{"id":6143,"date":"2013-02-07T18:13:51","date_gmt":"2013-02-07T18:13:51","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6143"},"modified":"2013-02-07T18:13:51","modified_gmt":"2013-02-07T18:13:51","slug":"la-tunisie-est-elle-menacee-par-une-guerre-civile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-tunisie-est-elle-menacee-par-une-guerre-civile\/","title":{"rendered":"La Tunisie est-elle menac\u00e9e par une guerre civile ?"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa Tunisie est-elle menac&eacute;e par une guerre civile ?<\/p>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLe pays s&#39;enfonce dans le chaos apr&egrave;s l&#39;assassinat de Chokri Bela&iuml;d, figure embl&eacute;matique de l&#39;opposition lib&eacute;rale. Alors que le parti au pouvoir Ennahda a abdiqu&eacute; mercredi soir en faveur d&#39;un gouvernement d&#39;experts, l&#39;avenir politique de la Tunisie inqui&egrave;te de plus en plus.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tHaoues Seniguer est docteur en science politique, chercheur associ&eacute; au GREMMO et enseignant de science politique &agrave; l&#39;IEP de Lyon. B&eacute;ligh Nabli est Ma&icirc;tre de conf&eacute;rences en droit public &agrave; la Facult&eacute; de droit de l&rsquo;Universit&eacute; de Paris-Est et enseignant &agrave; l&rsquo;Institut d&rsquo;&Eacute;tudes politiques de Paris (Sciences Po Paris) au sein du Master Affaires publiques.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<h4>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/h4>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t\tAtlantico : L&rsquo;annonce de la formation d&rsquo;un gouvernement d&rsquo;experts semble r&eacute;v&eacute;ler la gravit&eacute; de la situation politique en Tunisie. Le pays peut-il renouer avec les troubles de 2010 et 2011 ?<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tBeligh Nabli&nbsp;: La situation est &eacute;videmment grave, mais je ne parlerais pas d&rsquo;un risque d&rsquo;explosion des violences. Cet &eacute;v&egrave;nement est avant tout la preuve de l&rsquo;incapacit&eacute; d&rsquo;Ennhada &agrave; assurer la stabilit&eacute; du pays face &agrave; la r&eacute;surgence du m&eacute;contentement populaire. Le gouvernement pr&eacute;c&eacute;dent s&rsquo;est montr&eacute; incapable d&rsquo;appara&icirc;tre suffisamment consensuel dans une p&eacute;riode o&ugrave; la Tunisie a pr&eacute;cis&eacute;ment besoin d&rsquo;une union nationale pour sortir de ses probl&egrave;mes &eacute;conomiques et sociaux. Le ch&ocirc;mage continue pour l&rsquo;instant de cro&icirc;tre, les secteurs strat&eacute;giques (comme le tourisme) sont de plus en plus touch&eacute;s et le d&eacute;ficit d&rsquo;investissements &eacute;trangers se fait ressentir. La formation de ce gouvernement d&rsquo;experts &laquo; apolitiques &raquo; est justement r&eacute;v&eacute;latrice de l&rsquo;impopularit&eacute; croissante d&rsquo;Ennhada jug&eacute; impuissant face &agrave; ces probl&eacute;matiques. On peut parler par ailleurs d&rsquo;une victoire pour l&rsquo;opposition qui r&eacute;clamait depuis longtemps la tenue de nouvelles &eacute;lections. Cela devrait, en cons&eacute;quence, calmer le jeu plut&ocirc;t que d&rsquo;aggraver la situation.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tComment interpr&eacute;ter dans ce cas la forte r&eacute;sonance politique de l&#39;assassinat du juriste Chokri Belaid ?<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tBeligh Nabli&nbsp;: On peut en effet parler de la premi&egrave;re r&eacute;elle onde de choc depuis le d&eacute;part de Ben Ali en 2011, bien que je ne pense pas encore une fois que nous ayons affaire &agrave; une nouvelle r&eacute;volution ou m&ecirc;me &agrave; un mouvement contre-r&eacute;volutionnaire. Il s&rsquo;agit en v&eacute;rit&eacute; d&rsquo;un tournant dans les rapports de force politique locaux. Cela est d&ucirc; bien s&ucirc;r en partie aux forts soup&ccedil;ons qui p&egrave;sent sur l&rsquo;implication du pouvoir dans l&rsquo;assassinat de M. Bela&iuml;d, bien qu&rsquo;aucune preuve formelle n&rsquo;existe &agrave; ce jour. Sa femme, Basma Bela&iuml;d, a ainsi directement accus&eacute; Rached Ghannouchi, leader d&rsquo;Ennhada, d&rsquo;&ecirc;tre &laquo; l&rsquo;auteur &raquo; de cet assassinat, ce qui a clairement jou&eacute; un r&ocirc;le dans l&#39;agitation actuelle. Il y a de plus le probl&egrave;me de fond qu&#39;est la d&eacute;gradation de la situation s&eacute;curitaire, &eacute;conomique et sociale qui maintient le pays dans un &eacute;tat de tension permanent. L&rsquo;ancienne tro&iuml;ka au pouvoir (alliance des trois partis Ennhada, CPR et Ettakatol, NDLR) souffrait par ailleurs de fissures internes de plus en plus visibles.