qu&rsquo;aucune vraie discussion ni aucune analyse approfondie n&rsquo;ont eu lieu au bureau politique ou au gouvernement.<br \/>\n\t\tJ&rsquo;avance, officieusement, une seule explication&nbsp;: on veut jouer le jeu, pour calmer les ardeurs du leader libyen, afin de gagner du temps dans l&rsquo;attente des &eacute;volutions in&eacute;vitables.<br \/>\n\t\tAvec l&rsquo;Alg&eacute;rie, Kadhafi, jusque l&agrave;, s&rsquo;est toujours montr&eacute; plut&ocirc;t circonspect.<br \/>\n\t\tDans son discours du 7 octobre 1971, il avait d&eacute;j&agrave; bien traduit l&rsquo;ambigu&iuml;t&eacute; de ses sentiments en d&eacute;clarant&nbsp;:<br \/>\n\t\t-&ldquo;J&rsquo;adresse un appel fraternel, plein d&rsquo;espoir et de respect &agrave; l&rsquo;Alg&eacute;rie s&oelig;ur et au fr&egrave;re de combat, Houari Boumediene, pour que l&rsquo;Alg&eacute;rie combattante adopte une attitude positive &agrave; l&rsquo;&eacute;gard du probl&egrave;me de l&rsquo;unit&eacute; arabe et de la bataille historique que nous sommes en train de livrer&rdquo;.<br \/>\n\t\tSon enthousiasme unificateur va l&rsquo;emporter tr&egrave;s vite, apr&egrave;s ses &ldquo;coups politiques&rdquo; en Egypte et en Tunisie.<br \/>\n\t\tLe chef d&rsquo;Etat libyen rencontre, en f&eacute;vrier 1973, &agrave; Constantine, le colonel Boumediene.<br \/>\n\t\tUn mois plus tard, le 29 mars, un deuxi&egrave;me sommet entre les deux hommes se tient &agrave; Tripoli, suivi dix jours apr&egrave;s, le 7 avril, par un troisi&egrave;me &agrave; Hassi Messaoud, au Sahara alg&eacute;rien&nbsp;: lequel fait entrevoir finalement un nouveau projet d&rsquo;union entre l&rsquo;Alg&eacute;rie et la Libye.<br \/>\n\t\tQuant &agrave; nous, Tunisiens, ces trois sommets cons&eacute;cutifs et surtout la d&eacute;claration unitaire qui s&rsquo;en est suivie nous plongent dans une perplexit&eacute; non d&eacute;nu&eacute;e d&rsquo;irritation.<br \/>\n\t\tBoumediene et Kadhafi, non seulement n&rsquo;associent pas Bourguiba &agrave; leurs d&eacute;marches, mais ne l&rsquo;informent m&ecirc;me pas.<br \/>\n\t\tCertains, n&eacute;anmoins, admirent la prouesse de &ldquo;l&rsquo;artiste&rdquo; libyen de tenter, sans d&eacute;semparer, des projets unitaires tous azimuts et d&rsquo;avoir r&eacute;ussi l&rsquo;exploit en un temps si bref, de &ldquo;d&eacute;cider&rdquo; en principe d&rsquo;unir son pays &agrave; la Tunisie, puis &agrave; l&rsquo;Alg&eacute;rie, enfin, d&rsquo;un autre c&ocirc;t&eacute; avec l&rsquo;Egypte.<br \/>\n\t\tD&rsquo;autres, en revanche, ne voient l&agrave; que des mots vou&eacute;s, rapidement, &agrave; &ecirc;tre emport&eacute;s par le vent de l&rsquo;histoire.<br \/>\n\t\tEn v&eacute;rit&eacute;, l&rsquo;occasion est belle, dans nos quatre pays, de d&eacute;noncer ces slogans unitaires aussi creux que flamboyants&nbsp;; puis de saisir l&rsquo;opinion publique, de lui expliquer les enjeux, de susciter sa ferveur pour une politique audacieuse, ouvrant des perspectives sur des bases solides en vue d&rsquo;une int&eacute;gration, &agrave; travers des &eacute;tapes raisonnables, de nos actions politiques et &eacute;conomiques.<br \/>\n\t\tAu lieu de cela, on se rend compte assez vite en Egypte comme en Tunisie et en Alg&eacute;rie, malgr&eacute; les proclamations de circonstance, que les dirigeants sont partag&eacute;s entre deux soucis&nbsp;: d&rsquo;une part, contenir l&rsquo;ardeur de Kadhafi sans le heurter de front et donc s&rsquo;associer, en apparence, &agrave; son exaltation&nbsp;; d&rsquo;autre part, tenir compte de l&rsquo;opinion publique qui, dans les trois pays, est encline &agrave; r&ecirc;ver d&rsquo;un leader arabe charismatique susceptible de remplacer Nasser.<br \/>\n\t\tLe probl&egrave;me n&rsquo;&eacute;tait pas pour autant r&eacute;solu.<br \/>\n\t\tD&egrave;s le 1er septembre 1973, Bourguiba se rend &agrave; Tripoli pour les f&ecirc;tes anniversaires de la r&eacute;volution libyenne.<br \/>\n\t\tIl voulait en savoir plus, personnellement, sur les conciliabules entre Kadhafi et Saadate, relatives &agrave; leurs vis&eacute;es politiques sur le monde arabe.<br \/>\n\t\tA Tripoli, &agrave; la derni&egrave;re minute, on annonce que le colonel Kadhafi, souffrant, ne pouvait se d&eacute;placer et que le d&eacute;fil&eacute; militaire se d&eacute;roulerait sans lui.<br \/>\n\t\tEn fait, le leader libyen est trop affect&eacute; par la renonciation de Saadate &agrave; venir &agrave; Tripoli, confirmant par l&agrave; l&rsquo;enterrement du projet unitaire entre la Libye et l&rsquo;Egypte, qui aurait d&ucirc; &ecirc;tre proclam&eacute;, ce jour m&ecirc;me, &agrave; Tripoli.<br \/>\n\t\tCe n&rsquo;en est pas moins un beau d&eacute;fil&eacute; qui impressionne Bourguiba par l&rsquo;importance des forces exhib&eacute;es &agrave; cette occasion.<br \/>\n\t\tNotre Pr&eacute;sident tient &agrave; se rendre au chevet de son h&ocirc;te qu&rsquo;il savait d&eacute;&ccedil;u et &agrave; qui il d&eacute;clare&nbsp;:<br \/>\n\t\t-&ldquo;Au Moyen-Orient, ce sont tous des Levantins (&#8230;) Votre union avec les Egyptiens, je n&rsquo;y crois pas (&#8230;) Venez en Tunisie, ce sera plus s&eacute;rieux&rdquo;.<br \/>\n\t\tLa formule reste, cependant, bien &eacute;trange, vu la r&eacute;serve syst&eacute;matique de Bourguiba face au bouillant Kadhafi.<\/p>\n<\/div>\n<p><!-- Commentaires articles --><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp;La tentative d&rsquo;union entre la Tunisie et la Libye en 1970<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15297,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[77,30,19,274,36,28,11,26,94,13,9,1],"tags":[],"class_list":["post-613","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-alger","category-egypte","category-europe","category-les-pays-du-maghreb","category-libye","category-maroc","category-moyen-orient","category-syrie","category-tripoli","category-tunis","category-tunisie","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/613","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=613"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/613\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15297"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=613"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=613"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=613"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}