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLes &eacute;v&egrave;nements d&#39;hier sont-ils le t&eacute;moin d&#39;un &eacute;chec de l&#39;islam politique en Tunisie ?<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tHaoues Seniguer&nbsp;: H&eacute;las, l&#39;assassinat de Chokri Bela&iuml;d, secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral du parti des patriotes d&eacute;mocrates unifi&eacute;, est le point d&#39;orgue d&#39;une situation politique chaotique depuis un certain temps d&eacute;j&agrave;, en raison d&#39;une forme de d&eacute;rive autoritariste du parti Ennahda et des tensions internes au gouvernement de transition, &agrave; la fois sourd aux aspirations populaires et incapable d&#39;y r&eacute;pondre.&nbsp; L&#39;islam politique, symbolis&eacute; par Ennahda, montre ses limites &agrave; l&#39;&eacute;preuve de l&#39;exercice du pouvoir, et son incapacit&eacute; flagrante &agrave; apporter des solutions concr&egrave;tes aux gens, pr&eacute;f&eacute;rant se r&eacute;fugier derri&egrave;re les questions soci&eacute;tales alors m&ecirc;me que celles-ci alimentent des comportements d&#39;intol&eacute;rance de la part de ceux qui pr&eacute;tendent &ecirc;tre les gardiens de l&#39;ordre moral (salafistes, islamistes, imams autoproclam&eacute;s, etc.).<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&Agrave; cet &eacute;gard, il est important de souligner que C. Bela&iuml;d laissait clairement entendre le 5 f&eacute;vrier dernier, sur le plateau de la cha&icirc;ne Nessma TV, &agrave; la veille de sa mort tragique, que Ennahda porterait une responsabilit&eacute; morale ind&eacute;niable, si des assassinats politiques venaient &agrave; &ecirc;tre perp&eacute;tr&eacute;s &agrave; l&#39;avenir, dans la mesure o&ugrave; des &quot;milices&quot;, visiblement &agrave; la solde du parti islamiste et appel&eacute;es pudiquement les &quot;Ligues de Protection de la R&eacute;volution&quot; (LPR), exercent un v&eacute;ritable harc&egrave;lement psychologique et physique &agrave; l&#39;&eacute;gard des &eacute;l&eacute;ments de la soci&eacute;t&eacute; tunisienne suppos&eacute;s &ecirc;tre les ennemis de la r&eacute;volution, parce qu&rsquo;oppos&eacute;s &agrave; l&#39;incurie du gouvernement actuel et des d&eacute;rives autoritaristes de Ennahda. Ce parti s&#39;est d&#39;ailleurs empress&eacute; de d&eacute;noncer l&#39;assassinat (&quot;un crime odieux&quot; selon ses propres mots) de cette personnalit&eacute; de premier plan, pour ne pas accro&icirc;tre son discr&eacute;dit et &ecirc;tre montr&eacute; du doigt dans le pays et &agrave; l&#39;&eacute;tranger.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tL&#39;opposition peut-elle tirer son &eacute;pingle du jeu suite au remaniement annonc&eacute; ? Quelle est sa v&eacute;ritable force politique &agrave; l&#39;heure actuelle ?<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tB&eacute;ligh Nabli&nbsp;: Il faudrait commencer par dire qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas une opposition tunisienne, mais bien des oppositions tant &agrave; la droite qu&rsquo;&agrave; la gauche d&rsquo;Ennhada. Cette configuration a &eacute;t&eacute; jusque-l&agrave; la force du parti au pouvoir, car aucune formation n&rsquo;&eacute;tait en mesure de contester &agrave; elle seule la politique de la tro&iuml;ka. On peut dire n&eacute;anmoins qu&rsquo;il y a d&eacute;sormais un v&eacute;ritable consensus de tous les partis et diff&eacute;rents organes de la soci&eacute;t&eacute; civile pour condamner cet assassinat qui est v&eacute;cu comme une attaque symbolique contre l&rsquo;esprit r&eacute;volutionnaire.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tHaoues Seniguer&nbsp;: L&#39;opposition semble encore divis&eacute;e. La t&acirc;che qui lui incombe actuellement est de poursuivre le d&eacute;bat contradictoire &agrave; l&#39;assembl&eacute;e et en dehors, ainsi qu&#39;au sein de la soci&eacute;t&eacute; civile, afin de faire vivre cette d&eacute;mocratie naissante, certes encore balbutiante, mais pleine de promesses. Il est certain que cet assassinat va redynamiser l&#39;opposition et affaiblir un peu plus Ennahda.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tDe tous les pays qui ont connu le Printemps arabe, la Tunisie &eacute;tait jug&eacute;e comme l&#39;un des plus stables. Peut-on encore imaginer un d&eacute;bouch&eacute; pacifique &agrave; la r&eacute;volution initi&eacute;e il y a deux ans ?<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tBeligh Nabli&nbsp;: Je pense que oui. Je n&rsquo;adh&egrave;re pas par ailleurs &agrave; ce type de lecture &laquo; saisonni&egrave;re &raquo; des r&eacute;volutions arabes qui consiste &agrave; tirer des g&eacute;n&eacute;ralit&eacute;s &agrave; partir de la situation dans plusieurs pays. Les &eacute;v&egrave;nements actuels en Tunisie viennent davantage s&rsquo;inscrire dans une logique de d&eacute;mocratisation qui g&eacute;n&egrave;re forc&eacute;ment des manifestations populaires au nom du respect des droits sociaux. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un tournant historique se basant sur la prise de conscience de la citoyennet&eacute; politique r&eacute;cemment acquise, cette derni&egrave;re passant du stade th&eacute;orique au stade pratique. Il est du reste concevable dans une p&eacute;riode de transition d&eacute;mocratique d&rsquo;&ecirc;tre confront&eacute; &agrave; des drames nationaux comme celui d&rsquo;hier, il ne s&rsquo;agit en aucun cas d&rsquo;un &eacute;pisode &laquo; extraordinaire &raquo; au sens propre du terme.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tHaoues Seniguer&nbsp;: Comme je vous le signifiais pr&eacute;c&eacute;demment, une r&eacute;volution est un processus long, contradictoire, qui comporte n&eacute;cessairement une part de violence, qu&#39;un &Eacute;tat encore fragile ne peut pas compl&egrave;tement &eacute;radiquer. Cependant, la grande force de la Tunisie est la vitalit&eacute; de sa soci&eacute;t&eacute; civile, de ses hommes et femmes, des syndicats et des partis d&#39;opposition constamment mobilis&eacute;s, qui veillent au grain, pour que cette r&eacute;volution ne soit pas confisqu&eacute;e et d&eacute;tourn&eacute;e de ses objectifs initiaux : justice sociale, dignit&eacute;, libert&eacute; et d&eacute;veloppement &eacute;conomique qui puissent profiter au plus grand nombre de nationaux. Il y a toujours, dans n&#39;importe quelle r&eacute;volution, des avanc&eacute;es puis des ressacs, et ainsi de suite, jusqu&#39;&agrave; ce que le cadre sociopolitique g&eacute;n&eacute;ral se fixe et se stabilise progressivement.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<a href=\"http:\/\/www.atlantico.fr\/decryptage\/tunisie-est-elle-menacee-guerre-civile-haoues-seniguer-et-beligh-nabli-631230.html\">Atlantico<\/a><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; La Tunisie est-elle menac&eacute;e par une guerre civile ? &nbsp; Le pays s&#39;enfonce dans le chaos apr&egrave;s l&#39;assassinat de Chokri Bela&iuml;d, figure embl&eacute;matique de l&#39;opposition lib&eacute;rale. Alors que le parti au pouvoir Ennahda a abdiqu&eacute; mercredi soir en faveur d&#39;un gouvernement d&#39;experts, l&#39;avenir politique de la Tunisie inqui&egrave;te de plus en plus. &nbsp; Haoues&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":17764,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[403,125,123,14,9,1],"tags":[],"class_list":["post-6143","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chokri-bela","category-ennahda","category-lyon","category-paris","category-tunisie","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6143","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6143"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6143\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17764"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6143"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6143"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6143"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}